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Nasty Baby, un film de Sebastian Silva : Critique, Champs Élysées Film Festival

Nasty (mauvais en anglais), et en effet…

Loin de ressembler à son précédent film Magic Magic avec Juno Temple et Mchael Cera, Sebastian Silva s’investit dans un film qu’il compte rendre plus personnel, en jouant lui même le rôle de Freddy. Avec Nasty Baby, il expérimente un mélange de genres cinématographiques, qu’il qualifie lui même de slow-thriller, hasardeux peut-être pour un jeune réalisateur.
Le film souffre d’un manque réel de rythme, en faisant traîner le spectateur dans cette ambiance lente d’un quotidien sans intérêt. Pour ce trio, le principal problème semble être leur future parentalité, qui les effraie et les excite à la fois. Malheureusement, les personnages ne sont que des clichés de hipsters gay que l’on croirait sortis d’une comédie. Aucune empathie n’est ressentit, ni pour leur peurs, ni pour leurs désirs, pourtant présents mais mal exposés, à l’image de Freddy, tiraillé par une rage latente dont on ignore la cause profonde.

Vision narcissique du Brooklyn Hipster
Il y a également, dans ce film, une critique de l’industrie artistique comme un univers narcissique, élitiste et risible. Sentiments notamment exprimés dans la scène de « l’Oracle », petite statuette à plumes, sensé sélectionner les projets artistiques. Freddy se tourne lui-même au ridicule avec son projet de « Nasty Baby » présentant un montage vidéo d’adultes dans la peau de nourrissons au nom du Video Art.
Néanmoins, le réalisateur veut faire un portrait de sa vie à Brooklyn, l’appartement du couple est, à ce titre, le sien dans la vraie vie. Il y a aussi ces portraits d’inconnus excentriques dans les rues New-yorkaises aux questions incongrues ou déplacées. Cela rappelle ceux que l’on retrouve dans des séries comme Broad City et Unbreakable Kimmy Schmidt, mais cette fois sans le cadre d’une comédie ; comédie que le film n’inclue pas dans son mélange des genres.
Le film tente aussi de faire transparaître les questions de jugement que l’on peut avoir à l’encontre des couples gays et pour ce qui touche à leur accession à la parentalité. Une scène de repas avec la famille de Mo (Tunde Adebimpe), où ce sujet est abordé, expose le débat encore souvent épineux pour les couples hétérosexuels.

Un mélange de genre très décevant
En voulant démonter les codes de la gentrification, le film perd en réalité sa matière première. Il dévie de sa ligne narrative pour finir en thriller bancal, sans avoir au préalable réussit à faire naître du suspense ou de la tension. Avec l’intention de montrer comment les gens disparaissent aussi facilement dans les rues de New York, il trahit son sujet de départ sur la parentalité.
La fin tragique parait sans intérêt et n’aide pas à donner de leçon de morale aux personnages principaux. Elle trahit d’autant plus les attentes du spectateur et laisse un sentiment amer de déception.

Synopsis : Dans l’ambiance hipster de Brooklyn, Mo (Tunde Adebimpe ) et Freddy (Sebastián Silva), couple gay trentenaire, sont sollicités par leur amie Polly (Kristen Wiig), pour l’aider à avoir un enfant. Parallèlement dans leur quartier, un sans abri du nom de Bishop (Reg E. Cathey) les harcèlent quotidiennement. Une tension s’installe dans la vie tranquille de ces trois personnes qui va alors prendre un essor dramatique inattendu.

Nasty Baby : Fiche Technique

Titre original : Nasty Baby
Date de sortie : 2015
Nationalité : Américaine
Réalisation : Sebastian Silva
Scénario : Sebastian Silva
Interprétation : Kristen Wiig, Sebastian Silva, Tunde Adebimpe, Reg E. Cathey, Mark Margolis
Musique : Danny Bensi, Saunder Jurriaans
Photographie : Sergio Armstrong
Décors : NR
Montage : Sofia Subercaseaux
Production : Juan de Dios Larrain, Pablo Larrain, Peter Danner, Pape Bye, Violaine Pirchon
Sociétés de production : NR
Sociétés de distribution : NR
Budget : NR
Genre : Comédie dramatique
Durée : 100 min
Récompense(s) : NR

Spy, un film de Paul Feig: Critique

Une comédie qui ne met pas l’action de côté

Paul Feig est le réalisateur qui monte dans la comédie américaine. Ce fidèle parmi les fidèles de Judd Apatow, créateur de Freaks and geeks, la série qui a révélé James Franco, Jason Segel et Seth Rogen, va bientôt commencer le tournage de Ghostbusters, avec une équipe entièrement féminine.

