Accueil Blog Page 752

Mon Roi, un film de Maïwenn : critique

Cinq ans après le succès de Polisse qui avait reçu le prix du Jury sous la présidence de De Niro au festival de Cannes 2011, Maïwenn revient cette année avec une histoire d’amour possessive, plus mature et plus personnelle encore.

Tony (Emmanuel Bercot), récemment divorcée, doit se réadapter à tous les niveaux après un sérieux accident de ski qui lui a brisé le ligament du genou (ce qui vaudra le jeu de mots : je-nous). Pendant sa période de convalescence, elle se remémore comment sa relation amoureuse et passionnelle avec son ex, Georgio (Vincent Cassel), a chamboulé sa vie de fille « normale ».
Une histoire de rencontre amoureuse digne d’un conte de fée, mais aussi une passion paradoxale et destructrice pour ce pervers narcissique.

Rien ne sert de courir (titre d’origine avant Mon Roi)

La mise en scène de leur rencontre est convaincante et touchante, même hilarante. Pourtant il est difficile de ne pas rendre les histoires d’amour trop niaises ou trop clichées. Ici, Georgio la prévient dès le début qu’il est « Le roi des connards ». Un charme dangereux émane de cet homme séduisant. Impudent et capricieux, il obtient tel un Prince toutes les filles qu’il veut. Et Marie-Antoinette, fille insécure, ne comprend pas son intérêt pour elle, mais se livre à lui corps et âme, sans condition.

Il était une fois … la réalité

Le récit est parfois troublant par ses flashbacks déliés. On revient à la fois sur l’évolution de leur relation mais aussi sur la destruction de l’âme à travers les maux du corps. On retrouve la même image que dans De rouille et d’os.  Dans Tony, il y a cette femme qui tente de se réadapter à la vie dans la douleur et la persévérance. Elle a souffert depuis si longtemps que la douleur est devenue sa drogue et sa manière de se sentir en vie. Comment vivre après la cicatrisation ? C’est le sujet qu’aborde le film.

Et après ? Le conte de fée qui tourne au cauchemar. La réalité rattrape les beaux rêves de Tony et Georgio. Les promesses n’étaient que mensonges et les dettes s’accumulent.
Le combat de Tony entre rêve et réalité reste le point central du film. Elle se révèle et s’illumine dans la folie d’une femme abandonnée et fragilisée émotionnellement. C’est aussi ce qui aura valu son prix d’interprétation féminine à Emmanuel Bercot.

Vincent Cassel, Roi de cœur

Quant à Vincent Cassel, il interprète avec brio ce « salaud » dont on tombe sous le charme malgré nous. Jusqu’à la fin, on croit à l’innocence de ce personnage qui n’est rien d’autre qu’un homme égoïste, insouciant et poussé par la folie des grandeurs. Son réel défaut est que, contrairement à Tony, il n’évolue pas et ne s’adapte pas aux autres. Le couple Bercot-Cassel reste explosif et merveilleux. A ses cotées, Louis Garrel impressionne de plus en plus pour ses choix de personnages. Dans Mon Roi, il joue un beau-frère protecteur et conciliant que l’on rêve d’avoir.

Film d’amour doux et amer

Malgré l’élévation durant le film du personnage de Tony, la fin reste décevante. Comme inachevée, ouverte et laissée à l’interprétation du spectateur. Pour un personnage aussi fort que Tony, la résolution aurait davantage mérité une apothéose qu’un retour à la normale des choses. Dans Mon Roi, les dialogues francs, et la mise en scène naturelle peuvent parfois ralentir le rythme, mais c’est aussi cette approche qui nous touche.

Aussi dur et bouleversant que PolisseMon Roi est une œuvre plus achevée et centrée sur ces deux personnages. Comment Tony est désarticulée pour passer d’une fille normale,  épouse passive et détruite à une femme forte et indépendante.
Alors, est-ce que cette histoire très personnelle pour Maiwenn ne révélerait pas un pan de sa propre vie?  Peu importe qui est la Reine, le conte est convaincant et blesse tout autant.

Synopsis : Tony est admise dans un centre de rééducation après une grave chute de ski. Dépendante du personnel médical et des antidouleurs, elle prend le temps de se remémorer l’histoire tumultueuse qu’elle a vécue avec Georgio. Pourquoi se sont-ils aimés ? Qui est réellement l’homme qu’elle a adoré? Comment a-t-elle pu se soumettre à cette passion étouffante et destructrice ? Pour Tony c’est une difficile reconstruction qui commence désormais, un travail corporel qui lui permettra peut-être de définitivement se libérer…

Mon Roi : Extrait du film de Maïwenn

Mon Roi : Fiche Technique

Mon Roi de Maïwenn en salles le 21 octobre 2015.
Avec : Vincent Cassel, Emmanuelle Bercot, Louis Garrel, Isild Le Besco, Marie Guillard, Norman Thavaud, Ludovic Berthillot…
Scénario : Etienne Comar et Maiwenn
Production : Alain Attal, Xavier Amblard
Photographie : Claire Mathon
Décors : Dan Weil
Montage : Simon Jacquet
Musique : Stephen Warbeck
Distribution : StudioCanal
Durée : 2h10

Être, un film de Fara Sene : Critique

Une chronique sociale éclatée mais pas éclatante
Après plusieurs courts-métrages remarqués en festival, l’ancien basketteur Fara Sene a réussi à trouver les financements pour réaliser son premier long-métrage. Assumant de prendre pour modèles les films d’Alejandro González Iñárritu (Amours Chiennes, 21 Grammes, Babel) et Collision de Paul Haggis, le jeune réalisateur a signé un film choral réunissant une dizaine de personnages qui, comme le veulent les codes du genre, vont se croiser et affronter leur destin. Cette trajectoire toute tracée par ce type de narration ultra-balisée est sans nul doute ce qui a rapidement mis fin à la mode lancée par les chefs d’œuvre susnommés il y a dix ans. Car, oui, le processus n’est plus du tout attractif : Qui a fait attention à 360, un film choral qui réunissait pas moins que Jude Law, Anthony Hopkins et Jamel Debbouze ou encore à Puzzle, le dernier Paul Haggis avec Liam Neeson? Avec des profils aussi stéréotypés que le flic au bord de la dépression, les jeunes désireux de fuir leur quotidien ou encore l’arabe tout droit sorti de prison, et une construction explosée qui empêche à chacun d’être approfondi, on ne s’étonne que Sene, désireux d’étendre son discours à une large fourchette de personnages, nous servent une chronique sociale dans laquelle il devient difficile de se reconnaître.

Un téléfilm amateur et déprimant
En dehors de Bruno Solo dans la peau du policier, l’ensemble du casting est composé d’acteurs non-professionnels. Et il en va de même pour l’équipe technique. Sous la houlette d’un metteur en scène sans réelle expérience, le résultat ne pouvait –à moins de faire face à un génie– avoir que les allures d’un film amateur. Et en effet, même si le montage alterné s’avère par moment ingénieux, avec son esthétique visuel de téléfilm de fin de soirée et son mixage sonore qui rend chaque haussement de voix inaudible, on ne peut que constater qu’Être est loin de la qualité technique d’une œuvre de cinéma. Si certains acteurs (Sophie Leboutte et Karina Testa essentiellement) sont convaincants, la plupart des jeunes comédiens ne tiennent pas la route, ce qui participe à rendre difficile l’empathie envers leurs personnages. Le parcours de chaque personnage, réduit sur 24 heures, passe par des moments aussi émouvants que prévisibles. Mais, si la fin de leur journée n’est pas forcément celle que l’on ne s’était pas empêcher de prédire, c’est parce que la morale qu’a mis Sene dans son scénario est, à l’inverse de la caractérisation des personnages, aux antipodes du genre. Là où tout long-métrage classique aurait défendu l’émancipation de ses jeunes héros et le volontarisme de leurs ainés à fuir leur routine, Être prône au contraire, à travers une succession de soi-disant happy-end parfois improbables, les valeurs familiales et le repli sur soi, ce qui au final se révèle plus triste qu’une réelle tragédie s’assumant comme telle.

