Nord-Michigan, entre amour, chasse et pêche

Fils d’un immigré suédois, Joseph, la quarantaine, vit avec sa mère dans la ferme familiale du Michigan. Il travaille comme instituteur dans l’école du village et vit en couple avec Rosealee, sa collègue. Depuis peu, il entretient une liaison avec l’une de ses élèves : Catherine, mignonne jeune fille de 17 ans…

Joseph connaît Rosealee depuis l’enfance et il était amoureux d’elle depuis l’adolescence. Mais elle avait préféré épousé Orin, le meilleur ami de Joseph. Celui-ci a bénéficié d’une sorte de redistribution des cartes lorsqu’Orin est mort à la guerre de Corée. Alors que Joseph n’a toujours pas proposé le mariage à Rosealee, il se montre incapable de résister à Catherine qui vient régulièrement à la ferme pour monter un cheval. La jeune fille ne se contente pas d’une étreinte sans lendemain. Elle revient régulièrement, se montre entreprenante, libre, sensuelle et très naturelle. Rapidement, elle considère que leur relation dépasse le cadre de la simple liaison et va jusqu’à penser que Joseph va l’épouser. Elle le souhaite et affiche une certaine possessivité vis-à-vis de lui. Mais cela reste dans le cadre de leur intimité, car Joseph fait son possible pour que leur histoire ne s’ébruite pas.

À la recherche de la sérénité

Le souci pour Joseph, c’est qu’il ne sait pas vraiment ce qu’il veut. À vrai dire, ce qu’il aime le plus c’est la chasse, ainsi que la pêche. Et, il faut dire que les pages où Jim Harrison décrit les déambulations de son personnage en pleine nature sont parmi les plus réussies, puisqu’il parvient à faire sentir la beauté des paysages et la vie qui les anime. Si Joseph s’y sent particulièrement à l’aise, c’est sans doute parce qu’il peut en profiter sans états d’âme. En pleine nature, il peut réfléchir, car la fréquentation des humains se révèle infiniment compliquée. Il a quand même un doute quant à son pouvoir de vie ou de mort sur des animaux qui ne lui ont rien fait et qu’en plus, il aime observer.

Histoire familiale et personnelle

Joseph veille sur sa mère qui est en train de mourir, prétexte pour retarder le moment de prendre une décision. S’il ne met pas fin à son aventure avec Catherine, il risque de voir Rosealee lui filer entre les doigts. Il sent bien qu’il n’a aucun avenir avec Catherine, mais comment achever leur histoire ? Pourquoi y prend-il goût à ce point ? Il est possible qu’il en profite pour compenser la frustration qu’il a éprouvée suite à son accident (enfant, il a bien failli perdre une jambe happée par une machine agricole, accident dont il garde des séquelles). On peut aussi imaginer que son indécision vis-à-vis de Rosealee soit une façon inconsciente de lui faire payer le fait qu’autrefois elle lui ait préféré Orin. Pourtant, Rosealee lui propose de reprendre la ferme de sa famille à elle, ce qui pourrait l’arranger alors qu’il est sur sa dernière année d’enseignant. Il se pourrait donc que Joseph recule devant quelque chose qu’on insiste pour qu’il fasse, sans qu’il l’ait choisi par lui-même. Jim Harrison fait ainsi sentir bien des raisons profondes pour un homme mûr, d’agir ou de ne pas agir (ce qui ne l’empêche pas d’évoquer des points de vues féminins). On pourrait imaginer que seul compte le temps présent, mais ce serait trop simple.

Entre bien et mal

Quoi qu’il en soit, Jim Harrison propose une situation bien particulière, avec cette aventure d’un homme mûr et pas libre, avec une bien jeune fille. On remarquera qu’il ne prend pas position pour dire si c’est bien ou mal (aux lecteurs-lectrices de juger). Ce qui ne l’empêche pas de décrire les réactions des uns et des autres. Car la discrétion voulue par Joseph ne peut pas durer éternellement dans une région où tout se sait. L’auteur s’intéresse aux conséquences d’une situation qui l’inspire. Ainsi, des parents d’élèves désapprouvent vivement. Et le propre père de Catherine imagine bien que celle-ci a sa part de responsabilité dans cette relation (la famille de Catherine ne lui apporte probablement pas ce tout ce qu’une jeune fille de son âge aurait besoin). Joseph doit composer également avec ses quatre sœurs, dont Arlice sa sœur jumelle dont il est proche, mais qui l’incite vivement à officialiser sa relation avec Rosealee.

Une amitié précieuse

Enfin, Harrison fait du docteur Evans, un personnage bien à part. En effet, celui-ci connaît les uns et les autres mieux que personne. Avec Joseph, il va à la chasse et il échange bien plus que des confidences. Ses conseils sont ceux d’un homme d’expérience et il ne les donne pas en Monsieur-je-sais-tout, malgré sa position particulière et privilégiée. Sa vision quasiment de l’intérieur lui permet néanmoins de jauger tous et tout avec un œil extérieur. Il connaît par cœur les faiblesses des uns et des autres.

Liberté chérie

Jim Harrison décrit donc avec bonheur le quotidien de Joseph, chasseur mûr et bourru qui se débat comme il peut dans une situation inextricable où il cherche à préserver sa liberté, du moins dans ce qu’il considère comme vital. Déployant une grande richesse thématique, malgré sa concision (223 pages), ce roman marquant illustre le talent particulier de son auteur.

Nord-Michigan, Jim Harrison
Robert Laffont (Pavillons), janvier 1984 (traduction française)

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Festival

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