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FEFFS – Chronique N°7 du 20 Septembre 2014

Du court, du palmarès et de l’Ethan Hawke pour conclure ce FEFFS, cru 2014.

La nuit est courte et le réveil est dur. C’est aujourd’hui le Jour J, le dernier jour du festival. Pour conclure en beauté cette fantastique édition du FEFFS, ni plus ni moins qu’une cérémonie de clôture attendue par toutes les équipes de films ET de jeux vidéo en compétition. Sans oublier bien évidemment l’avant-première européenne du dernier film des Frères Spierig. Mais avant ça, ma curiosité de cinéphile et mon intérêt pour la production court métrage me pousse à aller assister à une séance de courts internationaux. Une salle étonnamment bien remplie et plutôt chaleureuse. Un coupon m’est tendu à l’entrée sur lequel il faudra indiquer mon court métrage préféré et le déposer dans un sac à la sortie de la séance. La projection va enfin pouvoir démarrer.

Chers lecteurs, voici la dernière chronique du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS) en exclusivité pour Cineseries-mag.fr

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Courts métrages internationaux

  • Ceremony for a friend de Kaveh Ebrahimpour

Mansour a dépassé les limites si bien que ses amis décident de le pendre… Ils se réunissent alors afin de discuter des détails de la cérémonie.

  • Ghost Train de Lee Cronin

Michael et Peter, deux frères, retournent comme tous les ans sur le site de l’ancienne fête foraine où un drame est survenu quand ils étaient enfants. Mais, cette année, Michael revient sur un détail de l’incident qui pourrait bien tout changer.

  • The Landing de Josh Tanner

Un homme retourne sur les terres de la ferme de son enfance afin de découvrir la vérité sur « la chose » qui a atterri cet été de 1960 quand il n’était qu’un petit garçon.

  • Nectar de Lucile Hadzihalilovic

Dans un parc, une chambre ronde. A l’intérieur, des femmes se livrent un rituel parfaitement rodé. La reine livre son nectar. Mais un nouveau cycle se prépare déjà.

  • Rien ne peut t’arrêter de David Hourrègue

Certaines réalités sont inacceptables. Apprendre la mort de l’être aimé dans un couloir d’hôpital en est une. Certains murs sont infranchissables, mais que faire lorsque celui de la fatalité rejoint celui du temps ?

  • Robotics de Jasper Bazuin

John construit son double en espérant obtenir une vie meilleure… mais son robot sera bien plus performant que ce à quoi il s’attendait !

  • Safari de Gerardo Herrero

Ce qui aurait pu être une journée ordinaire dans ce lycée des États-Unis sera tout sauf ça.

  • Shelved de James Cunningham

Même les robots peuvent s’ennuyer dans un emploi sans avenir, jusqu’à ce qu’ils découvrent qu’ils peuvent être remplacés par des humains !

400 courts ont été soumis à l’association avant que le festival ne fasse une sélection drastique. 8 courts métrages mais tous d’une qualité déjà fort appréciable. Aucun ne m’a déçu, c’est dire. Je vais exclusivement parler de The Landing de Josh Tanner qui fût mon favori de la sélection bien que les autres fussent également tous bien, avec des mentions pour le fantastique Ghost Train, l’efficace mais déjà-vu Safari ou le métaphorique Nectar. The Landing nous prend par surprise et montre un pitch de départ déjà vu mille fois dont la plus célèbre représentation trouve son essence dans le Signes de M. Night Shymalan. D’un postulat basique, Josh Tanner en tire un film maîtrisé avec brio, vecteur d’une élégance esthétique formelle et implacable, magnifié par la performance de ces deux interprètes principaux et doté d’un twist final sensationnel. Un vrai beau film où le fantastique n’est pas là où on le trouve. J’aimerais le voir gagner un prix.

