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Doctor Who saison 8 épisode 3 : Robots of Sherwood- Critique

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Doctor Who saison 8 « Robots of Sherwood »

Synopsis :Clara demande au Docteur de lui permettre de faire la connaissance de Robin des Bois. Le Docteur lui fait remarquer que Robin des Bois n’est pas un personnage réel, mais un héros du folklore ; cependant, c’est quand même lui, à la stupéfaction du Docteur, qu’ils rencontrent dans la forêt de Sherwood.

Le recyclage ne sauve pas toujours la forêt…

Après deux premiers épisodes menés par Moffat dans une veine plus sombre, « Robots of Sherwood » siqne le retour de Mark Gatiss, son collègue de Sherlock, au scénario. Un épisode qui s’annonçait plus léger et plus fun, une façon pour la série de renouer avec ses origines : voyage dans le passé, élément de science fiction et rencontre d’une figure connue, avec cette fois l’apparition d’un personnage plus légendaire qu’historique, Robin des bois. Malheureusement, si le ton volontairement désuet de l’ensemble reste charmant, cet épisode souffre une fois encore d’un manque d’ambitions scénaristique.

La première apparition du brigand au grand cœur annonce la couleur : « Robots of Sherwood » assume la légende et ne cherche pas le réalisme. On est beaucoup plus proche de la vision d’Eroll Flynn que de celle de Ridley Scott. Costume vert, éclats de rires en toutes occasions, belle barbiche blonde… Tom Riley incarne un Robin qui assume complètement la caricature. L’intrigue autour de cette rencontre sera donc logiquement plus enfantine (en témoigne un duel à la petite cuillère). Sauf que le premier couac survient assez rapidement lors d’une scène de pillage par le vil shérif de Nottingham. Le ton se fait subitement plus sombre, plus glauque, en totale opposition avec les séquences accompagnant Robin et le Docteur; on perd alors en un instant ce qui faisait le charme premier de cette épisode : l’esprit d’aventure. Difficile après de se remettre dedans, d’autant que la suite de l’intrigue manquera un peu de surprise. On découvre rapidement que des méchants robots aliens sont derrière toute cette mascarade (le titre nous l’avait déjà indiqué) et que le but de tout ceci est d’accumuler de l’or pour réparer leur vaisseau en panne. Autrement dit la même histoire que « Deep Breath » (08×1), mais aussi que « The lodger » (05×11), « The fires of Pompeii » (04×2)… en gros une trame déjà vue et revue dans la série, et qui ne surprend plus. Pire encore, on se sent irrité que l’auteur nous resserve cette même recette un peu simpliste, surtout quand celui ci s’appelle Mark Gatiss et qu’il fut capable de composer des intrigues qui pouvait êtres à la fois drôles, terrifiantes, intelligentes et originales (The Crimson Horror ou The God Complex). On aurait été en droit d’espérer un peu plus d’une telle figure de la télévision britannique.

Pour le reste, le combat de coq entre le docteur et le hors la loi reste dans les sentiers battus. Conflits d’ego, doutes, vannes idiotes… qui culmine lors de la scène du cachot où Clara leur fait remarquer qu’avec leurs disputes, les 2 justiciers n’ont même pas remarqué l’absence de gardes derrière la porte. Une touche d’humour qui aurait eu toute sa place et aurait surpris si elle n’avait déjà été utilisé dans « The Day of the doctor » (spécial 50 ans). C’est tout le problème de cette aventure, si l’ensemble est agréable, elle ne surprend jamais, la faute à un recyclage intensif des codes de la série sans véritablement chercher à repousser les limites (il y a même encore un personnage qui veut épouser Clara…).

La seule touche d’originalité viendra, de façon surprenante, du personnage du Shérif. Cruel et manipulateur comme dans la légende, Gatiss ajoute au personnage un étonnant manque d’ambition (en accord avec sa vision du monde à l’époque) qui se révèle être une source intarissable d’humour. Le voir annoncer ses future conquête des villes voisines avec fierté à quelque chose de risible mais à la fois touchant (« D’abord Nottingham puis… Derby et ensuite… Lincoln et après… LE MOOOONDE! »), quoique l’on peut aussi se poser la question s’il se moque de son interlocuteur. Le voir également marquer sur une carte ses futures possessions comme un gamin à noël (« A moi…A moi…A moi aussi… ») donne étonnamment le sourire. Cet antagoniste se révèle alors plus complexe qu’attendu. A la fois intelligent et courageux mais avec un petit coté infantile, une sorte de jumeau maléfique de Robin (et aussi un peu du docteur), peut être le premier méchant véritablement réussi de cette nouvelle saison.

Épisode un peu à part, avec très peu de référence à la continuité de la série, « Robot of Sherwood » est plaisant mais il lui manque un peu d’originalité et surtout un vrai souffle épique (les joyeux compagnons sont étonnamment laissés de coté…). Il serait peut être temps pour Moffat et sa bande, de mettre la main à la pâte. Si le recyclage sauve les arbres, ce serait une bonne idée de planter de nouvelles graines…

Fiche Technique: Doctor Who Saison 8

Titre original : Doctor Who
Genre : Aventure, Science fiction
Créateur(s):Steven Moffat (depuis 2008)
Pays d’origine : Royaume-unis
Date : 2005
Chaîne d’origine : BBC
Épisodes : Beaucoup…
Durée : 50 minutes
Statu : en cours
Avec : Peter Capaldi, Jenna Louise Coleman, Samuel Anderson…

The Leftovers, saison 1 : critique de la série

The Leftovers est une série à part. Sous couvert d »un événement fantastique, elle étudie le comportement des habitants d’une ville américaine, qui ne peut faire le deuil de ses disparus.

Synopsis : Le 14 octobre, 2% des êtres humains disparaissent de la surface de la terre, sans la moindre explication. Trois ans plus tard, on se retrouve dans la ville de Mapleton aux États-Unis. La vie a repris son cours, mais personne n’a oublié ce drame. Une cérémonie de commémoration va être donner en l’honneur des disparus. Mais la population et une secte vont s’affronter lors de cet événement, malgré les mesures de sécurité prises par le Shérif Kevin Garvey.

A nos chers disparus

Elle se concentre sur le shérif Kevin Garvey (Justin Theroux), qui n’a pourtant perdu personne lors de ce fameux 14 octobre. Les membres de sa famille sont toujours sur terre, mais dans un sens, ils ne sont plus vraiment là. Sa femme Laurie (Amy Brenneman) est entrée dans une secte dirigée par Patti Levin (Ann Dowd), les « Guilty Remnant », venue s’installer dans leur ville et a fait vœu de silence. Son fils Tom  (Chris Zylka) a intégré une autre secte en dehors de la ville, sous le joug du gourou Wayne Gilchrest (Paterson Joseph). Sa fille Jill (Margaret Qualley) vit encore avec lui, mais leurs rapports sont distants. Enfin, son père Kevin Garvey Sr (Scott Glenn), devenu fou après les disparitions, est enfermé dans un centre psychiatrique.

D’autres personnages ont leur importance, comme Nora Durst (Carrie Coon). Elle est la seule à avoir perdu toute sa famille : son mari et ses deux enfants. Un épisode lui est entièrement consacré, comme pour le prêtre Matt Jamison (Christopher Eccleston). Meg Abbot (Liv Tyler) est une femme dépressive, harcelée par la secte de Patti Levin ou tout ses membre sont vêtus de blanc, muets et fument en permanence. A un moment ou un autre, toutes ses personnes vont se croiser ou se lier, dans cette ville, pour une bonne ou une mauvaise raison.

La série, The Leftlovers commence par  les disparitions, nous mettant directement au cœur de l’histoire. Un départ brusque et rapide, qui se ralentit fortement 3 ans plus tard. Elle devient contemplative et prend le temps de nous présenter les différents protagonistes. Mais une question prédomine dès le début : que sont devenus les disparus ? Elle est légitime, vu que c’est le point de départ. Sauf que la série ne parle pas de cela, elle préfère observer les conséquences de ce drame. Une direction qui peut déboussoler. On s’attend à une série fantastique et on se retrouve face à un drame.

Mais la série reste ambiguë, en laissant planer un soupçon de surnaturel, ou du moins, nous le laisse croire.  Au travers des disparitions, elle aborde des sujets sensibles. Comme le deuil et l’impossibilité de le faire, en l’absence des corps. Cette douleur sourde qui sommeille en chacun des habitants, victimes de ce phénomène inexpliqué, est exacerbé par la présence des Guilty Remnant. Le rythme lent qu’instaure la série est en relation avec l’état dépressif de la plupart des personnages. Elle n’est mise à mal, que par une violence aussi inattendue que brève, nous sortant de l’état comateux, dans lequel, elle nous a plongé. Cela lui confère un impact plus puissant, au point de nous mettre mal à l’aise.

Mais le temps semble long et souvent ennuyeux, au fil des épisodes. De plus, le discours sous-jacent religieux, accentué par le générique, rend le propos ambigu. C’est bien ça le problème de la série, elle ne veut pas se définir, aussi bien dans le genre, que dans le ton. Elle se contredit en permanence, en ne gardant qu’un seul fait concret : les 2% d’êtres humains disparus. Même le shérif Kevin Garvey, a de multiples facettes. Celle que l’on nous présente en père célibataire, puis au travers de son père et enfin par le biais de flash-back. Le choix narratif est intéressant, les apparences sont souvent trompeuses et d’autres drames existent en dehors du point de départ. Mais la forme laisse à désirer.

Malgré des moments forts, comme l’épisode centré sur Nora Durst, il faudra attendre le dernier épisode pour que la série révèle sa force. Ce final est éblouissant et émotionnellement puissant, mais il ne fait pas oublier le long chemin pour parvenir à cette réussite. The Leftovers est une série à part, elle demande de la patience et sort des sentiers battus, ce n’est pas un hasard si elle est diffusé sur HBO, un gage de qualité et d’exigence.

