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Festival de Télévision de Monte-Carlo : Content & Multiscreen Experience

Chronique du Festival de Télévision de Monte-Carlo, 17 juin 2015 : Conférence Content & Multiscreen Experience

La cinquième journée du Festival de Télévision de Monte-Carlo proposait plusieurs événements pour satisfaire les professionnels, les amateurs de séries, ou encore les fans inconditionnels des célébrités présentes au festival.
Pour les entreprises, une deuxième journée de « Content & Multiscreen Experience » a été organisée pour élargir leurs réseaux, et obtenir des nouvelles informations sur l’industrie de la télévision. Ainsi, un programme pour les nouveaux médias, développement, production et distribution ont été présentés à cette audience captivée et attentive aux nouvelles tendances du marché. Les journalistes ont notamment compris que ce secteur est en plein essor, et que cette tendance risque de se prolonger sur le moyen-long terme.
Par ailleurs, une deuxième conférence a eu lieu pour clôturer ce « Content » orchestrée par Jens Richter, CEO de FremantleMedia International. Cette entreprise s’occupe majoritairement de trouver des stratégies pertinentes, et qui sont adaptées à ses clients, pour la promotion des shows télévisés, pour pouvoir planifier les diffusions d’une chaîne de télévision à un moment précis, ou encore pour cibler un certain type de marché.
Ces deux conférences ont permis de développer de manière plus précise le rôle des NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication) de nos jours. Comment impactent-elles notre quotidien ? Dans quelle mesure peuvent-elles être utilisées dans un milieu professionnel ?

Pour les amateurs de séries, une dernière avant première était prévue par les organisateurs pour clôturer les diffusions avant la cérémonie de fermeture. Ainsi, la série policière choisie ; Jordskott, produite par Henrik Bjorn un réalisateur suédois, a eu la chance de pouvoir être présentée à une audience internationale. Cette œuvre scandinave résume l’histoire d’une mère inspectrice, qui n’arrive pas à surmonter son chagrin après la disparition de sa famille sept ans auparavant. Les hypothèses sur les causes de ces absences sont multiples ; noyade, enlèvement, ou encore un possible lien avec la disparition d’un garçon au cours de la même période. Après avoir menée son enquête, elle découvre que des forces plus souterraines sont à l’origine de plusieurs problèmes.

Concernant la diffusion de l’avant première, l’œuvre est très classique voire standardisée. De ce fait, il est assez compliqué de porter un jugement préétabli. On peut dire globalement que l’entrée en matière est prometteuse, notamment avec un casting de qualité, et une histoire prenante. Cependant, on ne peut pas assurer que sur le long terme cette série ne finisse par s’user.
Par ailleurs, les fans inconditionnels ont paru être très satisfaits aujourd’hui, notamment avec la présence de la splendide actrice principale de Vampire Diaries, Candice Accola, surnommée « Caroline » dans la série. Elle s’est notamment prêtée à une conférence de quinze minutes pour répondre aux diverses interrogations de ses fans. Au cours de cette interview les journalistes ont clairement reconnu l’actrice plutôt que la femme en elle-même. Au cours de cette interview, les journalistes ont clairement reconnu l’actrice plutôt que la femme détachée de son rôle d’actrice. On avait l’impression d’être totalement plongé dans l’atmosphère de la série, comme si elle tournait une séquence bonus dédié à son personnage.
. Les discussions ne poussaient pas Candice à aller au-delà de ce statut, avec parfois des questions outrageusement limitées, à l’image de cette petite perle : « Caroline, vous préférez faire l’amour avec un Androïde ou un Vampire ? ». On pouvait discerner également une actrice totalement accomplie et fière de ses prestations, du gain en maturité de part ces expériences, et totalement immergée dans son personnage. Elle a également véhiculé une certaine prestance dans ses différents passages au festival, bien qu’elle semblait un peu moins connectée à son public, et surjouait sans doute un peu trop sa bulle d’actrice.

Cet écrit n’est que le simple constat d’une journée véritablement réussie, puisque le festival est parvenu à satisfaire les besoins du public. Le tapis rouge est apparût beaucoup plus calme que les quatre premiers jours, à croire que l’organisation réserve une cérémonie de clôture mémorable ?

Auteur : Adrien lavrat

L’échappée belle, un film de Emilie Cherpitel : critique

Les deux amis

Eva, 35 ans, porte des tas de lunettes différentes pour changer son regard sur le monde dès qu’il ne lui plaît plus. Et c’est comme ça que se présente le film, une bouffée d’air frais, un regard enjoué sur la réalité, sans contraintes. Eva, c’est Clotilde Hesme, douce et pétillante, loin des rôles de grande tragédienne qu’on lui a jusqu’ici connu. Eva se déploie comme une nouvelle héroïne dont le crédo est de ne pas être « normale » (ce mot l’agace d’ailleurs) et de ne pas se poser de limites. Elle fait tout ce qu’elle veut, mais avoue volontiers que ça n’est pas forcément la vie rêvée. C’est parce qu’en effet, la solitude lui colle à la peau. Celle des grands appartements où la richesse domine, mais où le vide s’infiltre partout. Eva sort, va à des fêtes et est contactée par un certain John quasiment tous les jours sur son portable avec des numéros de chambre et des horaires pour le retrouver et assouvir ses envies. Voilà son quotidien, c’est à 5h du mat’ qu’elle rentre chez elle, après avoir fait la fête, bu et cru en l’amour. Un genre de princesse des temps modernes, sans trône mais avec l’ennui en guise de trésor. Un jour en terrasse, très tôt, un jeune orphelin, 11 ans, qui a « de l’esprit » se joint à elle. Il l’a choisi dira-t-il plus tard. Pourtant, ils sont loin d’avoir des points communs. Elle veut encore se faire appeler mademoiselle, pétille, s’enivre (d’amour et de vin) alors qu’il est déjà très sérieux, alerte et pose beaucoup de questions.  Le film se base entièrement sur cette relation, ce duo créateur de joie.

Bonnie and Clyde 

L’échappée belle, jusque dans son titre, est construit comme un conte, un moment suspendu. Les aspirations de Léon comme d’Eva sont les mêmes : faire ce qu’ils veulent. Avec eux, Simon, l’éternel amoureux transit, vient apporter un peu de stabilité, bien que son jeu préféré soit de réciter des grands classiques et de faire deviner à l’autre le titre de l’oeuvre choisie.  Le film est tel un petit bonbon acidulé, il mène les deux lascars un peu partout, de Rome à Paris, en passant par la campagne. Leurs apparitions s’accompagnent d’une joie communicative qui atteint aussi parfois le spectateur. Pourtant, le film, s’il est d’une tendresse infinie, manque de surprise, d’inventivité. Les personnages secondaires sont à peine survolés, sœur, père et mère. Cette famille qu’Eva peine à comprendre et qui manque si cruellement à Léon, est juste un héritage, de l’argent. Eva est une femme légère, rattrapée par la lourdeur dès qu’elle est complètement seule. Elle observe les autres avec des jumelles, voyage dans des trains surannés. Il y a une douce fantaisie chez cette femme, on peut presque sentir son odeur. En tout cas, Eva est une musique, une note joyeuse et sucrée. Clotilde Hesme prête d’ailleurs sa voix chantée pour ce personnage. Pourtant, elle est aussi naïve et agaçante quand elle veut ne pas grandir. Il n’y a qu’une chose qui la fait continuer d’avancer : la certitude qu’elle a trouvé sa pépite, Léon. Le film les sépare un temps, mais ce n’est que pour mieux les réunir. C’est parfois kitsch, souvent trop gentil, mais c’est un petit moment de bonheur qu’on ne refuse pas.

