Présenté lors de la semaine de la comédie UGC qui a eu lieu début septembre, La famille Bélier voudrait faire l’événement lors de sa sortie prévue en décembre 2014. Tous les éléments sont en effet réunis pour une sympathique comédie de Noël : un réalisateur solide, un sujet qui allie respect du handicap et développement personnel, des acteurs plutôt populaires, Karin Viard et François Damiens en tête, et surtout le fait que personne ne peut dire non à une feel good story à cette période de l’année.
La java d’Eric Lartigau, est-ce bien elle qui nous plaît ?
Synopsis : Paula a 16 ans. Elle vit à la campagne et partage son quotidien entre le travail à la ferme et l’école. Pour avoir une chance de côtoyer le beau garçon de ses rêves, elle s’inscrit à la chorale de l’école avec sa meilleure amie. Elle y découvre sa voix, et rêve de réussir le concours d’entrée pour la maîtrise de Radio France. Tout ceci serait bel et bon, si ses parents n’étaient pas sourds, et si cela n’impliquait pas de quitter la grange familiale pour Paris.
Pourtant, malgré tous ces ingrédients La famille Bélier peine à convaincre…
Si Eric Lartigau n’était pas là…
Si l’on devait opposer artiste et artisan, Eric Lartigau rentrerait certainement dans la deuxième catégorie. Il est d’ailleurs assez ironique qu’il soit le réalisateur de l’Homme qui voulait vivre sa vie, tant il semble ne pas se soucier de vivre la sienne. En effet, ses réalisations sont toujours associées au talent des autres : H à celui d’Eric, Ramzy, et Jamel, Mais qui a tué Paméla Rose à celui de Kad et Olivier, Prête moi ta main à celui d’Alain Chabat, et enfin l’Homme qui voulait vivre sa vie est l’adaptation d’un best seller. Pourtant, malgré sa volonté de ne pas se mettre en avant, il a tout du travailleur consciencieux, dont l’importance ne se vérifie qu’en son absence : Mais qui a retué Paméla Rose fut un échec artistique et commercial total, La femme du Vème, autre adaptation de Douglas Kennedy, est passée complètement inaperçue.
Il se met ici au service du scénario écrit par Victoria Bedos et Stanislas Carré de Malberg, qui ont travaillé auparavant sur la série Paris XVIème. Et si l’on doit identifier le problème de La famille Bélier, il se trouve certainement dans ce scénario d’une grande faiblesse. Lartigau est à son aise pour structurer des récits, mais il part ici d’un matériel qui manque de folie et de richesse.
Le point de départ est pourtant assez original : on parle très peu de surdité au cinéma, et encore moins dans un cadre familial. Qu’est-ce que ça fait d’être sourd et d’élever un enfant qui parle, et même chante ? A l’inverse, comment vit-on avec cette famille différente quand on est un adolescent qui a envie d’être comme les autres ?
A cela s’ajoute le fait que tout cela se passe dans un contexte de ruralité confrontée à un tournant : les parents de l’héroïne sont agriculteurs, et son père en particulier, se présentent aux élections municipales pour y défendre les fermiers face à la volonté d’urbanisation incarnée par le maire sortant.
Surdité contre parole, adolescence contre parents, campagne contre ville, voilà du carburant pour une histoire drôle mais aussi riche.
Ils ont la structure, mais c’est tout
Dès les premières minutes, on comprend pourtant que l’unique but recherché est l’efficacité, et que cela passe par une liste très précise de tous les clichés liés au genre de « l’outsider qui réussit contre toute attente ». Ainsi, l’héroïne voit son talent se développer dans l’environnement le plus improbable, mais va mûrir grâce à la rencontre avec un mentor, et, après avoir subi des échecs décourageants, finira par triompher. On a vu cette formule déclinée des milliers de fois, de Rocky à Will Hunting, de Rasta Rockett à Dirty Dancing.
La question de la surdité n’est jamais vraiment posée, et comme le révélait Eric Lartigau dans l’entretien d’après projection, elle n’est que le prétexte à une histoire de réussite malgré la différence. Cela aurait pu être une championne de course issue d’une famille de paralytiques, une peintre issue d’une famille d’aveugles, le scénario n’en aurait pas fondamentalement changé. D’ailleurs, et quoi qu’on pense de la prestation de François Damiens et Karin Viard, il n’est pas sûr que les sourds-muets apprécient que le rôle des parents aient été confiés à des acteurs parlants et peu habitués au langage des signes.
Maintenant, si l’on sait dès la première minute que l’on ne sera jamais surpris par le film, et que l’on restera tout du long dans une approche superficielle, on peut tout de même s’attendre à éprouver le plaisir lié aux mécaniques bien huilées, aux dialogues savoureux portés par de bons acteurs, à la petite touche d’émotion qui nous prend en traître.
Mais tout est grossier et fade dans cette famille Bélier. Au delà d’une mise en scène strictement fonctionnelle, et d’un jeu d’acteur pas toujours bien juste, on est choqué par la lourdeur constante du propos. Si le principe de base, à savoir une jeune femme qui se distingue de parents sourds-muets en chantant, ne vous choque pas, sachez que l’on a en plus :
Une famille de paysans têtus dont le patronyme est Bélier
Non pas une mais deux sous-intrigues inutiles uniquement conçues pour que l’on comprenne bien que notre héroïne est indispensable dans la vie de ses parents, et qui disparaissent aussitôt qu’il est acquis qu’elle partira tout de même
Une histoire d’amour qui se construit autour de la répétition d’une chanson romantique en duo. Pour être sûr que vous compreniez bien, le professeur de chant les fait chanter en dansant le slow, pour qu’ils se sentent plus à l’aise.
Enfin, une déclaration d’indépendance qui s’effectue via une chanson sur un adolescent qui quitte ses parents.
A côté de cette charpente plus qu’apparente, La famille Bélier a peu à apporter, et ne semble même pas avoir envie de jouer son programme jusqu’au bout. Si l’on ne s’ennuie pas trop, le film n’exploite aucune de ses thématiques jusqu’au bout : ni celle de la famille, ni celle de l’apprentissage, ni celle de la comédie romantique, semblant au final être le plan détaillé d’un meilleur film.
Etes-vous pour Sardou ?
Mais la vraie question est : pourquoi autant de chansons de Michel Sardou durant le film ? On en compte au moins 4, si ce n’est plus, que l’on entendra en long en large et en travers, en chorale, a capella, accompagnées au piano, ou en duo. A croire qu’il serait le véritable héros du film.
Cette fascination pour le chanteur du rire du sergent symbolise la difficulté de La famille Bélier à trouver sa tonalité.
En effet, l’obsession du professeur de musique joué par Eric Elmosnino est tout d’abord présentée comme un élément comique : alors qu’il s’énerve auprès du rectorat d’être coincé dans un trou paumé imperméable à la grande culture, sa première décision est de choisir de faire travailler ses élèves sur l’oeuvre du « grand Michel Sardou ». Histoire que l’on comprenne bien le décalage, on entend les élèves soupirer et se plaindre de devoir travailler sur quelque chose d’aussi ringard. On se dit alors que l’on a là un personnage comique.
Pourtant, au fur et à mesure que la relation mentor / élève s’approfondit, on se rend compte que le choix de ces nombreuses chansons est en fait au premier degré. A tel point qu’on en ressent un certain malaise : qu’il termine son spectacle de fin d’année par un duo d’amour, très bien, mais fallait-il choisir un morceau qui commence par « A faire pâlir tous les Marquis de Sade, à faire rougir les putains de la rade » ? Fallait-il aussi présenter « Je vole » au concours, sachant que son style variété est assez éloigné des airs classiques conseillés par le jury, et sachant surtout que cet hymne à l’indépendance est en réalité une métaphore du suicide, comme l’a avoué Sardou à plusieurs reprises ?
La musique de Sardou est à la fois vecteur d’un rire moqueur, à l’image des t-shirts Être une femme 2010 porté par la chorale, et à la fois porteur d’émotion comme lorsque le père entend sa fille chanter « Je vais t’aimer « , en apposant sa main contre ses cordes vocales.
Cette absence de choix rend la performance d’Eric Elmosnino d’autant plus remarquable en ce qu’il incarne dignement ces facettes contradictoires.
Vers des salles de cinéma de solitude ?
Que penser au final de cette famille Bélier ? Plus qu’un mauvais film, le mot qui le qualifie le mieux est insignifiant. Pas très drôle, pas marquant, pas émouvant, pas beau, le film est médiocre en tous points. Dans un contexte ultra-compétitif où une dizaine de films sort par semaine, on a de la peine à se donner une raison d’aller voir celui-ci plutôt qu’un autre, à moins d’avoir de la famille sourde, ou d’être un fanatique de Michel Sardou.
Crédit photos : la photo de groupe est tirée du dossier de presse du film.
Fiche technique : La famille Bélier
Réalisateur : Eric Lartigau
Genre : Comédie familiale
Année : 2014
Date de sortie : 17 décembre 2014
Durée : Non communiquée
Casting : Louane Emera, Karin Viard, François Damiens, Eric Elmosnino
Musique : Evgueni et Sacha Galperine, en plus des chansons de Michel Sardou. Scénario : Victoria Bedos, Stanislas Carré de Malberg
Nationalité : France
Producteur : Eric Jehelmann, Philippe Rousselet
Maisons de production : Jerico, Mars Film
Distribution (France) : Mars Distribution
FFEFS 2014 – Loup-garou, Sion Sono et fantôme en plein air
Après une Masterclass et une succession de neuf films de plus ou moins bonnes qualités en deux jours, c’est un rédacteur éreinté mais plus que jamais motivé qui se lève en furie, avale un bol de céréale expéditif, engloutit une tasse de café bien corsé et se dirige de bon train vers la salle de projection réservée à la presse et au jury. Y sera projeté à 11h un film en compétition internationale traitant du mythe du loup-garou. Ce n’est pas tous les jours qu’on peut aller voir un film en compagnie de Tobe Hooper. L’homme est très réservé, très peu bavard et c’est davantage Juan Martinez Moreno, autre membre du jury, qui amorce les discussions avec les personnes à ses côtés, balançant tout un tas d’anecdotes à base de « fuck and I say Fuck again » qui finit le plus souvent dans des rires gras. Une bonne manière d’amorcer la journée. Xavier Palud, le dernier membre du jury, étonne par son absence. Un problème technique contraint un bénévole à expliquer la situation à Tobe Hooper. Se fondant dans des excuses sincères, ce dernier nous demande de changer de salle et d’aller dans la plus grande salle du festival. Aucun problème.
Chers lecteurs, voici la troisième chronique du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS) en exclusivité pour Cineseries-mag.fr
Late Phases
Réalisé par Adrian Garcia Bogliano (2014). Date de sortie prochainement annoncée.
Ambrose, vétéran aveugle du Vietnam, est doté d’un esprit délicieusement sarcastique qui en offusque plus d’un. Son arrivée se passe mal dans sa nouvelle maison, au milieu de retraités suffisants et moralisateurs : il insulte le comité d’accueil, puis son chien et sa voisine sont sauvagement tués durant la nuit. La police parle d’une attaque de chiens sauvages ; Ambrose, quant à lui, pressent qu’il a affaire à une bête bien plus féroce et se prépare, avec une rigueur militaire implacable, pour la prochaine pleine lune.
Présenté pour la première fois en France, Late Phases est un petit film de seconde zone dans lequel nous est présenté un vétéran aveugle devant faire face à un loup-garou. Un film au pitch qui peut paraître très second degré mais qui ne l’est finalement pas, tant le réalisateur aime à filmer cette situation -aux premiers abords surréalistes- de manière franchement plausible. Première production anglaise pour Adrian Garcia Bogliano, à l’origine d’une dizaine de courts métrages et autant de longs (on lui doit aussi le segment « B is for Big Foot » de ABC’s of Death), Late Phases n’a pas la prétention d’être un grand film et tend seulement à offrir un moment hommage au genre loup-garou. Un peu fauché, cheap par moment, le film n’en reste pas moins attachant car le réalisateur semble avoir des intentions honnêtes et offre un moment efficace de genre à défaut de transcender. Alors que Bubba Ho-Tep voyait un Bruce Campbell elvissien affronter une momie ancestrale, Late Phases nous montre un senior malvoyant affrontant une meute de loup-garous. Un postulat de départ en apparence similaire au film de Don Coscarelli, l’humour et l’epicness des situations en moins. C’est davantage une lettre d’amour aux films de loup des années 80 (plus d’une vingtaine productions ont été réalisées durant cette période). Hommage qui se ressent dans l’apparition des monstres à l’écran, incarnés par des hommes en costumes, moins effrayants certes mais franchement plus sincères. Pas d’effets numériques, juste de l’horreur dans ce qu’elle a de plus artisanale et en soi, c’est déjà assez appréciable. Le film pose une ambiance, un contexte familial compliqué et pose quelques réflexions sur les retraites de ces personnes, patientant vainement avant la mort, abandonnés par une société qui ne sait plus quoi en faire. Touchant par moment, le film revient vite à son postulat de départ par le biais de cette gueule de cinéma qu’est Nick Damici (We Are What We Are, Stake Land) qui nous offre un très bon personnage de vétéran renfermé, sans langue de bois et têtu comme personne. Ajouté à cela une galerie de personnages interprétés par des acteurs ayant performés dans les années 80 et vous serez face à un film qui arbore fièrement son postulat d’hommage à ces années-là. Gore par moment, abordant quelques réflexions bien senties et honnête dans son approche, Late Phases est une série B sans prétention qui ne marquera jamais les esprits mais est suffisamment efficace pour distraire les amateurs.Late Phases est comme un soufflé qui aurait dégonflé, ce n’est plus un plat qui impressionne mais ça reste tout de même bon à manger.
