Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.
En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.
La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.
Grâce à un récit orienté sur la vie personnelle du protagoniste, Jean-Paul Salomé adopte un point de vue original sur l'univers des faussaires de monnaie.
Premier long-métrage de Nick Cheuk, "Une page après l’autre" détourne le récit d’enquête pour ausculter la violence silencieuse de l’école hongkongaise. Entre pression scolaire, déni des adultes et traumatismes d’enfance, le film propose un regard sensible, parfois trop sage, mais profondément nécessaire.
Aimer quand tout semble s’effondrer. Voilà peut-être la devise la plus simple et la plus juste d’Amour Apocalypse. Sous ses airs de comédie romantique faussement légère, le sixième long-métrage d’Anne Émond déploie une œuvre étonnamment sensible, capable de faire cohabiter l’angoisse contemporaine et l’élan amoureux avec une sincérité désarmante. De Cannes à Cabourg, le film a fait circuler de bonnes ondes, laissant surtout l’envie d’y revenir, comme on retourne vers un lieu réconfortant.
L'une des premières bonnes surprises de l'année nous vient – encore – du rayon horrifique. Et, sans se mentir, on n'attendait pas grand-chose d'un film d'horreur avec un singe tueur. Preuve que le film de genre n'a pas fini de nous surprendre, "Primate" se révèle être la parfaite série B dont on rêvait. Intense, méchante, sans concession et vraiment effrayante grâce à un singe particulièrement réaliste. On pardonnera donc les quelques facilités et personnages idiots pour se concentrer sur le cœur du film : la terreur et l'angoisse qu'il diffuse, en plus de mises à mort génialement sanglantes et pleines d'idées.
Avec "Le Temple des morts", la saga initiée par "28 jours plus tard" poursuit sa mue en s’éloignant progressivement de la terreur pure pour explorer les fractures idéologiques laissées par l’effondrement. Entre héritage de Danny Boyle, retour des thématiques chères à Alex Garland et passage de relais à Nia DaCosta, ce nouvel épisode privilégie l’introspection et le regard porté sur les survivants, au risque d’atténuer la brutalité qui faisait la force originelle de la franchise. Une œuvre stimulante, parfois trop sage, mais toujours habitée par une ambition émotionnelle et politique rare dans le cinéma post-apocalyptique contemporain.
La survie change d’échelle mais perd en intensité dans "Greenland : Migration". Entre ambitions post-apocalyptiques et road-trip mécanique, le film cherche à élargir son horizon sans jamais parvenir à lui donner du souffle. Mise en scène atone, personnages appauvris et émotion sous contrôle, cette suite avance, mais sans véritable urgence ni destination claire.
Avec Amrum et Les Échos du passé, deux films allemands explorent la même chute intime : des enfances marquées par l’héritage du silence, la mémoire des lieux et les traumatismes transmis. Entre île et ferme, ces récits se répondent et dévoilent un Heimat sombre où l’histoire façonne les destins.
Avec "Le Chant des forêts", Vincent Munier nous fait découvrir la richesse insoupçonnée d'une forêt vosgienne, dans les yeux du patriarche Michel et de son petit-fils Simon. Une histoire de transmission autant qu'un plaidoyer sensible pour le monde sauvage. Un déferlement continu de beauté pure.
Et si la véritable violence faite aux filles n'était pas celle du patriarcat, mais celle des mères elles-mêmes ? Dans Faire la peau, Louise Chennevière signe un récit-réquisitoire incandescent sur le couple mère-fille, où l'écriture, entre rage et réflexivité, tente de dire l'inacceptable : la complaisance d'une lignée de mères dans la violence systémique qu'elles ont elles-mêmes subie. Un livre-ravage qui pose une question vertigineuse : faut-il tuer sa mère pour sortir d'une aliénation et vivre enfin libre ?
Des néonazis, un président américain davantage préoccupé par sa teinture que par l’apocalypse, un Panzer qui tient de l’immeuble et une querelle lexicale autour du ping-pong : Fabien Bedouel boucle le cycle de "Valhalla Bunker" en mettant tous les potentiomètres dans le rouge. C’est énorme, idiot avec méthode, et dessiné avec une redoutable efficacité.
« Johannes de Eyck fuit hic 1434… » « La phrase est doublement ambiguë. Elle ne dit pas que le tableau date de 1434, mais que la scène qu’il représente a eu lieu cette année-là. Et elle se garde bien de nous informer si, de cette scène, Van Eyck fut le témoin ou le protagoniste. Elle place le tableau sous le signe du double sens. »
« A l’origine, nous étions des êtres doubles : chaque humain était constitué de deux personnes, unies en un seul corps gigantesque. Notre force et nos capacités étaient d’autant plus grandes et notre pouvoir était tel que nous cherchâmes à rivaliser avec les dieux… »