Synopsis : Il est 5 heures du matin, à une terrasse de café, Léon s’assoit à la table d’Eva et lui demande un chocolat chaud. Il a 11 ans et ne connaît pas ses parents. Elle a 35 ans et pas d’enfant. Elle est libre, fantasque et mène une vie de privilégiée. Il est malin, sage et vit dans un foyer. Ils ne vont plus se quitter.

Bande annonce : L’échappée belle

Fiche technique – L’échappée belle

Réalisation et scénario : Emilie Cherpitel
Date de sortie : 17 juin 2015
Interprètes : Clotilde Hesme, Florian Lemaire, Clotilde Courau, Yannick Choirat
Productrice : Candice Zaccagnino
Directeur de la photographie :  Laurent Machuel
Monteur : Guerric Catala
Distributeur : Pyramide Distribution

La résistance de l’air, un film de Fred Grivois : critique

La résistance de l’air était plein de promesses, tant par son titre, magnifique, où ses scénaristes, Thomas Bidegain et Noé Debré, collaborateurs d’Audiard.

La prochaine fois je viserai le cœur 

Pourtant, le film ne remplie qu’à moitié ces attentes et on en ressort mitigé. Les belles idées de mise en scène comme le jeu de Reda Kateb, aussi sobre que juste (il porte le film, littéralement), pèsent en faveur du film alors que le scénario, parfois trop prévisible, et quelques choix dans l’évolution des personnages, tendent à en affadir la portée. Au final, le film baigne dans une grisaille tenace et quelques poncifs propre à son pitch : un homme bien pris dans un engrenage qui le dépasse. Il faudra attendre environ 40 minutes pour que Renaud, personnage enjoué et ambigu, ne propose enfin un contrat à Vincent, celui qui lui fait signer avec le diable. Dès lors, c’est l’adrénaline qui monte, celle que ressent Vincent. Premier tir, l’argent facile, la moto, les boîtes de nuit, les femmes, le changement de vie. Voilà Vincent plus seul que jamais, il a perdu son père (relation intéressante, mais abandonnée en plein cœur du film) et sa femme a fui le domicile conjugale, sa fille sous le bras. Pourtant, il se sent changer et toute son attitude avec. Reda Kateb donne de la force et de la poigne à ce personnage pourtant banal de type bien, appliqué dans son travail qui se laisse happer par des promesses.

La force du film est aussi sa faiblesse : on ressent les choses à travers Vincent. Ainsi, Fred Grivois propose un travail sur le son, on entend littéralement la balle fendre l’air, l’image se ralentir quand le cœur se met à batte, avant l’impact. Mais on entend aussi avec Vincent, belle idée de mise en scène : quand Vincent met ses bouchons d’oreille, le son est coupé ou du moins étouffé, on ressent le monde comme lui. Intensément, le film s’accroche à son personnage, gros plan sur les mains quand il va accepter son contrat, sur le visage déterminé et droit de Vincent, sur son sourire quand il croit y arriver, trouver une nouvelle voie. Son corps entier prend une autre attitude. Après cette première balle pourtant, Vincent, pour qui le tire est un triptyque jugé facile entre « toi, l’air et la cible », n’a pas le choc escompté, il retourne à sa léthargie, refuse le second tire. Bien sûr, il est rattrapé. S’il balaye les questions de ses proches sur ses nouveaux revenus, il ne peut échapper à la violence du milieu dans lequel il est entré et pour lequel on devient soi-même une cible, un déchet. Fait roi, il est aussi vite abandonné par ceux qui ont construit son trône de sang. Invisible sur son toit, solitaire avec son arme, Vincent ne se rend pas compte qu’il joue à un jeu dangereux. Le film l’isole de plus en plus puisque tous les personnages qui comptent finissent par disparaître, jusqu’à ce qu’il soit traqué. Côté thriller, on est donc happés avec Vincent dans un tournoiement infernale, même si le film perd beaucoup de temps en bavardage, c’est aussi un film de camouflage. Si Reda Kateb est comme un caméléon dans le film, se fondant dans le décors, échappant au bruit ambiant pour disparaître, il ne peut complètement accepter de continuer à subir sa vie. Tel le « héros » de De Battre mon coeur s’est arrêté, il est jusqu’au-boutiste, imprégné par sa passion : le tire, qu’importe l’arme qu’on lui met entre les mains. A la différence que le personnage qu’incarnait Romain Duris ne nous était jamais présenté comme « un type bien ». Résultat, si le film commence doucement, mettant en place sa situation : problème familiaux, maison en construction et à l’abandon, père malade, argent manquant, il devient rapidement palpitant avant que la tension ne retombe un peu trop.

« C’est ça un couple » 

La résistance de l’air est aussi un film sur le couple, celui qu’incarnent Ludivine Sagnier et Reda Kateb. C’est pour avoir une vie « mieux qu’avant » que Vincent se lance dans ce contrat diabolique. Mais il n’y aura pas de retour en arrière possible. La maison en construction ? Le besoin d’un projet commun à avoir ensemble. Pourtant, dès la première difficulté, l’épouse quitte le navire. Le grand-père semble avoir décelé l’ennui, les corps qui ne se touchent plus, bref un couple en perte de vitesse. Ils ne dialoguent plus. Quand Vincent devient plus animal, moins enclin à la vie domestique, l’argent vient encore pourrir les retrouvailles. Dans ce film de mecs où l’on parle beaucoup de baise, la relation de couple est pourtant centrale, même si c’est dans le sexe plus bestial que Vincent se libérera du carcan de sa vie posée d’avant. Cette analyse plus psychologique des événements ne s’accorde pas toujours à la noirceur du thriller qui se noue. Dans ce couple, chacun compte sur l’autre sans se le dire vraiment, même si Vincent s’émancipe, change, et reproche à sa femme de ne pas vouloir changer davantage, de vouloir reprendre la vie comme avant, sans saveur, sans folie, ils cherchent tout de même à se retrouver, se posséder. Sur l’affiche, Reda Kateb apparaît le regard déterminé, son fusil à la main, serrant Ludivine Sagnier à la gorge. Les voilà solidaires, l’emprise du corps de Vincent s’exerçant doucement contre celui de sa femme qui pourtant pose sa main sur celle de son mari, un geste banal mais tendre qui montre à quel point le désir d’une vie meilleure, ensemble, pousse chacun dans ses retranchements.

Ce couple-là résiste à quelque chose qu’on ne comprend pas vraiment – aussi invisible que l’air que la balle doit traverser et qui décide de sa trajectoire et ce, en fonction de l’impulsion donnée par le tireur – la fin les laisse un peu comme on les a rencontrés, mais pas tout à fait identiques. Ce dernier plan étiré en longueur, léthargique et un peu vide, est à l’image du film. On y croise de longs plans aériens, des coupes plus franches dans l’évolution de la narration et ces plans resserrés sur le visage de Vincent. Les dialogues sont souvent savoureux, bien écrits, ils donnent à sentir l’ampleur des rapports de force qui se jouent à tous les niveaux : entre le mari et la femme, entre le père et son fils, entre Renaud et Vincent aussi, dont la relation est tour à tour très amicale, mais surtout basée sur un contrat immanquablement fragile : l’argent. On n’est pas plus heureux quand on le possède, n’en déplaise au sentiment de puissance qui s’empare un temps tant du film que du corps et de l’esprit de Vincent. Un homme que le film isole de plus en plus, mais dont le portrait complet et la personnalité ne s’éclaire pourtant dans toute sa véritable complexité que par les personnages qui l’entourent et guident ses choix plus ou moins consciemment. Dommage que le film hésite à les garder jusqu’au bout auprès de lui.