Le casting n’est pas vraiment réussi. Justin Theroux met du temps à s’imposer, mais il a la carrure pour tenir le premier rôle. Christopher Eccleston est parfait dans le rôle du prêtre. Carrie Coon, l’est tout autant et ce n’est pas un hasard si ces deux derniers ont deux épisodes qui leurs sont entièrement dédiés. Le problème vient surtout des rôles muets, ils demandent une plus grande exigence, vu que nous sommes focalisés sur leurs visages et non, sur leurs mots. Amy Brenneman rivalise avec Liv Tyler, pour savoir qui sera la plus insupportable visuellement parlant. Ann Dowd les bat haut la main, mais c’est son rôle qui veut cela, certes elle est agaçante, mais elle a une bonne excuse, au contraire des deux autres. Margaret Qualley est une adolescente tout aussi crispante, que sa mère Amy Brenneman, alors que son frère Chris Zylka se faisant plus discret, n’interfère pas dans l’appréciation de la série. Scott Glenn se fait lui aussi rare, mais il campe un rôle important avec maestria. Un casting plus efficace, moins fade, aurait été d’une grande aide pour mieux supporter la longueur des épisodes. Il en va de même pour la réalisation. Certes les plans sont souvent magnifiques, mais son osmose avec le ton de la série, la rend soporifique.

The Leftovers a une qualité, elle ne laisse pas indifférent. On la qualifie soit de chef d’oeuvre, soit d’un ennui mortel. Tout dépend de la sensibilité de chacun. Elle a ses qualités et ses défauts. Ce fût difficile d’aller jusqu’au bout, mais le final rassure quand à son potentiel et aux émotions qu’elle peut procurer. Une saison 2 est annoncée, c’est à ce moment-là, que l’on pourra vraiment juger de son niveau.

Fiche technique: The Leftovers

USA – 2014
Créateurs :Damon Lindelof et Tom Perrotta
Réalisateurs : Peter Berg, Keith Gordon, Carl Franklin, Lesli Linka Glatter, Mimi Leder, Michelle MacLaren et Daniel Sackheim
Scénaristes : Damon Lindelof, Tom Perrotta, Kath Lingenfelter, Curtis Gwinn, Jacqueline Hoyt, Carlito Rodriguez et Elizabeth Peterson
Casting : Justin Theroux, Amy Brenneman, Christopher Eccleston, Liv Tyler, Chris Zylka, Margaret Qualley, Carrie Coon, Emily Meade, Amanda Warren, Ann Dowd, Michael Gaston, Annie Q et Scott Glenn
Chaîne de diffusion : HBO
Saison : 1
Nombre d’épisodes : 10 de 58 minutes
Producteurs : Damon Lindelof, Tom Perrotta, Ron Yerxa et Albert Berger
Productions : Warner Bros Television

Auteur de l’article Freddy M.

True Detective, saison 1 : Critique de la série

True Detective, saison 1 : Un thriller glaçant et Nietzschien

True Detective, aux États-Unis, c’est un magazine relatant faits divers sordides, meurtres glaçants et crimes divers, toujours d’une façon joyeusement cynique et malsaine. L’équivalent US de notre Le Nouveau détective national, il a tout de même accueilli dans ses colonnes quelques écrivains de futur renom. Est-ce parmi ses pages à la qualité probablement douteuses que Nic Pizzolatto a trouvé l’inspiration pour sa génial histoire policière du même nom ? Toujours est-il que le titre résume assez bien l’ambiance glauque et sale de cette première saison.

Prenant pour cadre les bayous de la Louisiane, une région aux qualités hautement cinématographiques mais trop rarement mise en valeur sur grand écran, cet ancien écrivain nous plonge dans les noirceurs de l’âme humaine. Auteur de deux romans, Pizzolatto s’est fait la main sur la série télé grâce à The Killing. Dans True Detective, il mixe joyeusement les influences, allant des histoires sous format pulp, très populaire outre-Atlantique, à des références de la littérature d’horreur, citant ouvertement Chambers, à qui il emprunte le symbole du Yellow King. Des hommages assumés et des citations poussées qui lui ont d’ailleurs valu un procès pour plagiat. Simple influence, a déclaré l’auteur.

Toujours est-il que le résultat rend superbement à l’écran. Le scénario, glaçant à souhait, tire parfaitement parti des décors désolés de la région, et plonge le spectateur dans les coins les plus reculés de l’Amérique profonde. Partant d’un simple meurtre à la mise en scène terrifiante, il étale son histoire sur 17 ans, la découpant en trois périodes. Un procédé qui permet de faire monter lentement le suspens, tout en posant les bases de l’intrigue. Les époques s’entrechoquent, avec pour seul lien en commun les fameux meurtres, mais aussi les deux personnages principaux, Cole et Hart.

Duo de haut vol

C’est un peu la valeur ajoutée de la série, d’ailleurs. Le couple Matthew McConaughey/Woody Harrelson fonctionne parfaitement à l’écran, et leur alchimie se ressent dès les premières minutes. Leur prestation est impressionnante, chacun faisant ressortir le jeu de l’autre et s’en nourrissant. Qu’ils soient au naturel ou abîmés par les années grâce au maquillage, ils donnent vie et chair à leurs personnages. Ce sont eux, d’ailleurs, qui donnent toute sa profondeur à la série. La complexité de leur caractère s’accorde parfaitement à la noirceur de l’univers, et cette mise à l’épreuve permet d’éprouver un peu plus leurs personnalités mais aussi de mettre en valeur leur humanité, tout comme leurs défauts. Pizzolatto à le chic pour donner vie à ces deux policiers abîmés par la vie, leur quotidien et leurs relations avec les autres.

Le quatrième homme qui permet à la série de se démarquer, c’est le réalisateur Cary Fukunaga. Un metteur en scène unique pour toute une série, la chose est rare de nos jours, alors que les producteurs cherchent à multiplier les noms derrière la caméra, souvent pour des raisons de planning serré. Ici, un seul réalisateur, ce qui permet une plus grande unité d’un point de vue visuel. Esthétiquement, on est plus proche du cinéma que des séries télé, malgré l’augmentation massive de la qualité de ces dernières. Fukunaga réfléchit ses plans et parvient à imprimer une véritable identité à True Detective. Il sait également tirer profit au maximum des paysages de la région, et nous offre des plans travaillés, qui renforcent le sentiment de menace pesant sur le spectateur.

Véritable coup de poing télévisuel, True Detective s’est d’ores et déjà fait une place parmi les meilleures séries signées HBO, et même parmi les meilleures séries tout court. Scénario haletant, réalisation soignée, casting de haut vol, tous les ingrédients sont réunis pour une plongée en enfer de huit heures, dont le spectateur ne ressortira pas indemne. Reste à confirmer pour une saison deux qui remettra les compteurs à zéro.

True Detective s’ouvre sur un générique de toute beauté, un titre du groupe The Handsome Family intitulé «Far From Any Road» (extrait de l’album Singing Bones).

Synopsis: La traque d’un tueur en série amorcée en 1995, à travers les enquêtes croisées et complémentaires de deux détectives, Rust Cohle et Martin Hart.

Fiche technique – True Detective

Américain – 2014
1 saison, 8 épisodes
Thriller, suspens
Créée par Nic Pizzolatto
Réalisateur : Cary Fukunaga
Scénariste : Nic Pizzolatto
Casting : Matthew McConaughey (Rust Cohle), Woody Harrelson (Martin Hart), Michelle Monaghan (Maggie Hart), Michael Potts (Maynard Gillbough), Tory Kittles (Thomas Papania), Kevin Dunn (Ken Quesada)
Producteurs : Nic Pizzolatto, Cary Fukunaga, Richard Brown, Steve Golin, Bard Dorros
Production : Anonymous Content

La série a été renouvelée pour une saison 2, et se déroulera en Californie, à Big Sur…

Auteur de l’article Mikael Yung

Critique : 3 Cœurs, un film de Benoît Jacquot

C’est le titre d’un des films de Yvan Attal, le compagnon de Charlotte Gainsbourg et mettant en scène… Charlotte Gainsbourg. Ce titre est approprié pour parler du dernier film de Benoît Jacquot, dans lequel joue une pléthore de très bons acteurs. Malgré un scénario mince, plat et quelquefois à la limite de la vraisemblance, ainsi qu’une mise en scène sans éclat, 3 Cœurs fonctionne essentiellement grâce aux acteurs, des comédiens très professionnels qui ont pu composer avec ces scories et proposer un film regardable.

Synopsis: Dans une ville de province, une nuit, Marc rencontre Sylvie alors qu’il a raté le train pour retourner à Paris. Ils errent dans les rues jusqu’au matin, parlant de tout sauf d’eux-mêmes, dans un accord rare. Quand Marc prend le premier train, il donne à Sylvie un rendez-vous, à Paris, quelques jours après. Ils ne savent rien l’un de l’autre. Sylvie ira à ce rendez-vous, et Marc, par malheur, non. Il la cherchera et trouvera une autre, Sophie, sans savoir qu’elle est la sœur de Sylvie…

Ma femme est une actrice

Benoît Jacquot est un cinéaste prolifique, qui alterne des films de tous les genres, en costume ou plus « urbains » comme celui-ci, ainsi qu’il aime à le décrire. Après Les Adieux à la reine, un portrait de femme plutôt réussi, et qui a eu un bel accueil et public et critique, Benoît Jacquot a souhaité s’attaquer à un film dont le héros est un homme.

Cet homme, ce sera Marc, un inspecteur des impôts en déplacement en province, en pleine violente peine de cœur. Il rate son train du retour, et fait la connaissance d’une femme au regard sombre et vaguement mystérieuse. La rencontre est belle, ils ne se parlent pas beaucoup, mais le trouble est clairement palpable. Au bout d’une nuit blanche passée à déambuler dans la ville, ils  se donnent rendez vous aux Tuileries à Paris, sans échanger ni prénoms ni numéros de téléphone.

