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Once Upon A Time : Saison 1-3 – Critique de la Série

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La première lecture du pitch de « Once Upon A Time » (et ce n’est pas la voie off française qui va arranger ça) risque de ne pas susciter beaucoup enthousiasme. La tentation est présente de passer son chemin à la vue de cette histoire pour enfant, mais ce serait passé à côté d’une histoire bien structurée contenant de bonnes idées.

Une relecture audacieuse des contes de fée 

En effet chaque épisode en dévoile d’avantage sur l’histoire de chaque personnage, leur passé dans le monde magique, en parallèle avec leur situation actuelle. Comment la belle-mère est devenue une sorcière maléfique, comment elle en est venue à haïr Blanche, l’origine de la malédiction, avec des flash-back sans ordre chronologique mais qui en s’assemblant finissent par compléter le puzzle. On peut saluer là la maîtrise des scénaristes.

Se croisent donc à Storybrook des personnages que les auteurs prennent du réservoir conséquent des contes de fées mais aussi d’autres inspirations (Frankenstein, le monde d’Oz) : Cendrillon, le chapelier fou (Alice au pays des merveilles), Pinocchio et Geppetto, Jiminy cricket, la fée bleu, le chaperon rouge, Mulan, la petite sirène, Peter Pan et le capitaine crochet, le géant au haricot magique, la belle au bois dormant, robin des bois… Auquel s’ajoute le sorcier Rumplestiskin (Tricassin), admirable Robert Carlyle qui joue de nouveau un rôle ambigu. Habile manipulateur, machiavélique et puissant, il ne cesse de passer des pactes avec les gens désespérés qui servent toujours ses intérêts obscurs, et jamais sans une contrepartie difficile à satisfaire, quand elle n’est pas cachée.

Les contes ne sont pas racontés de manière traditionnelle et chaque histoire est liée aux autres, comme si les récits qui ont bercé notre enfance n’étaient qu’une déformation simplifiée et erronée de la réalité : il y avait au départ huit nains, Grincheux avait un nom différent, le génie de la lampe magique devint prisonnier du miroir de la belle-mère, Charmant n’est pas le véritable prince, le méchant loup n’est pas ce que l’on croit, Peter Pan n’a rien d’innocent et plus encore.

Un pays de conte de fées qui n’a pourtant rien de féérique. Guerres, roi tyran, monstres féroces, sorciers dangereux, malédictions sont monnaies courantes.

Une histoire cohérente…

A son arrivée à Storybrook, Emma se heurte ainsi à la mère adoptive d’Henry, mais doit aussi compter avec Rumplestiskin, alias le riche propriétaire de la ville Mr Gold, qui lui apporte une aide contre le maire, mais sans être un allié de confiance pour autant. Dans son combat, Emma se surprend aussi à développer des attaches, envers son fils, mais aussi la ville et ses habitants.

A partir de la saison 2, une fois la malédiction levée, la série prend un nouveau départ, et tous les personnages sont réinventés. La série ne reste ainsi pas bloquée sur son intrigue de départ.

De nouveaux personnages viennent enrichir une galerie déjà fournie, avec là encore des modifications qui peuvent être étonnantes, les scénaristes n’hésitant pas à inverser les rôles des gentils et des méchants. Si Régina et Rumplestiskin marchent sur la voie de la rédemption, de nouveaux dangers apparaissent : la mère de Régina encore plus malfaisante qu’elle, et Crochet le pirate ambigu bien décidé à assouvir une vengeance légitime. Viendra ensuite Peter Pan en ombre maléfique. Fallait oser !

La magie s’incruste bien à l’écran grâce à des effets spéciaux bien conçus. Les allées et retour entre les mondes sont plus fréquents : haricot magique, bateau ensorcelé, sirène, chapeau magique, les moyens ne manquent pas.

Malgré une mythologie qui ne cesse de s’étoffer, avec tous les personnages et leurs histoires, les scénaristes parviennent à ne pas s’emmêler les pinceaux et à rester cohérent, du moins au début. Ainsi, même si des personnages n’apparaissent que quelques épisodes, ils ne sont pas oubliés pour autant et ont leur importance. Enfin la plupart car avec la multiplication des personnages certains ont tendance à disparaître inexplicablement…

Enfin la saison 2 de la série Once Upon A Time, finit de révéler toute l’histoire de la malédiction, comment et pourquoi elle a été lancée, en revenant sur tous les personnages impliqués, comme l’adoption de Henry par Régina. Cette saison est certainement la meilleure.

Quelques défauts toutefois. On peut regretter que le conte de Blanche-Neige prenne autant d’importance par rapport aux autres. On retrouve ainsi presque à chaque fois Blanche, la belle-mère ou Rumplestiskin dans les autres récits. La persistance d’Emma à nier la réalité et son face à face avec l’impassible maire peuvent paraître longs au début.

Enfin, les passages du côté obscur de la belle-mère et de Rumplestiskin sont un peu convenus. Leur rédemption à compté de la saison 2 serait plus facile s’ils n’étaient déjà coupables de plusieurs meurtres difficilement pardonnables… De plus ils changent d’orientation à plusieurs reprises : ils essayent de devenir bon, redeviennent mauvais parce que c’est trop difficile, avant de réaliser que finalement ils ont bien un bon côté en eux.  Les scénaristes ont visiblement eu un peu de mal à les conserver dans l’intrigue tout en leur fournissant une évolution cohérente. Malgré leurs crimes, on est attaché quand même, car grâce aux flashbacks on sait comment ils en sont arrivés là : corrompue par une mère tyrannique et désespérant d’être aimée, ou hanté par la lâcheté de son père et sa propre couardise.  Dommage seulement qu’ils font un peu la girouette…

…mais qui commence à s’essouffler

La saison 3 de Once Upon A Time est divisée en deux parties distinctes, la première avec comme méchant Peter pan, et la deuxième la Méchante Sorcière d’Oz. Si la série continue sur sa lancée, il n’y a plus autant de surprise qu’avant, toutes les révélations ayant déjà été données. La série a du mal à trouver de nouvelles histoires à raconter sur le passé des personnages, et un trop grand nombre commence à être mis de côté. Les ennemis sont très puissants, parlent pour manipuler chaque personnage, gentils comme ancien méchants, durant plusieurs épisodes avant être finalement défaits. Le pire étant la Méchante Sorcière, d’une force magique bien supérieure elle conduit tout le monde à une impuissance frustrante, et le personnage est trop lisse pour s’avérer intéressant. Le rythme s’en ressent et l’ennui se fait un peu sentir.

En milieu de saison la série connait un nouveau bouleversement majeur, mais le retour à une situation quasiment similaire à celle d’avant atténue un peu ce nouveau souffle.

La série a certes du potentiel, mais je ne pense pas qu’elle puisse continuer encore longtemps, les signes d’un essoufflement étant déjà visibles. Si le double épisode final relève l’intérêt grâce à une bonne histoire, des appréhensions sont de mises pour la prochaine saison. Peut-être auraient-ils du s’arrêter là…

L’arrivée de Marianne à Storybrooke semble remettre en question l’idylle entre Regina celle qu’on surnomme (la Méchante Reine) et Robin Hood, le prince des voleurs…

Fiche technique: Once Upon a Time

Titre original et français : Once Upon a Time
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Genre : série fantastique, dramatique
Casting : Jennifer Morrison (Emma Swan) ; Ginnifer Goodwin ( Mary Margaret Blanchard / Blanche) ; Lana Parrilla (Regina Mills / Méchante Reine) ; Josh Dallas (David/ Charmant) ; Jared S. Gilmore (Henry Mills) ; Robert Carlyle (Gold/Rumpelstiltskin) ; Emilie de Ravin (Belle) ; Colin O’Donoghue (Crochet) ; Michael Raymond-James : Neal/Baelfire
Création : Edward Kitsis et Adam Horowitz
Réalisation : Dean White
Scénario : Geofrey Hildrew
Production : Samantha Thomas et Kathy Gilroy ; Edward Kitsis, Adam Horowitz et Steve Pearlman (exécutifs)
Société(s) de production : ABC Studios

Synopsis : Emma est une chasseuse de prime sans attaches qui vit sans histoires, jusqu’à ce qu’un enfant se présente à elle, Henry, prétendant être le fils qu’elle avait abandonnée des années plus tôt. Mais ce n’est pas la seule révélation qui va bouleverser son existence : il prétend en effet qu’il existe un monde ou les personnages de contes de fées existent, et qu’elle serait la fille de Blanche-Neige et du Prince Charmant ! Abandonnée par ses parents pour fuir malédiction qui a envoyée tous les personnages dans notre monde, dans un petit village dissimulé du nom de Storybrook, elle serait la seule à pouvoir la lever. N’en croyant évidemment pas un mot, elle ramène Henry chez sa mère adoptive, Régina, le maire de Storybrook, froide et autoritaire. Désapprouvant son attitude à l’égard de son fils, elle reste dans un premier temps pour s’assurer de son bien-être, sans se douter de l’ampleur de la mission qui l’attend, ni de l’étendue du monde magique qu’elle vient de pénétrer. Un monde rempli de merveilles étonnantes mais aussi de dangers redoutables. 

Doctor Who saison 8 épisode 5 : Time Heist – Critique

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Doctor Who saison 8 « Time Heist »

Synopsis : Le Docteur et Clara sont recrutés par un mystérieux « Architecte » pour faire un casse dans la banque de Karabraxos. Celle-ci, réputée inviolable, est gardée par une créature terrifiante, le Teller.

It’s a trap !

Listen, l’épisode précédent, laissait augurer un avenir radieux pour cette nouvelle saison après des débuts un peu poussifs. Time Heist n’avait plus qu’a confirmer la tendance, malheureusement les défauts des précédents reviennent, et d’autres s’ajoutent à une liste qui commence à devenir assez dense. On pouvait pourtant espérer de l’inédit en imaginant la série s’attaquer à un thème nouveau pour elle : le film de braquage. Un genre assez peut mis en avant mais qui possède tout de mêmes quelques références prestigieuses comme Piège de cristal, Braquage à l’italienne et bien sur Ocean’s eleven. Des films qui ont su jouer avec les règles pour offrir du divertissement haut de gamme. Car même s’il est un sous genre du film d’action, le casse à ses codes qu’il faut connaître pour les transgresser, et c’est bien triste de voir que le docteur, malgré ses connaissances abyssales, semble en ignorer les fondements les plus basiques. Sans faire un manuel barbant qui recenserait tout les clichés du genre, on peut tout de même rappeler les trois pieds qui permettent à ces films un bon équilibre : Du rythme, du fun, et surtout, des caractères bien définit.

Time Heist manque de rythme, la faute à un scénario finalement assez paresseux et manquant cruellement d’enjeux concrets. Les personnages se réveillent autours d’une tables, ne se connaissent pas et sont chargé par un mystérieux architecte d’une mission périlleuse. Ils se sont tous délibérément effacés la mémoire par sécurité (comme dans Paycheck de John Woo). Tous ce qu’il savent, c’est qu’il doivent braquer la banque la plus dangereuse de l’univers avec comme récompense ce qu’ils désirent le plus au monde. De quoi laisser planer suffisamment de mystère…Sauf que déjà, l’identité du commanditaire se devine en deux secondes (premier twist raté, ça commence bien), ensuite on comprend que Clara et le docteur n’ont rien à prendre dans la banque d’un point de vue personnel (donc ceux qui attendait des indices pour la suite prendront leur mal en patience) et le seul twist final qui aurait pu surprendre est le même que celui de Hide (saison 7 épisode 9). Bref, très peu de nouveautés de ce coté là, on oserait même dire une certaine paresse, mais on commence à avoir l’habitude. Et quand l’épisode annonçait une course contre la montre, c’est finalement un rythme de croisière bercé par une réalisation mollassonne à la gestion de l’espace hasardeuse qui nous est donnée. Pourtant une connaissance méticuleuse des lieux est la base d’un casse réussi. Ici les personnages semblent se diriger a tâtons dans des conduits d’aérations étonnamment facile d’accès (on parle de la banque la plus sécurisée de l’univers quand même). Malgré l’évocation de systèmes de défenses dangereux tel des incinérateurs assez sensible, le seul risque auquel les visiteurs sont confrontés reste, du début à la fin, le « mystérieux » Teller, un cousin éloigné du général Akbar, capable de télépathie. Il en découle un aventure mollassonne qui manque cruellement d’humour et d’inventivité, mais surtout bouffée par son personnage principal, le docteur.

Alors oui, un nouveau docteur, c’est toujours difficile à accepter, mais Capaldi est un bon acteur donc…blablabla bref. Nous sommes déjà à l’épisode 5, donc faisons comme si la période de transition était passée. Ce nouveau docteur est différents, avec ses qualités et tout ses défauts, on à eu du mal au début (ou pas), mais maintenant passons à autre chose. Un casse c’est avant tout un travail d’équipe. Une bande bien rodée ou chacun à son rôle, sa spécialité (expert en explosif, hacker, pilote etc…). Il faut les meilleurs des meilleurs des meilleurs (avec mention!) pour réaliser une mission aussi risquée. On peut tout a fait concevoir que Time Heist n’a pas le budget alloué a un blockbuster, il est donc compréhensible que la joyeuse bande ne soit réduite à quatre (dont le Docteur et Clara) au lieu de onze, mais franchement développer deux nouveaux personnages correctement en 45 minutes, ce n’est pas la mer à boire.