Coup d’essai sans prétention, Être accumule les défauts en se construisant sur un mécanisme narratif dont on n’attend plus rien, en se basant sur un amas de clichés, en faisant confiance à une équipe artistique et technique maladroite et en distillant un message discutable. Espérons pour Fara Sene que, s’il retente l’expérience du long-métrage, il saura s’entourer de vrais professionnels et travaillera sur un scénario plus élaboré.

Synopsis : Une journée à Paris. François, est un policier aigri qui ne supporte pas plus ni son travail ni sa vie conjugale. Mohammed est un jeune repris de justice devenu garagiste et rêvant quitter sa cité. Ester est une fille vit mal son statut de fille adoptée. Christian veut abandonner son village et la boulangerie familiale dans laquelle il travaille. Une SDF erre dans les rues parisiennes. Leurs destins vont se croiser.

Être : Bande annonce

Être : Fiche Technique

Réalisation: Fara Sene
Scénario: Fara Sene et Daniel Tonachella
Interprétation : Bruno Solo, Salim Kechiouche, Benjamin Ramon, Djena Tsimba, Kevyn Diana, Karina Testa, Sophie Leboutte…
Distribution: Cinétévé
Photographie: Federico D’Ambrosio
Musique: François Petit
Décors: Damien Hamon
Montage : Véronique Lange
Production : Fabienne Servan-Schreiber, George Nicolas
Sociétés de production : Cinétévé
Genre : Drame
Durée: 85 minutes
Sortie en salles: 10 juin 2015

France – 2015

 

Maggie, un film de Henry Hobson : Critique

Les zombies sont devenus une mode à l’heure actuelle, au point même d’être aujourd’hui vidé de leur substance. Dans les années 70, là où ils ont connus leur plus forte expansion et évolution pour devenir ceux que l’on connaît aujourd’hui, ils avaient un propos symbolique.

Après la fin

Romero les avaient employés pour faire une métaphore de la société déliquescente et leur donner un impact symbolique fort. Malheureusement au fil des ans ils se sont popularisés et ne sont devenus que des accessoires de divertissement pour faire l’apologie du vide (coucou The Walking Dead) étant réduit à œuvrer dans de vulgaires nanars sans importance. Alors les questions que l’on peut se poser c’est ; est-ce que Maggie est un énième film de zombie sans importance avec Arnold Schwarzenegger en star ? Ou est-ce un film qui arrivera à réutiliser le mythe du zombie avec intelligence et originalité ?

La réponse se situe un peu entre les deux car oui Maggie est un film qui arrive à offrir au mythe du zombie une dimension symbolique assez bien trouvée mais paradoxalement il veut trop en faire et se perd dans des digressions agaçantes et loupe ses questionnements les plus pertinents le rendant au final assez anecdotique. Le film nous est vendu par un pitch simple, où un père (Arnold Schwarzenegger) tente désespérément de protéger sa fille (Abigail Breslin) atteinte d’un virus qui la transforme petit à petit en zombie. Pourtant au final ce n’est pas le cœur du film qui se trouve bien au dessus de ça, d’ailleurs la relation entre le père et la fille est éclipsée tout comme le rôle du père au final, qui ne connaît ni évolution psychologique ni dilemme fort. Le film employant pas mal de facilités scénaristiques et de clichés pour éviter les sujets les plus troubles, comme celui de l’euthanasie, et le père sera le premier à souffrir de cela, étant réduit à un personnage unidimensionnel qui peine à créer de l’émotion. Même si c’est bien la cellule familial qui est au cœur du film, celle-ci est mal exploitée et vu à travers les yeux de la fille en priorité, la vision du père est trop restreinte tout comme celle de la belle-mère (Joely Richardson). Même si ces deux visions restreintes ont un sens symboliquement parlant au sein du film cela desserre néanmoins le récit qui ne sait pas où naviguer entre drame familial, thriller sous forme de huit clos et teen movie.

D’ailleurs pour ceux qui veulent un film post apo digne de ce nom ils feraient mieux de passer leurs chemin car le film dépeint son univers avec beaucoup de pudeur, la déliquescence du monde, l’épidémie de zombie etc. Tout cela n’intéresse pas le film, ce qui fait que la partie médicale aura tendance à être trop mécanique et éclipsée ce qui enlève de la substance à l’univers du film qui devient très vite abstrait et surtout prétexte. Le film ne s’intéresse finalement qu’à une chose, la transformation. A la fois physique et psychologique, celle-ci va servir le propos du film, celui du passage à l’âge adulte. Que ce soit les symptômes, les questionnements et les prises de décisions tout cela évoque cette période charnière de l’adolescence où l’enfant que l’on était meurt pour laisser place à l’adulte que l’ont sera. Le film plus que parler de mort parle d’une certaine manière de renaissance mais de façon très pessimiste. Le monde des adultes est noir, désespéré et sans pitié, chaque décisions peut avoir des conséquences terribles et on est obligés de faire des choix que l’on n’aimera pas à avoir à prendre. C’est sur cela que se concentre le film, la fille qui s’isole, incomprise par des parents impuissants qui ne peuvent rien faire pour la protéger, l’empêcher de grandir et qui remet sa vie en cause. Tout cet aspect ce révèle vraiment intéressant même si il manque de subtilité et donne au film un charme indéniable qui le rend plus original qu’espéré. Dommage seulement que le tout manque cruellement d’émotions même si cela est sauvé par un final poignant, très fort symboliquement et qui laisse songeur.

Au milieu de tout ça le casting se trouve réduit au strict minimum mais se révèle plutôt bon que ce soit dans ses acteurs secondaires ou principaux. Au final le seul bémol de ce point de vue là sera Arnold Schwarzenegger, dont une bonne partie de la promo était centré sur lui, qui se révèle n’être que rarement convaincant dans ce rôle à contre emploi. Même si sa sobriété est louable il offre un jeu trop forcé lors de ses séquences émotions et il semble généralement déconnecté du film, de part l’écriture de son personnage mais aussi par le manque de nuance de son jeu. C’est certes son rôle le plus profond mais il n’en est jamais à la hauteur. Joely Richardson se montre elle plus intéressante et plus nuancée grâce à une belle justesse de jeu tandis que c’est véritablement Abigail Breslin qui porte le film sur ses épaules grâce à sa formidable interprétation à fleur de peau qui lui permet de passer par plusieurs émotions et de crever l’écran.
Par contre point noir pour la réalisation qui manque d’originalité, étant dans un mood arty type Sundance avec une photographie saturée qui est tantôt réussie tantôt fade selon la séquence, un montage trop linéaire et parfois hésitant sur les flashbacks et une bande sonore peu inspirée. Pour la mise en scène d’Henry Hobson, là aussi ce n’est pas fameux, on ressent beaucoup trop les influences, Terrence Malick en tête, et il abuse des gros plans et d’effets de zoom/dézoome qui deviennent franchement agaçants. Globalement la mise en scène manque vraiment d’identité et se montre assez fade notamment dans ses molles tentatives de créer le suspense et une tendance à l’apitoiement qui enlève de la force au propos.
Maggie n’est donc ni un mauvais film ni un bon mais il s’impose quand même comme une tentative ratée, car comme tout premier long métrage il veut trop en faire et se disperse dans des digressions inutiles qui diluent la force initiale du projet. Reste que l’expérience est plutôt convenable, Maggie dispose d’un charme indéniable et soulève des interrogations pertinentes et passionnantes si on s’intéresse avant tout à la fonction symbolique de l’œuvre. Par contre si vous allez voir ce film pour voir un film de zombie ou même pour voir un Schwarzenegger autant vous prévenir que vous serez déçu.

Synopsis : Un père fait tout pour sauver sa fille, une adolescente qui, infectée par un virus, se transforme progressivement en zombie.

