Doctor Who saison 8 épisode 4 : Listen – Critique

Doctor Who saison 8 « Listen »

Synopsis : Le Docteur a une nouvelle théorie sur ce qui se cache au coin de notre œil ou sous notre lit. Il recrute Clara, en plein marasme sentimental, pour l’aider à vérifier ses hypothèses.

Il est de retour…

Enfin le voilà ! Il aura fallu attendre ce quatrième épisode pour que le Docteur retrouve de sa superbe. Scénario malin qui s’amuse à balader le spectateur, interprétation parfaite, humour…tous les ingrédients qui faisaient le succès de la série sont enfin de retour.

Après nous avoir proposé des aventures assez peu spectaculaires, Moffat semble avoir repris du poil de la bête en revenant au sources de son style : le détournement. Comme il l’avait fait pour le Dr Jeckyll ou Sherlock Holmes, l’auteur reprend une figure connue de l’imaginaire collectif plus basique cette fois, le monstre sous le lit. Qui n’a jamais rêvé d’une présence invisible et menaçante sous son matelas ? Personne. Même le docteur se surprend à le faire, ce qui lui suffit pour supposer que cette chimère pourrait être une réalité. Il ne lui en faut pas plus pour commencer à faire des amalgames surprenants qui pourrait étoffer cette théorie : Pourquoi parlons nous à voix haute quand nous sommes seuls ? Pouvons nous être véritablement seuls ? Ou somme nous toujours observés par une entité invisible ? Beaucoup de questions étranges qui trouveront leurs réponse dans les entrailles du temps.

On pouvait pourtant craindre un énième recyclage tant le principe même de l’intrigue faisait beaucoup trop penser aux silences, les précédents antagonistes furtifs du seigneur du temps, en particulier à cause de la phrase « qu’y a t’il dans le coin de votre œil ? », encore un méchant invisible dont on sent la présence, qui expliquerait les absences que tout humain peut avoir dans sa vie, ces petits moments où l’on ne sait plus trop ce que l’on faisait à cet instant précis. De quoi supposer que Moffat serait sujet à une énorme panne d’inspiration. Fort heureusement, le bonhomme à gardé quelques tours dans son sac et arrive à nous piéger plus d’une fois grâce à un scénario à tiroirs qui ne cesse de surprendre. Aidé par une réalisation audacieuse et rythmée.

La grande force de « Listen », c’est de détourner le concept de la chasse au fantômes. Plus que des ectoplasmes sordide, c’est finalement une force invisible plus insidieuse qui poursuit nos personnages : la peur face à la solitude. Depuis ses débuts, le docteur est un personnage solitaire. Son obsession pour trouver des compagnons, semble être le seul remède qu’il ait trouvé pour lutter contre la folie. Séparé de son peuple depuis des siècles, il porte sa croix en ne révélant que peu de chose sur son passé, mais il n’est pas le seul. Clara semble petit à petit se lasser de son meilleur ami fuyant (peut être son seul ami d’ailleurs), elle cherche donc un autre confident en la personne de Danny Pink, son collège, mais lui aussi semble réticent à s’ouvrir aux autres, son passé de combattants semblant, à l’instar du docteur, lui peser un peu sur la conscience. Trois personnages qui se tournent autours mais éprouvent des difficultés à communiquer, à s’ouvrir aux autres.

