Accueil Blog Page 767

Critique : Hacker, un film de Michael Mann

Hacker, un techno-thriller à l’ambition démesurée, sublimée par une mise en scène virtuose mais alourdie par un scénario quelque peu convenu !

Synopsis : À Hong Kong, la centrale nucléaire de Chai Wan a été hackée. Aucune tentative d’extorsion de fonds ou de revendication politique n’a été faite. Ce qui a motivé cet acte criminel reste un mystère. Un groupe de hauts gradés de l’APL (Armée populaire de libération chinoise) charge le capitaine Dawai Chen, spécialiste de la défense contre les cyberattaques, de retrouver et de neutraliser l’auteur de ce crime. À Chicago, le Mercantile Trade Exchange (CME) est hacké, provoquant l’inflation soudaine des prix du soja. Carol Barrett, une agente chevronnée du FBI, encourage ses supérieurs à associer leurs efforts à ceux de la Chine. Formé au MIT, avec une parfaite maîtrise de l’anglais, l’officier chinois insiste pour que ses homologues américains libèrent sur le champ un célèbre hacker détenu en prison : Nicholas Hathaway.

Le dernier des Mohicans.

Cinéaste esthète, à la fois peu prolifique et très exigeant, Michael Mann est comme l’un de ses films tend si bien à le souligner, le dernier des Mohicans. Nivelant au biais d’une filmographie résolument cartésienne l’Homme dans toute sa complexité et sa psychologie, Mann demeure toutefois à l’instar de la plupart des metteurs en scène du Nouvel Hollywood, résolument orienté vers le passé. La Prohibition et l’essor de la criminalité américaine des années 1930 avec Public Enemies, le flegme et l’indéfectible assurance des années 80 et décapotables avec Miami Vice, le renouveau du polar vengeur avec Heat ; autant d’itérations tendant à prouver que le cinéaste américain se plait à éluder par le biais de genres iconique du cinéma, des histoire, qui une fois passés sous son scope, ultra-réaliste et détaillé – ses deux marques de fabriques – se démarquent clairement de la mêlée visuelle mondiale. Autant chantre de l’image – comme en atteste sa clairvoyance d’avoir été l’un des premiers à filmer avec une caméra numérique (Collateral) – que figure patriarcale du cinéma américain, sa carrière en dent de scie, n’en a pas moins altéré son envie de raconter des histoires, comme le prouve son retour avec Hacker (Blackhat), passé pourtant à la trappe, faute d’une conjoncture schizophrène voyant les super-héros accaparer le devant de la scène et le hack de Sony Pictures réveiller dans l’inconscient collectif l’intérêt pour les dangers que représente aujourd’hui la technologie.

La réminiscence d’un grand cinéaste.

A l’aune d’une société devenue interconnectée et dont la technologie fait désormais partie intégrante, il demeurait mystérieux, si ce n’est anecdotique, de ne voir pulluler sur les écrans cette race de films ou l’ordinateur et ses méandres nébuleux pouvait constituer l’atout principal. En effet, peu de films se sont risqués sur les pentes de la cybercriminalité, notion fluette, insaisissable et finalement très peu cinégénique. Une tare qu’Hacker a semblé vouloir corriger mais d’une bien maladroite manière.

Pionnier du cinéma de l’avant-garde, le choix de Mann constituait aux premiers abords un choix résolument énigmatique, tant sa dextérité visuelle et psychologique ne coïncidait que très moyennement avec l’image haletante, complexe et sinueuse du cyber-thriller. Pourtant, dès la scène d’ouverture, Mann, sans doute désireux de fédérer le public acquis à sa cause, décide d’opérer avec la maestria qu’on lui connait un tour de force visuel bluffant, en filmant un acte cybercriminel d’un point de vue informatique. Diodes illuminées, flots de données filant à travers un dédale noirâtre, on s’enfonce alors à travers l’infiniment petit d’autant de composants d’un banal ordinateur soudain devenu le lieu de théâtre d’un acte criminel, en l’espèce la destruction d’un réacteur nucléaire.

Sobre et classieuse, cette introduction hautement immatérielle et versant dans le plus pur formalisme laissait augurer un spectacle disséquant avec brio cette peur et cette perte de contrôle, revendiqué par son metteur en scène et portée jusque sur l’affiche. Pourtant, à bien des égards, force est de constater que cette ouverture ne constitue que la réminiscence du cinéaste, ayant sans doute perdu son aura et son mojo au fil des années.

Un techno-thriller nébuleux très passéiste.

Car si il demeure évident que la filmographie de ce metteur en scène perdurera à travers les générations, autant pour son univers visuel que son hyper réalisme, Hacker ne constituera toutefois qu’un bien maigre jalon en son sein, tant l’entièreté du propos semble dénoter un désintérêt ou une absence de compréhension aberrante, chose impensable quand on connait la minutie légendaire du bonhomme. Car oui, le seul véritable problème se posant avec Hacker est son scénario. Convenu, empli de propos virant à la lapalissade obséquieuse ou au cliché le plus sommaire, la trame semble comme engoncée, tiraillée entre le désir de Mann d’emballer un thriller rondement mené et annihilant une partie de la concurrence, et celle de se muer en parangon des dangers d’Internet. Il demeure dès lors d’autant plus regrettable de voir ce vétéran tenter d’explorer les méandres de ce milieu cybercriminel, là où certains n’auraient esquissé qu’un simulacre facétieux, pour finalement en tirer une histoire aux enjeux certes relativement contemporains mais au déroulement assez prévisible.

Hacker n’étant finalement pas le grand film attendu sur la prédation technologique ou la solitude de l’humain 2.0, il n’en demeure pas moins une œuvre manienne dans le plus pur style du genre. Mise en scène au cordeau, tantôt hypnotique et atmosphérique éludant avec une maestria folle les différents acteurs de cette enquête nébuleuse, elle est aussi le parfait réceptacle pour le héros mannien, être fantomatique aux chimères dévastatrices et dont le mutisme et l’assurance sans borne de Chris Hemsworth, débarrassé de sa redingote baroque et chevaleresque de Thor, rendent pleinement justice.

Se démarquant aisément des productions actuelles par son rythme multipliant les ruptures de tons, entre hypnose, contemplation et violence vengeresse, Hacker parvient parfois à se payer le luxe d’égaler les meilleures itérations maniennes, notamment par le biais de sa construction, transformant  par paliers une énigme abstraite en une confrontation viscéralement brutale. Au début, Hathaway et l’équipe d’enquêteurs n’ont que leurs claviers et leurs écrans pour identifier un criminel insaisissable. Mais au fil de l’enquête, la réalité finit par imbiber le récit avant d’exploser avec une force de plus en plus percutante. Il y a d’ ailleurs dans ce parcours une forme de fatalité apparemment régressive qui mène du collectif à l’individuel, de la pureté technologique à la barbarie primitive, du défi virtuel à une confrontation quasi biblique,  tourné là encore comme une forme d’hommage au cinéma, tant l’affrontement des deux Némésis rappelle avec une certaine insistance les relents fantomatiques du western.

Loin du ratage complet annoncé ou du techno-thriller visionnaire attendu,  la dernière itération mannienne, toujours construite à travers une dualité oscillant entre réalisme documentaire et dramaturgie classique, prouve une fois de plus que Mann, non désireux de travestir son style pour accrocher aux modes de l’époque, préfère capter un sujet pour en user de manière passéiste, illustrant cette aura fantomatique et délibérément vintage entourant le metteur en scène.

Hacker – Bande-annonce #2 VOST

Hacker (Blackhat) : Fiche Technique

États-Unis – 2015
Réalisation: Michael Mann
Scénario: Morgan Davis Foehl, Michael Mann
Interprétation: Chris Hemsworth (Nick Hathaway), Tang Wei (Chen Lien), Viola Davis (agent Carol Barrett), Ritchie Coster (Kassar), Holt McCallany (agent Jessup), Yorick van Wageningen (« Le Boss »), Wang Leehom (Chen Dawai), Andy On (Insp. Alex Trang)…
Image: Stuart Dryburgh
Montage: Joe Walker, Stephen E. Rivkin, Jeremiah O’Driscoll, Mako Kamitsuna
Musique: Harry Gregson-Williams, Atticus Ross
Producteur: Thomas Tull, Michael Mann, Jon Jashni
Production: Legendary Pictures Production, Forward Pass
Distributeur: Universal Pictures International France
Genre: Thriller, Action
Date de sortie: 18 mars 2015
Durée: 2H13

Web Program Festival 2015 : Le palmarès

Web Program Festival 2015 

La webcréation récompensée dans tous ses aspects

Après deux jours de conférences, de tables rondes et de projections consacrées à la production web, la 6ème édition du Web Program Festival s’est terminée ce mardi 17 mars par la remise des prix du jury professionnel et du public. Les créateurs du web étaient nombreux dans la grande salle du magnifique Théâtre du Gymnase, et parmi eux, les rédacteurs Cinéseriesmag, à la recherche des nouveaux talents de la toile.

Le festival est encore jeune et fier de l’être : son fondateur Jean Cressant, fut le premier à créer en 2010 un festival dédié uniquement aux programmes du web. Depuis, le Web Program Festival a bien grandi, accueillant cette année 450 professionnels et 170 programmes dans des catégories extrêmement variées. La remise des prix fut donc longue, au vu du nombre de catégories à récompenser : au total, vingt-et-une distinctions ont été remises à des créateurs parfois timides, souvent émus face à la reconnaissance de leur travail. Vu le nombre de prix décernés, la rédaction vous livre le nom des vainqueurs des prix web-fiction, web-humour et web-documentaire. La liste complète des prix est disponible en ligne.