Note de la rédaction : ★★★☆☆
La salle se vide et une envie pressante se fait ressentir. Je n’étais apparemment pas le seul. Tobe Hooper rentre dans les toilettes et s’installe à mes côtés. Le temps se fige. Il n’y a que nous deux. Aucun mot n’est échangé. Ce n’est pas tous les jours qu’on peut se vanter (ou pas) d’uriner à côté du réalisateur de Massacre à la Tronçonneuse.
Rendez-vous avec la Peur
Réalisé par Jacques Tourneur (1957). Sortie qui avait été reprise le 31 mars 2004.
Un psychologue veut révéler au monde le charlatanisme dangereux d’un magicien, mais ce sataniste lui jette un sort. Après une série d’événements inexplicables, la rationalité scientifique du psychologue est bien entamée.
Troisième jour et je n’ai pas encore mangé une spécialité locale. Il est temps d’aller déguster une de ces bonnes tartes flambées du festival, au prix de six poulpes (la monnaie du festival). Délicieux moment durant lequel une réflexion s’est imposée sur le prochain visionnage. 2030, film vietnamien jugé « ennuyeux » par certains festivaliers ou le film rétrospective Rendez-vous avec la Peur de Jacques Tourneur. Bah, un bref retour dans une certaine époque du cinéma ne peut pas faire de mal. Et puis on parle tout de même du réalisateur de Vaudou ou La Féline, ce dernier film avait d’ailleurs été cité dans The Canal, la veille. Comme toujours avec les films d’antan en noir et blanc, ce qui me charme le plus, ce sont les performances des personnages qui enchaînent rapidement les lignes de dialogue. C’est tellement téléphoné mais ça donne une certaine intensité dans l’intrigue. Je reste toujours émerveillé devant ces acteurs originellement de théâtre qui pensent plus par le dialogue que par les gestes du corps. Intitulé Night of the Demons dans sa version anglo-saxonne, Jacques Tourneur oppose à nouveau avec ce film le scepticisme de la science face aux événements paranormaux. Le rationnel contre le surnaturel. Jacques a choisi son parti et laisse une large porte ouverte à l’existence d’une forme de monde de l’au-delà. Mystérieux, tendu et plongé dans une atmosphère aussi démoniaque que proche de nous, Rendez-vous avec la Peur nous propose une sombre étude de ces rites démoniaques et montre l’impact de la superstition dans nos sociétés. Tout le film n’est qu’un long (et parfois ennuyeux) parcours où la rationalité du scientifique va être mise en mal, laissant place comme au début du film à une croyance dans ce qui semblait être l’irréel. Jacques Tourneur a le bon sens de toujours suggérer plutôt que de représenter. Le démon n’étant visible qu’à deux reprises, au début et à la fin du film. On lui reprochera ce choix artistique, nous donnant trop facilement les clés de l’intrigue, même si on aurait pu croire à une supercherie. Mais il convient de savoir qu’à l’époque les producteurs du film ont tranché et remodifié la version finale, d’où peut-être l’absence de suggestions de la part du réalisateur. Qu’à cela ne tienne, Jacques Tourneur nous offre un petit bijou de cinéma fantastique au récit diablement intéressant. Un film qui a parfaitement sa place dans cette rétrospective Sympathy for The Devil.
Note de la rédaction : ★★★★☆
Why Don’t You Play in Hell ?
Réalisé par Sion Sono (2014). Date de sortie prochainement annoncée.
Dix ans plus tôt, le clan Kitagawa a attaqué la demeure de Muto, leur rival, et s’est vu décimer par la femme du chef yakuza. Celle-ci a été emprisonnée, et leur fille, Mitsuko, n’a pas pu poursuivre sa carrière d’actrice précoce dans une publicité irritante pour du dentifrice. Une équipe de cinéastes volontaires mais maladroits, les Fuck Bombers, vont être amenés à filmer la guerre opposant les deux clans yakuzas.
Réalisateur prolifique -trente-six films en moins de trente ans- Sion Sono est un homme qui a déjà marqué l’histoire du cinéma avec l’épopée Love Exposure en 2008. Ses dernières productions que sont Cold Fish, Guilty of Romance et A Land of Hope ont également beaucoup plu à la critique et à ses plus fidèles fans à travers le monde. On le retrouvera également dans un segment de ABC’s of Death 2 (dont nous vous parlerons prochainement). Sélectionné dans la compétition internationale de la Mostra de Venise 2013 et récompensé du Prix du Public à l’Etrange Festival 2013, cet hommage vibrant et complètement décalé au cinéma débarque dans les salles strasbourgeoises pour une séance de minuit qui s’annonce loufoque à souhait. Après quelques films auteurisants, le réalisateur japonais nous offre très certainement l’un de ses plus gros délires cinématographiques. Du WTF made in Japan comme on aime, surtout en séance de minuit mais que j’ai malheureusement visionné le lendemain en séance du soir. Why Don’t You Play in Hell ? est une sorte de farce, une parodie de la culture japonaise mais surtout un film qui rend hommage au cinéma dans toute sa splendeur. Cette bande de gamins amateurs qui vouent leur vie à faire des films et à attendre le projet ultime, c’est assurément le regard de Sion Sono sur lui-même. D’une chanson farfelue pour un dentifrice va découler un véritable bain de sang final et jubilatoire qui voit s’affronter deux clans mafieux aux intentions complètement dingues. L’absurde croise le film de samouraïs qui lui-même croise la romance à la japonaise qui s’entremêle avec le film métaphysique avant de s’achever dans le film de combat ultime et gore à outrance. Sion Sono incorpore au récit une quantité titanesque d’idées saugrenues, et ce à un tel point qu’il faudrait des jours pour évoquer en détails toutes les trouvailles surréalistes de ce réalisateur qui semble très certainement lorgner vers le Kill Bill de Tarantino. Une manière pour Sion Sono de déclarer son amour pour le film de Quentin ? Peut-être. Un personnage du film hurlant à tout-va qu’il souhaite réaliser le plus grand film de tous les temps. Le film met du temps à se mettre en place et il faut attendre véritablement la dernière demi-heure pour que l’humour et la violence travaillent de pair afin de donner le combat filmé WTF de la décennie. Le récit loufoque n’empêche cependant pas le réalisateur d’offrir quelques moments sérieux qui illustrent cette passion du cinéma, cette fibre qui pousse le réalisateur à réaliser tous ses films comme s’il s’agissait du dernier. Sion Sono est un réalisateur unique, le seul à même de mélanger tout un ensemble de genres sans tomber dans le grotesque ou la bêtise. Punk dans l’âme, jubilant de ce qui fait l’essence de son cinéma et passionné avant tout, Sion Sono et son nouveau délire cinématographique sauront plaire à un public aussi passionnés et dingues que lui. Il était indispensable de proposer ce film en séance de minuit. Insensé et loufoque, Why don’t You Play in Hell ? est un hommage poignant et décalé au cinéma. La plus belle représentation d’un homme qui aime véritablement ce qu’il fait.
Note de la rédaction : ★★★★☆
S.O.S. Fantômes
Réalisé par Ivan Reitman (1984). Sortie le 12 décembre 1984 et reprise annoncée pour novembre 2014.
David, archiviste, est persuadé que sa femme le trompe. Tout empire quand il découvre un film lui apprenant que sa maison a été le théâtre de brutaux assassinats. Stressé au plus haut point, David se persuade vite que sa demeure est hantée.
La séance précédente s’achève et je n’ai que quinze minutes pour foncer à la Place de la Cathédrale pour la projection en plein air de S.O.S Fantômes. Google Maps m’annonce que je peux y être en vingt-cinq minutes. Challenge accepté et réussi, j’arrive douze minutes plus tard sur la place, exténué mais bien arrivé. Tous comme 800 personnes déjà installées. Et autant sont debout ou allongées au sol. Une projection à l’ambiance unique où mes voisins de sols avaient apportés des bières, du fast-food, quelques bouteilles vins et les plus fantaisistes ont même pensé à rapporter un peu d’herbe. De délicieuses senteurs végétales et gastronomiques flottaient dans l’air, donnant à cette séance un parfum unique. Les gens ont dû croire que cette projection était une rétrospective Woodstock. Bref, l’écran s’allume, le titre apparaît à l’écran et les voix se lèvent pour chanter en chœur le générique de « Ghostbusters » de Ray Parker Jr . Moment unique. Chaque apparition de Bill Murray à l’écran était accompagnée d’une salve d’applaudissements et de fous rires à la plupart de ses lignes de dialogue. Les cloches de la cathédrale grondèrent chaque quart d’heure donnant une ambiance quasi-religieuse au visionnage de ce classique de la comédie fantastique américaine. Quelques plaisanteries grivoises furent hurlées par certains spectateurs, et un expressif « Il pleut du sperme ! » fût clamé dans l’auditoire lorsque de l’ectoplasme tombe sur New-York, générant quelques fous rires coupables. Le Bibendum Chamallow et le final dans la tour étant l’apogée d’un public surexcité et désireux de revendiquer son amour pour le film culte de toute une génération. Applaudissement tonitruant, hurlement et sifflement achevèrent la projection du film d’Ivan Reitman. Une ambiance épique, unique et assurément l’un des grands moments de ce festival. Et sinon le film ? S’il y a Bill Murray, c’est forcément bien.
Note de la rédaction : ★★★★☆
Fin de journée, la nuit s’est abattue depuis longtemps sur Strasbourg. Joli ciel étoilé et l’occasion pour moi d’aller boire un verre et de manger un cheeseburger mérité avec mon hébergeur. Quelques réflexions instinctives sur les films vus aujourd’hui. Ouai, Why Don’t You Play in Hell ? était vraiment dingue comme film. Au programme demain, du samouraï allemand, un thriller scandinave déjà culte, l’attaque de zombies castors et d’autres trucs encore. A demain, les fantômes !
Synopsis : Hassan Kadam quitte son Inde natale avec sa famille. Ils s’installent tous ensemble dans le sud de la France, à Saint-Antonin-Noble-Val, pour y ouvrir un restaurant indien, la Maison Mumbai. Ce projet n’est pas du tout du goût de Madame Mallory, la propriétaire hautaine et chef du réputé Le Saule Pleureur, restaurant étoilé au Guide Michelin. Une guerre sans pitié débute : cuisine indienne contre haute gastronomie française. Hassan va cependant se passionner pour la grande cuisine française et pour la charmante sous-chef Marguerite.
La France de Pernaut
Hassan Kadam (Manish Dayal) fuit l’Inde avec sa famille, après le décès de sa mère dans un incendie, suite à un soulèvement de la population. Exilés en Angleterre, le climat et les légumes ne font pas leur bonheur. Ils décident de partir dans le Sud de l’Europe. Un accident de voiture, va les faire échouer dans la ville de Saint-Antonin-Noble-Val. Le père, Papa Kadam (Om Puri), décide de s’y installer et d’acheter une vieille bâtisse et d’en faire un restaurant indien. Mais juste en face, Madame Mallory (Helen Mirren), possède un restaurant de gastronomie française étoilé. La guerre va s’installer entre eux, alors qu’Hassan Kadam va tomber sous le charme de la sous-chef adverse, Marguerite (Charlotte Le Bon).
Durant deux heures, on se retrouve dans une version longue du journal de Jean-Pierre Pernaut sur TF1. Pour commencer, Hassan Kadam résume sa vie à un garde frontière hollandais : L’inde, c’est dangereux mais les épices sont savoureuses et en Angleterre, il pleut tout le temps et la nourriture n’est pas bonne. Ce début des plus simplistes, n’est pas très emballant. Cela ne s’arrangera pas en France, dans cette ville de campagne ou les habitants parlent tous anglais ou du moins, le comprennent. Ou les légumes sont comme dans les publicités : ils sont gros, brillants et délicieux. Ou les gens s’appellent : Marguerite, jean-Pierre, Paul ou Marcel. Ou le pain est fait maison, tout comme le fromage et l’huile d’olive. Nous sommes dans la France des années 50, tel que la voit les américains. il ne manquait plus que la baguette et le béret. En échange, on a Marguerite sur son vélo avec sa panière et sa robe à fleur, trop mignonne.
C’est une production Walt Disney, cela ne fait aucun doute. De plus, Oprah Winfrey et Steven Spielberg, sont les producteurs. Ils nous offrent une carte postale de cette France, qui sent bon le terroir, douce et chaleureuse, qui accueille une famille indienne, sans animosité. C’est beau, ça fait rêver, mais c’est du foutage de gueule. Certes, on a un semblant de racisme assez bref, juste pour marquer le coup, avec le désormais célèbre « La France aux Français ». Ce qui est très drôle, vu qu’ils parlent anglais et travaillent pour une anglaise. C’est d’ailleurs Helen Mirren qui va nous faire une leçon de démocratie en nous rappelant que notre pays, c’est « Liberté, égalité, fraternité ». Il ne manquerait plus qu’elle entame la Marseillaise, oh wait! On notera qu’Helen Mirren abuse du fond de teint, elle a presque un masque et durant les gros plans, c’est un peu gênant.