Le Docteur ment tout le temps, Clara n’ose pas parler de ses aventures à Danny et lui même est assez susceptible quand à son ancienne vie, pareil pour son étrange alter ego du futur, Orson, perdu sur une planète abandonnée, sujet à la phobie du noir. Peu de personnages, mais une intrigue qui se complexifie au fil d’allée et retour dans le temps, devenant plutôt un voyage psychique qu’une véritable chasse au chimères. Reste tout de même quelques questions sans réponses, mais la révélation finale ne manque pas de culot avec Clara qui reprend enfin son rôle de « fille impossible », tandis que Danny se révèle beaucoup plus lié au docteur que les deux personnages (qui ne se connaissent pas encore) l’imaginent. Peter Capaldi montre alors enfin toute la puissance de son docteur : un jeune homme dans un corps vieux, hanté par des peurs enfantines. On laisse de coté le kitch et la science fiction tape à l’œil pour se recentrer sur les personnages et l’écriture, offrant à cette nouvelle saison une profondeur de bon aloi dont on redoutait qu’elle n’arrive jamais, et reconnectant parfaitement la série avec sa propre mythologie en révélant une facette du seigneur du temps qui n’avait jusque là jamais été explorée.

Malgré des débuts houleux, cette nouvelle saison semble cette fois être bien partie et on commence enfin à sentir la vague de changement que Moffat nous promettait depuis un moment déjà. « Listen » se fait déjà une place de choix dans la série, atteignant presque la qualité des meilleurs épisodes de la série tel « Blink ». Vivement la suite.

Fiche Technique : Doctor Who

Titre original : Doctor Who
Genre : Aventure, Science fiction
Créateur(s):Steven Moffat (depuis 2008)
Pays d’origine : Royaume-unis
Date : 2005
Chaîne d’origine : BBC
Épisodes : Beaucoup…
Durée : 50 minutes
Statu : en cours
Avec : Peter Capaldi, Jenna Louise Coleman, Samuel Anderson…

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Petite Casbah : les toits de la liberté

"Petite Casbah" suit quatre enfants sur les toits d'Alger en 1955. Khadidja, Lyes, Philippe et Ahmed enquêtent pour faire libérer Malek, injustement emprisonné. Une aventure animée et fraternelle, entre jeu de piste et conte, qui raconte la guerre d'Algérie à hauteur d'enfant.

The Social Reckoning : la data du jugement

Aaron Sorkin repasse derrière la caméra pour raconter les "Facebook Files", la lanceuse d'alerte Frances Haugen et un Mark Zuckerberg glaçant joué par Jeremy Strong. Un film-dossier dynamique et limpide, à la mise en scène sage, qui interroge notre rapport aux réseaux sociaux et à la vérité.

Digger : satire à balles réelles !

Dans un Hollywood asphyxié par l'absence de prise de risques et l'uniformisation, quel bonheur de pouvoir compter sur une oeuvre telle que "Digger", qui, si elle n'évite pas certains écueils, se révèle être de la trempe de ces films qui osent, qui bousculent, sans ménager le spectacle et le dépaysement attendu de ce genre de productions. Une œuvre qui va diviser, mais qui a le mérite d’exister. Rien que pour cela, l'effort mérite d'être salué.

Doraemon et le Château sous-marin : un cœur sous la carrosserie

"Doraemon et le Château sous-marin" plonge le chat-robot bleu et sa bande dans les abysses, entre camping aquatique, mythes de Mu et de l'Atlantide et peuple des profondeurs. Remake d'un classique de 1983, le film sonde l'âme des machines avec Buggy, véhicule au grand cœur. Une aventure tendre et sage.

Les Roches rouges : L’art de l’enfance

Dans Les Roches rouges, Bruno Dumont filme les jeux et les amours de l’enfance avec le sérieux qu’ils méritent, sans en atténuer le ridicule ni la violence. Sous le soleil de la Côte d’Azur, l’innocence a ses abîmes, et les gestes les plus simples viennent révéler ce que nos vies d’adultes s’emploient à recouvrir.
Vincent B.
Vincent B.https://www.lemagducine.fr/
Intéressé par tout, mais surtout n’importe quoi. Grand amateur de fantastique et de Science fiction débridé. Spécialiste Normand expatrié à Lille de la vague Sushi Typhoon (le seul qui s'en vante en tout cas). Je pense très sérieusement que l’on ne peut pas juger qu’un film est bon si l’on en a jamais vu de vraiment mauvais.

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.