D’un coté de la table nous avons Psi, humain technologiquement augmenté grâce à son cerveau USB, de l’autre Saibra, mutante métamorphe capable d’imiter parfaitement même l’ADN de n’importe qui par simple toucher. Des capacités très utiles quand on cherche à s’infiltrer quelque part. Deux nouveaux personnages dont les motivation seront assez rapidement expédié et dont on apprendra pas grand chose (d’où viennent ils ? Pourquoi sont il recherchés ? ). Il faut laisser suffisamment de place au docteur pour lancer ses explications alambiquées et ses directives tordues. Du coup, on a l’impression d’un potentiel gâché par la présence imposé du seigneur du temps. Certes c’est lui le héros de la série, mais auparavant les auteurs avait l’intelligence de le faire disparaître des écrans occasionnellement pour développer d’autres pistes (comme dans les épisodes L.I.N.D.A ou Blink). Peut être qu’il aurait mieux valu le laisser en retrait pour cette fois, pour que les autres puissent exister un peu. Bien que leur retour semble confirmé pour la suite, cette première apparition laisse un goût d’inachevée. On se posera également la question de l’utilité de Clara dans cette entreprise, vu qu’elle n’a pas de talents particulier pour le crime.

La bouffée d’air frais apportée par Listen fut donc de bien courte durée. Le prochain épisode s’annonçant comme une resucée de School Reunion (saison 2 épisode 3), on est en droit de craindre le pire quand à l’avenir de la série.

Fiche Technique: Doctor Who

Titre original : Doctor Who
Genre : Aventure, Science fiction
Créateur(s):Steven Moffat (depuis 2008)
Pays d’origine : Royaume-unis
Date : 2005
Chaîne d’origine : BBC
Épisodes : Beaucoup…
Durée : 50 minutes
Statu : en cours
Avec : Peter Capaldi, Jenna Louise Coleman, Samuel Anderson…

Refroidis, un film de Hans Petter Moland : Critique

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Sur le plan culturel, la Scandinavie est devenue une vraie terre propice aux thrillers policiers et autres drames familiaux. La faute à ses auteurs du Nord à l’origine de sagas littéraires sombres, glaciales et fascinantes dont les plus fidèles représentants sont Stieg Larsson (Millénium), Camilla Läckberg (La Princesse des Glaces) ou Henning Mankel (Kurt Wallander).

Synopsis: La Norvège, l’hiver. Nils, conducteur de chasse-neige, tout juste gratifié du titre de citoyen de l’année, apprend le décès de son fils par overdose. Réfutant cette version officielle, il se lance à la recherche des meurtriers, et va se forger une réputation de justicier anonyme dans le milieu de la pègre. Si la vengeance est un plat qui se mange froid, la sienne sera glacée !

Très centré autour du polar, les adaptations de ces ouvrages ont définitivement donné à la Scandinavie l’image d’une région européenne avec ses maux, ses failles et les sombres recoins de son Histoire. Mais cette approche mystérieuse et glaciale de la société scandinave n’empêche pas le film de Hans Petter Moland d’être une œuvre bourrée d’humour noir et d’ironie. Un vrai polar second degré qui a été présenté dans de très nombreux festivals dans le monde. Nominé à Berlin, Seattle, Toulouse et présenté à Strasbourg, Refroidis est reparti avec le Prix du Film International au Festival Fantasia de Montréal mais a surtout remporté le Grand Prix du Festival du Film Policier de Beaune. Rien de moins que le must de l’événement polar en France.

Sang-froid scandinave

Refroidis est un film de vengeance à l’ambiance glaciale qui trouve son efficacité dans un subtil dosage d’humour noir et de cynisme. Tout droit venu de Norvège, le nouveau film de Hans Petter Moland aborde le genre « vigilante movie » avec dérision mais sans toutefois oublier de sa vue le caractère déterminé de son personnage. Le septième long métrage de Hans Petter Moland, ce dernier est un réalisateur norvégien confirmé depuis plus de vingt ans, ne trouvant qu’une certaine notoriété avec les films Zero Kelvin (1995) et Un Chic Type (2010), tous deux déjà avec Stellan Skarsgård. Tout l’intérêt de l’intrigue de Refroidis repose dans ce long jeu de massacre sur les terres hivernales d’une Norvège plus blanche que jamais. Le réalisateur apportant un soin tout particulier à l’image pour représenter à l’écran l’entendue des vastes paysages nordiques enneigés. Chaque plan se déroulant dans une ambiance plus que glaciale, où cette couche de blanc risque à tout moment d’être tâchée par la mort d’un personnage.

Le vigilante movie est abordé non sans dérision, par le biais d’un père meurtri par la mort de son fils qui trouve la force de se venger quelques instants avant de lamentablement se suicider dans un morne garage. Moland effectue un travail réjouissant en réalisant une sorte de parodie cynique de l’Inspecteur Harry, où le metteur en scène aligne les gangsters aux surnoms ridicules, pour certains tirés de Top Gun. Film de dialogues et de personnages, le réalisateur représente à l’écran des individus assez perchés qui trouvent une vraie manière d’exister par le ridicule des situations qui ne fait que s’entasser. Macabre, tordue et givré, Refroidis enchaîne des séquences toutes plus mémorables où chaque mort est un véritable moment tragico-comique, marqué par une croix religieuse à l’écran. Simples d’esprits, imprévisibles ou justes déterminés, qu’il soit un premier ou un second rôle, chaque personnage apporte quelque chose à l’intrigue, rendant l’écriture des personnages extrêmement justes. En ce sens, Refroidis se rapproche esthétiquement et sensiblement de Fargo, la touche scandinave en plus.

Car Hans Petter Moland profite de son film pour délivrer un message sur son pays natal. Satirique sur la mentalité éco-environnementale et sociale de son pays, le propos se fait brut lorsque le réalisateur évoque ces nations étrangères qui arrivent dans un pays dont elles ne connaissent pas grand-chose mais dont elles souhaitent prendre le pouvoir. Pouvoir malfrat dira-t-on avec ces trafics de drogue et d’humains. Un discours qui ne peut finir que dans l’affrontement entre norvégiens et serbes. A la tête de ces deux clans se trouvent chez les norvégiens Pal Sverre Hagen dit « Le Comte » (qui a pensé au Duc de chez les Coen ?) imprévisible et sans arrêt dans l’excès, et Bruno Ganz en serbe vieillissant mais pas dénué de cruauté. Stupidité des hommes désirant sans cesse le pouvoir et le plaisir de dominer. A contrecœur, on reprochera au film de ne jamais surmonter ce décompte mortel qui attend tous ceux qui se mettront en travers du chemin de ce père déterminé. Sans suspense, ni rebondissements, Refroidis se perd cependant dans un étirement de son récit, plutôt dispensable. A trop vouloir magnifier les codes d’une sorte de western polaire, Hans Petter Moland s’embourbe lui-même dans cette fameuse neige norvégienne. Conséquence direct d’un humour qui tombe parfois à plat et d’un rythme qui faiblit à de nombreuses reprises, avant de jouir dans un final intense où l’issue est aussi sanglante que jubilatoire.

Porté par une galerie d’acteurs qui semble jouir d’interpréter de tels personnages et dans laquelle on peut trouver un Stellan Skarsgård aussi déterminé qu’en roue libre, Refroidis est un thriller froid à l’humour macabre comme on les aime. Un Fargo du Nord qui s’amuse avec différents genres. Contemplatif et stylisée, Refroidis nous offre par la même occasion un jeu de massacre complètement givré. Une farce scandinave maîtrisée avec sang-froid par les mains de maître de Hans Petter Moland.

Fiche Technique: Refroidis

Titre originale: Kraftidioten
Norvège
Réalisation: Hans Petter Moland
Scénario: Kim Fupz Aakeson
Interprétation : Stellan Skarsgård (Nils), Bruno Ganz (Papa), Pål Sverre Valheim Hagen (Greven), Jakob Oftebro (Aron Horowitz), Birgitte Hjort Sørensen (Marit), Kristofer Hivju (Strike)
Genre: Action, thriller et comédie
Durée: 116min
Image: Philip Øgaard
Décor: Jørgen Stangebye Larsen
Costume: Sofie Rage Larsen
Montage: Jens Christian Fodstad
Son : Brian Batz, Kaspar Kaae et Kåre Vestrheim
Producteur: Finn Gjerdrum, Stein B. Kvae,  Graum Jorgensen, Charlotte Pedersen, Madeleine Ekman, Jessica Ask, Finn Gjerdrum, Stein B. Kvae, Peter Garde, Erik Poppe, Stellan Skarsgård, Hans Petter Moland
Production: Paradox Produksjon et Film i Väst
Distributeur: Chrysalis Films
Budget : /
Festival: Grand Prix & Prix Spécial Police au Festival international du Film Policier de Beaune 2014, et Compétition Internationale de la Berlinale 2014.

FEFFS – Chronique N°7 du 20 Septembre 2014

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Du court, du palmarès et de l’Ethan Hawke pour conclure ce FEFFS, cru 2014.

La nuit est courte et le réveil est dur. C’est aujourd’hui le Jour J, le dernier jour du festival. Pour conclure en beauté cette fantastique édition du FEFFS, ni plus ni moins qu’une cérémonie de clôture attendue par toutes les équipes de films ET de jeux vidéo en compétition. Sans oublier bien évidemment l’avant-première européenne du dernier film des Frères Spierig. Mais avant ça, ma curiosité de cinéphile et mon intérêt pour la production court métrage me pousse à aller assister à une séance de courts internationaux. Une salle étonnamment bien remplie et plutôt chaleureuse. Un coupon m’est tendu à l’entrée sur lequel il faudra indiquer mon court métrage préféré et le déposer dans un sac à la sortie de la séance. La projection va enfin pouvoir démarrer.

Chers lecteurs, voici la dernière chronique du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS) en exclusivité pour Cineseries-mag.fr

Courts métrages internationaux

  • Ceremony for a friend de Kaveh Ebrahimpour

Mansour a dépassé les limites si bien que ses amis décident de le pendre… Ils se réunissent alors afin de discuter des détails de la cérémonie.

  • Ghost Train de Lee Cronin

Michael et Peter, deux frères, retournent comme tous les ans sur le site de l’ancienne fête foraine où un drame est survenu quand ils étaient enfants. Mais, cette année, Michael revient sur un détail de l’incident qui pourrait bien tout changer.

  • The Landing de Josh Tanner

Un homme retourne sur les terres de la ferme de son enfance afin de découvrir la vérité sur « la chose » qui a atterri cet été de 1960 quand il n’était qu’un petit garçon.

  • Nectar de Lucile Hadzihalilovic

Dans un parc, une chambre ronde. A l’intérieur, des femmes se livrent un rituel parfaitement rodé. La reine livre son nectar. Mais un nouveau cycle se prépare déjà.

  • Rien ne peut t’arrêter de David Hourrègue

Certaines réalités sont inacceptables. Apprendre la mort de l’être aimé dans un couloir d’hôpital en est une. Certains murs sont infranchissables, mais que faire lorsque celui de la fatalité rejoint celui du temps ?

  • Robotics de Jasper Bazuin

John construit son double en espérant obtenir une vie meilleure… mais son robot sera bien plus performant que ce à quoi il s’attendait !

  • Safari de Gerardo Herrero

Ce qui aurait pu être une journée ordinaire dans ce lycée des États-Unis sera tout sauf ça.

  • Shelved de James Cunningham

Même les robots peuvent s’ennuyer dans un emploi sans avenir, jusqu’à ce qu’ils découvrent qu’ils peuvent être remplacés par des humains !

400 courts ont été soumis à l’association avant que le festival ne fasse une sélection drastique. 8 courts métrages mais tous d’une qualité déjà fort appréciable. Aucun ne m’a déçu, c’est dire. Je vais exclusivement parler de The Landing de Josh Tanner qui fût mon favori de la sélection bien que les autres fussent également tous bien, avec des mentions pour le fantastique Ghost Train, l’efficace mais déjà-vu Safari ou le métaphorique Nectar. The Landing nous prend par surprise et montre un pitch de départ déjà vu mille fois dont la plus célèbre représentation trouve son essence dans le Signes de M. Night Shymalan. D’un postulat basique, Josh Tanner en tire un film maîtrisé avec brio, vecteur d’une élégance esthétique formelle et implacable, magnifié par la performance de ces deux interprètes principaux et doté d’un twist final sensationnel. Un vrai beau film où le fantastique n’est pas là où on le trouve. J’aimerais le voir gagner un prix.

Note de la rédaction : ★★★★☆ 

Petit interlude avant de rejoindre mes appartements. Je m’arrête quelques instants à l’Exposition Rétro Gaming et Indie Games, organisée par le FEFFS. Il faut rappeler que le FEFFS, c’est aussi un festival qui propose de découvrir la richesse du monde du jeu vidéo indépendant dans sa dimension essentiellement fantastique. 120 jeux soumis à l’association, 18 seulement sont retenus et à l’arrivée l’Octopix, le prix vidéoludique majeur du festival. Lors de cette exposition, il était possible d’accéder à des phases bêta de jeux vidéo indépendants en cours de développement donc. Et pour les plus rétros, des consoles étaient disséminées dans la salle pour que les festivaliers puissent se détendre sur du Duck Hunt, Street Fighter 2, Pac-Man ou des jeux plus récents comme Call of Duty. Idéal pour les gamers, aussi bien novices que confirmés !

FEFFS – Cérémonie de clôture

Et voici que sonne la fin de cette 7ème édition du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, la cérémonie met du temps à démarrer et une charismatique femme se présente sur la scène pour animer cette clôture. Le palmarès tarde à arriver, Daniel Cohen, le directeur artistique du Festival venant annoncer les chiffres de fréquentations du Festival. On apprend que près de 20 000 spectateurs (deux fois plus que l’an passé) sont venus assister au FEFFS, que plus de 4 000 morts-vivants ont suivi le mouvement de la Zombie Walk et que 2 000 personnes s’étaient rassemblées Place de la Cathédrale pour la projection en plein-air de S.O.S. Fantômes. Tout simplement impressionnant. L’adjoint du maire de la ville de Strasbourg s’avance sur scène et se félicite de ces bons chiffres. L’année prochaine, il entend être encore plus ambitieux et compte bien faire de ce FEFFS, l’évènement majeur du mois de Septembre à Strasbourg.

