Californication, Saisons 1-7 – Critique de la Série

Critique Californication – Saisons 1 à 7 : Une savoureuse orgie qui se perd dans sa longueur 

Synopsis : Hank Moody (David Duchovny) est un écrivain new-yorkais qui s’est exilé à Los Angeles avec sa femme Karen (Natascha McElhone) et sa fille Rebecca (Madeleine Martin). Mais à la suite de divers problèmes familiaux liés à son comportement social et sa phobie de la page blanche, il se retrouve séparé d’eux. Dès lors, Hank se réconforte dans l’alcool, la drogue et le sexe, devenant de plus en plus désabusé et sarcastique. Allant même jusqu’à entraîner dans sa tourmente son agent Charlie Runkle (Evan Handler). Pourtant, malgré son côté auto-destructeur, Hank tente de combattre ses démons afin de récupérer Karen et de vivre une vie de famille tranquille…

La saison 7 de The X-Files a marqué les esprits de nombreux fans, et pas pour les meilleures raisons : David Duchovny, l’acteur principal du duo Mulder-Scully, quitte la série pour se consacrer à sa famille et au cinéma (entraînant ainsi la déchéance de la série au bout de deux saisons supplémentaires). Mais sa carrière dans le 7ème art ne décollant pas vraiment, le comédien décide de revenir au monde télévisuel en 2007 en tant que tête d’affiche et producteur d’une série intitulée Californication. Un retour qui donne naissance à une aventure volontairement irrévérencieuse ainsi qu’à un nouveau rôle emblématique pour Duchovny (qui lui permet d’obtenir un second Golden Globe du meilleur comédien dans une série). Un rodéo entre délire et tourmente, qui vient tout juste de s’achever cette année, au bout de sept saisons consécutives. L’occasion rêvée pour fournir un constat général sur cette série qui a perduré pendant près de sept ans sur la chaîne américaine Showtime.

S’il vous souhaitez un descriptif de Californication, il vous suffit juste de regarder le début du tout premier épisode qui se présente de la manière suivante : un rêve dans lequel notre héros arrive à l’église au volant de sa Porsche, jetant au passage son mégot dans le bénitier, et qui se retrouve face à une bonne sœur lui prodiguant une fellation afin d’oublier tous ses malheurs. En à peine 2 minutes, le ton est donné d’office : Californication est une série qui présente un personnage principal bouleversé (ce qui permettra quelques moments émotionnels) qui va vivre des aventures érotiques rocambolesques dans le cadre luxueux et exotique qu’est la côté Est des États-Unis. Dès les premières minutes du pilote, le décor et l’ambiance pleinement assumés de la série sont plantés pour ne jamais s’estomper, et ce jusqu’au clap final.

Californication, dans son intégralité, est une savoureuse orgie, une découverte des plus décontractées du milieu du showbiz (cinéma, télévision, musique, littérature…), un divertissement sans prise de tête. Un enchaînement de situations toutes aussi farfelues les unes que les autres, qui mettent en avant des personnages hauts en couleurs (mention spéciale à Charlie Runkle et à ses déboires sexuels), incarnés avec justesse et surtout un grand amusement par leur comédien respectif (David Duchovny en tête et quelques petites perles comme Maggie Grace dans la saison 6). Un délire qui n’a pas peur du too much pour dresser un portrait des plus libertins de la Californie sans pour autant se montrer fade et sans âme aux yeux des spectateurs. Californication, c’est également la descente aux enfers du personnage principal qui, au fur et à mesure des épisodes, va se remettre en question. Réfléchir sur ce qu’il en train de devenir, de ce qu’il a été par le passé, pour tenter d’être le meilleur père et mari possible. Des moments plus intimes qui permettent à Californication de proposer des protagonistes (du moins le principal) assez humains et donc suffisamment attachants, ne faisant ainsi jamais perdre de l’intérêt aux sept saisons proposées.

Mais même en appréciant pleinement la série, il faut reconnaitre que Californication aurait été la meilleure série comique de ces dernières années si elle s’était arrêtée dès la saison 2. La faute à un schéma narratif qui va s’installer dès la 3ème et ce jusqu’au grand final : notre héros qui va se retrouver (à nouveau) éloigné de sa femme pour X raisons, être embauché dans un autre milieu du showbiz, connaître de nouvelles rencontres amicales et sexuelles déjantées, avec en parallèle les mésaventures de son agent, pour se terminer avec l’espoir furtif de se réconcilier avec Karen. Une monotonie plutôt écrasante, surtout quand elle concerne cinq saisons consécutives. Surtout pour la dernière, qui s’annonce pourtant comme le dénouement de tout cela, et qui s’avère se terminer de la même manière que pour les précédentes : des retrouvailles qui semblent certes plus concrètes, mais qui paraissent pourtant encore assez peu solides pour une fin de série, comme s’il fallait attendre une saison 8. Au final, nous avons l’impression d’avoir une série qui tourne un chouïa en rond malgré le plaisir coupable qu’elle nous offre sur un plateau d’argent.

Cela n’enlève en rien la jouissance d’avoir vu Fox Mulder se décoincer pour devenir l’exécrable Hank Moody pour sept ans de débilités assumées. La question maintenant est de savoir quel sera l’avenir pour David Duchovny. Va-t-il revenir pour une nouvelle série ? Ou bien retenter sa carrière au cinéma, avec un éventuel The X-Files 3 ? Seul le temps nous le dira !

Fiche technique : Californication

États-Unis – 2007 à 2014
Création : Tom Kapinos
Scénario : Tom Kapinos, Gina Fattore, Daisy Gardner, Gabriel Roth, Eric Weinberg, Matt Patterson, Ildy Modrovich, Jay Dyer, Vanessa Reisen et Susan McMartin
Acteurs principaux : David Duchovny (Hank Moody), Natascha McElhone (Karen van der Beek), Evan Handler (Charlie Runkle), Madeleine Martin (Rebecca ‘Becca’ Moody), Pamela Adlon (Marcy Runkle)…
Image : Michael Weaver et Andy Graham
Décors : Garreth Stover, Eric Weiler, Michael Z. Hanan et Michael Wylie
Costumes : Peggy A. Schnitzer
Montage : Tony Solomons, Shannon Mitchell, Kevin D. Ross, Todd Desrosiers, Mark S. Manos et Michael D. Ornstein
Musique : Tree Adams et Tyler Bates
Genres : Comédie, drame
Saisons : 7 – Épisodes : 84 (12 par saison)
Durée : 22 à 28 minutes
Productions : Showtime, Aggressive Mediocrity, And Then… et Twilight Time Films
Distributeur : Showtime Networks

Festival

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Deauville 2026 : The Last Pickpocket in New York, les mains dans les poches

Comment survivent les voleurs à la tire dans notre société moderne ultra connectée, où l'argent est devenu virtuel et les téléphones des traceurs ambulants ? En partant de cette question simple, "The Last Pickpocket in New York" propose un polar urbain délicieusement rétro qui rend hommage aux classiques du genre. Porté par la performance impeccable de John Turturro, le film convainc plus par son atmosphère nostalgique que par son scénario ingénu.

Deauville 2026 : The Man I Love, la fureur de vivre

Dans "The Man I Love", Ira Sachs met en scène Rami Malek dans le rôle d'un acteur confronté à la mort. Entre répétitions, danses, chants et désirs sexuels, il compose une ode à la vie exaltant le plaisir de chaque instant. Un drame queer qui manque malheureusement de consistance et d'émotion pour pleinement s'affirmer.

Newsletter

À ne pas manquer

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Smash Palace : au pays de la casse

Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.
Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.