Maggie: Bande Annonce VOST

Maggie: Fiche Technique

États-Unis, Suisse – 2014
Réalisation: Henry Hobson
Scénario: John Scott 3
Image: Lukas Ettlin
Décor: Gabor Norman
Costume: Claire Breaux
Montage: Jane Rizzo
Musique: David Wingo
Producteur: Colin Bates, Joey Tufaro, Matthew Baer, Bill Johnson, Ara Keshishian, Trevor Kaufman, Arnold Schwarzenegger, Pierre-Ange Le Pogam
Production: Gold Star Films, Matt Baer Films, Sly Predator
Interprétation: Arnold Schwarzenegger (Wade), Abigail Breslin (Maggie), Joely Richardson (Caroline), J.D. Evermore (Holt)…
Distributeur: Metropolitan FilmExport
Date de sortie: 27 mai 2015
Durée: 1h35

Rétro J. Audiard : De Rouille Et d’Os – Critique

Voir un Jacques Audiard, c’est savoir que l’on s’attelle à une expérience à la fois physique et mentale. La souffrance la plus profonde de l’être humain est filmée comme une déclaration d’amour au corps à corps, au désaccord qui finit par s’accorder.

Comme Un Insecte Sur Le Dos

Déjà dans des titres comme Regarde les hommes tomber ou dans des récits comme celui du film De Battre mon cœur s’est arrêté, quelque chose flanchait, ne fonctionnait plus, un engrenage se mettait en route. Les hommes d’Audiard sont un peu tous les mêmes des ? types perdus, remplis d’une violence souvent incontrôlable, des hommes crus et peu habiles avec les femmes qui crachent leur haine et leur inaptitude à la vie d’une manière sanglante, brutale, animale. Mais il y a quelque chose d’infiniment sensible qui les sauve, comme le cinéma sauve certainement cet homme discret qui a réalisé seulement six films en douze ans.  Les êtres sont en explosion permanente, perdus, enfermés, en décomposition et la caméra les traques au plus près, sans relâche. Audiard ose tout et va toujours jusqu’au bout, même du plus dur, du plus irregardable…

« Je suis le corps à corps, l’accord, le désaccord »

Dans De rouille et d’os, adapté du recueil de nouvelles de Craig Davidson, « Un goût de rouille et d’os », Audiard suit le parcours de Stéphanie (enfin un beau rôle pour Marion Cotillard), une femme détruite au plus profond et qui se reconstruit aux côtés d’un homme en pleine perte de ses moyens. L’électrochoc est le moyen, toujours radical, de revenir à la surface. Audiard prend quelques libertés par rapport au récit initial dont il s’inspire. Il filme avant tout des personnages et une brutalité. On la retrouve d’abord dans des combats d’hommes aussi violents que des combats de bouledogues. Mais le réalisateur décrit également la violence du monde de l’entreprise (avec la sœur d’Ali) où le salarié n’a plus d’intimité, n’est qu’au service de la grande enseigne. Pas d’amour promis, pas de sentiments mièvres, ici nos deux amants « baisent », quand l’homme est « opé » juste pour voir si « ça fonctionne toujours » pour Stéphanie après l’accident qui lui a coûté ses deux jambes. Il y a peu ou pas de misérabilisme car les personnages sont tout de même obligés d’avancer, de se donner à fond, ils n’ont pas d’autre choix que de continuer à  vivre et n’ont pas pitié les uns des autres.  Les regards bienveillants viennent de personnages alentours qui gravitent autour de Stéphanie, comme cette amie interprétée tout en regard par Céline Sallette, à la sortie de l’hôpital ou dans le lègue d’une garde robe – symbole de la vie d’avant.

Un enfant, seul mirage d’une vie rangée, devient le symbole d’un combat vers l’apaisement. Le dos d’Ali, superbe Matthias Schoenaerts, le supporte aussi bien qu’il portera Stéphanie vers la mer.  Car le film est aussi une belle et intense histoire d’amour, sans romance. Les personnages d’Audiard sont ainsi comme des « insectes sur le dos » (la phrase est de Bashung) qui tentent en vain de se retourner, se cherchant dans la violence, avant qu’avec « délicatesse » (Stéphanie y tient) une main ne vienne les retourner pour que, peut-être, enfin il puisse se relever. Audiard, avec ses personnages, va ici jusqu’aux limites de la violence, dans le plus profond de la déchirure de l’être. On ne sait jamais où l’on va, ni pourquoi l’on y va, mais cela reste une expérience intense, totale servie par une mise en scène impeccable et une esthétique rare baignée de lumière même quand le sang coule. Le corps est mis à rude épreuve, mais il est aussi cajolé pour du cinéma qui bouleverse, renverse et change le regard de la première à la dernière image

Synopsis : Ça commence dans le Nord.  Ali se retrouve avec Sam, 5 ans, sur les bras. C’est son fils, il le connaît à peine. Sans domicile, sans argent et sans amis, Ali trouve refuge chez sa sœur à Antibes. A la suite d’une bagarre dans une boîte de nuit, son destin croise celui de Stéphanie. C’est une princesse. Tout les oppose. Il faudra que sa vie tourne au drame pour qu’un coup de téléphone dans la nuit les réunisse à nouveau. 

Découvrez la bande annonce du film De rouille et d’os

 Fiche technique – De rouille et d’os

France – 17 mai 2012
Réalisateur : Jacques Audiard
Scénario : Jacques Audiard et Thomas Bidegain d’après l’oeuvre de Craig Davindson
Interprètes : Marion Cotillard (Stéphanie), Matthias Schoenaerts (Ali), Armand Verdure (Sam), Corine Masiero (Anna), Bouli Lanners (Martial)
Compositeur : Alexandre Desplat
Directeur de la photographie : Stéphane Fontaine
Montage : Juliette Welfling

Rétro J. Audiard: Un Prophète – Critique

Jacques Audiard explore le réel et, sans chercher à l’embellir, il tente non seulement de le sortir de son ordinaire, mais aussi d’en faire quelque chose de cinématographique. Son cinéma, s’il est « romancé » pour ne pas être perçu comme documentaire, ne s’encombre pas des fioritures habituelles de films éloignés d’un quotidien qu’ils jugent trop pragmatique. Avec Un Prophète, il tente l’approche la plus honnête possible de l’univers carcéral, de ses us et coutumes, de sa population et surtout, de cette violence qui au fond, repose sur les mêmes ressorts que le reste de la société.

Microcosmos

Un Prophète est donc la dissection de la prison, une plongée suffocante et oppressante, dans un monde où la vie est en perpétuel sursis. Dans un univers où la réinsertion n’est qu’une affirmation clientéliste des politiques, tant on y semble prisonnier d’un infernal cercle vicieux. Pourtant, Audiard y découvre des bribes d’espoir, que représentent ceux qui vous attendent dehors, que représente la perspective d’une sortie. Mais ce qu’il montre surtout, c’est à quel point la prison est un endroit qui reproduit les pires aspects de nos sociétés dites civilisées, sans espoir pour l’humanité. Tout y est communautarisme, corporatisme et pouvoir qui engendre la corruption des corps et des esprits. Ce qui n’est en fait, que l’usage de tous les leviers qu’offre notre modèle de vie en société, aux seules fins d’accession au pouvoir et par là, de « réussite sociale ».

Réussir à tout prix

De ce point de vue, le personnage de Malik est exemplaire et ressemble beaucoup à ce que les médias égrainent, quand ils parlent de récidive. Entré en prison en tant que « petite frappe », pour une peine « légère » de six ans fermes, son embrigadement par le « clan des Corses » va l’amener de force, puis de gré, à voir plus grand. Mais aussi à commettre plus grave, animé par une volonté toujours plus féroce de prendre le pouvoir à travers son « clan des Arabes ». Ce personnage de Malik est extrêmement symbolique de nous tous, citoyens soumis aux lois implicites de nos sociétés, ne valorisant que la réussite à tout crin. Malik n’est finalement pas bien différent de ces hommes d’affaires condamnés pour fraude, détournement ou corruption. Pas bien différent de ces entreprises dont l’activité tue et qui s’en accommodent. Tout bien pesé il fait beaucoup, avec le peu de moyens qu’on lui donne. Il sera mieux considéré, mieux payé que n’importe quel ouvrier à la chaîne qui s’acharne jour et nuit pour une misérable pitance.