Synopsis : Champion de tir au fusil, Vincent mène une vie tranquille jusqu’au jour où des problèmes d’argent l’obligent à remettre en cause ses projets et menacent l’équilibre de sa famille. Une rencontre lui promet une issue grâce à un contrat un peu particulier. Dès lors, Vincent met le doigt dans un engrenage des plus dangereux. 

La résistance de l’air : Bande annonce

Fiche technique – La résistance de l’air

Réalisation : Fred Grivois
Scénario : Thomas Bidegain et Noé Debré
Interprètes : Reda Kateb, Ludivine Sagnier, Johan Heldenbergh, Tchéky Karyo, Pascal Demolon
Durée : 1h38 min
Directeur de la photographie : Glynn Speeckaert
Pays de production : France
Année de production : 2014
Date de sortie : 17 juin 2015
Distributeur : Gaumont

Stinking Heaven, un film de Nathan Silver : Critique, Champs Élysées Film Festival

Une esthétique étrange dans un éden fétide

Stinking Heaven est film est difficile à qualifier. Ce qui frappe en premier lieu c’est son esthétique vintage. Filmé avec une ancienne caméra des années 70 pour la télévision, l’image rendue est proche de celle du film Computer Chess de Andrew Bujalski. S’ajoute à cela une photographie saturée, psychédélique, et bruitée figurant une ambiance étrange des années 90.
Tout au long du film, est présente une oppression particulièrement renforcée par l’insistance des close-ups. Stinking Heaven, signifiant « Paradis puant » qualifie parfaitement ce décor étouffant et moite. Le fait d’avoir été tourné sans script et avec une bonne part d’improvisation se répercute dans une mise en scène relativement brouillon.

Loin de la société, proches des démons intérieurs

Un film vraiment spécial, qui aborde la vie à l’image de celle d’une secte, sans porter de jugement accusateur comme il a été possible de voir auparavant dans des films comme Martha Marcy May Marlene. Ici, on retrouve des gens qui tentent de créer leur propre paradis à l’écart de la société mainstream. Des liens se font et se défont au sein de cette famille de substitution. Et avec le retour d’Ann, ce sont des blessures qui se rouvrent.
Tragiquement, leurs passés respectifs refont surface de manière violente et imprévisible. Des scènes particulièrement frappantes ont lieu lors de séances de groupes. Dans un jeu de rôle, chacun doit revivre un moment traumatique de son passé. Episode violent qui les pousse à la sobriété. Ces scènes stéréotypée de victimes livrant leur problème, donnent au spectateur un sentiment de malaise perturbant.
Cependant, il est appréciable aussi de voir des figures féminines fortes au milieu d’un univers pourtant dominé par les hommes. Principalement Hannah Gross, rouquine aux allures à la fois d’ange et de démon, qui s’impose naturellement. Malgré de bonnes actrices, les personnages secondaires autour de la famille manquent quant à eux de profondeur.

Ambiance grunge des années 90

Le film aborde les problèmes d’addiction aux drogues dans les années 90 où les centres de désintoxication n’étaient pas encore accessibles. Le problème de dépendance n’est en réalité que l’image d’un mal irréversible qui empoisonne chacun. Même s’ils sont enfermés au sein d’un univers détaché, le mal dont il souffre ne s’efface pas. Leur recherche de rédemption et de sobriété s’avère plus difficile que prévu.

Etant un film indépendant, une partie de son financement provient de crowd-funding grâce au fameux site Kickstarter. Il n’a certes pas bénéficié d’un budget énorme mais n’a pas non plus une visée commerciale. Ce film n’est pas destiné au grand public, les curieux et les fans du genre expérimental pourraient cependant y trouver leur compte.

Synopsis : Dans les années 90, banlieue poisseuse du New Jersey, une communauté de marginaux vit retirée de la société pour fuir leurs addictions. Malgré les disputes et les problèmes individuels, Jim (Keith Poulson) et Lucy (Deragh Campbell), pionniers du groupe, ont réussi à créer un véritable havre de paix. Leur harmonie va être perturbée lorsque Ann (Hannah Gross), ancienne droguée et ex-petite amie d’un des membres de la communauté s’intègre à leur groupe.

Stinking Heaven : Bande annonce

Stinking Heaven : Fiche Technique

Titre original : Stinking Heaven
Date de sortie :13 juin 2015
Nationalité :Américaine
Réalisation : Nathan Silver
Scénario : Nathan Silver, Jack Dunphy
Interprétation : Deragh Campbell, Keith Poulson, Hannah Gross, Eléonore Hendricks, Tallie Medel, Henri Douvry, Jason Giampietro, Jason Grisell, Eileen Kearney, Larry Novak
Musique : Danny Bensi, Saunder Jurriaans
Photographie : Adam Ginsberg
Décors : NR
Montage : Stephen Gurewitz
Production : Rachel Wolther
Sociétés de production : NR
Sociétés de distribution : NR
Budget : NR
Genre : Drame
Durée :70 mins
Récompense(s) : NR

Franny, un film de Andrew Renzi : Critique, Champs Élysées Film Festival

Un mélodrame moderne et sombre
L’action dramatique intervient dès les premières minutes, déstabilisante pour le spectateur car brisant l’ambiance heureuse initiale. Robert et Mia meurent dans un grave accident de voiture dont Francis, familièrement Franny, réchappe. Olivia, leur fille devient orpheline. Cinq ans plus tard, mariée et enceinte, elle reprend contact avec Franny.

Le traumatisme de l’accident l’a profondément changé. Il est devenu cette figure de riche magnat, misanthrope et excentrique, qui noie son malheur dans des cocktails de morphine. En parallèle il y a ce jeune couple, Olivia et Luke, à l’aube de leur vie de famille qui devient un substitut de vie pour Franny. Il les aidera financièrement tout en devenant vite envahissant.
Le film aborde le deuil, comme on le retrouve dans certains films récents (Everything Will Be Fine, Valley of Love, Manglehorn) . Mais il se distingue en revanche avec la difficulté pour Franny de se reconstruire à un âge avancé. Célibataire et sans enfant, tout ce qu’il aura battit par lui même est sa notoriété. Le regard toujours tourné vers le passé, le manque d’une famille à lui devient aussi pressent que son manque de morphine.

Une identification à tous les niveaux
Il est intéressant d’utiliser ce genre d’anti héro comme protagoniste, plutôt que se concentrer seulement sur la vie du jeune couple. Franny est un personnage complexe dissimulé sous son air arrogant, excentrique et de mystérieux philanthrope. Il s’avère en réalité profondément seul et recherche l’amour de ceux qui l’entoure.
S’exerce alors une profonde empathie envers ce personnage hanté par les démons de son passé, qui poursuit au travers du jeune couple, le souvenir de ces amis perdus.
Intérieurement c’est un réel combat contre lui même qui s’opère, dans ses tentatives répétées et sans succès de récupérer son identité fracturée. Une réelle appréhension s’opère à plusieurs reprises pour sa vie, face à sa recherche inéluctable de douleur physique pour remplacer sa douleur psychique.

Une confrontation de génération d’acteurs
La figure d’icône de Richard Geere donne un cachet particulier au film. Avec une impression de remise en lumière d’anciens grands acteurs, le rôle est pris à bras le corps par l’acteur.
Theo James, dans le costume de l’époux dévoué, interprète parfaitement le rôle, plus profond que ces précédents où il incarnait des gros bras. Lui même en recherche d’identité, influencé par Franny, son pseudo mentor. Dakota Fanning, se retrouve encore dans un rôle qui la met en position passive et infantilisant, malgré ses talents indéniables d’actrice.