Le rendez-vous sera manqué, Sylvie s’expatrie, et par un concours de circonstances comme seuls les scenarii de cinéma peuvent envisager, Marc rencontre à son tour la sœur de Sylvie, aussi fragile que cette dernière semble être forte.

Les 3 Cœurs sont ceux de ce triangle amoureux. Marc est joué par un Benoît Poelvoorde plutôt sobre, et qui  fait vraiment ce qu’il peut pour donner de l’épaisseur et de la crédibilité à ce personnage. Hélas, c’est difficile, tant le scénario est hérissé d’incohérences. Lorsqu’il ne s’aperçoit que dans le dernier quart du film, l’une est la sœur de l’autre. Lorsqu’à aucun moment, le réalisateur n’instille le doute quant à la sincérité de l’amour qu’il porte à sa femme : un amour passionnel, à tout le moins passionné, le couple passant le plus clair de son temps dans les bras l’un de l’autre, ce qui est contradictoire avec l’attitude de Marc dans la deuxième partie du film.

Sophie est incarnée par Chiara Mastroianni dont les grands yeux tristes et les manières douces et un peu lentes, suffisent à lui conférer une sorte de bovarysme accentué par une niaiserie due à un scénario impitoyable.

Quant à Sylvie, c’est un personnage de femme au bord de l’hystérie, indécise, que fort heureusement le jeu de Charlotte Gainsbourg, tout en retenue, aide à sauver de la caricature.

Ces trois acteurs sont toujours dans la justesse, suppléant presque au manque d’imagination de Benoît Jacquot qui déroule une mise en scène plate et académique, au mauvais sens du terme. La présence de Catherine Deneuve, en mère nourricière et gardienne du bonheur familial vient compléter ce quatuor de très bons acteurs qui sont la preuve du rôle central qu’ils ont dans les films, ce que l’on a parfois tendance à oublier.

Présent à la projection, Benoît Jacquot explique qu’il voulait montrer le cœur à la fois comme un organe vital (une pathologie cardiaque pour l’un des personnages) et comme source d’élans poétiques et de sentiments amoureux (sic). On voit tout de suite le danger qui guette un tel projet, car la métaphore facile est tentante, et à portée de main. Peine de cœur et pathologie cardiaque caractérisent en effet celui qui a « mal au cœur ». De fait, le film est un nid de métaphores faciles. Le mal de cœur, le soleil qui se lève sur un nouvel amour, l’orage qui tonne sur les amants, la musique qui surligne avec  lourdeur, tout est à l’avenant.

En tant qu’inspecteur des impôts, Marc harcèle le maire de la ville pour des fraudes fiscales qu’il aurait débusquées. Ces scènes sont hors sujet et inutiles, car ne mènent nulle part.

Malgré tout, une chose  est à sauver de ce quasi naufrage, et si on veut bien faire fi de tout ce qui est dit précédemment : la volonté affichée du cinéaste de faire de cette histoire une sorte de thriller est assez respectée, le suspense étant maintenu jusqu’au bout, quant à l’issue de ce triangle amoureux. Vers la toute fin, il y a même un très beau plan sur Charlotte Gainsbourg qui à lui seul, justifie d’aller voir ce film. Hélas, la dernière séquence, complètement inutile et contre-productive elle aussi, vient ruiner cette embellie pour remettre le film là où il se complaît à être.

Nominé pour 3 prix à la Mostra de Venise de 2014, le film en est reparti bredouille…

Fiche Technique: 3 Cœurs

Titre original : –
Réalisateur : Benoît Jacquot
Genre : Drame
Année : 2014
Date de sortie : 17 Septembre 2014
Durée : 106 min.
Casting : Benoît Poelvoorde (Marc), Charlotte Gainsbourg (Sylvie), Chiara Mastroianni (Sophie), Catherine Deneuve (La mère), André Marcon (Le maire)
Musique : Bruno Coulais
Scénario : Julien Boivent, Benoît Jacquot
Chef Op : Julien Hirsch
Nationalité : France
Producteur : Alice Girard, Edouard Weil
Maisons de production : Pandora Filmproduktion, Rectangle Productions
Distribution (France) : Wild Bunch Distribution

 

Critique : The Last Ship – Saison 1 de Michael Bay

Les dix épisodes de la première saison de The Last Ship (diffusés sur TNT) résument toute la carrière cinématographique de Michael Bay.

Synopsis : Alors qu’un virus mortel décime la population mondiale, le capitaine Chandler et son équipage vont rester au large des côtes pour donner au professeur Scott le temps de trouver un antidote à la maladie.

Une série très « Michael Bay » 

Encore que les trois premiers auraient suffit, ils condensent en deux heures ce qui fait que Michael Bay est Michael Bay : de la testostérone par containers entiers, des cellules grises à dose homéopathique et surtout : la panoplie complète des valeurs made in U.S.A. Pour être exhaustif, on citera pêle-mêle : l’honneur, l’effort, le sens du devoir, du sacrifice, la famille, la suprématie des U.S.A. sur le reste du monde, et au-dessus de tout ça bien sûr, le seul l’unique, the one and only ladies and gentlemen, celui sans lequel rien n’aurait été possible, celui qui n’a pas hésité à sacrifier son fils unique pour que les hommes puissent s’entre-tuer : le bien nommé, Dieu !

Les hauts et les creux de la vague 

Contrairement à ce que laissera paraître ce billet, The Last Ship est plutôt une bonne série, pourvu qu’on oublie sa morale assommante, tellement typique et qu’on se souvienne qu’elle est une série estivale destinée à détendre les doigts de pieds avant de filer sur les plages. Car passés les trois premiers épisodes (le premier par Jonathan Mostow, réalisateur de Terminator 3 et Clones), presque agaçants de blabla moralisateur, Michael Bay aligne quelques épisodes plutôt bien sentis et pleins de tension. Rien d’extraordinaire non plus, mais des scènes qu’on vit à fond, même si on se doute de la fin dès le début. On reprochera quand même à Bay de nous refaire le coup des méchants Russes, parce-que là, ça commence à bien faire. D’autant que ses méchants Russes ne semblent même pas avoir de motivation, ils sont méchants parce-qu’ils sont Russes et puis c’est tout !

Money, money, money  

Si on reconnaît Michael Bay côté scénario, c’est du côté de la mise en scène qu’il exprime le mieux ce qu’il est, à savoir : plein aux as ! Même si certains ont critiqués le côté cheap de la série, puisqu’elle ne se déroule (presque) que sur un bateau, il n’y en a surement pas beaucoup comme lui qui ont les moyens de s’offrir un croiseur de la Navy pendant tout un tournage. Du coup, c’est presque son compte en banque qu’on voit à l’écran : dépenses, recettes et surtout, le gros chèque de la production ! Mais comme chaque médaille a son revers, Bay insiste énormément sur l’artillerie, l’honneur de ces soldats bref, il fait le S.A.V. de l’armée des U.S.A. Un étrange (et contestable) placement produit quand on y réfléchit…Mais bon ça en jette, ne boudons pas notre plaisir, les scènes d’actions sont dignes du grand écran.

Deux bons acteurs et puis s’en va 

Par contre, côté acteurs ça n’en jette pas du tout, ou alors si peu. Rhona Mitra est là avant tout pour sa plastique de rêve, car côté expressions, elle semble tout droit sortie de l’ère glaciaire (on la verrait mieux dans Ice Age 4 d’ailleurs…). Même chose pour Eric Dane, qui joue ni plus ni moins le cowboy de service, regard en acier trempé et répliques parfois hilarantes tant elles sont éculées. Il vaut mieux aller chercher du côté de John Pyper-Fergusson, parfait en roublard ex-employé d’une armée privée, l’acteur passe une bonne partie de la saison à cabotiner pour le plaisir du téléspectateur. Mais le top du top restera l’éphémère Ravil Isyanov, formidable amiral russe qui prend en chasse le croiseur U.S. Il a une vraie gueule de cinéma et sait en jouer pour effrayer à peu de frais les jeunes filles farouches.

Une série estivale on vous dit  

Il faut donc laisser son cerveau et son esprit critique aux vestiaires pour apprécier, d’autant qu’une saison 2 est déjà dans les tuyaux pour l’été 2015. Probable qu’il n’ y aura alors plus de bateau et qu’on s’orientera plutôt vers des épisodes décrivant une société post-apocalyptique, autant dire que le risque de servir du réchauffé est important. Autant dire aussi qu’on sera loin encore une fois de la série cérébrale mais au fond, pourquoi pas ? Après tout, on sera en été, serviette de plage et crème solaire prêtes, alors finalement, si on peut se divertir même quand on est en mode « veille »…

Fiche Technique – The Last Ship

Producteur : Michael Bay
Casting : Adam Baldwin, Eric Dane, Rhona Mitra, John Pyper-Ferguson
Chaine : TNT
Année : 2014
Saisons : 2
Episodes : 23
Format : 42’
Genre : aventure, drame, action
Statut : En cours

Auteur de la critique Freddy M.

 

 

Critique : Métamorphoses, un film de Christophe Honoré

Film après film, Christophe Honoré continue de se réinventer. Fan de Nouveau Roman (il a monté « Nouveau Roman », un spectacle mettant en scène ses écrivains préférés : Robbe-Grillet, Sarraute ou Duras pour ne citer qu’eux), écrivain érudit lui-même, dramaturge chevronné, il fait du cinéma une corde de plus à son arc.