Note de la rédaction : ★★★★☆ 

Petit interlude avant de rejoindre mes appartements. Je m’arrête quelques instants à l’Exposition Rétro Gaming et Indie Games, organisée par le FEFFS. Il faut rappeler que le FEFFS, c’est aussi un festival qui propose de découvrir la richesse du monde du jeu vidéo indépendant dans sa dimension essentiellement fantastique. 120 jeux soumis à l’association, 18 seulement sont retenus et à l’arrivée l’Octopix, le prix vidéoludique majeur du festival. Lors de cette exposition, il était possible d’accéder à des phases bêta de jeux vidéo indépendants en cours de développement donc. Et pour les plus rétros, des consoles étaient disséminées dans la salle pour que les festivaliers puissent se détendre sur du Duck Hunt, Street Fighter 2, Pac-Man ou des jeux plus récents comme Call of Duty. Idéal pour les gamers, aussi bien novices que confirmés !

FEFFS – Cérémonie de clôture

Et voici que sonne la fin de cette 7ème édition du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, la cérémonie met du temps à démarrer et une charismatique femme se présente sur la scène pour animer cette clôture. Le palmarès tarde à arriver, Daniel Cohen, le directeur artistique du Festival venant annoncer les chiffres de fréquentations du Festival. On apprend que près de 20 000 spectateurs (deux fois plus que l’an passé) sont venus assister au FEFFS, que plus de 4 000 morts-vivants ont suivi le mouvement de la Zombie Walk et que 2 000 personnes s’étaient rassemblées Place de la Cathédrale pour la projection en plein-air de S.O.S. Fantômes. Tout simplement impressionnant. L’adjoint du maire de la ville de Strasbourg s’avance sur scène et se félicite de ces bons chiffres. L’année prochaine, il entend être encore plus ambitieux et compte bien faire de ce FEFFS, l’évènement majeur du mois de Septembre à Strasbourg.

Après cette salve de bons chiffres et d’auto-congratulations, entrecoupés de remerciements et d’applaudissements du public, on peut désormais passer au palmarès de cette cérémonie qui traîne quelques peu en longueur.

Le Jury Jeux Vidéo s’avance sur la scène et leur discours évoque la production actuelle, la réussite de certains jeux mais aussi les difficultés de créer des jeux originaux qui puissent trouver une vraie vie médiatique. La présentatrice en profite pour se moquer du langage incompréhensible (car technique) des membres du jury, lorsque ces derniers évoquent les campagnes Kickstarster, les versions alpha, bugées et les différentes formes de technologies pour concevoir un jeu. Nouvelle preuve que le jeu vidéo n’est pas encore pleinement considéré comme un art à part, après la polémique Antoine de Caunes. Quoiqu’il en soit, le jury attribue une mention spéciale au jeu Savage – The Shard of Gozen et récompense The Coral Cave de l’Octopix. Des jeux pour lesquels vous pouvez trouver des démos en ligne.

A présent, place aux courts-métrages et ce jury qui s’attarde sur la qualité incroyable des films présentés (avec lequel je suis d’accord). Un des membres nous fait une Isabelle Adjani en se trompant sur le nom d’un film récompensé. Fou rire gêné. Si La Bête de Vladimir Mavounia-Kouka remporte une mention spéciale et que Imposteur de Elie Chapuis reçoit le Prix du Jury dans la catégorie animation, ce sont quatre films qui se démarquent surtout dans la sélection courts. Tout d’abord, Shadow de Lorenzo Recio, honoré du Prix du Jury dans la catégorie Made in France, et que votre chroniqueur avait déjà pu voir au Festival International du Film de Nancy-Lorraine au début du mois. Un film sympathique, réussi mais qui me paraît pourtant inachevé. Une bonne surprise pour ce film qui mérite tout de même un prix. Venu précipitamment de Paris, le réalisateur a même fait l’effort de venir récupérer sa récompense et nous dire quelques mots.

Ceremony for a Friend de Kaveh Ebrahimpour repart avec le Prix du Jury Jeune et une Mention Spéciale du Jury. Fantastique huis-clos aux dialogues piquants de justesse.

Robotics de Jasper Bazuin se voit également attribué deux récompenses. Celui du Prix du Public et du Méliès d’Argent.

Enfin, The Landing de Josh Tanner (que votre chroniqueur a donc adoré) reçoit l’Octopus d’Or. Récompense pleinement mérité pour ce film, pour lequel le jury avoue avoir adoré sa dramaturgie, sa réussite formelle et son écriture sensible.

