The Gode Girl, la good girl substantielle de 60 ans : le nouveau cliché chic Hollywoodien!

Quand le cinéma recycle les clichés : la femme de 50-60 ans entre fantasmes et contradictions »
Les films The Substance et Baby Girl bouleversent-ils vraiment les représentations des femmes ? Derrière leurs prétentions subversives, ces œuvres signées par des réalisatrices militantes mettent en lumière une réalité troublante : une nouvelle injonction sociale, celle de la sex-toy soixantenaire, remplaçant un cliché patriarcal par un autre. Analyse critique d’un cinéma qui transforme l’émancipation en instrument de désir.

Après la Good Girl, fantasme bien-pensant de la bourgeoisie, voici venue la Gode Girl de 60 ans, nouveau sex-toy pseudo-subversif d’une société en mal de Barbie à Baiser.

Le cliché de la femme de 50 ans, bonne à jeter, ménopausée et blacklistée du paysage audiovisuel et des blockbusters américains semble périmé. Semblance ou vérité ?

Deux films récents The Substance de la française Coralie Fargeat et Baby Girl de la néerlandaise Halina Reijn paraissent venir renverser l’injonction sociale du jeunisme proposant des rôles sulfureux et capiteux à deux actrices plus proches des 60 que des 20.

Toutefois, il n’est pas anodin que ce soient des réalisatrices femmes qui tentent cette subversion des normes en vigueur.

Par ailleurs, il n’est pas certain qu’elles ne soient pas en train de fabriquer un futur mode ou diktat : celui de la soixantenaire, nouveau sex-toy, remplaçant donc un cliché caduque biberonné au masculinisme par un autre plus fringant et louche parce qu’ahurissant et trouble, validé par un féminisme combattif.

Halina Reijn et Coralie Fargeat, sous couvert de filmer avec finesse et frontalité la jouissance féminine, confrontent leurs actrices (Nicole Kidman et Demi Moore) à la cruauté d’une frustration, la leur (celle de l’image déchue ou abîmée d’elles-mêmes qu’elles doivent endurer par cinématographies et médias interposés), celle d’un narcissisme en berne. Ces cinéastes ravalent les fantasmes masculins pathétiques et médiocres pour les resservir et les réassigner à un hardi cliché : la soixantenaire plus que bandante, mieux gaulée que la jeune, plus que vive. L’apparition sur le marché des objets sexuels donc d’une typologie : la Gode Girl.

La girl-miché, nichée au sein de la ville-cirque, la dildo par influence de l’anglais, faisant office de dépotoir pour les miches à fantasmes sado-maso les plus ringards.

Dans ces deux films, notons que les réalisatrices font passer à leurs actrices une scène fétiche, sorte de bizutage dru et cru du réel de la fifty-sixty Gode Girl : la scène du miroir. Il faut voir Demi Moore ne cesser de scruter son apparence en décomposition/recomposition à travers la glace face de son loft, il faut voir Nicole Kidman traquer sous l’étrangeté de la chirurgie esthétique les (absences) de rides dans le miroir de sa chambre. Ces scènes sont des lèvres. Des scènes au bord d’un jouir ou d’un mourir. Quelque chose s’y passe de profondément débilitant, morbide. Perturbant. Annonce stupéfiante que le cliché selon lequel la femme de 50, voire de 60, est bonne à la décharge n’a pas fini sa licence.

Il se voit juste voilé, recouvert d’un leurre. La femme de 50/60 est bonne à la décharge sexuelle. Ça oui. Bon Dieu. Good Girl. Gode Girl. Bonne à mourir. Yes. La vérité reste aliénée à l’image dans la glace. Féroce, glaçante, meurtrière.

La femme de 50/60 aujourd’hui n’a plus son âge. Elle est en deçà. Adossée au ça freudien. Au-delà. Surmoi de toutes les fillettes. Elle se reconnaît viralement, sous les linceuls de la jeune fille. La femme de 50/60 aujourd’hui est la jeune fille, symbolique de tous les journaux féminins et la jeune fille phallique d’époques qui ne peuvent plus – après Me Too – sacrifier leurs filles de 15 ans.

La sixty-fifty doit être celle qui a tout dépassé, tout cramé de ses échecs-succès familiaux ou professionnels, plus rien à prouver, une chamane du désir. Entre deux mondes. Celui de la perte de ses splendeurs passées et celui, vain, du face-à-face avec l’au-delà du principe de plaisir. Alerte et prête. À la table rase. À la renaissance. À la meilleure version d’elle-même ou à la domination sado-maso.

Devant sa glace, elle fait sa glass-skin. Elle s’essaye au vide. À la toise du rien. Fixe sa mort. Ainsi donc le cinéma va à nouveau la faire servir, sévir et s’avilir.

On reprend les mythes pourtant abolis, questionnés et grinçants de Sharon Stone non avertie de la caméra filmant son sexe dans Basic Instinct, de Maria Schneider non avertie de la scène de simulation de viol dans Le Dernier Tango, on ressaisit tous ces vils instincts de domination, séduction-réduction et prédation, effets d’un patriarcat hégémonique, on prétend les recycler et les battre en brèche, accomplir des actes féministes à travers des films d’affirmation d’une féminité détruisant les oppressions et l’on répète en vérité le mécanisme d’asservissement des femmes au bénéfice d’une soi-disant émancipation chic et subversive.

Si nous dessillons un instant notre regard, par-delà toute perspective moralisatrice, que voyons-nous qui sidère dans The Substance et Baby Girl ? Deux actrices qui respectivement, Moore et Kidman, s’infligent (sous prétexte qu’elles sont filmées par des femmes affranchies, militantes de la cause féministe) des actes de soumission sado-masochiste. L’une pour rajeunir et viser la jeunesse éternelle, l’autre pour enfin vivre un orgasme et jouir pour de vrai. Dans les deux cas, elles réinstrumentalisent leurs jouissances à l’aune du désir de la masse mâle et du peuple mal. Elles se mettent à nu pour être mises à mort. Cruellement. C’est sans faux-semblants dans The Substance. C’est sous-tendu et maquillé par un happy-end pour Baby Girl. Mise à mort de la femme bafrée, blâmée, bafouée. Baisée.

Bref, sous le feutre/alibi d’aller investiguer la jouissance féminine, deux actrices et pas des moindres acceptent avec brio et vertige de jeu ce qu’un siècle de féminisme a essayé de supprimer : la réification de la femme, son instrumentalisation et rabaissement aux impératifs vulgaires du Capital-Phallus.

Le cinéma change juste de paradigme, pas de matrice. On ne peut plus assassiner impunément les jeunes filles, allons chercher leurs grands-mères. Et soumettons-les à la même agonie.

Bande-annonce : Baby Girl

 

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