Cette version édulcorée de la France profonde, est ennuyeuse. Elle est aussi plate que la romance entre Manish Daval et Charlotte Le Bon, pourtant ils sont très bien tout les deux, ce qui est assez surprenant de la part de la seconde. Le casting sauve un peu l’ensemble, même si celui côté français, est un peu à la ramasse, à l’image de Michel Blanc, assez effacé, c’est étonnant. Les meilleurs moments se déroulant lors des scènes portées par la musique indienne, ou Lasse Halström se fait plaisir en enchaînant les plans séquences. C’est rythmé et presque enthousiasmant. Mais pour un film qui parle de cuisine, on reste un peu sur sa faim. C’est aseptisé, plat et l’épisode parisien, n’apporte vraiment rien à l’histoire. Puis c’est tellement cliché et convenu, qu’on n’est jamais surpris.
Les Recettes du Bonheur est un film qui se regarde, où le parfum des épices ne parvient jamais jusqu’à nos narines. Un produit totalement inoffensif, qui ressemblerait à un téléfilm de France 3, s’il n’y avait pas ce casting et Lasse Halström à la réalisation. Même si ce dernier est devenu un metteur en scène bien fade, qui a perdu son talent dans des productions souvent ennuyeuses et sans ambitions.
Fiche technique : Les Recettes du Bonheur
The Hundred Foot-Journey
USA – 2014
Réalisation : Lasse Hallström
Scénario : Steven Knight d’après le livre « Le voyage de cent pas » de Richard C. Morais
Distribution : Helen Mirren, Om Puri, Manish Dayal, Charlotte Le Bon, Farzana Dua Elahe, Amit Shah, Michel Blanc, Clément Sibony et Vincent Elbaz
Photographie : Linus Sandgren
Montage : Andrew Mondshein
Musique : A.R. Rahman
Production : Steven Spielberg, Oprah Winfrey et Juliet Blake
Société de distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures International
Genre : Comédie dramatique
Durée : 122 minutes
Date de sortie française : 10 septembre 2014
Le suicide comme thérapie de groupe, ou comment se remonter le moral entre dépressifs. C’est le crédo d’A Long Way Down, comédie britannico-allemande réalisée par le Français Pascal Chaumeil et présentée en sélection à la dernière Berlinale. C’est un regard plein d’ironie bienveillante sur ce taux de suicidés qui augmente autant que notre confort de vie. Pourtant malgré cette ironie, la sélection à Berlin, les acteurs et un petit côté international, il reste un film petits bras et la désagréable impression d’un manque de quelque chose, qui ressemblerait à un grain de folie.
Synopsis : La nuit de la Saint-Sylvestre, quatre désespérés se retrouvent par hasard au sommet d’un building londonien pour mettre fin à leurs jours. Cette rencontre fortuite va faire d’eux des amis et les pousser à se redonner mutuellement goût à la vie.
Tromperie Sur La Marchandise
Sur le papier tout partait bien, même si on le sait que Pascal Chaumeil n’est pas le nouveau Claude Sautet, on avait un scénario qui tenait la route et se payait le luxe d’être un brin irrespectueux. Bref, on avait sous les yeux une Rolls, pas du genre tape-à-l’œil, plutôt de qualité, racée et taillée pour la postérité. Sauf qu’en soulevant le capot, la Rolls a un moteur de Trabant, ça avance (doucement), c’est solide (surement), mais il manque tout ce qui fait le sel du haut de gamme. A Long Way Down est donc étrange, tous les ingrédients du très bon film sont là et devraient faire alchimie mais voilà, quand on les mélange ça ne prend pas. On sourit parfois, on ne rit pas souvent et on se demande pour quelles obscures raisons on trouve ce film moyen.
De l’audace, encore de l’audace, et toujours de l’audace !
Il faut le redire, Sylvain Chaumeil n’est (peut-être) pas le réalisateur qui convenait à ce film, d’ailleurs à quel film pourrait-il bien convenir ? Sa mise en scène et une récitation des basiques (très basiques) d’un étudiant en cinéma : les différents plans, les différents mouvements, le montage, etc… Si vous cherchez de l’audace passez votre chemin, ici vous êtes hors sujet. Il faut croire que le bonhomme est trop âgé pour une remise en question et qu’il a décidé de finir sa carrière bien assis sur ses acquis. Sa carrière d’ailleurs surtout s’est cantonnée à la télévision ou à travailler avec Luc Besson. Comment donc en est-il arrivé à diriger Pierce Brosnan ? Excellente question.
Un pour tous et tous pour Toni Collette !
Parce-que Pierce Brosnan, comme ses trois autres comparses, frise plus d’une fois l’excellence, chose habituelle avec les acteurs britanniques Imogen Poots, britannique elle aussi, se révélait déjà avant de confirmer son talent dans le laborieux Need For Speed. Need For Speed où elle avait déjà comme partenaire Aaron « je plais aux filles » Paul, un acteur ni bon ni mauvais dont on dira qu’il est fade, neutre, voir ennuyeux. Peut-être à cause de Toni Collette (déjà exceptionnelle dans Little Miss Sunshine), pénible actrice pour ses partenaires même bons, car son talent vampirise littéralement le leur. Cette actrice a du génie, un jeu naturel (sans être naturaliste) qui semble ne lui demander aucun effort.
Toute Première Fois
Un beau gâchis dont Pascal Chaumeil est surement en partie responsable, vraiment étonnant donc que le film a été sélectionné à la Berlinale, festival de cinéma qui jouit pourtant d’une belle crédibilité, auprès des cinéphiles comme auprès du grand public. C’est quand même frustrant, ces films qui passent à côté (à moins que ce ne soit nous qui passions à côté), un peu comme cette première relation sexuelle, qu’on attend autant avec désir qu’avec appréhension et qui finit très souvent par une grosse déception. Fort heureusement, cette déception engendre rarement une rupture et même si on pourra éviter à l’avenir Pascal Chaumeil, restons fidèles à Brosnan, Collette & co.
Fiche Technique : A Long Way Down
Réalisateur: Pascal Chaumeil
Casting: Pierce Brosnan, Toni Collette, Aaron Paul, Imogen Poots, Rosamund Pike et Sam Neil
Année : 2013
Sortie France : Prochainement
Durée : 96’
Musique : Dario Marianelli
Genre : Comédie Dramatique
FEFFS 2014 : Chien malicieux, pizza abjecte et adolescence désenchantée
Après une première journée chargée en bons films et en café, la seconde journée voyait le programme s’intensifier puisque ce n’est pas moins de cinq films que j’avais l’intention de voir. Couché à 04h et réveillé à 08h par un chien (un Jack Russel terrier comme dans The Artist) qui a décidé d’employer mon dos comme couchette, la journée s’avérait être plutôt longue. C’était sans compter la générosité des locataires de l’appartement. Café et croissants m’attendaient au réveil. Une attention particulière qui m’a permis de ne pas perdre de temps et de directement m’atteler à la rédaction des chroniques de la veille. Quelques heures plus tard, un litre de café englouti, un sandwich en coup de vent et je m’imposais un nouveau marathon de films à voir. La charmante bénévole d’hier étant admiratif de mon programme de spectateur assidu des salles obscures. Plus de neuf heures assis dans la même salle, ça forge le respect. Mais je ne le fais que pour l’amour du cinéma. Et puis, c’est gratuit. Bref. Mais après projection des films, je ne pense pas être aussi dithyrambique que la veille. Si la journée d’hier était sous le signe des vampires, celle d’aujourd’hui est sous le signe de l’adolescence désenchantée avec Westlands et White Bird, le dernier Gregg Araki
Chers lecteurs, voici la seconde chronique du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS) en exclusivité pour LeMagduCine
Doc of The Dead
Réalisé par Alexandre O. Philippe (2014). Date de sortie prochainement annoncée.
Les morts-vivants ont parcouru un long chemin depuis leurs débuts au cinéma, en 1932, dans White Zombie. Doc of the Dead viendra combler les vides de vos connaissances sur cette culture quasi obsessionnelle qu’ils ont inspirée. Ce documentaire traite en profondeur de l’évolution du zombie au cinéma et dans la littérature, et de l’impact et de l’influence qu’il a eus sur la culture populaire.
Après avoir entre autres réalisé The People vs. George Lucas et The Life and Times of Paul the Psychic Octopus, tous deux présenté au FEFFS en 2010 et 2012, Alexandre O. Philippe revient avec un nouveau documentaire et s’intéresse cette fois-ci à l’impact et la place du zombie dans notre société. Le réalisateur en profite pour revenir sur un historique du mythe zombie au cinéma et peut se targuer d’un casting d’intervenants professionnels impressionnants (George A. Romero, Simon Pegg, Joss Whedon, Max Brooks, Bruce Campbell, Tom Savini, Robert Kirkman et j’en passe). Si le sujet est toujours aussi intéressant et que le propos est bien étayé, il faut reconnaître que le documentaire ne se démarque absolument pas de modèles du genre documentaire et propose une ressasse en termes de mise en scène et de fil conducteur. Il faut savoir que ce documentaire est une commande pour la télévision et que les moyens sont forcément plus limités mais bien heureusement, Alexandre O. Philippe ne s’en sort pas trop mal. Ainsi, Doc of the Dead présente une succession d’images d’archives, d’entretiens, de vidéos reportages lors de Zombie Walk et d’extraits de conférences pour nous informer sur l’impact majeur du zombie dans la culture populaire et notre société en général. Idéal pour la télévision, ce documentaire ne vaut certainement pas une sortie en salles et disons qu’il ne s’agit là qu’une rare occasion pour les français de découvrir ce reportage. A défaut de proposer une certaine audace dans la mise en scène, Doc of the Dead est un documentaire distrayant dans le sens où il apporte quelques bonnes réflexions sur notre société et notre rapport aux zombies, le tout dans une certaine bonne humeur collective. Convenu mais diablement intéressant.
Note de la rédaction : ★★★☆☆
Wetlands
Réalisé par David Wnendt (2013). Date de sortie prochainement annoncée.
Helen est une adolescente non-conformiste qui entretient une relation conflictuelle avec ses parents. Passant la plupart de son temps à traîner avec son amie Corinna, avec qui elle transgresse un tabou social après l’autre, elle utilise le sexe comme un mode de rébellion et casse la morale bourgeoise conventionnelle. Après un accident de rasage intime, Helen se retrouve à l’hôpital où il ne lui faut pas longtemps pour faire des vagues. Mais elle y rencontre Robin, un infirmier dont elle va tomber follement amoureuse…
Hier, la sélection Crossovers nous présentait A Hard Day, un polar coréen qui lorgnait le plus souvent vers l’humour noir. Avec Wetlands, l’Allemagne nous offre une vision de l’adolescence désenchantée, obsédée, fantasmée et désorientée. En janvier dernier, le film avait enflammé les spectateurs du Festival de Sundance. A Strasbourg, il sera très certainement LE film de cette journée et l’un des chocs du festival tant le film nous montre, nous suggère, nous balance à l’écran une multitude de séquences crasseuses, tabous et trashs. Le film est franchement osé, à la limite de la vulgarité mais jamais il ne tombe dans la gratuité et l’ensemble du récit n’a pour but que d’illustrer pleinement cette période de l’adolescence où l’on se cherche et où l’on doit faire face à ses démons. Adapté du roman de Charlotte Roche, véritable best-seller, Wetlands est un cinéma mal élevé, effronté qui aborde frontalement des sujets tabous et difficiles à représenter à l’écran. Rarement la sexualité aura été montrée avec aussi peu de délicatesse et autant de grossièreté. Le plus fascinant étant que l’on entre avec plaisir et culpabilité dans ce récit. Une seule séquence suffit pour évoquer l’aspect outrageant de ce film pas comme les autres. L’héroine du film conte une légende sur sa pizza favorite, celle où deux jeunes femmes ont dégusté une pizza sur laquelle quatre hommes s’étaient masturbés dessus. Ce n’est pas simplement conté, le réalisateur représente littéralement cette séquence à l’écran. Au ralenti. Sur une musique classique jusqu’à l’éjaculation des hommes, filmés en gros plan. L’ensemble des spectateurs de la salle de cinéma ne savait pas de quelle manière réagir face à cette séquence. Regards figés ou détournés et rires nerveux mais affirmé ont finalement rallié un peu tout le monde. Au-delà de cette séquence, le film évoque aussi les fractures familiales et ces lourdes conséquences sur les enfants. Pop et coloré, l’esthétisme est l’un des points forts du film, sans compter sa bande-originale rock et punk à souhait. Jamais manichéen, plutôt juste et inspiré, dopé à l’adrénaline, Wetlands est un portrait de l’adolescence sous acide et sans préservatif. Après Guerrière qui avait également beaucoup fait parler de lui, David Wnendt confirme qu’il est l’un des auteurs allemands à suivre. Une sorte de mauvais garçon qui n’a pas fini de déranger dans les chaumières. Et c’est tant mieux.
Note de la rédaction : ★★★★☆
Killers
Réalisé par Kimo Stamboel et Timo Tjahjanto (2014). Date de sortie prochainement annoncée.