Synopsis : Devant son lycée, une fille se fait aborder par un garçon très beau mais étrange. Elle se laisse séduire par ses histoires, des histoires sensuelles et merveilleuses où les dieux tombent amoureux de jeunes mortels. Le garçon propose à la fille de le suivre…

“Je est un autre”

Malgré une liste de films qui s’allonge sérieusement, le cinéma n’est qu’un de ses moyens d’expression. Cette particularité lui permet d’aller très loin dans l’exploration du champ des possibles, de mixer les univers, et de tenter comme ici de traduire un monument de la littérature, Les Métamorphoses d’Ovide, douze mille vers et pas un de moins, en un film élégant et inventif.

Le fil d’Ariane de ce mythe moderne est Europe, jeune collégienne/lycéenne au regard sombre, incarnée par la toute jeune Amira Akili, sombre telle l’Europe des mythologies, qui rappelons-le, est la fille d’un roi phénicien qui arrive vers l’Ouest, le Couchant (« Ereb » en langue sémitique) après avoir été enlevée par Jupiter transformé pour l’occasion en taureau.

Europe s’apprête à suivre ses camarades pour une visite quelconque, quand soudain, un camion comme mû par des forces invisibles passe violemment devant le groupe des jeunes. Europe se détache alors du groupe et part en direction de ce camion. Dans une scène digne du beau Duel de Steven Spielberg, le camion s’avance vers Europe, et l’enlève littéralement. Le beau et puissant taureau blanc qui enlève Europe dans la mythologie est audacieusement représenté par ce camion, qui n’est autre que Jupiter avant que l’amour ne lui redonne une forme « humaine » dans la scène suivante.

“Il faudrait que tu me croies pour que ce soit profitable” 

Ainsi parle Jupiter à l’adresse d’Europe, au moment où il s’apprête à lui faire ses différents récits. Mais ainsi semble également parler Christophe Honoré à l’adresse du spectateur, tant ce dernier va être emmené loin de ses rivages habituels.

En effet, Europe va naviguer de tableau en tableau dans les récits de figures marquantes de la mythologie dans la version d’Ovide, des récits fidèles mais transposés à l’ère moderne, entre béton et nature foisonnante. On y croise Diane (sous la forme d’une transsexuelle) qui métamorphose Actéon en cerf, Jupiter donc, et son épouse Junon qui transforme Europe en une génisse (Io), Bacchus et ses Bacchantes anthropophages 2.0, Philémon et Baucis métamorphosés en arbres super-stylisés, Junon et Jupiter encore en « consultation » chez Tiresias, Salmacis et Hermaphrodite fusionnés dans le lac etc… Ces histoires sont belles, même dans leur cruauté pour certaines d’entre elles, et le choix opéré par Christophe Honoré est judicieux.

Car ces récits sont amenés d’une manière fluide, les transitions via Europe sont brèves mais plausibles. On plonge dans un monde qui n’existe pas, un monde à la limite du merveilleux, mais en même temps un monde dont le moteur est l’amour, un sentiment qui n’est que trop réel et qui ne nous est que trop familier.

Les métamorphoses ainsi racontées, synthétisées et mises en image par Christophe Honoré, figurées par de jeunes acteurs à l’allure contemporaine frappent par une constante : elles sont dictées toutes par  le désir ou la répulsion, la jalousie, la fidélité et l’infidélité, la concupiscence ou au contraire la pudeur, toutes choses ayant de près ou de loin un lien avec le sentiment amoureux. Les sorts jetés sont dictés par l’amour ou l’impossibilité de l’amour. Christophe Honoré nous invite à vérifier tout au long du film la puissance de l’amour et surtout du désir qui peuvent déplacer des montagnes.

“Je me propose de dire les métamorphoses des formes en des corps nouveaux

L’ambition d’Ovide dans son projet poétique est prise en exergue par Christophe Honoré qui lui emboîte brillamment le pas. Le cinéaste, qu’on pourrait qualifier de cinéaste du corps ou en tout cas qui fait un travail important sur le corps (« les bien- aimés », « ma mère », etc.) déploie une ingéniosité faite de simplicité d’accessibilité pour dire ces métamorphoses.

C’est une gageure de créer un tel film à partir d’un tel matériau. Il offre de belles trouvailles cinématographiques, une atmosphère particulière et cohérente tout au long de la narration : présence récurrente de la végétation et de l’eau, incursions régulières dans le paysage urbain. Le choix d’acteurs inconnus du public permet de dépersonnaliser le film pour que le spectateur puisse se
couler au mieux dans l’enchantement de cette histoire.

Fiche Technique: Métamorphoses

Titre original : –
Réalisateur : Christophe Honoré
Genre : Comédie dramatique
Année : 2014
Date de sortie : 3 Septembre 2014
Durée : 102 min.
Casting : Amira AKILI (Europe), Sébastien HIREL (Jupiter), Mélodie RICHARD (Junon), Damien CHAPELLE (Bacchus), George BABLUANI (Oprhée), Mathis LEBRUN (Actéon), Samantha AVRILLAUD (Diane), Coralie ROUET (Io), Nadir SONMEZ (Mercure), Vincent MASSIMINO (Argus), Olivier MULLER (Pan), Myriam GUIZANI (Syrinx), Vimala PONS (Atalante)
Musique : Guillaume le Braz
Scénario : Christophe Honoré, d’après Ovide
Chef Op : André Chemetoff
Nationalité : France
Producteur : Philippe Martin
Maisons de production : Les films Pélleas
Distribution (France) : Sophie Dulac Distribution

Perfect Sense, un film de David MacKenzie : Critique

Belle expérience de cinéma qui nous change quelque peu des sempiternels films empesés sur la déliquescence morale de notre monde, Perfect Sense n’est pourtant pas exempte de défauts majeurs qui amenuisent sa portée et sa force de conviction.

Synopsis: Au milieu d’un monde frappé par une étrange épidémie qui détruit progressivement les cinq sens, un cuisinier et une brillante chercheuse tombent amoureux…

L’empire des sens

Si le sujet est peu original en soi, la traduction qu’en à David Mackenzie apporte un vent de fraîcheur et y transmet sa sensibilité avec un charme diffus qui n’est pas pour nous déplaire. On peut trouver cette métaphore sur notre Humanité en perte de repères à force d’individualisme forcené, un brun empesée, et au message si peu subtil, trop lénifiante par instants. A contrario, utiliser nos sens primaires pour signifier l’impérieuse nécessité d’apprendre la confrontation d’individus à cohabiter sur une même planète sans distinction de races, d’origines ou de religions est un argument qui, s’il est bien agencé, mérite qu’on prenne le temps de s’arrêter dessus. Et c’est bien ce que veut nous dire le réalisateur britannique.

Le temps, donnée si précieuse de notre civilisation qu’il nous faut chérir précieusement tant celui-ci est garant de la bonne marche du monde, semble ne devenir qu’à nos yeux une denrée matérielle dont il faut obséquieusement remplir le vide de notre existence sous peine de se frotter à la cruelle vacuité de notre fondement sur la terre. Le pragmatisme qu’affiche le cinéaste en confrontant une scientifique (donc ne s’accordant qu’à des faits prouvés) à un cuisinier (où les sens sont éprouvés dans toute leurs infinies variétés), doit nous faire reconsidérer la vie comme une succession d’étapes à traverser. Non comme un chemin tout tracé que l’on emprunte insidieusement sans se demander quel serait le but d’une telle démarche, mais autrement plus soucieux d’un partage et d’une compréhension de L’autre dans toute sa disparité. Ce faisant, il nous invite à redéfinir notre conception linéaire d’une pluralité biologique pour nous interroger sur le sens que prennent nos cheminements intérieurs.

Se repaître avec une telle gloutonnerie des ressources infinies qu’exige notre société de consommation, est inévitablement une erreur monumentale dont nous payerons tous le prix cher tôt ou tard. La barbarie humaine se nourrit de cette dévorante bouffonnerie et le chaos qui en découle ne peut être infiniment répété. Quand le précipice nous engloutit, seule notre dévotion empirique, caractéristique de notre essence, est à même de rétablir le calme sous la tempête. Nos émotions, pour prégnantes qu’elles soient, font partie de cette reconquête de L’Humanité perdue. Il n’est pas de juste philanthropie sans joies et peines confondues. La douleur, qu’elle qu’elle soit, n’est pas l’apanage des nantis de cette terre. Nous ne la recevons et ne la vivons chacun pas avec la même intensité mais elle nous est nécessaire en tant que vivants. Vouloir lui échapper ne peut que s’apparenter à une fuite en avant dont il n’est pas dit qu’elle ne nous reviendra pas encore plus fort, tel un boomerang lancé à pleine vitesse. Il en va ainsi pour le plaisir, vaste sentiment plus complexe qu’il n’y parait, auxquels tout être peut prétendre, ne serait-ce notre imperméabilité vivace contre cet état parfois anxiogène.

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L’hédonisme, tendance protectionniste de plus en plus répandue contre la fatalité, n’est valable qu’accompagné d’une vision élargie. Les deux personnages principaux s’en rendront compte à leurs dépens. La blessure profonde qu’ils ressentent envers eux les enferme dans une colère froide complètement compréhensible, mais égoïste car sans concertation. L’incompréhension est mère de toutes les rancœurs et se refermer sur soi-même devient une solution de repli évidente, mais trop commune. Nous possédons notre propre altérité qui est difficilement compatible avec d’autres entités et les réunir, demande un travail considérable intrinsèquement incompatible avec l’évolution de la société. Rebâtir cette confiance, pas à pas, est la petite goutte d’eau qui permettra la création d’un océan. C’est le sens de ces scènes douces ou nos deux amants s’effleurent et éprouvent leurs sentiments respectables dans un mélange de peur et d’envie. La sensualité à fleur de peau qui en émane ravive à nos oreilles la subtile mélodie du bonheur. Les romantiques que nous sommes se bercent avec allégresse de ces instants précieux.

