Carte blanche

A Short Story (2022), de Bi Gan : la fable qui rêvait déjà « Resurrection »

"A Short Story", le court-métrage tourné par Bi Gan en 2022, suit un chat sans maison en quête de la chose la plus précieuse au monde. Une fable minuscule, tournée avec une précision d'orfèvre, mais l'un des gestes de cinéma les plus bouleversants de son auteur, qui reste gravé bien après le générique.

L’écologie vous épuise ? Dépasser les petits tracas

« Et cela résonne : un système contribue à l’évolution d’un système plus large, duquel il reçoit aussi sa propre nourriture. Ainsi un bâtiment contribue à la dynamique de la ville dans laquelle il se situe. Cette même ville lui fournit sa « nourriture » : ses services, infrastructures et règlements. »

Mi Amor : Techno Trip

Dans "Mi Amor", Guillaume Nicloux assume sa radicalité : un pacte irrévérencieux avec le spectateur, un scénario qui semble s'écrire sous nos yeux, une mise en scène voluptueuse et des acteurs magnétiques (Pom Klementieff, Benoît Magimel).

Alpha, Valeur Sentimentale, Castelluciv : La mort, la classe et le professeur

Et si le véritable naufrage n’était pas celui qu’on joue sur scène, mais celui qu’on vit à huis clos, sans même un regard pour le constater ? Entre la classe qui ne voit plus son professeur et le public qui attend fiévreusement son spectacle, se joue une même tragédie : celle de la disparition du témoin. Julia Ducournau, Joachim Trier et Romeo Castellucci sondent cette faille où l’effondrement silencieux d’un individu devient le symptôme d’un monde qui a désappris à regarder.

Évanouis, ou l’art de la coupure hallucinée

"Évanouis" de Zach Cregger débute par la mystérieuse disparition de 17 enfants à 2h17. Entre mythe des « enfants-armes », thriller surnaturel et drame familial, le film explore l’horreur comme faille mentale et sociale. Fragmentation narrative, coupures lacaniennes, spectateur-monteur : une expérience sensorielle et politique où l’Amérique contemporaine se reflète dans un cauchemar à la fois intime et collectif.

Eddington : La Poursuite impitoyable sans blague !

Dans un film disparate et déglingué au scénario mal fichu, recyclant tout le chaos du monde, Ari Aster poursuit avec "Eddington" son œuvre de massacre de l’Amérique,  commencée surtout avec "Beau is Afraid". 

Il reste encore demain : un conte cruel et émancipateur

"Il reste encore demain" est le premier long métrage de la réalisatrice Paola Cortellesi. Le film multiplie les faux-semblants pour raconter l'histoire émancipatrice de Delia dans l'Italie de 1946, année loin d'être anodine pour les femmes italiennes. Avec un rythme enlevé, et beaucoup de dérision, Paola Cortellesi nous entraîne dans ce conte cruel et libre à la fois.

Cassandre : L’abus de destin généalogique et famille mortifère

Dans Cassandre, Hélène Merlin plonge à vif dans les zones d’ombre de la famille, là où l’inceste n’est plus un tabou mais une mécanique perverse étouffante. Porté par un duo d’acteurs sidérant — Zabou Breitman et Éric Ruf — le film bouscule, dérange, choque parfois, mais ne laisse jamais indemne. Un huis clos familial empoisonné, tendu, où la parole, quand elle surgit, explose les murs du silence.

The Gode Girl, la good girl substantielle de 60 ans : le nouveau cliché chic Hollywoodien!

Représentation des femmes de 50-60 ans dans le cinéma : entre clichés et nouvelles injonctions" Alors que des films comme The Substance et Baby Girl tentent de redéfinir les rôles féminins pour les actrices de 50-60 ans, ils révèlent aussi de nouvelles formes de réification. Ces œuvres, signées par des réalisatrices, interrogent l’émancipation féminine tout en recyclant des clichés patriarcaux à travers des figures pseudo-subversives. Une réflexion critique sur les contradictions du cinéma contemporain.

Bird : A grandes volées

Dans les tours déclassées du Kent, la cinéaste Andrea Arnold héritière de Mike Leigh et Ken Loach filme avec énergie folle et revigorante la désaxe des familles et comment on s'élève et grandit au milieu d'enfants-parents.

Natura : baptême sauvage

Découvrez "Natura", un premier film audacieux de Mickael Perret, qui vous plonge dans une odyssée de survie fascinante au cœur des Vosges. Comme fil rouge, une femme en quête de rédemption dans une nature sauvage et imprévisible, où la beauté et les mystères de la forêt prennent le dessus. Un film minimaliste, sensoriel, et une performance remarquable de Manya Muse, qui capte l’essence d’un environnement brut et indompté. Une œuvre ambitieuse qui explore les instincts primaires et l’harmonie avec la nature.

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« Les Dates chocs de l’Histoire » : quand tout peut encore basculer

On connaît la date et, surtout, on connaît la fin. Avec "Les Dates chocs de l’Histoire", Jean-Yves Le Naour revient aux éditions Bamboo sur ces heures aiguës où rien n’est encore joué, où le cours du monde peut infléchir. Deux premiers albums donnent le ton : "11 novembre 1918 : Au cœur de l’armistice" et "28 octobre 1962 : Au cœur de la crise de Cuba".

« Les 400 coups » : l’école, cette drôle de fabrique à souvenirs

De la conseillère d’orientation qui enterre les vocations aux cours de religion, des humiliations de cour de récréation aux connaissances prétendument "inutiles", cet ouvrage collectif publié aux éditions Fluide Glacial examine l’école sans céder aux facilités de la nostalgie. Les styles graphiques et les tonalités s’y succèdent avec liberté : autobiographie, satire, mauvais esprit, tendresse et franche bouffonnerie se fondent dans un album où chacun semble retrouver un morceau de sa propre scolarité.

« Lenny » : une famille pas comme les autres

À dix ans, Lenny possède un défaut impardonnable : au milieu d’une famille délicieusement dysfonctionnelle, il paraît à peu près normal. Relom retourne ainsi le divan du psychologue comme un gant et fait de "Lenny – On ne choisit pas sa famille !" une petite comédie familiale féroce, volontiers grivoise, où les adultes auraient sans doute davantage besoin d’une consultation que l’enfant qu’ils y expédient.

Faire la peau : le brûlot qui affronte le tabou de la violence des mères

Et si la véritable violence faite aux filles n'était pas celle du patriarcat, mais celle des mères elles-mêmes ? Dans Faire la peau, Louise Chennevière signe un récit-réquisitoire incandescent sur le couple mère-fille, où l'écriture, entre rage et réflexivité, tente de dire l'inacceptable : la complaisance d'une lignée de mères dans la violence systémique qu'elles ont elles-mêmes subie. Un livre-ravage qui pose une question vertigineuse : faut-il tuer sa mère pour sortir d'une aliénation et vivre enfin libre ?

« Valhalla Bunker » (T3) : le Reich, le président et le tennis de table

Des néonazis, un président américain davantage préoccupé par sa teinture que par l’apocalypse, un Panzer qui tient de l’immeuble et une querelle lexicale autour du ping-pong : Fabien Bedouel boucle le cycle de "Valhalla Bunker" en mettant tous les potentiomètres dans le rouge. C’est énorme, idiot avec méthode, et dessiné avec une redoutable efficacité.