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Rétro J. Audiard: Un Héros Très Discret – Critique

La Seconde Guerre Mondiale est une thématique qu’affectionnent les cinéastes français. Jean-Pierre Melville a notamment adapté Le Silence De La Mer de Vercors et L’Armée Des Ombres de Kessel, Louis Malle a mis en scène Lacombe Lucien (sur un scénario écrit avec Patrick Modiano) et Au Revoir Les Enfants, Rachid Bouchareb a retracé l’histoire des Indigènes, François Truffaut a pris Le Dernier Métro… Et Un Héros Très Discret, le deuxième long métrage de Jacques Audiard sorti en 1996, trois ans après Regarde Les Hommes Tomber, est la transposition du roman éponyme de Jean-François Deniau.

Synopsis: Dans l’époque trouble et confuse de l’hiver 1944-1945, à Paris, un homme qui n’a pas participé à la guerre va se faire passer pour un héros en s’inventant une vie admirable. À force de mensonge, il va construire par omissions et allusions un personnage hors du commun.

Le charme discret de la Résistance

C’est entre la fin 1944 et les premiers mois de 1945, alors que la France est presqu’entièrement libérée, que surgit ce « héros très discret ». Albert Dehousse (Mathieu Kassovitz) est un individu sans identité qui, par besoin de reconnaissance, va devenir un mythomane à identités multiples. Sur un coup de tête, il abandonne sa femme et une vie de province qui le lasse pour tenter de se forger une nouvelle existence à Paris. Quelques hasards (la rencontre avec un ancien combattant de la France Libre, une fillette qui achète des journaux «pour le colonel», une réunion d’un ancien réseau de Résistants), la lecture des journaux et son sens opportuniste transformeront ce jeune homme réservé et renfermé en un mec acerbe, voire imbu de lui-même, qui va trouver dans la Résistance le terrain de jeu idéal pour son affabulation. Mais qui s’avèrera n’être qu’un manipulateur de bas étage.

Un Héros Très Discret possède une structure particulière. Il s’ouvre sur Jean-Louis Trintignant, gros plan, face caméra, qui se lance dans le récit de la vie d’un homme. De qui s’agit-il ? Le spectateur en vient à se demander à quel film il se trouve confronté. Un documentaire ? Une fiction ? Un mélange des deux ? Le réalisateur, navigant dans le temps comme bon lui semble, confond d’autant plus le spectateur que, régulièrement, différents « témoins » viennent accréditer l’existence d’Albert Dehousse. Sur cet aspect, cette œuvre peut déstabiliser, voire déplaire.

En comparant ce film avec ceux que Jacques Audiard réalisera ensuite, tels Sur Mes Lèvres, De Battre Mon Cœur s’Est Arrêté ou Un Prophète, on s’aperçoit que le fils de Michel Audiard n’a jamais changé sa manière de filmer et a, dès l’origine, porté sur ses acteurs un regard spécifique. Sa caméra flottante permet de rendre son film réaliste, d’inscrire ses personnages dans un environnement connu des spectateurs. Il fait preuve d’une grande dextérité et sait où emmener son intrigue, même si la première partie retraçant la jeunesse d’Albert Dehousse, avant sa fuite à Paris, peut sembler un peu longue.

Albert Dehousse, un illustre inconnu ?

En ce qui concerne le choix de Mathieu Kassovitz, il est possible de ne pas s’y retrouver. L’acteur, 29 ans au moment du tournage, supposé résistant et lieutenant dans l’armée, est quelque peu décrédibilisé par un visage trop jeunot. N’est-ce pas une trop lourde charge pour lui, son air juvénile jouant en sa défaveur ? Même si, a contrario, on peut se demander si son physique ne vient pas justement renforcer le mensonge de son personnage. Il laisse néanmoins dubitatif et suscitera des interrogations tout au long du film. Albert Dehousse oscille entre froideur et prétention, toujours mené par son désir de reconnaissance. Sa mythomanie face à ses pseudo-camarades résistants, jusqu’à ordonner l’exécution de soldats français ayant choisi le mauvais camp, se voit ponctuée tantôt par la culpabilité, tantôt par l’excitation d’être un autre. Mathieu Kassovitz est d’ailleurs un habitué des changements de rôle, comme il l’a récemment rappelé dans Un Illustre Inconnu, de Matthieu Delaporte. Cette dernière prestation est nettement plus impressionnante et beaucoup mieux construite, l’expérience du jeu se faisant ressentir. Et si Sandrine Kiberlain, la première femme de Dehousse, et Anouk Grinberg, qu’il épouse sous sa nouvelle identité, ne passent qu’en coup de vent, elles sont néanmoins importantes. Ce sont elles qui parviennent à le démasquer.

Le compositeur Alexandre Desplat (récemment primé aux Oscars pour The Grand Budapest Hotel) et la monteuse Juliette Welfling, qui travailleront sur les films suivant du cinéaste, contribuent à créer une ambiance froide, glauque, presque malsaine, saupoudrée de doses d’humour noir. Le son est également le fruit d’un travail minutieux, notamment lors de l’enfance du héros. Ses lectures de romans d’aventure dans lesquels il se projette, bénéficiant d’un travail de mixage élaboré, laisse présager une forme de schizophrénie

Un Héros Très Discret offre également une passionnante mise en abîme du rôle de l’acteur. Le personnage d’Albert Dehousse apparaît en effet comme une métaphore de l’acteur qui rentre dans un rôle, de la répétition des textes et l’entrée en scène jusqu’à la joie d’avoir réussi à être crédible dans une peau fictive. Le protagoniste se teste afin de savoir jusqu’où ses mensonges pourraient l’amener, s’ils seraient susceptibles de lui procurer une quelconque reconnaissance. Albert Dehousse joue avec les limites et finira par se brûler les ailes. Audiard laisse croire que les simples observations de comportements et lecture de journaux de guerre peuvent fournir une bonne connaissance d’un sujet. Il simplifie ainsi la donne, son personnage, derrière une grande sûreté en lui-même, étant un être profondément inculte. La reconstruction du rôle de résistant grâce à des informations lues dans les journaux et apprises par cœur paraît trop sommaire. Entrer dans les rangs de la Résistance n’était pas chose aisée et se créer un nom ne l’était guère non plus. Audiard ne dépeint pas la complexité des réseaux de l’époque. Il ne faut donc pas regarder Un Héros Très Discret en espérant apprendre plus sur la guerre ou voir un film historique : la Seconde Guerre Mondiale n’est qu’un simple contexte historique, le décor d’un film psychologique.

Aujourd’hui, Jacques Audiard est un réalisateur qui n’a plus à faire ses preuves. Il a recueilli plus de 20 prix pour ses six longs métrages et son prochain, Dheepan, figure en compétition officielle au prochain Festival de Cannes.

Un Héros Très Discret : Bande-annonce

Fiche Technique – Un Héros Très Discret

Réalisateur : Jacques Audiard
Genre : Comédie dramatique
Année : 1996
Date de sortie : 15 mai 1996
Durée : 107′
Casting : Mathieu Kassovitz, Anouk Grinberg, Sandrine Kiberlain, Albert Dupontel…
Scénario : Jacques Audiard et Alain Le Henry, d’après un roman de Jean-François Deniau
Musique : Alexandre Desplat
Monteur : Juliette Welfling
Nationalité : France
Producteurs : Patrick Godeau
Maisons de production :
Distribution (France) : AFMD

Cannes Classics : Marius, un film d’Alexandre Korda

Folklore
Dès les premières images, Alexandre Korda (le cinéaste hongrois qui a réalisé le film) impose une image très folklorique et idéalisée, quasiment fantasmée, de Marseille. Son Vieux Port, ses voiliers, ses marins (dont Escartefigue, seul marin à avoir le mal de mer), l’accent, le parler haut et le sang latin typique du Sud nous parviennent comme des cartes postales. En quelques minutes, le spectateur se sent comme chez lui auprès de ces personnages qu’il a l’impression d’avoir toujours connu.
Ainsi, nos personnages ont parfois l’habitude d’exagérer les choses. Les disputes commencent vite, comme celle qui oppose Marius et Panisse. La sieste est une activité quasiment obligatoire dans ce monde où le travail se fait de façon très parcimonieuse. Comme le dit César au début du film : « il ne passait jamais au soleil, de peur d’avoir à traîner son ombre. »
Pudeur
Les dialogues, écrits par Marcel Pagnol d’après sa propre pièce, sont d’une qualité extraordinaire. Les répliques cultes s’enchaînent. Et pourtant, c’est souvent dans les non-dits que le film trouve sa plus grande qualité.
En effet, bien souvent, les personnages n’osent pas avouer ce qu’ils ressentent véritablement. Marius n’avoue pas son amour pour Fanny. Quand il sort la rejoindre, il prétend aller au cinéma. De même, César invente toute une histoire pour justifier qu’il se mette sur son 31.

