« Il énuméra les passions de sa vie : il aimait Rosealee depuis trente ans ; il chassait et pêchait depuis vingt-cinq ans et travaillait durement à la ferme depuis presque aussi longtemps, ayant quasiment assumé sa condition d’adulte dès l’âge de huit ans, âge auquel il avait dû réapprendre à marcher ; de plus, il enseignait depuis vingt-trois ans, bien que ce fût davantage pour lui une servitude qu’une passion. Il fallait compter avec la lecture qui l’éloignait de ses préoccupations personnelles. Mais ces choses simples l’avaient réellement comblé et il les connaissait si bien qu’un soupçon de panique s’empara de lui lorsqu’il réalisa qu’elles pourraient tout simplement disparaître de sa vie, comme les nuages disparaissaient du ciel. »
« - Oui ! Toi, c’est un mardi que tu vas mourir. Et là, on est jeudi ! Donc, c’est pas ton jour.
- Quoi ? Mais qu’est-ce que vous en savez d’abord ?
- Je le sais, c’est tout ! Parfois, dans la vie, il y a des choses que l’on sait, sans savoir pourquoi… Question d’intuition… »
Mica est allée voir un avocat, pour lui montrer un courrier reçu par sa grand-mère en 1991 « - Je suppose qu’on peut retrouver un bien même avec les noms des anciens propriétaires.
- Laissez-moi la lettre. Je ferai des recherches à la mairie. Il faut se dépêcher. C’est bientôt Zaduszki et la mairie sera fermée.
- Zaduszki ?
- C’est le lendemain de la Toussaint, on l’appelle aussi « le jour des Morts. » Tous les Polonais vont au cimetière. »
« « La prochaine fois que tu réponds à une annonce, avait dit le mec, fais comme si t’en avais envie, du poste. Mets une chemise propre et tiens-toi droit sur ta chaise ; souris, peut-être ; regarde la personne à qui tu as affaire dans les yeux. Dis que tu veux le boulot. Et ne regarde pas ton futur employeur comme si tu avais envie de lui botter le cul. » A ce moment précis, Rogers avait eu envie de lui botter le cul, à ce joli garçon, mais plus tard, en y repensant, il s’était aperçu que le petit blanc avait raison. Alan Rogers n’avait jamais eu de modèles. Personne pour lui expliquer même les trucs les plus simples, genre comment s’habiller, comment faire pour chercher du travail, comment se tenir. Comment vivre, quoi. »
« M. Cousin était debout. Je ne peux pas vous dire autrement : on aurait dit un spectre. Une peau laiteuse, presque diaphane, un regard de détraqué. M. Delambre lui-même en a été impressionné. »
«- Je nous ai ramené un nouveau bidule !
- Bonjour.
- Il a une sale gueule, ton bidule.
- Où tu l’as trouvé ?
- Boarf… Une drôle d’histoire avec un morveux et un chat.
- Tu nous racontes ? »
« A la moitié du repas, Al et moi nous renversions contre le dossier de notre chaise, n’étant plus bons qu’à écouter et à regarder, en proie à une sorte d’hébétude. Miss Lyse avait l’air d’un personnage sorti d’un dessin animé de Walt Disney… grignote, grignote, mord, mastique, grignote, grignote… dévorant méthodiquement tout ce qui se trouvait sur la table, au point que nous n’aurions pas été surpris le moins du monde de la voir s’attaquer avec beaucoup de délicatesse, entre deux menus propos, aux assiettes elles-mêmes, tout en nous adressant un vif regard de ses yeux noirs et un petit signe de sa tête blanche, puis aux livres alignés sur le dessus de la cheminée, ingurgitant peu à peu toute la rangée, Shakespeare, Confucius, Claudine à l’école, Les Croix de bois, The Methodist Faun,… grignote, grignote, cric, crac, croque. »
Ouvrage collectif placé sous la direction de Gilles Renouard, 25 ans de cinéma français à l'étranger remédie à l'un des angles morts du septième art : l'exportation des œuvres, son histoire, ses évolutions et ses tendances actuelles.
Comment deux Français se sont-ils approprié l'une des sagas d'horreur les plus iconiques d'Hollywood ? Sébastien Vaniček et Florent Bernard reviennent sur la genèse de "Evil Dead Burn", ses partis pris narratifs et techniques, et la place qu'il occupe dans une franchise qui avance, plus que jamais, à tâtons.
Dans cet entretien, la réalisatrice Victoria Verseau revient sur "Trans Memoria", un film intime et sensoriel où mémoire, deuil et transition se mêlent. Elle y évoque Meril, son amie disparue, la construction du film, la présence d’Athena et Aamina, et la manière dont son geste artistique interroge identité, survivance et transformation.
Dans "Libertate", le cinéaste Tudor Giurgiu revient sur un épisode oublié de la Révolution roumaine de 1989 : des centaines de prisonniers enfermés dans une piscine à Sibiu. Entre manipulation médiatique, violence d'État et quête de liberté, le film interroge notre rapport à l’Histoire.
Actrice aux multiples visages et réalisatrice audacieuse, Zabou Breitman revient avec Le Garçon, un objet filmique inclassable entre enquête documentaire et fiction. À l’occasion du festival Ciné Mania, elle se confie sur ce projet atypique, sa méthode intuitive et son attachement au Québec, dans un entretien à cœur ouvert.
Dans un premier long-métrage poignant, "L’âge imminent", le collectif Col·lectiu Vigília explore avec une rare sensibilité les thèmes de la dépendance et des relations intergénérationnelles, dans une approche presque documentaire. Rencontre avec ses créateurs.