Critique : Les Recettes du Bonheur, un film de Lasse Hallstrom

Critique Les Recettes du Bonheur

Synopsis : Hassan Kadam quitte son Inde natale avec sa famille. Ils s’installent tous ensemble dans le sud de la France, à Saint-Antonin-Noble-Val, pour y ouvrir un restaurant indien, la Maison Mumbai. Ce projet n’est pas du tout du goût de Madame Mallory, la propriétaire hautaine et chef du réputé Le Saule Pleureur, restaurant étoilé au Guide Michelin. Une guerre sans pitié débute : cuisine indienne contre haute gastronomie française. Hassan va cependant se passionner pour la grande cuisine française et pour la charmante sous-chef Marguerite.

La France de Pernaut

Hassan Kadam (Manish Dayal) fuit l’Inde avec sa famille, après le décès de sa mère dans un incendie, suite à un soulèvement de la population. Exilés en Angleterre, le climat et les légumes ne font pas leur bonheur. Ils décident de partir dans le Sud de l’Europe. Un accident de voiture, va les faire échouer dans la ville de Saint-Antonin-Noble-Val. Le père, Papa Kadam (Om Puri), décide de s’y installer et d’acheter une vieille bâtisse et d’en faire un restaurant indien. Mais juste en face, Madame Mallory (Helen Mirren), possède un restaurant de gastronomie française étoilé. La guerre va s’installer entre eux, alors qu’Hassan Kadam va tomber sous le charme de la sous-chef adverse, Marguerite (Charlotte Le Bon).

Durant deux heures, on se retrouve dans une version longue du journal de Jean-Pierre Pernaut sur TF1. Pour commencer, Hassan Kadam résume sa vie à un garde frontière hollandais : L’inde, c’est dangereux mais les épices sont savoureuses et en Angleterre, il pleut tout le temps et la nourriture n’est pas bonne. Ce début des plus simplistes, n’est pas très emballant. Cela ne s’arrangera pas en France, dans cette ville de campagne ou les habitants parlent tous anglais ou du moins, le comprennent. Ou les légumes sont comme dans les publicités : ils sont gros, brillants et délicieux. Ou les gens s’appellent : Marguerite, jean-Pierre, Paul ou Marcel. Ou le pain est fait maison, tout comme le fromage et l’huile d’olive. Nous sommes dans la France des années 50, tel que la voit les américains. il ne manquait plus que la baguette et le béret. En échange, on a Marguerite sur son vélo avec sa panière et sa robe à fleur, trop mignonne.

C’est une production Walt Disney, cela ne fait aucun doute. De plus, Oprah Winfrey et Steven Spielberg, sont les producteurs. Ils nous offrent une carte postale de cette France, qui sent bon le terroir, douce et chaleureuse, qui accueille une famille indienne, sans animosité. C’est beau, ça fait rêver, mais c’est du foutage de gueule. Certes, on a un semblant de racisme assez bref, juste pour marquer le coup, avec le désormais célèbre « La France aux Français ». Ce qui est très drôle, vu qu’ils parlent anglais et travaillent pour une anglaise. C’est d’ailleurs Helen Mirren qui va nous faire une leçon de démocratie en nous rappelant que notre pays, c’est « Liberté, égalité, fraternité ». Il ne manquerait plus qu’elle entame la Marseillaise, oh wait! On notera qu’Helen Mirren abuse du fond de teint, elle a presque un masque et durant les gros plans, c’est un peu gênant.

Cette version édulcorée de la France profonde, est ennuyeuse. Elle est aussi plate que la romance entre Manish Daval et Charlotte Le Bon, pourtant ils sont très bien tout les deux, ce qui est assez surprenant de la part de la seconde. Le casting sauve un peu l’ensemble, même si celui côté français, est un peu à la ramasse, à l’image de Michel Blanc, assez effacé, c’est étonnant. Les meilleurs moments se déroulant lors des scènes portées par la musique indienne, ou Lasse Halström se fait plaisir en enchaînant les plans séquences. C’est rythmé et presque enthousiasmant. Mais pour un film qui parle de cuisine, on reste un peu sur sa faim. C’est aseptisé, plat et l’épisode parisien, n’apporte vraiment rien à l’histoire. Puis c’est tellement cliché et convenu, qu’on n’est jamais surpris.

Les Recettes du Bonheur est un film qui se regarde, où le parfum des épices ne parvient jamais jusqu’à nos narines. Un produit totalement inoffensif, qui ressemblerait à un téléfilm de France 3, s’il n’y avait pas ce casting et Lasse Halström à la réalisation. Même si ce dernier est devenu un metteur en scène bien fade, qui a perdu son talent dans des productions souvent ennuyeuses et sans ambitions.

Fiche technique : Les Recettes du Bonheur

The Hundred Foot-Journey
USA – 2014
Réalisation : Lasse Hallström
Scénario : Steven Knight d’après le livre « Le voyage de cent pas » de Richard C. Morais
Distribution : Helen Mirren, Om Puri, Manish Dayal, Charlotte Le Bon, Farzana Dua Elahe, Amit Shah, Michel Blanc, Clément Sibony et Vincent Elbaz
Photographie : Linus Sandgren
Montage : Andrew Mondshein
Musique : A.R. Rahman
Production : Steven Spielberg, Oprah Winfrey et Juliet Blake
Société de distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures International
Genre : Comédie dramatique
Durée : 122 minutes
Date de sortie française : 10 septembre 2014

Auteur : Laurent Wu

 

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.

« Soudain », un chemin patient vers l’intime

L'amitié entre une directrice française d'EHPAD et une metteuse en scène japonaise. De cet argument simple, Ryusuke Hamaguchi tire un film épuré et pourtant foisonnant, aussi sensible que politique, sans jamais forcer le trait si ce n'est dans quelques redondances. Analyse.

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Oklahoma Honey : le chant de la ruche

Andrew Patterson filme l'Oklahoma rural dans "Oklahoma Honey", une fable inspirante et généreuse portée par le retour de Matthew McConaughey en apiculteur charismatique, six ans après "The Gentlemen". Entre bluegrass, communauté et vengeance, Angelina LookingGlass fait des débuts marquants face à Kurt Russell.