Après cette salve de bons chiffres et d’auto-congratulations, entrecoupés de remerciements et d’applaudissements du public, on peut désormais passer au palmarès de cette cérémonie qui traîne quelques peu en longueur.

Le Jury Jeux Vidéo s’avance sur la scène et leur discours évoque la production actuelle, la réussite de certains jeux mais aussi les difficultés de créer des jeux originaux qui puissent trouver une vraie vie médiatique. La présentatrice en profite pour se moquer du langage incompréhensible (car technique) des membres du jury, lorsque ces derniers évoquent les campagnes Kickstarster, les versions alpha, bugées et les différentes formes de technologies pour concevoir un jeu. Nouvelle preuve que le jeu vidéo n’est pas encore pleinement considéré comme un art à part, après la polémique Antoine de Caunes. Quoiqu’il en soit, le jury attribue une mention spéciale au jeu Savage – The Shard of Gozen et récompense The Coral Cave de l’Octopix. Des jeux pour lesquels vous pouvez trouver des démos en ligne.

A présent, place aux courts-métrages et ce jury qui s’attarde sur la qualité incroyable des films présentés (avec lequel je suis d’accord). Un des membres nous fait une Isabelle Adjani en se trompant sur le nom d’un film récompensé. Fou rire gêné. Si La Bête de Vladimir Mavounia-Kouka remporte une mention spéciale et que Imposteur de Elie Chapuis reçoit le Prix du Jury dans la catégorie animation, ce sont quatre films qui se démarquent surtout dans la sélection courts. Tout d’abord, Shadow de Lorenzo Recio, honoré du Prix du Jury dans la catégorie Made in France, et que votre chroniqueur avait déjà pu voir au Festival International du Film de Nancy-Lorraine au début du mois. Un film sympathique, réussi mais qui me paraît pourtant inachevé. Une bonne surprise pour ce film qui mérite tout de même un prix. Venu précipitamment de Paris, le réalisateur a même fait l’effort de venir récupérer sa récompense et nous dire quelques mots.

Ceremony for a Friend de Kaveh Ebrahimpour repart avec le Prix du Jury Jeune et une Mention Spéciale du Jury. Fantastique huis-clos aux dialogues piquants de justesse.

Robotics de Jasper Bazuin se voit également attribué deux récompenses. Celui du Prix du Public et du Méliès d’Argent.

Enfin, The Landing de Josh Tanner (que votre chroniqueur a donc adoré) reçoit l’Octopus d’Or. Récompense pleinement mérité pour ce film, pour lequel le jury avoue avoir adoré sa dramaturgie, sa réussite formelle et son écriture sensible.

La cérémonie touche bientôt à sa fin et c’est un Tobe Hooper acclamé jusqu’à la standing ovation qui se présente sur scène pour nous dévoiler le palmarès long-métrage. Accompagné des deux autres membres du jury que sont Xavier Palud et Juan Martínez Moreno.

Gagnant du Narcisse du Meilleur Film au récent Festival international du film fantastique de Neuchâtel (NIFFF), Housebound de Gerard Johnstone repart avec le Prix du Public. Depuis le début du festival, tous les festivaliers s’accordaient sur la réussite et l’humour implacable de ce film d’horreur pas comme les autres. Une création originale venue de Nouvelle Zélande, que j’ai malheureusement manqué. La distributrice française du long métrage, Luminor Films, est venue récupérer le film.

Fabrice du Welz a toujours déclaré son amour pour le film Massacre à la Tronçonneuse de Tobe Hooper. Très symbolique alors que le Jury présidé par ce dernier lui attribue une Mention Spéciale pour son film Alléluia qui propose une nouvelle version viscérale de l’Histoire des Tueurs de la Lune de Miel.

Esthétiquement sobre, froid et très ennuyeux selon certains festivaliers, Amours Cannibales de Manuel Martin Cuenca repart avec le Méliès d’Argent pour un film qui a véritablement charmé les membres du jury. Egalement distribué par Luminor Films, la distributrice du film est venue dire quelques nouveaux mots de remerciements.

Le moment attendu arrive et Tobe Hooper dans une certaine précipitation dévoile le nom du vainqueur de l’Octopus d’Or. Il s’agit de White God de Kornél Mundruczó qui a mis tout le monde d’accord dans le jury. Déjà gagnant à Cannes avec le Prix Un Certain Regard, le film hongrois est arrivé à Strasbourg avec de très bons échos et un statut d’outsider imparable. Une vidéo skype a été réalisée où l’on peut voir le réalisateur remerciait avec fierté l’ensemble du jury et tout le festival pour ce prix qu’il reçoit avec un immense plaisir.

D’un point de vue très personnel, et c’est presque logique qu’il y ait des désaccords, je reste sur ma faim notamment concernant mon coup de cœur qu’a été A Girl Walks Home Alone at Night, complètement oublié du palmarès. Comme dans toute compétition, c’est un palmarès qui fera débattre et animera les discussions ces prochaines semaines lors des rediffusions en compétition. Après une cérémonie tardive, étirée et quelque peu maladroite, la salle de cinéma du Vox se fait tout obscure et la présentatrice dans ces derniers mots nous présente cette avant-première européenne, remerciant le distributeur Sony. 

Predestination

Réalisé par Michael Spierig & Peter Spierig (2014). Sortie annoncée le 01 décembre 2014 en DVD/Blu-Ray. 

Predestination retrace la vie d’un agent temporel spécialisé dans la lutte contre la criminalité, envoyé dans une série complexe d’expéditions spatiotemporelles afin d’assurer à tout jamais la continuité de sa carrière. Pour son ultime mission, l’agent doit s’attaquer au seul criminel qui lui a toujours échappé. 

Après avoir fait dans le gore efficace avec Undead en 2003 puis avoir dirigé Ethan Hawke dans le vampirique, rythmé et intéressant qu’était Daybreakers en 2009, voilà que les Frères Spierig s’éloigne du sang, tout en restant dans un cinéma de genre, celui de la science-fiction où ils retrouvent un Ethan Hawke en très grande forme. Présenté pour la première fois au Festival Fantasia à Montréal où il a été acclamé par le public, Predestination est un film inspiré d’une nouvelle intitulée « All you Zombies » de Robert A.Heinlein, évoquant les paradoxes des voyages dans le temps. Predestination est tout simplement un film incroyable, que certains qualifieront de « complexe » mais qui s’avère plutôt accessible. Disons que tout le film remue les méninges jusqu’à ce moment clé où tout devient limpide. Dans ce sens, un deuxième visionnage s’impose d’emblée tant on souhaite comprendre tous les tenants et aboutissants du scénario, chaque détail à l’écran pouvant être un facteur de compréhension de ce final si marquant. Les deux frangins ont fait un excellent travail sur la mise en scène, bourrée de fluidité et magnifiquement stylisée sans l’être jusqu’à l’excès. Ethan Hawke et Sarah Snook sont incroyablement performants et on ne pouvait pas en attendre moins d’eux, tant la première partie du film est un long mais intéressant dialogue nous permettant de saisir les bases des personnages. Fascinant. Dotés de bons effets spéciaux, Predestination mise davantage sur un rythme de narration, de dialogues, de psychologie que sur un enchaînement de scènes d’action sans enjeux. La relative complexité du scénario nous offre un vrai matériau à la réflexion et je pense pouvoir dire que pour une fois, Hollywood ne s’est pas trop foiré avec une histoire de voyage dans le temps. Le paradoxe est évité et les rebondissements sont nombreux avant ce final sensationnel qui vous laissera l’image d’un film de science-fiction diablement efficace et parfaitement maîtrisé. Bien joué les Spierig ! Seul point noir au tableau, Allociné annonce une sortie en DVD/Blu-Ray plutôt qu’une sortie salle. Une distribution injuste pour un film de science-fiction qui pourrait être promis à un bel avenir s’il était bien distribué. Peut-être que l’enthousiasme des critiques dans les festivals va jouer en sa faveur. Wait and see !

Note de la rédaction : ★★★★☆  

RAPPEL du Palmarès des films de cette septième édition du FEFFS :

LONGS-MÉTRAGES

Octopus d’Or — White God de Kornél Mundruczó

Méliès d’Argent — Amours Cannibales de Manuel Martin Cuenca

Mention Spéciale du Jury — Alleluia de Fabrice du Welz

Prix du Public — Housebound de Gerard Johnstone 

COURTS-MÉTRAGES

Octopus d’Or — The Landing de Josh Tanner

Méliès d’Argent — Robotics de Jasper Bazuin

Mention Spéciale du Jury — Ceremony for a Friend de Kaveh Ebrahimpour

Prix du Public — Robotics de Jasper Bazuin

Prix du Jury Jeune — Ceremony for a Friend de Kaveh Ebrahimpour

Prix du Jury dans la catégorie Made in France — Shadow de Lorenzo Recio

Prix du Jury dans la catégorie Animation — Imposteur de Elie Chapuis

Mention Spéciale dans la catégorie Animation — La Bête de Vladimir Mavounia-Kouka

Le Festival s’achève donc ici. Des reprises sont prévues encore aujourd’hui et dans les semaines à venir dans les cinémas de Strasbourg et de ses environs. Je partirais avec le regret d’avoir loupé une séance de minuit -semble-t-il démente-, celle de Dead Snow 2 : Red vs Dead et d’avoir manqué la projection du Prix du Public, Housebound qui a mis tout le monde d’accord. Je quitte Strasbourg avec d’excellents souvenirs, des rencontres franchement sympathiques notamment avec des membres du réseau social SensCritique que je salue (Saugom & Wake_Up_Donnie), de très bons films vus, des questions-réponses intéressantes avec les équipes de films et surtout des bénévoles qui étaient là, qui ont bossé pour que tout se passe dans les meilleures conditions possibles. Je remercie mon ami Yann et ses deux colocataires qui m’ont hébergé pendant toute la semaine. Je remercie les bonnes tartes flambées alsaciennes et un bar en particulier, l’Académie de la Bière qui m’a accueilli aussi bien après les bons films, que les plus mauvais. Mention au Festival qui m’a donné l’opportunité d’avoir un accès presse pendant toute la semaine. Des remerciements tout particuliers à Chris et Sara de l’équipe pour m’avoir soutenu dans ces chroniques, tout en me laissant une liberté éditoriale totale. C’était une expérience et je compte bien la réitérer. Je remercie tous ceux qui m’ont lu et suivi dans la semaine et j’espère que cela vous a plu et intéressé autant que le Festival m’a plu et intéressé. Merci à vous et bravo au FEFFS. Du plein-air, des projections avant-premières uniques, des films de qualité, une ambiance de festival survoltée, des invités de marque, beaucoup d’humour, c’est ça le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg. Comptez sur nous pour revenir l’an prochain !

FEFFS – Chronique N°6 du 19 Septembre 2014

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FEFFS 2014 : Salle complète, lunes de miel et film à sketchs

Avant dernier jour à Strasbourg. Le réveil d’aujourd’hui étant -comme la veille- le sujet à une réflexion sur le visionnage ou non du second volet de Massacre à la Tronçonneuse. La soirée s’annonçant chargée, finalement on passera outre cette séance sympathique pour privilégier les films en compétition de ce soir et surtout la première européenne d’un film à sketchs terriblement attendus. De l’étang qui réveille des tensions psychologiques, de l’amour qui rend fou et une lune de miel qui vire à l’horreur. Voilà comment s’annonce ce début de soirée. Mais c’était sans compter une attente assez inattendue pour le film De Poel/The Pool de Chris W. Mitchell. Plus de tickets, ni même de places disponibles pour les accrédités presse. C’est aussi pour ça que j’aime le FEFFS, car on y trouve une vraie égalité entre les spectateurs et les pros/la presse. Pas de privilèges et c’est tant mieux pour les spectateurs, même si cela me dépite quelque peu de louper cette projection. Qu’à cela ne tienne, on ne m’y reprendra pas à deux fois. Toutes les séances du soir, j’y serais avec trente minutes d’avance.

Chers lecteurs, voici la sixième chronique du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS) en exclusivité pour Cineseries-mag.fr

Alléluia

Réalisé par  Fabrice du Welz (2014). Sortie le 26 novembre 2014.

Manipulée par un mari jaloux, Gloria s’est sauvée avec sa fille et a refait sa vie loin des hommes et du monde. Poussée par une amie, Gloria accepte de rencontrer Michel via un site de rencontre. Michel, petit escroc bas de gamme, est troublé par Gloria, et Gloria tombe éperdument amoureuse. Par peur, Michel se sauve, mais Gloria va le retrouver et lui faire promettre de ne plus jamais la quitter. Prête à tout pour sauvegarder cet amour, elle se fera passer pour la sœur de Michel afin que celui-ci puisse continuer à séduire des femmes pour de l’argent. Mais la jalousie gangrène peu à peu Gloria. 