Un tueur japonais et un journaliste indonésien, apprenti meurtrier, se provoquent en mettant en ligne les vidéos de leurs méfaits. La compétition peut commencer…
Projeté sur le devant de la scène internationale en 2009 avec Macabre, un premier long-métrage brut et efficace, les Mo Brothers reviennent avec ce second film, sélectionné dans la compétition internationale. Entre temps, la vivacité du cinéma indonésien a explosé avec l’impact de Gareth Edwards et de son diptyque The Raid. Ce n’est pas pour rien que Timo Tjahjanto est le petit protégé de Gareth, qu’ils ont tourné ensemble un sketch pour V/H/S 2 (assurément le meilleur du film !) et que c’est Merantau Films, la boîte de production de Gareth Edwards qui finance ce film. Et autant dire que l’on ressent l’impact de ce dernier sur certains plans et notamment les plus dynamiques. Malheureusement, les Mo Brothers sont encore loin de Gareth tant en termes de mise en scène que d’écriture. Il y avait assurément une idée à creuser sur le papier mais dès les premières minutes, on aborde difficilement le film tant le scénario est alambiqué, s’acheminant même vers le grotesque. Bancal, comportant de lourdes maladresses et rallongé à l’extrême, Killers se perd dans son écriture à force de vouloir comporter des intrigues et sous-intrigues. Les personnages sont dès lors mal-écrits car trop instable sur la longueur tandis que les motivations et la compétition, point central du film, deviennent de moins en moins lisibles. Trop ambitieux et pas assez maîtrisé, Killers perd tout sens à vouloir lier toutes ses intrigues et devient au final plus qu’improbable, nous éloignant plus que jamais des personnages du film. Sans compter une morale du film plus que discutable. Les défenseurs du film souligneront son second degré et le fait que jamais Killers ne souhaite être réaliste. Pas convaincu pour autant, tant le film montre les travers pathétiques d’être un tueur mais se prend tellement au sérieux qu’il ne sait plus comment être présenté. Trop strict pour une comédie noie, trop ridicule pour être un vrai thriller sordide. A l’inverse, on peut reconnaître la réussite formelle de la mise en scène, bien qu’en deçà de celle de Gareth Edwards. N’est pas maître qui veut. C’est beau, fluide et énergique. Je n’ose pas imaginer ce que cela aurait rendu sur un format plus abordable comme le 90min car les 140 minutes ici paraissent très longues. Les deux gars ont bien appris mais ils leur reste encore à s’améliorer et on est encore loin de la perfection esthétique de The Raid 2. Au final, le film souffre avant tout des invraisemblances et de son scénario ficelé à la va-vite. A vouloir trop faire dans l’excès, Killers nous excède et finit par lasser. Le genre de films qui continuera son parcours dans les festivals mais qu’on oubliera très rapidement. En 2015, on espère que Timo Tjahjanto sera capable de surmonter cette erreur de parcours avec sa première réalisation seule, The Night Comes for Us, toujours produite par Merantau Films et Gareth Edwards.
Note de la rédaction : ★★☆☆☆
The Canal
Réalisé par Ivan Kavanagh (2014). Date de sortie prochainement annoncée.
David, archiviste, est persuadé que sa femme le trompe. Tout empire quand il découvre un film lui apprenant que sa maison a été le théâtre de brutaux assassinats. Stressé au plus haut point, David se persuade vite que sa demeure est hantée.
Egalement en compétition officielle, la projection de The Canal a été remarqué par la présence du Jury dans la salle, à savoir son Président Monsieur Tobe Hooper, Juan Martinez Moreno (Lobos de Arga, ABC’s of Death 2) et Xavier Palud (Ils, A l’aveugle, etc.). Avant la séance, l’acteur Steve Oram est venu saluer la salle et nous a promis de nous retrouver à la fin de la projection du film.
Une salle mitigée qui oscillait entre la satisfaction et le scepticisme, The Canal laisse un peu tout le monde sur sa faim. Ivan Kavanagh nous hurle son amour pour le cinéma avec cette histoire d’archiviste qui adore La Féline et passe ses journées à décortiquer de vieilles pellicules. C’est bien, mais son film n’est qu’un exercice d’école. Trop classique, trop prévisible, trop peu impliqué. S’il se rattrape sur quelques beaux plans esthétique, Ivan nous laisse un film au rythme cruellement long, sans intensité et dont le schéma nous est déjà parvenu des dizaines de fois au cinéma. De ma propre expérience, ce film me rappelle When the Lights Went Out, un autre film de fantôme britannique sorti en 2011 qui jamais n’arrivait à nous surprendre. Si l’on n’attend qu’une ressasse du film de fantôme, il est assuré que ce film saura vous plaire. Ici, le traitement est tellement soporifique, le twist final rapidement deviné et le film semble tellement incapable de nous surprendre qu’on subit le déroulement de l’intrigue avant sa conclusion attendue. A nouveau, une belle photographie monte un peu le niveau du film mais depuis hier, ils sont nombreux les films à arborer fièrement une esthétique soignée et très léchée. The Canal ne se démarque pas plus de ses concurrents et devient par moment très aseptisé pour les plans en intérieur. Ce qu’il manque ici, c’est une profondeur du récit. Maladroit, déjà-vu et terriblement bancal, The Canal n’a pour lui que la passion de son réalisateur qui tente vainement de faire un film de fantôme qui pourrait apporter une nouveauté au genre. Même les acteurs à l’interprétation honnête, mais sans transcender, ne nous font pas oublier les tenants et aboutissants d’un scénario sage, pour ne pas dire transparent.
Et c’est dans ces conditions que Steve Oram nous a rejoints à la fin de la séance. De nombreux applaudissements s’affirmèrent dans la salle pour éviter un certain malaise pesant. Quelques questions superficielles et auquel Steve Oram ne pouvait pas vraiment répondre. « I’m not the director » nous rétorque-t-il quand on l’interroge sur la photographie du film. Déjà-vu chez Ben Wheatley où il tenait le premier rôle du plaisant Touristes, l’acteur nous confie que c’est après avoir vu ce film que Ivan Kavanagh l’a contacté pour lui offrir ce rôle de policier. Steve Oram s’attarde un peu sur ces rôles d’enquêteur qu’on lui propose sans cesse et s’exclame avec autodérision « Est-ce-que j’ai l’air d’un flic bourré ? ». Pour son personnage, l’acteur dit s’être inspiré de la série Regan (The Sweeney), une série anglaise dans les années 70 sur le milieu de la police avec son lot de corruption et de méthodes illégales. S’agissant de l’acteur, peu de questions pertinentes sont posés sur le film, ce dernier ne pouvant y répondre avec autant d’authenticité que le propre réalisateur. Avant de conclure, Steve Oram nous parle d’un de ses projets de court-métrage en cours de tournage qui s’intitule Aaaaaaaaaaaaah ! et montre des londoniens qui agissent comme des singes. Pas de dialogues, juste des comportements de primates. L’entretien touche à sa fin, les bénévoles nous attendent pour déposer notre coupon « Vote du Public ». Cinq boîtes : Très bon, bon, moyen, mauvais, très mauvais. Ça sera mauvais. A nouveau, il est amusant de voir à quel point la sélection parallèle est bien plus jouissive que les films en compétition, exception faite de A Girl Walks Home Alone at Night.
White Bird
Réalisé par Gregg Araki (2014). Sortie le 15 octobre 2014.
Kat Connors a 17 ans lorsque sa mère disparaît sans laisser de trace. Alors qu’elle découvre au même moment sa sexualité, Kat semble à peine troublée par cette absence et ne paraît pas en vouloir à son père, un homme effacé. Mais peu à peu, ses nuits peuplées de rêves vont l’affecter profondément et l’amener à s’interroger sur elle-même et sur les raisons véritables de la disparition de sa mère…
Après Wetlands en début d’après-midi, cette seconde journée au Festival s’achève sur un autre portrait, plus fin et sensible cette fois, de l’adolescence. C’est également un tableau peu flatteur d’une Amérique qui n’arrive pas à être heureux dans une société où la consommation semble reine. Présenté avant la séance comme « un réalisateur unique qui crée de vrais beaux personnages » et pose les bonnes questions sur l’adolescence, Gregg Araki revient sur le devant de la scène avec cette nouvelle chronique chaotique de l’adolescence. Onzième long métrage et quatre ans après le trip parano et apocalyptique qu’était Kaboom, Gregg Araki offre un thriller splendide qui nous rappelle par moment le American Beauty de Sam Mendes tant cette famille modèle de la société américaine n’est en fait que le reflet d’un pays avec ses névroses, ses problèmes et ses ambitions avortées. Le mystère se fait très présent avec la disparition de cette femme en proie à une jalousie. Gregg Araki reconstitue fidèlement le charme des années 80 et magnifie cette période par une bande-son toujours aussi onirique. Très formaté Sundance, Gregg Araki offre de longs et magnifiques plans et ne rend que plus élégant cet âge formidable qu’est l’adolescence, avec ses découvertes et ses déceptions. Ce travail entre le son et l’image nous renvoie le symbole d’une jeunesse idéalisante mais en perte de repères. Comme dans Wetlands. A ce jeu, Shailene Woodley est excellente et trouve là l’un de ses meilleurs rôles tandis que Eva Green confirme une nouvelle fois tout le talent qu’on lui prête. On la retrouvera également dans nos salles de cinéma à partir de mercredi dans la suite de Sin City, intitulé J‘ai tué pour elle. Christopher Meloni montre un aspect sensible et dramatique qu’on ne lui aurait jamais prêté. Gregg Araki désamorce son intrigue au profit de plusieurs petits récits et d’éléments venant apporter à chaque fois un peu plus de profondeur à une disparition qui devient de plus en plus énigmatique. En ce sens, et même si avec du recul on pouvait la deviner, le final est une vraie réussite tant sur son rebondissement que sur la manière dont il est amené. Mais le plus intéressant reste la manière dont ce personnage d’adolescente va rejeter psychologiquement la désorientation que provoque la disparition de sa mère. Sous les traits d’un bonheur superficiel, cette famille américaine explose par le biais d’un mari qui se comporte comme une lavette et ne s’affirme jamais, d’une mère avortée dans ses ambitions qui jalouse sa fille et cette adolescente mal dans sa peau qui trouve un refuge dans le sexe, notamment avec ce personnage plus âgé qui symbolise la virilité qu’elle attendait de son père. Gregg Araki offre un film véritablement poétique, juste et humain dans sa manière d’aborder l’époque, l’adolescence et l’air du temps. Le plus américain et le plus auteurisant des films de cette compétition. White Bird est un magnifique récit sur une Amérique avec ses secrets et ses névroses, le tout sublimé par l’élégance et le génie de Gregg Araki.
Note de la rédaction : ★★★★☆
Une sortie de séance onirique sous une nuit strasbourgeoise délicieuse, le temps de prendre un dernier café et il est l’heure de rentrer avant de démarrer une nouvelle journée de visionnage. Au programme demain, la projection presse d’un loup-garou cherchant du grain à un senior, peut-être ma première tarte flambée, un rendez-vous avec la peur, dérober quelques pins du festival, un Sono Sion déjanté et la projection en plein air du mythique SOS Fantôme. A demain, les momies !
FEFFS 2014 – Chronique du 14 Septembre : Spéciale Masterclass Tobe Hooper
Lors de cette première incursion au Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, l’événement de la journée était bien évidemment la venue du maître Tobe Hooper, venu présenter son mythique Massacre à la Tronçonneuse en version restaurée 4K. L’occasion pour le festival d’organiser une masterclass avec le réalisateur texan. Ce dernier se prêtera au jeu d’une leçon de cinéma animée par Jean-Baptiste Thoret, enseignant et critique cinématographique (Simulacres, Panic et Charlie Hebdo). C’est un homme fragile, presque affaibli qui vient sur scène. Devant une foule qui l’acclame sans cesse, Tobe Hooper se lève difficilement de son siège et lève sa main avec fébrilité. Tout le long de cet entretien qui durera un peu moins de 2h, ce vieux barbu de 81 ans évoquera son parcours avec hésitation, balbutiant sans cesse, impressionné par le cadre du festival. Il se lâchera davantage vers le milieu de l’entretien, lâchant son venin sur le système hollywoodien et c’est un homme fier mais bourré de regrets qui nous sera dévoilé.
Cela se sent, Tobe Hooper est un homme modeste qui entre en scène avec son charme de réalisateur décontracté, arborant une chemise jaune froissée. On sent le personnage cool qui a des tonnes de choses à nous dire. Entouré de deux traductrices, cette masterclass démarre par un hommage à ses meilleurs films, à sa vision du monde et le public ne cesse d’applaudir celui qui en 1974 a littéralement choqué le monde. Le questionneur revient sur le thème du masque que Tobe incorpore à chacun de ses films, de même qu’il témoigne d’un attachement particulier à l’aspect historique et politique de son pays. Très tôt dans l’enfance, Tobe Hooper est un homme qui présente une vraie relation avec le cinéma. Il déclarera avoir « appris le langage du cinéma avant d’apprendre à parler ». Ses parents divorcent et il se retrouve chez sa mère, perturbé par cette séparation. Il comblera ce manque de relation parentale par une consommation intensive de films de tout horizon au point que sa mère lui en fait le reproche, estimant qu’il ne ferait rien de sa vie dans cette situation. Il évoque cette consommation de films car ces derniers lui permettaient d’éprouver toute une gamme d’émotions par le simple biais de l’image et d’une subtile alchimie avec le son. C’est un passionné qui n’attendra pas longtemps avant d’obtenir sa première caméra en 8mm. A seize ans, il filme sa propre version de Frankenstein avec cette caméra. Une pellicule qu’on ne retrouvera certainement plus jamais. A cet instant, le natif de Austin évoque ses films préférés, à savoir Chantons sous la Pluie de Stanley Donen (1952), La Chose d’un Autre monde de Christian Nyby (1959) ou Le Jour où la Terre s’arrêta de Robert Wise (1951). Il cite également Antonioni et Fellini. Ses références le poussent à continuer dans cette voie. Par le biais du cinéma, il souhaite élever les gens vers une vraie réflexion, une vraie émotion qu’il estime bénéfique pour faire évoluer les choses. Nous sommes dans les années 1960, Tobe Hooper est un hippie avec des rêves.
