Still Alice, un film de Richard Glatzer et Wash Westmoreland : Critique

A 54 ans, Julianne Moore obtient enfin l’Oscar de la meilleure actrice qu’elle méritait tant depuis longtemps. Elle l’aurait mérité (ne serait-ce que pour un second rôle) dans Magnolia, Loin du Paradis, The Hours, ou même The Big Lebowski.

Synopsis : La vie d’Alice Howland, éminente professeur de linguistique, heureuse en couple et mère de trois enfants épanouis, est transformée le jour où sa mémoire commence à flancher. Rapidement, son neurologue lui diagnostique une forme précoce et héréditaire d’Alzheimer. Sa vie et ses relations avec ses proches vont dès lors n’être régies que par sa décrépitude mentale.

En fait, depuis le film qui l’a révélé, il y a tout juste vingt ans, Safe, où elle interprétait…. une mère de famille en proie à la maladie. De là à dire qu’elle a connu sa consécration grâce à une redite d’un ancien rôle, il n’y a qu’un pas. Mais attention, que l’on ne s’y méprenne pas : Julianne Moore a largement mérité son Oscar ! Même si Rosamund Pike (l’autre grande favorite) était bluffante de froideur Gone Girl, la façon dont Julianne Moore incarne cette femme en perte de repères, sur le plan physique comme affectif, est sidérante de justesse.

En plus de la performance indiscutable de son héroïne, le reste du casting est correct et participe à la compassion et à la délicatesse de la situation tragique. Dans un rôle de mari désarçonné par l’état de sa femme, Alec Baldwin est parfait dans sa façon de jouer de son aspect monolithique pour incarner une force fragile dont on n’arrive jamais à pleinement approuver les choix. Parmi les trois enfants d’Alice, on n’en retient qu’une : Kristen Stewart qui, après Sils Maria et le césar qu’il lui a valu, en a définitivement fini avec le boulet Twilight qu’elle traînait. Pour ce qui est des autres personnages secondaires, on pourra toujours regretter qu’ils ne soient pas davantage exploités. Le travail effectué par le duo de réalisateurs est à double tranchant. Si la plupart des cinéastes peu expérimentés auraient fait de ce sujet une œuvre lacrymale, reposant uniquement sur des grosses ficelles scénaristiques et formelles pleurnichardes, Richard Glatzer et Wash Westmoreland ont réussi à éviter la surenchère de pathos tant redoutée (hormis peut-être dans l’usage des musiques) pour se concentrer sur leur personnage. Toutefois, leur mise en scène, à défaut d’un traitement astucieux de la question de la perte de mémoire, n’a rien de personnel, non pas qu’il ait fallu être aussi radical que Memento mais plutôt subtil comme Loin d’elle, qui traitait du même sujet. La narration très linéaire appuie le sentiment d’assister à un film très démonstratif (ses détracteurs le réduiront certainement à une campagne de collecte de fonds pour la recherche médicale du cerveau !). La mort du coréalisateur Richard Glatzer juste avant la sortie française du film, et surtout le fait d’apprendre qu’il souffrait de la maladie de Charcot, participe au bien-fondé du propos et à la charge émotionnelle du long-métrage.

Certaines scènes (les repas en famille et surtout le discours à la conférence) resteront dans les mémoires comme des moments de cinéma bouleversants, tandis que d’autres passages sembleront anecdotiques, voire plombants, mais l’ensemble du film est, grâce à son actrice, parfaitement réussi dans sa mission de sensibilisation à la détresse des personnes atteintes d’Alzheimer. Sans doute Still Alice aurait-il largement gagné à développer davantage sa dernière partie, celle où Alice n’a personne d’autre à qui parler que la elle-même d’avant (Alice la linguiste aurait désapprouvé cette formulation d’ailleurs), afin d’approfondir le drame de la perte d’identité. Quoi qu’il en soit, voir ainsi cette femme tout perdre est quelque chose d’aussi poignant que terriblement effrayant, de quoi faire naître une réelle phobie du trou de mémoire !

Still Alice : Bande annonce

Still Alice : Fiche Technique

Réalisation: Richard Glatzer, Wash Westmoreland
Scénario: Richard Glatzer, Wash Westmoreland d’après: le livre Still Alice de: Lisa Genova
Interprétation: Julianne Moore (Alice), Kristen Stewart (Lydia), Kate Bosworth (Anna), Alec Baldwin (John), Hunter Parrish (Tom), Shane McRae (Charlie Howland-Jones), Seth Gilliam (Frederic Johnson), Victoria Cartagena (Prof. Hooper)
Image: Denis Lenoir
Décor: Tommaso Ortino
Costume: Stacey Battat
Montage: Nicolas Chaudeurge
Musique: Ilan Eshkeri
Producteur: Lex Lutzus, James Brown, Pamela Koffler
Production: Lutzus-Brown, Killer Films, Big Indie Pictures, Shriver Films
Distributeur: Sony Pictures Releasing France
Genre : Drame
Durée: 99 minutes
Date de sortie: 18 mars 2015

États-Unis, France – 2014

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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