A défaut de louper la séance précédente, j’entre dans cette même salle du cinéma Saint-Exupéry depuis une semaine avec une certaine frilosité, celle d’avoir affaire au réalisateur qui nous a offert Calvaire, Vinyan (vainqueur en 2008 de l’Octopus d’Or au FEFFS) et Colt 45. La salle est bondée, le jury nous fait l’honneur de sa présence et le réalisateur nous salue avant le visionnage de ce film. Alléluia est donc une nouvelle version de l’Histoire des Tueurs de la Lune de Miel. Un couple d’américains bourré d’amour fou qui ont assassiné et dépouillé de vieilles veuves entre 1947 et 1949, avant d’être arrêté et condamné à la chaise électrique. Jusqu’au procès, ils évoqueront cet amour passionnel qui les a conduits à la folie. Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes cette année, le film a suscité énormément de réactions, des plus enthousiastes aux plus mitigés. La première séquence du film se déroule dans une morgue et nous présente Gloria, le personnage principal féminin, nettoyant un corps sans vie. Grain sale, caméra au plus près des corps, les premières minutes nous montrent un film qui s’annonce aussi sauvage que sale et poisseux. La rencontre avec Michel nous amène au point commun de presque tous les films de Fabrice du Welz, l’amour fou. A partir de cet instant, le film déroule cette histoire de tueurs malgré eux qui partent dans des excès de violence par simple jalousie, Gloria étant la première à toujours donner le premier coup. Qu’est-ce-qui les passionne autant dans leur relation ? Gloria voit en Michel une preuve que l’amour, le vrai, existe encore après un mariage gâché et Michel voit en Gloria une sorte de figure maternelle qu’il n’a jamais vraiment eu pendant son enfance. Montré avec subtilité et élégance, on apprend que Michel pratique la magie noire pour séduire ces jeunes veuves. La caméra est charnelle, toujours au plus près des corps et rares sont les plans larges. C’est très cloisonné, très étouffant comme film mais ça ne renforce que l’aspect mal-à-l’aise du film. Virant étonnamment dans l’humour noir, tant certaines répliques ont amusé les festivaliers, Alléluia semble se mettre à distance de son récit en proposant une réflexion sur cet amour fou tout en évinçant le ton trop sérieux et malsain d’une production d’épouvante qui veut être le plus plausible possible. Terrifiant et amusant, Alléluia nous offre des personnages à l’écriture psychologique fine, ne tombant jamais dans une succession de personnages grotesques dont on attend seulement que le premier coup soit planté. Chaque mort est assez dur à supporter tant ces personnages ne sont que les victimes hasardeuses d’un couple de tarés, dont l’amour fou les a conduit au pire. Tarés certes mais sans qu’aucun parti-pris de mise en scène ne viennent juger ces gens et c’est là toute la justesse d’un film qui surprend dans la radicalité de son récit et qui s’avère être une véritable réussite. Un critique en ligne dira que Alléluia ressemble « à un épisode de Faites Entrer l’Accusé réalisé par Tobe Hooper ». Une phrase magistrale qui correspond parfaitement à l’ambiance du film.

FEFFS-2014-Fabrice-Du-Welz-Alleluia

Le générique défile dans un silence quasi-religieux. L’écran s’éteint. Fabrice du Welz débarque sur scène dans un tonnerre d’applaudissements. Il évoque cette histoire des Tueurs de la Lune de Miel et du fait qu’il n’en fait pas un remake, mais une version contemporaine propre à lui-même. Son Alléluia est une contraction originale de ce fait divers et avoue ne prendre que le matériau de base pour s’éloigner radicalement de ce mythe et livrer sa propre histoire. Il nous dit le pourquoi du parti-pris d’avoir osé un grain si granuleux, d’avoir tourné en 16mm et déclarant fièrement « Je suis un cinéaste et j’aime faire des films. Point. ». Applaudissements en masse, le discours de Du Welz est bien rodé. Il nous parle de ses personnages en souffrance, qu’il souhaitait toucher les corps et en faire une bête meurtrière à deux. Alléluia est un film sensitif, viscéral et physique, bien plus qu’intellectuel. Il réfléchit et prépare avec minutie son histoire, mais c’est davantage les sens qui parlent et c’est ce qui fait que le film est une sorte de poésie macabre. La mise en scène n’était pas préparée à l’avance. C’est davantage son cadre qui s’adaptait à la performance des acteurs. Il était primordial que le film soit tourné en fonction des acteurs et non pas selon un désir esthétique de mise en scène. C’était essentiel pour lui de revenir à un cinéma fantastique et mystérieux, après le tournage chaotique de Colt 45. Il en profite pour casser du grain sur le cinéma français et cette exploitation à outrance de déchets que sont « Kad Merad ou Franck Dubosc » et regrette que son acteur Laurent Lucas soit un acteur honteusement sous-employé. Il s’attarde un peu sur ce que l’on dit être « le second opus de la Trilogie ardennaise », nous répondant avec l’affirmative. Il révèlera même que le troisième volet est écrit et qu’il sera tourné dans les prochaines années, certainement d’ici deux ans. Ce sera toujours avec Laurent Lucas. Quand on lui parle de la crédibilité de cette histoire d’amour morbide, il répondra « Les gens tombent amoureux parfois (rire du public), souvent jusqu’à la folie, ce que les psychiatres appellent folie à deux ». Une manière de nous rappeler que ces films parlent de l’amour fou. Il détaille les tons de son film qui jongle entre le film d’horreur, la comédie musicale, la comédie et le drame. La difficulté était de rendre le tout cohérent. Il évoquera un tournage très heureux, jusqu’à l’état de grâce. Le directeur du festival écourte ce déjà-très-long question-réponse et nous dirige poliment vers la sortie de la salle. Malgré le ton un peu hautain de son réalisateur par moment, il faut que reconnaître que Alléluia est un sacré film et assurément l’un des favoris pour recevoir une récompense.

Note de la rédaction : ★★★★☆  

Honeymoon

Réalisé par Leigh Janiak (2014). Date de sortie prochainement annoncée. 

Paul et Béa, jeune couple amoureux, passent leur lune de miel sur les bords d’un lac reculé au coeur des bois. Béa est retrouvée errant dans la forêt, elle présente alors des troubles du comportement, sa mémoire et son expression elles-mêmes en sont affectées. L’inquiétude de Paul grandit : il pense que la femme débordante de vie qu’il a épousée se métamorphose en quelqu’un d’autre, pourtant c’est toujours Béa. 

Honeymoon fait salle comble. Leigh Janiak se présente au public. C’est une petite blonde assez gênée qui nous présente son premier long-métrage. Petite production indépendante qui a su faire parler d’elle grâce à son casting d’acteurs que tout le monde a déjà croisé dans des séries actuelles. Rose Leslie dans Game of Thrones et Harry Treadaway qui interprète actuellement le Docteur Frankenstein dans la série Penny Dreadful.

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Le manque de budget se fait ressentir et le cadre du film ne prend essentiellement place que dans ce chalet autour d’un étang pour ce qui s’annonce être la lune de miel d’un couple fougueusement amoureux, mais tout aussi fauché que le film. Il faut savoir que cette petite blonde gênée en a dans le ventre pour ce qui est d’esthétiser des endroits qui ne le sont pas forcément. Dans une mise en scène assez crépusculaire, la réalisatrice nous offre de très bonnes tranches de vie de ce jeune couple, aidées par les performances de ces deux acteurs principaux. Poignant et terrifiant tant l’incompréhension de tout le film nous amène vers un final complètement inattendu, Honeymoon est un film qui rallonge à l’excès le bonheur de ce nouveau couple marié et l’on attend durablement que quelque chose se passe. L’ennui pointe souvent le bout de son nez malgré la réussite esthétique et d’interprétations des acteurs qui sauve littéralement le film. Si le film n’est pas une énorme réussite, on lui pardonnera un manque de rythme et de moyens pour cette toute-jeune réalisatrice qui devrait à coup sûr être l’un des noms à suivre ces prochaines années. Au dénouement diablement efficace, Honeymoon est une production indépendante intéressante qui s’approprie avec brio les codes du fantastique et du mystère, bien qu’on lui reprochera d’avoir trop tenu à expliciter son final, laissant un effroi s’échapper d’un film qui aurait pu nous laisser dans l’incompréhension la plus totale. C’est peut-être cela qui aurait été le plus terrifiant. 

Note de la rédaction : ★★★☆☆ 

ABC’s of Death 2

Réalisé par Rodney Ascher, Julian Barratt, Robert Boocheck, Alejandro Brugués, Kristina Buozyte, Alexandre Bustillo, Larry Fessenden, Julian Gilbey, Spencer Hawken, Jim Hosking, Lancelot Oduwa Imasuen, E.L. Katz, Aharon Keshales, Steven Kostanski, Marvin Kren, Juan Martínez Moreno, Erik Matti, Julien Maury, Robert Morgan, Chris Nash, Vincenzo Natali, Hajime Ohata, Navot Papushado, Bill Plympton, Dennison Ramalho, Todd Rohal, Jerome Sable, Bruno Samper, Shion Sono, Jen Soska  et Sylvia Soska (2014). Sortie le 02 octobre 2014 en VOD. 

Paul et Béa, jeune couple amoureux, passent leur lune de miel sur les bords d’un lac reculé au coeur des bois. Béa est retrouvée errant dans la forêt, elle présente alors des troubles du comportement, sa mémoire et son expression elles-mêmes en sont affectées. L’inquiétude de Paul grandit : il pense que la femme débordante de vie qu’il a épousée se métamorphose en quelqu’un d’autre, pourtant c’est toujours Béa.

 Dernière séance Midnight Movies du festival avec l’évènement de cette édition du FEFFS, la première européenne de ABC’s of Death 2 et d’après Juan Martínez Moreno (membre du Jury Long Métrage du FEFFS), la seconde mondiale après la projection à Austin (Texas), la veille. Ce dernier en profite pour nous parler du concept de la saga (un troisième volet en préparation ?) ABC’s Of Death, d’une lettre et de 5000 $ attribuée à un réalisateur pour créer un segment. Juan Martínez Moreno a bénéficié de la lettre « S comme Séparé », et sans langue de bois, il s’agit de l’un des plus ingénieux segments grâce à un split-screen maîtrisé avec brio. Ces dernières années ont vu apparaître de nombreux films fantastiques qui reprenaient ce concept de films à sketchs et que les festivals s’arrachent. The Theatre Bizarre et sa suite prochainement attendu ou V/H/S et V/H/S 2, en attendant V/H/S Viral qui doit également sortir prochainement. Des films efficaces et terriblement décomplexés qui montrent une fureur et une frénésie chez des réalisateurs dotés d’une totale liberté artistique. Comme tout film à sketchs, l’inégalité entre segment est une tare car il laisse parfois des impressions négatives alors que certains courts valaient franchement le détour. La production ABC’s Of Death 2 voit de nombreux réalisateurs du cinéma fantastique à la notoriété bien ancrée défilaient lors du générique. Le concept du film permet de voir une multitude de formats de médias être employés, du court classique à de l’animation en passant par le stop-motion, sans oublier le found-footage ou des formats esthétiques plus audacieux. La variété des segments est vraiment la meilleure qualité de ces films. Libéré artistiquement, cette suite de ABC’s of Death ne fait pas dans la demi-mesure et propose des segments parfois déroutants, parfois pas, souvent gores et assurément de mauvais goûts. L’alchimie idéale pour une séance de minuit festive où les rires s’entremêlent avec les réactions de dégoût. Ceux qui ont adoré le premier opus aimeront assurément cette suite dans une vraie continuité de ce qui avait fait le succès du précédent. 

Note de la rédaction : ★★★☆☆ 

Le retard dans la projection des films et les questions-réponses font sortir les derniers festivaliers du cinéma à 03h du matin. La nuit sera donc courte avant d’entamer cette dernière journée au festival qui sera le théâtre d’une succession de courts métrages internationaux et d’une cérémonie de clôture au cours de laquelle on saura enfin qui remportera le fameux Octopus d’Or ainsi que le Méliès d’Argent, les deux récompenses principales du Festival. La soirée s’achèvera avec la première européenne de Predestination, le nouveau film des Frères Spierig avec Ethan Hawke. A demain, les assassins !

FEFFS – Chronique N°5 du 18 Septembre 2014

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 FEFFS 2014 : Chiens vengeurs, célébrité fantasmée et tueur groovy.

Le réveil de ce matin était relativement amer. Je garde encore le souvenir de la déception qu’a été la séance de minuit de la veille avec ces foutus castors zombies. Aujourd’hui, on va tâcher d’oublier tout ça avec la programmation de ce soir qui déroule le Grand Prix de la sélection Un Certain Regard du Festival de Cannes 2014, de la célébrité fantasmée jusqu’à l’horreur et d’un sociopathe complètement incontrôlable à l’écoute du disco. Billets dans la poche, déterminé à sauter sur le premier siège disponible et prêt à dégainer le pop-corn, je plonge avec passion dans le visionnage de ces trois films.

Chers lecteurs, voici la cinquième chronique du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS) en exclusivité pour Cineseries-mag.fr

White God

Réalisé par Kornel Mundruczo (2014). Sortie le 03 décembre 2014.

Un père contraint sa fille à abandonner son chien, Hagen, dans les rues de Budapest. Très vite, les pérégrinations aventureuses de Hagen se transforment en une odyssée de cruauté humaine quasi insoutenable.