Bande-annonce : La Chose d’un autre monde
https://www.youtube.com/watch?v=4pvaAwyCxng
Bande-annonce : La Chose d’un autre monde VOST
https://www.youtube.com/watch?v=4pvaAwyCxng
« This is Texas. We don’t mess with Texan »
A cet instant, Jean-Baptiste Thoret en profite pour faire passer un extrait vidéo. Il s’agit de la vidéo de l’assassinat du Président Kennedy. Cet extrait sert à amorcer la discussion autour du passé documentaire de Tobe Hooper ainsi que de l’impact de la guerre, de la politique et du cinéma dans sa vie. Des traumatismes et névroses parsemés dans sa filmographie. De cet archive découle un mélange d’horreur et de documentaire brut qui sera la pierre fondamentale de la mise en scène de Massacre à la Tronçonneuse, dix ans plus tard. Tobe Hooper racontera qu’il avait été réalisateur de petits films d’information à visée politique pour une boîte de production et qu’on lui avait demandé de suivre l’affaire. Il a notamment assisté à la mort de Lee Oswald avec son caméraman, et déclarera qu’il a été bousculé par les services secrets. Il parlera de sa région natale, et de cette époque où les Rednecks se baladaient arme à la main en pleine rue, à n’importe quelle moment de la journée et parfois aux alentours des écoles. Avec dérision, il s’exclamera « This is Texas. We don’t mess with Texans ». Pour rester dans la politique et le contexte de l’époque, un extrait de Eggshells, le premier long métrage de Tobe est présenté. Le film n’a bénéficié que d’une petite distribution en 35mm sur certains campus américain. D’ailleurs, personne dans la salle n’a vu ce film mais il permet à Tobe d’en dévoiler certains aspects précis comme une mise en scène entre le documentaire et le psychédélique, l’expérimental.
Dans la partie documentaire, il l’évoque comme du cinéma vérité qui capte des moments de vie chez les hippies. Il déclarera qu’avoir vécu avec eux pendant neuf mois l’a complètement changé. Il est devenu très proche de la nature, a réalisé des vidéos de défense contre les destructions forestières orchestrées par McDonald’s. Pour lui, Eggshells est une manière d’analyser la contre-culture de l’époque. Il s’indignera sur le mouvement hippie, déclarant que seul 20% des hippies souhaitaient véritablement changer les choses, le reste n’était qu’hypocrisie et suivre l’air du temps. Pour lui, cette période illustrait cette volonté de se libérer des conventions pour être créatif. Aujourd’hui, il trouve que les hippies sont devenus des « yuppies », des jeunes cadres et ingénieurs haut placés dans la hiérarchie du capitalisme. Le questionneur évoque les prémices de Massacre à la Tronçonneuse, à savoir les motifs, les plans, les décors qui orchestre trois ans avant, la grammaire visuelle de Tobe Hooper. Le réalisateur déclare avoir été très fier d’avoir pu tourner ce film, de l’avoir achevé et de le faire projeter à quelques personnes intéressées.
Bande-annonce : Leatherface
https://www.youtube.com/watch?v=TCSZ3QJBfeY
Plus l’entretien avance, et plus Tobe évoque ce désir de l’enfance, celui d’être un vrai réalisateur à Hollywood comme l’ont été ses références. Il veut faire ce cinéma. L’expérience de Hollywood et la maturité lui ont appris à regretter ce désir. Avant de revenir à Hollywood, Tobe Hooper nous avoue que l’horreur n’était pas son genre de prédilection, et qu’il préférait davantage la fantasy. Il s’est tourné vers le cinéma d’épouvante car il savait que c’est un genre qui n’a pas besoin de casting, ni d’effets titanesques. Il faut juste du choc, il faut que cela marque le spectateur. Et il s’estimait capable de proposer cela. L’extrait le plus célèbre de Massacre à la Tronçonneuse est présenté. Tonnerre d’applaudissements. Les deux hommes sur scène évoquent le rapport à l’horreur dans une Amérique qui n’hésite pas à montrer frontalement des images chocs à la télévision. Rien n’était épargné, l’horreur était accessible à l’heure du repas par le biais de son simple téléviseur. Pour Tobe, son film est un « documentaire sur l’Amérique » et sur celui qui regarde ce genre d’images.
Il revient sur Leatherface et dit s’être inspiré de Frankenstein, « le monstre le plus opérationnel » pour montrer la brutalité et l’émotion d’un garçon qui a vécu dans un contexte familial chaotique et bourré de violences. Le réalisateur a du faire comprendre le comportement d’un enfant en difficulté à l’acteur qui interprète Leatherface. Il lui a fait passer deux jours dans une école pour enfants difficiles afin de s’inspirer de ces réactions du quotidien de ce genre d’établissement. Les acteurs n’étaient pas au courant du look de Leatherface. Pour chacun, c’était une surprise effroyable et attendu par Tobe. Il fallait augmenter la tension et chaque détail comptait pour faire ressentir cela sur le jeu des acteurs. Tobe Hooper s’amuse en évoquant le fameux « cliche de la panne d’essence » sauf que lors du tournage, même l’équipe s’est retrouvé en panne de gasoil. Le film fût tourné pendant la Crise du Pétrole en 1973. Avec un peu d’amertume, Tobe Hooper avoue regretter que les gens n’aient pas saisi l’humour macabre du film. L’aspect comique a été oublié au profit de son aspect brut. Le réalisateur texan évoque sa famille. Les repas avec tout le monde étaient toujours très animés, bourrés d’amertumes. Chacun s’envoyait des piques et cela rendait les repas aussi oppressants qu’amusants. Il nous évoque la présence de trois sourdes lors de ces repas, et avoue avoir envié ces filles malentendantes quand il devait se coltiner les propos cyniques de toute sa famille. L’humour noir selon Tobe Hooper.
Bande Annonce : Massacre à la tronçonneuse
Extrait de la suite de Massacre à la Tronçonneuse, Tobe Hooper confie s’être attelé à faire de ce film une séquelle plus loufoque et marrante. Il y a injecté tout son humour, tout en posant des réflexions sur la Guerre du Vietnam. Comme Jean-Baptiste Thoret tient à l’expliquer, ce film est davantage du côté de la critique, du pamphlet contre le Vietnam et le gouvernement américain. Il est d’autant plus amusant que Tobe Hooper ne souhaitait pas réaliser cette suite mais que personne d’autre ne souhaitait le faire. Il a donc accepté mais en faisant le film comme il l’entendait. Il a travaillé avec Tom Savini, et s’est juré de ne pas contourner la censure d’où le fait qu’il ait à fond joué la carte du gore. Il dira « Les gens voulaient du sang, alors j’allais leur en donner ». L’entretien s’attarde quelques instants sur le casting et cette surprise de voir Dennis Hopper au casting. On y voit un lien subliminal avec le film Easy Rider où le hippie joué par Hopper assassiné à la fin du film par les texans reviendrait prendre sa revanche dans le second opus de Massacre à la Tronçonneuse. Les liens subtils, métaphysiques et rocambolesques du cinéma. Tobe confie avoir toujours voulu travailler avec lui. Ils se rencontrèrent un jour dans le même restaurant, Tobe est allé l’aborder et lui a directement posé la question, Denis Hopper répondant oui après un long moment d’hésitation. Et la suite fût lancée. C’est aussi simple que ça.
Bande-annonce : The Funhouse
Dernier extrait présenté, celui du film TheFunhouse / Massacre dans le Train Fantôme, un film qui commente le genre slasher et qui retourne à la base du cinéma, le cirque. Tobe Hooper dit avoir réalisé ce film pour combattre un trauma de l’enfance, la peur du carnaval. Il injecte toujours autant d’humour, et assume pleinement son statut de parodie. Difficile d’en douter tant il se moque allègrement d’Hitchcock et de son Psychose dans une scène de la douche qui lance le film sur de bonnes festivités comiques. Tobe Hooper révèlera avoir rencontré Stanley Kubrick sur le plateau de Shining. D’abord éjecté du plateau, Stanley s’est précipitamment dirigé vers la sortie pour aller à la rencontre de Tobe Hooper et l’embrasser littéralement. Stanley Kubrick était un fan de Massacre à la Tronçonneuse. Avant de raccourcir l’entretien, Jean-Baptiste Thoret posera cette question ultime « Quel est le film qui vous a le plus comblé dans votre désir d’être réalisateur ? ». Ce à quoi Tobe répondra :
« Je suis très fier de ce que j’ai réalisé mais je ne suis pas sûr d’avoir fait ce film. Mon désir d’être un réalisateur hollywoodien a disparu. Tous ces énormes budgets ont écrasé toute la créativité des auteurs et des gens comme moi. Je veux être un réalisateur européen maintenant ».
Déclaration finale émouvante pour un réalisateur qui a été bouffé par le système hollywoodien. On regrettera une assez mauvaise organisation du timing pour cette masterclass, la moitié du temps étant traduite de manière inégale entre les deux traductrices. Poltergeist, ou le projet Djinns n’ont pas été évoqué mais au moins on ressort de cette masterclass avec le sentiment d’avoir découvert un nouveau Tobe, un homme frustré par Hollywood mais honoré par son parcours.
Merci Tobe Hooper pour ce beau moment de confidence et merci pour cette restauration de votre chef d’œuvre. Vous avez marqué le cinéma d’épouvante. Si Hollywood vous a oublié, l’Histoire du Cinéma, elle, ne vous oubliera pas. Et nous non plus.
L’année scolaire se termine, l’été commence à New-york. Mister (Skylar Brooks), vit avec sa mère Gloria (Jennifer Hudson), une prostituée junkie. Elle garde parfois Pete (Ethan Dizon), dont la mère est aussi une junkie. Lors d’une descente de police, sa mère est embarquée. Ils se retrouvent seuls, se cachant du Sergent Pike (Adewale Akinnuoye-Agbaje), les recherchant pour les envoyer en centre de détention pour mineurs. Ils n’ont ni argent, ni carte sociale pour subvenir à leurs besoins. Ils vont devoir faire preuve de ruse pour s’en sortir et tenir tout l’été, loin de la police, de l’épicier indien, du caïd du quartier Kris (Anthony Mackie), d’une petite frappe Dip Stick (Julito McCullum) et du clochard Henry (Jeffrey Combs). Ils ne peuvent compter que sur Alice (Jordin Sparks), qui vit dans la luxure, loin du quartier. L’été s’annonce chaud et long pour eux.
Synopsis : Durant un été à Brooklyn, la mère de Mister est arrêtée par la police, laissant celui-ci seul et sans ressources. En compagnie de son ami Pete, ils vont tenter de survivre dans la fournaise New-yorkaise.
Seuls au monde
The inevitable defeat of Mister and Pete est le premier scénario de Michael Starrbury pour le cinéma. George Tillman Jr l’a tellement apprécié, qu’il s’est battu durant trois ans pour l’adapter, trouvant le soutien d’Alicia Keys et de nombreux acteurs reconnus, comme Jennifer Hudson, Anthony Mackie et Jeffrey Combs, pour le financer. On va d’ailleurs retrouver tout ce beau monde au générique.
George Tillman Jr a déjà plusieurs films à son actif, il a réalisé « Les Chemins de la dignité », « Notorious B.I.G. » et « Faster », entre autres. Un réalisateur sans talent particulier, alternant le moyen et le mauvais. Il trouve avec ce film, sa meilleure réalisation. Ses plans sont léchés, il suit sans excès le duo Skylar Brooks et Ethan Dizon, mais pêche dans son envie d’exhiber les belles courbes de Jennifer Hudson et Jordin Sparks, sans que cela n’apporte un réel intérêt à l’histoire, sauf à réveiller la libido du spectateur et la sienne (on n’est jamais mieux servi que par soi-même). La contemplation du corps dévêtu de Jennifer Hudson, lors de ses prises de drogues, se fait au son d’Otis Redding, une belle alchimie visuelle et sonore.
Le vrai intérêt du film, The inevitable defeat of Mister and Pete, c’est la découverte du talentueux Skylar Brooks. Le rôle est taillé pour lui. Malgré un physique à la Snoop Dogg, il impressionne en se frottant à des acteurs confirmés, en passant du rire, aux larmes. Ses rapports avec jennifer Hudson, sont durs, forts et émouvants. Ils ouvrent et ferment le film. On peut leur reprocher de tirer sur la corde sensible, d’être facile. Mais le film ne parle pas seulement de l’amitié entre Mister et Pete, mais aussi du rapport mère/fils, de l’absence du père, qui n’est jamais évoqué. De la difficulté de grandir dans la misère humaine et sociale, ou l’ennemi est partout : la police, une voisine malsaine, une petite frappe qui tient les murs de la cité, l’épicier indien ou le caïd du quartier.