L’influence de Wes Anderson
Une esthétique à la fois sombre mais nuancée de douceur. Ayant travaillé avec Wes Anderson à ses débuts, le réalisateur de Franny reprend les plans de caméra très formels et travaillés.
Le titre est d’ailleurs une allusion au personnage de Franny provenant du roman Franny et Zooey de J. D. Salinger.
Andrew Renzi joue également avec les genres en reprenant une trame de mélodrame classique hollywoodien et la transpose à notre époque. Une volonté d’utiliser l’ancien et le remettre au goût du jour.

Synopsis : Francis “Franny” Watts (Richard Geere) riche sexagénaire, se remet difficilement de la perte de ses deux meilleures amis, Robert et Mia. Toxicomane et légèrement fou, il tente de retrouver son ancienne vie en s’immiscent dans celle du jeune couple Luke (Theo James) et Olivia (Dakota Fanning), la fille de Mia et Robert.

Franny Trailer (2015) – Avec Richard Gere, Theo James & Dakota Fanning

Fiche technique : Franny

Titre original : Franny
Date de sortie : 13 juin 2015
Nationalité : Américaine
Réalisation : Andrew Renzi
Scénario : Andrew Renzi
Interprétation : Richard Gere, Dakota Fanning, Theo James, Clarke Peters, Cheryl Hines, Dylan Baker
Musique : Danny Bensi, Saunder Jurriaans
Photographie : Joe Anderson
Décors : NR
Montage : Dean C. Marcial, Matthew Rundell
Production : Kevin Turen ,Jason Michael Berman,Jay Schuminsky, Thomas B. Fore
Sociétés de production : Big Shoes Media, Audax Films, Magnolia Entertainment
Sociétés de distribution : Goldwyn Films, Tribeca Film Festival
Budget : NR
Genre : Drame
Durée :92 mins
Récompense(s) : NR

Festival de Télévision de Monte-Carlo: Conférence 12 Monkeys

Chronique du Festival de Télévision de Monte-Carlo, 15 juin 2015: Conférence 12 Monkeys

En cette troisième journée du Festival de Télévision de Monte Carlo, trois événements majeurs ont particulièrement attiré l’attention du public.

Les différentes activités de ce 15 juin, articulées autour de la série 12 Monkeys tirée du long-métrage de Terry Gilliam, l’armée des 12 singes, ont été organisées grâce à la participation de la chaine Syfy et de CanalSat qui, le 20 janvier dernier diffusait en France le pilote de la série, en quasi simultané avec les Etats-Unis.

La conférence 12 Monkeys, tables rondes et déjeuner, a su captiver les journalistes. Le moment était propice à l’échange avec les acteurs de la série, Amanda Schull et Aaron Stanford, qui se sont confiés sur leur passion commune de la Science-fiction. Pour la première saison, ils n’avaient qu’une idée globale du scénario et devaient s’appuyer sur l’écriture des rôles pour habiter les personnages au travers des ellipses temporelles.

La série 12 Monkeys, production d’anticipation, imagine la vie sur Terre en 2035 totalement anéantie par un virus. Les raisons de l’apparition de ce phénomène restent encore inconnues, ainsi par l’intermédiaire d’un voyage dans le temps, les acteurs vont tenter de découvrir les causes de cette catastrophe. L’actrice de cette série, connue pour avoir joué dans la série Suits, s’est notamment faite remarquée par son élégance à chaque passage sur le tapis rouge, et dans la salle de presse par son charisme naturel.

Le deuxième événement marquant de cette journée a été la séance de dédicaces de Texas Rising, où quasiment tous les acteurs principaux étaient présents pour promouvoir cette série prometteuse en Europe, puisqu’il est souvent compliqué pour le public du Vieux Continent de s’identifier où d’apprécier à sa juste valeur les séries Westerns. Par ailleurs, cette œuvre évoque l’apparition des « Texas Rangers » au début du XIX siècle. Avec ce synopsis, on comprend clairement qu’elle s’inscrit dans la lignée des Westerns traditionnels, et que l’on y retrouvera les codes spécifiques de ce registre.
D’un point de vue globale, la séance de dédicaces en elle-même a été un véritable succès avec près de deux heures et quart à avoir échangé avec le public au lieu d’une heure trente initialement prévu. Ceci démontre une nouvelle fois la grande disponibilité des acteurs et réalisateurs lors de ce festival, qui permet de créer un véritable lien entre le public et les stars.

En toute logique, en termes de promotion, l’organisation de Monte Carlo avait décidé de planifier l’avant première de Texas Rising juste après cette séance de dédicace.

Dans une salle totalement remplie, pour la dernière projection de la soirée, les organisateurs ont fait appel une nouvelle fois aux services de la brillante présentatrice de la Cérémonie d’Ouverture, Génie Godula. Elle a merveilleusement maîtrisé sa prestation, permettant en dix minutes d’introduction, de donner l’opportunité à l’équipe de « Texas Rising » d’exprimer leurs opinions concernant les conditions de production. Bien que les discours, aient été assez classiques, les journalistes ont constaté tout de même une réelle volonté, pour l’équipe, de s’appuyer sur ce casting de grande qualité, et tenter de créer ainsi une série à succès. Cependant, on peut remarquer que le discours de cette équipe a semblé être beaucoup moins humain et moins en connexion avec le public. A titre de comparaison, les acteurs de la série « Empire » au cours de la deuxième journée paraissaient beaucoup plus abordables, et on ressentait un réel plaisir à communiquer avec leur audience. Mais, ce ton plus sérieux était sans doute voulu par l’équipe de Texas Rising après s’être prêtée à une séance de dédicaces à prolongations.

Concernant, la projection en elle-même, le Festival a sans doute commit sa première erreur puisqu’elle n’avait pas pensé à ajouter les sous-titres en français, alors que la grande majorité du public de cette salle était francophone. Nous avons ainsi assisté à un moment regrettable pour cette œuvre et pour son équipe, puisque près d’un quart du public est parti avant la moitié de cette avant première. Habituellement, ce type de comportement pourrait être assimilé à un certain manque de respect, mais il était cette fois-ci parfaitement compréhensible puisque les dialogues en anglais avaient un véritable sens pour comprendre cette œuvre, et les images ne parlaient pas toujours d’elles-mêmes.
Du point de vue qualitatif, on pourrait dire que cette avant première a été globalement décevante. Ce casting si flamboyant ne crève pas du tout l’écran. Les dialogues sont beaucoup trop stéréotypés. Et par-dessus tout, on a réellement l’impression de visionner du « déjà vu », sans aucune innovation particulière. D’autant plus pour un public européen il est très difficile d’assimiler ce contenu, sans doute trop léger pour devenir une série de renommée internationale. D’un point de vue des décors, on a l’impression également que le producteur n’a pas vraiment forcé son talent, avec certaines scènes que l’on pourrait qualifier d’amateurs. De ce fait, à la fin de la projection, on finit par se demander, si l’on aurait sans doute pas plus apprécié de ne pas comprendre l’anglais, et partir comme ce public francophone avant la moitié de cette avant première.

Auteur : Adrien Lavrat

Le Juge Fayard dit Le Shériff, un film d’Yves Boisset : critique

S’inspirant d’un fait divers authentique qui marqua la France des années 70, Yves Boisset nous livre un film policier musclé et engagé.

Synopsis : à Saint-Etienne, le juge d’instruction Jean-Marie Fayard enquête sur une affaire d’assassinat qui semble cacher la préparation d’un gros coup et une implication politique.