Grand gagnant de la sélection Un Certain Regard et accessoirement vainqueur de la Palm Dog au dernier Festival de Cannes, White God débarque à Strasbourg en véritable outsider. On évoquait hier les films qui revenaient au concept des attaques animalières mais avec White God, jamais le genre n’avait été traité sous un angle aussi sérieux et auteurisant. Cinquième long-métrage du Hongrois Kornel Mundruczo, White God est un film détonnant aux séquences d’ouverture et de fermeture somptueuses de magnificence. Elégant et très proche de l’exercice de style pur et dur, le récit se perd dans une mise en scène à la shaky cam censée accroître l’immersion et le réalisme au profit d’une narration quelque peu classique. Notons cet effort deperformance d’avoir dressé près de deux-cent-cinquante chiens pour le tournage, Traînant en longueur et prévisible, White God se suit avec peu d’intérêt, tant la lenteur du rythme ne facilite pas l’implication du spectateur malgré cette caméra qui tremble sans cesse. Les personnages humains sont pour la plupart montrés sous un angle manichéen mais l’intrigue tend vite à contrebalancer ce postulat en relativisant le discours critique sur l’espèce humaine. Sujet intéressant car né de l’imagination d’un réalisateur qui représente une sorte de Mythe de Babel où le chien s’échappe de son statut d’espèce soumise pour atteindre les hauteurs de l’espèce humaine. Final horrifique dans une révolte canine sans précèdent, White God est un film qui par la traduction française de son titre nous renvoie au Dressé pour tuer (White Dog) de Samuel Fuller et donne donc une symbolique divine à l’espèce canine. Réflexion sur la soumission et l’arbitraire d’une autorité plus ou moins juste, White God est un audacieux pari et une réussite formelle par le biais du dressage de ces chiens, tout simplement impressionnant de réalisme. La narration s’avère cependant éprouvante tant la mise en scène parkinsonienne tend à rendre le récit plausible mais ne fait qu’accroître la bancalité d’un film que l’on supporte en fin de parcours. Intéressant mais inégal. La présentation du festival évoquait la présence du réalisateur pour présenter le film mais finalement ce n’est qu’une traductrice qui ouvrira la projection du film en évoquant quelques anecdotes de tournage comme les trois mois de dressage de chiens ou le fait que le réalisateur souhaitait faire un film qui se moque d’une loi hongroise visant à taxer les chiens selon leur race.

Note de la rédaction : ★★★☆☆ 

Starry Eyes

Réalisé par  Kevin Kolsch et Dennis Widmyer (2014). Date de sortie prochainement annoncée.

Sarah Walker a un petit boulot sans avenir sous le joug d’un patron qui la prend de haut, elle subit des amitiés superficielles avec des acteurs concurrents et participe à des castings qui n’aboutissent à rien. Après plusieurs auditions humiliantes face à un duo pour le moins bizarre, elle décroche le rôle principal dans leur nouveau film. Malgré le fait qu’ils lui demandent de faire des choses de plus en plus étranges, elle sera prête à tout pour réussir, aveuglée par son fantasme de célébrité. 

Présenté pour la première fois en France et sélectionné dans la compétition internationale, Starry Eyes est la nouvelle production de la boîte de Travis Stevens à qui l’on doit Cheap Thrills, Big Ass Spider ou le documentaire Jodorowsky’s Dune.  Starry Eyes est le second-long métrage de ce tandem de réalisateurs nord-américains. Avec ce film, 2014 semble être une année où la profession du cinéma se remet en question et l’on a déjà pu voir que David Cronenberg (Maps to the Stars) ou Olivier Assayas (Sils Maria) nous ont livré d’excellentes critiques bourrés de cynisme à l’encontre du milieu. Place ici à une œuvre qui pique le rêve hollywoodien et nous plonge dans une descente aux enfers du fantasme de la célébrité et des moyens pour y parvenir. Par le biais de son personnage principal qui ne voue sa vie qu’au désir d’atteindre la célébrité et la gloire chère à Hollywood, le récit de Starry Eyes montre les plus décadents travers d’Hollywood avec ses coups fourrés, ses égos surdimensionnés, ses jalousies, ses producteurs immoraux et les ambitions débordantes et surréalistes d’actrices prêtes à tout pour obtenir un rôle. Le message final du film est assez pointu et montre à quel point les plus célèbres stars de Hollywood ont dû se salir les mains pour atteindre leur statut de glorieuses célébrités. C’est aussi une critique subtile des modifications physiques par lesquels doivent passer les interprètes pour espérer atteindre un certain seuil de prise en compte de la profession. A la mise en scène clinique et froide, Starry Eyes tombe dans un final horrifique et gore à souhait où la renaissance de son personnage ne peut se faire que par le biais d’une violence impitoyable. Impitoyable comme Hollywood. Une réalisation horrifique moins originale que franchement réussie dans sa volonté de décrire un milieu de plus en plus immoral. Un constat que nombre de réalisateurs évoquent ces derniers temps dans leurs productions. Une des bonnes surprises de ce festival.

Note de la rédaction : ★★★★☆  

Discopathe

Réalisé par  Renaud Gauthier (2013). Date de sortie prochainement annoncée. 

Dans les années 1970, un jeune newyorkais sans histoire se métamorphose en meurtrier dès qu’il est exposé aux sonorités particulières d’une toute nouvelle musique : le disco. Incapable de contenir ses pulsions meurtrières provenant d’un traumatisme d’enfance, Duane Lewis deviendra malgré lui un dangereux tueur en série en exil à Montréal. 

Séance de minuit sous le signe du disco avec Discopathe et son réalisateur. La projection est lancée et de somptueuses mélodies groovy donnent le ton au film. Slasher rétro qui reproduit avec authenticité et fidélité cette ambiance, cette frénésie urbaine des années 70 qui exultaient à l’écoute du disco. Assurément drôle, Discopathe lorgne du côté de l’absurde et d’un cinéma du dialogue où certains penseront évidemment à Quentin Dupieux. Malheureusement, de nombreuses blagues tombent à plat et finalement on se consolera avec cette mise en scène qui recrée à la perfection les entremêlements de couleurs et de sons plus-disco-tu-meurs. Les effets-spéciaux cheap offrent des moments de gore cultes et grotesques, frôlant avec le cartoon. Reprenant avec soin le grain et la grammaire d’un cinéma d’époque qui tend à nous rappeler un giallo désormais disparu, Renaud Gauthier nous livre un petit OFNI d’humour débridé et d’horreur à souhait. On reprochera au récit de s’étirer trop en longueur mais ce serait oublier l’enthousiasme d’un film qui reproduit avec une vraie justesse cette ambiance unique du disco. Et puis, qu’est-ce que la bande son est cool !

Premier long-métrage de Renaud Gauthier, ce dernier arrive en fin de séance pour nous parler du film. Il remercie avec sincérité le festival et son directeur de l’avoir accueilli. Il offre à ce dernier une pellicule complète du film en 35mm, un beau cadeau pour un directeur qui avoue avoir adoré ce film. Le réalisateur plaisante souvent, semble un peu à l’Ouest, déposant son verre de vin derrière lui, les yeux fatigués et la posture avachi sur lui-même. Les silences pesants témoignent d’une fatigue des festivaliers, le réalisateur remarquant que le public fût bien sage ce soir et que le film avait suscité beaucoup plus d’ambiance au Festival de Bruxelles et d’un autre dont j’ai oublié le nom. Pour combler ces silences, le réalisateur déconne à répétitions sur l’endroit où la soirée va se finir dans le seul souci de se mettre une murge strasbourgeoise. L’Académie de la Bière semble être l’endroit de destination du réalisateur et de quelques membres de l’équipe du festival. Renaud Gauthier s’attarde un instant sur la difficulté économique de monter ce projet et confesse être un passionné, un immense collectionneur de tous les objets qui témoignent des années 70. Ce crossover entre tueur en série et disco était une formule amusante et décalée qu’il souhaitait absolument voir à l’écran. Pas la peine d’étirer l’échange, il est bientôt deux heures, le question-réponse se conclût et chacun rentre chez soi, des irréductibles se dirigeant vers Renaud Gauthier pour lui poser quelques dernières questions et lui demander un autographe.

Note de la rédaction : ★★★☆☆ 

Un Strasbourg étonnamment calme pour un jeudi soir où les étudiants passent davantage de temps dans les bars et les boîtes que les draps tapis de leurs lits. Fin de soirée à l’appartement devant un plat de pâtes où une nécessaire prise de recul s’impose sur les films vus ce soir. Programme de demain, hésitation sur le visionnage de Massacre à la Tronçonneuse 2 dans le cadre de la rétrospective Tobe Hooper, mais une certitude votre rédacteur sera présent pour les projections d’un étang révélateur des tensions d’un groupe, d’une nouvelle version des tueurs de la lune de miel et d’une autre lune de miel autour d’un étang qui s’avèrera être le point de départ d’un thriller psychologique implacable. Trois films au thème proche où défileront les trois équipes de film. Et sans oublier la projection de minuit qui nous présentera pour la première fois en Europe la tant-attendue suite de ABC’s of Death. Du lourd, du très très lourd pour la sixième chronique. A demain, les psychopathes !

Pride, un film de Matthew Warchus : Critique

Mark (Ben Schnetzer) est un activiste gay. Lors de la Gay Pride, il décide de créer le LGSM (Lesbians and Gays Support the Minor), en constatant l’absence de policiers, ceux-ci étant partis taper sur les mineurs en grève. Joe (George MacKay) est un jeune étudiant, qui cache son homosexualité à ses parents et se retrouve par hasard, pris dans ce groupe d’activistes. Il va partir aux côtés de Jonathan (Dominic West), un acteur exubérant, Mike (Joseph Gilgun) l’ombre de Mark, Steph (Faye Marsay) la seule lesbienne, Gethin (Andrew Scott), un Gallois amant de Jonathan et d’autres, dans le village minier. Malgré un accueil glacial, ils vont continuer à apporter leur soutien, aussi bien financièrement, matériellement et humainement.

Synopsis : Eté 1984 – Alors que Margaret Thatcher est au pouvoir, le Syndicat National des Mineurs vote la grève. Lors de la Gay Pride à Londres, un groupe d’activistes gay et lesbien décide de récolter de l’argent pour venir en aide aux familles des mineurs en grève. Mais l’Union Nationale des Mineurs semble embarrassée de recevoir leur aide. Le groupe d’activistes ne se décourage pas. Après avoir repéré un village minier au fin fond du pays de Galles, ils embarquent à bord d’un minibus pour aller remettre l’argent aux ouvriers en mains propres. 

L’union impossible

Pride est inspiré d’une histoire vraie. Des gays et lesbiennes qui soutiennent des mineurs Gallois, durant l’ère Margaret Tchatcher, c’est assez surprenant. En faire une comédie, ça l’est tout autant. Seuls les britanniques pouvaient réussir à raconter cette histoire extraordinaire, avec humour, tendresse et émotion, sans tomber dans le mélodrame, ni la caricature. Il y a des films, ou dès le début, on sait qu’on va adorer. Bien sur, cela s’effondre parfois au fil du récit, mais pas ici. D’abord parce que l’histoire est passionnante. Ensuite, parce que le casting est parfait, il ne souffre d’aucunes fausses notes. Bill Nighy, on ne le présente plus, c’est la classe et le flegme britannique dans toute sa splendeur. Toujours excellent et malgré son nom en premier au générique, il n’est pas le premier rôle. En fait, il n’y en a pas vraiment, chacun d’eux a son importance. Des acteurs surtout issus de séries britanniques : Dominic West (The Hour), Andrew Scott (Sherlock Holmes), Joseph Gilgin (Misfits), Imelda Staunton (Psychoville), Freddie Fox (The Shadow Line), Faye Marsay et Jessie Cave (Glue). Bien sur, Imelda Staunton est aussi une grande actrice au cinéma, sans oublier Paddy Considine. Ben Schnetzer étant le seul acteur américain de la distribution. Un mélange d’acteurs confirmés et de jeunes en devenir, qui fonctionne très bien.

Pride ne tombe jamais dans la facilité. Il ne présente pas les mineurs comme des rustres alcooliques, ni les gays et lesbiennes, comme des personnes fragiles et précieuses. Ce sont des gens comme les autres, même si certains ont du mal à accepter leurs choix de vies. Quand on voit en 2014, comme il est compliqué de vivre sa sexualité comme on l’entend en France, alors dans l’Angleterre de 1984, c’est même pas la peine d’y songer. Par de simples mots ou gestes, on nous montre leurs difficultés : les crachats, les insultes et violences physiques.

Au milieu de cette lutte, on nous parle aussi de la difficulté de faire accepter sa sexualité à sa famille, au travers des personnages dAndrew Scott et George MacKay, toujours avec subtilité. Les mineurs ont aussi leurs soucis, comme accepter de faire vivre leurs familles avec le salaire de leurs femmes, tout en luttant pour leurs emplois; les deux univers, subissant la violence des policiers et donc de la politique de Thatcher, ils avaient tout pour se retrouver, malgré leurs différences, pas si importantes au final.

Une première partie drôle et légère, avant d’être plus dramatique dans la seconde partie. La danse de Dominic West et ses conséquences, sont hilarantes. Elle s’offre des libertés avec les femmes de la ville minière, qui viennent s’amuser à Londres. C’est du vu et revu, mais pas désagréable. Ou cette délicieuse vieille dame, qui s’ouvre au monde, avec ses nouvelles amies lesbiennes. Ou cette veuve, qui est incapable d’accepter les différences. Chacun se nourrissant de la culture de l’autre, ou la rejetant.

Une comédie dramatique et sociale, comme le cinéma britannique sait si bien le faire. Un casting fabuleux, une mise en scène enthousiaste, des dialogues savoureux, avec les répliques qui désamorcent les rares moments dramatiques. Le tout au son d’un BO impeccable, de Phil Collins à Bronski Beat, des classiques des 80’s. C’est drôle et émouvant, un film essentiel dans un monde de plus en plus individualiste.

Fiche technique : Pride

Royaume-Uni – 2014
Réalisation : Matthew Warchus
Scénario : Stephen Beresford
Distribution : Bill Nighy, Imelda Staunton, Dominic West, Andrew Scott, George MacKay, Ben Schnetzer, Joseph Gilgun, Freddie Fox, Paddy Considine, Faye Marsay et Jessie Cave
Photographie : Tat Radcliffe
Montage : Mélanie Oliver
Musique : Christopher Nightingale
Production : David Livingstone
Société de production : Calamity Films
Société de distribution : Pathé
Genre : Comédie dramatique
Durée : 117 minutes
Date de sortie française : 17 Septembre 2014

Auteur : Laurent Wu

 

Critique : Gemma Bovery, un film de Anne Fontaine

Petit à petit, Anne Fontaine devient une incontournable du cinéma français.  En 13 longs métrages et 1 série télé, elle reste très libre dans ses choix d’expression, alternant avec plus ou moins de bonheur les sujets graves et les comédies.

