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Cet été-là, un film de Nat Faxon et Jim Rash : Critique

Duncan (Liam James) vit une adolescence difficile. Ses rapports avec son beau-père Trent (Steve Carell), n’arrange pas son état. Celui-ci passe son temps à vouloir imposer son autorité, en le diminuant psychologiquement.

Synopsis : Duncan est un adolescent de 14 ans, timide et solitaire. Il va passer ses vacances d’été dans une petite station balnéaire, en compagnie de sa mère Pam, son nouvel ami Trent et sa fille Steph, dans leur maison. Face à ce beau-père odieux et sa fille hautaine, il se réfugie dans un parc aquatique et va faire la connaissance d’Owen. Celui-ci va le prendre sous son aile et lui permettre de s’ouvrir au monde.

Il n’y a pas d’âge pour grandir

Sa mère Pam (Toni Colette) fait en sorte que tout le monde s’entende bien, quitte à ne pas s’opposer à son ami, par peur de le perdre. Une femme effacée et soumise, qui tente de reconstruire une famille, malgré les nombreuses différences entre eux. Face à ce climat oppressant, Duncan s’échappe en ville et fait la rencontre d’Owen (Sam Rockwell), l’administrateur de la station balnéaire. Owen est un adolescent. Il a du mal à s’engager et désespère Caitlyn (Maya Rudolph), pourtant sous son charme, venant depuis trois ans bosser avec lui, en attendant plus de lui. Leur amitié, va permettre à chacun de mûrir et d’avancer dans leurs vies.

Cet été-là met du temps à se mettre en place. Il est difficile d’être en empathie envers un adolescent constamment voûté et muet, portant tout le malheur du monde sur ses frêles épaules. Liam James en fait un peu trop, tout comme Allison Janney, bien loin de ses compositions habituelles de femmes rigides en tailleur. Il faut attendre les apparitions de Sam Rockwell, pour sortir le film d’une certaine torpeur. Il faut dire que Steve Carell compose un personnage de sale con, arrogant, imbu de sa personne, qui rend l’ambiance lourde. Toni Colette se fait discrète, à l’image de son rôle. Zoe Levin est une adolescente hautaine et égoïste, persuadée d’être le centre du monde. On est plus dans le drame, que dans la comédie. Il faut surement en passer là, pour mieux apprécier l’évolution de Liam James. Il est le moteur de l’histoire, le film étant le reflet de son état d’esprit.

Les réalisateurs et scénaristes, Nat Faxon et Jim Rash, nous livrent avec Cet été-là, un film à la trame classique, en s’inspirant des souvenirs du second. Le mal être d’un adolescent est un sujet récurrent; pour s’en détacher, il aborde le sujet père/fils. Liam James vit mal le divorce de ses parents, il ne voit pas son père et ne peut s’appuyer sur son beau-père pour grandir. C’est Sam Rockwell qui va devenir sa figure paternel, mais pas seulement. Liam James va apporter tout autant à cet homme qui a peur de s’engager. Ils vont se nourrir de chacun d’eux pour évoluer humainement. C’est cette relation, qui rend le film plus léger. Le parc aquatique est le refuge de Liam James, il le cache à sa mère et à leur entourage. Là-bas, il respire et oublie son mal-être au contact de Sam Rockwell, mais aussi de Nat Faxon et Jim Rash, qui se sont offerts deux rôles, en osmose avec leur physique. Bien évidemment, Liam James va vivre une amourette avec AnnaSophia Robb, la fille d’Allison Janney, mais pas comme on l’entend. Le film évite de peu, de sombrer dans la facilité.

Pour un premier film, le duo Nat Faxon et Jim Rash, s’en sort plutôt bien. La réalisation, n’est pas très enthousiasmante, mais on s’en accommode. Ils sont plus doués au scénario, ceci étant leur second, le précédent étant celui du drame réussi The Descendants, plur lequel ils reçurent l’oscar. C’est le casting qui est le vrai point fort. En réunissant Steve Carell et Toni Colette, le film lorgne du côté de l’excellent Miss Little Sunshine. Les rôles sont différents mais ils restent impeccables. Mais celui qui emporte l’adhésion, c’est Sam Rockwell. Un rôle à sa mesure, qui lui permet d’étaler tout son talent. Liam James profitant de son aura, il perd de sa fadeur et devient intéressant, tout comme le film.

Cet été-là est une comédie dramatique, qui demande un peu de patience, pour être appréciée. Un sujet classique, un traitement qui semble l’être aussi. Mais au final, on a un film touchant et émouvant, qui parle de la difficulté de grandir, aussi bien du côté des adolescents, que de celui des adultes; des familles recomposées et des répercussions d’un divorce sur les enfants. Il aurait mérité mieux qu’une sortie discrète dans nos salles de cinéma, une séance de rattrapage s’impose, vous ne le regrettez pas.

Fiche technique : The way way back /Cet été-là

USA – 2013
Réalisation : Nat Faxon et Jim Rash
Scénario : Nat Faxon et Jim Rash
Casting : Liam James, Sam Rockwell, Steve Carell, Toni Colette, Maya Rudolph, AnnaSophia Robb, Amanda Peet, Allison Janney, Rob Corddry, Nat Faxon, Jim Rash, River Alexander et Zoe Levin
Photographie : John Bailey
Montage : Tatiana S. Riegel
Musique : Rob Simonsen
Production : Tom Rice et Kevin J. Walsh
Sociétés de production : Odd Lot Entertainment, Sycamore Pictures et The Walsh Company
Société de distribution : Fox Searchlight Pictures
Genre : comédie dramatique
Durée : 96 minutes
Date de sortie française : 27 Novembre 2013

Auteur : Laurent Wu

Obvious Child, un film de Gillian Robespierre : Critique

Donna Stern (Jenny Slate) est la version féminine de Louie CK. Evidemment, la ressemblance n’est pas physique, mais plutôt dans leur manière de raconter leurs vies sur scène, ou ils se dévoilent sans retenues, ni complaisance.

Synopsis : Donna Stern vit à Brooklyn, travaille dans une librairie, occupe ses soirées en faisant du stand-up et parfois, elle se rappelle qu’elle a un petit ami. Sur scène, elle dévoile sa vie intime et semble ne pas avoir de limites. Mais en peu de temps, elle perd son petit ami et la librairie ferme prochainement ses portes. Après une prestation catastrophique sur scène, elle tente d’oublier tout cela, en se noyant dans l’alcool et les bras d’un inconnu. Quelques semaines plus tard, elle va découvrir qu’elle est enceinte. Elle va devoir faire des choix et affronter tout les problèmes dans sa vie.

De l’amour dans le gaz

La spécialité de Donna Stern, c’est de parler de son vagin et flatulences. C’est gênant, ça met un peu mal à l’aise, mais avec le temps, on s’y fait. Mais son vrai problème, c’est d’être la même, sur scène et dans la vie. Sa liberté de ton et son manque de féminité, agace son petit ami, Ryan (Paul Briganti), qui vit mal de voir leur vie intime exposée au public et décide de rompre. Elle va se consoler auprès de ses parents divorcés : son père Jacob Stern (Richard Kind) et sa mère Nancy Stern (Polly Draper); puis de sa coloc Nellie (Gaby Hoffmann), son ami gay Joey (Gabe Liedman) et enfin, après de nombreux verres d’alcool, dans les draps de Max (Jake Lacy). Une nuit sans lendemain, mais pas sans conséquence, puisqu’elle se retrouve enceinte de cet inconnu.

Jenny Slate est une humoriste issue du fameux Saturday Night Live. On a pu l’apercevoir dans la série Parks & Recreation, ou elle incarne l’insupportable Mona Lisa Saperstein. Elle pourrait être une nouvelle comique juive, qui expose ses névroses à l’écran. Une parmi tant d’autres. Mais elle vaut plus que ça. Loin de son rôle très limité dans Parks & Recreation, elle fait ici preuve d’un talent d’actrice drôle et fragile, insoupçonné. Mais il faut être patient pour apprécier sa performance. Son humour lors des stand-up est spécial. Son rôle semble du « déjà vu », avant qu’elle impose son personnage et emporte l’adhésion. Son parcours dans le film, ressemble à celui de sa carrière. Énervante, agaçante, crispante et déconcertante, avant de faire preuve de retenues et de fragilité, la rendant humaine et attendrissante, sans oublier d’être drôle.

Jenny Slate peut remercier la réalisatrice Gillian Robespierre, qui adapte son court-métrage au grand écran, de l’avoir sortie de sa chrysalide. C’est un premier film, mais globalement maîtrisé. Une réalisation sobre, au service des acteurs et d’un scénario, que l’on doit aussi à Gillian Robespierre. Le casting mélange des acteurs de séries, de stand up et du Saturday Night Live, presque une réunion entre amis. Un cinéma qui rappelle l’excellent Frances Ha, avec un zest de Woody Allen (qui ne s’adresse pas uniquement aux New-yorkais). L’histoire est universelle, une trentenaire qui a du mal à devenir adulte. C’est souvent traité à l’écran, mais cela semble plus réaliste ici. Les personnages sont banals, on pourrait les croiser dans un couloir du métro. On en retrouve certains dans notre entourage, c’est ce qui permet d’être plus proche d’eux, voir de s’identifier. Le couple Jenny Slate et Jake Lacy, fonctionne très bien. Leurs échanges sont savoureux, on s’attache petit à petit à eux, comme elle avec lui. Elle est de tout les plans. Elle fait briller ses partenaires et inversement.