CATÉGORIE WEB-FICTION

Prix du public : Typique, écrite et réalisée par Lionel Delhaye, Benjamin Torrini et Jérome Dernovoi

Typique, c’est une websérie sur la vie d’étudiants, parfois au bord de la crise d’angoisse, de nerfs, de foie ou… de fou-rires !

Prix de  jury : Vestiaires libérés, écrite par Maxime Potherat, Adda Abdelli et Fabrice Chanut

Les deux créateurs de Vestiaires (diffusée sur France 2) présentent « Les Handis dans l’Histoire ». Chaque module de 3 minutes met en scène, avec humour et décalage, des figures symboliques de la Grande Histoire (Jeanne d’Arc, le Roi Arthur, Jésus) ou des héros tout aussi célèbres tirés du vaste patrimoine des contes (La Belle au Bois Dormant, le Chat Botté), face à un personnage handicapé dont la présence va détourner le cours du récit dans lequel il intervient.

CATÉGORIE WEB-HUMOUR

Prix du public : Le Stagiaire, écrite par Gui-Home, d’après une idée originale d’Alexandre Gendebien et réalisée par Thomas François. 

Le Stagiaire met principalement en scène Gui-Home, en jeune stagiaire faussement naïf, et son maître de stage atypique. Au travers des échanges truculents de ce duo de cinglés, c’est toute la vie de la société Import d’export qui défile. Jusqu’à ce que…

Prix du jury : La débande/Les terroristes du quotidien, réalisée par William S. Touitou. 

Capturer façon faux documentaire des moments où une personne se montre agaçante sans en avoir conscience. Nous appelons ces personnages « Les terroristes du quotidien ». On a tous été confrontés à l’un de ces personnages : une personne qui se colle aux autres dans les files d’attente, une autre qui corrige toutes les fautes de français, un ami qui ne prend jamais parti… Un programme qui peut se renouveler à l’infini ! Puisque la réserve de casse-couilles se remplit jour après jour…

CATÉGORIE WEB-DOCUMENTAIRE

Prix du public : Unité 9 Le Webdocumentaire, écrit et réalisé par Hélène Choquette

Un webdocumentaire créé à la suite du succès de la série TV Unité 9 centrée sur le milieu carcéral féminin diffusé sur la chaîne Radio-Canada.

Unité 9 le webdocumentaire vous propose d’entrer dans l’univers de 13 détenues et ex-détenues. Par le biais de capsules vidéo intimistes, de photos inspirantes et de statistiques saisissantes, vous avez accès à l’univers de ces femmes qui se confient et parlent de leurs expériences familiales. Découvrez leurs récits touchants en parcourant ce documentaire interactif et immersif. Avec son contenu riche en émotions, le webdocumentaire d’Unité 9 ne vous laissera pas indifférent.
Douze femmes âgées entre 30 et 68 ans témoignent dans Unité 9 le webdocumentaire. L’une n’a purgé que trois mois entre les murs. Quatre d’entre elles purgent des sentences à vie.

Prix du jury : Les Résistances, écrit et réalisé par Jan Vasak et Julie Perreard

Chaque région a son histoire de la Résistance portée par des héros inconnus. Pour la première fois, une plateforme interactive et pédagogique donne la parole à ces derniers témoins de l’armée des ombres et explore les fonds d’archives historiques.

Bien sûr, la rédaction CSM a aussi eu son coup de cœur, qui a sans surprise remporté le prix du jury dans la catégorie web-sport/aventure/tourisme. Ce coup de cœur, c’est Une fille qui boxe, écrit et réalisé par deux jeunes auteures Marion Poussier et Lucie Geffroy. Il s’agit d’un court documentaire découpé en « rounds » puisqu’il suit les étapes de l’entraînement intensif de Cyrielle Girodias, championne du monde de boxe française en 2013. Marqué par une réalisation tout en sensibilité et en finesse, une surimpression de l’image et de son qui permet au spectateur de ressentir l’effort physique et l’abnégation que demande une pratique sportive de haut niveau, la rédaction n’a eu d’yeux que pour cette fille qui boxe.

Still Alice, un film de Richard Glatzer et Wash Westmoreland : Critique

A 54 ans, Julianne Moore obtient enfin l’Oscar de la meilleure actrice qu’elle méritait tant depuis longtemps. Elle l’aurait mérité (ne serait-ce que pour un second rôle) dans Magnolia, Loin du Paradis, The Hours, ou même The Big Lebowski.

Synopsis : La vie d’Alice Howland, éminente professeur de linguistique, heureuse en couple et mère de trois enfants épanouis, est transformée le jour où sa mémoire commence à flancher. Rapidement, son neurologue lui diagnostique une forme précoce et héréditaire d’Alzheimer. Sa vie et ses relations avec ses proches vont dès lors n’être régies que par sa décrépitude mentale.

En fait, depuis le film qui l’a révélé, il y a tout juste vingt ans, Safe, où elle interprétait…. une mère de famille en proie à la maladie. De là à dire qu’elle a connu sa consécration grâce à une redite d’un ancien rôle, il n’y a qu’un pas. Mais attention, que l’on ne s’y méprenne pas : Julianne Moore a largement mérité son Oscar ! Même si Rosamund Pike (l’autre grande favorite) était bluffante de froideur Gone Girl, la façon dont Julianne Moore incarne cette femme en perte de repères, sur le plan physique comme affectif, est sidérante de justesse.

En plus de la performance indiscutable de son héroïne, le reste du casting est correct et participe à la compassion et à la délicatesse de la situation tragique. Dans un rôle de mari désarçonné par l’état de sa femme, Alec Baldwin est parfait dans sa façon de jouer de son aspect monolithique pour incarner une force fragile dont on n’arrive jamais à pleinement approuver les choix. Parmi les trois enfants d’Alice, on n’en retient qu’une : Kristen Stewart qui, après Sils Maria et le césar qu’il lui a valu, en a définitivement fini avec le boulet Twilight qu’elle traînait. Pour ce qui est des autres personnages secondaires, on pourra toujours regretter qu’ils ne soient pas davantage exploités. Le travail effectué par le duo de réalisateurs est à double tranchant. Si la plupart des cinéastes peu expérimentés auraient fait de ce sujet une œuvre lacrymale, reposant uniquement sur des grosses ficelles scénaristiques et formelles pleurnichardes, Richard Glatzer et Wash Westmoreland ont réussi à éviter la surenchère de pathos tant redoutée (hormis peut-être dans l’usage des musiques) pour se concentrer sur leur personnage. Toutefois, leur mise en scène, à défaut d’un traitement astucieux de la question de la perte de mémoire, n’a rien de personnel, non pas qu’il ait fallu être aussi radical que Memento mais plutôt subtil comme Loin d’elle, qui traitait du même sujet. La narration très linéaire appuie le sentiment d’assister à un film très démonstratif (ses détracteurs le réduiront certainement à une campagne de collecte de fonds pour la recherche médicale du cerveau !). La mort du coréalisateur Richard Glatzer juste avant la sortie française du film, et surtout le fait d’apprendre qu’il souffrait de la maladie de Charcot, participe au bien-fondé du propos et à la charge émotionnelle du long-métrage.

Certaines scènes (les repas en famille et surtout le discours à la conférence) resteront dans les mémoires comme des moments de cinéma bouleversants, tandis que d’autres passages sembleront anecdotiques, voire plombants, mais l’ensemble du film est, grâce à son actrice, parfaitement réussi dans sa mission de sensibilisation à la détresse des personnes atteintes d’Alzheimer. Sans doute Still Alice aurait-il largement gagné à développer davantage sa dernière partie, celle où Alice n’a personne d’autre à qui parler que la elle-même d’avant (Alice la linguiste aurait désapprouvé cette formulation d’ailleurs), afin d’approfondir le drame de la perte d’identité. Quoi qu’il en soit, voir ainsi cette femme tout perdre est quelque chose d’aussi poignant que terriblement effrayant, de quoi faire naître une réelle phobie du trou de mémoire !

Still Alice : Bande annonce

Still Alice : Fiche Technique

Réalisation: Richard Glatzer, Wash Westmoreland
Scénario: Richard Glatzer, Wash Westmoreland d’après: le livre Still Alice de: Lisa Genova
Interprétation: Julianne Moore (Alice), Kristen Stewart (Lydia), Kate Bosworth (Anna), Alec Baldwin (John), Hunter Parrish (Tom), Shane McRae (Charlie Howland-Jones), Seth Gilliam (Frederic Johnson), Victoria Cartagena (Prof. Hooper)
Image: Denis Lenoir
Décor: Tommaso Ortino
Costume: Stacey Battat
Montage: Nicolas Chaudeurge
Musique: Ilan Eshkeri
Producteur: Lex Lutzus, James Brown, Pamela Koffler
Production: Lutzus-Brown, Killer Films, Big Indie Pictures, Shriver Films
Distributeur: Sony Pictures Releasing France
Genre : Drame
Durée: 99 minutes
Date de sortie: 18 mars 2015

États-Unis, France – 2014

Batman, un film de Tim Burton : Critique

Batman (1989), un film gothique, profond mais bavard et au (anti)héros fantomatique.

Synopsis: Le célèbre et impitoyable justicier, Batman, est de retour. Plus beau, plus fort et plus dépoussiéré que jamais, il s’apprête à nettoyer Gotham City et à affronter le terrible Joker

Tim Burton est un sacré personnage, passionné par le cinéma impressionniste allemand des années 20 et dessinateur pour Walt Disney. Après avoir réalisé pour eux Vincent (1981) ou Frankenweenie (1984), il décide enfin de passer au cinéma live au milieu des années 80. En débutant avec Pee Wee big adventure (1985), il marque d’entrée de jeu son style graphique loufoque et débute une collaboration avec Danny Elfman. Puis vint Beetlejuice, carton commercial et critique, avec Michael Keaton, pour une parodie furieuse de L’Exorciste de Friedkin.