Le Juge François Renaud
Le 3 juillet 1975, à Lyon, est assassiné le juge François Renaud. C’est le premier magistrat français à être abattu depuis l’Occupation. C’est de cette affaire que s’inspirera Yves Boisset pour faire son Juge Fayard dit le Shériff.
Le cinéaste cache à peine son influence. Il se contente de déplacer l’action de Lyon à Saint-Etienne (le Gang des Lyonnais deviendra Gang des Stéphanois). Le reste est presque totalement identique. Il faut dire que le sujet correspond pleinement aux thèmes politiques du cinéma de Boisset.

Le portrait d’un homme
Le Juge Fayard dit le shériff est avant tout le portrait d’un homme. Dès les premières images, nous voyons un personnage qui avance droit devant lui, sans s’arrêter, sans faiblir, certain de ce qu’il fait parce qu’il n’agit que selon sa conception de la justice. Une conception que ses détracteurs n’hésiteront pas à qualifier de « gauchiste », mais qu’importe ! S’il faut faire arrêter un chef d’entreprise bien en vue parce qu’il contourne la loi, alors il ne se posera pas deux fois la question.
Et il n’a pas peur des pressions, Fayard. Tous ses supérieurs jusqu’au Garde des Sceaux se réunissent pour le rappeler à l’ordre, pour l’intimider, mais le petit juge représente la justice à lui tout seul. Et cette idée de la justice pourrait être mise en parallèle avec l’idée du cinéma de Boisset, tant Fayard paraît être un alter ego du cinéaste, lui aussi qualifié de « gauchiste » et n’ayant pas peur de foncer dans le tas quand il le faut.
Parce que Fayard, il peut être brutal. Il cogne dur. Il intimide lui aussi. Il interroge des témoins sur leur lit d’hôpital, n’hésitant pas à les secouer. Et plus la pression augmentera, plus il va devenir nerveux, y compris avec sa compagne.
Bien entendu, Fayard, c’est Patrick Dewaere et, comme d’habitude, l’exceptionnel acteur qu’il fut (un des meilleurs acteurs du cinéma français) apporte au personnage toute l’intensité de son jeu. Il est impressionnant, son charisme habite littéralement l’écran. L’ensemble du casting est au même niveau, vraiment remarquable, avec quelques-uns des grands acteurs français de l’époque comme Philippe Léotard ou Marcel Bozzuffi.

À l’américaine
La mention d’un shériff dans le titre annonce la couleur : Boisset s’inspire du cinéma policier américain et ne le cache pas. Lorsque l’on voit ce juge inflexible, ne reculant devant rien pour faire appliquer sa conception de la justice, détesté par des supérieurs dont on peut douter de la détermination, impossible de ne pas penser à Harry Calahan, toutes proportions gardées, bien évidemment.
On est bien ici dans un polar à l’américaine : préparant d’un « gros coup », courses-poursuites, fusillades, évasion, meurtres, tout y est.
Mais ce film est aussi, et avant tout, une œuvre politique. Boisset n’a jamais caché ses sympathies politiques, et le film commence par l’arrestation d’un patron indélicat accusé de maltraiter ses employés. Alors que le même patron est relâché et que fayard est dessaisi du dossier, on comprend où le cinéaste veut en venir.
Le Juge Fayard, dit le Shériff met en évidence la collusion entre politiciens et réseaux mafieux, mais surtout il dénonce l’impossibilité de mener une enquête honnête lorsque des enjeux politiques sont présents. C’est donc toute une pratique de la justice qui est questionnée ici.

Le Juge Fayard dit Le Shériff: Bande-annonce

Fiche technique – Le Juge Fayard dit le Shériff

Date de sortie originale : 12 janvier 1977
Date de nouvelle sortie nationale : 10 juin 2015
Nationalité : France
Réalisation : Yves Boisset
Scénario : Yves Boisset et Claude Veillot
Interprétation : Patrick Dewaere (le juge Jean-Marie Fayard), Aurore Clément (Michèle Louvier), Philippe Léotard (l’inspecteur Marec), Jean Bouise (le procureur général Arnould), Henri Garcin (le substitut Picot), Jacques Spiesser (le juge Jacques Steiner), Marcel Bozzuffi (Joanno, le Capitaine), Roland Blanche(Paul Lecourtois, dit Paulo), Bernard Giraudeau (le juge Davoust), Jean-Marc Thibault (Camus)
Musique : Philippe Sarde
Photographie : Jacques Loiseleux
Décors : Serge Sommier
Montage : Albert Jurgenson et Laurence Leininger
Production : Yves Peyrot, Yves Gasser et Lise Fayolle
Société de production : Production Companies, Action Films, Filmédis et Société Française de Production
Société de distribution : Compagnie Commerciale Française Cinématographique, Jupiter Communications
Budget : NR
Genre : drame, policier
Durée : 112’
Récompenses : Prix Louis-Delluc 1976

Je suis mort mais j’ai des amis, un film de Guillaume et Stéphane Malandrin : critique

« Rock’n’roll, mon pote »

Après un premier film dramatique, mais au titre déjà très imagé, Où est la main de l’homme sans tête, les frères Malandrin, Stéphane et Guillaume, passent pour la seconde fois à la réalisation avec une comédie absurde et carrément barrée : Je suis mort mais j’ai des amis. Un film de potes, de motos, de bières, mais aussi d’avion et surtout de train. La première rencontre du film est étonnante : un vieil innu au rire déployé vient nous parler de Pete Best, l’ex-batteur des Beatles, soit le plus malchanceux du monde. On est face à une grande plaine, cette narration servira de fil conducteur au film. Deuxième scène, des « vieux » rochers sur scène, déchaînés. Un chanteur charismatique, de la musique, de la sueur et … de la bière. Voilà l’euphorie des premières minutes de ce film, le contrat euphorique étant tenu jusqu’au bout. De retour en voiture, les quatre membres de « Grand ours », un peu à la Trust, s’offrent une petite virée. Fatale pour le chanteur. Qu’importe, Yvan, Wim et Pierre sont bien décidés à aller jusqu’au bout du voyage, même avec Jipé en cendres dans un sac en plastique. Entre temps, Dany le petit ami (et militaire) caché de Jipé s’invite dans l’avion. Dès lors, tout se met à mal aller, à partir dans tous les sens. Le film suit alors le parcours d’Yvan, toujours aussi étonnant Bouli Lanners, l’homme qui ne renonce jamais, même quand tout paraît partir à vau l’eau. Yvan va devoir ouvrir les yeux sur une réalité, remettre son amitié en question. Le tout est baigné dans un humour pas toujours très fin, aux gros traits. Les frères Malandrin font en effet reposer leur film sur un comique de répétition (la perte des cendres au fur et à mesure du film, la peur des avions, le rock …), pas toujours très inspiré.