Obvious Child, aborde aussi des sujets délicats, comme les pertes vaginales ou les problèmes gastriques. On appréciera qu’ils ne se gênent pas, pour uriner en présence de chacun. Mais surtout, c’est l’avortement qui est traité ici. Un sujet épineux, partout dans le monde; en témoignent récemment les manifestations de la Manif pour tous dans notre pays. On pourra s’étonner que les femmes qui parcourent le film, ont toutes subies un avortement. Trame narrative pour déculpabiliser l’héroïne, qui doit prendre une décision, ou est-ce un fait avéré ? Après une recherche sur internet, on découvre qu’un tiers des femmes en France, ont eu recours à un IVG dans leur vie. Derrière les divers moments légers, drôles et émouvants, se cache aussi un film qui aborde un tabou, plus répandu, qu’on ne pourrait le croire. Un film que l’on pourrait taxer de féministe, ce qui serait réducteur. En fait, il parle d’une tranche de vie, qui pourrait être la mienne, la votre, bref celle de tout le monde.

La performance de Jenny Slate va crescendo, à l’image du film, preuve que l’un ne pouvait pas réussir sans l’autre. Une douce comédie dramatique, dans l’air du temps. Un film sur une femme, par une femme et pour le monde.

Fiche technique : Obvious Child

Etats-unis – 2014
Réalisatrice : Gillian Robespierre
Scénario : Gillian Robespierre, Karen Maine, Elisabeth Holm et Anna Bean, d’après le court métrage de: Anna Bean, Karen Maine, Gillian Robespierre
Casting : Jenny Slate (Donna Stern), Jake Lacy (Max), Gaby Hoffmann (Nellie), Gabe Liedman (Joey), David Cross (Sam), Richard Kind (Jacob Stern), Polly Draper (Nancy Stern)..
Photographie : Chris Teague
Montage : Casey Brooks et Jacob Craycroft
Musique : Chris Bordeaux
Producteur : Elisabeth Holm
Production : Rooks Nest Entertainment, Sundial Pictures et Votiv Films
Distribution : Paradis Film
Genre : Comédie romantique
Durée : 83 minutes
Sortie France : 3 septembre 2014

Auteur : Laurent Wu

 

 

 

The Honourable Woman de Hugo Blick, Saison 1 – Critique

On l’appelle l’ironie du sort, ces moments où le destin provoque des coïncidences telles des pieds de nez au déroulement de l’Histoire. The Honourable Woman, une série britannique qui aborde frontalement la question israélo-palestinienne, a vu sa diffusion débuter au moment même où l’état d’Israël entamait ce qui restera comme une de ses plus grosses incursions dans les territoires palestiniens.

Synopsis : A la mort de son père, vendeur d’armes à feu, Nessa Stein reprend l’affaire en mains. Alors qu’elle milite pour la réconciliation entre Israël et la Palestine, elle se retrouve prise dans un tourbillon d’ennuis.

L’Été Meurtrier

Sans lui avoir donné un écho supplémentaire, c’est un supplément de sens et de lisibilité que cette « concordance des temps » a offert à une série qui disposait déjà d’une force peu commune. Ou plutôt d’une série de forces, de celles qui malmènent le spectateur entre violence, drame et parfois même…un brin d’humour, puisqu’il ne faut pas l’oublier, les Britanniques sont les inventeurs de l’humour…

L’Histoire Sans Fin

La force d’une histoire en premier lieu, une histoire qui ne prend pas parti, l’histoire d’une série qui s’ouvre sur un meurtre froid et sanglant, l’histoire d’une juive digne, qui transforme l’entreprise paternelle de vente d’armes israéliennes, en fondation vouée à la création de ponts entre les deux territoires : ponts de communication par l’installation de la fibre optique, mais aussi ponts éducatifs, par l’érection d’une université israélo-palestinienne. Histoire d’espionnage également, avec la mise sur écoute des deux territoires par les grandes puissances, histoire d’espions qui se surveillent et se manipulent les uns les autres, description d’un monde et d’un conflit dangereux, où chacun est tout à la fois manipulé et manipulateur. Un monde où tous les gestes et aspects de la vie quotidienne deviennent plus compliqués qu’ailleurs, où exister revêt un stress supplémentaire, où la méfiance et la prudence deviennent des gages de survie. Histoire d’une question, LA question de ce conflit : la paix a-t-elle un prix ? Histoire d’un complot finalement, un complot qui s’installe sur huit ans et implique des protagonistes de plusieurs nationalités et qui, au final, auraient presque pu avoir de louables intentions.

La Force Du Destin

La force de la mise en scène ensuite, une mise en scène posée et à l’exigence esthétique digne du charme aristocratique de cette langue anglaise, que seuls les britanniques savent si bien parler. Une mise en scène qui réduit un peu plus les frontières entre le grand cinéma et la grande télévision, qui fait de l’image, du mouvement, de la lumière, du décor et de la couleur, des outils narratifs aussi importants que les dialogues et le scénario. Une mise en scène qui n’épargne rien au téléspectateur, qu’il s’agisse de la pauvreté et du dénuement dans lesquels vivent les territoires palestiniens, de la violence abjecte d’un conflit qui nous fera honte d’ici peu, qu’il s’agisse aussi des sentiments, si contradictoires, que peut générer un tel bourbier géopolitique. Les sentiments de personnages pris entre deux feux, dès qu’il s’agit d’œuvrer pour la paix et qui nous font admirablement comprendre que, de fait, bien peu d’habitants semblent la vouloir cette paix, les deux territoires semblant destinés à se consumer peu à peu dans le cycle infernal de la vengeance.

Le Charme Discret De La Bourgeoisie

La force des interprètes enfin, habités et investis étant des termes bien peu à la hauteur des qualités formidables de leurs différents jeux. Tous sans exception sont stupéfiants de crédibilité, qu’il s’agisse de Lubna Azabal (une des principales interprètes d’Incendies de Denis Villeneuve) ou de Lindsay Duncan (vue récemment dans Il était Temps). Mais s’il fallait n’en retenir que deux, il y aurait Maggie Gyllenhaal (la sœur de Jake), qui prend ici une dimension que sa carrière ne lui avait jusque là pas apportée. Elle transpire la classe, le charme et la force d’une actrice habitée et impliquée car de confession juive, il ne s’agissait peut-être pas là d’un impératif, mais nul doute que cela a apporté à l’impact que le scénario a pu avoir sur elle. Puis il y a Stephen Rea, à la filmographie si peu reluisante jusqu’alors, mais au talent pourtant tellement grand. Stephen Rea est ici le flegme incarné, trainant au fil des épisodes une tête de Droopy des grands jours, mais jamais avare d’un trait d’humour cynique et décalé, digne de cet humour british tellement particulier mais ô combien efficace. Pour faire simple, au long des huit épisodes, il est en tout point parfait.

Fins De Séries

On en a aujourd’hui la conviction, le modèle obsolète des séries s’étalant sur toute une année a vécu, et The Honourable Woman vient enfoncer le clou. Série de huit épisodes en une seule saison, puisque l’histoire est terminée (et que les audiences n’ont peut-être pas été celles espérées par la B.B.C., pourtant selon The Guardian, elle serait la meilleure série des dernières années), elle marque l’été 2014 de son empreinte, une empreinte faite de la violence des convictions et peut-être aussi de la foi, une empreinte que l’on prend en pleine figure comme celle de la ranger d’un soldat de Tsahal. The Honourable Woman ménage ses effets au-delà de tout manichéisme ou parti-pris, commençant sur une introduction d’une lenteur qui en rebutera plus d’un, pour accélérer peu à peu, maniant habilement flashback et flashforward, pour finir sur deux épisodes en apothéose et pleins d’une tension qui soumet les nerfs à une épreuve insoutenable. Indiscutablement une grande série, suffisamment en tout cas pour que Canal + se donne les moyens de l’acheter et de la diffuser sous peu.

Fiche Technique – The Honourable Woman

Année : 2014
Genre : Drame
Origine : Royaume-Uni
Diffuseur : B.B.C.
Nombre de saisons : 1
Épisodes par saison : 10
Format : 52’
Statut : Arrêtée
Créateur : Hugo Blick
Casting : Maggie Gyllenhaal (Nessa Steine), Andrew Buchan (Ephra Stein), Stephen Rea (Sir Hugh Hayden-Hoyle), Lubna Azabal (Atika Halibi)

Auteur : Freddy M.

 

 

Délivre-nous du mal, un film de Scott Derrickson – Critique

Critique Délivre-nous du mal : Tous les clichés des films d’exorcisme

Synopsis : Flic dans le Bronx, le sergent Ralph Sarchie est chaque jour témoin du pire de la nature humaine. Pourtant, rien ne l’avait préparé à l’affaire que lui et son partenaire Butler vont découvrir. Dépassé, Sarchie va devoir s’allier à un prêtre renégat dont la foi a souvent vacillé, qui tente de le convaincre que les horribles événements qui se multiplient sont liés à des possessions démoniaques…

Scott Derrickson est un habitué de l’horreur. Il avait déjà signé L’Exorcisme d’Emily Rose et Sinister, prenant à chaque fois la double casquette de scénariste et réalisateur. Les deux films étaient de sympathiques productions, plutôt de bonne facture malgré une tendance prononcée au jump-scare, un procédé que les amateurs du genre méprisent au plus haut point. Lorsqu’il s’empare du roman Délivre-nous du mal, inspiré de la vie du lieutenant Ralph Sarchie, on pouvait donc s’attendre au meilleur comme au pire. Malheureusement, c’est cette seconde option qui prime.

