Good Boy : l’appel de l’être hanté

Vue à hauteur de chien, la peur change d’odeur. Avec Good Boy, Ben Leonberg signe un huis clos organique où la maladie, la solitude et l’attachement s’entrelacent dans la chair d’une maison qui respire encore. Un film de possession autant viscéral que tendre, où la fidélité peut devenir une malédiction.

L’été 2025 aura été celui de la surenchère des blockbusters : Hollywood, en quête d’un second souffle, a multiplié les essais de renouveau avec plus de maladresses que de fulgurances – entre super-héros essoufflés, dinosaures ressuscités et remakes hypertrophiés. C’est dans ce tumulte qu’un film de possession intimiste, raconté presque entièrement du point de vue d’un chien, a créé la surprise et secoué les réseaux sociaux. De cette ferveur est née une sortie en salles aussi brève qu’intense.

Grâce au soutien indéfectible de Shadowz, véritable mécène du cinéma de genre en France, Good Boy a pu bénéficier d’une diffusion sur grand écran – certes limitée à deux jours (les 10 et 11 octobre 2025) – avant de rejoindre la plateforme en streaming à la célébration d’Halloween. Une initiative audacieuse, qui contourne la chronologie des médias tout en offrant au film une double vie : collective dans la salle et intime à la maison. L’approche rappelle, dans son esprit, le succès phénoménal de Godzilla Minus One en France, même si Shadowz (en partenariat avec ESC Distribution) avait déjà appliqué ce modèle à When Evil Lurks ou aux derniers Terrifier, offrant à ces œuvres une exposition sensorielle et communautaire rare. Et il faut admettre que Good Boy se prête aussi bien à la pénombre d’une salle qu’à la complicité du canapé, là où le lien entre le spectateur et l’animal trouve toute sa résonance.

L’étreinte de l’ombre

Souvent premiers témoins – et premières victimes – des menaces surnaturelles, les chiens n’ont dans l’histoire du cinéma d’horreur que trop rarement échappé à un rôle sacrificiel, quand ils ne sont pas eux-mêmes métamorphosés en créatures monstrueuses (Cujo). Pour Ben Leonberg, c’est une tout autre histoire. Son premier long-métrage épouse littéralement le regard de son propre chien, Indy, qu’il dirige avec patience et affection.

Malgré sa durée modeste (1h13), le tournage s’est étalé sur trois ans, à la mesure des ambitions d’un protagoniste non dressé pour la caméra. Le résultat de cette persévérance, c’est un véritable héros de cinéma, digne héritier de la meute de L’Incroyable Voyage, du loyal Hatchi ou des réincarnations de Mes vies de chien. Indy n’est pas seulement un compagnon, il est la conscience du film, l’âme silencieuse qui observe la décrépitude du monde humain et particulièrement de son maître.

Sans être totalement muet, Good Boy s’articule autour d’une présence invisible qui s’en prend à Todd, incarné à l’écran de façon alternée par Shane Jensen et par Leonberg lui-même. Rongé par une maladie incurable que l’on ne nomme jamais, Todd s’exile dans une maison familiale abandonnée, perdue au cœur des bois, où rôde un chasseur énigmatique. Ce dernier, à peine esquissé, sert surtout de contrepoint à l’atmosphère oppressante que construit le regard d’Indy. À sa hauteur, le monde semble démesuré, hostile, presque inhumain – comme si L’Homme qui rétrécit croisait Mister Babadook.

La caméra immersive accentue ce déséquilibre. Chaque mouvement d’Indy, chaque respiration haletante devient un signal de tension. La photographie ténébreuse, toute en clair-obscur, fait de la maison un organisme malade, antre de folie et tombeau de chair. Pourtant, le scénario, malgré son potentiel, reste prévisible et parfois inoffensif : les ficelles du récit de maison hantée sont connues, et l’intrigue ne cherche pas à les détourner. Mais la mise en scène, elle, transcende la répétition par la sincérité de son regard.

À hauteur de deuil

Là où Good Boy se démarque profondément, c’est dans sa représentation du deuil anticipé. En observant la mort imminente de son maître, Indy devient témoin d’une séparation inéluctable – une perspective rarement explorée à l’écran. La douleur du film ne vient pas de la peur, mais de la tendresse qui persiste malgré elle. Cette lecture bouleversante parlera sans doute à tous ceux qui ont partagé leur vie avec un animal, et qui savent à quel point le lien peut dépasser les mots, et parfois même la mort.

Certes, Good Boy souffre de ses redondances et de quelques lenteurs, mais ses moments de grâce suffisent à l’ancrer durablement dans la mémoire et à offrir une expérience inédite. Le film repose presque entièrement sur le capital d’empathie qu’inspire Indy, un chien aussi photogénique que courageux, et sur la sincérité de son dispositif. Les images d’archives, qui ouvrent le film, maintient cette émotion brute tout le long du récit en rendant hommage à la loyauté et à l’amour inconditionnel des compagnons à quatre pattes.

Présenté en avant-première au SXSW, puis au Festival européen du film fantastique de Strasbourg, Good Boy a conquis à la fois les amateurs de genre et les amoureux des chiens. Son ambition, imparfaite mais profondément humaine, ne tient ni du gadget ni du simple concept : elle interroge notre propre rapport à la perte, à la présence, à l’attachement.

En filmant la fin d’une vie à travers les yeux d’un chien, Leonberg signe une œuvre à la fois spectrale et charnelle, où la peur devient un prolongement de l’amour. Good Boy n’est pas seulement un film de maison hantée : c’est un murmure sur la fidélité, sur ce lien invisible qui nous relie à ceux qui partent avant nous – ou qui restent pour veiller encore un peu. Magnifique et bouleversant !

Good Boy – bande-annonce

Good Boy – fiche technique

Réalisation : Ben Leonberg
Scénario : Alex Cannon, Ben Leonberg
Interprètes : Indy, Shane Jensen, Arielle Friedman, Larry Fessenden
Photographie : Wade Grebnoel
Montage : Curtis Roberts
Décors : Alison Diviney
Musique : Sam Boase-Miller
Producteurs : Kari Fischer, Ben Leonberg
Société de production : What’s Wrong With Your Dog?
Société de distribution en France : Shadowz
Pays de production : États-Unis
Durée : 1h13
Genre : Épouvante-horreur, Thriller
Dates de sortie au cinéma : 10 et 11 octobre 2025
Date de sortie sur la plateforme Shadowz : 31 octobre 2025

Good Boy : l’appel de l’être hanté
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3.5

Festival

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Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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