Fort de ce succès, la Warner le convainc de réaliser le film Batman en 1989. Toujours avec Michael Keaton en premier rôle et Danny Elfman à la musique, ce long métrage, ainsi que sa suite, seront des succès commerciaux et critiques dans le monde entier. Utiliser son style gothique, pour un personnage aussi sombre que Batman, semblait être la rencontre parfaite. Si l’esthétique est maniée avec maestria par le réalisateur, le film se perd néanmoins dans des dialogues peu intéressants et un personnage de Batman bien trop fantomatique.

Dès les premiers plans du film, la nostalgie s’élève. La musique brillante et magistrale de Danny Elfman ou encore le logo gravé dans la roche, tout commence parfaitement…jusqu’à ce que Gotham City nous soit montré. Une ville rongée par la décadence et la criminalité, un enfer bureaucratique sur terre, où toute institution n’est que corruption tenace et influente. Une profondeur à la hauteur d’un tel métrage, qui à certes assez vieilli au niveau visuel, mais qui s’en sort tout de même honorablement de nos jours.

Par cette vision primaire, Burton réussit à poser les bases de son film. Une esthétique à la fois baroque et gothique, rappelant inévitablement Métropolis de Fritz Lang, dont le style inspire Burton durant la majeure partie du long métrage (et même de sa carrière). Les décors, récompensés aux oscars de 1990, témoignent de l’influence de l’expressionnisme allemand des années 20, mouvement dont fait partie Métropolis. Mais en tout en s’inspirant de l’esthétique, Burton ajoute à cela une vision dépressionnaire de la société Américaine des années 80, rongée par la corruption, affaiblie par la crise débutée dans les années 70.

En restant dans les points positifs en ce qui concerne le film, il faut bien évidemment louer le casting. Michael Keaton incarne avec brio un Batman cependant trop absent et pas assez développé sur les origines de son action. Le soucis étant dans la construction d’un personnage sombre et caractérisé en tant que prédateur animal par la population. Ainsi, le réalisateur échoue dans le développement de son héros, ne l’incluant qu’au second plan, et le spectateur préférera s’attarder sur les deux autres personnages principaux.

Tim Burton fera de ces deux autres rôles, qui ne sont autres que la némésis du héros et l’âme sœur du personnage, la base de son intrigue. Ainsi, Jack Nicholson incarne le mythique Joker dans une folie habituelle pour l’acteur (Shining pour ne citer que lui). Ici, on voit le comédien adapter le Joker à son jeu, interprétant un clown qui se pense artiste et souhaitant libérer le monde de sa dépression ambiante. Quant à Kim Basinger, elle incarne la bien aimée du héros, photographe et amoureuse de Bruce Wayne. Sensuelle à souhait, elle fut l’icône sexuelle de cette époque pour de nombreux fans et son jeu n’est pas sans rappeler son rôle dans « Jamais plus jamais » d’Irvin Keshner.

Comment ne pas s’attirer la foudre des fans de Burton en osant critiquer un film aussi adulé, que ce soit par les fans de comics ou par les cinéphiles ? Pourtant, sans faire d’anachronisme et en comparant avec le Batman de 1966 avec Adam West, nous ne pouvons que constater à quel point ces films sont des antithèses totales. Que ce soit par le traitement ou par le style, ces films ont marqué leurs générations.

Et si le premier a tendance à être moqué de nos jours, il témoignait d’une effervescence positiviste autour du personnage, tout le contraire du négationniste Burton. Héros ou anti héros, joyeux ou sombres, colorés ou monochromes, les regards mettent en évidence une certaine contradiction quant au statut d’icône du héros. Ainsi s’opposent des visions contradictoires du personnage, qui peut gêner tant la maturité du film de Burton est poussée par rapport à la bluette kitsch de 1966, ne poussant pas le spectateur a réellement s’identifier dans cette société d’une morosité repoussante.

D’autant que le rythme établi par Burton provoque irrémédiablement chez le spectateur des somnolences récurrentes et assez désagréables, la faute à des dialogues plus que dispensables sur la politique de la ville, surtout en première partie de film. Le tout manque notamment de dynamisme lors des scènes d’actions, qui restent bien filmées mais assez mornes tandis que le film de 1966 restait divertissant tout du long.

Ces problèmes, à moitié corrigés par le réalisateur avec sa suite, témoignent d’un manque de liberté certain concernant son style fantasque, et surtout d’une peur réelle d’un flop de la part des producteurs, ceux ci n’ayant investi que 35 millions de dollars, correct à l’époque, risible aujourd’hui. Grâce au succès public et critique, le réalisateur gagnera la faveur du studio pour avoir le final cut de ses futurs métrages, qui garderont sa patte indélébile, pour le meilleur… mais aussi pour le pire !

Pour conclure, Tim Burton réalise ici un Batman gothique et baroque à l’image d’une société rongée par la corruption et par le négationnisme ambiant. Néanmoins, si le style est manié à la perfection et les acteurs excellent dans leurs rôles, le rythme lent et bavard ainsi que la présence quasi fantomatique de Batman gâchent le potentiel d’un film, qui avait tout pour être un chef d’oeuvre.

Batman (1989) Trailer

Batman : Fiche Technique

États-Unis – 1989
Réalisation: Tim Burton
Scénario: Sam Hamm, Warren Skaaren d’après: les personnages de: Bob Kane, éd. DC Comics
Interprétation: Jack Nicholson (Jack Napier alias le Joker), Michael Keaton (Bruce Wayne alias Batman), Kim Basinger (Vicky Vale), Robert Wuhl (Alexandre Knox), Pat Hingle (commissaire Gordon), Billy Dee Williams (Harvey Dent), Michael Gough (Alfred), Jack Palance (Grissom), Jerry Hall (Alicia), Tracey Walter (Bob)…
Image: Roger Pratt
Décor: Anton Furst
Costume: Bob Ringwood
Montage: Ray Lovejoy
Musique: Danny Elfman
Producteur: Jon Peters, Peter Guber
Chansons: Prince
Durée: 2h05

A trois on y va, un film de Jérôme Bonnell : critique

Le précédent film de Jérôme Bonnell, Le temps de l’aventure, se déroulait un 21 juin, jour de la fête de la musique, en plein Paris. Parmi la foule, deux inconnus s’aimaient. De ce film, le 5e du réalisateur, se dégageait un hors temps savoureux, celui de l’amour comme du cinéma, le temps d’une journée. On y rencontrait un personnage délicieux et drôle qui se confrontait à un autre, empreint de mélancolie (il assistait à un enterrement). Avec A trois on y va, titre évocateur, Jérôme Bonnell prolonge cet état de l’amour, mais avec des personnages plus jeunes.

Synopsis : Charlotte et Micha sont jeunes et amoureux. Ils viennent de s’acheter une maison près de Lille pour y filer le parfait amour. Mais depuis quelques mois, Charlotte trompe Micha avec Mélodie… Sans rien soupçonner, se sentant toutefois un peu délaissé, Micha trompe Charlotte à son tour… mais avec Mélodie aussi ! Pour Mélodie, c’est le vertige. Complice du secret de chacun. Amoureuse des deux en même temps…

« La triangulation du désir »

Mélodie aime déjà Charlotte depuis quelques mois quand elle embrasse son copain, Micha, le soir du 14 juillet. Le réalisateur parvient là à renforcer l’intimité des personnages confrontés à un jour de fête où le monde (et les médias) s’arrête pour ne se focaliser que sur une célébration. Mais Jérôme Bonnell se consacre à un contrepoint, il quitte la foule pour rejoindre des amoureux; De même, Mélodie, centre lumineux de ce trio, est prise dans le flot de son travail, avocate pour des comparutions immédiates, tout autant que dans son amour.

Le bouleversement qu’elle vit est total et elle ne fait que courir et déclarer sa flamme sans retenue avec la fantaisie des enfants et l’envie des jeunes femmes. Voilà qu’elle parle de s’installer ensemble et même de vieillir. C’est ce qu’elle promet à Charlotte, l’insaisissable, qui de l’autre côté entend son amour officiel, Micha, lui parler de mariage et d’enfants. Le couple central, composé de Micha et Charlotte, traverse d’ailleurs une mini-crise au moment où on les rencontre : ils ne parviennent plus à retrouver la spontanéité de leurs débuts, quatre ans plus tôt. Jérôme Bonnell brosse d’abord des portraits, encore reliés au monde : Micha est vétérinaire, mais rêve d’ailleurs, Mélodie est avocate et est donc ancrée dans le monde tout autant qu’elle lui échappe par son évanescence. Enfin, Charlotte ne travaille pas, elle chante un peu pour gagner de l’argent, mais elle passe le plus clair de son temps chez elle. Elle parle du vide, de la passion et a peur de dire simplement « je t’aime ». Elle est comme la Lol V.Stein de Marguerite Duras (dans Le Ravissement de Lol V.Stein), une eau qui fuit sous les doigts.  Quelqu’un qui regardera son amour et sa maîtresse tomber amoureux devant elle et ne pourra pas vraiment les retenir, sa dramaturgie à elle est aussi « percée en son centre d’un trou ». Quelque chose d’imperceptible qui en fait un personnage complexe, à priori périphérique, mais finalement complètement central. C’est par consolation d’elle et de sa fuite que Micha et Mélodie tombent amoureux. Car Jérôme Bonnell filme avant tout un trio amoureux et il retrouve la même légèreté grave qu’avait su dépeindre Christophe Honoré dans Les Chansons d’amour. Sa différence à lui, c’est qu’il filme l’aube du trio et non sa fin. La scène de la révélation, quand le trio se forme enfin, est d’une poésie inouïe. C’est une main qu’on ne lâche plus devant l’autre, des corps qui s’approchent, pas de mots, rien que l’appel du désir.