L’Exorciste version cheap

Dès le départ, le ton est donné avec une scène d’introduction en Irak. Un pays du Moyen-Orient, une présence maléfique, une divinité qui ne l’est pas moins, tout cela rappellera des souvenirs aux fans de l’horreur. Délivre-nous du mal lorgne clairement du côté du chef d’œuvre de William Friedkin. D’ailleurs, on a parfois l’impression que Derrickson a regardé tous les films d’horreur de l’histoire du 7ème art, pour en conserver tous les clichés. On retrouve donc le flic au lourd passé, qui a bien sûr une femme et une fille qu’il néglige, son collègue qui ne sert qu’à détendre l’atmosphère, un prêtre qui a la foi mais pas trop quand même et, bien sûr, une incarnation du démon au visage inquiétant.

Une pile de clichés qui rend déjà difficile la projection dans le film. S’y ajoutent tous les plus mauvais tics du réalisateur, parmi lesquels, une nouvelle fois, un lot ahurissant de jump-scares gratuits du plus mauvais effet. Souvent cheap, tout le temps convenu, parfois à la limite du ridicule, il font basculer le scénario de la peur à l’ennui. Dommage, car de certaines scènes suinte une ambiance glauque à souhait, qui pourrait faire son petit effet si elles étaient mieux exploitées. Hélas, Délivre-nous du mal reste dans le cliché, et son scénario rempli de trous retombe vite à plat.

La petite boutique des erreurs

Le script peut se diviser en cinq actes, s’achevant par le traditionnel exorcisme. Cette séquence pas vraiment bien amenée est d’ailleurs le dernier clou dans le cercueil du film, tant elle est lente, mal filmée et mal interprétée. Au moins nous épargne-t-on un twist final qui serait franchement malvenu. Au-delà de ce détail, les incohérences nombreuses et les pistes non exploitées rendent l’intrigue inintéressante au possible. En voulant explorer un background mythologique finalement pas assez fouillé, Derrickson se vautre dans une histoire qui se veut profonde sans y parvenir.

D’autant que le réalisateur semble avoir une attraction morbide pour les animaux et les Doors, sans jamais vraiment donner une explication convaincante à la présence envahissante du groupe. Les amateurs de Jim Morrisson pourront toujours se procurer la bande-son, mais envoyer Break on Through durant une séance d’exorcisme qui a déjà du mal à paraître sérieuse est loin d’être l’idée du siècle. Au final, Délivre-nous du mal se révèle n’être qu’une pâle copie de ce que le genre a produit de pire, manquant cruellement de bonnes idées et exploitant mal ses rares points positifs.

Fiche technique – Délivre-nous du mal

États-Unis-2014
Réalisateur : Scott Derrickson
Scénariste : Scott Derickson, Paul Harris Boardman
Distribution : Eric Bana (Ralph Sarchie), Edgar Ramirez (Mendoza), Olivia Mun (Jen), Chris Coy (Jimmy), Sean Harris (Santino)
Producteur : Jerry Bruckheimer
Directeur de la photographie : Scott Kevan
Monteur : Jason Hellman
Compositeur : Christopher Young
Production : Jerry Bruckheimer Films, Screen Gems Inc
Distributeur : Sony Pictures

Auteur de l’article : Mikael Yung

Babysitting, un film de Philippe Lacheau et Nicolas Benamou – Critique

Depuis un certain Projet Blair Witch, le cinéma du XXIe siècle ne vit que pour le found footage (utilisation de la caméra subjective). Que ce soit pour des séquences de quelques minutes ou bien des films dans leur intégralité, le paysage cinématographique use toujours de ce procédé et ce pour n’importe quel genre : horreur ([REC], Paranormal Activity, Le Dernier Exorcisme…), fantastique (Cloverfield, Chronicle…) et comédie (Projet X), principalement. Un style auquel nos chers réalisateurs nationaux n’avaient pas encore osé s’y risquer. Jusqu’à 2014, année de la comédie qui a vu l’émergence d’un nouveau grand titre avec Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? et un autre succès surprise, Babysitting, le premier long-métrage français en found footage.

Synopsis : Franck (Philippe Schaudel) est employé aux éditions Schaudel, où il tente de percer dans l’univers de la BD. Mais pour cela, il doit avoir une entrevue avec son patron Marc Schaudel (Gérard Jugnot), qui l’ignore au plus au point. Un jour, Franck est appelé par ce dernier pour garder son fils Rémi (Enzo Tomasini) le temps d’une soirée, dans sa maison. Problème : c’est l’anniversaire de Franck et ses amis ont préparé une fête en son honneur. Mais quand Schaudel lui propose de regarder ses ébauches de BD en échange de ce service, Franck ne peut refuser. Ce qui n’arrêtera pas ses potes, qui décident finalement de faire la fête chez Schaudel. Au risque de dépasser les limites, au point que cette soirée d’anniversaire va devenir un véritable cauchemar pour Franck…

Projet X ne fait aucunement le poids !

Babysitting ou Projet X version française. C’est la première chose qui nous vient aussitôt à l’esprit dès l’aperçu des extraits et du synopsis : une soirée d’enfer qui dégénère au plus vite durant laquelle vous pouvez être les témoins de moments totalement loufoques. Le tout enregistré par une banale caméra numérique, comme si vous étiez le réalisateur de ce petit film amateur. Il ne restait plus qu’à espérer que Babysitting ne tombe pas dans l’excès de décadence propre à son homologue américain. Rappelez-vous de ce dernier : un caméraman étranger au scénario, des passages too much (un nain sortant du four, un mec au lance-flamme), un dénouement débile (le père fier de son fils alors que la maison est en ruines) et les codes du found footage qui ne sont nullement respectés. Projet X hésitait entre réalisme et gros délire, ce qui lui faisait perdre son côté comique. Babysitting, heureusement pour lui, évite toute cette surdose.

N’omettant pas certains passages qui propres à Projet X (une course de karts sur une nationale de la région parisienne, des invités refaisant une scène de Là-haut avec le voisin), le film préfère amuser avec des situations plus sobres, qui ne sortent jamais de l’ordinaire. Vous vous rendrez alors compte qu’il est beaucoup plus drôle de voir des mecs tentant de réanimer un perroquet après que celui-ci ait percuté un ventilateur. Le héros droguant Rémi aux somnifères afin de passer une soirée sans danger. Notre troupe de bras cassés fuyant la police au volant de la voiture du patron. Un personnage tellement à l’Ouest qu’il provoque tout un lot de quiproquos. Vous l’aurez compris : Babysitting est un bien meilleur représentant de la comédie en found footage que Projet X, même s’il ne respecte pas pleinement les codes de ce style de mise en scène (un caméraman qui filme alors qu’il ne devrait pas, des scènes coupées quand ça arrange le script…).

En même temps, Babysitting possède un atout que Projet X avait oublié de mettre en avant : présenter de vrais personnages. Pas des guignols qui ne pensent qu’à faire la fête, mais plutôt des protagonistes qui ont une histoire à raconter. Par là, il faut entendre le fait que Franck rêve de publier sa toute première BD (véritable enjeu de l’histoire), que Rémi désire avoir un père bien plus présent pour lui, que Sonia est une ex de Franck avec qui la relation peut renouer durant cette soirée. Plein de petits détails scénaristiques de ce genre, avec en prime des comédiens qui s’amusent et se donnent à fond, qui permettent d’avoir des personnages véritablement attachants et drôles (notamment Ernest et Sam). Après, cela fait également plonger le film dans les bons sentiments, au risque de plomber le rythme du film (le passage au parc d’attractions et le final paraissent roses bonbon face au reste du film).

Attention, ne vous attendez pas à un film 100% found footage ! Babysitting comporte aussi bon nombre de séquences filmées de manière classique. Un ajout qui s’avère être une excellente idée pour le film, permettant d’avoir un gros bonus question qualité et efficacité : l’introduction de nouveaux personnages hilarants (comme ce flic aux goûts discutables) et du passage en found footage, un parallèle comique entre les protagonistes spectateurs de la vidéo et ce qui se passe sur cette dernière, une émotion qui pointe le bout de son nez par moment… Tout a été pensé pour que Babysitting ne soit pas une énième comédie française qui use d’un procédé à la mode. Mais plutôt le divertissement idéal pour arracher des rires aux personnes les plus sceptiques qui puissent exister.

Une bien bonne surprise que ce Babysitting, qui prouve que la France a encore quelques atouts en poches pour livrer des comédies réussies. Et que le found footage n’est pas un style cinématographique exclusivement réservé aux Américains (qui semblent avoir en ce moment le monopole), qui préfèrent l’utiliser pour l’horreur plutôt qu’oser se diversifier.