L’art de Tahar

Quelle est la frontière entre Malik et son interprète, Tahar Rahim (Gibraltar, Samba) ? On l’imagine ténue. Non pas qu’on soupçonne l’acteur d’un passé comme celui de Malik, mais parce-que rarement comédien aura à ce point brouillé la limite entre le « je suis » et le « je joue ». Les multiples prix que lui a valu ce rôle, s’ils ressemblent à un hold-up tant ils sont légion, sont certainement très proches de la réaction spontanée de jurés, estomaqués par un jeu bien évidemment habité, mais surtout vécu par son interprète. Lui avoir associé le monstre Niels Arestrup (Cheval De Guerre, Diplomatie), talent incontestable du Septième Art, permet non seulement de trouver un équilibre dans une sorte de buddie-movie cannibale dénué d’humour, mais aussi de renforcer le côté initiatique du film, en le provoquant même entre les deux acteurs.

Filmer la prison

On sait Jacques Audiard excellent directeur d’acteur, il a le même talent de mise en scène. Talent indispensable lorsqu’on filme la prison, univers d’une monotonie infinie, où tout se ressemble, des couleurs monochromes à la forme des pièces. Quel que soit le lieu où l’on est, on y retrouve quatre murs sales et gris agrémentés de barreaux, symboles accablants de la privation de liberté. Face à ce lieu mort sa caméra est vivante, avide des corps. Montrant sans jamais chercher à démontrer, dans un délicat exercice de pragmatisme, où les faits que l’on montre importent plus que les preuves qui démontrent, Jacques Audiard apparaît, autant que nous, spectateur d’un univers qu’il semble découvrir.

Jacques le darwiniste

Un Prophète est la découverte de l’enfer, celui de la saleté, de la sous-humanité, de l’humiliation comme mode de communication. Un univers où le salut ne vient que par la sortie ou la lutte. Un monde où la « réussite » est un impératif violent, sous peine de mort. C’est un spectacle âpre et sombre auquel Jacques Audiard assiste, un violent coup de pied dans les entrailles qu’il nous donne. Nos idées se brouillent, le malaise et très fort face au fatalisme qu’il suggère. Cette prison telle qu’il la filme ressemble à un négatif où, alors que plus que partout ailleurs l’ordre et la morale devraient s’appliquer, c’est la loi du plus fort (en gueule ?) qui règne. Pas l’anarchie, mais une sorte de microcosme qui s’auto-alimente des nouveaux détenus. Darwin réinventé en somme, puisque c’est une forme de sélection naturelle qui semble régner.

Synopsis : Malik est un petit délinquant, qui débarque pour la première fois en prison pour six ans ferme, persuadé qu’il saura gérer. Embrigadé de force par les indépendantistes Corses de la prison, il va suivre malgré lui un chemin initiatique qui le mènera au bout de son humanité.

Un Prophète : Bande Annonce

Fiche Technique : Un Prophète

Réalisation : Jacques Audiard
Scénario : Jacques Audiard, Thomas Bidegain, Nicolas Peufaillit & Abdel Raouf Dafri
Distribution : Tahar Rahim, Niels Arestrup, Adel Bencherif, Hichem Yacoubi, Reda Kateb & Jean-Philippe Ricci
Musique : Alexandre Desplat
Musique additionnelle : Sigur Rós
Décors : Michel Barthélémy
Montage : Juliette Welfling
Producteurs : Pascal Caucheteux, Marco Cherqui & Grégoire Sorlat
Société de distribution : Celluloïd Distribution
Genre : Drame
Durée : 149 minutes
Date de sortie: 26 août 2009

France – 2009

Marguerite et Julien, un film de Valérie Donzelli : Critique

Le cinéma français appréciait Valérie Donzelli. Après La Reine des Pommes et la consécration ultime pour La Guerre est Déclarée, son nom se retrouvait sur toutes les lèvres. Les plus enthousiastes mentionnaient déjà l’émergence d’une nouvelle gamme de cinéastes dont Valérie Donzelli n’aurait été que le premier soldat.

Les plus féministes allant jusqu’à scander son nom avec fierté pour brosser le portrait d’un nouveau d’un cinéma de femmes. Valérie Donzelli avait tout d’une grande cinéaste en puissance avec sa singularité impertinente et la récurrence de thèmes intimement personnels. Quelques années plus tard, il faut reconnaître que le revers de la médaille est plutôt sévère. D’aucuns iront jusqu’à la considérer comme une artiste à l’ego démesuré, faussement cool et se donnant des airs de cinéaste contemporaine branchée. Si l’on fait abstraction de ces critiques, il serait malhonnête de ne pas reconnaître l’amour incommensurable que Donzelli porte à l’époque de la Nouvelle Vague. Elle n’a jamais caché avoir été influencée par l’onirique Jacques Demy et le grand François Truffaut. Ce n’est finalement pas si étonnant qu’elle s’approprie un matériau initialement promis à Truffaut. Le scénario de Marguerite et Julien est l’occasion pour la cinéaste de poursuivre une filmographie -somme toute logique- régie par un thème commun, celui-là même de l’amour impossible qui parcourt sa filmographie depuis La Reine des Pommes. A l’annonce de la sélection officielle du Festival de Cannes, la présence de cinéastes françaises à Cannes -qui plus est en compétition pour certaines- avait été amplement saluée. Valérie Donzelli avec son film incestueux pop, Maïwenn sur la chute intimiste d’un couple brûlant, Emmanuelle Bercot et son drame social poignant, Alice Winocour captant les conséquences du traumatisme après-guerre et enfin Agnès Varda honorablement récompensée d’une Palme d’honneur. Cette année enfin, les femmes du cinéma français prenaient le pouvoir à Cannes. Malheureusement, les critiques et festivaliers en ont décidé autrement et ce qui aurait pu s’avérer être une édition symbolique s’est finalement transformée en un douloureux rejet critique envers les films de cinéastes autrefois appréciées. Si Bercot a plutôt fait l’unanimité en ouverture, Winocour n’a pas laissé une impression impérissable et un vent de critique a violemment soufflé sur les films de Donzelli et Maïwenn. Prétention pour certains, inaboutissement pour d’autres, ratage complet pour quelques exigeants butés. Les deux cinéastes françaises en compétition ont subi le contrecoup d’un festival qui s’annonçait pourtant sous le signe de la prise du pouvoir féminin. Mais finalement, n’est-ce-pas là le signe de réalisatrices qui s’opposent aux standards et au diktat d’une critique formatée ? Et si ces films amochés par la presse étaient finalement le reflet d’une autre manière de faire du cinéma qui -pour certains- n’est pas encore à même de faire l’unanimité ? Faut-il rappeler que certains grands cinéastes ont d’abord été l’objet de violentes critiques avant d’être réhabilités ? Avant d’avoir le recul nécessaire pour juger ces films, il convient de nuancer les propos précipités de la critique envers ces films, en l’occurrence ici celui de Marguerite et Julien. Car le film de Valérie Donzelli est une proposition de cinéma pop, irrévérencieuse et singulière qui vaut bien quelques louanges.

Ils ne nous ont pas compris

Il y a plus de quarante ans, Jean Gruault, l’un des scénaristes les plus en vogues de la Nouvelle Vague, écrivait le scénario de ce qui devait être un grand film romanesque et passionnel adapté de l’histoire de Julien etMarguerite de Ravalet. A cette époque, Gruault avait déjà travaillé avec Rivette, Rossellini ou Godard mais c’est à François Truffaut qu’il remet le scénario. Il avait déjà collaboré deux fois avec lui, notamment sur L’Enfant sauvage. Après un premier jet qui l’enthousiasme particulièrement, Truffaut refuse finalement le matériau narratif de Gruault, prétextant la tendance actuelle au thème de l’inceste. S’ils continueront tout de même à travailler main dans la main, le scénario tomba dans les limbes des écrits mort-nés. Du moins jusqu’à ce que Valérie Donzelli s’en mêle. Lorsqu’elle reçoit en cadeau une édition littéraire du scénario de Gruault, elle sent que l’objet qu’elle tient entre les mains peut rapidement devenir un matériau cinématographique formidable. Qui plus est,il reprend son thème de prédilection, celui de l’amour impossible. Avec cette adaptation, Valérie Donzelli fait de Marguerite et Julien un film que certains cinéphiles trouveront singulier, tandis que les moins hermétiques à l’univers de la cinéaste considéreront le film comme un objet insensé, n’ayant nullement sa place en compétition à Cannes. Ce qui s’avère intéressant dans le parcours de ces amants frère et sœur, c’est que Valérie Donzelli fait le choix de le traiter comme un conte désenchanté, une sorte de récit intemporel qui trouve sa particularité dans la présence d’anachronismes discrets mais permanents. Se déroulant au XVIIème siècle, il n’est pas impossible d’y voir des postes de télévision, des yo-yos ou même des hélicoptères. Elle ignore volontairement les conventions de l’époque pour accentuer l’aspect universel de cet amour maudit. Ce n’est pas un plaidoyer pour l’inceste, loin de là. Il s’agit simplement de la déclaration -peut-être un peu naïve- d’une cinéaste qui croît que l’amour ne doit pas être freiné par des barrières. Et malgré cette naïveté apparente, c’est le récit le plus noir de Valérie Donzelli. Aucun salut n’attend les deux amants.