La cérémonie touche bientôt à sa fin et c’est un Tobe Hooper acclamé jusqu’à la standing ovation qui se présente sur scène pour nous dévoiler le palmarès long-métrage. Accompagné des deux autres membres du jury que sont Xavier Palud et Juan Martínez Moreno.

Gagnant du Narcisse du Meilleur Film au récent Festival international du film fantastique de Neuchâtel (NIFFF), Housebound de Gerard Johnstone repart avec le Prix du Public. Depuis le début du festival, tous les festivaliers s’accordaient sur la réussite et l’humour implacable de ce film d’horreur pas comme les autres. Une création originale venue de Nouvelle Zélande, que j’ai malheureusement manqué. La distributrice française du long métrage, Luminor Films, est venue récupérer le film.

Fabrice du Welz a toujours déclaré son amour pour le film Massacre à la Tronçonneuse de Tobe Hooper. Très symbolique alors que le Jury présidé par ce dernier lui attribue une Mention Spéciale pour son film Alléluia qui propose une nouvelle version viscérale de l’Histoire des Tueurs de la Lune de Miel.

Esthétiquement sobre, froid et très ennuyeux selon certains festivaliers, Amours Cannibales de Manuel Martin Cuenca repart avec le Méliès d’Argent pour un film qui a véritablement charmé les membres du jury. Egalement distribué par Luminor Films, la distributrice du film est venue dire quelques nouveaux mots de remerciements.

Le moment attendu arrive et Tobe Hooper dans une certaine précipitation dévoile le nom du vainqueur de l’Octopus d’Or. Il s’agit de White God de Kornél Mundruczó qui a mis tout le monde d’accord dans le jury. Déjà gagnant à Cannes avec le Prix Un Certain Regard, le film hongrois est arrivé à Strasbourg avec de très bons échos et un statut d’outsider imparable. Une vidéo skype a été réalisée où l’on peut voir le réalisateur remerciait avec fierté l’ensemble du jury et tout le festival pour ce prix qu’il reçoit avec un immense plaisir.

D’un point de vue très personnel, et c’est presque logique qu’il y ait des désaccords, je reste sur ma faim notamment concernant mon coup de cœur qu’a été A Girl Walks Home Alone at Night, complètement oublié du palmarès. Comme dans toute compétition, c’est un palmarès qui fera débattre et animera les discussions ces prochaines semaines lors des rediffusions en compétition. Après une cérémonie tardive, étirée et quelque peu maladroite, la salle de cinéma du Vox se fait tout obscure et la présentatrice dans ces derniers mots nous présente cette avant-première européenne, remerciant le distributeur Sony. 

Predestination

Réalisé par Michael Spierig & Peter Spierig (2014). Sortie annoncée le 01 décembre 2014 en DVD/Blu-Ray. 

Predestination retrace la vie d’un agent temporel spécialisé dans la lutte contre la criminalité, envoyé dans une série complexe d’expéditions spatiotemporelles afin d’assurer à tout jamais la continuité de sa carrière. Pour son ultime mission, l’agent doit s’attaquer au seul criminel qui lui a toujours échappé. 