Fiche technique : Babysitting

France – 2014
Réalisation : Philippe Lacheau et Nicolas Benamou
Scénario : Philippe Lacheau, Pierre Lacheau, Julien Arruti et Tarek Boudali
Interprétation : Philippe Lacheau (Franck), Alice David (Sonia), Vincent Desagnat (Ernest), Tarek Boudali (Sam), Juien Arruti (Alex), Gérard Jugnot (M. Schaudel), Clotilde Courau (Mme. Schaudel), Enzo Tomasini (Rémi Schaudel)…
Date de sortie : 16 avril 2014
Durée : 1h24
Genre : Comédie
Image : Antoine Marteau
Décors : Samuel Tesseire
Costumes : Aurore Pierre
Montage : Olivier Miohaut Alchourroun
Musique : Michael Tordjman et Maxime Desprez
Budget : 3,4 M€
Productions : Axel Films, Madame Films, Cinéfrance 1888 et Good Lap Production
Distributeur : Universal Pictures International France

Auteur de la critique : Sebi Spilbeurg

Mea Culpa, un film de Fred Cavayé – Critique

Avec Mea Culpa, le cinéaste Fred Cavayé, est le roi du film d’action à la française

Synopsis : Flics sur Toulon, Simon et Franck fêtent la fin d’une mission. Sur le chemin de retour, ils percutent une voiture. Bilan : deux victimes dont un enfant. Franck est indemne. Simon, qui était au volant et alcoolisé, sort grièvement blessé. Il va tout perdre. Sa vie de famille. Son job de flic. Six ans plus tard, divorcé de sa femme Alice, Simon est devenu convoyeur de fonds et peine à tenir son rôle de père auprès de son fils Théo qui a désormais 9 ans. Franck, toujours flic, veille à distance sur lui. Lors d’une corrida, le petit Théo va être malgré lui le témoin d’un règlement de compte mafieux. Très vite, il fera l’objet de menaces. Simon va tout faire pour protéger son fils et retrouver ses poursuivants.

Si vous deviez dire le titre d’un film d’action français, vous penserez aussitôt à un produit de chez EuropaCorp (la société de production de Luc Besson). Notamment au Transporteur, à Taken, Banlieue 13 et consorts. Pourtant, bien loin de ces divertissements calibrés tels des longs-métrages hollywoodiens, qui sont parvenus à lancer la carrière d’un bon nombre de réalisateurs chez l’oncle Sam (dont Louis Leterrier), nous pouvons compter sur Fred Cavayé. Cinéaste qui a su donner chez nous ses lettres de noblesse au cinéma d’action via Pour elle et À bout portant. Au point que le bonhomme intéresse les Américains : un remake de Pour elle avec Russell Crowe (Les trois prochains jours). Cette année, Cavayé continue sur sa lancée en nous livrant sa troisième réalisation (qui attise déjà l’œil outre-Atlantique), Mea Culpa, qui n’a rien à envier à ses prédécesseurs.

Ou peut-être un peu, si, du côté du scénario. Avec Pour elle, le cinéaste faisait preuve d’un réel travail d’écriture, ponctué par une dernière partie vive d’esprit. À bout portant était déjà plus musclé (au moins 1h10 d’action non-stop) et possédant moins d’envolées scénaristiques (un aide-soignant fuyant la police et aidant un criminel). Avec Mea Culpa, Cavayé confirme son penchant pour l’action, en nous livrant un scénario plutôt basique. Mais attention : basique ne veux pas dire inintéressant. Car, contrairement à À bout portant, Mea Culpa démarre calmement, permettant ainsi de nous familiariser avec les personnages et de s’attacher à eux. Cela par le biais de scènes plutôt intimistes mais aussi par des flashs-back qui tentent de nous éclairer sur la raison de la déprime du personnage principal, permettant ainsi de donner bien plus d’ampleur à cette histoire d’amitié (entre deux flics qui se connaissent depuis longtemps) que le film met en avant, et ce jusqu’à la toute dernière scène. Cavayé offre par moment à Mea Culpa des airs de buddy movie, bâti sur une histoire originale d’Olivier Marchal (réalisateur de 36 Quai des Orfèvres, MR 73 et Les Lyonnais). Certes, il y a bien par moments des facilités scénaristiques (le fait que la femme du héros revienne vers lui aussi rapidement), des répliques assez simplistes et des points d’ombre jamais révélés (le but des méchants de l’histoire, par exemple). Mais une fois passé la première partie du film, ces défauts sont vite oubliés.

Dès que le fameux gosse assiste à la scène de crime, le film démarre aussi sec, sans jamais s’arrêter (juste quelques instants, histoire que nous puissions reprendre notre souffle), enchaînant les poursuites, combats au corps-à-corps et fusillades avec une énergie aussi folle que dans À bout portant et la fin de Pour elle. Comme pour ces deux films, Mea Culpa se révèle être d’une efficacité redoutable, livrant des séquences d’action véritablement palpitantes et superbement filmées/montées. Pour s’en assurer, il n’y a qu’à voir la séquence du TGV. Modèle d’exemple pour tous les films du genre, surtout pour les longs-métrages estampillés EuropaCorp. Pour dire, à aucun moment nous n’avons l’impression de voir un divertissement made in France, mais bien un film hollywoodien au budget conséquent.

En parlant de mise en scène, pour Mea Culpa, Fred Cavayé ne se limite pas qu’à titiller notre adrénaline mais également à instaurer une ambiance. Contre toute attente, notre cinéaste national y parvient en installant une atmosphère sombre et pesante, à la manière subtile d’un Michael Mann (Heat, Révélations, Collatéral), enjolivée par la musique de Cliff Martinez (Drive), poussant le concept avec une boite de nuit lors d’une séquence, occasion rêvée pour se permettre quelques jeux de lumière bien placés. Cavayé se permet même de s’en amuser, en commençant son film sur un plan où une voiture bouge, sur un parking désert, une fille collée contre la vitre embuée. Laissant de ce fait notre esprit mal placé, imaginer des tas de choses alors que c’est en réalité un combat qui se déroule dans le véhicule en question. Ainsi, Mea Culpa, en plus d’être un film d’action efficace, se présente également à nous tel un long-métrage assez esthétique.

Et n’oublions pas la prestation des acteurs, qui vaut largement le détour. Pour Mea Culpa, Fred Cavayé a eu la merveilleuse idée de réunir les acteurs principaux de ces films précédents, à savoir Vincent Lindon (Pour elle) et Gilles Lellouche (À bout portant). Ces deux comédiens forment un duo quasi parfait, notamment un Lindon qui, même s’il n’a plus rien à prouver, nous bluffe une fois de plus par son jeu d’acteur électrisant, surpassant sans mal tous ses petits camarades pourtant bons. Que ce soit Lellouche (qui semble bien plus à l’aise avec Cavayé que dans les autres films « sérieux ») ou bien les seconds rôles telle que Nadine Labaki.

Fred Cavayé aura tout compris au cinéma d’action : efficacité rimant avec des personnages existants via une histoire véritablement prenante, auxquels on s’attache facilement. Le tout en une heure et demie. Comme quoi, pas besoin de rallonger la durée d’un divertissement, au risque de le meubler avec des séquences inutiles. Chose que ne semblent comprendre les producteurs de nos jours, qui préfèrent nous en mettre plein la vue (surdose d’effets visuels) plutôt de nous essouffler autant que les protagonistes. Besson et ses poulains peuvent aller se rhabiller, Fred Cavayé est décidément l’homme de la situation.

Fiche technique : Mea Culpa

France – 2014
Réalisation : Fred Cavayé
Scénario : Fred Cavayé et Guillaume Lemans, d’après une histoire originale d’Olivier Marchal
Interprétation : Vincent Lindon (Simon), Gilles Lellouche (Franck), Nadine Labaki (Alice), Max Baissette de Malglaive (Théo), Gilles Cohen (Pastor), Medi Sadoun (Jacquet), Velibor Topic (Milan), Cyril Lecomte (Jean-Marc)…
Date de sortie : 5 février 2014
Durée : 1h30
Genre : Policier, action
Image : Danny Elsen
Décors : Philippe Chiffre
Costumes : Marie-Laure Lasson
Montage : Benjamin Weill
Musique : Cliff Martinez
Budget : 16 M€
Productions : LGM Productions, uFilm et Nexus Factory
Distributeur : Gaumont Distribution

 

Hercules, un film de Brett Ratner – Critique

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Attendu comme un bon gros nanar des familles et entaché par une controverse de l’auteur Alan Moore au sujet du non respect de l’œuvre de son collègue Steve Moore (le comics Hercule: Les guerres Thraces), Hercules de Brett Ratner se révèle finalement être un blockbuster de bonne facture. Si le réalisateur décrié d’X-men : l’affrontement final s’en tire avec les honneurs grâce à une réalisation efficace à la technique quasiment irréprochable (quelques faux raccords par ci par là tout de même), c’est surtout avec son scénario assez malin et ses acteurs que le film convainc. On pourrait même y voir les balbutiement de l’œuvre d’un auteur, mais pas forcément celui qu’on croit. Hercules est finalement pas vraiment un énième produit formaté par Brett Ratner pour des studios avides de recettes mais ressemble plus à un premier film de Dwayne Johnson.

Synopsis: Mi-homme mi-légende, Hercule prend la tête d’un groupe de mercenaires pour mettre un terme à la sanglante guerre civile qui sévit au royaume de Thrace et replacer le roi légitime sur le trône. Âme tourmentée depuis la naissance, Hercule a la force d’un dieu mais ressent aussi les peines et les souffrances d’un mortel.
Sa puissance légendaire sera mise à l’épreuve par des forces obscures.