Skylar Brooks porte le film sur ses frêles épaules, il se lance dans des monologues savoureux, comme lorsqu’il est devant « Un fauteuil pour deux », en imitant Dan Aykroyd ou en citant « Fargo », son film préféré. Son duo avec Ethan Dizon est réussi. Il montre aussi que la misère touche tout le monde, en évitant la stigmatisation d’une population.
Un film social, au travers d’une histoire d’amitié et d’amour, qui nous rappelle que le cinéma n’est pas seulement un divertissement. Dans la même veine, je lui préfère « Fresh » de Boaz Yakin (1994) ou « Gimme the Loot » d’Adam Leon (2012), qui parle aussi de la jeunesse afro-américaine dans la ville de New-York, avec une BO efficace.
Fiche technique : The Inevitable defeat of Mister & Pete
USA – 2013
Réalisation : George Tillman Jr
Scénario : Michael Starrbury
Distribution : Skylan Brooks, Ethan Dizon, Jennifer Hudson, Adewale Akinnuoye-Agbaje, Jordin Sparks, Julito McCullum, Anthony Mackie, Jeffrey Wright et Kenneth Maharaj
Musique : Mark Insham et Alicia Keys
Photographie : Reed Morano
Montage : Jamie Kirkpatrick
Producteurs : Rachel Cohen, Jana Edelbaum, Robert Teiltel et George Tillman Jr
Productions : Ideal Partners Films, State Street Pictures, Floren Shieh Productions, Unified Pictures et Venture Forth
Distributions : CodeBlack Entertainment et LionsGate Entertainment
Genre : Drame
Durée : 1h48mn
FEFFS – Chronique N°1 du 14 Septembre 2014 : Café, Tobe Hooper et Vampire
L’odeur du café chaud submerge l’atmosphère de l’appartement. Une, deux, trois gorgée. Le reste ira dans la thermos. C’est que j’en aurais bien besoin tant le rythme de visionnage du Festival s’annonce intense. Les clés sur le contact et je démarre l’esprit vaillant, prêt à affronter la crème de la crème du cinéma fantastique du moment mais aussi ses pires productions, de celles qui peuvent gâcher une bonne sélection. Qu’à cela ne tienne, je pars l’esprit confiant. Pour avoir déjà assisté à quelques séances du festival les années passées, je ne doute pas que les organisateurs nous ont concocté une programmation aux petits oignons. Moteur allumé, les gars, direction Strasbourg !
Chers lecteurs, voici les chroniques du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS) en exclusivité pour LeMagducinema
En parallèle des plus célèbres festivals de films fantastiques qui jalonnent la France, Gérardmer et l’Etrange Festival en tête, quelques manifestations alternatives sont apparus en Province ces dernières années. En l’occurrence la Samain du Cinéma Fantastique de Nice, Hallucinations Collectives de Lyon et puis celui qui nous intéresse aujourd’hui, la septième édition du FEFFS. Crée en 2008 par l’Association des Films du Spectre, le FEFFS s’est rapidement imposé dans l’Est de la France comme une excellente alternative de rassemblement pour la culture du fantastique à celui de Gérardmer. Créé et actuellement dirigé par Daniel Cohen qui évoque son festival comme un « festival de potes », le FEFFS est une belle histoire d’amis passionnés de cinéma -et particulièrement des films de la Hammer- qui souhaitaient simplement partager cette passion à un public plus large. Huit ans plus tard, c’est plus de dix mille spectateurs qui chaque année font le déplacement dans les salles de cinéma strasbourgeoises pour assister à un large panorama de la culture du fantastique. On pourrait blâmer la période de l’année à laquelle le festival a lieu car ce dernier pâtit relativement de l’Étrange Festival à Paris, qui se déroule dix jours avant celui de Strasbourg. La programmation est donc sensiblement la même mais la direction du FEFFS est une équipe qui ne se laisse pas déconcerter et se focalise par ailleurs sur un éventail culturel pluri-médiatique, qui le démarque de son homologue parisien. Chaque année les organisateurs ont su apporter une nouvelle pierre à l’édifice que représente ce festival pour en accentuer sa notoriété, et le rendre accessible à des publics de plus en plus variés. Compétition européenne en 2008, Zombie Walk en 2009, Village Fantastique l’année d’après, puis les courts métrages et désormais le jeu vidéo. Foncièrement axé sur le cinéma, le FEFFS n’hésite plus à se déployer sur différents terrains médiatiques et c’est ce qui le rend d’autant plus intéressant. Du cinéma, de nombreuses animations, des conférences, de l’édition, des expositions d’art et désormais une ouverture aux jeux vidéo (Indie Games Contest), le FEFFS s’impose désormais comme une véritable manifestation à part, et bien plus qu’une ressasse de l’Étrange Festival.Le Festival peut également compter sur la célèbre Zombie Walk de Strasbourg, reconnue comme l’une des plus importantes d’Europe. Cette année, peu de zombies dans la sélection officielle hormis le documentaire Doc of The Dead, mais des démons, beaucoup de démons. Le FEFFS s’est attiré les foudres du Diable avec sa rétrospective Sympathy for the Devil, qui met à l’honneur une somptueuse rétrospective de films démoniaques (La Main du Diable, Rosemary’s Baby, l’Exorciste, etc.). Le FEFFS, c’est aussi et surtout une pluralité de films, du long au court, en passant par le cinéma d’animation merveilleux pour les enfants, tout un ensemble de publics hétéroclites sera apte à trouver son bonheur. Et pour les vieux cinéphiles, les rétrospectives sont là pour assurer un pur moment de nostalgie. De ces films de Maurice Tourneur, René Clair ou de Roman Polanski qui ont autrefois illuminé, terrifié, marqué les yeux de ces spectateurs et la culture du cinéma fantastique en général. Une culture que le FEFFS ne cesse de mettre en valeur. Et vous faites du bon boulot, les gars !
Retour à Strasbourg. Tout juste le temps de passer à l’appart’ de celui qui va généreusement m’héberger pendant une semaine (Merci à Yann et ses colocs !), d’engloutir une bière au taux d’alcool de 6,66% (Meurs démon !) et je file au Village Fantastique, THE Place to Be du Festival. Situé Place Meunier, plein de stands sont disposés un peu partout et permettent aux festivaliers de participer à des jeux, d’acheter quelques goodies, rencontrer les exposants, manger une tarte flambée ou tout simplement boire un verre dans une ambiance fantastique, où il est presque indispensable d’échanger avec les autres festivaliers sur le dernier film projeté. C’est également là que se situe le bureau des accréditations presse. Là, une charmante bénévole me tend mon pass. Mes yeux s’illuminent. Par la même occasion, elle me tend des dossiers de presse, des plannings de projections, un stylo SyFy, un bloc-note BNP Paribas. Tout l’attirail délire du reporter en herbe. Il est 15h. On va pouvoir se rendre au cinéma Star St-Exupéry, où la MasterClass de Tobe Hooper va démarrer.
Mais avant, rappelons que le festival a donc démarré ce vendredi avec These Finals Hours, film d’ouverture qui a déjà été présenté dans de très nombreux festivals (Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, L’Etrange Festival, Melbourne Film Festival, etc.). Présentant la fin du monde dans une forme plus proche de Melancholia ou 4h44 Dernier Jour sur Terre que de 2012, ce premier film de Zak Hilditch a su s’attirer quelques bons échos. Plus film d’ambiance que film catastrophe, certains tweets avaient affirmé que le film avait bénéficié d’une standing ovation lors de sa projection à Cannes. Si globalement les critiques ne sont pas dithyrambiques, il n’empêche que nombreux sont les festivaliers à souligner la réussite formelle de ce film, en dépit de quelques imperfections, que l’on pardonne volontiers pour un premier long métrage. Tous s’accordent à dire que Zak Hilditch est assurément un jeune auteur à suivre de près.
Zombie Walk : Le show dans les rues de Strasbourg
Zombie Girls.Zombie Clown.
Ce samedi, l’événement de la journée se déroulait à 14h du côté du centre-ville de Strasbourg avec la fameuse Zombie Walk qui a attiré plus de 4000 morts-vivants dans les rues de la capitale alsacienne. Avec mille participants de plus que l’an passé, c’est un record ! Tous ces corps sans vie se sont retrouvés Place Kleber pour une marche puis un apéro zombiesque jusqu’à 20h. Tout juste pour que ces zombies puissent se diriger au cinéma Saint-Exupery pour y découvrir le très attendu Housebound, le thriller sordide indonésien Killers ou la première française de l’horrifique et loufoque Dead Snow 2 : Red VS Dead. Nous rêvions de Killers dans la semaine, les autres étant malheureusement loupés par un planning déjà bien chargé. Sorry Guys !
Le légendaire Tobe Hooper
Et ce dimanche, qu’est ce qui se tramait à Strasbourg ? Du lourd, du très TRES lourd. Ni plus, ni moins que la venue du légendaire Tobe Hooper que je ne ferai pas l’affront de présenter. Président du Jury de cette édition, venu présenter la version remastérisée en 4K de Massacre à la Tronçonneuse, et surtout participer à cette Masterclass, animée par Jean-Baptiste Thoret. Dans cet entretien, Tobe Hooper a longuement évoqué sa carrière, sa famille, ses déceptions du système Hollywoodien. Pour éviter de rendre cet article plus long qu’il ne va déjà l’être, je vous laisse vous rendre sur ce lien pour un compte-rendu relativement complet de cette masterclass très plaisante, bien que limitée par le temps. Avant de passer aux autres films de la sélection, retour sur cette version restaurée du chef d’oeuvre de Tobe Hooper.
Massacre à la Tronçonneuse : Version restaurée 4K inédite
Réalisé par Tobe Hooper (1974). Sortie-reprise le 27 octobre 2014.
Une panne d’essence contraint 5 amis à s’arrêter. Non loin de là, une maison isolée attire leur attention. 2 d’entre eux décident de s’y aventurer.
De cette masterclass, s’en est donc suivie la fameuse projection du film culte en version restaurée. Ce qui faisait le charme et la marque du film de Tobe Hooper, c’est bien évidemment ce réalisme brut, ce grain si particulier, cette pellicule relativement sale, mais qui correspondaient parfaitement à l’ambiance du film. De fait, les plus fidèles étaient relativement contre ce format qui signifiait meilleure qualité d’image et de son, mais également perte de l’ambiance et du charme techniquement approximatif qui faisait de ce film le classique qu’il est devenu. Qu’à cela ne tienne, cette version du film de 1974 est une véritable prouesse de perfection, conservant l’aspect sale de l’image mais magnifiée par la qualité du 4K. Il ne suffit que de visionner les premières images pour se rendre compte à quel point le film est d’une beauté incroyable, nécessitant un travail de longue haleine pour Tobe Hooper et les équipes techniques qu’il a supervisées. Il faut rappeler que Texas Chainsaw Massacre est considéré comme l’un des films fondateurs du slasher, tel qu’on le connait aujourd’hui. Les sceptiques nous rappelleront que Tobe n’avait aucun budget pour son film, d’où l’absence de musique marquante rendant au final le film plus proche du documentaire sordide que de la fiction. Seuls les musiques d’ambiance et le bruit de la tronçonneuse apportaient une certaine mélodie morbide au récit. Quoique l’on dise de ce film, de ses suites ou des remakes à outrance, ce Massacre à la Tronçonneuse est un monument du cinéma d’épouvante, un véritable choc frontal que les spectateurs de l’époque n’ont jamais pu oublier. Un peu comme L’Exorciste. Un véritable objet cinématographique qui s’est ancré dans la culture populaire à tout jamais. Du pur plaisir que de revoir ce chef d’œuvre dans un format remastérisé du plus bel effet. Unanimité chez les festivaliers à la sortie de la salle, Massacre à la Tronçonneuse en version restaurée est à ne manquer sous aucun prétexte le 29 octobre prochain dans nos salles de cinéma, aussi bien pour ceux qui ne l’ont pas vu, que pour les plus fans du film.
Note de la rédaction : ★★★★★
A Girl Walks Home Alone at Night
Réalisé par Ana Lily Amirpour (2013). Date de sortie prochainement annoncée.
Dans la ville étrange de Bad City, lieu de tous les vices où suintent la mort et la solitude, les habitants n’imaginent pas qu’un vampire les surveille. Mais quand l’amour entre en jeu, la passion rouge sang éclate…
Sortant tout juste d’une sélection au Festival de Deauville où il est reparti avec le Prix de la Révélation, A Girl Walks Home Alone at Night est considéré comme le « premier film de western vampire americo-iranien » (ça ne s’invente pas !). Né d’une improbable coproduction entre les Etats-Unis et l’Iran, produit par Elijah Wood, ce premier long métrage de la réalisatrice et musicienne rock Ana Lily Amirpour est une vraie réussite, reprenant avec brio le thème de l’amour idyllique dans un contexte fantastique, sublimé par une bande-son absolument démente de punchy et de rythme. La réalisatrice n’ose pas revendiquer le sous-propos de son film, mais il y a de manière très explicite une réflexion sur la place de la femme dans la société iranienne, sur les violences qui leur sont faites, sur les addictions ou l’ancienne interdiction qui touchait la musique. On croirait presque que le film est un croisement entre Persepolis, Drive et Dracula. Terriblement sulfureux sans montrer de sexe, la réalisatrice lie toujours la sexualité au mythe du vampire, et cela se ressent dans une scène particulière où les deux protagonistes se tiennent debout, frémissant de leurs contacts et frissonnant par le rythme des souffles qui s’entrecroisent. Elégante, expressionniste, au noir et blanc somptueux, la mise en scène est un pur exercice de style mais qui fonctionne à la perfection, et ne peut que remporter l’adhésion de l’audience, tant le film est minutieux sur tout un ensemble de petits détails. La lenteur du film sera comme bien souvent un point négatif pour beaucoup, mais il contribue magnifiquement à l’ambiance onirique et romantique de ce film avant tout fantastique.