Mais le plus émouvant, le plus beau, c’est l’amour qui unit le père et le fils. Quand César dit « Bonsoir mon fils », paroles proférées avec un amour sincère par un vieux bourru haut en couleurs, il n’est pas besoin de grands discours pour expliquer les sentiments qui s’échangent entre les deux personnages. Un plan sur le regard humide de Marius qui ne dit pas qu’il va partir, un aveu muet suffisent pour implanter une émotion palpable.
Mélodrame
Car Marius est un film très émouvant. C’est même un mélodrame. S’il fallait une preuve, il y a les dernières séquences. Le final, lorsque César fait visiter à Fanny ce qui devrait être leur foyer conjugal, est empreint de toute l’infinie tristesse d’un départ qui est comme un deuil.
Mais le mélodrame est d’autant plus beau qu’il n’est pas appuyé. Pas de pathos ici. Aucune exagération dans la manifestation des sentiments. Pagnol et Korda évitent les pièges habituels du genre. Bien au contraire, à l’instar d’un César qui prépare un cocktail parfaitement dosé (avec quatre tiers, certes, mais « ça dépend de la grosseur des tiers »), les auteurs du film parviennent à magnifiquement doser humour et drame pour que chacun alimente l’autre.
Ainsi, la scène où Panisse explique la mort de son épouse est un bel exemple de cette symbiose parfaite entre comédie et mélodrame.
Korda et Pagnol
En parlant de ce film, première partie de la fameuse trilogie marseillaise, on a l’habitude de dire que c’est une œuvre de Marcel Pagnol. Techniquement, le film est réalisé par Alexandre Korda, cinéaste hongrois. Sa réalisation est d’ailleurs d’une grande subtilité. À l’image du scénario, lui aussi évite d’en faire trop et joue la carte de la subtilité et de la pudeur. Cependant, la qualité de sa réalisation s’impose vite. Il suffit de voir la scène où Marius rejoint des marins dans une taverne, les ombres projetées sur les murs, l’ambiance quasi-expressionniste imposée en quelques images, pour comprendre que le réalisateur est talentueux.
Mais le véritable auteur du film reste Marcel Pagnol lui-même. Marius est empreint de son style, qui se retrouvera dans ses réalisations futures. La qualité extraordinaire des dialogues font d’ailleurs de Marius une référence : alors que le cinéma n’était parlant que depuis quatre ans, le film s’impose comme celui qui va ouvrir la voie des grands dialoguistes à la française, inspirant la carrière future des Audiard (père et fils), Aurenche et Bosc, etc.

Synopsis : sur le Vieux Port de Marseille, le jeune Marius est tiraillé entre son amour pour Fanny et son rêve de devenir marin.
Marius nous apparaît, de nos jours, comme un monument du cinéma français. Certaines de ses répliques sont passées à la postérité. Ses acteurs sont des références.

Fiche Technique – Marius

Réalisateur : Alexandre Korda
Scénariste : Marcel Pagnol, d’après sa pièce de théâtre
Photographie : Ted Pahle
Décors : Alfred Junge et Vincent Korda
Montage : Roger Spiri-Mercanton
Musique : Francis Gromon
Producteurs : Robert Kane et Marcel Pagnol
Avec Pierre Fresnay (Marius), Orane Demazis (Fanny), Raimu (César), Fernand Charpin (Panisse), Paul Dullac (Escartefigue), Alida Rouffe (Honorine, la mère de Fanny), Robert Vattier (Monsieur Brun).
Sortie : 10 octobre 1931
Durée : 120’

Le Cochon de Gaza, un film de Sylvain Estibal : Critique

Le Cochon de Gaza est le premier long-métrage de Sylvain Estibal, journaliste de souche. On pourrait croire à un essai pas tout à fait achevé, bloqué entre pudeur et conformisme, assister à l’œuvre d’un réalisateur qui se cherche, mais il n’en est rien, bien au contraire.

S’il semble difficile de prédire quel sera son cinéma, on peut déjà affirmer sans trop se tromper qu’il suivra une ligne directrice toute personnelle. Mêlé d’intelligence et de finesse, une part de drame, une autre de comédie, avec aussi des prises de risques énormes, comme c’est le cas ici pour le Cochon de Gaza. Les arguments du film sont multiples et font mouche presque à chaque coup. Sylvain Estibal fût entre autres récompensé par le César du meilleur premier film en 2012. Voyons donc pourquoi.

Le personnage central est incarné par Sasson Gabbai, acteur israélien né à Bagdad en 1947, précédemment couronné d’un European Awards en 2007 pour son rôle dans La Visite de la fanfare d’Eran Kolirin. Son interprétation de Jafaar, personnage d’esprit et de convictions, est tout bonnement géniale. Son faux air de Yasser Arafat ajoute à la pertinence du rôle, à la profondeur du message que vient délivrer le réalisateur. La magie qui s’en dégage opère dès la première séquence. Elle concentre à elle seule le package d’émotions attendu pour un tel métrage, de l’humour, de la dérision et un brin de gravité. Jafaar est simple et attachant à la fois, il déroule sans peine son histoire touchante que l’on suivra avec plaisir et attention d’un bout à l’autre.
Les personnages secondaires ne sont non plus en reste. Un seul exemple avec l’ami coiffeur au visage si caractéristique, interprété par Gassan Abbas, directeur d’un théâtre arabe en Israël dans la vraie vie. Des répliques qu’ils échangent tous deux se dégage toute la complexité du film. Conjuguer au second degré les préoccupations des palestiniens de Gaza, pour évoquer le conflit israélo-arabe de façon plus légère et surtout sans tabou.

Le scénario allie donc un contexte de tension politique à des situations coquasses. Les directions pouvant alors être abordées ne pouvaient qu’aboutir sur un film riche et efficace.

La question de l’eau.
Les soldats perchés sur le toit de la maison de Jafaar ou encore la colonie qui juxtapose son village indiquent que le récit est planté dans la première moitié de l’année 2005, avant le retrait des colons israéliens. Sur conseil appuyé de son ami, Jafaar se résout d’abord à supprimer le cochon. Mais il n’a pas tenu d’arme en mains depuis 1967, allusion à la Guerre des 6 jours qui permit à Israël de prendre le contrôle de Gaza, de la Cisjordanie et Jérusalem-Est ainsi que du plateau du Golan ; triplant son emprise territoriale, doublant de par le même fait ses ressources aquifères.
Jafaar se lave à l’eau sale, et supporte tant bien que mal cette sorte d’oppression par le haut. La scène qui montre l’impureté en sortie de robinet permet au réalisateur de développer son argumentaire sur les conditions de vie des Gazaouis en employant des références à la chronologie pour un rendu plus véritable encore.

Plus de poisson pour le pêcheur.
La bande de Gaza est coincée entre les terres d’Israël et la Méditerranée. Le courant de surface qui longe les côtes ramène inexorablement les détritus vers le fond du Bassin Levantin. Sylvain Estibal a t-il voulu parlé d’écologie ? Il semble plutôt qu’il ait fait le choix de rappeler l’exiguïté du territoire palestinien, avec d’un côté les frontières de béton ou les palissades, de l’autre l’étendue d’eau qui ne remplie plus son rôle nourricier. Entre, reste le village de Jafaar et ses alentours ardus ; des trous dans les façades des bâtiments et les paysages arides.

Les cadrages se posent sur les décors et font évoluer le personnage dans la profondeur de l’image. L’esthétique est travaillée, avec notamment des couleurs ocres qui révèlent un aspect pictural prononcé, venant emballer la pellicule d’un léger vernis poétique. Le montage est équilibré, donne autant de place au burlesque qu’à la tragédie, avec des prises de vue affinées. 1h38 de film sans aucun temps mort.

Le cochon de Gaza est finalement un métrage militant, large public, résolument engagé en faveur de la liberté et de l’égalité, qui privilégie de très loin le rameau d’olivier au fusil de combattant. Il aborde un sujet délicat avec toujours beaucoup de respect et de clairvoyance, et vient livrer, derrière ses abords sarcastiques, un message d’espoir intelligent. Sa bienveillance reste remarquable, au moins tout autant que sa propre réussite cinématographique…

Synopsis : Cela fait longtemps déjà que les détritus ont chassé les poissons du filet de Jafaar. Depuis les rivages de Gaza, il se lance chaque jour sur les eaux pour trouver de quoi subsister. Jafaar est pêcheur. Son vieux bateau et sa bicyclette rouillée sont ses seuls espoirs de ramener quelques shekels à Fatima, sa femme. Infortune l’aidant, il remontera à bord un cochon vietnamien, perdu par un cargo à la suite d’une tempête. Tiraillé entre sa foi et les nécessités quotidiennes, Jafaar ne tardera pas à en tirer parti, s’accommodant d’un commerce des plus incongrus. Il pourra ainsi payer ses dettes, prendre sa revanche sur les difficultés et sur les mouettes qui se rient de son petit talent maritime.