Sa carrière est intimement liée à celle de son actrice fétiche : Melissa McCarthy : personnage secondaire mais atout surprise de Mes meilleures amies (Bridesmaid), elle partageait l’affiche avec Sandra Bullock dans le buddy movie Les flingueuses (The Heat). Spy est la concrétisation de ce duo : premier film entièrement scénarisé par Paul Feig, il est aussi le premier véhicule entièrement conçu pour Melissa McCarthy.

Les deux se retrouvent aussi pour un genre assez typé années 80 : la comédie d’action, l’un ne prenant pas complètement le pas sur l’autre. En effet Spy n’est pas plus une parodie façon Y-a-t-il un flic… , avec un personnage notoirement incompétent qu’un film d’action sarcastique comme Kingsman. Spy retrouve l’équilibre des films mettant en scène Eddie Murphy, tels que 48 heures ou le flic de Beverly Hills : si l’on rit beaucoup, les scènes d’actions sont bien présentes et en imposent.

La réalisation de Paul Feig n’est pas particulièrement inventive, mais elle est efficace, s’autorisant quelques pointes de brutalité assez bienvenues dans ses courses poursuites, fusillades et combat au corps à corps. A ce titre, on saluera la performance très physique de Melissa McCarthy, très crédible dans l’action, notamment dans un affrontement à l’arme blanche dans une cuisine qui fonctionne comme une semi-parodie du final de The Raid 2.

Le film s’inscrit aussi dans le grand retour des films d’espionnage. Nous avons déjà eu Kingsman cette année, et nous attendons Spectre, le nouveau James Bond, et la reprise Des agents très spéciaux : code U.N.C.L.E. par Guy Ritchie. Si l’on devait le rattacher au genre, Spy serait plus proche du récent et déjà oublié Max la Menace avec Steve Carrell. Dans les deux cas, on est face à des héros compétents mais qui vont se mettre dans de drôles de situation à cause de leur inexpérience, mais qui apportent un autre regard sur leur métier face à d’autres agents trop sûrs d’eux. Spy s’en démarque toutefois par un humour nettement plus agressif comme on le verra plus tard.

On notera en passant que tous ces films d’espion renvoient à une image très traditionnelle de l’homme en costume trois pièces, déjouant des complots à base d’arme nucléaire grâce à leurs gadgets. Si Spy rappelle par certains côté l’excellent Very bad cops, il ne le suit pas dans sa manière de partir d’un genre très balisé pour parler de scandales politiques bien réels. Pas de références à Edward Snowden ou à Wikileaks par conséquent, et c’est un peu dommage.

Un film d’action qui ne met pas la comédie de côté

Malgré ses qualités dans l’action, Spy ne serait rien sans les trois piliers de l’humour selon Paul Feig : l’humiliation, le running gag et la cruauté.

Melissa McCarthy est l’héroïne parfaite pour ses films : héroïne survoltée sous des allures d’américaine très moyenne, les autres personnages lui font bien sentir qu’elle n’est pas la bienvenue dans leur univers fait de grâce et d’élégance. Comme Kristen Wiig dans Mes meilleures amies, celle-ci est constamment exploitée et humiliée par des gens plus puissants qu’elle. Pas de soirées de l’ambassadeur pour elle mais des identités secrètes de mère au foyer divorcée vêtue de t-shirts à petits chats douteux, avec pour gadget le plus utile un remède anti poison déguisé en tube de laxatif.

Et parce que plus une blague est répétée, plus elle devient drôle, le film repose tout entier sur des running gags. A côté des malheurs de Melissa McCarthy, entre ses allergies aux rongeurs, ses gadgets dégoûtants, et ses problèmes vestimentaires, on rira de Jason Statham, hilarant dans sa parodie des rôles de gros durs qui ont fait sa carrière, passant le film à échafauder des plans loufoques jusqu’à l’impossible et potentiellement destructeurs.

Enfin, comme Les flingueuses, Spy va étonnamment loin dans son aspect graphique : même s’il est pratiquement impossible d’aller aussi loin que la scène d’essayage de robes de Mes meilleures amies, attendez-vous à quelques gags particulièrement dégoûtants.