« We are not dead » 

Les ressorts comiques de Je suis mort mais j’a des amis jouent beaucoup sur des « clichés » belges : bières, frites, fort accent, personnages comme des adorables nounours ect…On y suit des personnages poursuivis par des péripéties plus ou moins inattendues, le voyage comptant plus que la destination finale puisqu’on est dans un road movie. Au fil des discussions qui les confrontent et des situations absurdes censées nous faire rire à tout bout de champ, les personnages se parlent, se reprochent beaucoup de choses et finissent, bien entendu, par se retrouver. Les personnages vivent un deuil et tentent de s’en dépêtrer, tant bien que mal. Ce deuil-à est d’ailleurs consommé(aussi métaphoriquement que réellement) avec vivacité, refus de l’affronter aussi. L’objectif principal étant de réunir Wim (Wim Willaert) et Yvan (Bouli Lanners) à l’écran comme dans le film. Les deux acteurs portent le long métrage sur leurs épaules, tant leur jeu et leur côté barré semble suffire à créer nombre d’effets comiques. Quand ce petit monde se retrouve bloqué dans un train à la destination floue (officiellement, c’est Montréal), les deux réalisateurs dressent alors quelques portraits en surface, dont la femme rencontrée et qui ne ménage pas ses mots face à l’écriture d’Yvan. Les personnages s’y lâchent, surtout celui du militaire, sérieux en apparence, mais toujours prêt à fumer un pétard ou deux. Fou rire généralisé dans le train, pas forcément dans la salle…

S’ils n’atteignent jamais Los Angeles, et que le film se resserre sur un trio, pas celui qu’on imaginait au départ, abandonnant au passage quelques personnages (qu’étaient-ils venus faire là ?), les « héros » de cette épopée burlesque se retrouvent dans les paysages du grand nord américain. Un décor choisit et plutôt étonnant pour une telle comédie. Ils y perdent tous leurs repères et repartent ainsi sur de nouvelles bases. On sent bien que les frères Malandrin ont voulu se jouer des poncifs en inversant les personnalités attendues des personnages. Ainsi, Yvan se révèle assez vite être plus rigide sur les valeurs (celles du rock), que ne l’est en réalité Dany sur les règles strictes du militaire. Pourtant, ça ne marche pas toujours car le film est assez linéaire dans sa progression et qu’il manque parfois un peu de rythme, les blagues ne volent en plus jamais très haut. Quand l’émotion affleure, elle est presque maladroite. Cette bande de pote, n’est pas faite pour les sentiments purs, ça se voit dès le début, résultat tout est tourné en ridicule. Pourtant, le film marche assez bien, dans le sens où il remplit son contrat, s’enfonçant de plus en plus dans le grand lessivage qu’il veut faire vivre à ses personnages, perdus dans de grands espaces. On y fait quelques belles rencontres, comme avec « Marie-Soleil. Pas la langue dans sa poche, cette femme donne un coup de crampons au film comme à Yvan. Dans la vie, Marie-Renée André, qui interprète Marie-Soleil, est une innue (une des tribus autochtones du Canada). Véritable ouragan, elle vient presque sauver ce film, en donnant à Yvan la force pour repartir du bon pied. La musique – le rock surtout – tient également une place importante dans le film, tout comme la vie. On se relève ici de la perte, le rock n’est pas encore mort, l’amitié résiste. Ces rockers-là ont d’ailleurs, tels qu’ils sont décrits, une certaine résistance au temps qui passe, au monde extérieur, l’ambiance des concerts est d’ailleurs merveilleusement bien retranscrite et ce, dès le début. Les textes de « Grand Ours » sont en français, ils ont traversé 30 ans, ils leurs ressemblent, la musique du film aussi. Et quand ils se frottent enfin à la vie, la vraie, ils oublient de bien se méfier des véritables ours… Mais ça c’est une autre histoire, celle qu’un innu espiègle est toujours prêt à vous raconter. Il n’y a plus qu’à faire le voyage jusqu’à Schefferville, en train bien entendu. Petit film, petit rire, mais grands acteurs et voyage.

Synopsis : Quatre rochers barbus, chevelus – et belges – enterrent le chanteur de leur groupe. Par amitié et pour se prouver que rien ne peut les arrêter, ils décident de partir en tournée à Los Angeles avec ses cendres. La veille du départ, un militaire se présente comme l’amant de leur ami. Leur voyage prend un tour inattendu. 

Je suis mort mais j’ai des amis : Bande annonce

 Fiche technique – Je suis mort mais j’ai des amis

Réalisation et scénario : Guillaume et Stéphane Malandrin
Image : Hugues Poulain
Interprètes : Bouli Lanners, Wim Willaert, Lyes Salem, Serge Riaboukine, Eddy Leduc, Jacky Lambert, Marie-Renée André
Décors : Eve Martin
Montage : Yannick Leroy
Son : Marc Engels, Marc Bastien, Franco Piscopo
Musiques : Born Bads Records, Dino Carapelle pour « l’Ombre du Sourire »
Costumes : Elise Ancion
Producteurs : Jacques-Henri et Olivier Bronckart
Sortie : 22 juillet 2015

Le Baron de Crac, un film de Karel Zeman : Critique

Un personnage haut en couleurs

Le Baron de Münchhausen, de son vrai nom Karl Friedrich Hieronymus, a inspiré nombre d’écrits et de filmographies. Officier allemand et mercenaire du 18ème siècle, l’homme était surtout connu pour embellir et surenchérir ses exploits de sorte qu’on le prenait pour un mythomane. Engagé pendant 10 ans dans l’armée Russe, c’est à son retour en Allemagne qu’il confie à l’écrivain Rudolf E. Raspe le récit de ses soi-disant « extraordinaires aventures » : il aurait voyagé sur la Lune sur un boulet de canon et dansé avec Vénus. Pour cette raison, on le surnomma le Baron de Crac en rapport à l’expression « raconter des cracs » (des mensonges) et le nom de « Münchhausen » a lui-même été utilisé pour qualifier une maladie mentale.

Son histoire a donné naissance à de nombreuses parodies notamment les histoires de Cami et de Bürger ainsi que les illustrations de Gustave Doré qui garnissent le film de Karel Zeman. Alors que la première adaptation cinématographique par Josef Von Baky 1943 connût un franc succès, la version de 1988 par Terry Gilliam (L’Armée des Douze Singes, Tideland) avec Robin Williams et Uma Thurman est un échec immédiat, qui sera applaudi bien plus tard.

Un chef d’œuvre de l’animation

Réalisé en 1962 par le cinéaste Tchèque Karel Zeman, Le Baron de Crac est un film d’animation magnifique et exceptionnel pour son époque. Associant les magnifiques gravures de Gustave Doré, les effets spéciaux et les personnages réels, cette œuvre de Zeman est un fabuleux voyage au confins de l’étrange, là où la réalité rencontre la fiction, d’où ce mariage parfait de techniques variées. Le Baron de Crac entraîne le spectateur à l’intérieur de son monde imaginaire. La voix off du personnage nous conte des aventures aussi rocambolesques qu’oniriques tandis qu’il tente de séduire la princesse Bianca, malheureusement éprise du jeune cosmonaute.

Plus tard, le Baron nous confiera ses pensées, sous un ciel étoilé, entouré de créatures fantastiques alors qu’il vogue sur une barque avec la princesse endormie :

« Si seulement elle savait que le vrai visage de la Lune est tout aussi ennuyeux que son habitant. Quel dommage qu’elle ne comprenne pas mon monde magique ! »

Ainsi, le film est une véritable parodie du conte de fée, une comédie fantastique farfelue et sans limite hormis celle de l’imagination du Baron, habile bonimenteur. Le sujet du Baron de Crac laisse une grande liberté au réalisateur, Karel Zeman, passionné par la sciences-fiction et par Jules Verne.

Un précurseur de la science-fiction

Dans Voyage dans la Préhistoire en 1955 et dans Les Aventures Fantastiques en 1958, Zeman s’attaquait déjà au monde merveilleux de Jules Verne. Pour Le Baron de Crac, c’est encore chez l’auteur de science-fiction qu’il puise son inspiration. Dès le début, le cosmonaute Toník découvre l’inscription « Jules Verne, De la Terre à la Lune, 1865 » sur une fusée échouée sur la Lune, comme un hommage à l’auteur et sans doute un peu comme une transition d’un film vers un autre, une suite logique. Les clins d’oeil à Jules Verne sont nombreux : Toník rencontre ensuite Impey Barbicane, un personnage de l’oeuvre De la Terre à la Lune, il croise un ballon dirigeable puis vogue sur l’océan où une baleine l’engloutit…

D’abord dessinateur, Zeman intégra en 1943 les studios d’animation de Zlin fondés par Hermina Tyrlová, s’inscrivant ainsi dans une foisonnante école tchèque d’animation. Il développe par la suite un genre hybride, entre animation et prise de vue réelle et dépeint un monde de progrès scientifiques où prolifèrent machines et autres inventions phénoménales. Dans l’époque de Jules Verne, Zeman puise des effets visuels, des illusions d’optique. Lors des scènes aquatiques, il manipule l’image qu’il fait danser, onduler et dans le palais du Sultan, il joue avec les profondeurs et la successions de dessins et de plans, semblables à un labyrinthe. Le travail artistique est minutieux et l’effet « magique » garanti. Zeman est un esthète de génie qui en a inspiré bien d’autres tels que Terry Gilliam, Tim Burton, Georges Lucas et Steven Spielberg tant au niveau de la technologie numérique qu’en termes de créativité.