Le Cochon de Gaza: Bande-annonce

Fiche technique du film : Le Cochon de Gaza

Réalisation : Sylvain Estibal
Scénario : N.R.
Distribution : Sasson Gabai ; Baya Belal ; Myriam Tekaïa ; Gassan Abbas ; Khalifa Natour ; Maurad Saad ; Lotfi Abdelli ; Khaled Riani ; Manuel Cauchi ; Ulrich Tukur ; Rania Zouari ; Marcelle Theuma ; Charlotte.
Musique : Aqualactica, Boogie Balagan
Photographie : Romain Winding
Décors : Albrecht Konradt
Montage : Damien Keyeux
Production : Franck Chorot, Jean-Philippe Blime
Sociétés de production : Marilyn Productions, StudioCanal, Barry Films, Saga film, Rhamsa Productions
Sociétés de distribution : Marilyn Productions, StudioCanal
Budget : 4.575 millions d’euros
Genre : Drame

Document Connexe :
Extrait du discours de Yasser Arafat à l’Assemblée de l’ONU, le 13 novembre 1974

Festival de Cannes 2015: La Palme d’or pour « Dheepan » de Jacques Audiard

Festival de Cannes 2015 : Jacques Audiard Palme d’or, Vincent Lindon et Emmanuelle Bercot primés

Après dix jours de compétition, ce dimanche s’est déroulée, au Palais des Festivals  la cérémonie de clôture du Festival de Cannes avec l’acteur français Lambert Wilson en maître de cérémonie. Le jury, présidé par les frères Coen, a annoncé le palmarès composé de sept prix au total dont celui de la Palme d’or, récompense suprême.

Apres Wnter Sleep, film auréolé en 2014, de la Palme d’or du Festival de Cannes, la récompense est attribuée à Jacques Audiard pour son film Dheepan, un des Cinq films français en compétition : « Jacques Audiard pour Dheepan, Stéphane Brizé pour La loi du marché, Valérie Donzelli pour Margueritte et Julien, Maïwenn pour Mon roi et Guillaume Nicloux pour Valley of love ». Le film sera dans les salles le 26 août prochain.

>> La bande annonce de « Dheepan »:

Le film suit le parcours en France de réfugiés sri-lankais fuyant la guerre mais confrontés à la violence dans une cité de la banlieue parisienne. « Recevoir un prix de la part des frère Coen c’est quelque chose d’assez exceptionnel« , « je pense à mon père« , a déclaré très ému le cinéaste français en recevant la récompense suprême du festival.

Le Grand prix récompense « Le Fils de Saul », réalisé par le Hongrois László Nemes.  Un film sur la Shoah mettant en scène un juif forcé de participer à la Solution finale en travaillant dans les chambres à gaz.

Le prix de la mise en scène est décerné à Hou Hsiao-hsien pour « The Assassin« .

Le prix d’interprétation masculine est remit à l’acteur français Vincent Lindon pour son rôle dans « La loi du marché » du Français Stéphane Brizé. L’acteur y campe un ouvrier au chômage depuis vingt mois qui se bat pour retrouver un emploi, encaissant les coups avec dignité. « C’est la première fois que je reçois un prix dans ma vie« , a déclaré le comédien. « C’est l’un des trois plus beaux jours de ma vie« . L’acteur a estimé que ce prix était « un acte politique« .

Le prix du jury récompense « The Lobster » de Yorgos Lanthimos pour  son conte burlesque.

Le prix d’interprétation féminine a été attribué à Emmanuelle Bercot pour son rôle dans « Mon Roi » de Maïwenn et à Rooney Mara pour sa prestation dans « Carol« .

Rooney Mara campe le personnage d’une toute jeune vendeuse qui va se laisser séduire par une femme bourgeoise à la beauté fatale (Cate Blanchett). Emmanuelle Bercot interprète une avocate qui se retrouve après un accident de ski dans un centre de rééducation et se souvient d’une histoire d’amour tumultueuse.

La Caméra d’or du Festival de Cannes a été attribuée au Colombien César Augusto Acevedo pour « La Tierra y la sombra« , film consacré à la vie des paysans colombiens.

La Palme d’or du court-métrage a été attribuée à Waves’98 du Libannais Ely Dagher.

La réalisatrice Agnès Varda reçoit une Palme d’honneur pour l’ensemble de son oeuvre.

Rétro Jacques Audiard: Portrait d’un artiste

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Jacques Audiard, un fils prodigue

Une fois de plus, Jacques Audiard se retrouve à Cannes pour y présenter son nouveau film, Dheepan, L’homme qui n’aimait plus la guerre. Rarement cinéaste aura eu un palmarès aussi fourni, chacun de ses six premiers films récoltant divers prix en France ou à l’étranger. Jacques Audiard est devenu incontournable dans le paysage cinématographique français, destin d’autant plus surprenant pour quelqu’un qui cherchait à fuir le 7ème art.

Etre le fils de Michel Audiard, le dialoguiste des Tontons Flingueurs, semble avoir eu un effet répulsif sur Jacques Audiard : « je ne voulais pas faire le même métier que mon père et j’ai mis beaucoup de temps à accepter l’idée que le cinéma est un mode d’expression[1] . » Du coup, il se dirigera plutôt vers les livres, la littérature, la philosophie, et entamera même des études de lettres. De cette passion pour les livres, il restera chez lui cet intérêt pour les scénarios très écrits, très travaillés, et le thème de la filiation, de la transmission entre père et fils deviendra un des sujets importants de son œuvre.

C’est par le biais du montage que Jacques Audiard entrera dans le cinéma : « J’y suis vraiment venu par accident. J’étais encore étudiant. Je tournais déjà mes petits films en Super 8. Et le montage m’a plu parce que c’était très concret. On apprend vraiment tout dans une salle de montage. Et monter, c’est aussi écrire. C’est une structure, un récit. »

Mais finalement, le passionné d’écriture se retrouvera vite dans les scénarios, d’abord avec son père. Jacques et Michel écriront ensemble le scénario de Mortelle Randonnée, réalisé par Claude Miller. Puis suivront, entre autres, Baxter, de Jérôme Boivin, Grosse Fatigue, de Michel Blanc et même Vénus Beauté (Institut) de Tonie Marshall.

Quête de liberté

Puis, en 1994, il se lancera dans la réalisation et signera une œuvre à la fois dense, diversifiée et cohérente, réaliste et poétique. Ses films se placent souvent à la limite des genres, un pied dedans et l’autre à l’extérieur, histoire d’éviter toute contrainte, de s’appuyer sur un genre pour le dépasser et prendre son envol. Du film noir au mélodrame en passant par les films de prison, Jacques Audiard essaie de ne pas se laisser enfermer dans des catégories.

La liberté constitue un thème de l’œuvre d’Audiard, tout autant qu’une méthode de travail. Thomas cherche à se libérer de l’emprise de son père dans De battre mon cœur s’est arrêté, alors que Malik parvient à obtenir une certaine liberté paradoxale tout en restant en prison (Un Prophète).

Cette volonté de se libérer constitue aussi un horizon du travail du cinéaste. Lui qui est un adepte des scénarios très écrits cherche aussi à s’en libérer quand il passe sur le plateau. Même s’il passe des années à finaliser son texte, il laisse la porte ouverte à la moindre suggestion des acteurs, improvisant parfois, remettant tout en cause à chaque scène tournée.

« J’ai une théorie qui est celle du plan incliné : il faut toujours pencher vers l’avant, à la limite du déséquilibre, avec les comédiens comme avec l’équipe technique, pour éviter que ça se stabilise. Pendant les répétitions, je fais travailler les comédiens avec un texte qui utilise des arguments du récit mais qui propose des situations différentes pour qu’ils restent frais et que le scénario ne s’use pas (…). Je garde des bouts de scène développés en marge du récit principal et qui peuvent créer un appel d’air, lancer les comédiens sur une piste qui n’était pas prévue. »

C’est ainsi que, de son propre aveu, il a développé l’histoire d’amour de Sur mes lèvres, entre Paul et Carla (Vincent Cassel et Emmanuelle Devos) sur des suggestions de la comédienne, lui n’ayant pas remarqué ici cette possibilité.