Dommage alors que cette harmonieuse tentative soit illustrées à grands traits, surlignant ici la fin d’un monde dans des séquences d’apocalypse grossières et dans un nappage musical pompier. Trop de violons pour démontrer la solitude et la violence endurée. L’outrance dont se pare la mise en scène lors des contaminations et des gavages, est particulièrement risible et les comédiens ne sont pas autant inspirés les uns que les autres. Quant à la fin, prévisible tant tout le scénario est construit dans ce sens,elle nous laisse l’impression amère qu’il fallait absolument plaire au plus grand nombre, et n’est pas du tout à la hauteur du travail accompli. Heureusement que le solide Ewan Mc Gregor et la belle Eva Green sont au diapason de leur réputation pour ne pas faire sombrer celle-ci dans une répugnante retrouvaille tire larmes.

Fiche Technique: Perfect Sense (Perfect Sense)

Royaume-Uni – 2011
Réalisation: David Mackenzie
Scénario: Kim Fupz Aakeson
Interprétation: Ewan McGregor (Michael), Eva Green (Susan), Ewen Bremner (James), Connie Nielsen (Jenny)…
Genre: Drame, Science-fiction, Romance
Date de sortie: 28 mars 2012
Durée: 1h32
Image: Giles Nuttgens
Montage: Jake Roberts
Musique: Max Richter
Producteur: Gillian Berrie, Malte Grunert, Tristan Lynch, David Mackenzie
Distributeur: Pretty Pictures

Auteur : Le Cinéphile Dijonnais

Calvary, un film de John Michael McDonagh : Critique

Pour les chrétiens, le calvaire est la crucifixion du Christ, la mort de ce Dieu fait homme, et venu nous libérer de nos péchés. Cette notion est essentielle à la compréhension de Calvary, du réalisateur John Michael McDonagh, qui nous raconte les derniers jours d’un prêtre irlandais, menacé de meurtre dans huit jours par un paroissien qu’il a reçu en confession.

Synopsis: Le père Lavelle va tenter de continuer à s’occuper de sa paroisse après avoir été, en plein confessionnal, menacé de meurtre dans les huit jours, par un paroissien. Seulement ce paroissien, il l’a reconnu à sa voix. Tout en s’occupant des affaires courantes, il va tenter de répondre à deux questions : doit-il se rendre à ce rendez-vous mortel ? Doit-il briser le secret de la confession et dénoncer celui qui le menace ?

Chronique d’Une Mort Annoncée

Il était une foi…

Le calvaire du Christ devient alors celui d’un de ses représentants sur terre. Film sur la foi, sur l’isolement d’une petite ville irlandaise et avant tout, film sur la solitude des hommes d’églises (très présente dans ces scènes du père Lavelle méditant seul face à l’océan). Des prêtres devenus anachroniques en prônant des valeurs que le monde bafoue un peu plus chaque jour.

Tous les péchés du monde

Film moral sans être moralisant, Calvary aborde le sujet peu courant (et encore moins sexy) de la prêtrise au sein de sociétés modernes et individualistes. MdDonagh à travers ce prêtre en sursit, de l’adultère, de l’homosexualité ou de la fidélité. Mais aussi à travers la question de la pédophilie, devenue cause haine du clergé autant que de peur dans les yeux des parents. C’est peut-être là que le bât blesse, par cette multitude d’histoires secondaires et nécessaires, mais survolées par un film peut-être trop court. Nécessaires pour montrer que le père Lavelle prend sur lui les péchés de ses contemporains, superficielles car peu d’entre elles sont approfondies, à part peut-être la relation compliquée avec sa fille Fiona.

Ballade Nord-irlandaise

Pourtant, ces historiettes fonctionnent assez bien, réservant des moments de grâce (divine ?), laissant parfois un goût d’inachevé. Probablement par cette mise en scène qui, si elle ne transcende pas son sujet (qui le méritait pourtant), sait capturer la beauté des sauvages paysages irlandais. Une verdure omniprésente qui semble dévorer ce qui vit là, un océan glacial et violent, d’un bleu sombre tirant sur un noir mortel. McDonagh prend le temps, tel Dieu devenu metteur en scène, de se pencher sur ces personnages, de souligner leurs douleurs en scellant leur Destin. Il nous prend d’affection pour le père Lavelle, homme respecté et aimé, grand ours sauvage jadis marié et heureux père, devenu homme d’église pour trouver un sens à la mort de son épouse.

Le géant aux pieds d’argile

Ces petites histoires doivent aussi beaucoup à une pléiade de seconds rôles, gravitant autour du père justifiant son sacerdoce. Parfois touchants, parfois pathétiques et souvent farfelus, de ceux qu’on aurait retrouvés sans surprise chez Wes Anderson. Malgré tout le couple père et fille, habité par deux merveilleux comédiens, Brendan Gleeson (Mission Impossible, Harry Potter) et Kelly Reilly (Flight, Skerlock Holmes), efface peu à peu les autres. Lui en géant massif et bourru des plus touchants, comme tous ceux qui cachent leur sensibilité derrière des visages burinés par les embruns. Elle, est toujours d’une beauté fracassante, jamais démentie depuis Les Poupées Russes, pleine d’une fragilité qui laisse apparaître l’âme touchée et touchante d’une femme vivant à travers ses sentiments pour son père.

La fin du monde

Calvary n’est pas à proprement parlé le film de l’année, mais sur le thème du rôle de la foi dans une société moderne, il est certainement ce qui s’est fait de mieux depuis fort longtemps. Regard désenchanté sur une société qui oublie « l’être » au profit de « l’avoir », cette œuvre laisse un goût amer, car même si l’on ne partage pas cette foi, on peut en partager les valeurs et constater, à travers cette galerie de personnages, que les valeurs humanistes disparaissent, faisant des hommes d’église les derniers gardiens d’une civilisation qui s’éteint au profit de l’homo consummeris (représenté ici par un formidable Dylan Moran vu dans Coup De Foudre A Nothing Hill ou Shaun Of The Dead), un constat clairvoyant tout autant qu’inquiétant.

Fiche technique: Calvary

Réalisateur : John Michael McDonagh
Scénario : John Michael McDonagh
Musique : Patrick Cassidy
Avec : Brendan Gleeson, Kelly Reilly, Aiden Gillen, Dylan Moran, David Wilmot
Date de sortie: 26 Novembre 2014
Genre : Drame, Comédie
Origine : Irlande
Durée : 100 mn
Distributeur : 20th Century Fox France

Auteur de l’article Freddy M.

Mirage de la vie, un film de Douglas Sirk : Critique

 Mirage de la vie : Éloge de la liberté, ode à la célébration de la vie

Synopsis: Sur la plage de Coney Island, près de New York, Lora Meredith, une jeune mère célibataire aspirant à devenir actrice, rencontre Annie Johnson, une sans-abris noire s’occupant elle aussi seule de sa fille. Les deux femmes sympathisent et Lora propose bientôt à Annie de rester chez elle, devenant ainsi la nourrice et la domestique de la maison. La fille d’Annie, Sarah Jane, semble ne pas supporter la couleur de sa peau à une époque où cela l’exclut socialement; elle est jalouse de Susie, la petite fille blonde de Lora. Cependant, les deux enfants grandissent ensemble, comme de véritables soeurs. Son père était pratiquement blanc : Sarah Jane a donc la peau très claire et se fait passer pour blanche, provoquant la tristesse de sa mère. Les années passant, Lora devient une véritable star de Broadway. Mais elle a dû sacrifier sa vie personnelle, ne pouvant s’occuper de Susie et refusant la demande en mariage du seul homme qu’elle ait jamais aimé, le beau photographe Steve Archer…

Dans la grande tradition américaine qui a construit sa légende depuis la nuit des temps, le mélo tient une place à part dans le mythe Hollywoodien. De ces années 50, propices à un grand bouleversement social pour les États-Unis au sortir de la guerre, émergera un genre encore balbutiant même si ancré dans son histoire. Ces drames, tout en revendiquant de façon formelle un caractère contestataire, n’en oublient aucunement une flamboyance et une démesure qui sied particulièrement bien au genre. C’est la glorieuse époque de laquelle ressortiront les plus grandes stars qui marqueront à jamais le cinéma: Paul Newman, Elizabeth Taylor, Grace Kelly, Ava Gardner, Clark Gable et bien d’autres encore laisseront définitivement leurs empreintes dans le 7ème art.

Mirage de la vie appartient pleinement à cette catégorie. Éloge de la liberté, le film emprunte autant au mélodrame qu’au pamphlet. Plus que la dénonciation d’un racisme lattant dans une Amérique encore largement ségrégationniste, c’est une ode à la célébration de la vie aussi dure et injuste soit-elle. Prenez cette femme noire. Elle ne cesse de se battre contre la fatalité de sa condition qui voudrait l’enfermer dans un misérabilisme confortable. Consciente que sa couleur de peau est un frein pour la société, elle refuse malgré tout ce déterminisme social et tente tout ce qui est en son pouvoir pour protéger et raisonner sa fille, qui n’arrive pas à accepter son origine négrière. Aussi blanche que « la race pure », celle-ci va jusqu’à renier sa mère, condition sine qua non, pense t’elle, pour avoir une vie décente.

La rencontre de ces deux pestiférées avec une femme blanche et sa fille middle class s’avère une bénédiction, c’est un véritable ascenseur social. Si le message peut être considéré comme maladroit car sans trop de finesse, surtout au début, il est rattrapé par une caractérisation du personnage en femme volontaire ne se laissant jamais emportée par ses émotions. C’est une femme qui n’hésite pas à aller au devant du danger pour protéger ceux qu’elle aime, dépassant ainsi les stéréotypes de la misérable gouvernante laissée à son minable sort d’esclave. Ses rêves sont ceux de tout citoyen américain, aucune condescendance n’est acceptée par le réalisateur. Sa mort, bouleversante, n’est du à aucune maltraitance physique, seulement la conséquence d’un long et douloureux combat éreintant pour mener une vie correcte et préserver ce qu’elle avait de plus précieux au monde.