Synopsis : Martin est un ex-bobo parisien reconverti plus ou moins volontairement en boulanger d’un village normand. De ses ambitions de jeunesse, il lui reste une forte capacité d’imagination, et une passion toujours vive pour la grande littérature, celle de Gustave Flaubert en particulier. On devine son émoi lorsqu’un couple d’Anglais, aux noms étrangement familiers, vient s’installer dans une fermette du voisinage. Non seulement les nouveaux venus s’appellent Gemma et Charles Bovery, mais encore leurs comportements semblent être inspirés par les héros de Flaubert. Pour le créateur qui sommeille en Martin, l’occasion est trop belle de pétrir – outre sa farine quotidienne – le destin de personnages en chair et en os. Mais la jolie Gemma Bovery, elle, n’a pas lu ses classiques, et entend bien vivre sa propre vie…

Le potentiel érotique de ma femme*

Après un Perfect mothers au parfum de souffre, et se trouvant sur le versant grave de l’échelle de son cinéma, elle nous revient dans cette nouvelle comédie, tirée du roman graphique de la britannique Posy Simmonds, au titre qui laisse présager du pire, et du pire des jeux de mot : Gemma Bovery. Par bonheur, il n’en est rien, même s’il n’y a pas de quoi crier au génie.

Anne Fontaine a rembauché Fabrice Luchini qui était déjà à la tâche pour La fille de Monaco, film qui a reçu un accueil critique plutôt favorable. Elle a embauché Gemma Arterton, qui a triomphé dans Tamara Drewe, le film très réussi de Stephen Frears tiré d’un autre roman de Posy Simmonds. Autant dire qu’elle met tous les atouts dans sa besace de réalisatrice, et ne prend aucun risque pour que sa « rom com » soit un succès.

Et de fait, on rigole beaucoup dans le film. Mais c’est Fabrice Luchini qui nous fait rire, quand son personnage Martin, bobo parisien  qui a dû friser le burn-out et qui vient se ressourcer  en Normandie sous les traits d’un boulanger, prend le spectateur (ou son chien !) à témoin pour commenter le destin de ses nouveaux voisins, cette famille Bovery (Charles et Gemma !), un destin qu’il voit calqué sur l’original, les Bovary de Flaubert dont il reste un absolu passionné malgré son nouveau pain quotidien fait d’épeautre et de six-céréales. Un destin dont il voudrait lui-même être un élément, bien sûr, tant le potentiel érotique de Gemma (Bovery/Arterton) est grand.

C’est Fabrice Luchini encore qui nous fait rire, en apportant avec beaucoup d’intelligence dans son jeu  l’auto-dérision nécessaire pour que le film ne se prenne pas au sérieux. Avec un autre acteur, moins charismatique et surtout moins talentueux, il n’est pas sûr que le film ait dépassé le statut de bluette sentimentale juste bonne pour la télévision.

Quant à Gemma Arterton, elle promène son joli minois et ses affriolantes robes à fleurs tout au long du film sans jamais vraiment nous émouvoir. Elle donne cette étrange impression de rejouer son rôle de Tamara Drewe, soit une effrontée un peu trash version 100% British Comedy, ce qui fait que la comparer à Emma Bovary est une pure vue de l’esprit. Gemma est fraîche, joyeuse, industrieuse (elle est décoratrice d’intérieur, et peint à ses heures perdues), et n’appelle en rien le souvenir d’Emma, une femme dépressive qui batifole par ennui et désoeuvrement avec le châtelain du coin. Le rôle est flou et fragile, car dans son scenario, co-écrit avec Pascal Bonitzer, Anne Fontaine a expurgé tout ce qui faisait dans le livre de Posy Simmonds le sel de la filiation avec Emma Bovery (ennui, insolvabilité, enfants détestés, …) pour ne garder que l’adultère, et ainsi trahir quelque peu les intentions de l’auteure, et nos attentes par la même occasion.

Les scènes périphériques au sein de la famille de Martin sont très drôles (dont celles avec la toujours impeccable Isabelle Candelier dans le rôle du personnage légèrement acariâtre et vaguement mégère de son épouse), mais là encore, c’est l’esprit de Luchini qui souffle.

En revanche, les scènes avec Elsa Zylberstein sont insupportables, dans son rôle de Wizzy, épouse française nouvelle riche d’un de ces anglais de la Normandie, à force de surjeu de sa part pour camper cette femme caricaturale, arriviste et bête, voisine des uns et des autres. Pour l’effet comique attendu, c’est complètement raté !

Le film est malgré tout délicieux, à la manière d’un bonbon  dont la saveur apparaît et disparaît simultanément au fur et à mesure de son engloutissement. Comparé à ses deux précédentes comédies (La fille de Monaco, Mon pire cauchemar), Gemma Bovery a les mêmes caractéristiques et atouts : acteurs masculins qui prennent quand même nettement le dessus sur tous les autres, rythme soutenu, appariement audacieux voire improbable de personnages que tout oppose, punchlines bien sûr, et enfin jolie héroïne sexy (Louise Bourgoin, Virginie Effira -à défaut de vouloir accoler l’adjectif « sexy » à la majestueuse Isabelle Huppert dans Mon pire cauchemar-, et maintenant Gemma Arterton). Mais comparé à Tamara Drewe, on voit vite le gouffre qui sépare le traitement d’Anne Fontaine de celui de Stephen Frears pour un matériau identique ; Anne Fontaine est plus timorée dans son approche, et l’omniprésence de Luchini ôte toute la dimension british à l’affaire, où les acteurs britanniques, Gemma Arterton y comprise, ne semblent être que des faire-valoir de notre Fabrice Luchini national.

* Le potentiel érotique de ma femme, titre emprunté à David Foenkinos, roman – Gallimard.

Fiche Technique – Gemma Bovery

Titre original : –
Réalisateur : Anne Fontaine
Genre : Comédie, Drame, Romance
Année : 2014
Date de sortie : 10 Septembre 2014
Durée : 99 min.
Casting : Fabrice Luchini (Martin Joubert), Gemma Arterton (Gemma Bovery), Jason Flemyng (Charlie Bovery), Isabelle Candelier (Valérie Joubert), Niels Schneider (Hervé de Bressigny), Mel Raido (Patrick), Elsa Zylberstein (Wizzy), Pip Torrens (Rankin), Kacey Mottet Klein (Julien Joubert), Edith Scob (Madame de Bressigny)
Musique : Bruno Coulais
Scénario : Anne Fontaine, Pascal Bonitzer, d’après le roman graphique de Posy Simmonds
Chef Op : Christophe Beaucarne
Nationalité : France
Producteur : Philippe Carcassonne, Matthieu Tarot
Maisons de production : Ciné@, Albertine Productions, Cinefrance1888, France2, Gaumont
Distribution (France) : Gaumont

FEFFS – Chronique N°4 du 17 Septembre 2014

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FEFFS 2014 : Samouraï allemand, sang-froid scandinave et castors zombies.

Journée allégée aujourd’hui. Seul le programme du soir au cinéma Star Saint-Exupery s’avère intéressant. Le temps libre étant consacré à quelques lectures de dossiers de presse sur les films de ce soir, flemmarder et boire du café jusqu’à l’insomnie assurée. Cette soirée s’annonce particulièrement intéressante avec la présence d’un jeune réalisateur allemand qui a déjà pas mal fait parler de lui dans les récents festivals, d’un thriller scandinave qui suscite l’adhésion de tous et une séance attendue par tous les fans de zombies ET de castors. Festival, vends-moi du rêve ce soir !

Chers lecteurs, voici la quatrième chronique du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS) en exclusivité pour Cineseries-mag.fr

Der Samurai

Réalisé par Till Kleinert (2014). Date de sortie prochainement annoncée.

Jakob, jeune policier collet-monté, mène une vie terne dans l’Allemagne rurale. Un soir, il croise la route d’un travesti charismatique qui, armé d’un katana japonais, cultive un goût prononcé pour la décapitation. Jakob part alors à la recherche de ce samouraï fou, dans une course poursuite où s’installe une attirance réciproque.

Sélectionné dans la compétition internationale, Der Samurai est le premier long-métrage de ce jeune réalisateur allemand, à l’origine d’une demi-douzaine de courts métrages ces dix dernières années. Intrigue schizophrène, Der Samurai fascine par sa capacité à nous offrir quelques plans d’une élégance esthétique imparable tandis qu’une bande-son électro nous emporte dans ce trip provocateur et obsédant. Il est facile de se perdre dans ce récit dont on ne sait jamais s’il évoque la schizophrénie de son personnage principal, la folie destructrice d’un homme ou d’une métaphore subtile et réfléchie de l’image du loup solitaire dans notre société. Autant de représentations que de réponses tant le réalisateur laisse libre court à l’imagination du spectateur. En début de séance, ce dernier nous avait prévenu que toutes nos attentes allaient être déjouées par ce film qu’il faut prendre comme une métaphore, plutôt qu’une œuvre plausible. Surréaliste, osé et perturbant, Der Samurai nous offre un personnage haut en couleur, un samouraï aux cheveux longs et blonds, vêtu d’une robe blanche à la croisée du personnage de La Mariée de Kill Bill et de Tyler Durden de Fight Club. Citant Shining parmi ses références, Der Samurai est une œuvre qui vit par elle-même et propose une réflexion sur la quête de soi et la manière de surmonter les difficultés de la vie. Stylisé et minutieux dans ses moindres détails, la mise en scène nous plonge dans une ambiance froide (beaux plans de nuit) et passionnelle (effluves d’orange et de rouge), et nous offre quelques plans qu’on croirait tout droit sortis de tableaux surréalistes et oniriques. Mais à force de se complaire dans sa métaphore et de proposer une mécanique lente et répétitive, Der Samurai s’enfonce dans son sujet et perd de vue un certain rythme au profit d’une contemplation dispensable. Le chemin vers la rédemption du personnage devient une épreuve à subir tant l’intérêt du spectateur ne se réduit à mesure que l’intrigue se rallonge. On ne pourra cependant pas lui reprocher une performance sur la mise en scène et sur une réflexion fine et psychologique de ce personnage morne et introverti, qui trouvera le salut dans un rapport destructeur, sexuel, sauvage avec un antagonisme troublant et emblématique. Dommage que le film perde en intérêt et ne s’enferme dans ses délires qui demandent à chaque fois de nouvelles interprétations. Der Samurai est une œuvre unique qui fera assurément naître les discussions. La sortie de salle voyant s’affronter les adorateurs et détracteurs du film.

FEFFS-2014-Der-Samurai-Till-Kleinert

A la fin de la projection, le public applaudit en masse le premier long-métrage de ce jeune réalisateur. Je reste sur ma réserve. Till Kleinert se présente sur scène et le question-réponse peut démarrer. Grosso modo, on apprend que le réalisateur s’est inspiré de la culture manga et surtout de la culture vidéoludique pour son film. Il cite avec plaisir le jeu Silent Hill bien qu’il pense s’y être inconsciemment inspiré. Ce n’est qu’à la fin du tournage qu’il a senti l’impact du titre sur son travail. Il évoque la composition musicale réalisée par un seul homme et qui a véritablement marqué les esprits par une ambiance électro du plus bel effet. Toujours autant de questions superficiels sont posées : « Comment vous-est venu l’idée du film ? » ou plus surprenant « Les plans de nuit ont-ils été tournés de nuit ? ». Un oui ferme de la part d’un réalisateur surpris. Question suivante ? Ne pensant qu’à mon travail de journaliste et à vous, chers lecteurs, je décide de poser une question à Till Kleinert : « J’ai remarqué que vous remerciez les ’’crowdfunders’’ lors du générique. Désormais les scénarios les plus audacieux, les plus osés et donc les plus risqués ne bénéficient d’un espoir de réalisation que par la générosité de donateurs du crowdfunding. Est-ce-que vous avez eu beaucoup de difficultés à concrétiser votre projet ? » Ce à quoi le réalisateur m’a répondu longuement et avec la plus fidèle sincérité que ce projet est avant tout un travail de fin d’études pour valider son diplôme. Il évoque les contraintes de production d’un tel film, cru et plutôt osé dans son approche. Les boîtes de production ne souhaitèrent le financer qu’à 75% du budget. Le reste étant apporté par les donateurs via le crowdfunding. Mais le réalisateur nous dévoile en fait qu’il s’agissait -pour la plupart- de membres de sa famille et de ses amis, ainsi que de ceux de son équipe de tournage. Peu de donateurs inconnus donc. Apprenant cela, j’ai décidé d’être plus tolérant avec ce réalisateur qui offre tout de même quelques beaux moments de cinéma pour quelqu’un qui souhaitait simplement valider son année. La boîte destinée au vote du public est de nouveau disposé aux sorties de la salle. Très bon, bon, moyen, mauvais ou très mauvais donc. Ça sera moyen mais intérieurement, c’est un moyen positif. Chapeau néanmoins pour ce premier long métrage, Monsieur Kleinert !

Note de la rédaction : ★★★☆☆ 

Refroidis

Réalisé par Hans Petter Moland (2014). Sortie le 24 septembre 2014.

Nils est informé par la police du décès de son fils par overdose d’héroïne. Mais, quand il apprend la vérité, ce placide conducteur de chasse-neige se mue en justicier et entreprend de supprimer méthodiquement tous ceux qui sont liés à la mort de son fils, provoquant ainsi une désopilante guerre entre trafiquants de drogue avec, d’un côté, un parrain serbe à l’ancienne et, de l’autre, « le Comte », dandy paranoïaque et bébête. 