Paternité

Cette libération se montre aussi par rapport au thème de la paternité, que l’on retrouve dans plusieurs films. Le plus flagrant c’est dans De Battre mon cœur s’est arrêté, remake de Mélodie pour un tueur, de James Toback. « J’avais vu Mélodie pour un tueur à l’époque de sa sortie, à la fin des années 70. Je ne l’avais pas revu depuis et je gardais un fort souvenir du personnage du fils, un « bad boy » qui veut changer de vie et devenir pianiste concertiste. J’y ai vu une manière d’aborder les rapports entre père et fils de manière plus directe que ce que j’avais pu faire par le passé. Comment s’arrange-t-on de cet héritage ? Comment s’en dégage-t-on ? De qui est-on le fils ? D’un père ou d’une mère ? Quel choix fait-on, à partir de ça, pour s’inventer une histoire? »

Une fois de plus, on sent ce besoin de se libérer d’un poids (familial dans ce cas) pour pouvoir prendre son envol. Chercher sa propre voie, en s’appuyant sur celle des prédécesseurs pour pouvoir mieux s’en défaire le moment voulu. Le film montre bien que cet arrachement n’a rien de facile.

Ce thème de la paternité, que l’on retrouve dans d’autres films de façon plus ou moins évidente (Regarde les hommes tomber, Un Prophète…), permet au cinéaste d’instaurer une filmographie très masculine. Les films d’Audiard se déroulent souvent dans un monde fermé où les femmes sont peu présentes : « Il y a une forte tradition de films d’hommes en France, comme les films écrits par mon père ou Albert Simonin, Touchez pas au Grisbi, Le cave se rebiffe, avec Jean Gabin, dans lesquels passent des mots ou des gestes d’une douceur troublante. Ça m’a toujours intéressé de voir cette tendresse affleurer ce monde de « burnés » et, entre les personnages de Regarde les hommes tomber, je voulais que les rapports soient ambigus, retenus, que les choses ne soient pas données immédiatement. Le spectre des sentiments entre les hommes est très large. »

Réalisme et réalité

Ces sociétés fermées (ou non), le cinéaste les filme dans un subtil équilibre de réalisme et de création poétique. Ainsi, De Rouille et d’os « se situe entre la fable et le mélodrame. La fable parce que c’est comme si ce film pouvait être raconté par le personnage de l’enfant. Je sortais d’une histoire de prison, j’avais envie de quelque chose de plus large, de plus lumineux, qu’il y ait des femmes et des sentiments [2]. »

Faire appel au genre de la fable, cela permet à Audiard d’élargir le sens de ses films, qui ne sont plus uniquement des destins humains mais des symboles. Le personnage d’Un Héros très discret représente l’ensemble de la France qui se disait résistante sans l’avoir forcément été. Quant à la prison d’Un Prophète :

« Avec la prison, nous avons pu inventer un ancrage mythologique et décoller du réalisme. L’univers carcéral est une métaphore toute prête qui nous a fourni un cadre très réel pour parler d’exclusion, d’humiliation, de rapports de forces exaltés. On y admet tout de suite l’expression du racisme et de la violence, c’est presque une tournure de phrase. »

Cette volonté d’échapper au cadre trop strict du réalisme n’empêche pas Audiard de se poser des questions sur le rapport entre cinéma et réalité. « À quoi sert ce machin qu’on persiste à appeler cinéma et qui paraît parfois dépassé ? Qu’est-ce que cet outil ? Le prenons-nous tel qu’on nous l’a laissé ? Est-ce, tout simplement, le même outil ? Je suis persuadé que non. Comment fait-on, aujourd’hui, pour capter le réel et pour en rendre compte ? »

La liste des prix obtenus par jacques Audiard est impressionnante, aussi bien en France qu’à l’étranger. Une fois de plus, il est à Cannes cette année. La sortie de Dheepan est une occasion de se replonger dans une œuvre à la fois unie et multiple.

Interview – Jacques Audiard:

Jacques Audiard en quelques dates :

1976 : assistant-réalisateur sur Le Locataire, de Roman Polanski.

1982 : écriture du scénario de Mortelle Randonnée, en collaboration avec son père Michel Audiard.

1994 : Regarde Les Hommes Tomber

1999 : Victoire de la musique du meilleur clip pour La Nuit Je Mens, d’Alain Bashung

2006 : César du meilleur film pour De battre mon cœur s’est arrêté.

2009 : Grand Prix du festival de Cannes attribué au Prophète.

2015 : Dheepan, L’Homme qui n’aimait plus la guerre, en sélection officielle au Festival de Cannes.

[1] Sauf précision contraire, l’immense majorité des citations sont extraites d’un entretien que l’on trouve sur le site de Télérama 

[2]  Citation extraite d’un entretien paru dans Le Journal du Dimanche 

 

Cannes 2015: Palmarès Un Certain Regard, « Béliers » triomphent

Le jury d’Un Certain Regard 2015 présidé par Isabella Rossellini et composé de Haifaa al-Mansour, Nadine Labaki, Panos H. Koutras et Tahar Rahim, a choisi de récompenser le film islandais Béliers (Hrurtar) de Grimur Hakonarson.

PRIX UN CERTAIN REGARD

HRÚTAR (Béliers / Rams) de Grímur Hákonarson / Islande.

Dans une vallée isolée d’Islande, deux frères qui ne se parlent plus depuis quarante ans vont devoir s’unir pour sauver ce qu’ils ont de plus précieux : leurs béliers.

PRIX DU JURY

ZVIZDAN (Soleil de plomb / The High Sun) de Dalibor Matanić

PRIX DE LA MISE EN SCÈNE

Kiyoshi Kurosawa pour KISHIBE NO TABI (Vers l’autre rive / Journey to the Shore)

PRIX UN CERTAIN TALENT

COMOARA (Le Trésor / Treasure) de Corneliu Porumboiu

PRIX DE L’AVENIR

MASAAN de Neeraj Ghaywan Ex aequo NAHID d’Ida Panahandeh

Le Prix Un certain regard : Béliers, Bande-annonce

Cannes 2015 : le palmarès de la Quinzaine des réalisateurs

Cannes 2015 – Quinzaine des réalisateurs : Lors de sa soirée de clôture, la plus ancienne section parallèle du Festival a livré son palmarès :  El Abrazo de la Serpiente, Mustang et Trois souvenirs de ma jeunesse.

Hier, vendredi 23 mai, la Quinzaine des réalisateurs a révélé son palmarès. Les films sélectionnés dans cette catégorie ne sont pas à proprement parlé en compétition, mais plusieurs partenaires remettent des prix : le Art Cinéma Award (remis par la Confédération internationale des cinéma d’art et d’essais), le prix SACD (Société Auteurs et Compositeurs Dramatiques), le Label Europa Cinéma et, enfin, le prix illy du court métrage.

Art Cinéma Award : El Abrazo de la Serpiente (Embrace of the Serpent), de Ciro Guerra

Prix SACD : Trois souvenirs de ma jeunesse, d’Arnaud Desplechin
Label Europa Cinéma : Mustang, de Deniz Gamze Ergüven

Prix illy du court métrage : Rate me, de Fyzal Boulifa
Mention : The Exquisite Corpus, de Peter Tscherkassky

Après cette cérémonie de clôture faite des remerciements habituels était projeté Dope de Rick Famuyiwa. Un film déjanté sur un groupe de jeunes geeks noirs pris malgré eux en plein trafic de drogue alors même que le héros principal, Malcolm, rêve de rentrer à Harvard. Jouant sur des retours en arrières qui font bouger sans cesse les lignes du film, Dope reprend l’esthétique des teenage movies des années 90, musique comprise avec une bonne dose d’humour et d’auto-dérision puisque ces jeunes se mettent eux-mêmes en scène au coeur du film. Un vrai bon moment de cinéma dans la lignée du récent « Dear White People. Le réalisateur détourne avec un vrai bon humour les clichés sur la jeunesse noire issue des ghettos américains. Le petit plus ? Dope est servi par un casting jeune et impeccable. Pharrel Williams est un des producteurs du film, il nous a fait honneur de sa présence hier à Cannes, sans pour autant chercher à mettre le feu sur scène.

Trailer de Dope, de Rick Famuyiwa

Samedi 23 mai, pour sa dernière journée à Cannes, CineSeries a monté une nouvelle fois les marches du palais pour Macbeth, signé Justin Kurzel. Un film fidèle à l’immense pièce de Shakespeare et ce jusque dans sa solennité à toute épreuve. La mise en scène comme la photographie baignée de rouge et de brume sont magnifiques tout comme le jeu des acteurs. Un moment de cinéma virtuose, mais sans grande prise de risque par rapport à l’oeuvre initiale. Notons tout de même que Michael Fassbender et Marion Cotillard sont plutôt bluffants dans ce film et dans des rôles tant joués qu’ils en deviennent des challenges.