Le combat de cette actrice sur le déclin, différent mais tout aussi difficile que celui de sa gouvernante, représente assez bien la volonté qu’a eu Douglas Sirk de s’inscrire dans cette optique d’une vie harassante et cruelle pour une femme de ce temps la. Veuve et ayant comme unique famille proche une gamine espiègle, elle lutte pour ne pas sombrer dans la déchéance. Les hommes de sa vie, avec plus ou moins de succès, ne la détourneront pas de son objectif principal. Ce photographe, amoureux transi dès le premier regard, aura une importance capitale dans son parcours, mais elle s’en éloignera quand celui-ci sera un obstacle pour sa carrière. Lui restera quand même proche d’elle et de sa nounou. Elle mettra également un terme à sa relation avec le metteur en scène qui lui aura fait connaitre ses plus grands triomphes, lui reprochant un égoïsme trop étouffant. Sa liberté n’est pas négociable, et ce quel qu’en soit le prix.

Enfin, le long-métrage est une déclaration d’amour au théâtre, le seul terrain de jeu noble où peuvent s’épanouir le talent des acteurs. Pas dupe de la superficialité du cinéma, Sirk dépeint ce milieu comme un microcosme grouillant de snobisme ou seul compte l’argent et la notoriété. Agents véreux et machistes, cinéastes veules et roublards, telle est sa vision d’ensemble. Jouer est un acte gracieux qui requiert de s’abandonner tout entier à sa passion. La représentation sera le refuge de cette actrice qui retrouvera tout le plaisir perdu et une nouvelle ambition.

Le mirage du titre correspond à la sublimation de l’existence de ces êtres, qui ne redoutant pas la mort, font de la vie un éternel songe merveilleux. Cette envie de toujours faire du pathétique quotidien une exaltation exacerbée de L’Amour et du partage donne tout son sens au déroulement de cette intrigue. La Passion qui les animent prend le dessus sur leurs fragiles expériences d’humains. Ils se sentent plus fort que le destin, une belle preuve que la vie est une illusion dont nous nous départissions tous pour réinventer notre réalité de simple vivants.

D’où vient alors cette légère sensation d’inachevé ? Une petite mais certaine déception nous habite à la vision de ce drame épique. Son introduction, bien que nécessaire à la compréhension de l’ensemble, parait un poil trop mièvre et peu en accord avec la complexité des personnages. Le film semble avoir mal vieilli et l’accumulation de ces petits défauts nous fait craindre un instant une fadeur mielleuse. Il n’en est évidement rien et le fabuleux parcours qui s’en suit est tout à fait charmant et ravissant. La blondeur de Lana Turner, autre étoile brillante de cet age d’or, incarne le fantasme de bien des hommes. Ses partenaires ne sont pas en reste et nous offrent une splendide démonstration de ce que doit être une réussite de ce genre.

Fiche Technique: Mirage de la vie (Imitation of life)

États-Unis – 1959
Réalisation: Douglas Sirk
Scénario: Allan Scott, Eleanore Griffin d’après: le roman de Fannie Hurst.
Interprétation: Lana Turner (Lora Meredith), John Gavin (Steve Archer), Sandra Dee (Susie), Susan Kohner (Sarah Jane), Juanita Moore (Annie Johnson).
Date de sortie: 19 septembre 2012
Durée: 2h04
Image: Russell Metty.
Montage: Milton Carruth.
Musique: Frank Skinner, Henry Mancini.
Production: Ross Hunter.

Auteur de l’article Le Cinéphile Dijonnais

Top of the Lake, la mini-série de Jane Campion

Surprenante série que ce Top Of The Lake par Jane Campion, émérite cinéaste des passions contrariées. Si cet univers mystérieux d’un huit clos étouffant, dans le grandiose paysage d’une Nouvelle-Zélande peu habituée à nos rétines de téléspectateurs interloqués, semble à priori correspondre aux antécédents de la palmée d’or cannoise, le traitement qu’elle en fait peut au premier abord intriguer. L’enlèvement de cette insondable gamine qui s’en suit pique la curiosité de ses fans, qui peuvent légitimement se demander quelle est donc sa motivation d’aborder un genre qui ne lui est pas familier.

Synopsis: Tui, une jeune fille âgée de 12 ans et enceinte de 5 mois, disparaît après avoir été retrouvée dans les eaux gelées d’un lac du coin. Chargée de l’enquête, la détective Robin Griffin se heurte très rapidement à Matt Mitcham, le père de la jeune disparue qui se trouve être aussi un baron de la drogue mais aussi à G.J., une gourou agissant dans un camp pour femmes. Très délicate, l’affaire finit par avoir des incidences personnelles sur Robin Griffin, testant sans cesse ses limites et ses émotions…

Les  damnés au Paradis

L’intrigue qui se met en place laisse abonder quelques parcimonieux indices à même de répondre à ces questions. En fait de classiques investigations avec recherches et résolutions plus ou moins immédiates, s’installe tout un réseau de ramifications parallèles ou le questionnement moral le dispute à l’insoutenable quête des origines humaines. Les réponses comptent alors beaucoup moins, car ce qui importe réellement à la cinéaste est bien plus le pourquoi que le comment. Prétexte à sonder nos âmes, le format permet cet abyssale regard sur notre complexité. Artiste féministe engagée et reconnue, la néo-zélandaise creuse différents portraits d’hommes et de femmes abîmés par la vie, reclus au sein de leurs communautés tels des ermites errants. Si son empathie envers cette détresse se ressent fortement, elle n’en fait pas pour autant des anges déchus. Spécialiste de la cruauté des individus, elle n’a pas son pareil pour décrire l’ambiguïté d’êtres tiraillés par leurs démons intérieurs.

La micro fiction n’échappe pas à cette sacro-sainte règle d’or. Ces femmes détruites vivant sous la coupe d’une chef de clan, sorte de gourou religieux, pour éplorées qu’elles soient, ne sont pas pour autant épargnées. Physiques ingrats, défaitistes avant l’heure et trop dépendantes du confort masculin, elles se complaisent trop facilement dans un malheur évident. A l’inverse, l’énigmatique leader reste impassible à toutes circonstances, déterminée qu’elle est à rejeter la moindre parcelle de bonheur. Le sort lui à appris à se méfier et sa carapace cache bien des failles inavouables. Prédatrice prête au sacrifice ultime pour ses protégées, elle veille sur son troupeau comme une louve. Habile à décrire cette assemblée particulière, Campion en oublie parfois une certaine neutralité et force le caractère frondeur par son militantisme castrateur. L’opposition, légitime qu’elle soit, apparaît comme un brin schématique, ce qui n’est pas dans ses habitudes. Présageons d’un meilleur équilibre pour la suite.

Les hommes ne s’en sortent guère mieux et leurs brutales méthodes n’arrangent rien à l’affaire. Mais les apparences sont souvent trompeuses, et sous l’allure patibulaire d’un père de famille féroce et des ses fils à la conception limitée de la justice pour soi même, il se pourrait bien que sous cette autorité visible se cache des nuances inattendues. C’est ce que laisse entrevoir les prémices de l’enquête, où l’on sent pointer le désarroi familial face à la soudaine disparition de la fillette. Celle la même qui, soit dit en passant, n’est pas dénuée de signes inquiétants. Son apparente passivité souligne surement des troubles que l’avancement de l’intrigue viendra, sinon éclaircir, du moins apaiser. Il en va ainsi de la brigade d’intervention où le partenaire principal de la flic, au demeurant charmant et lisse, noue des liens pour le moins suspects avec les principaux accusés. Sa séduction masquerait t’elle des vices inavoués ? L’hypothèse ne parait pas farfelue et mérite d’être posée.

Seule cette femme de terrain semble avoir grâce aux yeux de la réalisatrice, mais c’est pour mieux nous plonger dans les sombres méandres de son trouble passé. Pourquoi a t’elle quitté cette île des années auparavant et quel est ce soudain remord dont elle fait preuve à la lisière de son travail ? Son empressement à tant d’acharnement pour retrouver au plus vite une gamine dont elle n’a aucune connaissance serait il lié à la peur de s’engager avec son fiancé resté sur place ? Sa rencontre avec la mystique chamane ne serait elle que pure coïncidence ? Pas si sur, eu égard aux imbrications des histoires personnelles de chacune. On peut surement y voir une implication liée à son désir de maternité. Et la violence des relations humaines lui saute à la gueule, suite à sa malencontreuse entrevue avec un ancien pédophile, suicidé de tant de suspicions inévitables. Manière, pour la conteuse, de rappeler que la filiation n’est pas sans danger, combien même et surtout si l’enfance est sacralisée dans la construction familiale. La mère de l’héroïne lui rappelle à quel point la nature de celle ci est fondamentale dans l’équilibre individuel, elle qui est atteinte d’un cancer en phase terminal.

Épisodes 3 et 4:
Dans la continuité du récit, l’amorce d’un revirement de situation se fait jour. L’armure du vieux lion hirsute se fendille peu à peu pour laisser place au cœur blessé d’un personnage troublant. La vulnérabilité qu’il dévoile nous en apprend davantage sur son passé meurtri. Délaissé par sa compagne, qui le dénigrait continuellement, il s’est retiré du monde civilisé pour mieux prendre son destin en main. Ce faisant, il mène sa barque entre entre divers trafics et menus larcins et retraite tourmentée dans le fief de sa mère défunte. Son obsession pour sa fille le rapproche étrangement du repaire des amazones sauvages et son attitude changeante nous laisse quelque peu pantois. Il va tenter d’amadouer la chamane mais ce revirement n’est en fait qu’un calcul manipulateur pour récupérer sa terre natale. L’échec essuyé fera vite resurgir sa vraie nature. La dualité constatée de l’énergumène ne peut le rendre que plus fascinant et l’auteure de la série en joue constamment.