Évidemment, humiliation, gags à répétitions et graphiques se combinent tout au long du film : par exemple lors du running gag qui voit Rose Byrne (autre habituée des films de Paul Feig) , la méchante du film, passer son temps à se débarrasser de ses gardes du corps pour avoir échoué à la protéger. Les situations comiques s’enchaînent à grande vitesse, et montent en intensité au fur et à mesure, chaque gag tentant de pousser le bouchon un peu plus loin.

Melissa McCarthy, parfaitement à l’aise dans toutes les situations, voit son rôle évoluer au fur et à mesure de l’intrigue, mais reste constamment dans une énergie comique formidable.

Who run the (spy) world ? Girls !

Si Spy n’est pas particulièrement progressiste ni réaliste dans sa vision du monde de l’espionnage, la CIA étant plus critiquée pour son absence d’hygiène que pour sa tendance à surveiller tout le monde et n’importe qui, il se démarque de la concurrence par la place qu’il accorde aux femmes. Paul Feig milite activement pour qu’il y ait plus de réalisatrices et n’hésite pas à proposer des rôles d’héroïnes à poigne. Dans les Flingueuses, Sandra Bullock et Melissa McCarthy apparaissaient déjà comme de rares îlots de compétences dans un monde machiste et auto-satisfait. Spy va plus loin : non seulement les hommes, gentils comme méchants, sont toujours aussi peu compétents, mais ils disparaissent petit à petit du film : héroïne, sidekick et méchante sont des femmes.

De plus le film se veut comme une sorte de revanche des minables : Melissa McCarthy et son amie jouée par Miranda Hart, constamment rabaissées par les autres pour être trop ordinaires, mal habillées, trop grande pour l’une, trop grosse pour l’autre, prennent de plus en plus d’importance dans l’organisation et finissent par devenir tout à la fois glamour et badass.

Un excellent divertissement

Quelque part entre l’Arme fatale et les productions Apatow, Spy est un excellent divertissement, porté par une Melissa McCarthy au top, où les cascades succèdent au rire. Les amateurs du cinéma de Paul Feig seront ravis, les autres risquent d’être surpris par l’aspect très graphique et gentiment vulgaire de certains gags, même si Spy est peut-être son film le moins trash. Si le film ne restera pas forcément en tête toute l’année ni ne se positionne comme un futur classique du genre, il agit comme un boost d’énergie idéal en ce début d’été.

Synopsis : Susan Cooper (Melissa McCarthy) est un élément indispensable de la C.I.A. Analyste réputée, elle est capable de manipuler des drones tout en établissant le profil psychologique de dangereux terroristes. Malheureusement pour elle, elle n’a aucune confiance en elle et se contente d’être la voix dans l’oreillette de Bradley Fine (Jude Law) , agent secret vedette. Timide, pas glamour et exploitée, sa vie est un échec. Quand ce dernier disparaît au cours d’une mission et quand les autres agents sont compromis, elle va devoir entrer dans la lumière et sauver les Etats-Unis d’un péril nucléaire.

Spy : Bande-annonce

Spy : Fiche technique

Date de sortie : 17 / 06 /2015
Nationalité : Américaine
Réalisation : Paul Feig
Scénario : Paul Feig
Interprétations : Melissa McCarthy, Rose Byrne, Jude Law, Jason Statham, Miranda Hart
Musique : Theodore Shapiro
Photographie : Robert D. Yeoman
Décors : Jefferson Sage
Montage : Melissa Bretherton, Brent White
Production : Peter Chernin, Paul Feig, Jessie Henderson, Jenno Topping
Sociétés de production : Feigco Entertainment, 20th Century Fox
Société de distribution : 20th Century Fox
Budget : 65 000 000$ (estimation)
Genre : comédie / action / espionnage
Durée : 02h00
Récompense : aucune pour l’instant

 

11 nuits blanches au Cinema Paradiso du 16 au 26 juin !

Cinema Paradiso : 11 nuits de films et de fun au Grand Palais à partir du mardi 16 juin

Dès demain à 19h, « Cinema Paradiso » nous donne rendez-vous dans la Nef du Grand Palais pour 11 nuits blanches de Cinéma et de Divertissements. Un événement à ne pas manquer ! De 19h à 6h du matin, Cinema Paradiso offrira un programme inoubliable de films cultissimes agrémentés de la cuisine gastronomique de Jean Imbert, de 3 pistes de Bowling et d’une boîte de nuit éphémère animée par 30 artistes et Djs internationaux tels que Kavinsky, Cassius, Cerrone, Yuksek…

De Tarantino à Spielberg en passant par Besson, 22 chefs d’œuvres seront projetés sur les écrans géants de 2 Cinémas que le spectateur pourra apprécier depuis les mythiques « LoveSeat » signés Martin Székely ou allongé dans des lits doubles.