C’était la dernière journée de CineSeries à Cannes, mais nous ne manquerons pas de vous révéler demain le palmarès de la sélection officielle et de partager encore nos rêves de cinéma avec des critiques de tous les films découverts durant cette édition. Nous avons voyager un peu partout et nous vous inviteront bientôt à revivre ce voyage en images et en mot.

Tomorrowland (A la Poursuite de Demain) : critique

Back to the Future

Brad Bird est ce que l’on pourrait appeler un cinéaste de l’écurie Disney, c’est là qu’on l’a vu naître et c’est là qu’on le voit prospérer à une exception près. Il n’y a clairement pas de mal à ça, ce n’est pas la première fois qu’un réalisateur est rattaché à une firme et ce n’est pas la dernière fois mais cela peut devenir problématique quand celui-ci doit faire office de « Yes Man » pour vanter les mérites de celle-ci. Vendu comme un film original à l’univers frais et inédit, au final le nouveau film de Brad Bird sera une vaste pub pour les produits Disney, cela va du préparatif pour les prochains Star Wars à la promotion des parcs d’attractions Disney. Aussi agaçant que cela puisse paraître, le film en retire une certaine grâce et se montre beaucoup plus exaltant que prévu grâce à un réalisateur talentueux qui arrive à pallier les impératifs du studio pour faire une belle réflexion sur le cinéma et la pop culture.

Le principal problème du film, Tomorrowland, sera d’ordre scénaristique, à trop vouloir référencer son film celui-ci tombe dans la citation en empruntant allègrement des éléments d’anciens films de SF comme Back to the Future, Terminator, Star Wars et etc. Ce qui fait que malgré l’originalité recherché par le film, celui-ci recycle 30 ans de pop culture pour un résultat déjà-vu au final, jamais le film ne nous prendra par surprise et jamais on aura l’impression d’être devant une oeuvre nouvelle et originale étant un melting pot allant des productions Amblin des années 80 aux blockbusters actuels. Néanmoins le film retirera du bon de cela en faisant une réflexion non dénuée d’intérêt sur le cinéma actuel, le monde d’aujourd’hui et le cynisme ambiant. Maintenant tout est trop sérieux et plus rien n’est emprunt à la rêverie et le film tire sa force de cette naïveté, cette candeur qui nous renvoie instantanément en enfance car désormais ce genre de films son rares alors que dans les années 80 pullulaient de productions de ce type. A l’époque la vision du futur était source d’émerveillement, de progrès et d’espoir alors que maintenant on n’imagine qu’un futur apocalyptique et destructeur. Le film va donc se baser sur la confrontation de ses deux visions et même si il reste très succinct et peu subtil dans son propos, il fait des parallèles judicieux entre passé et présent et fait même des promesses pour l’avenir qui sonnent d’autant plus lorsque l’on voit que cette année 2015 marque un retour en force des sagas des années 80 et que le style même des films revient à la mode entre la candeur d’antan couplé à la maîtrise et le progrès de maintenant. Après cela appuie un peu le coté pub du film qui se contente de dire au final c’était vachement bien avant alors préparez-vous on va y revenir mais est-ce vraiment une bonne chose ? Est-ce que l’on sera en mesure de retrouver cette qualité propre aux films des années 80 qui ont marqués notre imaginaire et leurs époques ?

Si l’on regarde l’écriture pour répondre à cela alors la réponse est non car ici aucun charme ne se dégage du film car l’on ne s’attache pas aux personnages, ce qui fait que l’on reste déconnecté de l’ensemble. A l’époque, les scénaristes arrivait à créer ds personnages simples mais charismatiques et diablement attachant alors qu’ici ceux-ci manquent cruellement de motivations et surtout d’enjeux. D’abord la volonté de créer un duo sympathique ( même trio je dirais ) sur le modèle de Doc Brown et Marty McFly  est selon moi mauvaise car non seulement la caractérisation des personnages est trop similaire ( pour ne pas dire copié-collé ) mais surtout parce qu’ils n’ont pas le même aura ni la même dimension surtout qu’ils sont au final sous-exploités. Notamment l’héroïne du film ( Brittany Robertson ) qui fait cinquième roue du carrosse car elle semble déconnectée du film, elle est là on ne sait pas trop pourquoi et elle est constamment éclipsée par la relation entre Franck ( George Clooney ) et Athéna ( Raffey Cassidy ), un personnage mystérieux et particulièrement réussi. D’ailleurs cette relation est clairement la réussite du film qui permet d’injecter un peu d’émotion dans l’ensemble et qui se montre plus complexe et ambigu que prévu, il est juste dommage que celle-ci se construit et se développe sur des clichés. Ensuite les personnages ont aussi du mal à s’imposer en raison de la construction du récit qui se montre assez maladroite et frustrante car elle présente ses véritables enjeux que lors du climax en présentant aussi un méchant caricatural aux motivations ridicules. Une fois que les révélations sont faites et que le film prend une direction assez intéressante qui aurait pu amener des réflexions pertinentes et bienvenues, celui-ci s’achève lors d’un climax expédié qui cède aux facilités scénaristiques. On a donc le sentiment frustrant que le film s’achève au moment où au contraire il devrait commencer. C’est dommage car même si le film dispose de pleins de défauts qui peuvent assez vite devenir agaçants, il fonctionne plutôt bien malgré tout au point même qu’on se surprend à vouloir 30 minutes de plus.

Le casting est plutôt bon aussi, ayant même des acteurs enfants qui jouent relativement bien ce qui est assez rare au final. Après le film ne dispose que de peu de personnages au final donc peu d’acteurs sortent du lot, on a Hugh Laurie qui s’en donne à cœur joie et évite les poncifs de son personnage grâce à la force de son jeu et George Clooney qui garde son flegme et sa classe apportant un charisme et une touche d’humour bienvenue à son personnage. Sinon ici c’est les deux actrices qui sortent vraiment du lot, tout d’abord Brittany Robertson qui fait preuve d’une belle justesse de jeu et qui se donne à fond dans son rôle, elle se montre vraiment excellente mais c’est dommage que son personnage ne soit pas développé outre mesure. Néanmoins la vrai révélation du film c’est Raffey Cassidy, qui du haut de ses 13 ans arrive à s’en sortir admirablement dans un rôle assez compliqué. Que ce soit dans ses combats, où elle rivalise avec les ténors du cinéma d’action, ou dans ses mimiques de jeu pour rendre son rôle plus crédible, elle fait preuve d’une maîtrise incroyable composant un personnage complexe, contradictoire, badass mais aussi incroyablement fragile.

La réalisation se montre assez convaincante même si certains effets spéciaux laissent un peu à désirer et fond un peu brouillons notamment dans le design lambda de Tomorrowland et des robots qui manque cruellement d’identité mais pour compenser la photographie du film est très belle et le montage assez astucieux. Seule la musique, pompeuse et fade, vient véritablement agacer car elle desserre totalement les scènes et ne crée jamais l’exaltation. Sinon la mise en scène de Brad Bird impressionne, surtout dans la première partie du récit, inventive et d’une maîtrise incroyable, avant de se faire plus classique et anecdotique par la suite notamment dans un climax fade et dénué d’enjeux dramatiques. Lors de la découverte de Tomorrowland par l’héroïne, Bird va faire preuve d’une ingéniosité sidérante dans sa mise en scène que ce soit dans la construction habile des plans ou dans le jeu entre les dimensions avec des choix de cadrages inventifs et des situations assez cocasses et vraiment bien trouvées pour aboutir sur un plan séquence sidérant par sa durée et sa maîtrise avec des mouvements de caméra ambitieux et fluides. Les scènes d’actions, de factures assez classiques, se montrent quand à elles très bien filmées grâce à un très bon découpage qui permet rapidité et lisibilité, celles-ci se montre donc énergiques mais reste assez figées.

Tomorrowland est un bon film car même s’il a beaucoup de défauts, c’est un long métrage rêveur, généreux et quelque peu naïf (dans le bon sens du terme), une véritable déclaration d’amour au cinéma de notre enfance et qui d’une certaine manière nous émerveille pour cela. Certes il ne sera jamais aussi iconique que les films de notre enfance, il est moins maîtrisé sur son écriture mais il se montre diablement divertissant et fonctionne par bien des aspects et c’est d’autant plus miraculeux lorsque l’on constate les impératifs du studio qui se montrent parfois écrasants notamment dans cette aspect placement de produits constants. Et voir Brad Bird s’extirper de cela grâce à l’excellence de sa mise en scène à quelque chose de rassurant car il transforme un film de commande en film de cinéaste avec une belle réflexion sur son époque. Après ça il est clair que Brad Bird à une place de choix pour réaliser un prochain Star Wars et ce n’est pas plus mal car il est clair qu’il est un des meilleurs metteurs en scènes à œuvrer dans le blockbuster grand public.