« Putain de centaures ! » Hercule, – ??? Av. JC

Dès sa première apparition à l’écran, l’évidence est là, l’acteur est Hercules, et il est fort probable que nul autre comédien au monde n’aurait pu (de nos jours) l’incarner avec autant de charisme. Ancien catcheur, rodé à l’art de la mise en scène du corps et du combat, son interprétation du personnage est en parfaite adéquation avec ce passé. Hercule n’est plus le fils de Zeus et d’une mortelle qui chasse les créature fantastiques, mais un mercenaire à la force physique redoutable qui se fabrique une légende pour effrayer ses adversaires. En guise de présentation, le « demi-dieu » éclate Cinq ennemis d’un coup de massue devant le regard médusé d’un chef pirate. Une action démesurée, à la hauteur de ce que l’on peut attendre d’un tel personnage, mais un peu ridicule tout de même tant le geste est exagéré. C’est justement par là que le film prend par surprise : la supercherie est rapidement révélée. Tandis que le « fils de Zeus » assure le spectacle en première ligne, c’est toute une équipe de choc caché derrière qui aligne froidement les ennemis, alors que son neveu, conteur talentueux, commente et relate les événements sous un jour glorieux. Le héros solitaire est en fait une troupe bien rodée qui joue de la crédulité des gens pour gagner sa célébrité (et une bonne paye pour les travaux accomplis). Trucage et mise en scène deviennent les piliers d’un mythe qui se répand à grande vitesse dans toute la Grèce. Ceux qui s’attendait à voir la légende sur grand écran déchanterons rapidement, en revanche ceux qui n’en attendait rien seront agréablement surpris de voir le film prendre ce virage plutôt malin.

Clin d’œil amusant au passé de catcheur de son interprète, mais aussi mise à nu de l’idée même de cinéma, par ce détour scénaristique gonflé, Hercules à le bon goût de ne pas se prendre au sérieux et l’intelligence de ne pas prendre son public pour des buses. Par des touches d’humours judicieusement placé pour ne pas devenir redondante, le blockbuster que l’on attendait burné et gonflé à la testostérone se révèle suffisamment roublard pour surprendre. Aidé par des second rôles de qualités (Rufus Sewell, Ian McShane…), Dwayne Johnson offre un film à son image : Des scènes d’actions démesurée (il soulève d’une mains un cavalier et son cheval…) soutenue par un sens de l’auto-dérision qui fait mouche (…pour soupirer après : « putain de centaures… »). On pourra alors regretter une trame principale un peu téléphonée (l’apparition du Roi Eurysthée comme un cheveu sur la soupe), mais la naïveté de l’ensemble, en adéquation avec l’innocence candide du personnage séduit finalement. Le nombre conséquent de second rôle aux caractères bien trempés additionné à des décors et effets spéciaux de bonnes factures finissent de donner au film une identité sympathique. Hercules marche alors dans les pas de ces vieux classiques tel Jason et les argonautes ou Robin des bois. De la vrai aventure qui dépayse sec, dans des royaumes dirigé par des tyrans, combattu par des groupes de joyeux compagnons au méthodes de combats farfelue, ou la frontière est ténue entre folklore et réalité.

Au lieu d’un Direct to DVD boosté aux effets numérique, c’est finalement un divertissement sympathique que Dwayne Johnson offre à ses fans, et à ceux qui n’aurait pas encore goutté à son univers qui mélange agréablement action de bande dessinée et humour bon enfant. Un poil immature peut être, mais néanmoins charmant.

Fiche Technique Hercules

États-Unis – 2014
Titre original :Hercules
Réalisation: Brett Ratner
Interprétation: Dwayne Johnson, John Hurt, Rufus Sewell, Ian McShane, Joseph Fiennes…
Date de sortie: 27 aout 2014
Durée: 1h38 min
Genre: Action, Peplum
Scénario: Evan Spiliotopoulos, Ryan Condal, d’après l’œuvre de Steve Moore
Musique: Fernando Velasquez
Producteur: Beau flynn, Barry Levine, Brett Ratner
Production: Flynn Picture Company, Paramount, MGM

 

Sils Maria, un film de Olivier Assayas : Critique

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Injustement oublié. C’est la première réflexion que l’on peut se faire à la sortie de la projection quand on voit que Sils Maria est reparti bredouille de la compétition officielle du Festival de Cannes 2014.

Certes, il est reparti avec un très bon accueil de la part des cinéphiles et s’est exporté dans d’autres festivals avec les mêmes retours positifs mais il lui manque vraiment la considération de ses pairs. Vexant. Réalisé par Olivier Assayas qui avait mis Cannes à terre en 2010 avec le biopic explosif du terroriste Carlos, révélant par la même occasion le vénézuélien Edgar Ramírez, Assayas s’intéresse aujourd’hui à son milieu professionnel et dévoile un saisissant aspect générationnel entre les acteurs pré et post-2000, entre jalousie et hypocrisie. En 2012, Olivier Assayas avait quelques peu déçu son audience avec Après Mai mais on ne saurait trop lui reprocher tant ce Sils Maria comprend l’essence même du cinéma dans toute sa splendeur, son égo surdimensionné et ses vices. Tout comme il permet d’en faire un film sur le narcissisme, la solitude et nous renvoie à des chefs d’œuvres du genre que sont Eve de Joseph L. Mankiewisz ou Persona d’Ingmar Bergman. Sils Maria est un pur film de cinéma qui parle de cinéma, et c’est tout simplement magistral.

All About Maria

Maria Enders a débuté, connu le succès et poursuit sa carrière avec la même notoriété qu’elle a conservé depuis son plus grand rôle, du moins elle le croit. Elle est en route pour honorer le réalisateur qui l’a révélé autrefois. La mort soudaine de ce dernier va l’amener à une profonde réflexion sur elle-même et sur le métier d’actrice aujourd’hui. C’est ainsi qu’on découvre rapidement le personnage de Juliette Binoche, vrai personnage de femme aussi détestable que respectable. Une sorte d’alter ego moderne du personnage de Gloria Swanson dans Boulevard du Crépuscule. Sauf qu’ici le scénariste du film de Billy Wilder est remplacé par une jeune, rock et jolie assistante en la personne de Valentine, incarnée par une excellente Kristen Stewart. Sils Maria va donc suivre pendant deux heures les tribulations de ces deux femmes aux égos opposés et aux conceptions contraires. Quand l’assistante plus jeune s’adapte aux changements numériques de la société, sa « patronne » préfère ignorer ces réseaux et perpétue ce qui a fait son succès d’autrefois jusqu’à ce présent tout-numérique, ce qui l’amènera à sombrer dans le déclin de sa beauté et donc de sa gloire. Le moi cinématographique s’est mué en un moi numérique, désormais être acteur c’est aussi laisser place à tout un matraquage médiatique sur internet. Et le « Celebgate » de ces derniers jours tombent à point nommé pour souligner ce point. C’est en cela qu’intervient le personnage de Jo-Annincarné par une Chloé Grace Moretz qui s’impose comme une sorte d’ersatz de Miley Cyrus et de Lindsey Lohan, sans cesse dans la provocation et la polémique.

Oliver Assayas fait croiser deux époques du cinéma, l’époque dite classique et âge d’or aux yeux de Maria Enders, et le cinéma d’effets spéciaux d’aujourd’hui avec sa « psychologie de BD ». Mais jamais il ne le fait avec un propos outrancier, il apporte toujours une retenue par le biais du personnage de Valentine qui apporte de vrais arguments pour valider ce changement opéré par l’industrie du cinéma. Le classique côtoie désormais l’époque des super-héros, avec un avantage économique considérable pour ce dernier. Ce changement dans la profession se fait aussi par le biais des coulisses du cinéma. C’est assez ironique qu’un jeune réalisateur en gilet et t-shirt rock rencontre la grande Maria Enders pour lui offrir un rôle de mutante. On pourrait croire que Olivier Assayas nous dit que les vieux acteurs n’ont plus rien à faire ici aujourd’hui mais plutôt qu’il s’agit pour ces deux générations de vivre ensemble, et qu’il faut tout simplement s’adapter avec les nouvelles attentes d’un public essentiellement jeune. Il reste toujours ce public d’intellectuel et d’intéressés mais Olivier Assayas nous fait savoir qu’on ne les trouve plus qu’au théâtre par le biais de cette adaptation moderne qui avait fit de Maria Enders la gloire qu’elle a été. C’est très symbolique en ce sens le fait qu’elle reprenne le rôle opposé qu’elle a joué. Et ça ne fera que l’amener à sa chute.

Mais revenons à ce personnage de Maria Enders, névrosée sublime, magnifiée par la performance de Juliette Binoche. Plus le film avance, et plus on se rend compte des contradictions de ce personnage. Pour espérer préserver sa gloire et sa beauté, son personnage s’enferme dans une sorte de bulle hypocrite. Son crédo est de ne jamais se fier à internet et pourtant, plusieurs fois on la voit monter dans chambre pour « googleiser ». Elle s’érige comme une femme de caractère, ne tombant jamais sous les supplications d’un homme qui la débecte mais qu’elle finit par raccompagner devant sa porte, laissant un discret numéro de chambre sur un bout de papier. Elle déteste ces nouveaux rôles cinématographiques qui consistent à jouer des non-humains sur fond vert et pourtant elle accepte de rencontrer le réalisateur d’un de ces films et de potentiellement en jouer un personnage. C’est ça Maria Enders, une femme qui ne dira jamais les choses mais qui agira toujours de manière hypocrite. C’est une femme qui s’obstine à vivre dans le passé, ce passé glorieux où les gens se l’arrachaient, où la « peopolisation » était encore relativement sage. Avec les effets de l’âge et des changements de la société, elle se retrouve dans une société du star-system où il faut être polémique et controversée pour exister, en témoigne cette séquence où elle se sent abandonné sur les trottoirs, les paparazzis suivant la jeune et jolie Jo-Ann monter dans une voiture. Et Maria Enders devient une suiveuse, elle pénètre les clubs de metteurs en scène mais reste muette, ne faisant plus qu’observer et subir cette époque, difficile pour l’égo. Elle n’existe plus aux yeux des autres. Elle regrette ces privilèges de la jeunesse et tombe dans un désir voyeur et jaloux.