Cinema Paradiso Grand Palais 2015

Pour préparer vos nuits, voici la programmation en avant-première :

Mommy de Xavier Dolan – mardi 16 juin, 21h50 (salle A)

Avant-première d’Entourage de Doug Ellin – mardi 16 juin, 21h50

Kill bill de Quentin Tarantino – mercredi 17 juin, 21h50 (salle A)

Jurassic Park  de Steven Spielberg – mercredi 17 juin, 21h50

Manhattan de Woody Allen – jeudi 18 juin, 21h50 (salle A)

Rocky Horror Picture Show de Jim Sharman – jeudi 18 juin, 21h50

Top Gun de Tony Scott– vendredi 19 juin, 21h50 (salle A)

The Big Lebowski des frères Coen – vendredi 19 juin, 21h50

Phantom of the Paradise des Brian De Palma – samedi 20 juin, 21h50

Le Cinquième élément  de Luc Besson – samedi 20 juin, 21h50 (salle A)

Titanic de James Cameron – dimanche 21 juin, 21h50

Le grand bleu  – dimanche 21 juin, 21h50 (salle A)

Orange mécanique de Stanley Kubrick – lundi 22 juin, 21h50 (salle A)

Les affranchis de Martin Scorsese – lundi 22 juin, 21h50

American Beauty  de Sam Mendes – mardi 23 juin, 21h50 (salle A)

Forrest Gump  de Robert Zemeckis – mardi 23 juin, 21h50

Les aventuriers de l’Arche perdue  de Steven Spielberg – mercredi 24  juin, 21h50 (salle A)

Flashdance  de Adrian Lyne – mercredi 24  juin, 21h50

Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper – jeudi 25 juin, 21h50

Avant-première d’Amy de Asif Kapadia – jeudi 25 juin, 21h50 (salle A)

Reservoir Dogs de Quentin Tarantino – vendredi 26 juin, 21h50

OSS 117 – Le Caire nid d’espions de Michel Hazanavicius – vendredi 26 juin, 21h50 (salle A)

 

 

Daddy Cool, un film de Maya Forbes : Critique

Daddy Cool, une chronique familiale bouleversante de sincérité

Synopsis : Dans les années 70, sur la côte est des Etats-Unis, le couple formé par Maggie et Cameron est mis en péril par les troubles de la personnalité de ce dernier. Un problème d’autant plus grave que Maggie veut reprendre ses études, et qu’elle doit laisser ses deux filles sous la responsabilité de leur père, tiraillé entre sa bipolarité et son amour inconditionné pour sa famille.

Après avoir participé à l’écriture de plusieurs films infantiles, Maya Forbes a pris l’initiative de nous faire part, à l’occasion de son premier film, de ses souvenirs d’enfance et en particulier des problèmes qu’a rencontré sa famille concernant les responsabilités données à son père malgré ses troubles maniaco-dépressifs. La réalisatrice est même allée jusqu’à donner à sa fille son propre rôle, faisant de son film autobiographique une véritable petite entreprise familiale. Visiblement touché par la sincérité du projet, J.J. Abrams, le réalisateur de Star Wars 7, et sa boite de production Bad Robot, a permis au film de profiter d’un budget supérieur à ceux des productions indépendantes (6,7 millions de dollars) mais aussi de se faire connaitre à l’occasion du festival de Sundance.

Dans les rôles du père perturbé et de la mère, Mark Ruffalo et Zoe Saldana font preuve d’une subtilité aux antipodes de leurs prestations musclées dans les blockbusters Marvel (respectivement dans la peau de Hulk et Gamora). Leur jeu plein de douceur est le meilleur argument du film pour son traitement léger et sans pathos de ce sujet qui aurait pu être grave. La mise en scène est elle-aussi très réussie dans le sens où sa multiplication de scènes aux allures de films de famille tournés en 8mm, accentue la dimension intimiste de cette histoire de famille.