Pour l’occasion, Ana Lily Amirpour a fait l’honneur de venir présenter son film et de répondre à quelques questions devant un auditoire rempli à ras bord. Décalée, amusante, complètement cynique, la jeune réalisatrice s’est mise en scène devant un public amusé. Quand on lui demande ce qu’elle préfère dans son film, elle répond que c’est comme le sexe, qu’on ne peut choisir la meilleure partie du coït. Quand on lui demande comment lui est venue l’idée du film, elle répond qu’elle est allée un jour à une soirée costumée avec un voile et qu’elle a rencontré un vampire. Tadaaaa ! Ne se prenant jamais au sérieux lors de cet échange avec le public, elle est cependant montée sur ses gonds lorsqu’un journaliste iranien lui parle de l’aspect féministe du film et qu’il l’a interprété comme un film anti-iran (ce que le film n’est pas). La réalisatrice répondant à coup de « This is a f#cking movie, it’s just a movie. Don’t you have dreams ? » et affirmant que son film n’est juste qu’une histoire d’amour sur fond de cinéma fantastique qu’elle apprécie. Malaise pesant avant que la réalisatrice se calme et nous parle de son prochain film, une « cannibal love-story », pour lequel elle a déjà fini la bande-son. On a hâte de voir ça. La réalisatrice évoque Quentin Tarantino et David Lynch parmi ses références, mais avoue ne pas apprécier le travail de Jean-Luc Godard ou Jim Jarmusch. Le temps de faire une photo de la salle en délire et la réalisatrice se dirige vers la sortie, laissant quelques pins et romans graphiques de son film. Au final, une rencontre délirante et un film impressionnant de maîtrise, reprenant les codes du fantastique à son plus bel avantage et appuyé par une bande originale groovy à souhait. Une révélation et une auteure à suivre également de très près.
Note de la rédaction : ★★★★☆
A Hard Day
Réalisé par Kim Seong-hun (2013). Sortie le 12 novembre 2014.
En route pour assister aux funérailles de sa mère, et tandis qu’il est visé par une enquête pour corruption, le commissaire KO Gun-su renverse accidentellement un homme. Pour se couvrir, il décide de cacher le corps dans le cercueil de sa mère. Lorsque l’affaire est découverte, on nomme son partenaire pour mener l’enquête. Et quand l’unique témoin de l’accident l’appelle pour le faire chanter, Gun-su comprend qu’il n’est pas au bout de ses peines…
Moins fantastique que polar surréaliste, le second long métrage du coréen Kim Seong-hun est un film qui joue avec les nerfs des spectateurs, et s’amuse à imposer sans cesse des rebondissements rocambolesques. Ce qui aurait pu agacer dans un film au ton sérieux ne l’est absolument pas ici puisque de ce postulat, A Hard Day devient une comédie loufoque où les personnages sont un peu tous barrés, tous des anti-héros sans foi ni loi. La salle de cinéma -légèrement désertée après la projection du film iranien- a pourtant été le théâtre d’une explosion de fous rires devant des situations toujours plus dingues. La séquence à la morgue étant savoureuse sur ce point. A Hard Day lorgne donc davantage du côté du polar et de la comédie noire. C’est ce qui en fait son charme. Le montage nerveux et ultra-rythmé reprend tous les codes ressassés du film policier, au point de lasser. Ce qui fait que le film patine en cours de route, s’imbriquant dans des affaires toujours plus profondes, toujours plus longues à exploiter mais jusqu’à ce final en roue libre où le spectateur ne peut que savourer ce duel, rempli d’action, de dérision et donc de jubilation. Affaibli par quelques maladresses de montage, une intrigue parfois trop alambiquée ou un rythme qui s’affaiblit en milieu de parcours, A Hard Day n’en reste pas moins un film très sympathique, très fun, qui fera passer un bon moment à tous les amateurs de second degré. La virtuosité de certains plans est à noter, comme cette course-poursuite dans les escaliers, sur le périph’ ou dans le cadre très fermé où se déroule le duel final. Convenu mais terriblement jubilatoire.
Note de la rédaction : ★★★☆☆
What We Do in the Shadows
Réalisé par Jemaine Clement et Taika Waititi (2014). Date de sortie prochainement annoncée.
En Nouvelle-Zélande, une équipe s’installe dans la demeure de vampires afin de tourner un documentaire sur leur mode de vie. Les créatures tentent de sortir dans les bars, pensent à nettoyer le sang après leurs méfaits, cherchent un style vestimentaire et découvrent Google. Elles doivent également faire face à un nouveau venu de leur espèce, très peu discret, et aux humains qui aspirent à les rejoindre.
Avant-première française et projeté en séance de minuit, What We Do in the Shadows ne pouvait pas être plus idéal pour finir une journée riche de rencontres et de bons films. Après le film iranien, puis coréen, place à une autre contrée du cinéma trop peu présente dans nos salles de cinéma, la Nouvelle-Zélande. Célèbre pour nous avoir offert le Peter Jackson première période avant sa maestria hollywoodienne, la Nouvelle-Zélande revient à ses premiers amours grâce à Jemaine Clement et Taika Waititi, à savoir un cinéma gore et décalé. What We Do in the Shadows est un « mockumentary », un genre fictif où les documenteurs suivent une bande de vampires vivant sous le même toit. Ces derniers se contentant de vivre comme d’habitude, avec son lot de problèmes, et de commenter leurs actes et leur vie. Jamais les vampires ne nous seront apparus sous ce jour si comique (et je ne parle pas de Mords-moi sans hésitation), et si absurde. Ce faux-documentaire nous montre ainsi les pérégrinations de quatre puis cinq vampires au sein d’un appartement où ils vivent en colocation. C’est l’occasion pour eux de faire plein de trucs ? Enfin non, pas grand-chose, hormis se disputer les tâches ménagères, sortir en boîte et découvrir internet et tout un tas de nouvelles technologies. A coups vifs, le film tranche et parodie tous les plus célèbres films de vampire que sont Entretiens avec un Vampire, Nosferatu et bien évidemment (voire majoritairement) la saga Twilight. De tous ces codes qui ont construit le mythe du fantastique, les deux réalisateurs néo-zélandais en tirent tout l’absurde et le grotesque pour donner lieu à une comédie horrifique jubilatoire comme ce n’est pas permis. Une salle pleine de gens hilares sera là pour vous confirmer mes dires. Servi par une écriture humoristique fine et interprété par des personnages déments, What We Do in the Shadows est un film qui jusqu’à la dernière goutte de sang aura raison de vos zygomatiques.
Note de la rédaction : ★★★★☆
C’était tout pour cette première journée au Festival du Film Fantastique de Strasbourg, édition 2014. Rendez-vous demain pour un nouveau compte-rendu. Au programme, toujours plus de café, du documentaire zombiesque, de la tarte flambée, de l’indonésien qui tâche, un fantôme venu d’Irlande et le dernier Gregg Araki, tout simplement. A demain, les zombies !
Pauvre Kevin qui n’en finit pas de revenir, victime d’une carrière qui n’en finit pas de finir, dans l’attente d’un retour au premier plan qui semble une hypothèse de moins en moins probable. On avait cru à une résurrection (pas longtemps) avec Man Of Steel, mais le soufflé est vite retombé.
Synopsis : Le Draft Day est le jour où les joueurs de football américain sont à vendre lors d’une grande messe télévisuelle. Sonny Weaver Jr, directeur sportif des Browns de Cleveland, va devoir user de son influence malgré le manque de confiance qu’on lui accorde, pour bâtir, lors de cette soirée, l’équipe de rêve que mérite son club.
L’Éternel Revenant
Kevin attend toujours le film qui signera son retour durable en tête d’affiche. Mais Draft Day vient allonger cette liste sans fin de films mineurs dans la carrière de l’acteur, film totalement incompréhensible si on ne fait pas quelques recherches, pour comprendre ce qu’est ce fameux Draft Day, filmé ici presque en temps réel par Ivan Reitman.
Le Draft Day pour les Nuls
Dans le milieu du sport U.S., le Draft Day est une soirée annuelle ultra-médiatisée, très semblable au mercato footballistique. Durant cette soirée, chaque équipe du championnat N.F.L. (National Football League) choisit à son tour un joueur disponible, chaque joueur se voyant affecté une cote en fonction du tour auquel il a été choisi, et de sa place dans ce tour (par exemple, un joueur choisi en septième au quatrième tour aura une basse cote). De cette cote dépend son futur salaire. Kevin Costner joue un directeur sportif contesté, qui doit gérer le Draft Day dans l’ombre d’un paternel décédé quelques jours avant, avec sur les bras un président de club qui lui fait peu confiance, une mère qui vit mal la mort de son mari et une petite amie enceinte.
Les Has Been Anonymes
Une vingtaine d’années plus tôt, un film d’Ivan Reitman avec Kevin Costner et Jennifer Garner aurait fait saliver. Aujourd’hui, ce casting ressemble surtout à une réunion de has been anonymes, qui n’attirent à eux que les nostalgiques. Même s’il a réalisé les deux premiers Ghostbusters et qu’il s’échine pour qu’un troisième puisse voir le jour, le dernier film de Reitman jusqu’ici était Sex Friends. Du côté de Kevin, son dernier film potable est l’Open Range qu’il avait lui-même réalisé, comme quoi… Jennifer Garner pour finir, avait trouvé son unique bon rôle avec Dallas Buyers Club. Alors, Draft Day pouvait faire saliver les ados mais ça, c’était avant…
Mauvais, mais pas tant que ça…
Mais (parce-qu’il y en a un), tout n’est pas à jeter, car si le sujet ne sera pas très vendeur de notre côté de l’Atlantique, dès qu’on a assimilé les concepts du Draft Day, on assiste à une gigantesque partie de poker durant laquelle un directeur sportif va miser le budget de son club à l’instinct, pour former une équipe de football américain digne de ce nom. Et là, Kevin rentre parfaitement dans la peau de Sonny, rappelle que son beau début de carrière ne fut pas usurpé, et qu’il mériterait surement beaucoup mieux. En revanche, Jennifer Garner rentre parfaitement dans la peau d’une jolie fille qui montre à tout le monde qu’elle est jolie.
Ivan Reitman bricole
Le bel effort vient d’Ivan Reitman lui-même, qui s’essaie à une mise en scène à part, par des découpages et superpositions d’images qui arrivent (parfois) à surprendre. Cet effort est à saluer de sa part, car même si ça ne prend pas toujours, on ressent un peu le réalisateur qui n’a jamais retrouvé le succès des années 80, qui ne comprend pas pourquoi et qui essaie de retrouver une crédibilité ! La réalisation est plutôt nerveuse, ne s’éternise pas sur l’introduction des personnages et parvient à nous faire sentir les enjeux d’un sujet très ancré dans la culture U.S. (le Draft Day) et dont on avait au départ rien à faire.
Pathétique, mais presque…
Alors c’est vrai, Draft Day n’est pas, et de très loin, le meilleur film de 2014, mais qu’il est bon de voir Ivan Reitman vendre autre chose que du sexe, Jennifer Garner ne pas tenter de nous faire croire qu’elle est une actrice et Kevin, qui garde un tel capital sympathie chez les nostalgiques, n’être pas trop pathétique, dans un film pas trop pathétique. On espère qu’il renaîtra de ses cendres, qu’un bon génie un peu cinéaste tombera sur Un Monde Parfait, JFK ou encore Danse Avec Les Loups, et découvrira que Kevin ne plaisait pas qu’aux filles pour sa belle gueule, mais aussi aux garçons pour son grand talent…
Draft Day – Fiche Technique
Réalisateur : Ivan Reitman
Année : 2014
Sortie France: Prochainement
Scénario : Rajiv Joseph et Scott Rothman
Musique : John Debney
Pays : U.S.A.
Budget : 25 000 000 de dollars
Genre : Comédie dramatique
Durée : 109’
Casting : Kevin Costner, Jennifer Garner, Frank Langella, Tom Welling
Synopsis : Le Docteur a une nouvelle théorie sur ce qui se cache au coin de notre œil ou sous notre lit. Il recrute Clara, en plein marasme sentimental, pour l’aider à vérifier ses hypothèses.
Il est de retour…
Enfin le voilà ! Il aura fallu attendre ce quatrième épisode pour que le Docteur retrouve de sa superbe. Scénario malin qui s’amuse à balader le spectateur, interprétation parfaite, humour…tous les ingrédients qui faisaient le succès de la série sont enfin de retour.
