Beau is afraid : Beau se perd et nous avec !

Beau is afraid : Hallucinant, halluciné et hallucinatoire, le nouveau film d’Aster ne convainc pas vraiment – et surtout pas autant que les précédents – même si la première partie s’avère dingue et jubilatoire et que son sens de l’esthétisme est à son paroxysme. Cependant, à trop jouer sur la psychanalyse et se vouloir hermétique, il en devient trop clivant et oublie son public.

Attendu au tournant, précédé d’une réputation mystérieuse et ayant souffert d’une post-production longue et visiblement douloureuse, le nouveau film d’Ari Aster est enfin là. L’un des nouveaux maîtres proclamés de l’elevated horror, ce nouveau courant passionnant qui remet les films de genre sur un piédestal en leur insufflant une vision indépendante et d’auteur très marquée, nous a offert deux monuments dans le genre : le terrifiant et malin Hérédité, mais surtout la claque magistrale que fut Midsommar et sa peur insidieuse, malaisante et qui plus est diurne. Réussir à terroriser et angoisser en pleine journée pendant un film de plus de deux heures basées sur le suggestif, il fallait le faire et il l’a fait. Forcément après deux longs-métrages comme ceux-là, on attendait la suite avec impatience. Et c’est peu dire que Beau is afraid est tout aussi maîtrisé, imposant et fort. Mais il divisera encore plus son auditoire et en laissera un grand nombre en cours de route dont nous faisons partie. C’est une œuvre clivante et souvent mal aimable qui demande beaucoup d’investissement de la part du spectateur sur de trop nombreux points.

Alors, coup de génie ou pétard mouillé prétentieux ? Un peu des deux mais il est clair que ce troisième long nous a beaucoup moins convaincus que ses deux premiers. Aster quitte l’horreur viscérale et atmosphérique de ses deux premiers essais pour ce que l’on pourrait appeler de l’horreur psychologique et schizophrénique, qui nous installe dans la psyché dérangée de son personnage principal, grâce auquel on voit les événements. Et de psychanalyse, il en est beaucoup question ici. Peut-être trop justement. Si l’on n’est pas adepte des écrits de Freud et Jung, ou encore des concepts œdipiens dans le détail, on peut trouver cela totalement abscons et nébuleux. Et l’aspect symbolique de tous ces concepts et théories – qui ne sont pas toujours vulgarisés ici – est représenté à maintes reprises. Il y a en effet des détails et indices qui se cachent dans de nombreux plans, des métaphores fortement présentes et un énorme aspect concernant la castration d’une mère sur son fils qui distille son poison durant tout le film. L’aspect thérapie filmée phagocyte même totalement la seconde partie, la moins réussie et celle qui nous perd. Car « Beau is afraid » dure tout de même trois très longues heures, qui nous paraissent une éternité dans le dernier tiers.

Aster semble s’être pris du syndrome du film personnel, égoïste et hermétique. Un peu comme le disparu des radars Richard Kelly qui, après le culte Donnie Darko puis The Box, nous a livré le film maudit et incompréhensible Southland Tales. Comme Darren Aronofsky qui, après une demi-douzaine d’œuvres racées et pour la plupart cultes, s’est lâché avec l’horripilant et tout aussi sibyllin Mother! ou encore le cinéaste canadien Denis Villeneuve qui s’était autorisé une parenthèse incongrue avec le plus que bizarre Enemy. Des œuvres certes originales et uniques en leur genre mais qui ne pensent pas à leur public, comme si seul leur créateur en détenait la clé. N’est pas Lynch qui veut même si toute bizarrerie au cinéma n’est pas forcément l’apanage de ce maître incontesté du septième art. Certains réussissent plus que d’autres comme David Cameron Mitchell et son ludique et étrange jeu de piste Under the Silver Lake qui a suivi la claque It follows. Mais Beau is afraid ne rentre pas à cent pour cent dans cette catégorie car la première moitié du film (et donc ses deux premières parties) est plutôt convaincante.

Le début, en forme de cristallisation de toutes les angoisses d’un homme à travers les maux de nos sociétés calquées sur un bout de rue et un immeuble a priori new-yorkais, est plutôt jubilatoire. L’humour noir et absurde fonctionne et l’univers dépeint est très amusant. La suite l’est tout autant avec cette famille d’accueil névrosée, même s’il manque aussi ici de clés de compréhension claires sur le pourquoi du comment. Puis lorsque notre personnage principal se sauve dans la forêt, Beau is afraid part dans un trip halluciné, hallucinatoire et hallucinogène qui nous fait décrocher. La partie animée, aussi belle soit-elle est bien trop longue tout comme ses prémisses théâtrales. Quant à la dernière partie, hormis la prestation mémorable de Patti LuPone en mère castratrice, elle est interminable, excessivement psychologisante et parfois ridicule. On ne vous en dit pas plus sur le final.

On a donc l’impression d’assister à une œuvre où son auteur se fait plaisir mais en oubliant parfois de faire plaisir à son public. C’est du cinéma très exigeant mais aussi prétentieux. En revanche, rien à dire encore une fois sur l’aspect visuel. Aster confirme son statut d’esthète et sa science du cadrage et du détail est admirable. Les mouvements de caméra toujours significatifs, la manière de confectionner ses plans et toutes les trouvailles visuelles qu’il met en place forment un tout magnifique, donnant à Beau is afraid des airs de pièces de musée cinématographiques au niveau formel. C’est même peut-être, si on est client, le genre d’œuvre à revoir une seconde fois pour en saisir tous les tenants et les aboutissants. Mais encore faut-il en avoir le courage, car cela peut être fastidieux. On espère d’ailleurs qu’il reviendra à un cinéma un tantinet plus accessible et viscéral pour ses prochains essais. Quant à Joaquin Phoenix, s’il est toujours bon, il n’a pas grand-chose à jouer d’autre que la peur et l’étonnement de par l’essence de son personnage, ce qui rend son jeu un peu trop répétitif.

Bande-annonce : Beau is afraid

Synopsis : Beau tente désespérément de rejoindre sa mère. Mais l’univers semble se liguer contre lui…

Fiche technique : Beau is afraid

Réalisation & Scénario : Ari Aster
Avec Joaquin Phoenix, Nathan Lane, Amy Ryan…
Photographie : Pawel Pogorzelski
Montage : Lucian Johnston
Musique : Bobby Krlic
Production : A24.
Pays de production : Etats-Unis, Canada.
Distribution France : ARP
Durée : 2h59
Genre : Comédie – Fantastique – Psychologique.
Date de sortie : 26 avril 2023

 

Beau is afraid : Beau se perd et nous avec !
2.5

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