Daddy Cool est un petit film remarquable dans la façon dont il est réalisé, avec une volonté de se confier sans que jamais sa réalisatrice ne cherche à susciter l’apitoiement. Alors qu’elle aurait pu en faire un exutoire mélodramatique, la réalisatrice a transformé des moments de sa jeunesse visiblement compliqué en un long-métrage attendrissant et plein d’humour. Un processus cinématographique des plus dignes et respectables.

Daddy Cool: Bande-annonce

Daddy Cool : Fiche Technique

Réalisation: Maya Forbes
Scénario: Maya Forbes
Interprétation: Mark Ruffalo, Zoe Saldana, Imogene Wolodarsky, Ashley Aufderheide…
Image: Bobby Bukowski
Décor: Jennifer Engel
Costume: Kasia Walicka-Maimone
Montage: Michael R. Miller
Producteurs: Sam Bisbee, Bingo Gubelmann, Benji Kohn, Galt Niederhoffe, Wallace Wolodarsky
Production: Paper Street Films, KGB Films, Picture Park, Bad Robot
Distributeur: Bac Films
Genre: Emotions
Durée: 1h30
Date de sortie: 8 juillet 2015

États-Unis – 2014

Les Elues, un film de David Pablos : critique

Présenté dans la catégorie « Un Certain Regard à Cannes », Les Elues est un second film aux prises avec le réel. On y suit le parcours de la jeune Sofia, 14 ans, dont le destin va basculer peu à peu dans l’horreur.

Le réalisateur s’est inspiré d’un quotidien qu’il connaît bien, celui de sa ville d’origine, la mexicaine Tijuana. Au-delà de ce que l’on connaît de son folklore et de ses trafics de drogues en tous genres, le Mexique n’est ici pas en reste côté prostitutions et vies volées à de très jeunes filles. Ces élues sont d’un autre genre que les héroïnes auxquelles on pouvait s’attendre. Et pour cause, elles n’ont aucune influence sur leur destin qu’un simple flirt d’ado vient transformer en prison. David Pablos filme la jeunesse, sa chute, mais aussi une certaine poésie dans les visages et les corps, une poésie qui peut vite virer au cauchemar. La jeune Sofia a le visage d’un ange, un rire déployé. Quand on la rencontre, elle s’apprête à vivre sa première fois avec un petit ami visiblement peu habile, qui la fait rire. Première fois avortée donc, mais vite balayée par des scènes de joie. Quand Sofia rentre chez elle, c’est pour s’occuper d’un adorable petit frère avant que sa mère, un peu dépassée par les événements, ne rentre à la maison.

Prises au piège

Au premier abord, David Pablos filme une banale romance adolescente, jusqu’au jour où Ulises, le bien nommé, rentre chez lui avec sa prétendante. Voilà qu’il s’assombrit alors qu’autour de lui, son père comme son frère redoublent de gentillesse pour la jeune Sofia. Scène à priori anodine d’un repas en famille. Pourtant, très vite Sofia va comprendre pourquoi son petit ami est devenu si sombre. La voilà élue pour être enfermée dans un bordel, arrachée à sa famille. La fuite n’y change rien. Personne ne rentre chez soi, pas d’heureux voyage ici, juste une romance mensongère. Dès lors, ce sont les rituels aussi routiniers que cruels d’un bordel peuplé de jeunes filles que filme David Pablos. On les voit transformer leurs corps en le maquillant, en se parant de vêtements « vulgaires » et se préparant à être choisies par des hommes aux désirs inassouvis. David Pablos suit avant tout le destin de Sofia, mais ne ménage pas non plus les présentations des autres occupantes, malgré elles, de cette « maison ». Impossible de s’échapper, même quand un bon samaritain tente de vous venir en aide. Ce n’est qu’en rêve que Sofia s’enfuit sans ombrage. La voilà donc obligée cette fois de vendre son corps. Plus de rires. Le réalisateur ne montre pas le sexe, il le fait entendre. On voit les corps des hommes nus, jamais celui de Sofia. Pendant les actes supposés, il la filme immobile, gros plan sur son visage impassible, immaculé. En fond sonore, la jouissance des hommes. Ce dispositif renforce l’aspect dérangeant que Pablos veut donner à son film. L’imagination faisant bien mieux son travail que les images.