Synopsis: Casey Newton, une brillante adolescente férue de science, s’embarque avec Frank Walker, autrefois jeune inventeur de génie, dans une périlleuse aventure. Ils veulent découvrir un lieu mystérieux situé entre le temps et l’espace et qui semble n’exister que dans leur mémoire commune : Tomorrowland

À la Poursuite de Demain – Nouvelle bande-annonce (VOST)

À la poursuite de demain (Tomorrowland) : Fiche Technique

Etats-Unis – 2015
Réalisation: Brad Bird
Scénario: Brad Bird, Damon Lindelof, Jeff Jensen
Interprétation: Britt Robertson (Casey Newton), George Clooney (Frank Walker), Raffey Cassidy (Athena), Hugh Laurie (David Nix), Thomas Robinson (Frank Walker enfant)
Distributeur: The Walt Disney Company France
Image: Claudio Miranda
Décor: Ramsey Avery
Costume: Jeffrey Kurland
Montage: Walter Murch, Craig Wood
Musique: Michael Giacchino
Producteur: Brad Bird, Damon Lindelof
Production: Walt Disney Pictures
Date de sortie: 20 mai 2015
Durée: 2h10

Cannes 2015 : Much Loved de Nabil Ayouch – Critique

Ayouch, le Kechiche marocain

Moderne dynamique et explosif, sont les trois caractéristiques de cette œuvre qui a réellement marqué les esprits dans cette Quinzaine des Réalisateurs 2015. Ignoble, fantastique, mauvaise image de la femme, formidable liberté d’expression, représentent les différents commentaires de cette œuvre qui divise assez logiquement.

En effet, Much Loved traite un sujet très délicat, les conditions de vie des prostitués. Jamais, un long-métrage n’avait été aussi proche de leurs réalités très précaires. On découvre ainsi une existence totalement déstructurée, où la femme existe la journée et se transforme en objet la nuit. De plus, la mise en scène nous permet de nous sentir très proches de ces êtres assez rapidement, comme si nous étions les responsables de leurs situations. Nous suivons leurs mésaventures, et leurs déshumanisations où l’objet devient plus présent que la femme elle-même. Ce sentiment est notamment dû aux bonnes prestations des actrices principales qui sont réellement captivantes, comme si l’on découvrait également un aspect plus sombre de l’humanité, où l’être n’est que paraître.

Par ailleurs, d’un point de vue culturel, ce film est véritablement enrichissant, notamment le fait que les perversités de la société marocaine soient révélées au grand public. On s’aperçoit alors que le Maroc avec cette œuvre controversée entre définitivement dans le cercle des pays libres cinématographiquement en n’hésitant pas à critiquer les pays occidentaux et les fortunes du Moyen-Orient. Cela reste une surprise car on entend souvent le stéréotype en France que le Maroc est un pays qui contrôle énormément son image par l’intermédiaire des différents médias. Cependant, on constate aussi une réelle volonté de la société marocaine de sortir de cette pseudo-isolation de ses problèmes internes. Puisque au-delà du suivi de la vie des prostitués on distingue d’autres problèmes de la société marocaine telle qu’une réelle fracture sociale entre les différentes classes. En outre, cette œuvre donne également un aperçu de ce que peut être l’opinion général des marocains concernant les occidentaux.

Ensuite, les forces de Much Loved, reposent principalement sur sa dynamique, avec une réelle intensité tout au long du film. Avec des séquences qui ont choqué les spectateurs de la Croisette, où plusieurs personnes exclamaient leurs mécontentement face à certaines déstabilisantes. De plus, ce long-métrage ne s’adresse pas à n’importe quel type de spectateurs puisque la façon de traiter le sujet est très moderne, et n’a rien à voir avec les grands classiques du cinéma. On pourrait même qualifier ce registre comme étant un cinéma choquant mais à la fois très poignant, qui d’un point de vue féminin est assez compliqué à accepter également en ayant vu notamment plusieurs jeunes femmes déplorer l’image pitoyable que véhiculait ce film.

Par la suite, cette œuvre, dénonce également d’un point de vue universel la cruauté humaine, où l’être n’est que chair et l’esprit est une chose superficielle. La scène où l’une des prostitués se fait « tabasser » en est le parfait exemple. D’autre part, au niveau de la forme cette œuvre est très audacieuse avec des plans très intéressants notamment pendant une traversée de Marrakech en voiture ou encore dans une boîte de nuit. C’est un film qui marque vraiment les esprits pour certains passages qui sont très réussis. Le thème de la sexualité est également assez bien traité dans son ensemble, bien que le sujet aurait pu être beaucoup plus développé et chercher un double voire triple lecture.

Cependant, on retrouve le même problème que dans la vie d’Adèle par exemple, le réalisateur ne parvient pas à maintenir une certaine cohérence dans sa ligne directrice tout au long du film. Plus l’histoire avance, plus elle en devient incohérente voire parfois absurde, comme par exemple la rencontre avec la paysanne totalement absurde. On pourrait ainsi supposer que le cinéma marocain n’est pas encore arrivé à une certaine maturité qui lui permettrait de franchir un cap supplémentaire. Les  images, sont également parfois choquantes pour être choquantes ce qui signifie que le travail de fonds est parfois inexistant, et l’histoire perd ainsi de sa consistance.

On discerne, une réelle surexploitation du sujet principale avec des passages qui n’apportent rien au film en termes de valeur ajoutée, encore une fois le même problème que dans la Vie d’Adèle. Les dialogues, dans la deuxième partie sont parfois d’une grande faiblesse et ne permet vraiment pas à ce film d’être considéré comme un véritable film d’auteur. La conclusion, est également totalement manquée avec un aparté sur ce que pourrait être leurs vies quotidiennes. L’auteur donne l’impression qu’il ne maîtrisait pas totalement sa narration avec une fin très commerciale, inappropriée et téléphonée.

Pour conclure, on pourrait qualifier ce film, d’œuvre qui vaut la peine d’être visionnée pour plusieurs thématiques bien analysées et pour un certain souffle nouveau très différent de nos films occidentaux. Il serait également judicieux de surveiller, l’évolution de Nabil Ayouch qui a une réelle capacité d’innovation qui peut un jour toucher véritablement la scène internationale. Mais, malheureusement, ce long-métrage malgré certaines qualités encourageantes souffre terriblement d’un réel manque de structure qui pénalise l’œuvre dans son ensemble.

Synopsis : Marrakech aujourd’hui. Noha, Randa, Soukaina, Hlima et les autres vivent d’amours tarifés. Ce sont des putes, des objets de désir. Les chairs se montrent, les corps s’exhibent et s’excitent, l’argent circule aux rythmes des plaisirs et des humiliations subies. Mais joyeuses et complices, dignes et émancipées dans leur royaume de femmes, elles surmontent la violence d’une société marocaine qui les utilise tout en les condamnant.

MUCH LOVED Extrait (Nabil Ayouch – Maroc – Cannes 2015)

Fiche Technique: Much Loved

De Nabil Ayouch, présenté dans la sélection de la Quinzaine des Réalisateurs.
Avec Loubna Abidar, Halima Karaouane, Asmaa Lazrak, Sara El Mhamdi Elaaloui, Abdellah Didane…

Auteur Adrien Lavrat

Pour un seul de mes deux yeux, un film de Avi Mograbi: Critique

L’engagement d’être et de reconnaître

Dans ce quatrième long métrage d’Avi Mograbi, on discerne une réelle volonté d’utiliser le cinéma comme un outil de reconnaissance, où le réalisateur s’oblige à s’engager pour faire évoluer les choses et dresser un portrait objectif d’un conflit éternel. L’auteur se doute que son œuvre n’aura pas un impact suffisant pour modifier le déroulement des événements. Mais, le réalisateur s’investit d’une mission, tel un reporter de guerre, pour éveiller une certaine prise de conscience à l’échelle internationale de la situation qui frôle souvent le ridicule.
Avi Mograbi aurait ainsi pu opter pour la solution « traditionnelle » de l’explication du conflit Israélo-palestinien, filmer les dégâts et interroger des personnes en détresse. Cependant, cet anthropologue tente toujours d’analyser un phénomène de manière plus subtile, ce qui représente notamment sa force principale, l’innovation.