Un désir voyeur qu’elle entretient avec son assistante. Valentine, une obstinée du travail et surtout une passionnée qui voit dans sa relation avec Maria Enders, un lien trouble entre fictif et réel. Les répétitions deviennent plus durs, plus éprouvantes pour ces deux femmes dans lesquelles elles se rendent progressivement compte que la pièce arbore certains points communs avec leur relation. C’est tout simplement bluffant, magnifiquement bien écrit et magistralement interprétés. Kristen Stewart trouve là un rôle fort et on lui souhaite une carrière chez d’autres grands réalisateurs puisqu’elle prouve -à ceux qui doutent encore- qu’elle peut être un vrai personnage dramatique performant. Efficace. Cette relation avec sa « patronne » devient difficile, l’une jalousant l’autre et cette autre ne supportant plus physiquement sa non-ouverture d’esprit, Maria Enders s’obstinant à croire en un monde culturel classique mais désormais désuet. Après une ultime tentative de dire les quatre vérités brutales à la diva, rappelant le changement opéré par le monde artistique d’aujourd’hui, elle fuira cette relation dans un vaste paysage montagnard, tel le Serpent de Maloja. Oliver Assayas sublime les paysages alpins et dévoile des plans de toute beauté, d’une grandeur effarante pour Maria Enders, un personnage qui souhaite exister mais qui se retrouver à errer dans les plaines, perdu et loin de toute célébrité. Certains évoqueront l’aspect académique du film, mais ce qui fait la force du film se trouve davantage dans son analyse simple et percutante du monde culturel actuel, et surtout de ce monde de la célébrité. Il n’empêche que le film offre une mise en scène très léchée, entre photographie magnifiée et montage fluide, sans se forcer à l’audace tout en offrant de vrais rôles à ces personnages, qui exploitent les champs-contre-champs à la perfection. Le tout est sublimé par une liste de musiques classiques effectuée par Daniel Sobrino.

Davantage audace du récit que de la mise en scène, Sils Maria est une vraie réflexion sur le cinéma actuel, les attentes d’un public jeune, le star system et sur l’économie qui régit tout cela. Véritable chef d’œuvre de cinéma qui parle de cinéma et qui exploite avec un propos vif et cynique le monde artistique actuel. Le manque de considération à Cannes de ce film ne joue en rien contre sa maîtrise totale du sujet. Juliette Binoche y est aussi merveilleuse que démente, Kristin Stewart efficace en tout point, et Oliver Assayas nous assène un vrai constat contemporain du monde de la culture et de l’égo surdimensionné de ces stars, qui n’a pas changé depuis l’époque de Joseph L. Mankiewicz et Billy Wilder. Assurément un grand film !

Synopsis: À dix-huit ans, Maria Enders a connu le succès au théâtre en incarnant Sigrid, jeune fille ambitieuse et au charme trouble qui conduit au suicide une femme plus mûre, Helena. Vingt ans plus tard on lui propose de reprendre cette pièce, mais cette fois de l’autre côté du miroir, dans le rôle d’Helena…

Sils Maria : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=-aRLEmB2pLE

Sils Maria : Fiche Technique

Réalisation: Olivier Assayas
Scénario: Olivier Assayas
Interprétation : Juliette Binoche (Maria Enders), Kristen Stewart (Valentine), Chloë Grace Moretz (Jo-Ann Ellis), Lars Eidinger (Klaus Diesterweg), Johnny Flynn (Christopher Giles), Angela Winkler (Rosa Melchior), Hanns Zischler (Wald), Brady Corbet (Piers Roaldson)
Image: Yorick Le Saux
Décor: Francois-Renaud Labarthe et Gabriele Wolff
Costume: Jürgen Doering
Montage: Marion Monnier
Son : Daniel Sobrino
Producteur: Charles Gillibert, Karl Baumgartner, Thanassis Karathanos, Jean-Louis Porchet, Gérard Ruey, Sylvie Barthet, Remi Burah et Antoun Sehnaoui
Production: CG Cinéma, CAB Productions, Pallas Film, Arte France Cinéma et Ezekiel Film Production
Distributeur: Les Films du Losange
Festival: Meilleur Actrice pour Juliette Binoche à l’International Cinephile Society Award 2014
Genre: Drame
Durée: 123 minutes
Date de sortie : 20 août 2014

France – Suisse – Allemagne – 2014

 

Match Retour, un film de Peter Segal : Critique

Match Retour : Une banale comédie sportive

Synopsis : Henry « Razor »Sharp (Sylvester Stallone) et Billy « the Kid » McDonnen (Robert De Niro) sont deux anciens boxeurs qui se sont affrontés lors de deux matchs, chacun en ayant remporté un. Mais la retraite anticipée de Razor empêcha l’occasion de faire la belle. Trente ans plus tard, bien qu’ayant continué sur des voies différentes, ils vont être à nouveau réunis à l’occasion de la réalisation d’un jeu vidéo. Ce qui aura comme conséquence l’organisation d’une véritable rencontre, qui pourra enfin les départager. Mais l’entente entre les deux hommes est toujours aussi tendue. Sans compter qu’ils devront convaincre le public et leurs proches qu’ils savent encore boxer et qu’un entraînement intensif ne peut leur faire de mal, et ce malgré le poids de l’âge.

À l’annonce du projet, beaucoup ont pris ce dernier comme une immense blague. En même temps, on nous vendait la rencontre improbable entre deux boxeurs cultes du cinéma que sont Rocky Balboa (la saga Rocky) et Jake LaMotta (personnalité bien réelle qui a eu droit à son biopic avec Raging Bull, réalisé par Martin Scorsese), interprétés qui plus est part leur comédien respectif (Sylvester Stallone et Robert De Niro). Rassurez-vous, il s’agissait d’une image promotionnelle pour donner aux spectateurs un brin de nostalgie avant le visionnage du film. Et il faut bien avouer qu’au final, voir un combat opposant Sly à De Niro pouvait être la curiosité amusante du moment, si l’on voyait cette rencontre comme l’équivalent d’Expendables pour un film de boxe. Un délire pleinement assumé qui joue à fond la carte du « on ose tout », orchestré en plus de cela par un habitué de la comédie en la personne de Peter Segal (Y-a-t-il un flic pour sauver Hollywood ?, La famille Foldingue, Max la Menace).

Ce qui aurait été génial avec Match Retour, c’est que le film aurait dû s’arrêter à un tel synopsis. Qu’il ne cherche pas à le développer. Car honnêtement, le long-métrage aurait très bien pu être une comédie diablement orgasmique, surtout avec ces deux têtes d’affiches. En jouant à fond la carte de la parodie et des vannes sur la vieillesse. Surtout qu’avec des références comme Rocky et Raging Bull, le festival de clins d’oeil se devaient d’être au rendez-vous. De cela, nous en avons via des situations scénaristiques (Stallone voulant boxer de la bidoche dans un abattoir, De Niro sortant son mythique « You talkin’ to me »…) et des détails visuels (des photos extraites des films d’origine). Pourtant, Match Retour ne se présente pas à nous comme il aurait dû faire mais plutôt en tant que comédie dramatique, tout ce qu’il y a de plus basique.

La faute notamment à avoir voulu dramatiser l’ensemble. En donnant une histoire aux deux boxeurs via l’intervention d’un personnage féminin dont, au final, on se serait bien passé. La raison de la mésentente entre les deux combattants : l’un ayant couché avec la femme de l’autre, en lui donnant par la même occasion un enfant. Faisant dériver le scénario sur différentes trames mille fois vues et qui se montrent inutiles : le fils rencontrant son père pour la première fois depuis sa naissance, le fait qu’un personnage se rapproche de son ex et qu’il en est toujours amoureux… Tout un tas de clichés et de personnages caricaturaux (surtout celui du jeune manager, un Noir surexcité comme Hollywood nous livre à chaque fois). Cette dramatisation permet néanmoins de s’attacher un minimum aux protagonistes, ce qui est déjà ça. Mais face à ce que pouvait promettre le projet, il est décevant de voir que celui-ci se prend beaucoup trop au sérieux. Les séquences humoristiques présentes se montrant bien trop sages, étant mises au second plan.a

Ne reste que le fameux combat final, comme dans tout bon film de boxe qui se respecte. Enfin, presque… Rappelons que Match Retour est réalisé par Peter Segal, qui s’est fait connaître par la comédie et dont la filmographie ne jure plus que par ce genre. Il n’est donc pas le cinéaste idéal pour filmer et donner de la puissance à un combat (même s’il avait déjà montré l’énergie de sa mise en scène avec les scènes d’action de Max la Menace). Résultat : nous avons affaire à la rencontre la plus molle jamais réalisée pour un film de boxe. Avec une caméra qui reste plantée là, scrutant les deux combattants qui, eux, semblent se démener un peu. Une séquence qui doit se contenter, du coup, du travail au montage (ralentis, découpages des séquences…) pour donner un semblant de peps qui, bien entendu, ne se fait jamais ressentir. Cela se remarque également pour d’autres moments du film (l’accident de voiture, le saut en parachute), dont certains doivent arborer des effets visuels discutables (dont le rajeunissement numérique des deux comédiens).

