Frankenweenie, un film de Tim Burton – Critique

1984 : Tim Burton, alors jeune cinéaste de 26 ans réalise son septième film, un court métrage d’une trentaine de minutes intitulé Frankenweenie.

Synopsis : Victor Frankenstein vit avec sa famille et son chien dans une banale banlieue américaine et se passionne pour les sciences. Lorsque son chien Sparky est écrasé par une voiture, Victor tente tout pour le ramener à la vie.

Tim Sans Burton

Plus c’est long plus c’est bon…vraiment ?

Ce court, assez réussi mais encore éloigné de l’univers en devenir de cet enfant terrible, pose déjà les jalons de ce que sera demain son cinéma : une transposition dans nos sociétés modernes des mythes et des peurs ancestrales qui hantent l’humanité depuis qu’elle sait avoir peur. Transposition qui ici, à travers des acteurs comme Barret Oliver (L’Histoire Sans Fin) ou Shelley Duvall (Shining), ne revêt pas toute la subversion et l’irrévérence à venir d’un réalisateur, qui fera de la banlieue américaine moyenne sa cible privilégiée.

Garanti avec édulcorants

2012 : Tim Burton, alors moins jeune réalisateur de 54 ans, réalise son 25ème film (télévision comprise), transformant le court-métrage Frankenweenie en un long-métrage d’animation. Loin de réadapter son œuvre initiale, Tim Burton en reprend trait pour trait le canevas (parfois au plan près) et l’étire à l’infini pour n’en faire qu’une (pâle) copie, en plus long, perdant au passage la sincérité artisanale du court. Une copie certes, mais passée par le filtre des studios Disney, spécialistes reconnus des édulcorants cinématographiques, convaincus qu’ils semblent être, depuis des décennies, qu’il ne faut surtout plus faire peur aux enfants.

Politiquement correct

Même s’il y avait un côté rassurant à voir Burton tenter de se réapproprier une œuvre de jeunesse, le fait qu’en cette année 2012 sa carrière de cinéaste de génie semble n’être qu’un souvenir s’arrêtant à Sleepy Hollow (et peut-être à Sweeney Todd) prend le dessus sur les intentions du cinéaste, dont les thématiques semblent tourner en rond. Car Tim Burton bégaye (aux sens propres et figurés) ici son cinéma, qui a perdu une partie de ce qui en faisait l’intérêt : la subversion. Plus que ses références gothiques, son univers fantastique et ses personnages « à la marge », c’est cette critique féroce et sans concession d’une Amérique sclérosée, qui le caractérisait. Il avait (et a surement encore) en horreur cette banlieue américaine aux gazons bien taillés, aux maisons identiques et alignées sans que rien n’en dépasse, et surtout pas les idées ou les opinions de leurs occupants. Ces soi-disant « communautés » où la solidarité n’existe que si on la mérite.

Monstres & Cie

Frankenweenie version 2012, ne fait qu’effleurer cette banlieue, déjà disséquée dans d’autres de ses films mais ici simplement montrée, sans que rien de politiquement incorrect n’en ressorte réellement. C’est bien une galerie de monstres qui peuple ce film, mais aux caractères devenus consensuels et, surtout, qui ne font plus peur à personne. Tim Burton n’est plus le seul à la critiquer, cette société américaine qui est, depuis, passée du nombrilisme à l’autopsie. De ce point de vue, Frankenweenie n’apporte rien de neuf, reprenant, sous prétexte de les critiquer, des personnages qui sont devenus des clichés : le méchant voisin, le génie incompris, le copain jaloux, la voisine commère. Dans le fond, il tente de nouveau l’impertinence, certainement avec sincérité, mais oublie de se renouveler et surtout, d’être cruel.

Le blanc et le noir

Il n’y a guère que par sa forme que Frankenweenie est une réussite. L’animation est sans faille, sans pour autant tomber dans l’esbroufe propre aux studios à la souris, ni dans le « déjà vu ailleurs », à part chez Burton et en cela, il arrive à conserver une certaine authenticité. Il livre un noir et blanc superbe et des personnages aux faciès, même pour les plus « normaux » d’entre eux, qui n’inspirent certainement pas confiance et affichent un potentiel criminel certain. En cela la scène finale, proche des premiers Godzilla, restera sans doute la plus savoureuse en permettant à Burton de faire, pendant un instant, ce qu’il fait le mieux : prendre un univers et le torpiller comme un sale gosse.

Quand la musique est moins bonne

En revanche Danny Elfman, compositeur et complice de Tim Burton, rate à moitié sa partition. Sa bande-originale colle parfaitement au film, à l’univers dépeint et aux scènes qu’elle accompagne, mais le problème est justement là : elle ne fait qu’accompagner. Danny Elfman oublie de faire de sa musique une actrice du film, de faire que le film ne puisse se passer d’elle. Il ne lui donne pas de personnalité, si ce n’est quelques sonorités qui ont fait les beaux jours (et les belles nuits) de Batman. Le problème de Danny Elfman est qu’il signe ici une bande certes originale, mais en oubliant de lui donner ce qui fait qu’elle serait devenue mémorable : un thème.

American way of Tim

Les fans les plus durs affirment que Tim Burton s’est embourgeoisé, il y a certainement un fond de vérité depuis qu’il a commencé à travailler pour Disney, chacun comprenant qu’il s’agissait d’une mauvaise nouvelle. Sa copie de Frankenweenie ne donne pas ce coup de pied au derrière habituel. Il y a comme toujours des idées (de sombres idées), des trouvailles en pagaille, mais exploitées par un Tim Burton rattrapé par la jeune génération (probablement fan), qui ne trouve plus comment garder son originalité et donc, se démarquer. Frankenweenie, s’il ne l’avait pas réalisé, aurait certainement été mieux considéré et n’aurait pas souffert la comparaison avec la flamboyance de Sleepy Hollow ou la poésie macabre d’Edward Aux Mains d’Argents, marqueurs de cette époque où Tim Burton se moquait, très ouvertement et sans crainte aucune, d’une partie de ses compatriotes. Aujourd’hui, c’est de lui-même dont il semble se moquer.

Bande annonce : Frankenwenie

Frankenwenie – Fiche Technique

Réalisateur : Tim Burton
Musique : Danny Elfman
Production : Tim Burton & Allison Abbate
Sociétés de production : Walt Disney Pictures, Tim Burton Productions
Montage : Chris Lebenzon
Décors : Rick Heinrichs
Direction artitique : Denis Greco
Durée : 83’
Voix françaises : Henri Bungert, Pierre Tessier, Rafaèle Moutier, Kelly Marot, François Siener

Auteur : Freddy M.

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Notre salut : Un grand film sur un petit homme, carte sur table

Avec Notre salut, Emmanuelle Marre montre que le cinéma a encore une vie à mener : sérieuse et fiévreuse. D’une manière proche de Peter Watkins, Marre réinvente la manière de filmer l’intime en acte politique, de faire du cinéma un geste terriblement libre.

Resident Evil (2026) : Excellent film et adaptation parfaite d’une saga maudite

Zach Cregger réinvente Resident Evil autour d’un héros ordinaire et retrouve enfin l’essence survival horror de la saga Capcom. Une adaptation tendue, drôle et remarquablement maîtrisée.

Rose de Markus Schleinzer : dans le pantalon, la liberté

Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Smash Palace : au pays de la casse

Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.