En effet, l’auteur évoque deux mythes qui a première vue n’ont presque aucun lien avec les faits actuels, Samson et Massada. Ainsi, en suivant une logique forte connue, « comprendre le présent par le passé » Avi Mograbi essaie de transcrire ses pensées universelles. Par ailleurs, d’un point de vue de la forme on connaît ses grandes qualités pour se différencier des autres réalisateurs. Cependant, d’un point de vue du fond, nous sommes en mesure de se demander si l’auteur a réellement appris de ses erreurs précédentes où il était assez compliqué de distinguer une réelle cohérence dans sa ligne de conduite. On pouvait notamment regretter cet engagement à outrance, qui finissait par dévaloriser la portée de son œuvre.

Ensuite, au cours de ce documentaire, on ne peut qu’apprécier l’immersion totale du réalisateur dans la vie quotidienne israélienne, ce qui nous permet réellement de découvrir une nouvelle culture. On retrouve des thématiques, telle que la forte croyance toutes générations confondues, une société anxieuse et traumatisée face aux événements qui déclenchent un sentiment de révolte et de violence à leur insu. De plus, on s’aperçoit que le fait d’évoquer des mythes est un moyen pour le réalisateur de faire comprendre à son audience qu’il serait préférable de retourner à des choses simples, et de reprendre ses valeurs d’antan, telles que l’écoute et le partage. On pourrait même qualifier, cette œuvre de pèlerinage d’esprit, où l’auteur traverse l’histoire pour faire comprendre quelles peuvent être les solutions plausibles pour atténuer ce conflit. L’objectif implicite également de cette œuvre pourrait être d’éduquer les jeunes générations à avoir un regard critique sur une situation plutôt que d’avoir des idées préconçues, comme par exemple une forme de normalité d’une absurde « Apartheid ».

Par la suite, on distingue un véritable contraste avec la société actuelle, où par exemple, les militaires sont omniprésents pour maintenir une sécurité fictive. On constate que cette présence est véritablement oppressante avec des traitements odieux, mais à la fois véritablement rentrée dans le quotidien des populations voisines. Pour trouver une alternative, Avi Mograbi se permet d’interroger des marginaux, qui eux seuls en étant déconnectés des réalités ont réellement le droit de parole au cours de cette œuvre. Ils remettent par exemple la faute sur une société israélienne qui perd ses valeurs en s’occidentalisant de manière excessive, notamment avec les NTIC.

Cependant, on commence à distinguer les premières lacunes de cette œuvre, où le réalisateur perd une certaine neutralité, où l’on constate par moment un véritable penchant pour une gauche radicalisée. Cela impacte négativement l’œuvre dans son ensemble puisque la vertu première d’un report qu’il tente d’imiter, et de, malgré la volonté d’affirmer ses convictions, garder tout de même une certaine neutralité politique pour éviter d’éventuels stéréotypes infondés. De plus, Avi Mograbi tombe souvent dans l’exagération, avec une pensée beaucoup trop négative pour un pays certes en conflit mais qui dispose tout de même de nombreuses valeurs souvent négligées. Bien que l’on puisse le concevoir ce n’est pas le but majeur de cette œuvre, on se retrouve rapidement dans une situation inconfortable tant le réalisateur retranscrit l’image d’un pays d’une manière aussi négative. On pourrait même penser que le réalisateur répond négativement à la problématique initiale, en l’occurrence la capacité de garder une ligne directrice.
Enfin, concernant sa conclusion, souvent très réussie et très poignante, elle n’a vraiment pas la même efficacité dans ce documentaire. En effet, on retrouve un véritable justicier, un provocateur puéril et moqueur de la situation actuelle en donnant le mauvais exemple à suivre aux futures générations. Ainsi, c’est fin est assez regrettable tant la première partie philosophique de cette œuvre était intéressante, mais le retour à la réalité dans la deuxième partie n’est pas vraiment convaincant et fait perdre une certaine crédibilité à la réflexion initiale.

Synopsis : Durant la seconde Intifada, le cinéaste Avi Mograbi parcourt les territoires occupés par l’armée israélienne, saisissant un quotidien récurrent : des enfants bloqués durant une attente interminable à un check point, des paysans interrompus continuellement par des soldats et empêchés de labourer leurs champs, des ambulanciers palestiniens qui ne peuvent se rendre sur les lieux où ils sont appelés… Dans le même temps, il nourrit une correspondance téléphonique de plus en plus véhémente avec un ami palestinien qui ne peut littéralement plus sortir de chez lui, et analyse les mythes de Samson et de Massada, détournés par les gouvernements successifs.

Pour un seul de mes deux yeux: Fiche Technique

Israel- France – 2004 – 100 min – Couleur – 35mm
Sortie : 30 novembre 2005
Sélections et prix :
Soutien GNCR
Scénario : Avi Mograbi
Image : Avi Mograbi
Son : Avi Mograbi et Dominique Vieillard
Montage : Avi Mograbi
Avec : Avi Mograbi

Auteur : Adrien Lavrat

Cannes Classics: Z, un film de Costa-Gavras – Critique

En cette fin d’années 60, plus que jamais, le Festival de Cannes montre qu’il n’est pas coupé de la réalité qui l’entoure. En 1968, il est interrompu, certains cinéastes estimant qu’ils se devaient d’être solidaires avec le mouvement social français. En 1969, le Prix du jury sera attribué, à l’unanimité, à Z, le troisième long métrage du cinéaste grec Costa-Gavras.

Synopsis : dans un pays indéterminé, un député pacifiste est assassiné. Les autorités militaires veulent faire croire à un accident.

Une fable politique
Z se déroule dans un pays indéterminé. Les personnages principaux n’ont pas de nom et sont uniquement désignés par leur fonction : Général, Colonel, Procureur, Substitut du procureur, Député. Et pourtant, cet anonymat ne parvient pas à masquer le véritable drame politique caché derrière le film.
Le générique nous donne déjà des indices. On y voit les noms des acteurs s’inscrire sur fond de décorations militaires et on y aperçoit des inscriptions en alphabet grec. Puis, à la fin du générique apparaît cette mention : « Toute ressemblance avec des événements réels, des personnes mortes ou vivantes n’est pas le fait du hasard. Elle est volontaire. »
Si, à cela, on ajoute que le cinéaste est d’origine grecque, on arrive facilement à l’idée que ce que Costa-Gavras a voulu montrer ici, c’est l’installation de la Dictature des Colonels en Grèce, deux ans plus tôt.

Mais, au-delà de ces événements, l’anonymat des personnages en fait des types et transforme le film en une sorte de fable politique. Les scénaristes Costa-Gavras et Jorge Semprun ont voulu montrer l’installation rampante de la dictature et les dangers qui menacent les démocraties, quels que soient les pays.

Un film ancré dans son époque
Le pays dans lequel se déroule le film est une démocratie, certes. On y trouve une justice indépendante, les journalistes y font leur métier dans une relative liberté. Mais cette démocratie est constamment sous la menace de ses opposants.
La scène d’ouverture est assez éloquente. On y suit une conférence sur le mildiou puis un officier prend la parole et compare la maladie de la vigne et le « mildiou social » qui secoue l’Europe, avec les « voyous à cheveux longs, les athées, les drogués au sexe indéterminé. »
Le film est, de ce fait, très ancré dans son époque. Les militaires visent directement les mouvements de contestations de la fin des années 60. Les références à l’actualité grecque, mais aussi à l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy sont nombreuses.

La démocratie menacée
Dans un pays indéterminé au climat politique très tendu, un député (Yves Montand) pacifiste essaie de tenir une réunion politique sur le thème du désarmement. Après avoir prononcé son discours, le député sera agressé et grièvement blessé à la tête ; il mourra quelques temps plus tard. La thèse officielle est celle d’un accident de la circulation.
Le cinéaste montre ainsi les menaces subtiles, discrètes, qui rognent petit à petit les libertés individuelles et transforment un état de droit en une dictature. Il s’agit de petits actes, mais qui constituent quand même un danger. L’alliance entre l’armée, des groupuscules d’extrême-droite, la religion (« Dieu refuse d’éclairer les Rouges ») et certains hommes politiques aboutit à un danger contre la démocratie.
Il ne s’agit jamais d’actes anti-démocratiques flagrants et évidents, mais de petits phénomènes. Ainsi, notre député éprouve les plus grandes difficultés à trouver une salle pour faire sa réunion : les propriétaires se désistent ou refusent les uns après les autres. La police infiltre des manifestations, les « honnêtes citoyens » arrachent des affiches… Rien de franchement hors-la-loi. Costa-Gavras ne nous parle pas de pressions politiques, c’est aux spectateurs de croire ce qu’il veut.