Mais au final, il ne faut pas se montrer aussi sévère avec Match Retour, le film se laissant regarder sans déplaisir. Ce dernier propose une brochette d’anciens acteurs qu’il est plaisant de retrouver aux côtés de nouveaux qui s’en sortent tranquillement (Kim Basinger, Alan Arkin, Kevin Hart, Jon Bernthal). L’histoire, qui ne sort nullement de l’ordinaire, se suit sans difficulté. Quelques passages comiques sont là pour redonner le sourire. En réalité, Match Retour est un long-métrage sympathique, qui amuse. Mais en étant qu’une simple comédie dramatique sportive, le film passe à côté de la parodie hilarante à tendance nostalgique qu’il aurait pu être. D’où cette note, qui exprime à la fois la déception et le contentement (de ne pas avoir eu un navet, ce qui aurait pu être le cas).

Fiche technique : Match Retour

Titre original: Grudge Match
États-Unis – 2013
Réalisation : Peter Segal
Scénario : Tim Kelleher, Doug Ellin et Rodnay Rothman
Interprétation : Sylvester Stallone (Henry « Razor » Sharp), Robert De Niro (Billy « The Kid » McDonnen), Kevin Hart (Dante Slate Jr.), Alan Arkin (Louis « Lightning » Conlon), Kim Basinger (Sally Rose), Jon Bernthal (B.J.), Paul Ben-Victor (Lou Camare), Camden Gray (Trey)…
Date de sortie : 22 janvier 2014
Durée : 1h53
Genre : Comédie, drame
Image : Dean Semler
Décors : Matt Callahan
Costumes : Mary E. Vogt
Montage : William Kerr
Musique : Trevor Rabin
Budget : 40 M$
Production : Warner Bros., Callahan Filmworks et Gerber Pictures
Distributeur : Warner Bros.

Maestro, un film de Léa Fazer : Critique

Maestro, voilà un film précédé d’un bouche-à-oreille très favorable. Un avis positif consensuel, tous âges confondus. Une réputation de feel good movie, ce qui n’est pas forcément de très bon augure…

Synopsis : Henri, un jeune acteur qui rêve de jouer dans FAST & FURIOUS, se retrouve engagé dans le film de Cédric Rovère, monstre sacré du cinéma d’auteur. Les conditions du tournage ne sont pas tout à fait celles auxquelles il s’attendait… Mais le charme de sa partenaire et la bienveillance du maître vont faire naître en lui des sentiments jusqu’alors inconnus. Et Rovère, conquis par la jeunesse et la fantaisie d’Henri, vivra ce tournage comme un cadeau inattendu.

A la lecture du dossier de presse, il apparaît que le film est réalisé par Léa Fazer, amie proche de Jocelyn Quivrin, et pour les funestes raisons que l’on connaît, ce dernier n’a pas pu réaliser. Il s’agit d’un « témoignage » suite à sa rencontre avec Eric Rohmer sur le tournage de son dernier film, Les Amours d’Astrée et Céladon. Léa Fazer a été coscénariste dans le projet initial.

Un film qui aurait pu être auto fictionnel donc, voire autobiographique, mais qui ne l’est pas, et ça pose souci, car c’est sans doute une des raisons qui font que ce film sonne faux, à la manière d’un carton-pâte.

Maestro raconte l’histoire de la rencontre improbable entre Henri (Jocelyn Quivrin), et Cédric Rovère (Eric Rohmer), sur le mode initiatique de l’acteur habitué aux films d’action (qui cite par cœur des dialogues entiers de Fast and furious visionné en boucle avec son meilleur ami), qui découvre le cinéma d’auteur et son maître, et qui petit à petit devient le fan numéro 1 du génie et poète.

Le film est une juxtaposition de gags plus ou moins réussis. Parmi les plus réussis, on trouve par exemple Michael Lonsdale dans des gags très visuels où il se lève et se rassied de manière très majestueuse, mais tel un automate rouillé, qui déploie péniblement ses éléments un à un, vraiment hilarant. Ou encore cette scène où Michael Lonsdale, est dans le recueillement voire la componction la plus absolue en faisant la lecture d’un passage de l’Astrée aux comédiens, quand il reçoit en pleine face une boulette de papier qui s’est trompée de destinataire ; il la défroisse et la lit à voix haute « ta meuf, je la kiffe, gros… » : la tête de Lonsdale en lisant ces mots qui de toute évidence lui sont plus incompréhensibles que du mandarin ancien est juste impayable. (Plus tard, quand il prend Henri à part pour lui demander presque timidement : « qu’est ce que ça veut dire : ta meuf, je la kiffe , gros », il nous offre une vraie belle scène de tendresse et d’émotion).

Du coup, s’il est indéniable que le film comporte de vrais moments d’humour, il semble rater sa cible qui est de rendre hommage à Rohmer, tant la volonté de faire rire prend le pas sur le reste et rend Rovère ridicule dans son attitude d’homme décalé, avec son cinéma différent, à l’économie, impulsif (quand il demande impromptu à Henri d’apprendre le biniou par exemple) ; on ne n’appréhende pas vraiment dans ce film ce qui fait de Rohmer, un poète, un Maestro.

La mise en scène, qui se veut également un hommage est surtout mise en valeur par le choix d’un cadre magnifique (le val de Creuse tel qu’on le rencontre dans l’Indre), dans les belles lumières mordorées d’un début d’automne du chef op Lucas Leconte.

Une mention spéciale à Dominique Rémond qui joue très bien le rôle de l’assistante du grand maître ; sa belle voix grave et cassée, donne à son jeu une sensualité que l’on regrette de ne pas voir plus souvent au cinéma.

Quant aux autres acteurs, ils font le job comme on dit, dans un registre de pure comédie. Seule Déborah François, Rohmérienne à souhait, dépasse ce contexte et nous rappelle, de manière assez fade, il faut bien en convenir, que le film est censé être un peu plus que ce que  ce que l’on voit…

Fiche Technique: Maestro

Réalisateur : Léa Fazer
Genre : Comédie
Année : 2013
Date de sortie : 23 Juillet 2014
Durée : 81 min.
Casting : Pio Marmaï (Henri), Michael Lonsdale (Cédric Rovère), Déborah François (Gloria), Alice Belaïdi (Pauline), Dominique Rémond (Francine)
Musique : Clément Ducol
Scénario : Léa Fazer, Jocelyn Quivrin
Chef Op : Luca Leconte
Production : France
Maisons de production : Mandarin Films, Rézo Production, Canal +
Distribution (France) : Rézo Films

The Salvation, un film de Kristian Levring : Critique

Dès les premières images, on voit bien que le film est un western un peu différent. Un homme, Jon, est sur le quai, dans l’attente de l’entrée en gare du train. Une belle femme blonde et un garçonnet, blond également, en sortent. Il s’agit de sa femme et de son enfant qu’il n’a pas vus depuis 8 ans, ayant émigré du Danemark vers l’Amérique pour faire fortune, après avoir fait la guerre contre les allemands.

Synopsis: 1870, Amérique. Lorsque John tue le meurtrier de sa famille, il déclenche la fureur du chef de gang, Delarue. Trahi par sa communauté, lâche et corrompue, le paisible pionnier doit alors traquer seul les hors-la-loi.

La prisonnière du désert

Dans cette première séquence, loin des plans larges sur les vastes prairies américaines, le réalisateur filme des plans serrés sur les visages plutôt souriants des personnages, une image bien peu représentative du genre western, dans une profusion de couleurs hyper saturées, qui n’évoquent en rien les grands maîtres du genre, comme John Ford. Et pourtant tous les codes du western sont là : le cow-boy solitaire, le shérif un peu dépassé, le méchant très vilain, les bagarres épiques, le saloon, la diligence, la pendaison. Avec une telle accumulation de stéréotypes, Levring finit par donner l’impression d’imiter un western plutôt que d’en réaliser un.

L’histoire est donc celle de Jon, avec un Mads Mikkelsen impeccable comme toujours dans un rôle quasi-mutique, ne dérogeant finalement pas à son habitude. Après avoir retrouvé sa famille à la gare, il repart avec elle en diligence vers Black Creek, son habitation. Le voyage s’effectue malheureusement en compagnie de deux hommes avinés et violents qui éjectent Jon de la diligence, avec des intentions peu équivoques envers sa femme. Bien vite, Jon retrouve la diligence, et le corps de son fils, puis celui de sa femme violentée.

Dès lors, le processus de vengeance/contre-vengeance se met en place. Jon tue les malfaisants de la diligence, dont l’un s’avère être le frère du gangster Delarue, auto-proclamé « protecteur » de la petite localité Black Creek où habite Jon. Delarue à son tour déploie un éventail d’horreurs pour venger la mort de son frère. Et Jon va devoir se défendre, et défendra aussi la petite localité de ce tortionnaire et de sa bande, d’où le « salvation » du titre.

Lorsque Jon retrouve la diligence, il fait nuit, et la lune qui inonde la scène donne une ambiance très inhabituelle pour un western : Mads Mikkelsen a le visage très lumineux et très argenté, et la prairie américaine apparaît pour ce qu’elle est véritablement, à savoir une savane sud africaine où le film a été tourné. Cette séquence, et bien d’autres encore, plongent le film dans une sorte d’incohérence visuelle, sans doute voulue par son réalisateur, afin de donner une identité renouvelée à son western. Cela ne fonctionne pas très bien, d’autant moins que les CGI (notamment les incrustations de plans de Monument Valley à la lumière beaucoup plus américaine, et plus douce) aggravent encore le résultat. Il est difficile dans le même temps d’exacerber cette lumière africaine, tout en insistant sur la présence des Monuments de la Valley.