Épisodes 5 et 6: l’épilogue
En équilibre instable, le scénario navigue perpétuellement entre drame spirituel profond et sentimentalisme peu inspiré. Et si les superbes envolées lyriques donnent une ampleur assez monumentale à l’ensemble, le fil narratif n’épouse malheureusement pas la courbe. La nature profondément bestiale qui dévore ses enfants rend grandiosement compte de notre rapport irrespectueux envers elle. Enfreignez ses lois nous expose à sa divine colère. L’esprit des morts et des disparus règne à jamais sur cette vaste lande et quiconque ne le respecte pas, est tragiquement rappelé à son sort. Dans la veine de Terrence Malick, sa digne descendante transcende sa vénéneuse beauté. De larges panoramas captent son immensité tandis que les plans rapprochés donnent à voir sa contradictoire source nourricière et protectrice. Païenne, comme son compère, elle attache une importance considérable à ses racines maories et nous transmet toute cette richesse culturelle. Les liens entre tous les protagonistes et ces enjeux primaires fournissent la matière première du projet. Ne ménageant pas les fausses pistes et les changements de ton, Top Of The Lake déconcerte régulièrement le spectateur. Certaines révélations déjouent totalement la logique attendue et il n’est pas aisé de les suivre, tant et si bien que l’on se demande pourquoi la construction minutieuse et développée jusque la, s’évapore aussi artificiellement.

La parenté Malickienne est également présente car, étant tous les deux panthéistes, ils se réclament des forces supérieures. L’ordre religieux s’inscrit dans ce cadre et moult éléments y font explicitement référence. Tel le Christ se repentant de sa pénitence, le fougueux barbu se flagelle violemment avec des orties pour demander grâce à sa génitrice pour son indigne faiblesse. La figure de L’Évangile n’est pas loin. Ces damnées buvant les paroles miraculeuses de L’Oracle, crinière blanchâtre et pâleur mortifère aux aphorismes secs et tranchants, se prosternent devant la pieuse Marie Madeleine. L’Immaculée conception en est toute retournée. Semblables aux pêcheurs du Jardin D’Eden, ce petit monde s’excommunie à Paradise, île vierge de toute diabolique tentation. Toute ressemblance avec la légendaire histoire D’Adam et Eve n’est ici pas du tout fortuite. La connexion établie entre ces nombreux fils narratifs, atteint une apogée émotionnelle extraordinaire dans son dernier acte et le talent intact de la soliste Campion rajoute sa touche unique dans l’entreprise.

Bien que son emprise soit réelle, cette alliance n’est pas sans reproches. Si bien que sa volonté d’englober l’intime dans le global la desserve, manifestement. L’amour comme remède aux maux humains, soit, mais pourquoi tant d’intermèdes; de prêchi-prêcha pour signifier la relation entre la bonne samaritaine et cet ancien amant ? Chaque tension se voit quasi systématiquement tristement amortie par la vorace libido du duo. Le sexe, autre grande affaire de la metteuse en scène, par sa crudité et son voyeurisme habituellement parfaitement intégré au contexte, sert ici de cache misère à des failles scénaristiques béantes. En résulte de fréquentes baisses de rythme dommageables. La fin retorse de l’aventure manque aussi sa cible. Sa noirceur courageuse captive mais pâtit affreusement d’un dénouement incompréhensible. Elle pose question sur la difficulté inconcevable de comprendre comment une telle œuvre, si ambitieuse autant formellement que fondamentalement, arrive à décevoir à ce point.
A déconseiller aux âmes sensibles, tant les sujets abordés peuvent avoir des résonances particulièrement douloureuses. Viols, incestes et autres traumas psychologiques sont délibérément abordés sans fausse pudeur et peuvent horrifier les plus fragiles. Mais on saura gré à la directrice d’acteurs de ne pas avoir cédé à la si grande tentation des studios d’édulcorer. A rebours des productions du tout venant, cette fiction imparfaite mais ô combien nécessaire prouve que la qualité d’auteur à encore de l’avenir devant lui.

Trailer Top of the Lake

Fiche Technique: Top of the Lake

Saisons : 1
Nombre d’épisodes : 7
Format : 45 minutes
Date de 1ère diffusion FR : 7 Novembre 2013 (Arte)
Diffusée sur BBC Two, Sundance Channel et UKTV à partir du 18 Mars 2013
Création : Jane Campion, Gerard Lee
Avec Elisabeth Moss, Peter Mullan, Holly Hunter, David Wenham, Jacqueline Joe, Thomas M. Wright

Auteur de l’article Le Cinéphile Dijonnais

Hippocrate, un film de Thomas Lilti : Critique

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Le parallèle est inévitable. En 2011, Maïwenn surprenait son petit monde avec Polisse, une représentation quasi-documentaire de la brigade de protection des mineurs -Prix du Jury à Cannes- qui s’avérait d’une force et d’une brutalité sans concession, le tout agrémenté de séquences légères et sensibles. C’est un peu ce que l’on retrouve avec Hippocrate, le second film de Thomas Lilti, qui nous offre une vision humaniste du milieu hospitalier avec ces espoirs, ces déceptions et les difficultés du métier.

Première chose qui frappe avec ce film, c’est que Thomas Lilti est un scénariste et réalisateur à ses heures perdues et qu’il a avant tout suivi un cursus médical. Praticien et fils de médecin, il apporte tout naturellement son expérience personnelle à Hippocrate, film qui en devient presque autobiographique. A savoir que le prénom du personnage principal -Benjamin- est le second prénom du réalisateur. Acharné dans ses deux professions, Thomas Lilti n’a certes réalisé que deux longs et deux courts métrages mais il a également écrit les scénarios de Mariage à Mendoza et Télé Gaucho, deux comédies sympathiques sorties fin 2012 et début 2013, où l’on retrouvait déjà respectivement Philippe Rebbot et Félix Moati.

Médessine

Et il faut dire que l’apport personnel de Thomas Lilti est une vraie force pour ce film qui trouve la justesse et le réalisme des situations que comporte un service hospitalier. Émouvant, amusant, parfois dur, le réalisateur porte un regard humaniste et social sur la profession et notamment sur ces disparités d’appréciation et d’échelons entre ces médecins étrangers et ces jeunes internes à la même enseigne. Hippocrate est un film qui apporte une réflexion médiatique et culturelle sur l’hôpital d’aujourd’hui, avec les difficultés de procéder à des soins qui bénéficient toujours moins de moyens ou de ces questionnements sur la fin de vie. Thomas Lilti lance avec empathie un nouveau pavé dans la marre, la narration n’offrant quasiment aucune liberté d’être en désaccord avec le réalisateur. Le plus intéressant dans le film vient du fait que le réalisateur aborde son scénario avec une approche presque documentaire. Il n’ira jamais jusqu’au bout des choses, tout juste une brève interview face caméra de Vincent Lacoste racontant sa sensation d’être un médecin. Hippocrate lorgne donc davantage vers le docu-fiction que le romanesque pur. La caméra tremble, l’immersion est assurée mais l’aspect documentaire s’arrête là. On ne ressent pas de situations marquantes, tout juste quelques patients atypiques aux crises aiguës ou un homme à la consommation d’alcool extrême. Documentaire également lorsque le réalisateur aborde les relations entre les personnels de l’hôpital. En ce sens, on y découvre les différentes strates d’une micro société interne, où les médecins étrangers logent dans des chambres minables, à côté d’internes puérils qui ne pensent qu’à faire la fête et chercher les emmerdes. On retrouve à nouveau le côté très personnel du réalisateur puisque le film a été tourné dans un hôpital où il avait déjà pratiqué. C’est ce genre de détails qui apporte la justesse et la richesse d’un récit qui apparaît relativement réaliste. Un récent article du Figaro mettait en avant le fait que les étudiants en médecine affirmaient que le film Hippocrate était même un « portrait réaliste et criant de vérité » de l’hôpital et montrait bien les conditions de travail actuelles.

A la tête de Hippocrate, on retrouve un duo d’acteurs qu’on n’attendait pas vraiment ensemble. Tout d’abord Vincent Lacoste qui interprète pour la première fois un rôle relativement mature, il s’agit d’ailleurs de son premier rôle où son personnage pratique un métier. Fini les personnages d’ados attardés, et place peut-être à l’avenir à des rôles plus matures, plus sérieux. Son côté désinvolte persiste malgré cette volonté d’appuyer le sérieux de ce nouvel interne. Vincent Lacoste assure le boulot sans véritablement impressionner. C’est davantage Reda Kateb qui lui vole la vedette dans ce rôle d’urgentiste étranger précaire. Médecin humain porteur d’une morale sur le bien-être du patient, il est l’élément clé du film et ses choix le mettront dans une situation aussi délicate que déterminante pour l’avenir de l’hôpital. Bouleversant et tellement impliqué, Reda Kateb confirme qu’il est l’un des acteurs franco-arabes du moment et son parcours aux Etats-Unis (Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow) confirme son côté « bankable ». On le retrouvera prochainement dans la première réalisation de Ryan Gosling (Lost River) et Qui vive de Marianne Tardieu. A leurs côtés, une brochette de seconds rôles sympathiques comme Jacques Gamblin (Le Nom des Gens), Félix Moati (Libre et assoupi) ou Philippe Rebbot (Mariage à Mendoza).