Dernier film de la sélection Crossovers, Refroidis est un film de vengeance à l’ambiance glaciale qui trouve son efficacité dans un subtil dosage d’humour noir et cynique. Tout droit venu de Scandinavie, le nouveau film de Hans Petter Moland aborde le genre « vigilante movie » avec dérision mais sans toutefois oublier de sa vue le caractère déterminé de son personnage. Ce dernier est interprété par un Stellan Skarsgård en apparence sage mais qui s’avère bien plus sombre et torturé. Stellan est un habitué dans la filmographie de Hans Petter Moland, où l’on a déjà pu le voir dans Un Chic type, Aberdeen ou Zero Kelvin. Dérision du film également dans ses nombreuses références avec ces personnages souvent simples d’esprit qui se donnent des surnoms de personnages de Top Gun ou le personnage de Stellan Skarsgård qui avoue ne pas connaître l’Inspecteur Harry. Refroidis bénéficie d’un soin particulier de l’image pour représenter à l’écran l’entendue des vastes paysages nordiques enneigés. Chaque plan se déroulant dans une ambiance plus que glaciale où cette couche de blanc risque à tout moment d’être tâchée par la mort d’un personnage. Ironisant à chaque fois ce tragique moment par l’incrustation à l’écran d’une croix funéraire et du nom de la victime. Cette succession d’assassinats trouve vite ses limites et le milieu du film s’avère embourbé dans un récit qui finalement s’allonge mais qui ne trouvera son apogée qu’avec ce final intense, froid et sanglant. On savourera toute une galerie de seconds personnages hauts en couleur et l’intervention d’un Bruno Ganz serbe complètement imprévisible. De ce film de vengeance nordique, le réalisateur en profite également pour livrer un message sur la nation nordique et l’arrivée de ces pays qui croient pouvoir prendre le contrôle de ces territoires qu’ils ne connaissent pas. Une métaphore politique subtile sur l’attachement des habitants nordiques à ne pas se mêler des affaires des autres nations, ce qu’elle attend en retour. Nordique comme on les aime, Refroidis est un thriller aussi bien qu’une comédie noire maîtrisée avec sang-froid, et tout naturellement reparti avec le Grand Prix du Festival Policier de Beaune.

Note de la rédaction : ★★★★☆  

Zombeavers

Réalisé par Jordan Rubin (2013). Date de sortie prochainement annoncée. 

Trois étudiantes sexy partent pour un weekend entre filles dans la classique hutte isolée au fond des bois. Tout baigne au soleil mais, au milieu du lac, il y a un drôle de barrage de castors, d’où suinte une substance vert-pomme. Cette décharge toxique a engendré une fièvre ravageuse… les timides rongeurs renaissent en stratèges carnivores : les ZOMBEAVERS. Les petits amis hypersexués des filles finissent par arriver pour un grand final gore à la nuit des casmorts vivants. 

Avant même le trailer, Zombeavers a suscité un certain engouement sur les internets car ce crossover entre zombies et castors était la promesse ultime d’un délire assuré et nanardesque. Première réalisation de Jordan Rubin, produit par les gars à l’origine de Cabin Fever, Zombeavers est un film qui surfe sur ce retour à la mode des animaux tueurs, et cela en attendant Squirrels et ses écureuils dévoreurs de chair humaine. Une mode qui trouve son origine dans le succès implacable des productions Asylum et de ses méga-requins dans des tornades contre des pieuvres et j’en passe. Comédie horrifique bien heureusement assumée, Zombeavers est le genre de long métrage idéal pour une séance de minuit, comportant assez de sang, d’humour débridé et de sexe pour contenter une audience venue pour la simple et unique raison de se marrer devant une dose revigorante de mauvais goût. Présenté pour la première fois en France, le cinéma Star Saint-Exupery a fait salle comble et c’est toute une foule de jeunes déconneurs qui applaudissent et rient avec délectation de cet enchaînement de séquences plus potaches les unes que les autres. C’est grâce à un tel public que ce genre de productions peut trouver des financements, un casting et des distributeurs. Faux nanar mais bien slasher conçu au vingtième degré, Zombeavers propose une ressasse du film de série B avec son lot de maison à la campagne, de filles en bikini, de nichons, de sang et de plaisanteries grivoises. Il faut savoir qu’en anglais, beaver signifie donc le castor mais dans un langage plus familier, il évoque également le sexe de la femme. Un jeu de mot exploité jusqu’à l’épuisement dans ce film, nous balançant des vannes au goût de plus en plus douteuses. Quand bien même on s’attend à regarder un film cheap et mauvais qui n’a que son pitch pour attirer le public, on reste relativement déçu par ce film qui trouve difficilement son salut. Et ce n’est pas tant le sujet qui est en faute, des films aux pitchs plus débiles s’avéraient être de véritables trouvailles d’humour débridé et d’horreur à souhait. On pense à Black Sheep, Piranha 3D voire Arac Attack.

Zombeavers est simplement paresseux. Autant dans sa forme qui se rapproche davantage du court-métrage amateur que d’un long métrage avec de l’audace, que dans son fond, le récit n’étant que le théâtre d’une histoire d’infidélité, de sexe et de sexe again (du sexe soft, attention on reste en Amérique !) dans un seul but d’être la combinaison publicitaire idéale : Sujet idiot, gore et sexe. Bingo ! Les scénaristes (oui ils ont été trois à l’écrire) s’inspirent d’anciens films d’attaques animalières, et ne proposent qu’une ressasse de tous les clichés du genre. Pas étonnant quand on sait que les scénaristes sont les frangins Kaplan, à l’origine de tous les mauvais films que sont Piranhaconda ou bien Dinocroc vs. Supergator. On saluera le parti-pris d’avoir mis en scène des marionnettes de castors (durant tout le film, pas un seul vrai castor n’a dû être utilisé) qui donne un côté old school sympathique et relativement nostalgique au film. Qu’à cela ne tienne, Zombeavers loupe complètement le coche et la bande-annonce se suffisait à elle-seule, bien plus efficace pour nous faire prendre conscience du délire qu’est le croisement entre zombies et castors. Un tel sujet n’aurait dû trouver sa place que sur YouTube. Le format long annule tout simplement l’effet mouche comique et le potentiel décalé d’un film qui ne cherche jamais à se démarquer d’un schéma ressassé depuis les années 80 et qui déjà ne nous faisait pas marrer. A ne voir qu’à plusieurs et uniquement en séance de minuit (et encore) ou bien vous risquerez de fort regretter ces quatre-vingt-dix minutes d’arnaque total. Ou mieux, passez-vous la bande-annonce de Zombeavers avant de regarder Black Sheep, bien plus efficace dans le genre.

Note de la rédaction : ★☆☆☆☆  

Cette journée sans excès s’achève malgré tout dans la bonne humeur. Des applaudissements tonitruants se font résonner à l’extérieur du cinéma et on croirait presque que les gens ont aimé le film. La nuit est toujours aussi belle sur Strasbourg. Au programme demain, des chiens télépathiques et un désir de célébrité fantasmée jusqu’à l’horreur vont s’affronter dans la compétition internationale tandis que la séance de minuit nous présentera un sous genre du slasher que l’on peut déjà nommer le « Slash Dance ». A demain, les monstres !

Critique : Un Homme très Recherché, un film de Anton Corbijn

Un Homme Très Recherché : Une nouvelle adaptation de John Le Carré péchant par son trop grand formalisme !

Synopsis : Plus de dix ans après les attentats du 11 Septembre 2001, la ville de Hambourg a du mal à se remettre d’avoir abrité une importante cellule terroriste à l’origine des attaques contre le World Trade Center. Lorsqu’un immigré d’origine russo-tchétchène, ayant subi de terribles sévices, débarque dans la communauté musulmane de Hambourg pour récupérer la fortune mal acquise de son père, les services secrets allemands et américains sont en alerte. Une course contre la montre s’engage alors pour identifier cet homme très recherché : s’agit-il d’une victime ou d’un extrémiste aux intentions destructrices ?

« Écrire, c’est à peu près comme se trouver dans une maison vide et guetter l’apparition de fantômes.»

Sous ce propos rendant compte de l’esprit tourmenté voire abscons d’une bonne partie d’écrivain, se cache John Le Carré. Auteur britannique né en 1931 et contemporain d’un certain Ian Fleming (le créateur de James Bond), il a su marqué d’une pierre blanche le monde de l’écriture grâce à sa prose sans égale parvenant au prix de nombreux romans à démystifier l’espionnage dans toute sa conception et surtout dans toute son appréhension.

Se distinguant clairement de Fleming, qui lui dépeignait des intrigues la plupart du temps exagérées et enjouées de par la nonchalance et la désinvolture de son héros en smoking, Le Carré préférait lui, quitte à faire figure d’exception, dépeindre un monde ne se divisant pas entre bons et méchants, où les meilleures qualités d’un agent secret sont la patience et une discrétion pouvant aller jusqu’à l’effacement et ou les personnages, jamais idéalisés et vecteurs de l’intrigue, restituaient le quotidien véritable des espions, fait de monotonie à refaire sans cesse nuits blanches, filatures et enquêtes complexes.

Symbolisant pour certains une vision quasi clinique du métier et pour d’autres l’aspect souvent oublié fait de paperasserie et d’ennui, le style Le Carré, bâtissant sa ligne de conduite sur ce soin d’authenticité tout en profitant de l’absence notable d’écrivains dans le domaine, a su s’affirmer comme une référence en termes de roman d’espionnage.

Référence qui n’attendra pas longtemps avant de subir les affres de l’adaptation puisque fort de l’arrivée de James Bond en 1962 au cinéma et du regain d’intérêt pour l’espionnage suscité par ce dernier, Le Carré verra ses romans par plusieurs fois adaptées et ce pour des résultats plus ou moins engageants mais disposant la encore de rythmes encore une fois aux antipodes de 007, mettant ainsi en valeur les personnalités, leurs forces, leurs faiblesses, les relations entre les individus et non les festivals de pyrotechnie supposés.

Un mantra littéraire encore une fois scrupuleusement respectée dans la dernière œuvre du maitre ayant eu droit aux louanges d’une adaptation, A Most Wanted Man (Un Homme Très Recherché).

A l’Ouest, rien de nouveau !

Délaissant la critique acerbe des dérives de la mondialisation présente dans The Constant Gardener, Un Homme très Recherché narre dans une ambiance atone et froide la paranoïa post 11 Septembre vue à travers les services secrets allemands, sur le qui-vive, lorsqu’un immigré musulman aux troubles intentions débarque à Hambourg, ville ayant abrité le réseau terroriste à l’origine des attentats du World Trade Center.

Soucieux de ne pas rééditer cette terrible débâcle et laisser filer un potentiel terroriste dans la nature, Günther Bachmann (Phillip Seymour Hoffman), est alors dépêché comme l’agent responsable de l’opération visant à son arrestation.

Ton blafard, démarche patibulaire et cigarette à la bouche, Bachmann, figure archétypale de la prose Le Carré, doit dans le même temps composer avec une hiérarchie oppressante et pressée et un détachement d’agents américains, désireux de s’inclure dans l’enquête afin de lutter contre le terrorisme à sa source en faisant tomber un intermédiaire supposé d’Al-Qaeda.

Rien que pour vos yeux…

Doté d’un propos étonnamment d’actualité jonglant avec les pensées islamophobes, les tensions inter agences, la paranoïa post 11 Septembre et la rivalité des grandes puissances pour endiguer à leur manière le terrorisme, la trame d’un Homme Très Recherché ou du moins le contexte dans laquelle elle s’insère avait de quoi intéresser tant cette dernière apparaissait comme une nouvelle plongée analytique du maître dans les bas-fonds de l’espionnage.

Transcrivant avec la dextérité qu’on lui connait 10 ans de haine primale de l’islamisme pour la transformer en une paranoïa maladive dont sont atteints ses personnages tout en mettant l’accent sur la volonté de raconter l’histoire méconnue de ces héros de l’ombre s’échinant à rendre le monde plus sûr, ou sur la réanimation des relents fantomatiques de l’espionnage des 60’s entre ruelles sombres, interminables filatures et cendriers remplis de mégot, Un Homme Très Recherché s’assume dès le début comme une plongée dans les arcanes d’un métier encore jugé comme enivrant et qu’on croit à tort rempli de savants fous capable de concevoir des stylos-billes explosifs ou des voitures invisibles.

S’engouffrant dans cette démarche ayant fait sa renommée, le film dans un premier temps séduit. Au hasard de personnages froids, si ce n’est distant, d’une localité automnale, celle de Hambourg en l’occurrence, et d’un rythme quasi documentaire, oscillant entre une rigueur formelle et un lent acheminement de l’intrigue, le film déploie ses pions sur un échiquier ne présentant pas pour autant un côté noir ou blanc mais gris ; subtil mélange obtenu par le caractère de certains personnages devant s’acquitter de tâches ingrates et donc illégale pour servir l’intérêt général.

Mais au fur et à mesure que cette chronique minimaliste et captivante se déploie, l’attrait et le charme général du film se délitent. La faute à une œuvre déjà sur le papier trop formelle, elle-même accentuée par la rigueur de la réalisation, qui bien que méticuleuse et appliquée, entraîne le film vers un long élan prosaïque auquel le réalisateur, Anton Corbijn (The American) véritable faiseur du genre a bien du mal à s’en dépêtrer.

Rendant ainsi compte du talon d’Achille du romancier, à savoir celui d’imaginer des histoires aussi détaillées et haletante que les cadres dans lesquelles elles s’insèrent, Un Homme Très Recherché ne vaut plus que pour sa représentation efficace d’un monde gangrené par le peur et la soif du succès et son casting 5 étoiles, composé du regretté Philip Seymour Hoffman, Robin Wright (vue dans House of Cards), Rachel McAdams ou encore Willem Dafoe, qui au diapason de cette œuvre exigeante, délivre d’honorable prestations, accentuant ainsi au passage le mantra quasi papal de Le Carré : celui de cerner davantage les personnages que l’histoire.