La problématique de l’image est rejointe par d’autres mauvais choix de Levring qui fait ne fait qu’un ersatz de western , voire un pastiche qui, du coup, ne présente que peu d’intérêt. Il aurait été souhaitable de creuser davantage l’origine étrangère de Jon, pour faire un film original, en étayant un peu le sens et l’implication, que cela pouvait avoir dans sa vie de tous les jours, dans sa conquête de l’Ouest.

De même, le film est danois, taiseux et  minimaliste aussi bien dans les décors que dans les expressions des personnages. Levring aurait pu prendre encore plus partie de ses acteurs, Cantona, (alias le Corse, le bras droit de Delarue), Eva Green (une veuve pas vraiment consentante du violeur de la diligence, qui l’aurait sauvée des griffes des indiens après que ceux-ci lui ont tatoué le front et coupé la langue), et Mads Mikkelsen, qui sont très bien castés pour ce genre de rôle silencieux, mais qui sont outrageusement sous-utilisés  (surtout Cantona, et Eva green dans une moindre mesure).

On ne peut pas dire que The salvation soit un mauvais film, c’est un film plutôt divertissant, mais qui n’apporte rien au genre. Du coup, il oscille entre une dimension commerciale qu’il pourra vraisemblablement satisfaire, et une volonté artistique qui a visiblement raté sa cible.

Fiche Technique: The Salvation

Titre original : the salvation
Réalisateur : Kristian Levring
Genre : Drame/ Western
Année : 2014
Date de sortie : 27 Août 2014
Durée : 89 min.
Casting : Mads Mikkelsen (Jon), Eva Green (Madelaine), Jeffery Dean Morgan(Delarue), Eric Cantona (Le Corse), Mikael Persbrandt (Peter)
Musique : Kasper Winding
Scénario : Anders Thomas Jensen, Kristian Levring
Chef Op : Jens Schlosser
Production : Danemark , Afrique du Sud, UK
Maisons de production : Zentropa entertainments, Forward films, Spier films
Distribution (France) : Chrysalis Films, Jour2fete

 

 

 

 

Selfie saison 1 épisode 01 : Pilot – Critiques Séries

Lorsque ABC annonce une nouvelle version du film de George Cuckor My Fair Lady (1964) en format série, on pouvait craindre le pire. Appendice télévisuel du groupe Disney, la chaîne verse plutôt dans le programme familial, prônant de belles valeurs américaines tel Once Upon a time ou Agents of S.H.I.ELD. Des registres, certes variés mais hélas, la qualité n’est pas toujours au rendez-vous. Rares sont les shows secouant le cocotier de la bienséance dans les foyers de nos copains outre-Atlantique. Par son sujet et son titre fort explicite, Sefie s’annonçait comme un produit détestable, une ode à l’égocentrisme et une nouvelle exaltation du paraître. Le projet partait donc sur de mauvaises bases mais étonnamment s’en tire avec quelques honneurs.

Synopsis: A la suite d’une rupture humiliante qui a été filmée et qui a fait le buzz sur les réseaux sociaux, Eliza, une jeune femme dans la vingtaine totalement obsédée par son image, devient la risée de ses collègues et de tout internet. Elle a tout à coup plus de « followers » qu’elle ne l’aurait jamais imaginé, mais toujours aucun véritable ami pour la réconforter. Néanmoins pleine de ressources, elle demande de l’aide à l’expert en marketing de sa boîte pour redorer son image et transformer cette soudaine popularité en quelque chose de positif. Mais l’opération s’annonce délicate : Eliza vit littéralement dans un monde parallèle… 

#myfairlady

Les cartes sont donc redistribuées. Modernisation oblige, cette énième relecture du mythe de Pygmalion et Galatée (l’artiste qui tombe amoureux de sa sculpture) ne prend plus place au XIXéme siècle, époque où l’apparence et les manières faisait loi, mais de nos jours, à l’ère d’Instagram, Facebook, Twitter, où l’aspect extérieur... est toujours une valeur dominante. Un choix finalement logique, pas très original, mais le principe fonctionne aussi bien. Les véritables différences avec le modèle d’origine viendront finalement des personnages.

La pétillante Karen Gillan (Doctor Who, Les gardiens de la galaxie...) reprend le rôle d’Audrey Hepburn, Eliza, mais cette fois il ne s’agit pas d’une fille banale transformée en reine de beauté mais justement d’une femme au top de l’échelle sociale virtuelle. Populaire, égocentrique,  méprisante et pourtant suivie par des milliers de personnes via internet. Un rayonnement délirant qui se retournera contre elle lors d’une perte de self control. John Cho endosse quant à lui le costume autrefois porté par Rex Harrison, Henry, un homme solitaire, ayant une haute estime de lui-même et un regard acerbe mais lucide sur le monde qui l’entoure. Comme son prédécesseur, c’est plus par goût du jeu que par intérêt qu’il décide d’aider sa collègue fortement antipathique. Toutefois, l’arrogance exacerbée de la première version laisse place à un caractère plutôt renfermé, un homme qui semble mal à l’aise à l’idée d’être à découvert. Des petites touches de nouveautés démarquent la série de son modèle cinématographique et pourraient bien faire toute la différence au cours de la saison à venir. Le tout enrobé dans une ambiance de comédie romantique classique, agrémenté de chansons populaires connues et de personnages aux caractères marqués (pouvant parfois tomber dans la caricature). Une recette qui à souvent fait ses preuves.

Même si la réécriture semble être plutôt de bonne facture, l’écriture, elle, souffre d’une trop grande précipitation. Tout est trop rapide : le débit de parole d’Eliza va à toute vitesse, son « accident » est vite emballé, puis vient la déprime, la rencontre avec le sauveur potentiel, les défauts qui surgissent… L’attention est maintenue, mais parfois on aimerait que tout cela prennent un peu plus son temps, comme cette scène de transformation qui se règle étonnamment vite. Au pied du mur, la jeune femme doit trouver une robe et n’a d’autre choix que de demander de l’aide à une collègue qu’elle méprise (un monologue intérieur précédent nous ayants bien fait comprendre qu’elle détestait son style guindé d’intello à frange…). Cette dernière accepte mais la prend en défaut en débarquant avec toutes ses amies pour lui faire un relooking intégral. Pourquoi expédier cette séquence en deux minutes ? Pourquoi ne pas faire durer la scène pour mettre en place un malaise comique, vu qu’elle ne partage pas leurs goûts en matière de vêtements ? Eliza accepte, se laisse faire et voilà, le plan suivant elle ouvre la porte à son coach, arborant une belle frange toute neuve, subjuguant son invité par sa beauté nouvelle.

Sauf que nous ne sommes qu’à la moitié du premier épisode et qu’il s’agit d’une série prévue pour en compter plusieurs autres (et éventuellement d’autres saisons). Au bout de 16 minutes tout semble avoir été dit : Les conseils d’Henry fonctionnent, Eliza ressent le besoin de se faire des amies, la tension amoureuse entre les deux protagonistes est déjà palpable. Il va falloir bosser dur pour se sortir de là et maintenir l’intérêt pour les épisodes à venir. Ce qui pourrait apparaître comme une force devient finalement une grosse faiblesse : Selfie n’ennuie pas, mais va beaucoup trop vite pour surprendre. La série est sympathique mais les situations trop vites expédiées tuent dans l’œuf certain gags. Un cas rare ou le haut débit nuit à la qualité d’une série.

Pourtant un détail suscite l’intérêt, quelque chose d’assez inédit dans le paysage télévisuel qui pourrait bien faire la patte de la série, lui procurer une singularité : sa musicalité. Le film de Cuckor était adapté d’un musical à succès de Broadway, les numéros chantés y ont donc une place primordiale, la série aurait pu ignorer ce fait, ou embrasser son héritage à corps perdu, au risque de devenir un nouveau Glee. Bien qu’une version improvisée de Bad Romance surgisse soudainement, c’est une troisième solution plus subtile qui est choisie et qui apparaît à ceux qui savent écouter. Sur certains dialogues (il faut alors se détacher des sous titres), les personnages se mettent soudains à parler en rimes, avec un rythme de métronome, soutenu par une musique de circonstance. Il ne s’agit pas de chanson, mais presque, un entre-deux étrange entre la parole et le chant qui donne un effet des plus charmants à l’ensemble. Assez discret, mais judicieusement placé à chaque fois pour provoquer une légère surprise, ce petit truc ludique pourrait, s’il est employé à bon escient par la suite, donner à Selfie l’impulsion qui lui manque pour se démarquer des sitcoms classiques.

Au lieu d’une catastrophe, c’est finalement un produit plutôt agréable qui nous est offert, en grande partie grâce à l’alchimie évidente des deux interprètes principaux. Toutefois, si quelques idées sont bonnes, on peut rester sceptique quant à savoir si le concept pourra tenir la distance…

Fiche Technique: Selfie

Genre : Comédie, Romance
Créateur(s): Emily Kapnek
Pays d’origine : États-Unis
Date : 2014
Chaîne d’origine : ABC
Épisodes : 1
Durée : 25 min
Statut : en cours
Avec : Karen Gillan, John Cho, Tim Pepper, Da’vine Joy Randolph…