Après avoir fait dans le gore efficace avec Undead en 2003 puis avoir dirigé Ethan Hawke dans le vampirique, rythmé et intéressant qu’était Daybreakers en 2009, voilà que les Frères Spierig s’éloigne du sang, tout en restant dans un cinéma de genre, celui de la science-fiction où ils retrouvent un Ethan Hawke en très grande forme. Présenté pour la première fois au Festival Fantasia à Montréal où il a été acclamé par le public, Predestination est un film inspiré d’une nouvelle intitulée « All you Zombies » de Robert A.Heinlein, évoquant les paradoxes des voyages dans le temps. Predestination est tout simplement un film incroyable, que certains qualifieront de « complexe » mais qui s’avère plutôt accessible. Disons que tout le film remue les méninges jusqu’à ce moment clé où tout devient limpide. Dans ce sens, un deuxième visionnage s’impose d’emblée tant on souhaite comprendre tous les tenants et aboutissants du scénario, chaque détail à l’écran pouvant être un facteur de compréhension de ce final si marquant. Les deux frangins ont fait un excellent travail sur la mise en scène, bourrée de fluidité et magnifiquement stylisée sans l’être jusqu’à l’excès. Ethan Hawke et Sarah Snook sont incroyablement performants et on ne pouvait pas en attendre moins d’eux, tant la première partie du film est un long mais intéressant dialogue nous permettant de saisir les bases des personnages. Fascinant. Dotés de bons effets spéciaux, Predestination mise davantage sur un rythme de narration, de dialogues, de psychologie que sur un enchaînement de scènes d’action sans enjeux. La relative complexité du scénario nous offre un vrai matériau à la réflexion et je pense pouvoir dire que pour une fois, Hollywood ne s’est pas trop foiré avec une histoire de voyage dans le temps. Le paradoxe est évité et les rebondissements sont nombreux avant ce final sensationnel qui vous laissera l’image d’un film de science-fiction diablement efficace et parfaitement maîtrisé. Bien joué les Spierig ! Seul point noir au tableau, Allociné annonce une sortie en DVD/Blu-Ray plutôt qu’une sortie salle. Une distribution injuste pour un film de science-fiction qui pourrait être promis à un bel avenir s’il était bien distribué. Peut-être que l’enthousiasme des critiques dans les festivals va jouer en sa faveur. Wait and see !

Note de la rédaction : ★★★★☆  

RAPPEL du Palmarès des films de cette septième édition du FEFFS :

LONGS-MÉTRAGES

Octopus d’Or — White God de Kornél Mundruczó

Méliès d’Argent — Amours Cannibales de Manuel Martin Cuenca

Mention Spéciale du Jury — Alleluia de Fabrice du Welz

Prix du Public — Housebound de Gerard Johnstone 

COURTS-MÉTRAGES

Octopus d’Or — The Landing de Josh Tanner

Méliès d’Argent — Robotics de Jasper Bazuin

Mention Spéciale du Jury — Ceremony for a Friend de Kaveh Ebrahimpour

Prix du Public — Robotics de Jasper Bazuin

Prix du Jury Jeune — Ceremony for a Friend de Kaveh Ebrahimpour

Prix du Jury dans la catégorie Made in France — Shadow de Lorenzo Recio

Prix du Jury dans la catégorie Animation — Imposteur de Elie Chapuis

Mention Spéciale dans la catégorie Animation — La Bête de Vladimir Mavounia-Kouka

Le Festival s’achève donc ici. Des reprises sont prévues encore aujourd’hui et dans les semaines à venir dans les cinémas de Strasbourg et de ses environs. Je partirais avec le regret d’avoir loupé une séance de minuit -semble-t-il démente-, celle de Dead Snow 2 : Red vs Dead et d’avoir manqué la projection du Prix du Public, Housebound qui a mis tout le monde d’accord. Je quitte Strasbourg avec d’excellents souvenirs, des rencontres franchement sympathiques notamment avec des membres du réseau social SensCritique que je salue (Saugom & Wake_Up_Donnie), de très bons films vus, des questions-réponses intéressantes avec les équipes de films et surtout des bénévoles qui étaient là, qui ont bossé pour que tout se passe dans les meilleures conditions possibles. Je remercie mon ami Yann et ses deux colocataires qui m’ont hébergé pendant toute la semaine. Je remercie les bonnes tartes flambées alsaciennes et un bar en particulier, l’Académie de la Bière qui m’a accueilli aussi bien après les bons films, que les plus mauvais. Mention au Festival qui m’a donné l’opportunité d’avoir un accès presse pendant toute la semaine. Des remerciements tout particuliers à Chris et Sara de l’équipe pour m’avoir soutenu dans ces chroniques, tout en me laissant une liberté éditoriale totale. C’était une expérience et je compte bien la réitérer. Je remercie tous ceux qui m’ont lu et suivi dans la semaine et j’espère que cela vous a plu et intéressé autant que le Festival m’a plu et intéressé. Merci à vous et bravo au FEFFS. Du plein-air, des projections avant-premières uniques, des films de qualité, une ambiance de festival survoltée, des invités de marque, beaucoup d’humour, c’est ça le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg. Comptez sur nous pour revenir l’an prochain !

Reporter/Rédacteur LeMagduCiné