Fiche Technique : Un Homme très Recherché

Titre original : A Most Wanted Man
Réalisation : Anton Corbijn
Scénario : Andrew Novell
Acteurs principaux : Philip Seymour Hoffman, Rachel McAdams, Grigoriy Dobrygin, Robin Wright, Willem Dafoe, Daniel Brühl
Pays d’origine : Etats-Unis, Royaume-Uni, Allemagne
Sortie : 17 Septembre 2014
Durée : 2h02mn
Distributeur : Mars Distribution

Shirley, un voyage dans la peinture d’Edward Hopper : Critique

Il est malheureux que le titre français de ce film (Shirley, un voyage dans la peinture d’Edward Hopper) ne traduise pas fidèlement l’esprit de son titre original (Shirley, visions of reality – The art of Edward Hopper ). Car l’essence même de ce film est cela : une vision de la réalité, et plus précisément encore, comme le dit Gustav Deutsch lui-même, une mise en scène de la réalité (« Eine Inszienierung von Realität »).

Synopsis : Un hommage à la peinture d’Edward Hopper et à la vie quotidienne américaine des années 1930 aux années 1960, avec la mise en scène de treize de ses tableaux prenant vie et restituant le contexte social, politique et culturel de l’époque à travers le regard du personnage féminin, Shirley.

Personnage directement inspiré de Joséphine son épouse, un modèle unique et froid. La vision d’une réalité ordinaire, sans concession.

American Beauty

S’inspirant fidèlement de 13 tableaux du peintre américain Edward Hopper, choisis parmi ceux qui représentent cette femme qui devient Shirley dans le film, l’artiste autrichien Gustav Deutsch a eu pour double ambition de « vivifier » les tableaux, en imaginant sur des séquences de 6 à 7 minutes pour chacun d’entre eux l’avant et l’après, les gestes qui sont faits pour parvenir à l’instant peint par Hopper, leur chronologie précise, etc.  Puis de faire vivre son personnage qui s’exprime en voix-off, en lui imaginant une vie privée et une occupation professionnelle.

Stephanie-Cumming-Shirley-film

Ces tableaux n’ont pas été choisis au hasard, ils sont ceux qui ont les rapports les plus directs avec le cinéma, soit parce qu’ils ont été influencés par les films noirs expressionnistes des années 30 que Hopper n’hésitait pas à aller voir et revoir pour l’exploitation de la lumière, du jeu des ombres ou pour la forte géométrisation des plans, ou qu’à leur tour ils ont influencé d’illustres cinéastes (Hitchcock, Jarmusch, Wenders ou encore Lynch), soit parce qu’ils parlent directement de cinéma (les tableaux New York Movie ou Intermission par exemple).

SHIRLEY-Un-Voyage-dans-la-peinture-Christopher-Bach-Stephanie-Cumming

Gustav Deutsch met donc en scène ces tableaux, dans le cadre d’une reconstitution absolument fidèle, et ainsi qu’il l’a fait dans de précédentes expérimentations, mais ces fois- là sur des found footages à partir desquels il a raconté une nouvelle histoire, il imagine l’histoire de Shirley, une femme dans l’Amérique des années 30 jusqu’au milieu des années 60. Chaque séquence est estampillée à la date de création du tableau sous-jacent, et une radio imaginaire donne les nouvelles correspondant précisément à ce moment de l’histoire américaine. Pendant ces quelques minutes, on est plongé dans l’univers du tableau qui devient une partie de la réalité, et de la vie qui devient une partie du tableau.

SHIRLEY-Un-Voyage-dans-la-peinture-Christopher-Bach

Ceux qui connaissent l’œuvre de Hopper apprécieront cette « mise en vie », aussi bien le plaisir intellectuel de reconnaître l’œuvre en question, que la vision de l’histoire brodée par Gustav Deutsch autour d’elle. Gustav Deutsch a choisi une danseuse professionnelle, Stephanie Cumming, qui a cet avantage de pouvoir être dans la grâce aussi bien dans les positions immobiles nombreuses du film, que dans les déplacements (se mettre debout, assise, allongée, nue ou habillée, en un mot sortir ou entrer vers le point culminant qui est la reproduction du tableau) qui doivent rester très feutrés pour coller au ton de Hopper. Le résultat est magnifique, visuellement, même si (ou parce que)  le tempo est lent, voire très lent.

Shirley-sun-on-brownstons-Edward-Hopper-film-Gustav-Deutsch

Shirley, jeune femme des années 30 est une femme indépendante et forte, on la voit au travail mais aussi dans son intimité avec son amoureux. Etant seule en scène la plupart du temps, elle exprime ses pensées plutôt progressistes en voix-off, des idées très affirmées sur tous les événements marquants qui ont jalonné l’histoire de l’Amérique, tels que Gustav Deutsch les cite lui -même : Pearl Harbour la 2ème guerre mondiale, la bombe atomique et la conquête de l’espace, McCarthy et la guerre froide, l’assassinat de John F. Kennedy et le début de la guerre de Vietnam, Duke Ellington et le big band swing, Billie Holiday et le Southern blues, Elvis Presley et le rock n’ roll, Bob Dylan, Joan Baez et le protest song, le Group Theatre, le Living Theatre, l’ Actor’s Studio,(…), le krach boursier de 1929, la Grande Dépression, le Fordisme et les autoroutes, les émeutes raciales et le Ku-Klux-Klan, la Marche sur Washington Martin Luther King.

Les autres, ceux qui ne connaissent pas ou peu l’art d’Edward Hopper auront l‘avantage de découvrir d’une belle manière cet univers très mélancolique, peuplé de solitaires qui est le sien. La reconstitution de la lumière  précise et  caractéristique ainsi que des formes géométriques marquées des lieux que l’architecte Gustav Deutsch s’est évertué à créer « from scratch » est si réussie qu’elle  marque pour longtemps et invite à une découverte approfondie de l’artiste Hopper. En revanche, ils peuvent être désarçonnés par la relative froideur du film, un film expérimental après tout. L’histoire de Shirley est trop fragmentée et parcellaire pour capter durablement l’intérêt, et la seule contemplation de ces « tableaux vivants » peut ne pas être suffisante pour un spectateur en quête de cinéma.

Ce film imprègne littéralement la rétine. L’énorme travail fourni par Gustav Deutsch ne peut laisser indifférent, et on peut lui reconnaître de mettre la lumière sur Edward Hopper et son art, comme annoncé dans le titre du film, et non sur lui-même et ses prouesses artistiques. Mais comme précisé sur le site du film, « it’s art imitating art », et si on veut, on est doublement comblé.

SPOILERS : pour ceux qui souhaitent (re)voir en avance de phase les tableaux choisis par Gustav Deutsch avant d’aller voir le film, voici la liste des 13 tableaux choisis, dans l’ordre chronologique :

– Hotel Room (1931) – New York Movie (1939) – Room in New York (1940) – Office at night (1940) – Hotel Lobby (1943) – Morning Sun (1952) -Sunlight on Brownstones (1956) – Western Hotel (1957) – Excursion into philosophy (1959) – A woman in the sun (1961) – Sun in an empty room (1963) – Intermission (1963) – Chair car (1965)

Fiche Technique: Shirley, un voyage dans la peinture d’Edward Hopper de Gustav Deutsch

Titre original : Shirley, visions of reality – The art of Edward Hopper
Réalisateur : Gustav Deutsch
Genre : Expérimental, drame
Année : 2013
Date de sortie : 17 Septembre 2014
Durée : 92 min.
Casting : Stephanie Cumming (Shirley), Christopher Bach (Stephen), Florentin Groll (Mr. Antrobus), Elfriede Irrall (Mme Antrobus)
Musique : Christian Fennesz
Scénario : Gustav Deutsch
Chef Op : Jerzy Palacz
Nationalité : Autriche
Producteur : Gabriele Kranzelbinder
Maisons de production : Gabriele Kranzelbinder Production
Distribution (France) : KMBO
Credits photos (C) Jerzy Palacz

 

Critique Série : The 100, Saison 1

The 100 – saison 1 : Entre la série post-apocalyptique et le teenage show

Synopsis: 97 ans après qu’une guerre nucléaire ait ravagé la Terre, empêchant des conditions de vie sur la planète et poussant les humains à vivre sur une Arche spatiale. Afin de tester si la Terre peut être repeuplée, l’arche envoie 100 jeunes délinquants, contre leur volonté, dans un vaisseau spatial.

The 100 est l’adaptation du livre de Kass Morgan, The 100 (Les 100, sortie en janvier 2014 en France), qui fut un succès international de la young-adult novel. Le scénariste Jason Rothenberg l’adapte en série, surfant sur la vague des adaptations de dystopie et SF young-adult du moment, (Divergent, The Maze Runner, etc…) et s’adresse alors exclusivement à un public adolescent. Car si l’impression du début nous immerge dans un univers SF et un décor apocalyptique, l’histoire de divise entre complots politiques, rivalités violentes et drames amoureux d’adolescents.

Un sujet intéressant exploité maladroitement

Une bonne idée de départ : une poignée d’adolescents dits « criminels », lâchés sur une terre inexplorée, infectée et hostile. On craint pour leur survie, surtout quand petit à petit, ces adolescents se rendent compte que la terre reste peu accueillante et que le joyeux groupe de délinquants du départ tourne vite en autocratie, voir en anarchie totale. Pour couronner le tout, ils perdent tous contact avec l’Arche, et ces derniers les croient morts. En parallèle, les dirigeants de l’arche s’inquiètent pour leur propres survies. La mère de Clarke, Abby Griffin (Paige Turco) et le chancelier Thelonius Jaha (Isaiah Washington) se retrouvent aux milieux des débâcles politiques et des trahisons. Des nombreux conflits qui remettent en question leur plans de survie sur Terre et mettant en péril la vie des derniers humains.

Des personnages creux à la plastique parfaite

L’histoire sur Terre, se concentre sur peu de personnages, assez archétypes et dont on a du mal à s’attacher. Mise à part leur plastique parfaite, ils parviennent parfois à être raisonnés et touchants puis, bernés et complètement décevants. Tout le groupe gravitent entre Bellamy Blake (Bob Morley), qui s’est auto attribué tous les pouvoirs, et agis à la fois en chef tortionnaire et justicier maladroit. Puis, Clarke Griffin (Eliza Taylor), souffrant d’une surexposition presque horripilante de son personnage. Malgré tout, elle semble demeurer la seule adolescente raisonnée du groupe. En tentant au maximum de faire survivre la communauté d’irresponsables et de reprendre contact avec l’Arche.

Les autres personnages principaux, Octavia (Marie Avgeropoulos), Finn (Thomas McDonell), Jasper (Devon Bostick), John (Richard Armond) et Raven (Lindsey Morgan), sont relégués au second plan dans le seul but de créer des triangles amoureux et des rivalités. Mais l’action reste plate et lente, se prétendant sombre. Leur condition de survie sert alors de prétexte pour justifier des scènes de sexe, ou quelque mort cruelle. Une tentative pour rendre cette série moins « adolescente ». Mais de la violence et de la vulgarité ne rende pas le médiocre meilleur.

L’intrigue devient plus pertinente lorsque apparaissent les « Grounders » (véritables Terriens). Bien sur, qui voient d’un mauvais œil l’arrivée de ces nouveaux envahisseurs belliqueux. Une guerre s’ensuit, du moins, nous est promise. Dans la mise en scène des combats, il y a manque de crédibilité totale. Des incohérences répétées, parfois même des faux raccords. A croire que rien n’est pris sérieusement, même le peu d’action à la fin.

Plus un drame adolescents qu’une série SF

Une habitude de la chaîne CW, qui dans leurs adaptations de romans adolescents, s’attribuent l’histoire et la modifie plus que de rigueur, dans l’espoir de charmer le même publique. C’est alors assez réducteur de croire que ce public d’adolescents se moque d’un scénario cohérent, du moment qu’on lui sert des beaux acteurs en cartons, quelques combats médiocres et des triangles amoureux bancales.

Finalement l’intérêt pour cette série se divise. Réel série de science-fiction ? Non, plutôt drame adolescent dans un décor apocalyptique. Parfois, on est presque étonnée d’entendre en fond une bonne chanson, mais qui ne colle pas du tout avec le genre. L’action est trop vite effacé par nombre d’intrigues amoureuses, encore une fois pour satisfaire le public jeune, que l’on croit à tort en soif d’idylle. Mais ce genre de rivalités amoureuses décrédibilise le drame principal : leur survie sur terre. Le côté science-fiction s’appauvrit, et n’est pas exploité à bon escient.

Après un cliff-hanger au dernier épisode qui laisse tout le monde sur sa faim, la saison 2 est déjà prévue pour fin octobre. Doit-on s’attendre à une suite plus passionnante? Nous verrons.

Fiche technique : The 100

Créateur : Jason Rothenberg
Saisons : 1
Episodes : 13
Casting : Eliza Taylor (Clarke Griffin), Paige Turco (Abby Griffin), Thomas McDonell (Finn Collins), Marie Avgeropoulos (Octavia Blake), Bob Morley (Bellamy Blake), Christopher Larkin (Monty Green), Devon Bostick (Jasper), Isaiah Washington (Thelonius Jaha), Henry Ian Cusick (Marcus Kane), Eli Goree (Wells Jaha)
Durée : 42 min
Genre : Drame, Science-Fiction
Nationalité : Americaine
Chaine : The CW
Date de Diffusion : Mars 2014 (U.S.A), Inconnue en France
Saison 2 : La saison 2 de The 100 sera diffusée dès la rentrée 2014 sur la chaîne américaine The CW.