Douceur, fraîcheur et mélancolie

Après avoir construit des portraits, joué des quiproquos pendant une bonne partie de son film, donnant lieu à de savoureuses scènes qui oscillent entre comédie, vaudeville et même « drame », Jérôme Bonnell réunit donc son trio qui se rend, ironie du sort, à un mariage. A l’église, comme plus tôt quand Charlotte chantait dans un bar une chanson d’amour, Jérôme Bonnell s’intéresse individuellement aux visages de ses personnages, mais cette fois il joint les trois figures en un plan plus large. Le film consolide ce trio qui se défait aussi vite qu’il se forme. Les vrais plans larges apparaissent finalement quand les trois sont réunis, dansant ou s’offrant une escapade sur la plage. Auparavant, Jérôme Bonnell s’est intéressé de près au corps, à la peau et aux yeux de ses personnages. Comme il filmait Emmanuelle Devos de manière follement amoureuse dans Le temps de l’aventure, Jérôme Bonnell capte tout des visages et des mains de ses personnages. A cet exercice, Anaïs Demousiter, souvent filmée ainsi, se débrouille à merveille. Son visage dévoile milles émotions, sa peau tâchée de rousseur est comme un soleil au cœur de ce trio. Félix Moati a quelque chose en lui de pleinement enfantin, mais aussi de grave, une certaine douceur l’accompagne. Et, enfin, Sophie Verbeeck, qui joue là un de ses premiers grand rôle au cinéma, visage grave, mais corps en quête de désir, offre à son personnage une profondeur inattendue. Elle dit elle-même que la comédie est un travail de précision, de maîtrise inouïe. Ici, elle vacille sans cesse entre mélancolie et comédie poétique. On est dans la comédie qui s’écrit, qui se répète, qui ne s’invente pas, mais qui apparaît d’une fraîcheur éternelle. Le film, au-delà de l’amour, est aussi un questionnement sur l’âge adulte, sur la fin de l’enfance. On voit alors une petite fille dans un mariage regarder les deux grandes filles que sont Charlotte et Mélodie et qui pourtant s’en foutent d’être adultes comme les héroïnes de Naissance des pieuvres s’en foutaient d’être normales. Quand ils dansent, ces trois-là jouent de la sexualité de leurs corps, comme de la jeunesse de leurs gestes. Le film n’est pas générationnel, c’est là sa force, il parle à tous. Le soir de l’avant-première, un monsieur plutôt âgé s’était montré très touché par le film, affirmant que cette histoire aurait pu arriver à tout âge. Et c’est vrai, l’Emmanuelle Devos du Temps de l’aventure, actrice comme Mélodie est avocate et plaide, aurait pu vivre cette aventure là, à trois. Mélodie est tout aussi naïve que l’était Alix. Ainsi, quand elle rencontre la perversité même, elle ne s’en méfie pas vraiment et finit par s’en mordre les doigts. Autour d’elle, personne ne se bat aussi fort qu’elle, elle est présente et absente à la fois. Jérôme Bonnell, en plus d’un travail très fin sur les dialogues et les situations (rien ne paraît jamais faux, même les plus belles déclarations qui pourraient vite devenir ridicules), a su, encore une fois, trouver des interprètes fabuleux. Dans ses premiers films, il faisait l’économie des gros plans, aujourd’hui c’est le contraire qu’il fait depuis deux films où il célèbre l’amour.

On a souvent filmé des trios au cinéma, c’est une source infinie de poésie, qui ne se demande pas si ça marchera et Jérôme Bonnell ne décide jamais complètement, la matière ne se dissout jamais vraiment. Éphémère ou durable, cet amour-là est de ceux qu’Alex Beaupain a toujours si bien chanté : « Les amours qui durent font des amants exsangues, et leurs baisers trop mûrs nous pourrissent la langue » chantait Grégoire Leprince Ringuet dans Les Chansons d’amour avant que Louis Garrel ne lui rétorque :  « Les amour passagères ont de futiles fièvres, et leurs baisers trop verts nous écorchent les lèvres. » Ces cinéastes-là ne choisissent pas ce qui est le mieux, ils offrent des bouleversements où tout se joue en quelques jours du premier baiser à l’effusion, en passant par l’explosion. Pourtant, sur la plage, c’est dans les bras de Micha que Mélodie s’endort enfin après avoir passé son temps à courir. Qui seront-ils dans 10 ans ? Le film ne le dit pas et c’est tant mieux, car c’est aussi ça le cinéma, un hors temps où tout est possible. Ici non seulement tout est possible, mais aussi très beau. C’est sûr, on y va et on en redemande même.

Bande annonce du film

Fiche technique – A trois on y va

Date de sortie : 25 mars 2015
Réalisateur : Jérôme Bonnell
Durée : 1h26
Interprètes : Félix Moati (Micha), Anaïs Demoustier (Mélodie), Sophie Verbeeck (Charlotte)
Montage : Julie Dupré
Photographie : Pascal Lagriffoul
Production : Rectangle Productions, Wild Bunch, Scope Pictures, France 3 Cinéma
Distributeur : Wild Bunch Distribution

Rétro Tim Burton : Beetlejuice – Critique

Synopsis : Pour avoir voulu sauver un chien, Adam et Barbara Maitland passent tout de go dans l’autre monde. Peu après, occupants invisibles de leur antique demeure ils la voient envahie par une riche et bruyante famille new-yorkaise. Rien à redire jusqu’au jour où cette honorable famille entreprend de donner un cachet plus urbain à la vieille demeure. Adam et Barbara, scandalisés, décident de déloger les intrus. C’est alors qu’ils font appel à un « bio-exorciste » freelance connu sous le sobriquet de Beetlejuice.

SOS, Fantôme

Cela pourra surprendre les plus jeunes, mais il fut un temps (que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre…) où Burton faisait des films vraiment originaux, où son égérie ne s’appelait pas Helena Bonham Carter mais Winona Ryder, et son acteur fétiche était Michael Keaton et non Johnny Depp. Les temps ont bien changé.

En 1988, le réalisateur n’a à son actif que quelques courts métrages et un seul long, Pee-Wee Big Adventures, qui n’a guère rencontré le succès. Ce n’est d’ailleurs pas lui qui devait mettre en scène le film, mais Wes Craven, tout juste sorti du succès des Griffes de la Nuit, et qui déclina finalement car le scénario n’était pas assez horrifique pour lui.

Esprits frappés

D’horreur, il n’est en effet guère question dans Beetlejuice. Si Burton conçoit le film comme une sorte de parodie de L’Exorciste, les liens avec le chef d’œuvre de Friedkin sont franchement légers. Ce qu’il nous offre à la place, c’est une plongée dans son univers délirant et coloré. Chaque plan est une trouvaille, chaque scène regorge de détails savoureux qui font de ce film un bijou d’humour gothique.

La seule séquence dans l’entre-deux mondes est un condensé parfait de ce qui fait le génie visionnaire de Burton, à une époque à laquelle il n’est pas encore occupé à se parodier lui-même. On est encore loin des moyens qui lui furent octroyés sur Alice au pays des merveilles, par exemple, mais il parvient, avec les moyens du bord, à donner vie à un univers visuel original et cohérent.

Alors bien sûr, il n’est pas évident pour la génération actuelle, gorgée d’effets spéciaux de première qualité et d’univers fantastiques ultra stylisé de se retrouver dans ce film à l’esthétique volontairement kitsch. Mais il faut bien reconnaître que, malgré le passage du temps, Beetlejuice conserve un pouvoir humoristique intact, pour peu que l’on se laisse happer dans cet étrange concentré de n’importe quoi.

La mise en scène de Burton est encore bien sage, parfois un peu figée, mais on ressent déjà toutes ses capacités d’imagination et sa créativité débordante. À ses côtés, Michael Keaton démontre tout son talent comique dans la peau de l’esprit frappeur dont il ne faut pas dire le nom (trois fois). Le duo se reformera d’ailleurs à…trois reprises (coïncidence?) avant que le réalisateur ne se trouve un nouvel acteur de référence.

Malheureusement, les temps ont changés, Baldwin s’est empâté, le talent de Burton aussi, et même Lil Wayne s’est mis à sampler le titre emblématique du film. Si seulement tous les fans du rappeur bercés au tube Six Foot Seven Foot prenaient le temps de s’immerger dans cette œuvre magique, le monde redécouvrirait un grand classique, dont la forme a peut être pris un coup de vieux, mais dont le fond reste supérieur à la majorité des Burton de cette décennie… Alors qu’une suite serait en préparation pour 2015, voilà l’occasion rêvée.