La présence de Jérémie Elkaïm au casting n’est pas une surprise. Elle est même une évidence pour Valérie Donzelli. Présent dans tous ses films, il est d’abord sa muse avant d’être son ancien compagnon, son collègue de travail ou le père de ses enfants. Mais l’acteur est peut-être encore plus mal-aimé que les films de Donzelli. Il faut dire que la prestation de Jérémie Elkaïm dans Marguerite et Julien n’arrive jamais à trouver la justesse entre l’hyperexpressivité et la nonchalance. Valérie Donzelli use d’artifices pour le rendre séduisant, notamment cette séquence dispensable où il coupe du bois torse-nue, affichant fièrement un récent et rigoureux entraînement physique. Une scène bien laborieuse puisqu’en dehors d’une éventuelle attirance physique, l’acteur véhicule mal l’idée d’une passion folle chez ces deux amants. A ses côtés, Anaïs Demoustier s’en sort un peu mieux et, du haut de ses vingt-sept ans, elle apporte un visage anodin, délicat et enfantin à ce joli brin de fille dans un corps de femme. Dictée par une complicité conservée depuis la plus tendre enfance, cet amour répréhensible est malheureusement bien mal retranscrit à l’écran. Rares sont les séquences où l’on puisse croire que Marguerite puisse autant aimer son frère, apparaissant souvent froid et distant. C’est peut-être  bien ce que l’on pourra reprocher le plus au film. Ce manque de flamme et de fusion entre ces deux amants. Certaines séquences peinent à nous convaincre quand bien même d’autres arrivent à susciter quelques réactions enthousiastes. Les séquences où les deux frères et sœurs -devenus adultes- jouent avec leurs corps dans un grenier illustrent cette passion mutuelle restée intacte depuis l’enfance. Ou bien ce rapport bestial en pleine forêt, laissant imaginer qu’au-delà de leur complicité, leur amour touche une bestialité primaire au contact des corps dans une nature vierge de toute convention. C’est d’autant plus dommage que cette passion manque de chair alors que Valérie Donzelli épate par son audace formelle. Le cinéma donzellien magnifie avec brio cette romance réprouvée. L’imagerie touche parfois au sublime dans cette représentation d’une époque anachronique, même si certains partis-pris virent au grotesque (les plans arrêtés). Les qualificatifs de la presse n’ont pas manqué d’évoquer une proposition de cinéma punk. Marguerite et Julien est davantage un film qui revendique la singularité par un lyrisme, un ton pop assumé et quelques bonnes trouvailles de mise en scène.  On pourra discuter longtemps de savoir si Marguerite et Julien méritait d’être en compétition mais il faut reconnaître que le cinéma offre trop rarement de telles démonstrations formelles pour ne pas avoir les honneurs d’une sélection à Cannes.

Si Marguerite et Julien est un film qui manque cruellement de flamme et d’ivresse, Valérie Donzelli offre néanmoins une vision qu’aucun autre n’aurait pu imaginer. Ce qui aurait pu s’avérer n’être qu’une romance dégradante sur fond de film de costumes trouve alors sa réussite dans l’expression et la liberté d’une cinéaste pop et candide. Le film ne tient pas la route sur la longueur, la faute à une passion manquant de chair, mais l’atmosphère séduisante du film nous maintient en haleine et offre un final d’une beauté macabre sublime. Avec ces qualités, on a envie de sauver le soldat Donzelli, celui-là même qui avait déclaré la guerre à Cannes quatre ans plus tôt. A peine présenté en compétition officielle et victime d’un acharnement médiatique précipité, Marguerite et Julien mérite déjà d’être réhabilité. Ce conte désenchanté mêle la fantaisie au drame avec une sensibilité touchante. La photographie envoûtante de Céline Bozon et les bonnes idées du film nous transportent totalement. A la fin du générique, on pourra seulement regretter l’absence d’une substance indispensable à cette romance interdite, la passion.

Synopsis: Julien et Marguerite de Ravalet, fils et fille du seigneur de Tourlaville, s’aiment d’un amour tendre depuis leur enfance. Mais en grandissant, leur tendresse se mue en passion dévorante. Leur aventure scandalise la société qui les pourchasse. Incapables de résister à leurs sentiments, ils doivent fuir…

Marguerite  & Julien – Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=kh7MFlUFECM

Auteur de la critique : Kévin List

Fiche Technique: Marguerite et Julien

France
Genre: Drame, romance
Durée: 110min
Sortie en salles le 02 décembre 2015

Réalisation: Valérie Donzelli
Scénario: Jérémie Elkaïm et Valérie Donzelli, d’après l’œuvre de Jean Gruault
Distribution : Anaïs Demoustier (Marguerite de Ravalet), Jérémie Elkaïm (Julien de Ravalet), Frédéric Pierrot (Monsieur de Ravalet), Aurélia Petit (Madame de Ravalet), Raoul Fernandez (Lefèvbre), Catherine Mouchet (Servante), Bastien Bouillon (Frère Ravalet), Sami Frey (Évêque), Géraldine Chaplin (la Mère de Lefèbvre)
Photographie : Céline Bozon
Décors : NR
Costume: Elisabeth Mehu
Montage: Pauline Gaillard
Musique : Steve Bouyer, Nicolas Duport, Pascal Mayer
Producteurs : Alice Girard, Genevieve Lemal, Edouard Weil
Sociétés de Production: Rectangle Production
Distributeur: Wild Bunch Distribution
Budget : environ 6 000 000 €
Festival: Compétition Officielle au Festival de Cannes 2015

Burying the Ex : Ashley Greene en zombie !

Burying the Ex, la nouvelle comédie horrifique de Joe Dante avec Ashley Greene et Anton Yelchin :

Synopsis : Lorsque Max (Anton Yelchin), qui a tout du gentil garçon, s’installe avec sa petite amie Evelyn (Ashley Greene), le comportement de celle-ci change du tout au tout. La jeune femme se révèle être une manipulatrice, maniaque du contrôle que Max a du mal à quitter jusqu’au jour où un accident de voiture la lui enlève. C’est ainsi qu’il devient célibataire et rencontre la fille de ses rêves, Olivia (Alexandra Daddario). Mais Evelyn revient d’outre-tombe, bien déterminée à récupérer Max, même s’il faut pour cela le transformer en zombie.

Ashley Greene (Shangri-La Suite, The Apparition, Twilight saga) semble abonnée aux rôles de « morts-vivants » : après sa prestation en tant que vampire dans la saga Twilight, l’actrice incarnera une zombie un peu envahissante dans la prochaine comédie horrifique du réalisateur Joe Dante (The Hole, Gremlins et une participation à Witches of East End) : Burying the Ex (Enterrer l’Ex). On y retrouve d’ailleurs un acteur féru des films du genre, Anton Yelchin (Odd Thomas contre les créatures de l’ombre, Fright Night) ainsi qu’Alexandra Daddario (True Detective, San Andreas).

Burying the Ex est inspiré du court métrage du même nom, de Alan Trezza. C’est une comédie sardonique à l’humour noir orchestrée par le talentueux Joe Dante et produite par Frankie Lindquist (The Dark Knight, Wanted), Mary Cybriwsy (Braquage à l’Anglaise, Midnight Man), Carl Effenson (A Year in Mooring, Some Pace Better than Here), Kyle Tekiela (A sister’s call) and Alan Trezza lui-même. Burying the Ex est une vraie Zom Com (zombie comedy) au féminin dans la lignée de Shaun of the dead et de Warm Bodies.