Synopsis : En posant le pied sur la lune, le cosmonaute Toník découvre à sa grande surprise qu’elle est habitée par des personnalités légendaires : Impey Barbicane, Cyrano de Bergerac et le Baron de Münchhausen. Prenant Toník pour un habitant de la lune, le Baron décide de lui faire visiter Terre à sa façon. Ils atterrissent à Constantinople d’où ils délivrent la princesse Bianca, prisonnière du Sultan. et amoureuse de Toník. Le trio s’échappe du palais sur un navire hollandais et s’élance dans des aventures plus extraordinaires les unes que les autres.

Le Baron de Crac/Baron Prásil: bande-annonce

Le Baron de Crac : Fiche Technique

Titre original : Baron Prásil
Réalisateur : Zeman, Karel
Acteurs : Jana Brejchová, Milos Kopecký, Rudolf Jelínek, Karel Höger
Genre : Aventures, Fantastique
Editeur : Malavida
Nationalité : Tchèque, Slovaque
Date de sortie : 1962
Durée : 1h23mn

Festival de Télévision de Monte-Carlo 2015 : Série Empire et Patricia Arquette

Chronique du Festival de Télévision de Monte-Carlo 2015 : interview de l’actrice Patricia Arquette et projection de la la série Empire avec Terrence Howard « Lucious Lyon » et Taraji Henson « Cookie »

Au cours de cette deuxième journée de ce Festival International, les services de presse ont été accueillis à dîner au première étage du Grimaldi Forum offrant un panorama digne de ce que l’on peut attendre d’un restaurant de la principauté. C’est également une volonté de la part du Festival de faire communier les différents services de presse internationaux pour créer un véritable réseau de journalistes.

Bien que les correspondants de presse n’étaient pas tous présents, après avoir connu la première nuit agitée sur le Rocher, notamment au Monte-Carlo Bay.
Par la suite, la presse avait la possibilité d’assister en avant première à une interview de l’actrice Patricia Arquette, en compagnie d’une autre célébrité française, Julien Arnaud, présentateur intermittent du JT de TF1.

 

Ils ont notamment échangés sur la carrière époustouflante et de cette icône et la manière dont elle appréhendait ce festival. Elle a notamment évoquée son avenir et comment elle voyait ses futurs rôles, et a insisté à ce sujet sur le fait qu’elle tenait avant tout à prendre du plaisir à jouer et continuer à s’émanciper en tant qu’actrice.
Patricia Arquette s’est ensuite avancée sur le tapis rouge, saluant les nombreux fans venus à sa rencontre. Cependant, pour des raisons de sécurité la lauréate du « Nymphe de Crystal » n’avait pas le droit de signer des autographes ou de prendre des photos avec le public. Elle a tout de même été la plus respectueuse possible en posant devant les objectifs un maximum de fois pour que chaque fan puisse avoir son propre cliché. On a ainsi distingué une réelle disponibilité de l’actrice qui malgré son statut de star reste ouverte au public.

Le deuxième événement phare de cette journée était la conférence de la série Empire projetée pendant la Cérémonie d’Ouverture. Ce moment était une nouvelle opportunité pour les acteurs et le réalisateur de partager l’émotion et le choix de produire cette série. Les acteurs principaux, se sont notamment confiés quant à leurs manières d’habiter les personnages.
On constate notamment le fait que les acteurs majeurs, Terrence Howard et Taraji Henson voient le monde des séries comme étant plus formateur encore, et qui demande davantage d’implication dans la création du personnage. L’acteur principal, « Lucious Lyon » dans la série, a particulièrement insisté sur le fait qu’il était ravi de pouvoir continuer à étudier son personnage après maintenant deux années de tournage, là où les longs métrages se limitent généralement à 6 mois. Il a ainsi indiqué qu’il avait apprécié cet engagement sur le long terme qui caractérise les acteurs de séries, et souligné que ce film avait une portée universelle dans laquelle chacun pouvait s’identifier dans cette œuvre. M.Howard, s’est montré également très ouvert et accessible à toutes les questions des journalistes, qui ont par ailleurs ovationné son costume osé, un ensemble blanc sur chemise rose.

Par la suite, l’actrice principale, surnommée « Cookie » dans Empire, a clairement « ambiancé » la salle de presse avec un réel dynamisme et une véritable joie de vivre. Elle a expliqué son choix de signer pour cette série exprimant le fait qu’elle se sentait impliquée dans un projet viable sur le long terme. Taraji a également apprécié le style d’écriture des dialogues du réalisateur, et les thématiques évoquées l’ont aussi touché, notamment la cause afro-américaine, et l’homosexualité. Elle voyait également avant tout dans ce rôle un réel challenge cinématographique.

Auteur : Adrien Lavrat

Festival de Télévision de Monte-Carlo : Conférence PeaceJam

Cette deuxième journée, proposait également un moment unique avec la conférence « PeaceJam », très attendue pendant ce festival avec notamment la présence d’Adolfo Perez Esquivel, prix Nobel de la Paix en 1980.

Par ailleurs, PeaceJam est un programme international qui permet aux différents lauréats du prix Nobel de pouvoir enseigner l’art de la paix et promouvoir les droits de l’homme. On discerne notamment des personnalités mondialement connues qui sont des membres très actifs dans cette association, notamment le Dalai Lama ou encore Aung San Suu Kyi. Ainsi, cette conférence à portée universelle était indispensable pour le Festival de Monte-Carlo qui souhaite également véhiculer certaines valeurs à l’échelle internationale, comme par exemple la promotion de la démocratie et de la liberté d’expression.

Avant le lancement de ce documentaire, les journalistes ont découvert diverses organisations qui travaillent à restaurer une éthique internationale et tenter de résoudre des problèmes internationaux qui sont malheureusement récurrents. Le maître de conférence a ainsi présenté différentes associations, une première qui aide les animaux qui vivent en refuges et qui sont enfermés toutes leurs vies, une autre organisation qui pour aider les pays africains touchés par Ebola ou encore une structure mise en place en l’Amérique Latine qui s’occupe de l’insertion professionnelles des jeunes défavorisés. En outre, entre chaque présentation, la salle ovationnait les représentants de toutes ces organisations, dans une atmosphère très conviviale et pour laquelle plusieurs représentants de la fédération PeaceJam avaient fait le déplacement.
Par la suite, après ces présentations très appréciées par l’audience, le Festival a projeté en avant première mondiale, le documentaire retraçant l’histoire d’Adolfo Perez Esquivel, « Rivers of Hope ». La narration de cette histoire permet également aux spectateurs de découvrir les 80 dernières années de l’histoire de l’Amérique Latine, qui a été très mouvementée. Cette œuvre insiste notamment sur l’évolution du pays d’origine d’Adolfo Perez Esquivel, l’Argentine de la deuxième moitié du XX siècle jusqu’au XXI siècle.
Ce qui est très fascinant dans ce documentaire, c’est de constater l’évolution du réalisateur de simple activiste, protestant voire philosophe, à un véritable homme politique qui cherche à promouvoir des valeurs universelles. A l’image de son implication permanente, en tenant des conférences dans le monde entier pour raconter son combat pour la liberté d’expression qu’il a mené en Argentine.

