Rétro J. Audiard: Regarde Les Hommes Tomber – Critique

Passage de témoin

Le scénariste Jacques Audiard, fils de Michel, imprime une marque indélébile dans le cinéma français dès sa première réalisation. Film noir, très noir, Regarde Les Hommes Tomber détourne les codes du genre pour mieux asseoir sa personnalité. S’inspirant directement des grands noms du cinéma noir de la fin des années 40, d’Otto Preminger à Billy Wilder, Audiard sait qu’il ne faut pas sacrifier la psychologie des personnages pour un scénario à tiroirs. La force de ce premier film ne réside pas dans son intrigue policière mais dans l’intérêt porté à ses personnages.

Johnny rencontre Marx, Simon perd Mickey, tué par Johnny. Le vide laissé par l’absence de Mickey pousse Simon à retrouver les responsables de la mort de son ami. L’apaisement trouvé grâce à Johnny, pousse Marx à le protéger. Face à ces vieux bougons qui battent en retraite, il y l’innocence de la jeunesse, celle de la danse de Mickey en pleine rue ou la naïveté enfantine de Johnny. Marx (comme Simon avec Mickey) a besoin de Johnny. En effet, ce gosse, s’il regarde les hommes tomber, c’est pour mieux les aider à se relever, allant jusqu’à risquer sa vie pour protéger son protecteur.

Avec son montage zigzaguant sans cesse entre passé et présent, sa musique envoûtante, Regarde Les Hommes Tomber ressemble à un puzzle lynchéen rendant compte de la course hypnotique de Simon à la poursuite de sa relation perdue. Jacques Audiard délaisse son intrigue policière pour s’intéresser à ce qui s’apparente de plus en plus à un triangle amoureux. Finalement, ce n’était pas la vengeance de son ami que Simon était venu chercher, mais le bonheur que lui procurait l’insouciance de Mickey.

Il est étonnant que ce soit un premier film qui s’intéresse à ces hommes proches de la retraite, désespérés par une vieillesse toujours plus grandissante, trouvant dans la jeunesse la seule possibilité d’inscrire leur héritage. Jacques Audiard pensait sans doute à son père, scénariste et réalisateur comme lui, mort quelques années plus tôt. Regarde Les Hommes Tomber est également un grand hommage rendu à deux monstres sacrés du cinéma français en fin de carrière, Jean Yanne et Jean-Louis Trintignant pour la première fois réunis à l’écran. Deux monuments mains dans la main avec le futur enfant terrible du cinéma français qui allait un an plus tard électriser le paysage cinématographique hexagonale avec La Haine.

Regarde Les Hommes Tomber symbolise le passage de témoin de Michel à Audiard. Loin de se contenter de regarder le grand homme tomber, le fils reprend le flambeau et impose à son tour une marque qui fera date dans le cinéma français.

Synopsis: Deux histoires complètement opposées vont, par la force des choses, être amenées à se croiser. D’un côté, il y a Simon Hirsch, représentant de commerce taciturne, qui cherche à tout prix à venger son seul ami, un inspecteur de police qui s’est fait tirer dessus au cours d’une enquête. De l’autre, Marx, escroc minable et vieillissant, constamment suivi par Johnny, un jeune paumé qui s’est pris d’affection pour lui et qu’il entraîne dans ses petites combines…

Extrait: Regarde Les Hommes Tomber

Fiche Technique – Regarde Les Hommes Tomber

Réalisation: Jacques Audiard
Scénario: Jacques Audiard et Alain Le Henry d’après Teri White
Production: Didier Haudepin
Montage: Juliette Welfing
Musique: Alexandre Desplat
Production: France 3 Cinéma, Bloody Mary Productions et Canal+
Durée: 95′
Distribution: Mathieu Kassovitz, Jean Yanne, Jean-Louis Trintignant, Bulle Ogier, Christine Pascal et Yvon Back.

 

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Jim Martin
Jim Martinhttps://www.lemagducine.fr/
Diplômé en Lettres, puis en Cinéma, je n'avais qu'une gageure. Celle de braver tous les pans de l'histoire du cinéma, du chef-d’œuvre intimiste au navet international, pour écrire et partager mes points de vue sur ce septième art qui, comme nul autre, nous ouvre au monde et à des expériences sensorielles inédites. Je vous engage dès lors à ne pas être d'accord avec moi. Réagissez, débattez et donnez ainsi sens à ce cinéma que l'on chérit tant !

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