La bande-annonce du film Burying the Ex vient tout juste de paraître et nous offre un spectacle alléchant, déjanté et morbide à souhait en attendant la sortie prévue pour le 19 juin aux USA dans les salles et en DVD. Avis aux amateurs !

Burying the Ex: Bande-annonce

Rétro J. Audiard: De Battre Mon Cœur s’Est Arrêté – Critique

En France, seuls les fans de Harvey Keitel doivent pouvoir se targuer de connaitre le film de James Toback Mélodie Pour Un Tueur (Fingers en V.O.), dans lequel l’acteur incarnait un jeune gangster, proche de son rôle dans Mean Street, qui entrera au service de la mafia en tant que tueur et s’éloignera de fait de sa passion d’origine, le piano.

Synopsis : Tom est un jeune agent immobilier véreux, ou plutôt un arnaqueur aux méthodes violentes, constamment accompagné de ses deux complices. C’est en suivant les traces de son père que Tom en est venu à cette carrière de petite frappe qui semble loin de réjouir. Tandis que son père continue de se servir de lui pour accomplir ses basses besognes, Tom tombe par hasard sur l’ancien imprésario de sa mère pianiste. Il décide alors de reprendre des cours de musique et de passer le concours d’entrée au Conservatoire.

Le remake personnel d’un film qui méritait d’être redécouvert

Plus d’un quart de siècle plus tard, Jacques Audiard décide de faire de son quatrième long-métrage, le remake de ce film qu’il considère comme un « chef œuvre de la queue de la comète du Nouvel Hollywood » et refait appel, pour une seconde fois après Sur mes Lèvres, à Tonino Benacquista en guise de coscénariste. En lieu et place d’Harvey Keitel, Audiard fait appel à l’acteur fétiche de Cédric Klapish et Tony Gatlif, Romain Duris. Mais la véritable différence entre le film de 1978 et celui de 2005, qui emprunte son titre à une phrase de la chanson La Fille du Père Noël de Jacques Dutronc, vient du parcours du personnage principal, qui ici ne va pas abandonner le piano au profit d’une vie de malfrat, mais va au contraire vivre une rédemption via des cours de piano, qui va s’accompagner d’une rupture avec un héritage paternel pesant. Ne pas y voir une allégorie de la carrière d’un homme voulait être perçu comme quelqu’un d’autre que « le fils de Michel Audiard » serait bien naïf.

Un casting irréprochable mais un scénario un peu bancal

En dehors d’Emmanuelle Devos, déjà au cœur de Sur Mes Lèvres et ici au centre d’une des (trop nombreuses) sous-intrigues, Jacques Audiard renouvelle son casting et réussit à prouver ce qui était déjà vrai dans ses premiers films mais pas encore à ce point frappant, qu’il est un directeur d’acteurs de talent. Les premières minutes du film, qui nous font suivre les exactions de Tom et ses compères sont clairement les plus intéressantes du film, au point qu’en les revoyant on regretterait presque de ne pas avoir eu droit à un film entier sur ces gangsters de l’immobilier, dont le scénario approfondirait les méandres de cette économie souterraine et ces méthodes d’expulsions de squatteurs à coups de barres de fer. Mais rapidement, l’enjeu principal du film devient la dualité de l’héritage de Tom, coincé entre la violence paternelle et la passion musicale maternelle. Ce manichéisme sexiste et lourdaud, va se retrouver dans l’opposition entre ces scènes de descentes musclées entre hommes, et la délicatesse des leçons de piano que Tom va suivre en compagnie d’une jeune asiatique qui ne parle pas un mot de français. Dans ce rôle, retrouver Linh-Dan Pham que l’on n’avait plus revu depuis Indochine 15 ans plus tôt est une autre preuve de la capacité qu’a Jacques Audiard de savoir s’entourer de comédiens talentueux et de tirer le meilleur d’eux. Mais les scènes de leçons de piano en elles-mêmes sont si pataudes et déjà vues, que l’on aurait presque pu s’en passer. À côté de ça, les sous-intrigues et les personnages secondaires se multiplient sans jamais être pleinement exploités, notamment cette histoire de jalousie et de vengeance incluant la mafia russe, qui est à peine évoquée alors qu’elle tient une place importante dans la dramaturgie ou, pire encore, la relation qu’entretient Tom et la fille interprétée par Aure Atika qui est purement anecdotique.

Une maîtrise de la caméra qui nous plonge dans l’intériorité de son personnage

En plus de ses acteurs bien dirigés, la force de De battre mon cœur s’est arrêté est clairement sa mise en scène. Peut-être même la plus maitrisée à ce jour dans la filmographie de Jacques Audiard. En suivant au plus près le personnage de Tom avec une caméra à l’épaule nerveuse, le réalisateur enferme son personnage dans un cadre qui nous fait partager sa lutte interne. Ce processus filmique, à mi-chemin entre Taxi Driver et Rosetta des frères Dardenne, ne connaîtra ses rares baisses de rythme que dans les égarements narratifs du scénario, décidément très préjudiciables. La virtuosité des plans-séquences apporte au long-métrage des passages qui jonglent harmonieusement entre une brutalité en forme d’uppercut et une délicatesse apaisante. Le tout est de plus sublimé par la qualité des images que lui fournit par Stéphane Fontaine. C’est d’ailleurs le fait d’avoir entamé une collaboration avec ce chef opérateur qui marque la rupture stylistique entre les trois premiers films de Jacques Audiard, visuellement très mornes, et celui-ci qui révéla enfin sa qualité de cinéaste remarquable.

En résumé, De battre mon cœur s’est arrêté, est un film qui ne méritait clairement pas ses 8 césars, d’autant que Romain Duris n’a pas été récompensé alors qu’il trouvait là ce qui était sans doute le meilleur rôle de sa carrière. Le parcours convenu de son personnage et la sous-exploitation des personnages secondaires empêchent de développer le potentiel émotionnel de cette histoire de rupture filiale et d’émancipation artistique, deux thématiques éminemment autobiographiques. Et pourtant, le long-métrage est filmé et interprété avec un tel panache que, à défaut de nous émouvoir, il reste une réussite formelle au pouvoir immersif imparable.

De battre mon cœur s’est arrêté : Bande-annonce

 De battre mon cœur s’est arrêté: Fiche Technique

Réalisation: Jacques Audiard
Scénario: Tonino Benacquista & Jacques Audiard
Interprétation: Romain Duris, Niels Arstrup, Emmanuelle Devos, Mélanie Laurent, Aure Atika, Linh Dan Pham…
Photographie: Stéphane Fontaine
Musique: Alexandre Desplat
Décors: François Emmanuelli
Société de distribution: U.G.C.
Budget: 5 300 000 euros
Genre : Drame
Durée: 107 minutes
Date de sortie : 16 mars 2005

France-2005

Ascenseur pour l’échafaud, un film de Louis Malle : critique

Louis Malle fait son entrée dans la nouvelle vague avec Ascenseur pour l’échafaud, un polar classieux interprété par une Jeanne Moreau sublime, déambulant dans un Paris nocturne sur des airs de Jazz de Miles Davis.

Synopsis : Julien Tavernier tue son patron, Simon Carala, en faisant croire à un suicide. Mais il se retrouve bloqué pour le weekend dans l’ascenseur en panne.

Les codes du film noir

Ascenseur pour l’échafaud est visiblement très inspiré du film noir américain. Un crime, des meurtriers plus importants que les policiers (qu’on ne voit que très peu), peu d’actions mais une tension permanente qui permet au cinéaste de dresser des portraits psychologiques et d’insister sur une ambiance essentiellement nocturne : les codes du genre sont tous là. Et pourtant, Louis Malle s’amuse à détourner ces codes. Le travail le plus fascinant est celui concernant la femme fatale. Florence Carala (Jeanne Moreau) apparaît, au départ, plus comme une victime des circonstances. Cependant, l’ambiguïté sur son rôle exact dans l’affaire la place dans un statut très particulier. De même, le film joue sur des ambiances différentes : le suspense, la mélancolie de Florence déambulant dans les rues parisiennes, et même l’humour représenté par le substitut (Hubert Deschamps), un peu ridicule et imbu de sa propre personne.