Beetlejuice – Fiche Technique

USA – 1988
Comédie
Réalisateur : Tim Burton
Scénariste : Michael McDowell, Warren Skaaren, Larry Wilson, Tim Burton
Distribution : Michael Keaton (Beetlejuice), Alec Baldwin (Adam), Geena Davis (Barbara), Winona Ryder (Lydia)
Producteurs : Michael Bender, Richard Hashimoto, Larry Wilson,
Directeur de la photographie : Thomas E. Ackerman
Compositeur : Danny Elfman
Monteur : Jane Kurson
Production : Geffen Pictures, Warner Bros
Distributeur : Mission

Auteur : Mikael Yung

Kingsman – The Secret Service: Musique, Bande Originale

BO, soundtrack, musique du film Kingsman – The Secret Service

Pomp And Circumstance

La bande originale de Kingsman – The Secret Service, composée par Henry Jackman (Les Mondes De Ralph, Kick-Ass 2) & Matthew Margeson (Transformers – La Revanche, Kick-Ass), est à l’image de toute bande originale de film d’espionnage qui se respecte, en général et de ce film, en particulier : pompeuse, grandiloquente et un brin mégalo. À ceci près que, le film étant voulu comme un dynamitage en règle des codes du genre, la musique se devait de tenter faire de même, sans pour autant tomber dans le piège de la parodie. Le défi est relevé haut la main, puisque les deux compères parviennent à reprendre une part des sonorités du James Bond Main Theme (en particulier sur le Manners Maketh Man), composé par Monty Norman en 1962, à se les approprier et à les retourner, sans en faire pour autant un plagiat bête et méchant.

Le résultat est plutôt convaincant, puisqu’on garde en tête un thème principal bien identifié, qui se retrouvera immanquablement sur la bande originale de Kingsman 2 (dont il est déjà question) et qu’on retrouve décliné ici comme un fil rouge, tout au long de l’album. Les arrangements sont d’un classicisme absolu (ce qui n’est en rien une tare), puisqu’on y retrouve les instruments qui font les beaux jours du cinéma depuis des décennies : cordes, cuivres (pour la pompe) et même quelques notes de piano (pour l’intimité). Bref, une partition qui ne dément en rien le film qu’elle accompagne, même si elle tient finalement plus de l’hommage que du dynamitage.

Kingsman Original Soundtrack : Par Henry Jackman & Matthew Margeson

https://www.youtube.com/watch?v=dO7rg-J6hU8

Durée : 57’
Distribiuteur : La La Land Records
Sortie : 17 février 2015
Direction : Gavin Greenaway

Tracklist :

1. Manners Maketh Man 1’38
2. The Medallion 2’14
3. Valentine 2’24
4. To Become A Kingsman 4’18
5. Pick A Puppy 2’13
6. Drinks With Valentine 2’39
7. Skydiving
8. Shame We Had To Grow Up 1’56
9. Kentucky Christians 2’37
10. Curious Scars And Implants 3’08
11. Toast To A Kingsman 1’55
12. An 1815 Napoleonic Brandy 4’23
13. Eat, Drink, And Paaaaarty 1’53
14. Calculated Infiltration 7’54
15. Out Of Options 1,48
16. Hand On The Machine 2’21
17. Finale 3’56
18. Original Valentine Ideas (Demo Suite) 6’25

Auteur : Freddy M.

Pee-Wee Big Adventure, un film de Tim Burton: Critique

Pee-Wee Big Adventure : Le voyage initiatique d’un jeune homme rêveur au travers d’une Amérique pleine de clichés

Synopsis: Pee Wee, un adulte qui ressemble à un enfant, s’apprête à passer une belle journée avec l’amour de sa vie : sa bicyclette. Mais cet objet vient d’être volé par le méchant Francis. Pee Wee part à la recherche de son amour perdu et nous entraîne dans des aventures de plus en plus burlesques.

Pee-Wee Big Adventure, c’est le premier long-métrage de Tim Burton, sorti en 1985 : alors qu’il a déjà réalisé ses courts films d’animation Vincent et Frenkenweenie, le jeune réalisateur – il n’a alors que 27 ans – est repéré par les studios Warner Bros pour mettre à l’écran les aventures de Pee Wee Herman, homme-enfant excentrique qui parcourt l’Amérique à la recherche de sa bicyclette volée.

Pee Wee Herman, c’est avant tout une institution de la comédie outre-atlantique, l’alter-ego créé de toute pièce par l’acteur et humoriste Paul Reubens à l’occasion d’un one-man-show, Le Pee-Wee Herman Show, diffusé en 1981 sur HBO. De la scène à l’écran, Pee Wee Herman ne change pas : même costume gris étroit et derbys blanches, même coiffure gominée surplombée d’une houppette caractéristique, qui rappelle d’ailleurs furieusement celle d’un célèbre héros de bande-dessinée. Pour son premier long métrage, Burton faisait donc face à une contrainte de taille, celle de respecter l’identité d’un personnage déjà entièrement façonné par un autre esprit que le sien, aussi inventif et délirant. Heureusement pour nous, l’univers créé par Paul Reubens a rencontré l’imagination du génie Burton : de cette rencontre est né un film culte, marquant le début d’une carrière prolifique pour le jeune réalisateur.

L’imaginaire enfantin, thème de prédilection chez Burton

Le scénario de Pee-Wee Big Adventure est à l’image de son personnage principal : complètement décalé. En effet, toute la dynamique du film se fonde sur le vol de la bicyclette favorite de Pee Wee, qui parade fièrement dans les rues de sa petite ville au volant de son bolide à deux roues. Élément déclencheur de l’intrigue, notre héros s’en va du coup parcourir le Texas, puis la Californie, afin de retrouver son cher vélo. Pee-Wee Big Adventure raconte ainsi le voyage initiatique d’un jeune homme rêveur et loufoque, au travers d’une Amérique pleine de clichés sur les Texans (l’accent, le look, la culture du rodéo), voyage qui prend fin dans la cité des Anges, terre des studios hollywoodiens. Rien ne semble réaliste dans ce film où aucun des personnages n’a un comportement véritablement normal : les rires sont trop accentués, les émotions hypertrophiées, à tout cela s’ajoute un décor carton-pâte qui semble tout droit sorti de l’imagination d’un enfant très créatif.

La virtuosité de Burton à mettre en scène des personnages à l’esprit enfantin est véritablement née avec Pee-Wee. Par la suite, le réalisateur reprendra des figures similaires : comment ne pas voir en Willy Wonka un nouveau Pee Wee, plus sombre et plus complexe, à l’image de l’évolution cinématographique de Burton ? Les points de comparaison entre ces deux œuvres sont d’ailleurs nombreux : Francis, ennemi juré du héros à bicyclette, rappelle à la fois l’énorme Augustus Gloop et l’insupportable Veruca Salt. Pee-Wee Big Adventure marque également le début d’une collaboration prolifique avec le compositeur Danny Elfman, élément central de cette ambiance typiquement « burtoniesque », entre rêve et cauchemar.

Un pied de nez aux studios hollywoodiens

La dernière partie du film conduit Pee Wee au cœur des studios Warner Bros à Hollywood où il retrouve son vélo bien-aimé. Lors d’une course-poursuite délirante, notre héros traverse différents studios de tournage. Les références cinématographiques pleuvent : de Tarzan à Godzilla, Pee Wee s’échappe des studios sur sa bicyclette volante, hommage évident au film E.T. l’extra-terrestre, sorti trois ans auparavant.

Le film est à la fois un hommage et un pied de nez aux studios hollywoodiens qui sont –il faut le rappeler- initiateurs de Pee-Wee Big Adventure. Par une subtile mise en abyme finale, Pee Wee devient la star de son propre film, à l’exception près que les studios prennent soin d’enjoliver une histoire trop banale pour eux. Pee Wee se transforme en espion bad boy, sur fond de Guerre Froide. Son vélo se transforme en moto, son amie la timide et touchante Dottie (Elizabeth Daily) en bombe sexuelle. Burton se moque ainsi de l’omnipotence des studios et de leur fâcheuse tendance à transformer un scénario original en blockbuster niais et insipide.

Aujourd’hui culte, Pee-Wee Big Adventure est un chef-d’œuvre du genre du fait de ses multiples couches de lecture. Malgré la quasi-absence d’éléments fantastiques, qui seront la marque de Burton dans ses prochains films, Pee-Wee nous embarque dans une aventure au-delà du réel, où préjugés sociaux et comportementaux n’ont pas lieu d’être.

Bande-annonce – Pee-Wee Big Adventure:

http://youtu.be/qk5oeaRep30

Fiche technique – Pee-Wee Big Adventure

Titre original : Pee-wee’s Big Adventure
Titre français : Pee-wee Big Adventure
Pays d’origine : États-Unis
Année : 1985
Réalisation : Tim Burton
Scénario : Phil Hartman, Paul Reubens créateur du personnage et Michael Varhol
Producteurs : Richard Gilbert Abramson, Robert Shapiro
Producteur exécutif : William E. McEuen
Société de production : Warner Bros. Pictures et Aspen Film Society
Société de distribution : Warner Bros. Entertainment
Directeur de production : David Silver
Direction artistique :
Musique : Danny Elfman
Photographie : Victor J. Kemper
Montage : Billy Weber
Décors : David L. Snyder
Costumes : Aggie Guerard Rodgers
Maquillage : Frank Griffin (artiste maquillage), Linda Trainoff (styliste coiffure)
Genre : Comédie
Durée : 90 minutes
Dates de sortie France : 3 juin 1987

 

 

Tim Burton : sa vie, son oeuvre en citations

Tim Burton : Le troubadour, conteur et créateur d’univers

Johnny Depp définit Tim Burton comme « un artiste, un génie, un excentrique, un fou, et ami brillant, courageux, drôle jusqu’à l’hystérie, loyal, non conformiste et franc du collier.»