Si Hippocrate est indéniablement un film d’une rare justesse sur le milieu hospitalier, le film s’avère en revanche trop peu ambitieux, trop peu marquant, peut-être trop romancé pour laisser une impression aussi durable que Polisse. L’aspect léger du film le rend plus accessible mais limite l’impact à la sortie du film. Sans force et grandeur, Hippocrate est tout juste un film représentant avec une certaine réussite le quotidien des personnels hospitaliers mais ne tend jamais à aborder les vrais réflexions de la médecine actuelle. De fait, le réalisateur-scénariste se retrouve à compléter son intrigue avec des situations lassantes et prévisibles. Il est dommage qu’avec un tel travail de reconstitution des situations hospitalières, on se retrouve à soupirer parce que Thomas Lilti tombe aussi lamentablement dans la facilité. La séquence d’état d’ébriété de Vincent Lacoste en est la preuve. A la sortie du film, on n’en vient à penser que Hippocrate n’est qu’un film banal au potentiel dramatique faible et que seul son travail sur les décors et la reconstitution du milieu hospitalier lui offre un intérêt durable.

Si Hippocrate est indéniablement un film d’une rare justesse sur le milieu hospitalier, le film s’avère en revanche trop peu ambitieux, trop peu marquant, peut-être trop romancé pour laisser une impression aussi durable que Polisse. L’aspect léger du film le rend plus accessible mais limite l’impact à la sortie du film. Sans force et grandeur, Hippocrate est tout juste un film représentant avec une certaine réussite le quotidien des personnels hospitaliers mais ne tend jamais à aborder les vrais réflexions de la médecine actuelle. De fait, le réalisateur-scénariste se retrouve à compléter son intrigue avec des situations lassantes et prévisibles. Il est dommage qu’avec un tel travail de reconstitution des situations hospitalières, on se retrouve à soupirer parce que Thomas Lilti tombe aussi lamentablement dans la facilité. La séquence d’état d’ébriété de Vincent Lacoste en est la preuve. A la sortie du film, on n’en vient à penser que Hippocrate n’est qu’un film banal au potentiel dramatique faible et que seul son travail sur les décors et la reconstitution du milieu hospitalier lui offre un intérêt durable.

Synopsis: Benjamin va devenir un grand médecin, il en est certain. Mais pour son premier stage d’interne dans le service de son père, rien ne se passe comme prévu. La pratique se révèle plus rude que la théorie. La responsabilité est écrasante, son père est aux abonnés absents et son co-interne, Abdel, est un médecin étranger plus expérimenté que lui. Benjamin va se confronter brutalement à ses limites, à ses peurs, celles de ses patients, des familles, des médecins, et du personnel. Son initiation commence.

Fiche Technique: Hippocrate

Réalisation: Thomas Lilti
Scénario: Thomas Lilti, Julien Lilti, Baya Kasmi et Pierre Chausson
Interprétation : Vincent Lacoste (Benjamin), Reda Kateb (Abdel Rezzak), Jacques Gamblin (Le professeur Barois), Marianne Denicourt (Dr. Denormandy), Félix Moati (Stéphane), Carole Franck (Myriam), Philippe Rebbot (Guy), Julie Brochen (Mme Lemoine)
Image: Nicolas Gaurin
Décor: Philippe Van Herwijnen
Costume: Cyril Fontaine
Montage: Christel Dewynter
Son : Jérôme Bensoussan et Nicolas Weil
Producteur: Agnès Vallée, Emmanuel Barraux, Valérie Boyer
Production: 31 Juin Films et France 2 Cinéma
Distributeur: Le Pacte
Budget : /
Festival: Film de clôture à la Semaine Internationale de la Critique au Festival de Cannes 2014
Genre: Comédie dramatique
Durée: 102min

France – 2014

Californication, Saisons 1-7 – Critique de la Série

Critique Californication – Saisons 1 à 7 : Une savoureuse orgie qui se perd dans sa longueur 

Synopsis : Hank Moody (David Duchovny) est un écrivain new-yorkais qui s’est exilé à Los Angeles avec sa femme Karen (Natascha McElhone) et sa fille Rebecca (Madeleine Martin). Mais à la suite de divers problèmes familiaux liés à son comportement social et sa phobie de la page blanche, il se retrouve séparé d’eux. Dès lors, Hank se réconforte dans l’alcool, la drogue et le sexe, devenant de plus en plus désabusé et sarcastique. Allant même jusqu’à entraîner dans sa tourmente son agent Charlie Runkle (Evan Handler). Pourtant, malgré son côté auto-destructeur, Hank tente de combattre ses démons afin de récupérer Karen et de vivre une vie de famille tranquille…

La saison 7 de The X-Files a marqué les esprits de nombreux fans, et pas pour les meilleures raisons : David Duchovny, l’acteur principal du duo Mulder-Scully, quitte la série pour se consacrer à sa famille et au cinéma (entraînant ainsi la déchéance de la série au bout de deux saisons supplémentaires). Mais sa carrière dans le 7ème art ne décollant pas vraiment, le comédien décide de revenir au monde télévisuel en 2007 en tant que tête d’affiche et producteur d’une série intitulée Californication. Un retour qui donne naissance à une aventure volontairement irrévérencieuse ainsi qu’à un nouveau rôle emblématique pour Duchovny (qui lui permet d’obtenir un second Golden Globe du meilleur comédien dans une série). Un rodéo entre délire et tourmente, qui vient tout juste de s’achever cette année, au bout de sept saisons consécutives. L’occasion rêvée pour fournir un constat général sur cette série qui a perduré pendant près de sept ans sur la chaîne américaine Showtime.

S’il vous souhaitez un descriptif de Californication, il vous suffit juste de regarder le début du tout premier épisode qui se présente de la manière suivante : un rêve dans lequel notre héros arrive à l’église au volant de sa Porsche, jetant au passage son mégot dans le bénitier, et qui se retrouve face à une bonne sœur lui prodiguant une fellation afin d’oublier tous ses malheurs. En à peine 2 minutes, le ton est donné d’office : Californication est une série qui présente un personnage principal bouleversé (ce qui permettra quelques moments émotionnels) qui va vivre des aventures érotiques rocambolesques dans le cadre luxueux et exotique qu’est la côté Est des États-Unis. Dès les premières minutes du pilote, le décor et l’ambiance pleinement assumés de la série sont plantés pour ne jamais s’estomper, et ce jusqu’au clap final.

Californication, dans son intégralité, est une savoureuse orgie, une découverte des plus décontractées du milieu du showbiz (cinéma, télévision, musique, littérature…), un divertissement sans prise de tête. Un enchaînement de situations toutes aussi farfelues les unes que les autres, qui mettent en avant des personnages hauts en couleurs (mention spéciale à Charlie Runkle et à ses déboires sexuels), incarnés avec justesse et surtout un grand amusement par leur comédien respectif (David Duchovny en tête et quelques petites perles comme Maggie Grace dans la saison 6). Un délire qui n’a pas peur du too much pour dresser un portrait des plus libertins de la Californie sans pour autant se montrer fade et sans âme aux yeux des spectateurs. Californication, c’est également la descente aux enfers du personnage principal qui, au fur et à mesure des épisodes, va se remettre en question. Réfléchir sur ce qu’il en train de devenir, de ce qu’il a été par le passé, pour tenter d’être le meilleur père et mari possible. Des moments plus intimes qui permettent à Californication de proposer des protagonistes (du moins le principal) assez humains et donc suffisamment attachants, ne faisant ainsi jamais perdre de l’intérêt aux sept saisons proposées.

Mais même en appréciant pleinement la série, il faut reconnaitre que Californication aurait été la meilleure série comique de ces dernières années si elle s’était arrêtée dès la saison 2. La faute à un schéma narratif qui va s’installer dès la 3ème et ce jusqu’au grand final : notre héros qui va se retrouver (à nouveau) éloigné de sa femme pour X raisons, être embauché dans un autre milieu du showbiz, connaître de nouvelles rencontres amicales et sexuelles déjantées, avec en parallèle les mésaventures de son agent, pour se terminer avec l’espoir furtif de se réconcilier avec Karen. Une monotonie plutôt écrasante, surtout quand elle concerne cinq saisons consécutives. Surtout pour la dernière, qui s’annonce pourtant comme le dénouement de tout cela, et qui s’avère se terminer de la même manière que pour les précédentes : des retrouvailles qui semblent certes plus concrètes, mais qui paraissent pourtant encore assez peu solides pour une fin de série, comme s’il fallait attendre une saison 8. Au final, nous avons l’impression d’avoir une série qui tourne un chouïa en rond malgré le plaisir coupable qu’elle nous offre sur un plateau d’argent.

Cela n’enlève en rien la jouissance d’avoir vu Fox Mulder se décoincer pour devenir l’exécrable Hank Moody pour sept ans de débilités assumées. La question maintenant est de savoir quel sera l’avenir pour David Duchovny. Va-t-il revenir pour une nouvelle série ? Ou bien retenter sa carrière au cinéma, avec un éventuel The X-Files 3 ? Seul le temps nous le dira !

Fiche technique : Californication

États-Unis – 2007 à 2014
Création : Tom Kapinos
Scénario : Tom Kapinos, Gina Fattore, Daisy Gardner, Gabriel Roth, Eric Weinberg, Matt Patterson, Ildy Modrovich, Jay Dyer, Vanessa Reisen et Susan McMartin
Acteurs principaux : David Duchovny (Hank Moody), Natascha McElhone (Karen van der Beek), Evan Handler (Charlie Runkle), Madeleine Martin (Rebecca ‘Becca’ Moody), Pamela Adlon (Marcy Runkle)…
Image : Michael Weaver et Andy Graham
Décors : Garreth Stover, Eric Weiler, Michael Z. Hanan et Michael Wylie
Costumes : Peggy A. Schnitzer
Montage : Tony Solomons, Shannon Mitchell, Kevin D. Ross, Todd Desrosiers, Mark S. Manos et Michael D. Ornstein
Musique : Tree Adams et Tyler Bates
Genres : Comédie, drame
Saisons : 7 – Épisodes : 84 (12 par saison)
Durée : 22 à 28 minutes
Productions : Showtime, Aggressive Mediocrity, And Then… et Twilight Time Films
Distributeur : Showtime Networks