Gestes et regards

La mise en scène de Louis Malle est très sobre. Elle privilégie les silences, qui permettent d’augmenter la tension dramatique. De plus, le cinéaste accorde une attention particulière aux moindres gestes, aux regards, aux petits détails. Ainsi, la scène de l’assassinat de Carala est un modèle du genre. Le silence pesant accroît l’ambiance tendue et la voix grave de Carala apparaît alors comme une agression. Chaque bruit, chaque geste est significatif. La précision de la mise en scène est remarquable. De même, lorsque Julien Tavernier (Maurice Ronet, admirable) arrive au bar pour téléphoner, les regards des clients suffisent à comprendre quelle est la situation. Le film se passe bien de longs discours. Heureusement, d’ailleurs, parce que les dialogues, écrits par le romancier Roger Nimier, sont parfois lourds, en particulier les pensées de Florence que l’on retrouve en voix off. Elles n’apportent rien au film et pourraient être éliminées.

Prisonnier du décor

La réalisation insiste aussi sur les décors. Dès la scène d’ouverture, nous voyons un long travelling arrière qui va emprisonner Julien dans son immeuble de bureaux. Et ce sera sans cesse comme cela. Les images enferment les personnages principaux dans toute une série d’éléments de décors : cage d’escaliers, terrasse d’un café, etc. Le décor urbain est d’ailleurs un personnage important du film. Julien ou Florence sont souvent seuls dans un décor déshumanisé (voir le bureau où travaille Julien, avec les alignements de machines à écrire). Et quand d’autres personnages sont présents (clients d’un bar, passants…), ils représentent souvent une menace plus ou moins consciente.

Nouvelle Vague

Même si Louis Malle a toujours nié faire partie de la Nouvelle Vague, Ascenseur pour l’échafaud porte quand même les marques du mouvement. Les extérieurs sont tournés en décors naturels avec une grande liberté dans les mouvements de caméra. Un mélange de réalisme et de création cinématographique, parsemé de références aux classiques du genre, le tout placé sous la figure tutélaire d’Alfred Hitchcock, dont l’influence irradie tout le film : incontestablement nous sommes ici en présence d’un film de la Nouvelle Vague.

 Ascenseur pour l’échafaud : Bande-annonce

Ascenseur pour l’échafaud – Fiche technique

Réalisateur : Louis Malle
Scénario : Louis Malle et Roger Nimier, d’après le roman de Noël Calef
Dialogues : Roger Nimier
Décors : Rino Mondellini, Jean Mandaroux, assistés de Pierre Guffroy
Montage : Jean Trubert, assisté de Kenout Peltier et Jean-Louis Misar
Son : Raymond Gauguier
Société de production : Nouvelles Éditions de Films
Distribution : Distribution : Lux Compagnie Cinématographique de France
Avec Maurice Ronet (Julien Tavernier), Jeanne Moreau (Florence Carala), Jean Wall (Simon Carala), Georges Poujouly (Louis), Yori Bertin (Véronique), Lino Ventura (commissaire Cherrier), Hubert Deschamps (substitut).
Date de sortie : 29 janvier 1958
Durée : 91’

Titli, une chronique indienne, un film de Kanu Behl: Critique

Les dernières nouvelles en provenance de l’Inde sont plutôt bonnes. Elles nous confirment qu’il existe une autre voie pour le cinéma indien, qui serait un cinéma d’auteur véritable,  de plus pas forcément formaté pour une audience occidentale.

Synopsis: Dans la banlieue de Delhi, Titli, benjamin d’une fratrie de braqueurs de voitures, poursuit d’autres rêves que de participer aux magouilles familiales. Ses plans sont contrecarrés par ses frères, qui le marient contre son gré. Mais Titli va trouver en Neelu, sa jeune épouse, une alliée inattendue pour se libérer du poids familial….

L’effet papillon

Au-delà de l’œuvre de l’immense Satyajit Ray, ce mouvement qui nous sort de Bollywood a été par exemple illustré par un film comme Le mariage des moussons de Mira Naïr en 2001. Avec des apports plus ou moins sporadiques tout au long de la période, il s’est un peu accéléré ces derniers temps, car après le très intéressant Gangs of Wasseypur de Anurag Kashyap en 2012, même si les influences bollywoodiennes de ce film sont encore assez présentes, il y a eu le très beau Lunchbox de Ritesh Batra en 2013, et maintenant ce Titli, premier long métrage du réalisateur Kanu Behl.

Loin de tout studio, les premières images de Titli ancrent au contraire le film dans le réel, dans le béton. Devant le chantier d’un futur centre commercial aux proportions gigantesques, Titli se met à rêver. Des dizaines d’enseignes internationales dans les hauteurs, des parkings à n’en plus finir plus bas, et Titli imagine pouvoir acheter une de ces places de parking afin de s’échapper enfin de sa cauchemardesque famille. En achetant une telle concession pour 300.000 roupies, Titli pourrait définitivement assurer son avenir. Mais son rêve sera de courte durée, car au terme de péripéties peu reluisantes, il va se faire voler cet argent par des policiers.

Kanu Behl s’applique tout d’abord à dépeindre l’extrême violence de l’environnement de Titli, notamment au travers de son frère aîné qui s’est emparé d’un pouvoir laissé de côté par un père démissionnaire, que le réalisateur figure le plus souvent en arrière-plan, flou, inutile et pourtant menaçant tel l’ombre d’un inquiétant  prédateur (il est interprété très justement par Lalit Behl, le père du réalisateur qui est lui-même un acteur important du cinéma indien). Les rapports verbaux sont agressifs, et le moindre motif de désaccord avec l’entourage ou la famille est l’occasion de faire pleuvoir les coups. Dès ces scènes introductives, Kanu Behl dessine également le rôle qu’il veut donner à la femme dans son film, femme objet de tous les mépris, et pourtant solide comme un roc. Une scène montre Vikram, le fameux aîné, avec un gâteau acheté pour l’anniversaire de sa fille, un sourire arrogant aux lèvres, puis une grimace de colère dans la foulée, lorsque sa fille et sa femme ne jettent un regard ni sur lui ni sur le gâteau : la douleur est d’avoir été humilié devant la famille et les voisins, et non de ne pouvoir partager le gâteau avec sa fille…

Titli et ses deux grands frères vivent entre la rue et un logis bien peu accueillant. En l’absence d’une figure maternelle dans ce lieu, tout est vécu dans la brutalité des rapports, dans l’urgence et la précarité. L’argent manque, et les mauvaises idées pullulent. Bandits au petit pied mais non moins violents, les frères font autant horreur que pitié, pour les plus jeunes en tout cas, tant les événements les dépassent. Le réalisateur ne prend jamais parti, il explique sans justifier ni accuser, montre sans complaisance un quotidien peu glorieux qui spirale vers le bas.

Le scénario est simple, mais robuste, même si le développement sur 2 heures n’était peut-être pas nécessaire. On suit les exactions des frères, le plan fomenté par l’aîné pour empêcher que Titli sorte du giron familial, le contre-plan ourdi par Titli pour y arriver malgré tout, les péripéties d’un mariage forcé, un quasi viol nuptial comme synthèse de la coexistence d’un mariage non voulu et d’une résistance nouvelle des femmes, ainsi que de toutes les autres formes de violence de cette Inde moderne qui se cherche encore, écartelée entre une manière de penser traditionnelle et une réalité indomptée et  qui permet l’impensable, une Inde moderne et pourrie de corruption, une Inde moderne où les femmes s’émancipent, ont des amants, et où des hommes sont de manière surprenante presque ouvertement homosexuels. Les thématiques sont nombreuses, sans faire fouillis ni catalogue.

Grâce au traitement de Kanu Behl, on oublie parfois qu’on est en Inde, le côté que l’on pourrait qualifier d’ethnographique cède le pas à un vrai film de gangsters qui fait par exemple penser au Mean Streets de Martin Scorsese, nuancé et faisant la part belle à l’histoire individuelle.