« Ce qu’il possède en lui, c’est un don peu commun. Dire de lui que c’est un réalisateur ne suffit pas. Le titre exceptionnel de « génie » lui sied mieux, car il n’excelle pas seulement dans le cinéma mais aussi dans le dessin, dans la photographie, dans le domaine des idées, de la pensée, de la perspicacité. »

tim-burton-portraitEn effet, Tim Burton est un Personnage, un Auteur, un toon en lui-même. Cette manière d’être à la fois fou et hypersensible, furieux et mélancolique, macabre et vivant, sombre et enfantin, d’ « être présent par absence ou absent par présence », Tim Burton la porte sur son visage pâle, dans sa chevelure en bataille, son élocution hasardeuse, ses gestes mal assurés, son goût pour les tenues noires ou blanches, et ses yeux écarquillés, toujours curieux, cachés derrière d’énormes lunettes bleues ou jaunes. Son cinéma transpire sa personnalité et parle bien mieux de lui que l’homme lui-même. Donnant le sentiment pérenne de sortir d’une soirée de débauche, Tim Burton est l’un des rares réalisateurs de la planète à avoir le statut de rock star, à pouvoir concilier tous les publics, des adolescents à la critique, des movies fans aux artistes les plus conceptuels. Mais qui aurait pu prédire que le jeune dessinateur de chez Disney allait devenir un réalisateur majeur, ancré dans la culture pop américaine pour son univers baroque et gothique ?

Premiers pas au cinéma : la période Disney

Aîné des deux fils de Jean et Bill Burton, Timothy Walter Burton, dit Tim, naît en 1958 à Burbank, dans la banlieue de Los Angeles. C’est dans ce cadre à priori idyllique, parfaite représentation de l’American Way of Life décrit dans les films de Spielberg, que le jeune homme développe sa future vision morose de la banlieue américaine.
Le jeune Tim se sent mal dans sa peau et passe l’essentiel de son enfance en solitaire, éprouvant des difficultés autant à la maison qu’à l’école.
« Quand je tombe sur une photo de moi enfant, je ne vois que mes dents… Elles étaient énormes, démesurées, elles avaient grandi trop vite et le reste du corps n’a récupéré son retard que des années plus tard. Je ressemblais à un cheval, ça a duré pendant quinze ans, et à l’époque ça me rendait effroyablement triste. Mais ces dents honteuses et ma timidité maladive, m’isolant comme un forcené, m’ont transformé en ce que je suis.»
« A l’école, j’étais un cancre. Dès qu’on voulait m’inculquer quelque chose, je faisais la sourde oreille. Par pure réaction. Je ne sais pas d’où ça vient. Je me protège certainement. A l’école, je ne retenais rien. Tout ce qui m’en reste, ce sont les noms de certains nuages.»

vincent-price-nuit-de-tous-les-mysteres-acteur-tim-burtonAu soleil de la Californie, le jeune Tim préfère les salles obscures et la télé, où il voit et revoit les films de monstres comme Godzilla d’Inoshiro Honda, Frankenstein de James Whales, King Kong de Merian Caldwell Cooper, The Creature from the Black Lagoon de Jack Arnold, Dracula de Tod Browning, et les films de la Hammer…

Il découvre Vincent Price et l’excentricité du réalisateur Ed Wood. Il apprécie les livres pour enfants du Dr Seuss, dont le célèbre The Cat In The Hat et The Grinch That Stole Christmas, dont il s’est inspiré pour créer The Nightmare Before Christmas (L’Étrange Noël de monsieur Jack). Des histoires simples en apparence, mais d’une grande complexité symbolique. Il dévore également les contes pour enfants, son favori restant La Belle et la Bête (le conte, surtout pas la version Disney!).
Le jeune Tim se distingue très tôt par son originalité et son goût pour les plaisanteries à tendance macabres, ce qui lui vaut parfois des ennuis. Il se révèle également très doué pour le dessin, qui représente pour lui autant un échappatoire du monde réel qu’un langage à part entière. Une passion qui ne quittera plus.
«Je ne parle pas beaucoup, ni très bien. Dessiner a été un moyen de m’exprimer sans parler. Transformer ses émotions en création est important pour tout le monde.»

tim-burton-jeune
Une passion qui se double d’un goût prononcé pour la réalisation cinématographique. Doté d’une caméra Super 8, il réalise avec quelques amis de petits court métrages, mêlant souvent animation en stop-motion et prises de vues réelles.
En 1976, alors âgé de 18 ans, Tim est repéré par des cadres de Disney et obtient une bourse pour intégrer CalArts (California Institute of Arts), une école fondée par le studio pour constituer un “réservoir” de talents. Il passe à Calarts trois années difficiles, incapable d’intégrer les “codes” formatés, de supporter l’enseignement “militaire”, refusant de faire des concessions sur ses opinions artistiques et comprenant mal qu’on exige de lui d’être «à la fois un artiste et un zombie œuvrant sans personnalité. Il faut être quelqu’un d’unique pour pouvoir faire coexister ces deux états dans un même cerveau.» 
Embauché par Disney, Burton ne parvient pas à dessiner ce que le studio désire. Son travail en tant qu’animateur sur Rox et Rouky se révélera laborieux.
«Je n’arrivais même pas à imiter le style Disney. Les miens [renards] ressemblaient à une route défoncée.(…) J’avais l’impression de subir le supplice de la goutte d’eau. (…) Je n’avais pas la force d’endurer cela, c’était au-dessus de mes forces.»
Le manichéisme de Disney n’existe pas chez Tim Burton, qui préfère mettre en scène des personnages à la psychologie plus complexe, qui ne sont ni tout à fait bons, ni tout à fait méchants. Après cette période difficile et un essai toujours infructueux en tant qu’artiste-concepteur sur Taram et le Chaudron Magique, il reçoit 60 000 $ pour réaliser en 1982, à partir du scénario qu’il a rédigé, son premier court-métrage (5 min 52 secondes), un petit bijou d’animation largement autobiographique et à la tonalité expressionniste, Vincent.
Le film en stop-motion met en scène un enfant, Vincent Malloy, dont le rêve est d’être Vincent Price, acteur à la voix ténébreuse coutumier des films d’épouvante, et surtout idole de Tim Burton. Une voix off, celle de l’acteur lui-même, récite sur les images le poème écrit par Tim sur un ton proche des textes d’Edgar Allan Poe, et clôture le court-métrage sur une citation du poème Le corbeau.

Disney est effrayé par la noirceur de ce court-métrage et le met au placard. Il ne sortira qu’en supplément dans le DVD édition spéciale de L’Étrange Noël de monsieur Jack en 1993. Malgré tout, Burton est choisi pour mettre en scène un court métrage un peu plus long, (29 minutes), son premier film avec des acteurs et des décors réels, Frankenweenie, un hommage aux films d’horreur des années 1930. Ce moyen-métrage est une variation du film Frankenstein où un enfant joue les apprentis sorciers en faisant ressusciter son chien Sparky, après que celui-ci se soit fait renverser par une voiture. Il dirige Shelley Duvall (Shining) et la toute jeune Sofia Coppola (dans un rôle secondaire). On y retrouve une bonne part de fantastique, un soupçon d’horreur et une grosse dose de comique.
Tim Burton claque finalement la porte des studios Disney en 1984. S’il garde un souvenir amer de la maison aux grandes oreilles, cette période reste pour lui une époque d’ébullition créative. Son style se définit, et de nombreux projets naissent dans son esprit.

La naissance de l’auteur

Il ne lui faudra pas longtemps pour se voir offrir sa chance. Grâce à Paul Reubens, tout d’abord. L’idole des enfants américains vient trouver Burton pour réaliser une adaptation de son « Pee Wee Herman Show » sur HBO. C’est la première fois que le jeune réalisateur a affaire à un gros studio hollywoodien, la Warner Bros. Bien que le film soit tourné en moins d’un mois avec un faible budget,le jeune réalisateur parvient à insuffler sa touche personnelle à ce road trip burlesque et coloré à travers les Etat-Unis. Pour la musique du film, il fait appel au chanteur du groupe Oingo Boingo, Danny Elfman, une rencontre qui s’avérera décisive.

Le succès du film lui permettra de mettre en scène Beetlejuice en 1988, l’occasion pour Burton de s’affranchir un peu de la surveillance permanente des studios et de se distinguer par la force graphique qui se dégage, définissant une véritable identité visuelle.

«On me demande souvent : « mais quand vas-tu enfin tourner un film avec des personnes réelles? « Comme je ne sais pas très bien ce que signifient des mots comme « normal » ou réel », je réponds : « qu’est-ce que la réalité? » ou « qu’est-ce que la normalité?»

La Warner qui a acquis, en 1979, les droits d’adaptation du comics de Bob Kane, Batman (1939), propose alors à Tim Burton de porter le projet sur grand écran. Depuis toujours, le jeune homme est séduit par la face cachée, la double personnalité de l’homme chauve-souris. Pour lui, Batman n’est pourtant pas un super-héros au sens propre du terme (possédant des super-pouvoirs), mais un homme ordinaire qui endosse un costume de justicier. Il n’hésite donc pas à réinventer le genre, en proposant un personnage sombre et tourmenté, beaucoup plus proche du comics original et surtout des travaux de Frank Miller et Alan Moore des années 80. La Warner est inondée de plus de cinquante mille lettres de protestations de fans mécontents.
Ce qui n’empêchera pas Burton de réaliser la suite, Batman Le Défi, en 1992. Encore plus noir, macabre et torturé que le premier, ce nouvel opus prend des allures de conte gothique et de carnaval inquiétant. La place prépondérante accordée aux méchants dans ces deux films lui vaut la colère des fans, ce qui n’empêchent pas les films de cartonner au box-office.