Mais la force du film est qu’il propose une relecture de ses premières images à priori idylliques. Car pour faire sortir Sofia, dont il est tombé amoureux, Ulises doit séduire une autre jeune fille pour la remplacer. C’est alors que Pablos filme de nouveau le flirt, avec les mêmes images qu’au début, de la candeur au repas mis en scène par le père. On est glacés de voir à quel point le piège se referme à nouveau sur une toute jeune fille. Conscients de ce qui va se passer et de la cruauté de ce qui nous est montré à l’apparence si inoffensive. C’est surtout le visage de ces jeunes filles que le réalisateur capte, transcende, poétise. Il en fait des héroïnes empoisonnés par un mensonge : le premier amour. Les voilà corrompues avant même d’avoir vécu. Il ne se détache ainsi presque jamais du visage de Sofia et sa liberté, jamais elle ne la retrouvera, même hors les murs. Un constat glaçant, porté par une mise en scène solide et un sens aigu du regard du spectateur, sans cesse amener à revivre le drame. Quant à Ulises, il ne quittera jamais sa terre, épris d’une fille déjà détruite, appât d’une situation qui le dépasse et dans laquelle il joue pourtant le rôle principal…

Synopsis : Sofia, 14 ans, est amoureuse d’Ulises. A cause de lui, et malgré lui, elle devient la proie d’un réseau de prostitution. Pour l’en sortir, Ulises devra lui trouver une remplaçante… 

Les Élues : Bande annonce 

Fiche technique – Les Élues /Las Elegidas

Réalisateur : David Pablos
Scénario : David Pablos
Interprètes : Nancy Talamantes, Oscar Torres, Leidi Gutiérrez, José Santillán Cabuto
Directeur de la photographie : Carolina Costa
Production : Canana Films
Distributeur : ARP Sélection
Date de sortie : NR

55ème Festival de Télévision de Monte-Carlo : Cérémonie d’ouverture le 13 juin 2015

Festival de Télévision de Monte-Carlo 2015 : Cérémonie d’ouverture

Du 13 au 18 Juin 2015, se déroule le 55ème Festival de Télévision de Monte-Carlo, qui a la réputation d’être l’un des plus importants dans le monde de l’audiovisuel. En effet, ce Festival si prestigieux dans cette principauté luxuriante à tout point de vue, accueille chaque année les stars internationales de la télévision. Ainsi, cet événement fait de Monaco une place incontournable dans le Septième art, et représente sans hésitation l’événement le plus glamour de la principauté. Le Prince Albert II de Monaco, président d’honneur officiel, tient en fait à affirmer encore un peu plus le Rocher comme étant une place internationale, avec notamment deux milles invités venant des quatre coins du monde, pour la cérémonie de remise des Nymphes d’Or. Cet événement peut également être perçu comme une opportunité pour la principauté de promouvoir son ouverture culturelle.

Ce Festival vise également à récompenser les plus grandes réussites télévisuelles de l’année, émissions ou encore séries internationales sont ainsi représentées. C’est aussi l’occasion un mois seulement, après le Festival de Cannes de continuer de profiter des stars de l’audiovisuel. De ce fait, pour satisfaire une large audience, cet événement propose des rencontres avec les plus grandes vedettes américaines, avec notamment Ron Perlman ou encore Patricia Arquette actrice brillante notamment dans Boyhood, et Lost Highway.
Participer à ce Festival est aussi une chance de pouvoir assister à une multitude d’activités telles que, des séries en avant premières, des présentations de programmes exclusifs, des conférences, des débats avec des acteurs majeurs de l’audiovisuel et évidemment les séances de dédicaces pour pouvoir communiquer ou échanger avec nos acteurs et actrices favoris.

Par ailleurs, on constate que le Festival a voulu prendre une dimension supplémentaire cette année en ajoutant des activités professionnelles, avec deux journées de conférences dirigées par des experts internationaux de l’audiovisuel qui définiront notamment les nouvelles tendances du marché.
Le premier événement majeur, de ce Festival de la Télévision est la traditionnelle cérémonie d’ouverture qui à l’image du développement de Monaco a été une très grande réussite. Il est important notamment de louer la très bonne organisation de l’événement à tout point de vue et notamment en termes d’accessibilité pour les stars, les services de presse et également pour les fans inconditionnés. Tout était mis en œuvre pour que cette entrée en matière se passe de la meilleure des manières. Les fans ont été comblés, la plupart des stars majeures de ce Festival étaient présentes pour l’ouverture de cette cérémonie, avec notamment certaines personnalités du jury telle que Eric Close en tant que président du comité du jury. De plus, le public était clairement au rendez-vous avec des personnes qui attendaient depuis de longues heures pour pouvoir avoir la chance d’obtenir le meilleur cliché ou un éventuel orthographe de leurs « idoles ».
Par la suite, une fois avoir franchi le prestigieux tapis rouge de ce Festival, on entre rapidement dans l’enceinte du Grimaldi Forum où une salle digne du standard monégasque attend un public composé majoritairement de stars actuelles du monde de l’audiovisuel.

