Le Moineau de Dieu : les Jésuites au cœur de l’univers

Le Moineau de Dieu de Mary Doria Russell est devenu très vite un classique de la littérature de science-fiction après sa sortie en 1996. Ayant remporté de nombreuses récompenses dont le prix Arthur C. Clarke en 1998, l’autrice s’est dès lors imposée comme une nouvelle romancière importante de ce genre.

Synopsis: Au début du XXIème siècle un signal musical est capté par une station scientifique sur Terre. Commanditée par les Jésuites, une mission part dans l’espace à la recherche de l’origine du signal. La mission est dirigée par Emilio Sandoz, prêtre jésuite et linguiste de haut niveau. Tout l’équipage se prépare à affronter la mort et la solitude, mais ce qui les attend va bien au-delà de ce qu’ils redoutaient.
Rome, 2059. De retour sur Terre, Emilio Sandoz, unique survivant de l’expédition, est traduit devant un tribunal chargé de découvrir la vérité et de le punir pour les horribles crimes dont on l’accuse. Cet homme, transformé par son expérience, aurait-il été abandonné par Dieu?

Des récits de rencontres extraterrestres, il y en a eu des tonnes. Le parti pris de Mary Doria Russell est celui d’y intégrer la notion de foi et de religion, aux travers des personnages Jésuites de l’expédition. C’était un pari risqué tant le sujet pouvait s’avérer complexe à intégrer dans l’histoire, mais force est de constater qu’il est réussi. En effet, le livre se concentre principalement sur le personnage d’Emilio Sandoz, un prêtre Jésuite qui, au début du récit, et qui l’avoue lui-même, ne « ressent » pas Dieu. Ce n’est pas spécifiquement qu’il ne croit pas en lui, mais il n’en a jamais fait l’expérience. Jamais il n’a été touché par sa grâce mais il a suivi sa voie pour s’échapper de sa piètre condition. C’est un linguiste très doué qui parle une dizaine de langues. C’est également, de loin, le personnage le plus intéressant du récit. Celui qui connaît le plus de changements dans sa personnalité, du début à la fin; celui qui est le plus éprouvé par ses expériences. C’est le cœur du mystère: que lui est-il arrivé? Comment a-t-il pu tomber aussi bas? Qu’est-il arrivé à ses mains déformées: était-ce une punition? La réponse à ces questions arrive petit à petit, en filigrane, plus le récit avance. Jamais le récit n’a de longueurs où notre intérêt de lecteur diminue. Le mystère se dévoile mais reste presque entier, jusqu’à la fin.

C’est un livre aux thématiques difficiles, il faut donc être averti. Cependant, l’œuvre est traversée par des moments de fortes émotions: le plus beau passage étant sûrement la rencontre entre la mission humaine et les habitants de la planète Rakhat. La plume de l’autrice se révèle être souvent piquante, notamment dans les dialogues qui arrivent vraiment à donner du relief aux personnages. Cela les rend d’ailleurs très attachants. C’est simple, c’est impossible de ne pas aimer les Edwards, ce couple de personnes âgées qui sont si chaleureux et qui font également partie de la mission. Tout au long du récit, on a droit à des moments très spirituels, drôles, lors desquels les personnages discutent en s’envoyant des piques ou en disant des blagues. C’est écrit de façon assez intellectuelle, dans le sens où on y retrouve des termes assez techniques, ou bien des mots d’origines étrangères, mais ce n’est pas rébarbatif. On voit que l’autrice est très cultivée et qu’elle a voulu remplir l’histoire de son savoir.

Le récit est découpé en deux temporalités en un chapitre sur deux, une partie narrant le passé du début du XXIème siècle et une partie narrant le présent, lors du retour de l’unique survivant de la mission jésuite envoyée sur Rakhat. Au début cela peut déstabiliser un lecteur non averti, mais on trouve rapidement nos marques et c’est même un aspect du livre très plaisant, car il entretient le mystère et nous pousse à vouloir en savoir plus. Et comme l’histoire est longue à se mettre en place et également assez complexe c’est aussi un moyen de la rendre plus digeste.

Dans Le Moineau de Dieu, rien n’est laissé au hasard et Mary Doria Russell a su penser à tout pour nous faire aimer son incroyable roman. Elle y amène beaucoup de réflexions très intéressantes sur la théologie, l’humanité et la place de Dieu. Ce n’est pas vraiment un livre centré sur une rencontre extraterrestre mais plutôt un ouvrage qui questionne la foi et les différences culturelles, ainsi que l’asservissement des espèces par le genre humain ou par une espèce « supérieure ».

« Pourquoi donc est-ce si difficile à accepter, messieurs ? demanda-t-elle en les regardant sans ciller. Pourquoi attribue-t-on à Dieu tout le mérite quand tout va bien, alors que c’est toujours de la faute du médecin s’il y a une merde ? Quand le patient s’en tire, c’est invariablement “Merci, mon Dieu”, et quand il meurt, c’est toujours “Ce con de médecin”. Une fois, une seule fois dans ma vie, ne serait-ce que pour la nouveauté de la chose, ça me botterait bien si quelqu’un avait l’idée d’accuser Dieu au lieu de m’accuser moi, quand il y a mort d’homme. »

 

Le Moineau de Dieu, Mary Doria Russell

Pocket, septembre 2019, 800 pages

 

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Flora Sarreyhttps://www.lemagducine.fr/
Biberonnée au cinéma depuis toujours, je suis passionnée par les films danois et asiatiques. Egalement férue de littérature et rock'n'roll.

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