Eddington : La Poursuite impitoyable sans blague !

Dans un film disparate et déglingué au scénario mal fichu, recyclant tout le chaos du monde, Ari Aster poursuit avec Eddington son œuvre de massacre de l’Amérique,  commencée surtout avec Beau is Afraid. 

LA CIVILISATION-ÉGOUT

Là où Beau is Afraid ménageait des puissances visuelles aussi hallucinatoires que son personnage, incarné par un Joaquin Phoenix furieusement psychotique, Eddington joue la version basse, morne et in-inspirée cherchant pourtant à rendre compte des mêmes méfaits de la civilisation-égout avec ici un Joaquin Phoenix en sous-régime peu intéressant (à l’instar de tous les personnages insuffisamment habités).

UN FILM CRÈVE

Eddington aurait pu être fort et devenir une sorte de Poursuite impitoyable (Arthur Penn, 1966) version 2025 avec la griffe elevated horror d’Ari Aster. Il ne l’est pas ! Et ce dès sa première partie : bavarde, lourdingue, indigeste, peu séduisante et dont on ne sait pas bien ce qu’elle est censée apporter. 

Dans un village du Nouveau Mexique en plein Covid, un maire (Pedro Pascal inexistant qui semble pourtant ne plus déserter les écrans) et un shérif assez looser à la femme folle (Emma Stone, spectre de personnage sacrifié) se jaugent et entrent dans une espèce de lutte à mort pour la place de shérif, que l’un et l’autre briguent.

Seule la déréliction et les affres risibles et sournois des règles de la période du Covid sont assez justement montrés. La virulence des peurs, les sottises des règles approximatives et les absurdités des conséquences du climat covidien sont palpables et parfois drôles dans leur mise en scène.

FILM DE MASSACRE

Après une bonne heure poussive où ça bavasse plus que ça ne montre, Eddington, de film crevé, symptôme d’une époque dégénérée, devient un film de massacre. 

Tout à coup, Joaquin Phoenix devient comme il devient trop souvent : un personnage borderline livré à lui-même sans altérité. Comme si certains metteurs en scène n’écrivaient que pour arriver à cette limite : l’état où l’acteur pourra faire son monstre. Où l’acteur Phoenix pourra faire sa folie. De personnage atone et plutôt burlesque et maladroit dans la première partie, il mute en personnage fanatique, terroriste, brute vengeresse assoiffée de néant aussi peu fin que l’ensemble du scénario.

ET ENSUITE ? FILM-SYMPTÔME D’UNE DÉCADENCE SANS LACUNE

Ari Aster nous livre deux finals empêtrés de ridicule dans une surenchère symptôme des avanies de l’époque, satirique certes mais vaine.

Rien ne nous est donc épargné de la bêtise d’une Amérique qui se regarde souffrir et s’anéantir. Sans jeu. Sans art. Sans décalage. Sans blague. 

Tout est tellement collé à l’actualité, à ce que les médias nous traduisent de l’horreur du monde qu’il manque ce que Freud appelait le Witz : le mot d’esprit, le travail de la pensée,  le jeu et exercice de l’imaginaire sur l’image. Ari Aster y excellait dans Hérédité et Midsommar. Ici ça ne décolle jamais. Révérence est faite à toutes les névroses pandémiques sans chercher par l’écriture à aller ailleurs ou par la mise en scène à griffer le temps.

Hormis une scène foncièrement imprévue, cocasse et pleine d’esprit qui se passe dans un lit, et la sophistication du travail sur le son, on a peiné à reconnaître dans Eddington les traces d’un grand réalisateur. Et pourtant Ari Aster l’est.

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