Mirage de la vie : Éloge de la liberté, ode à la célébration de la vie

Synopsis: Sur la plage de Coney Island, près de New York, Lora Meredith, une jeune mère célibataire aspirant à devenir actrice, rencontre Annie Johnson, une sans-abris noire s’occupant elle aussi seule de sa fille. Les deux femmes sympathisent et Lora propose bientôt à Annie de rester chez elle, devenant ainsi la nourrice et la domestique de la maison. La fille d’Annie, Sarah Jane, semble ne pas supporter la couleur de sa peau à une époque où cela l’exclut socialement; elle est jalouse de Susie, la petite fille blonde de Lora. Cependant, les deux enfants grandissent ensemble, comme de véritables soeurs. Son père était pratiquement blanc : Sarah Jane a donc la peau très claire et se fait passer pour blanche, provoquant la tristesse de sa mère. Les années passant, Lora devient une véritable star de Broadway. Mais elle a dû sacrifier sa vie personnelle, ne pouvant s’occuper de Susie et refusant la demande en mariage du seul homme qu’elle ait jamais aimé, le beau photographe Steve Archer…

Dans la grande tradition américaine qui a construit sa légende depuis la nuit des temps, le mélo tient une place à part dans le mythe Hollywoodien. De ces années 50, propices à un grand bouleversement social pour les États-Unis au sortir de la guerre, émergera un genre encore balbutiant même si ancré dans son histoire. Ces drames, tout en revendiquant de façon formelle un caractère contestataire, n’en oublient aucunement une flamboyance et une démesure qui sied particulièrement bien au genre. C’est la glorieuse époque de laquelle ressortiront les plus grandes stars qui marqueront à jamais le cinéma: Paul Newman, Elizabeth Taylor, Grace Kelly, Ava Gardner, Clark Gable et bien d’autres encore laisseront définitivement leurs empreintes dans le 7ème art.

Mirage de la vie appartient pleinement à cette catégorie. Éloge de la liberté, le film emprunte autant au mélodrame qu’au pamphlet. Plus que la dénonciation d’un racisme lattant dans une Amérique encore largement ségrégationniste, c’est une ode à la célébration de la vie aussi dure et injuste soit-elle. Prenez cette femme noire. Elle ne cesse de se battre contre la fatalité de sa condition qui voudrait l’enfermer dans un misérabilisme confortable. Consciente que sa couleur de peau est un frein pour la société, elle refuse malgré tout ce déterminisme social et tente tout ce qui est en son pouvoir pour protéger et raisonner sa fille, qui n’arrive pas à accepter son origine négrière. Aussi blanche que « la race pure », celle-ci va jusqu’à renier sa mère, condition sine qua non, pense t’elle, pour avoir une vie décente.

La rencontre de ces deux pestiférées avec une femme blanche et sa fille middle class s’avère une bénédiction, c’est un véritable ascenseur social. Si le message peut être considéré comme maladroit car sans trop de finesse, surtout au début, il est rattrapé par une caractérisation du personnage en femme volontaire ne se laissant jamais emportée par ses émotions. C’est une femme qui n’hésite pas à aller au devant du danger pour protéger ceux qu’elle aime, dépassant ainsi les stéréotypes de la misérable gouvernante laissée à son minable sort d’esclave. Ses rêves sont ceux de tout citoyen américain, aucune condescendance n’est acceptée par le réalisateur. Sa mort, bouleversante, n’est du à aucune maltraitance physique, seulement la conséquence d’un long et douloureux combat éreintant pour mener une vie correcte et préserver ce qu’elle avait de plus précieux au monde.

Le combat de cette actrice sur le déclin, différent mais tout aussi difficile que celui de sa gouvernante, représente assez bien la volonté qu’a eu Douglas Sirk de s’inscrire dans cette optique d’une vie harassante et cruelle pour une femme de ce temps la. Veuve et ayant comme unique famille proche une gamine espiègle, elle lutte pour ne pas sombrer dans la déchéance. Les hommes de sa vie, avec plus ou moins de succès, ne la détourneront pas de son objectif principal. Ce photographe, amoureux transi dès le premier regard, aura une importance capitale dans son parcours, mais elle s’en éloignera quand celui-ci sera un obstacle pour sa carrière. Lui restera quand même proche d’elle et de sa nounou. Elle mettra également un terme à sa relation avec le metteur en scène qui lui aura fait connaitre ses plus grands triomphes, lui reprochant un égoïsme trop étouffant. Sa liberté n’est pas négociable, et ce quel qu’en soit le prix.

Enfin, le long-métrage est une déclaration d’amour au théâtre, le seul terrain de jeu noble où peuvent s’épanouir le talent des acteurs. Pas dupe de la superficialité du cinéma, Sirk dépeint ce milieu comme un microcosme grouillant de snobisme ou seul compte l’argent et la notoriété. Agents véreux et machistes, cinéastes veules et roublards, telle est sa vision d’ensemble. Jouer est un acte gracieux qui requiert de s’abandonner tout entier à sa passion. La représentation sera le refuge de cette actrice qui retrouvera tout le plaisir perdu et une nouvelle ambition.

Le mirage du titre correspond à la sublimation de l’existence de ces êtres, qui ne redoutant pas la mort, font de la vie un éternel songe merveilleux. Cette envie de toujours faire du pathétique quotidien une exaltation exacerbée de L’Amour et du partage donne tout son sens au déroulement de cette intrigue. La Passion qui les animent prend le dessus sur leurs fragiles expériences d’humains. Ils se sentent plus fort que le destin, une belle preuve que la vie est une illusion dont nous nous départissions tous pour réinventer notre réalité de simple vivants.

D’où vient alors cette légère sensation d’inachevé ? Une petite mais certaine déception nous habite à la vision de ce drame épique. Son introduction, bien que nécessaire à la compréhension de l’ensemble, parait un poil trop mièvre et peu en accord avec la complexité des personnages. Le film semble avoir mal vieilli et l’accumulation de ces petits défauts nous fait craindre un instant une fadeur mielleuse. Il n’en est évidement rien et le fabuleux parcours qui s’en suit est tout à fait charmant et ravissant. La blondeur de Lana Turner, autre étoile brillante de cet age d’or, incarne le fantasme de bien des hommes. Ses partenaires ne sont pas en reste et nous offrent une splendide démonstration de ce que doit être une réussite de ce genre.

Fiche Technique: Mirage de la vie (Imitation of life)

États-Unis – 1959
Réalisation: Douglas Sirk
Scénario: Allan Scott, Eleanore Griffin d’après: le roman de Fannie Hurst.
Interprétation: Lana Turner (Lora Meredith), John Gavin (Steve Archer), Sandra Dee (Susie), Susan Kohner (Sarah Jane), Juanita Moore (Annie Johnson).
Date de sortie: 19 septembre 2012
Durée: 2h04
Image: Russell Metty.
Montage: Milton Carruth.
Musique: Frank Skinner, Henry Mancini.
Production: Ross Hunter.

Auteur de l’article Le Cinéphile Dijonnais

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