Yoroï : Regarde comme il est beau

Mais c’est quoi ce film de super-héros loufoque qui semble sortir tout droit du puits à navets ? On a déjà eu notre dose avec Atoman, non ? Ah, on me chuchote à l’oreille que non, tout va bien. Yoroï est juste un sacré bon film !

Jour Meilleur

La comparaison avec Atoman est percutante, dans un sens. Deux artistes venus de la musique qui s’essaient au cinéma : l’analogie a de quoi intriguer. À quelques détails près, toutefois. Si « l’Artiste » s’est lamentablement vautré dans son premier essai (et prions pour que ce soit le dernier…), Orelsan, lui, avait créé la surprise avec Comment c’est loin, film coécrit et réalisé par ses soins. La ressemblance pourrait même aller plus loin entre les deux œuvres : leurs affiches, notamment, rappellent celles des films de super-héros.
Mais la comparaison s’arrête là, tant Yoroï incarne tout ce qu’Atoman n’a pas su être. Non seulement le film de David Tomaszewski se révèle d’une qualité infiniment supérieure, mais il surpasse aussi une large part des comédies et comédies d’action produites ces dernières années.

Comme quoi, porter un projet avec le cœur finit toujours par payer. C’est d’ailleurs ce qui transpire de chaque plan de Yoroï : un amour inconditionnel pour le public d’Orelsan, pour le Japon et pour le cinéma d’arts martiaux. Contrairement à ce que son marketing ou son esthétique pourraient laisser croire, Yoroï n’a rien d’un film de super-héros. Porté par la plume toujours aussi affûtée d’Aurélien Cotentin, le récit s’impose comme une œuvre introspective et intimiste. À l’image de Comment c’est loin, le rappeur y joue son propre rôle, entre fiction et miroir. Célébrité, réseaux, société, paternité, responsabilité — autant de thèmes qui traversent ce long-métrage de 1h46, à la fois percutant et inventif. On y découvre un artiste fatigué, anxieux, tiraillé entre la peur et l’impatience de devenir père. Papa depuis 2023, Orelsan puise dans ses émotions les plus sincères pour confronter son personnage — et lui-même — à ses démons… et pas toujours les siens.

Du propre !

Oui, Orel porte une armure. Non, il ne s’en servira pas pour tirer des rayons laser ni pour voler. Elle ne le protège même pas vraiment. Parce que cette armure, ce n’est pas un costume de super-héros : c’est un fardeau, une malédiction. Chaque nuit, les conflits intérieurs du rappeur prennent forme sous les traits de yōkai, bien décidés à lui faire la peau et toujours plus nombreux. Une idée de base déjà intéressante, qui gagne en profondeur au fil du film. Son épouse fictive Nanako, incarnée avec justesse par Clara Choï, apporte une vraie respiration d’humanité et de bad-ass attitude, disons-le. Les dialogues claquent. L’équilibre entre drame, sérieux et comédie fonctionne à merveille. On se dit que parvenir à une telle maîtrise, en si peu de films, c’est franchement rare.

Quant à Orelsan, il s’en sort avec les honneurs : son timbre traînant, son air un peu paumé, ses mimiques désarmantes — tout concourt à ce charme unique, capable de transformer certaines scènes en purs éclats de rire. Et dit comme ça, on pourrait y voir un syndrome William Lebghil dans Les Nouvelles Aventures d’Aladin, qui sauve des dialogues écrits avec les pieds. Non, les dialogues aussi sont géniaux.

Mais ce qui étonne et bluffe dans Yoroï, c’est la tronche générale de l’œuvre. Parce que, bon, on le sait depuis des lustres qu’Orelsan est capable de sortir de superbes textes. En revanche, personne ne s’attendait à ce que David Tomaszewski propose un premier long-métrage aussi réussi sur la partie technique et la réalisation. Les scènes d’action, en plus d’être superbement chorégraphiées, sont impeccablement filmées.
Si les effets spéciaux ne sont pas toujours excellents — mais jamais laids — la photographie est réellement soignée, particulièrement dans un climax sensationnel qui jongle entre rêve et réalité. Les amoureux du Japon (dont l’auteur de ces lignes) se régaleront devant les très nombreuses références visuelles aux mythes et au folklore japonais.

Yoroï excelle dans sa générosité, toujours pertinente. Les messages sont là, tout comme la justesse et la pertinence des critiques sociales si chères à Orel. Et que dire des nouveaux morceaux ? Composés et écrits pour le film, ils devraient sans mal exploser une fois disponibles sur les plateformes. Un quasi sans faute, donc, si on oublie les deux ou trois vilains effets spéciaux…

Yoroï : bande-annonce

Yoroï : fiche technique

Réalisation : David Tomaszewski
Scénario : David Tomaszewski, Orelsan
Interprètes : Aurélien Cotentin (Orelsan), Clara Choï, Nanako, Alice Yanagida, Kazuya Tanabe, Skread, Ablaye, Yôko Narahashi, Hiromi Komorita
Photographie : Antoine Sanier
Costumes : Emmanuelle Youchnovski
Montage : Florent Vassault
Son : Martin Lanot
Décors : David Bersanetti, Shinsuke Kojima
Musique : Eddie Purple, Orelsan, Phazz, Skread
Producteurs : Ablaye, Clément Cotentin, Julien Deris, David Gauquié et Skread
Sociétés de production : Attita, Cinéfrance Studios
Société de distribution : Sony Pictures Entertainment France
Pays de production : France
Durée : 1h50
Genre : Action, Aventure, Fantastique
Date de sortie : 29 octobre 2025

Note des lecteurs23 Notes
4

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Dimitri Redier
Dimitri Redierhttps://www.lemagducine.fr/
Film préféré (Gladiator) - Série préférée (Mr Robot) - Acteur préfére : (Benedict Cumberbatch) - Actrice préférée (Emma Stone) - Réalisateur préféré (Denis Villeneuve) - Jeu vidéo préféré (The Last of Us 2) - Plat préféré (Les sushis…ça n’a aucun rapport mais je suis sûr que vous vous posiez la question)

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