Après nous avoir proposé des aventures assez peu spectaculaires, Moffat semble avoir repris du poil de la bête en revenant au sources de son style : le détournement. Comme il l’avait fait pour le Dr Jeckyll ou Sherlock Holmes, l’auteur reprend une figure connue de l’imaginaire collectif plus basique cette fois, le monstre sous le lit. Qui n’a jamais rêvé d’une présence invisible et menaçante sous son matelas ? Personne. Même le docteur se surprend à le faire, ce qui lui suffit pour supposer que cette chimère pourrait être une réalité. Il ne lui en faut pas plus pour commencer à faire des amalgames surprenants qui pourrait étoffer cette théorie : Pourquoi parlons nous à voix haute quand nous sommes seuls ? Pouvons nous être véritablement seuls ? Ou somme nous toujours observés par une entité invisible ? Beaucoup de questions étranges qui trouveront leurs réponse dans les entrailles du temps.
On pouvait pourtant craindre un énième recyclage tant le principe même de l’intrigue faisait beaucoup trop penser aux silences, les précédents antagonistes furtifs du seigneur du temps, en particulier à cause de la phrase « qu’y a t’il dans le coin de votre œil ? », encore un méchant invisible dont on sent la présence, qui expliquerait les absences que tout humain peut avoir dans sa vie, ces petits moments où l’on ne sait plus trop ce que l’on faisait à cet instant précis. De quoi supposer que Moffat serait sujet à une énorme panne d’inspiration. Fort heureusement, le bonhomme à gardé quelques tours dans son sac et arrive à nous piéger plus d’une fois grâce à un scénario à tiroirs qui ne cesse de surprendre. Aidé par une réalisation audacieuse et rythmée.
La grande force de « Listen », c’est de détourner le concept de la chasse au fantômes. Plus que des ectoplasmes sordide, c’est finalement une force invisible plus insidieuse qui poursuit nos personnages : la peur face à la solitude. Depuis ses débuts, le docteur est un personnage solitaire. Son obsession pour trouver des compagnons, semble être le seul remède qu’il ait trouvé pour lutter contre la folie. Séparé de son peuple depuis des siècles, il porte sa croix en ne révélant que peu de chose sur son passé, mais il n’est pas le seul. Clara semble petit à petit se lasser de son meilleur ami fuyant (peut être son seul ami d’ailleurs), elle cherche donc un autre confident en la personne de Danny Pink, son collège, mais lui aussi semble réticent à s’ouvrir aux autres, son passé de combattants semblant, à l’instar du docteur, lui peser un peu sur la conscience. Trois personnages qui se tournent autours mais éprouvent des difficultés à communiquer, à s’ouvrir aux autres.
Le Docteur ment tout le temps, Clara n’ose pas parler de ses aventures à Danny et lui même est assez susceptible quand à son ancienne vie, pareil pour son étrange alter ego du futur, Orson, perdu sur une planète abandonnée, sujet à la phobie du noir. Peu de personnages, mais une intrigue qui se complexifie au fil d’allée et retour dans le temps, devenant plutôt un voyage psychique qu’une véritable chasse au chimères. Reste tout de même quelques questions sans réponses, mais la révélation finale ne manque pas de culot avec Clara qui reprend enfin son rôle de « fille impossible », tandis que Danny se révèle beaucoup plus lié au docteur que les deux personnages (qui ne se connaissent pas encore) l’imaginent. Peter Capaldi montre alors enfin toute la puissance de son docteur : un jeune homme dans un corps vieux, hanté par des peurs enfantines. On laisse de coté le kitch et la science fiction tape à l’œil pour se recentrer sur les personnages et l’écriture, offrant à cette nouvelle saison une profondeur de bon aloi dont on redoutait qu’elle n’arrive jamais, et reconnectant parfaitement la série avec sa propre mythologie en révélant une facette du seigneur du temps qui n’avait jusque là jamais été explorée.
Malgré des débuts houleux, cette nouvelle saison semble cette fois être bien partie et on commence enfin à sentir la vague de changement que Moffat nous promettait depuis un moment déjà. « Listen » se fait déjà une place de choix dans la série, atteignant presque la qualité des meilleurs épisodes de la série tel « Blink ». Vivement la suite.
Fiche Technique : Doctor Who
Titre original : Doctor Who
Genre : Aventure, Science fiction
Créateur(s):Steven Moffat (depuis 2008)
Pays d’origine : Royaume-unis
Date : 2005
Chaîne d’origine : BBC
Épisodes : Beaucoup…
Durée : 50 minutes
Statu : en cours
Avec : Peter Capaldi, Jenna Louise Coleman, Samuel Anderson…
Synopsis: Jay et Annie s’aiment, mais dix ans de mariage et deux enfants ont un peu érodé leur passion. Pour ranimer la flamme, ils décident de filmer leurs ébats lors d’une séance épique. L’idée semble bonne… jusqu’à ce qu’ils s’aperçoivent que la vidéo a été envoyée par erreur à tout leur entourage, familial et professionnel ! Pris de panique, ils sont prêts à tout pour faire disparaître le film à scandale chez chacun des destinataires. Ils jouent leur réputation, leur carrière, leur mariage et leur santé mentale…
One night in Cameron
Publicité et cinéma ont toujours fait bon ménage. Le placement de produit est un moyen pour une marque de se montrer, tandis que certains films n’hésitent pas à vendre leur image pour augmenter la visibilité d’un produit. Si certains n’hésitent pas à en abuser (Michael Bay et ses Transformers en est un excellent exemple), un nouveau phénomène plus inquiétant encore est en train d’émerger. Certaines campagnes de promotion commencent de plus en plus à ressembler à des production cinématographiques (on pense à la dernière pub Shalimar), tandis que certains films deviennent des publicités de 1h30.
Mangez de la pomme
Cela avait été reproché récemment au duo Owen Wilson/Vince Vaughn avec Les Stagiaires, qui vantait les mérites d’un site de recherche, jusque dans l’affiche. La même chose peut être dite de Sex Tape, dont le pitch semble sorti tout droit d’une réunion marketing d’Apple. Jake Kasdan, le réalisateur, semble en être conscient, tant certains plans pourraient servir de publicité à la marque à la pomme.
S’il tente désespérément de désamorcer cette invasion putassière par le filtre de l’humour, il échoue lamentablement et ne fait que renforcer la sensation qu’il n’est qu’un jouet aux mains des décideurs. D’autant que son film manque cruellement d’âme. La réalisation est parfois singulièrement maladroite, et aucune scène ne se distingue durant ses quatre-vingt-dix minutes de placement de produits sans subtilité. Autre grand absent, l’humour mordant et provocateur que le spectateur pouvait être en droit d’attendre.
Bad Writer
Pas ou peu de blagues sortent des sentiers battus, la plupart des moments vraiment drôles sont de toute façon dans la bande-annonce, et de longs couloirs de dialogues nuisent au rythme du récit. Le scénario est par ailleurs plutôt mal fagoté, et les rebondissements forcés s’enchaînent pour tenter de donner un peu de punch à un récit qui se traîne en longueur. Après vingt minutes plutôt prometteuses, le film s’essouffle terriblement, et on a plus souvent l’impression d’assister à une succession de sketchs qu’à un ensemble cohérent.
Jason Segel et Cameron Diaz, qui retrouvent Kasdan après Bad Teacher, font de leur mieux dans cette comédie qui n’en est pas vraiment une. Leur alchimie est évidente, le premier jouant dans son registre habituel, tandis que la seconde prouve qu’elle n’a rien perdu de son physique avantageux. Mais l’écriture des personnages ne joue pas en leur faveur et, malgré tous leurs efforts, ils peinent à les rendre sympathiques.
Sans être foncièrement déplaisante, cette comédie est loin de remplir toutes ses promesses, et ressemble bien trop à une publicité pour Apple. Malgré quelques bonnes idées, Sex Tape s’essouffle bien trop vite, n’allant pas vraiment au bout de son concept, et pâtissant d’une fin à la fois trop longue et trop brusque pour être convaincante. Dommage.
Fiche Technique – Sex Tape
USA – 2014
Réalisateur : Jake Kasdan
Scénario : Kate Angelo, Jason Segel, Nicholas Stoller
Distribution : Cameron Diaz (Annie), Jason Segel (Jay), Rob Corddry (Robbie), Ellie Kemper (Tess), Rob Lowe (Hank)
Genre : Comédie
Directeur de la photographie : Tim Suhrstedt
Compositeur : Michael Andrews
Monteur : Tara Timpone
Producteurs : Todd Black, Jason Blumenthal, Steve Tisch
Production : Escape Artists, Sony Pictures Entertainment
Distribution : Sony Pictures Releasing
Synopsis: À 58 ans, Gloria se sent toujours jeune. Célibataire, elle fait de sa solitude une fête et passe ses nuits dans les dancings de Santiago. Quand elle rencontre Rodolfo, tout change. Elle tombe amoureuse et s’abandonne totalement à leur passion tumultueuse. Traversée tour à tour par l’espoir et les désillusions, ce qui pourrait la faire sombrer va au contraire lui permettre d’ouvrir un nouveau chapitre de sa vie.
Nouveau venu dans le paysage du cinéma latino-américain en vogue depuis une dizaine d’années, le Chilien Sebastien Lelio ne débute pas dans la facilité. Il choisit en effet de traiter l’histoire d’une quinquagénaire au seuil d’un tournant important de sa vie dont les choix à venir vont jouer un rôle déterminant pour son futur. Veuve et solitaire, Gloria navigue entre un travail prenant qu’on imagine peu gratifiant et des virées nocturnes essentielles pour son bien être. C’est ainsi qu’elle fait la connaissance d’un homme qui prendra une importance considérable dans sa nouvelle vie. Que peut on espérer à cet âge la ? Comment vit on ce moment charnière de notre existence ? Comment s’accepter avec ses faiblesses, ses craintes de ne plus être aussi désirables et mobiles qu’avant, surtout pour une femme ? Quel bilan tire t’on de tout ce vécu ? Ce sont ces questionnements qui intéressent ici le réalisateur.
Portrait subtil et touchant d’une femme qui n’espérait plus grand chose avant cette rencontre, le film nous emmène dans son sillage. A travers son parcours, est abordé le rôle de ces nouvelles familles recomposées et la place qu’occupent les personnes âgées dans notre société moderne. L’amour, la sexualité, la dépendance, l’isolement, l’envie d’une autre vie sont des préoccupations qui demeurent éternelles. Elles prennent d’autant plus sens que leurs priorités changent, que leurs besoins ne sont plus les mêmes. Gloria,sous ses airs résignés, est en réalité une battante qui veut croire qu’un autre chemin est possible. Elle saisit cette nouvelle opportunité qui lui est donnée pour se relancer. Une scène la montre faire face avec défiance à un squelette animé par un marionnettiste. Ne pas laisser la mort (physique et mentale) prendre le pas sur le besoin impérial de vie, tel est son combat permanent. Cet espoir finalement déçu n’est qu’une péripétie choisie volontairement par le metteur en scène. C’est un signal qu’il lui lance pour lui faire prendre pleinement conscience que son renouveau doit d’abord être une volonté personnelle, que l’aide extérieure n’est possible et bénéfique que si l’on est en paix avec soi même. Le symbole en est les séquences d’ouverture et de fermeture du film, son corps en mouvement étant totalement libérée car guidé par son seul désir d’être en harmonie avec la foule qui l’entoure et le plaisir évident qu’elle prend à danser.
Si le long-métrage, Gloria, épouse parfaitement cette trajectoire indécise à l’allure psychologique, il n’en oublie pas pour autant son ancrage social. L’histoire se déroule au moment des manifestations étudiantes de 2012 contre la vie trop chère et la corruption du gouvernement. L’élection de la socialiste Michelle Bachelet est imminente et il y est fait plusieurs fois référence au passé dictatorial du Chili sous Pinochet. Si la première partie est parfaitement construite et nous laisse entrevoir avec beaucoup de tact et de minutie cette personnalité complexe et attachante,la suite est malheureusement plus maladroite. Ne sachant plus comment trouver la bonne distance entre empathie et condescendance, Lelio nous abandonne dans une sorte de léthargie difficilement compatible avec ce qu’il nous avait été donnés de voir auparavant. Le charme est alors en partie rompu, mais l’actrice réussit dans ces moments la à rattraper les faiblesses par son jeu sobre et émouvant. C’est grâce à elle que notre attention demeure toujours en éveil et que nous restons captivés et que nous restons captivés jusqu’au bout par ce parcours singulier. Son prix de la meilleure actrice au Festival de Berlin l’an dernier est entièrement mérité et le film lui doit beaucoup.
Fiche Technique: Gloria
Réalisation : Sebastián Lelio
Scénario : Sebastián Lelio et Gonzalo Maza
Casting: Paulina García : Gloria Cumplido, Sergio Hernández : Rodolfo Fernández, Diego Fontecilla : Pedro, Fabiola Zamora : Ana, Alejandro Goic : Daniel, Coca Guazzini : Luz
Photographie : Benjamín Echazarreta
Montage : Sebastián Lelio et Soledad Salfate
Durée : 110 minutes
Dates de sortie : 10 Février 2013 (Festival de Berlin)
Chili 9 Mai 2013
Festival du film de La Rochelle : 2 juillet 2013
France (salles) 19 Février 2014
Distinctions : Festival international du film de Berlin 2013 : Ours d’argent de la meilleure actrice pour Paulina García; Prix du jury œcuménique
Festival international du film de Hawaii 2013 : meilleure actrice pour Paulina García
Sélectionné pour la 86e cérémonie des Oscars catégorie meilleur film étranger