Par ailleurs, on distingue également une forte présence de monégasques qui semblent être fiers de cet événement et qu’ils ne souhaiteraient manquer sous aucun prétexte.
Au lancement de cette cérémonie, on se plonge littéralement dans une atmosphère prestigieuse où l’on ressent une réelle fierté de pouvoir assister à un tel événement. Une organisation parfaite, orchestrée notamment par l’excellence présentatrice, Génie Godula qui est parvenue à créer un réel dynamise et une véritable communion avec la salle.

L’une des raisons de ce succès est notamment la très bonne mise en scène de cette Cérémonie d’Ouverture. En partant d’un résumé court mais efficace de ce que représente ce Festival, puis par un accueil triomphal des juges qui étaient composés en grande majorité d’américains et de francophones.

Par la suite, l’atmosphère a atteint son paroxysme lorsque la Princesse Charlène elle-même a lancée officiellement ce 55ème Festival de la Télévision de Monte-Carlo. Des mots justes, et un discours très sincère où l’on discernait clairement l’importance de ce Festival. A la fois pour récompenser les acteurs, actrices et producteurs méritants et également la joie de pouvoir organiser un tel événement depuis 55 ans dans la principauté.

S’en est suivit la première remise de récompenses officielles du Jury du Festival avec l’attribution du Nymphe de Crystal à Patricia Arquette, pour mettre en valeur une carrière fantastique notamment par l’intermédiaire d’une rétro des passages cultes de l’actrice. On sentait vraiment, cette joie d’avoir l’occasion d’être récompensée non pas seulement pour ses performances en tant qu’actrice, mais pour sa carrière en générale, comme si elle affirmait encore un peu plus son statut de star.

Enfin, dans la deuxième partie de la cérémonie, la présentatrice a dans un premier temps introduit les acteurs principaux Terrence Howard, Taraji Hnson, et le réalisateur de la série Empire, encore inconnue en France et qui connait actuellement un succès tonitruant aux Etats-Unis comme en témoigne sa moyenne de 8,2 sur IMDB. La présentatrice a ensuite interviewé ces acteurs, et le réalisateur de cette série dans une atmosphère très conviviale, avec une réelle synergie avec le public. Par la suite, le Festival a offert une avant première de cette série, qui risque de connaître également un grand succès en France. On discerne notamment, un souffle nouveau au travers de Empire, qui a une approche très innovante avec une capacité notamment de jouer sur la musique Hip Hop pour créer un dynamisme inédit. Cette série semble également être riche en thématique, en traitant notamment, la cause Afro-Américaine, la lutte des classes sociales, l’homosexualité ou encore la vision du succès, le tout orchestré par une musique fantastique qui a été notamment appréciée par toutes les générations présentes durant la cérémonie.
Ainsi, on peut définitivement affirmer le lancement de ce 55ème Festival de Télévision de Monte-Carlo notamment avec cette superbe soirée qui nourrit de très grands espoirs pour la suite du déroulement du Festival.

Cérémonie d’Ouverture 55è Festival de Télévision de Monte-Carlo

Auteur : Adrien Lavrat

Dope, un film de Rick Famuyiwa : Critique

Geek in the Hood

Etre un geek dans le quartier chaud d’Inglewood de Los Angeles, est à première vue, une anomalie. Elle porte le prénom de Malcom (Shameik Moore), un génie, fan de la culture hip-hop des années 90 et rêvant d’Harvard. Il est accompagné de Diggy (Kiersey Clemons); assumant fièrement son homosexualité; et Jib (Tony Revolori); revendiquant ses 14% d’origine afro-américaine. Un trio constamment malmené dans les couloirs du collège, ou dans les rues. Ils ne sont affiliés à aucun gang et doivent faire preuve d’ingéniosité pour esquiver les diverses tentatives d’intimidations. Mais il n’est pas évident de passer inaperçu quand on s’habille avec des couleurs fluo, tout en étant; comme Malcom; affublé d’une afro, que n’aurait pas renié Christopher Reid de Kid’N’Play, ou plus récemment Iman Shumpert des Cleveland Cavaliers. Malcom a un autre rêve, elle s’appelle Nakia (Zöe Kravitz), aussi convoité par un caïd du coin, Dom (Rakim Mayers aka Asap Rocky). Les événements vont mettre en relation ces personnages et chambouler leurs futurs.