«On m’a souvent dit que je m’étais désintéressé de Batman pour mettre en avant le Joker; pareil dans Batman, le défi, au sujet du Pingouin et de Catwoman. C’est faux. Tous les personnages m’intéressent, leur dualité m’intéresse. Batman est un homme de l’ombre, et il désire y rester. Je me dois de respecter cette convention. »

Entre ces deux super-productions, Burton réalise un manifeste d’amour à un cinéma décalé, proche de Fellini ou de Tati : Edward aux mains d’argent. L’occasion pour lui de souffler un peu, mais aussi de montrer sa vision très personnelle de sa jeunesse et des traumatismes qu’elle a pu engendrer.. Le parcours d’Edward ressemble en effet à celui du jeune Burton dans la banlieue de Burbank où il a grandi:
«Edward a beaucoup à voir avec mes souvenirs d’enfance à Burbank, l’une des banlieues de Los Angeles où la population est blanche et très classe moyenne. Pendant toute mon enfance, je me suis senti bizarre. Il y avait quelque chose d’étrange qui planait dans cette ville. Les gens y étaient artificiellement amicaux.»

De l’artiste branché au roi du box-office

Vidé par le tournage de Batman, Le Défi, Burton traverse au début des années 90 une phase de dépression, et songe même à arrêter le cinéma.
«Il y a [dans l’industrie du cinéma] tellement de forces qui peuvent te démolir – les critiques, le box-office et le film lui-même – que ça t’oblige à garder une certaine humilité, à garder les pieds sur terre.»
«La cruauté fait partie du cinéma, elle en est même fondatrice.»
Malgré tout, il enchaîne coup sur coup trois nouveaux films, au rythme de un tous les deux ans. C’est d’abord L’Etrange Noël de Mr Jack, inspiré d’un poème qu’il a lui-même écrit, et dont Disney détient les droits. Les producteurs en confieront la réalisation à Henry Selick, mais ce petit bijour d’animation en stop motion reste son projet, avec son histoire, ses personnages et son univers visuel.
En 1994, Burton met en scène Ed Wood, récit de la vie farfelue d’Edward Davis Wood Junior, réalisateur affublé de façon posthume du titre de « plus mauvais réalisateur de l’histoire ». Le film est un biopic autant qu’un hommage. Burton devait dans un premier temps seulement le produire mais, séduit, il décide rapidement d’en assumer la réalisation. Il est très probable que l’intérêt du réalisateur pour ce film et sa mise en avant de la relation Wood/Lugosi ait un rapport avec son histoire personnelle avec Vincent Price, mort peu auparavant.

Le film offre un aperçu de la polyvalence de Tim Burton que l’on croit souvent -à tort- incapable de faire autre chose que des films « gothiques ». C’est un succès critique mais un échec commercial, seul film de Tim Burton à avoir fait un chiffre d’affaire inférieur à son budget de départ.
En 1996, il signe Mars Attacks !, inspiré d’un jeu de cartes à collectionner lancé par une marque de chewimg-gum. Le réalisateur se pose à l’époque beaucoup de questions sur l’évolution politique du monde et en particulier de l’Amérique, et aime la dimension critique que le film peut apporter à cet égard. Malgré une pléiade de stars le film, qui sort en 1996, est très mal accueilli par une Amérique souvent trop patriotique et pudique. Il n’emballe ni la critique, ni le public qui lui préfère Independence Day, film traitant du même sujet mais sur un ton plus dramatique, et à grands coups d’effets spéciaux. Malgré tout, le film est un succès en Europe, où la critique décalée du réalisateur à l’égard de son propre pays amuse beaucoup.
C’est donc avec un statut paradoxal que Tim Burton revient à ses premiers amours avec le conte gothique en mettant en scène une nouvelle de Washington Irving, Sleepy Hollow. Fraîchement débouté de Superman Lives, celui-ci accueille le projet comme une bouffée d’air frais, motivé par le fait qu’il n’avait encore jamais réalisé de films d’épouvante, le genre qu’il affectionne pourtant le plus.
Burton renoue dès lors avec le succès critique et commercial, malgré la classification R (interdit aux moins de 17 ans non accompagnés d’un adulte) aux États-Unis. Il déclare à ce propos : «en tournant Sleepy Hollow, j’ai pensé à mes réactions de spectateur enfant : je détestais que l’on me ménage, je voulais être confronté aux images, si dures soient-elles. Je me souviens de mes cris lorsque j’ai vu Le Masque du démon de Mario Bava. Crier était pourtant une des manières les plus rassurantes d’avoir peur puisque le film était une fantaisie».
Ce succès lui permet de s’attaquer à un autre gros projet de la Fox : un remake de La Planètes des Singes, le film culte de 1968. En projet depuis plus de dix ans, cette nouvelle adaptation du roman de Pierre Boulle obtient de bons résultats, atteignant les cent soixante-treize millions de dollars de bénéfices sur le sol américain.
C’est au tour de la Columbia de faire les yeux doux à Burton, en lui proposant l’histoire de Big Fish, celle d’un homme qui va devenir père mais qui va également perdre le sien dans un scénario faisant l’éloge de l’imaginaire face à la platitude du monde rée. Tim Burton ne peut que se retrouver dans cette histoire dont les événements sont très synchrones avec sa vie. Le style du cinéaste change d’orientation, mais sa griffe demeure visible dans l’univers fantastique qu’il déroule.
La thématique de la paternité se retrouve aussi dans son film suivant, Charlie et la Chocolaterie. Adaptation d’un livre pour enfants de Roald Dahl, le sujet central de l’œuvre est avant tout l’éducation. Burton nouveau père ne peut donc y être que sensible. En mettant en scène les enfants terribles gâtés par une éducation moderne, Burton traduit ses inquiétudes… Et confirme une vision assez traditionnelle de la cellule familiale comme base solide de l’épanouissement.

Quatre mois plus tard, retour à l’animation. En 2005, Tim Burton revient à ses premiers amours avec Les Noces Funèbres, intégralement tourné en stop-motion. Les scènes ainsi que les personnages ont été dessinés par le cinéaste lui-même. Tourbillon perpétuel d’émotions, ce dessin animé à l’esthétique gothique la plus pure est animé par une magie rare pour un film d’animation.
«Ce thème du monde des vivants paraissant plus mort que celui des morts, je l’ai en moi depuis longtemps.»
Un thème qu’il explore de nouveau (dans une moindre mesure) avec Sweeney Todd, sa première comédie musicale en prise de vue réelle. On est pourtant loin de la magie et de l’univers enchanté de L’Étrange Noël de Monsieur Jack, dans ce conte morbide et sanglant aux tons presque noirs et blancs. Les résultats au box-office confirment le plus grand aura de Burton outre-Atlantique, où le film rapporte le double de la somme engrangée aux États-Unis.
La sensation arrive en 2010, lorsqu’il se voit confier l’adaptation en prises de vues réelles d’Alice au Pays des Merveilles par Disney. S’il ne s’est jamais senti particulièrement touché par le récit imaginé par Lewis Caroll, Burton accepte le challenge, contre la possibilité de refaire son premier court-métrage sous forme de long. Bien lui en a pris, au final, puisque le film sera son plus gros succès, et l’un des records de l’année, franchissant allègrement la barre du milliard de dollars de recettes.
Burton reviendra ensuite à des scores plus modestes avec Dark Shadows en 2012, l’adaptation (une nouvelle fois) du soap opéra éponyme diffusé dans les années 1960.

Ce poète aux multiples facettes, cet amoureux des images, valait bien que l’on se penche plus en détails sur sa filmographie. Cinéséries-Mag vous propose donc un retour sur ses films, à l’occasion de la sortie de Big Eyes, son nouveau projet. Sans oublier de saluer au passage l’artiste visionnaire et le dessinateur de génie, dont voici quelques croquis :

burton-tom-cineaste-illustrateur-dessins-clown-joker

Filmographie sélective Tim Burton:

1985 : Pee-Wee Big Adventure 
1988 : Beetlejuice 
1989 : Batman 
1990 : Edward aux mains d’argent 
1992 : Batman : Le Défi (Batman Returns) 
1994 : Ed Wood 
1996 : Mars Attacks!
1999 : Sleepy Hollow 
2001 : La Planète des singes 
2003 : Big Fish 
2005 : Charlie et la Chocolaterie 
2005 : Les Noces funèbres 
2008 : Sweeney Todd
2010 : Alice au pays des merveilles
2012 : Dark Shadows
2012 : Frankenweenie 
2014 : Big Eyes

Dans les films de Tim Burton, la musique est un personnage à part entière. Nous achèverons cette rétrospective par une mise en lumière de sa formidable collaboration avec son compositeur fétiche: Danny Elfman.

Le Web Program Festival : le festival des créateurs du web

Le Web Program Festival : la webcréation mise à l’honneur

C’est parti pour la sixième édition du Web Program Festival, le festival international de programmes sur internet, qui se tient les 15 et 16 mars au théâtre du gymnase à Paris, une première puisque l’édition 2015 quitte sa terre natale de La Rochelle pour s’installer dans la capitale. L’objectif : accroître le volet international du festival et faire venir un public de professionnels et d’étudiants plus large. La rédaction CSM est bien évidemment au rendez-vous pour vous retransmettre en direct les événements !

Le Web Program Festival revient cette année avec une programmation aussi prolifique que variée : l’accent est mis sur les acteurs du web au cœur de la révolution numérique qui touche progressivement les formats fictions et documentaires. Seront donc animées des tables rondes autour de l’évolution et des mécanismes d’une webcréation en plein essor, avec des intervenants de marque : le pôle Nouvelles écritures de France Télévision, les spécialistes du crowdfunding de My Major Company, les producteurs de Studio Bagel ou encore le pôle Arte France.