Une enquête
Le film est clairement divisé en deux parties : l’attentat contre le député, et l’enquête du substitut.

Un substitut du procureur (Jean-Louis Trintignant, magnifiquement marmoréen derrière ses lunettes de soleil, droit comme la justice, sûr de son bon droit car il travaille uniquement dans le respect des lois) est nommé pour mener l’enquête.

Costa-Gavras a choisi de nous montrer cet accident et de nous faire voir qu’il s’agissait d’un attentat prémédité. Ainsi, pour nous, spectateurs, le doute n’est pas permis. La question n’est pas de savoir ce qui s’est passé, mais si l’enquêteur arrivera au terme logique de ses investigations, ou s’il en sera empêché.
Le jeu de Trintignant est remarquable : il apparaît tout timide, effacé, discret, ce qui a sûrement justifié son choix ; il a l’air, de prime abord, d’être parfaitement influençable. Mais l’enquête fera de lui un homme inflexible.
Et cette enquête, c’est la dernière chance de sauver la démocratie. C’est un modèle de ce que doit être la justice : une enquête menée sans a priori, sans préjugés, en se basant uniquement sur les faits, et soucieuse du mot juste (comme lorsque le mot « incident » est remplacé par « assassinat »).
Z est un film remarquable, sobre, profond, efficace. Première partie d’une trilogie sur les dictatures (avec L’Aveu et État de siège, film injustement oublié), il montre avec minutie comment une démocratie peut facilement sombrer si on n’y prend pas garde. C’est un appel à chacun d’entre nous pour défendre les droits constitutionnels, être le gardien de ce qui ne doit pas être perdu.

Ζ (Costa Gavras) – Trailer

Fiche technique- Z

Réalisateur : Costa-Gavras
Scénaristes : Coasta-Gavras, Jorge Semprun, d’après le roman de Vassilis Vassilikos.
Directeur de la photographie : Raoul Coutard
Montage : Françoise Bonnot
Producteurs : Jacques Perrin, Ahmed Rachedi, Éric Schlumberger, Philippe d’Argila
Société de distribution : Valoria Films
Avec : Yves Montand (le député), Irène Papas (la femme du député), Jean-Louis Trintignant (le substitut du procureur), François Périer (Procureur), Jacques Perrin (le journaliste), Pierre Dux (général de la police), Julien Guiomar (colonel de la police), Renato Salvatori (Yago), Marcel Bozzuffi (Vago), Charles Denner (Manuel), Bernard Fresson (Matt), Jean Bouise (Georges Pirou).
Date de sortie en France : 26 février 1969.
Durée : 127’

 

Cannes Classics: Combat sans code d’honneur de Kinji Fukasaku

Combat sans code d’honneur est un film violent et satirique qui a révélé le réalisateur de Battle Royale, Kinji Fukasaku.

De Kinji Fukasaku, le public cite souvent Battle Royale mais quand on visionne Combat sans code d’honneur (Jingi Naki Tatakai / The Yakuza Papers) on reconnaît immédiatement la patte de l’auteur qui fait de la violence un spectacle et de ce spectacle un art. Le film élève Fukasaku au rang de réalisateur culte dès sa sortie en 1973, l’incitant à poursuivre dans une saga et une trilogie : Nouveau Combat sans code d’honneur.

Une vision noire de la société et de l’âme humaine :

« Fukasaku n´a jamais arrêté de travailler, de produire, de donner sa vision du cinéma, de dénoncer la société dans son ensemble, de lever le voile sur les vices, les perversités et les plus grandes déchéances de l´être humain. Toute sa vie, il a voulu aller à contre-courant d´un pays qui prône le pouvoir, la richesse, l´ambition. Toute sa vie, il a tenté de démontrer que le manichéisme n´est qu´une pure spéculation humaine, que l´homme est fondamentalement mauvais. » Otaku magazine, 2003

Né entre deux guerres, Kinji Fukasaku, de par ses mauvaises fréquentations, parvient à pénétrer le milieu des Yakuzas. Fort de cette expérience, il retiendra les codes de ces « hommes d’honneur » et en tirera des films d’une violence extrême et d’un nouveau genre : le Yakuza-eiga. Une véritable critique de la société japonaise de l’époque et de la mafia née de la misère et pourtant crainte et respectée. Une critique aussi de l’homme que Fukasaku assimile à une bête sanguinaire sans raison ni sentiments.

Avec Combat sans code d’honneur, qui dépeint le yakusa de l’après-guerre – ou plutôt ce qu’il en reste, on comprend à quel point les conditions de vie influaient sur la survie et ce à n’importe quel prix. Le début du film plante le décors et l’ambiance sombre avec l’agression d’une jeune femme sauvée de justesse par Hirono (Bunta Sugawara qui deviendra un véritable symbole au Japon), futur pilier du clan Yamamori. Pour venger un camarade, Hirono tue son agresseur et se fait arrêter. En prison, il fait la connaissance de Wakasugi, du clan Doi avec qui il s’associe en scellant le pacte par le sang. L’un après l’autre, ils rejoindront le clan Yamamori qu’ils seront les seuls à servir avec honneur, face aux hommes du clan Doi, conduisant l’un d’eux à la mort. La mort est sanglante et omniprésente tout au long du film, gratuite et sans code d’honneur.

On retiendra malgré tout une magnifique scène d’amour, belle dans la violence, envoûtante comme le serpent tatoué dans le dos de Hirono et qui ressemble étrangement à Crying Freeman.

Une satire sociale :

Dans Combat sans code d’honneur, les crimes et la haine sont traités avec froideur et légèreté. Fukasaku pousse la violence à l’extrême, jusqu’à la satire. Les personnages sont pittoresques et caricaturés, ridiculisés. On retrouve une scène très théâtrale, semblable à celle d’Indiana Jones et les aventuriers de l’Arche perdue lorsque l’ennemi s’apprête à se battre avec un sabre qu’il manie avec dextérité tandis que le héros clos le débat au pistolet.

Combat sans code d’honneur fait la critique des yakuzas à travers leurs rituels ridicules et exagérés notamment lorsque Hirono doit se couper la phalange pour laver son honneur sans toutefois en connaître le rituel. Commence alors une scène complètement burlesque où la femme du chef promet à Hirono qu’elle connait le rituel ; en fait elle lui conseille simplement de se couper le doigt en appuyant « très fort » ! Le bout de doigt est ensuite introuvable et l’ensemble du clan sort le chercher dans le jardin puis dans le poulailler où une poule commençait à le picorer ! Le comble de l’ironie survient après ce passage, lorsque le héros apprend que son acte était inutile et sa faute insignifiante.

La plupart des membres du clan Yamamori sont d’ailleurs présentés comme des couards. Au moment où les deux héros proposent d’organiser une attaque contre Doi, les autres se cherchent des excuses. L’un dit qu’il n’est « pas très en forme », l’autre se met à pleurer car sa femme est enceinte et, quand Hirono se sacrifie finalement, tout le petit monde fond en larmes. Comble du grotesque.

Mouvements saccadés de la camera qui exagèrent les scènes de violence, côté rétro des arrêts sur image et de la voix off. Tout y est et incite à la dérision. Jusqu’à la musique dramatique et enlevée de Toshiaki Tsushima, très reconnaissable puisque c’est celle que Quentin Tarentino a choisie pour une scène de Kill Bill, au moment où O-Ren Ishii entre dans le restaurant avec ses hommes.

Synopsis: Dans le Japon de 1946, les clans de yakusas se reforment, n’hésitant pas à recruter les soldats démobilisés qui traînent dans les rues. Hirono est un de ces anciens militaires qui ne sait pas quoi faire. En aidant des yakusas à éliminer un rival, il finit en prison, mais s’attire la sympathie du clan Yamamori. A sa sortie, le parrain du clan l’attend avec ses lieutenants. Hirono devient l’un des hommes les plus fidèles de Yamamori tout en entretenant des liens privilégiés avec Wakasugi, membre d’un clan rival devenu son frère de sang en prison. Mais les luttes d’influence provoquent de fortes tensions entre le clan Yamamori et le clan Wakasugi…

Combat sans code d’honneur bande annonce

Fiche technique: Combat sans code d’honneur

Année : 1973 Date de Sortie : N.C. De : Kinji Fukasaku

Avec : Bunta Sugawara, Asao Uchida, Tsunehiko Watase, Tamio Kawaji, Eiko Nakamura, Shinichiro Mikami, …

Genre : Drame Pays de production : Japon Titre VO : Jingi naki tatakai Durée : 1h40