Issu d’une famille aux origines diverses, indigènes et immigrants d’Amérique Latine, respectivement pour sa mère et son père, Adolfo explique qu’il a dû lutter pour parvenir à être et à se faire un nom dans la résistance argentine. Dans ce documentaire très émouvant il évoque notamment son passage dans les « camps des disparus », qui sont très connus à l’échelle internationale. Cette œuvre, permet d’avoir un témoignage véritablement poignant de la totale déshumanisation du gouvernement argentin durant cette période, où les orientations politiques pouvaient légitimer un meurtre.
Pour ceux qui recherchent plus d’explications sur l’inexplicable de la « sale guerre » en Argentine, ce documentaire est très enrichissant, et dresse un portrait très objectif de ce qu’était la réelle situation dans le pays. On prend notamment conscience de l’atrocité des systèmes de dictatures par l’intermédiaire des nombreux témoignages des « Mères de la place Mai ». Ces femmes étaient seulement autorisées à marcher dans la rue pour manifester leurs mécontentements, toujours dans l’espoir d’obtenir des informations sur la situation actuelle de leurs maris, ou fils, disparus subitement. Ces images sont impressionnantes du fait qu’elles soient plutôt récentes notamment lorsque l’on voit défiler des femmes dans les débuts des années 80 dans les rues de Buenos Aires. On s’aperçoit ainsi que la dictature n’est pas un phénomène si ancien qu’il n’y paraît dans notre société occidentalisée.

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Au cours de ce documentaire, on s’aperçoit que la force principale qui caractérise le personnage est sa ténacité à garder sa digne ligne de conduite, la promotion de la liberté d’expression. On peut également dire qu’il a usé d’une capacité de remise en question formidable et qu’il a été capable de tirer des enseignements de ses expériences précédentes. On le voit à sa sortie « du camps » plus déterminé que jamais pour aller voyager dans les quatre coins du globe pour expliquer la situation actuelle, réfléchir aux démarches à suivre pour instaurer la paix dans le monde.

A l’image, de son implication totale au sein de l’organisation « PeaceJam » pour trouver notamment des nouveaux ambassadeurs pour promouvoir l’art de la paix.

Rares sont les biopics, qui sont aussi bien réalisées spécialement pour un documentaire. L’impression de pouvoir facilement s’identifier à ce personnage réfléchi et très charismatique fait également penser à un reportage très apprécié par les cinéphiles, Crumb, en 1994, avec une biopic totalement envoutante. Encore une fois, le Septième Art prouve au travers de ce documentaire que le cinéma peut-être un outil de reconnaissance indispensable, ce qui implicitement créée une véritable intemporalité qui permettra à ce « sauveur de la nation » de rester à jamais graver dans les mémoires.
Ainsi, cette deuxième journée encore une fois parfaitement organisée par le Festival de Monaco, qui continue de tenir sa réputation de l’un des plus grands festivals de télévision au Monde. A l’image de cette fabuleuse projection de « Rivers of Hope » qui assurément a marqué les esprits.

Auteur : Adrien Lavrat

 

6 Years, un film de Hannah Fidell : Critique, Champs Élysées Film Festival

La réalisatrice, Hannah Fidell est connue pour son premier long-métrage, A Teacher, qui a remporté le prix « Chicken & Egg Female Narrative Directing » au SXWS (South by Southwest : Festival Americain de musique et de cinéma). Ce second film, 6 years, a été développé grâce à Netflix et sortira prochainement.

Synopsis : Dan et Melanie s’aiment et sont en couple depuis 6 ans. Désormais ils ont 20 ans, à un moment de leur vie où leurs choix influencent directement leurs destinées. Le couple se voit mise à l’épreuve. La boite de production de disques pour laquelle Dan travaille comme stagiaire lui propose un job qui l’obligerait à vivre à New-York. Entre une opportunité professionnelle et sa relation fusionnelle avec Melanie, un choix doit être fait.

Un premier amour sur fond de violences domestiques
L’histoire dépeint ce jeune couple uni depuis toute leur enfance puis adolescence. A notre époque, où les relations de long terme ne sont pas courantes chez les jeunes, ce couple représente en lui-même une exception. La difficulté à laquelle ils doivent faire face est cette transition vers l’âge adulte, la fin de l’âge juvénile et donc peut être également de leur relation. Hannah Fidell veut figurer ce moment dans la vie de chacun, où des choix décisifs doivent être pris, avec toujours l’appréhension du regret.
Une représentation touchante de leur couple, mystifiant le premier amour adolescent. Mais également la vision neuve des relations où les rôles sont parfois inversés. La fille regarde du porno, montrant ainsi que cette pratique n’est pas juste exclusif aux garçons. Et à une échelle différente, le garçon subit les débordements violents de sa partenaire. Par amour, il pardonne les « accidents » dont il est victime. Une représentation bouleversant les clichés des violences domestiques, qui s’exerce envers l’homme et non la femme.

Inspiration mumblercore
Le soutient particulier de Mark Ruplass, créateur de la série Togetherness, influence le métrage avec une réalisation similaire au mumblecore, proche du documentaire. Avec un budget souvent limité, une bonne dose d’improvisation et une grande liberté de mise en scène, le genre mumblecore émerge aux seins des films indépendants pour traiter de sujets sur la prétendue « normalité » actuelle. La réalisatrice est très fière de ce genre d’esthétique assez freestyle mais qui demande aussi beaucoup de travail : 18 jours de tournage pour un an de montage. La B.O., indie pop et rock, s’accorde bien à l’ambiance musicale du film.

Des acteurs authentiques
Taissa Farmiga (American Horror Story, The Bling Ring) dans le rôle de Mel, et Ben Rosenfield (Boardwalk Empire) pour interpréter Dan, sont de jeunes acteurs qui s’emparent avec facilité de leurs personnages. Le jeu d’acteurs et l’affiliation du couple parait vraiment sincère. Cette impression réaliste, dans les scènes du quotidien et à travers leurs dialogues, est grandement du à l’improvisation permise lors du tournage. Les deux acteurs ont l’âge de leurs personnages ce qui permet une identification efficace.
L’histoire reste peu conventionnelle et rend le film d’autant plus intéressant pour cette jeune réalisatrice qui ferait penser à une nouvelle Lena Dunham. Son film A Teacher a reçu la promesse d’être adapté en séries par HBO, occasion de mieux développer les personnages et les intrigues au fil des épisodes. En définitive, une réalisatrice inspirante, à suivre de près.

6 Years : Fiche technique

Titre original : 6 Years
Date de sortie : 16 juin2015
Nationalité : Américaine
Réalisation : Hannah Fidell
Scénario : Hannah Fidell
Interprétation : Taissa Farmiga, Ben Rosenfield, Lindsay Burdge, Joshua Leonard, Peter Vack; Jennifer Lafleur, Dana Wheeler-Nicholson
Musique : Julian Wass
Photographie : Andrew Droz Palermo
Décors :
Montage : Sofi Marshall, Carlos Marques-Marcet
Production : Jonathan Duffy, Kelly Williams, Andrew Logan
Sociétés de production : Duplass Brothers Productions, Arts+Labor
Sociétés de distribution : Netflix
Budget : NR
Genre : Drame
Durée : 85 mins
Récompense(s) : NR