Tourné en super 16 dans le but avoué de donner au film une tonalité nostalgique des films des années 70, le film a en effet ce grain particulier d’un film « sale » et authentique, en raccord avec la « brutalité » du propos, et qui permet en même temps de sublimer les couleurs de l’Inde, le rose des murs, le rouge des saris ; un choix idéal de pellicule et de caméra…

Les acteurs de Kanu Behl sont le plus souvent des non professionnels, mais très investis dans leur rôle. Le presque néophyte Shashank Arora qui joue le rôle de Titli, que Kanu Behl aime à filmer en gros plan,  porte au visage la tourmente permanente qui le ronge, même quand il est impliqué dans la violence. La jeune Shivani Raghuvanshi qui joue Neelu, la mariée de force, incarne idéalement la jeune femme indienne d’aujourd’hui, à mi-chemin entre la soumission et la rébellion.

Cette chronique indienne peut apparaître difficile du fait d’une violence manifeste, mais Kanu Behl a réussi à dépasser les clichés de Bollywood et offrir un film intelligent, sensible et universel.

Titli, une chronique indienne – Bande annonce

Titli, une chronique indienne: Fiche Technique

Titre original : Titli
Date de sortie : 6 Mai 2015
Réalisateur : Kanu Behl
Genre : Drame, Thriller
Année : 2014
Durée : 124 min.
Interprétation : Shashank Arora (Titli), Lalit Behl (Le père), Shivani Raghuvanshi (Neelu), Ranvir Shorey (Vikram), Amit Sial (Pradeep), Prashant Singh (Prince)
Scénario : Kanu Behl, Sharat Katariya, Olivia Stewart
Musique : Karan Gour
Photographie : Siddarth Diwan
Montage : Namrata Nao
Nationalité : Inde
Producteur : Dibakar Banerjee
Maisons de production : Dibakar Banerjee Productions
Yash Raj Films
Distribution (France) : UFO distribution

 

 

 

 

Gambit vu par Channing Tatum

Channing Tatum livre ses sentiments à propos du prochain film de la saga X-Men consacré à Gambit :

Channing Tatum (21 et 22 Jump Street, Magic Mike) se prépare à rejoindre l’univers des X-Men en reprenant le rôle de Gambit, le voleur sudiste venu de la Nouvelle-Orléans et capable de contrôler l’énergie cinétique, dans un film autonome consacré au personnage. Un rôle dont il est très fier et que Taylor Kitsch (John Carter, True Detective) incarnait dans X-Men Origins : Wolverine. Dans une interview accordée au magazine Empire, Channing Tatum exprime son affection pour le personnage de Remy LeBeau alias Gambit :

« J’adore Gambit. J’ai grandi dans le Sud ; mon père vient de Louisiane. Nous sommes allés à la Nouvelle-Orléans et j’ai appris leur dialecte. C’est tellement différent du reste des États-Unis ; ils ont leur propre culture à laquelle je me suis identifié. J’ai toujours pensé que c’était le plus réel des X-Men. C’est une sorte d’âme torturée et ce n’est pas un gentil garçon. Mais, ce n’est pas non plus un mauvais garçon. Il suit son propre chemin. Évidemment, il joue aux cartes, boit de l’alcool et il déchire en arts-martiaux. »

Channing Tatum a aussi dit quelques mots au sujet du film, révélant que celui-ci raconterait l’histoire des origines de Gambit et qu’une première version du script avait été proposée.

« Josh Zetumer vient juste de rendre la première version du scénario et c’est de la bombe. Aucun d’entre nous n’était tout-à-fait sûr de la manière dont on allait l’introduire dans le monde des X-Men mais nous allons nuancer certains aspects des films de la saga. On sera toujours dans le thème de sauver le monde (rires) mais nous allons un peu transformer les choses. On peut prendre tellement de directions. On peut s’y prendre comme pour Batman Begins ou prendre la même voie que pour Les Gardiens de la Galaxie. Tout ce que je peux vous dire, c’est que je suis super excité ! », a expliqué Channing Tatum, au comble du ravissement.

Joshua Zetumer, scénariste de la version 2014 de Robocop, a travaillé sur une version de Gambit inspirée par son célèbre créateur et celui des X-Men, Chris Claremont. La sortie du film est prévue pour le 7 octobre 2016. Dans cette attente, le personnage du mutant voleur influence déjà de nombreux fans !

 

Rétro J. Audiard: Sur Mes Lèvres – Critique

Sur Mes Lèvres est le troisième film de Jacques Audiard sorti en 2001, film qui raflera les Césars du meilleur scénario et de la meilleure actrice, pour Emmanuelle Devos. Plus que le scénario, c’est d’abord l’aspect formel qui marque : Sur Mes Lèvres cherche à retranscrire à la perfection l’univers sonore d’un malentendant, ce qu’il entend quand il enlève puis quand il remet ses appareils.

Synopsis : Carla a 35 ans : secrétaire chevronnée à la Sedim, une entreprise immobilière, elle mène une vie solitaire du fait d’un problème de surdité. Le patron décide un jour de lui trouver un assistant pour partager sa charge de travail : cet assistant, c’est Paul Angeli, ex-taulard. Très vite, Carla se prend d’affection pour lui.

Un travail remarquable sur la matière sonore

Ce jeu sur le son est à la racine même du film qui débute sur un plan serré. Sur fond de son camouflé, lointain, on voit les mains de l’héroïne prendre les appareils auditifs et les mettre. D’un coup sa perception de l’espace change, la nôtre avec : certaines sonorités sont plus appuyées que d’autres, le bruit de l’eau qui coule, d’une porte qui claque ou encore d’une page qu’on tourne. C’est avec beaucoup de justesse qu’Emmanuelle Devos interprète cette jeune femme renfermée et trop discrète, moquée de ses collègues masculins pour son look de mamie et son physique atypique. Carla a honte de son handicap, elle se lâche les cheveux pour cacher ses appareils et marche tête baissée dans les couloirs de l’entreprise, ses dossiers pressés contre sa poitrine dans l’espoir que personne ne la remarque.

Quand les opposés se rencontrent

Dès le début, les attentes du personnage sont clairement évoquées : bien plus que sa surdité, c’est sa solitude qui est son plus grand handicap. Attablée seule au réfectoire, elle regarde avec envie les couples main dans la main. L’arrivée de son nouvel assistant va changer la donne. Il s’appelle Paul Angeli, a de sérieuses allures de mauvais garçon et pour cause, il vient de sortir de prison. Blouson en cuir et cheveux gras, Angeli n’en est pas moins beau et la jeune femme est immédiatement séduite par ce bad boy sans foi ni loi. Très rapidement s’instaure une relation ambigüe entre les deux personnages qui donne toute sa force au film. La voix fluette et un brin agaçante de Devos contraste avec la virilité débordante du jeune Cassel.

Angeli entraîne Carla dans ses magouilles et compte bien profiter de sa capacité à lire sur les lèvres. Seulement, elle se révèle être aussi manipulatrice que lui : dans cette relation conflictuelle, entre attirance et chantage, Carla se mue en prédatrice.

Un scénario qui manque parfois de cohérence

L’évolution du scénario laisse parfois perplexe : comment Carla a-t-elle pu aussi rapidement passer de secrétaire coincée à femme (presque) fatale ? On aurait aussi préféré que le film ne vire pas au polar, bien qu’Olivier Gourmet soit très convaincant en voyou. L’histoire secondaire sur Masson (Olivier Perrier) est aussi inutile que lourde, son seul lien avec l’intrigue principale étant d’être le contrôleur judiciaire d’Angeli . Pour résumer, la relation Carla/Angeli aurait sans doute suffi à faire de Sur Mes Lèvres un chef-d’œuvre.

La virtuosité du film repose comme souvent sur les performances des acteurs qui parviennent à faire évoluer des personnages au départ assez caricaturaux vers une caractérisation beaucoup plus floue, où se mélangent désirs, ambition, vénalité et amour. Le couple Devos/Cassel s’est bien trouvé.

Sur Mes Lèvres : Teaser

Sur Mes Lèvres : Fiche Technique

Réalisation: Jacques Audiard
Scénario: Jacques Audiard et Tonino Benacquista
Producteurs: Christian Fechner et Hervé Truffaut
Musique: Alexandre Desplat
Photographie: Mathieu Vadepied
Montage: Juliette Welfling
Genre: Drame
Durée: 115′
Distribution: Vincent Cassel, Emmanuelle Devos, Olivier Gourmet, Olivier Perrier et Olivia Bonamy