Deux récompenses seront remises mardi soir à l’occasion des délibérations du jury professionnel et du public qui vont devoir départager des productions web classées par thèmes : du web-actu/mag/politique, au web-documentaire en passant par la web-fiction.

Parmi la sélection officielle, on retrouve des fictions bien connues de la rédaction, qui s’était déjà entretenue avec Anthony Lemaître pour sa web série humoristique Authentik (sélection officielle web-fiction) ainsi qu’avec Aglaé Dufresne et Isabelle Joly pour Camweb (sélection officielle web-humour).

Pour plus d’informations sur la sélection complète, rendez-vous sur le site officiel du Web Program Festival.

 

Snow in paradise, un film de Andrew Hulme : Critique

Snow in paradise est un film assez inclassable, même si le souci de la facilité l’estampille du genre thriller.

Synopsis : D’après une histoire vraie. Dave est un petit délinquant qui mène sa vie, entre drogue et de violence, dans l’East End de Londres. Lorsque ses agissements entraînent la mort de Tariq, son meilleur ami, Dave est terrassé pour la première fois par la honte et le remords. Alors qu’il commence à faire la paix avec lui-même, son passé de criminel revient le mettre à l’épreuve….

Drugstore cowboy 

La maison de production britannique Ipso Facto a dû recourir à un crowdfunding et chercher le gros du financement en France et en Allemagne, en dehors de son pays d’origine, c’est dire si le projet n’a pas été forcément compris de tous. Il est vrai que l’histoire vendue par son réalisateur, Andrew Hulme, s’écartèle donc entre le Thriller et l’étude de caractère, celui du personnage central Dave, petite frappe évoluant dans un East End londonien où le surpeuplement et la pauvreté ont été de tous temps les vecteurs d’un certain niveau de criminalité.

Le film évoque également l’immigration, au travers de l’implantation de l’Islam dans ces quartiers, au travers de cette grande mosquée qui se détache à l’horizon de cette bourgade, mais la découverte par Dave de cet islam soufiste constitue une partie du film malheureusement trop anecdotique du film.

Toutes ces directions font peut-être beaucoup pour un seul film, car on s’apercevra très vite que le réalisateur Andrew Hulme a été dépassé par son ambition.

Snow in Paradise est une mise en cinéma de l’histoire vraie de Martin Askew, le scénariste qui a co-écrit le film avec Andrew Hulme, un homme converti à l’Islam et dont l’oncle est Lenny « The Guv’nor » McLean, un boxeur londonien, mais également un gangster d’une certaine réputation. Il a co-écrit  « The Guv’nor », un livre autobiographique qui est devenu un best-seller au Royaume-Uni. Un oncle qui a dû fasciner Martin Askew autant que le terroriser, puisque c’est lui-même qui va l’incarner avec une certaine noirceur dans le film, tandis que son propre personnage est confié à un nouveau venu dans le cinéma anglais, Frederick Schmidt, un jeune prometteur vu récemment dans l’excellent Les Poings contre les murs du britannique David McKenzie.

Déambulant dans les rues de son quartier avec son meilleur ami Tariq, Dave s’en prend à tous ces bobos qui envahissent l’espace, et contribuent à la « gentrification » de son quartier, Hoxton, une partie désormais très embourgeoisée du très ouvrier East End. L’argent est moqué, honni par Dave et ses amis, mais l’argent, c’est l’argent, une promesse de « Paradis », alors le voici en train de faire des livraisons douteuses pour son oncle criminel, des tombereaux de cocaïne qu’il livre à de malfrats que la présence du « paki », son ami Tariq, défrise. Tariq est un apprenti rappeur  sans grande ambition qui se réfugie derrière la religion et la peur du « sheitan » pour tenter de ne pas mouiller dans les activités de Dave. Il sera pourtant largement  mouillé, puisque le synopsis annonce d’emblée sa mort, liée à une bêtise de la part de Dave, mais également au racisme crasse qui n’est jamais bien loin, toujours tapi, prêt à surgir à la moindre occasion.

Ce drame, c’est le tournant du film, l’événement qui entraîne chez Dave la culpabilité et la prise de conscience par rapport à l’impasse de la violence. Avant de faire sa macabre découverte, Dave va fréquenter la mosquée à la recherche de son ami disparu. C’est autre chose qu’il va y trouver, un espoir, une réponse, la possibilité d’une alternative.

Le film traîne en longueur, avec un acteur principal qui pourtant joue juste la plupart du temps, mais qui, comme le film lui-même, ou à cause du film lui-même, a quelquefois du mal à doser ses effets. Sinon, le casting est plutôt équilibré : le scénariste Martin Askew personnifie son oncle en connaissance de cause, campant un homme manipulateur et pervers. David Spinx (de la série East Enders) joue le rôle de l’ami de son père défunt, un autre oncle, un autre malfrat, un marchand d’illusions qui lui fait miroiter le Paradis et sa luxueuse villa en guise d’appât…

Le scénario offre de nombreuses possibilités de faire un film intéressant, avec des scènes  d’action, de l’humour, une partie importante sur l’intimité du personnage central, son extrême solitude, sa descente aux enfers dans les vapeurs de la drogue, sa tentative de vie familiale avec une mère célibataire prostituée, et bien sûr la découverte de l’Islam… Mais il y a un problème de rythme et de mise en scène : tout est traité en surface, et Andrew Hulme part dans beaucoup trop de directions et semble indécis quant à l’accent qu’il veut mettre dans son film. Il utilise des procédés  un peu racoleurs, comme par exemple ces flash-forwards répétitifs et peu esthétiques qui n’ajoutent rien au métrage, et qui finissent par agacer. Andrew Hulme ne se cache pas d’avoir voulu réaliser  « son » Prophète, le très beau film de Jacques Audiard, mais de la coupe aux lèvres, il y a hélas encore beaucoup de chemin.

Le plus gros écueil du film reste sans doute cette évocation de l’Islam, dont on ne sait trop ce qu’il représente pour Dave. Le traitement de sa nouvelle appartenance à cette religion est trop elliptique : tout d’un coup, il se retrouve avec la serpillère et le balai à la main, en train de nettoyer la grande salle de la mosquée, sans que l’on comprenne vraiment son cheminement. Il y avait là pourtant matière à creuser, car ce nouvel assujettissement, cet échange du corps de règles des gangsters et de la rue, contre le corps de règles de l’Islam était sans doute la meilleure chose à explorer pour donner au film la dimension qui lui manque pour l’extirper du magma des films de drogue et de gangsters au fond duquel il risque de rester englué pour longtemps…

Snow in Paradise : Fiche Technique

Titre original : Snow in paradise
Réalisateur : Andrew Hulme
Genre : Thriller
Année : 2014
Date de sortie : 4 Mars 2015
Durée : 108 min.
Casting : Frederick Schmidt (Dave), Martin Askew (Oncle Jimmy), David Spinx (Micky), Aymen Hamdouchi (Tariq), Claire-Louise Cordwell (Theresa) Ashley Chin (Amjad), Joel Beckett (Kenny)
Scénario : Martin Askew, Andrew Hulme
Musique : Kevin Pollard
Chef Op : Mark Wolf
Nationalité : Royaume-Uni
Producteur : Christine Alderson
Maisons de production : Ipso Facto films
Distribution (France) : Le pacte, The jokers

Le Dernier Loup : Musique, Bande Originale Par James Horner

0

Soundtrack, Musique du film Le Dernier Loup

High Hopes

On reproche beaucoup de choses à James Horner, entre autres de plagier les grands compositeurs russes, mais aussi certains de ses contemporains tels Jerry Goldsmith. De la même manière, on a reproché à Yann Tiersen d’avoir plagié Erik Satie sur la bande originale du Fabuleux Destin d’Amélie Poulain. On oublie alors, un peu vite, que James Horner a le mérite d’avoir été un des premiers à introduire de l’électronique dans ses musiques de film, dès le début des années 80 et que la frontière entre le plagiat et l’inspiration est parfois ténue. Aujourd’hui James Horner, ce sont des classiques tels que les musiques de Braveheart, Titanic et de nombreuses compositions pour les films de Jean-Jacques Annaud.

Pour Le Dernier Loup, James Horner convoque l’orient musical, conforme au film qui se déroule en Mongolie Intérieure. On y trouve tout ce qui fait les grandes musiques, racontant de grandes épopées lyriques. La partition est de facture classique, donnant la part belle aux cordes et aux cuivres, donnant parfois aussi une voix à quelques chants d’inspiration tribale. Le résultat est digne de l’auteur et le place, désormais, dans le club très fermé des compositeurs de cinéma devenus classiques tels que John Barry, Maurice Jarre ou encore John Williams. Une grande bande originale, qui ouvre l’horizon et renvoie immanquablement aux images d’un film fait de grands espaces, de grandes aspirations et de grandes espérances.

Musique: Extrait BO Le Dernier Loup (Wolf Totem) – Leaving For The Country  Main Theme – Soundtrack OST – James Horner

Durée : 59’

Distributeur : Milan Records

Sortie : 26 février 2015

Tracklist Le Dernier Loup :

1. Leaving For The Country (Main Theme) 2’18

2. Wolves Stalking Gazelles 4’19

3. An Offering To Tengger/Chen Saves The Last Wolf Pup 9’22

4. Wolves Attack The Horses 4’49

5. A Red Ribbon 3’20

6. The Frozen Lake 4’42

7. Discovering Hidden Dangers 2’47

8. Little Wolf 3’27

9. Scaling The Walls 4’07

10. Suicide Pact 2’17

11. Hunting The Wolves 6’05

12. Death Of A’Ba1’36

13. Return To The Wild 9’53

Auteur : Freddy M.