Le titre du film a diverses consonances, on pense à la dope, cette poudre blanche qui pollue les rues et esprits, mais aussi synonyme de cool, de stylé et autres adjectifs positifs. C’est un peu tout cela à la fois, on retrouve chacune de ses appellations au cours du récit.
Teen Movie, critique sociale, hommage aux années 90 ou film d’apprentissage, Dope est un peu tout cela à la fois. C’est surtout un long-métrage à l’énergie communicative par le biais d’une bande originale hip-hop tout droit sorti des 90’s, collant parfaitement aux plans, comme à l’action. Durant près de deux heures, le réalisateur Rick Famuyiva, va enchaîner les scènes inoubliables et nous mettre dans un état d’euphorie fort agréable. Si le ton est au premier abord léger et la trame classique, il va jouer avec les clichés en les détournant, grâce à un montage ingénieux. Les embrouilles sont tournées en dérision, pour démontrer le ridicule de la situation, souvent causé par un mot ou un regard. Bien sur, il ne fait pas abstraction de la mort, qui peut frapper à tout moment et parfois un innocent, mais il ne dramatise jamais les faits. Le but n’est pas de pointer la misère ou la violence de la rue, mais de donner de l’espoir, à travers le personnage de Malcom.
La réussite sociale dans ces quartiers, ne semble pouvoir passer que par le sport ou le rap, mais les élus sont rares et beaucoup restent sur le quai, passant leurs vies à ressasser leurs regrets et leurs rêves de gloire. Mais ce n’est pas la seule issue, il y a aussi les études pour accéder à un emploi plus valorisant pour l’estime de soi. Certes Malcom est élevé par sa mère célibataire Lisa Hayes (Kimberly Elise), il n’a pas vraiment connu son père, ce qui fait apparemment de lui un cliché. Mais c’est aussi une réalité, le réalisateur n’est pas là pour nous livrer une histoire à la Walt Disney. Mais il démontre aussi, que la réussite est possible, malgré les obstacles. Même s’il est difficile de résister à l’appel de la rue, à l’argent facile, notre trio à choisit une autre voie, en mettant à profit leurs facultés intellectuelles, au risque d’être des marginaux pris pour cibles, par ceux qui ont fait des rues, leur royaume.

Rick Famuyiwa est un réalisateur de 41 ans, il a grandi dans les années 90, durant l’âge d’or du hip-hop. Cela se ressent à travers les références culturelles et clins d’œil, que l’on retrouve dans les dialogues ou musicalement. Il y a de la nostalgie dans ses plans et ses personnages. Le prénom Malcom n’est pas dû au hasard, il se réfère à l’acteur Malcom Jamal-Warner de la série Cosby Show, qui a connu un immense succès en mettant en scène une famille afro-américaine, ou les parents sont médecin et avocat. Mais aussi à Malcom X, un homme controversé par ses prises de positions extrêmes en dénonçant les crimes et la ségrégation raciale des états-unis envers la communauté noire. Mais il fait aussi allusion à celui incarner par Frankie Muniz dans la série Malcom, lui aussi étant un génie. On retrouve des traits de caractère de chacun d’eux, dans diverses situations et dans un discours surprenant, qui prend à contre-pied, la légèreté apparente du film, en délivrant un message digne de Malcom X et Martin Luther King Jr. Mais le récit est bien ancré dans notre époque, par le biais des réseaux sociaux et la présence aux génériques de deux rappeurs contemporains : Asap Rocky et Tyga. Le délit de faciès, le jugement sur les apparences, sur le fait d’être noir dans une société, stigmatisant cette couleur de peau en ne sachant pas en faire abstraction, est pointé du doigt, avec subtilité, à l’image du génie de Malcom.

Shameik Moore est la grande révélation du film, tant il illumine le long-métrage de par son charisme. On a déjà pu apercevoir Kiersey Clemons dans la série Transparent. Elle confirme son talent, comme Tony Revolori vu dans le fabuleux The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson. Il en va de même pour Zöé Kravitz, devenant une actrice de plus en plus incontournable, comme on a pu le constater cette année dans Good Kill et Mad Max : Fury Road. On notera aussi que ces deux actrices ont des faux airs de Lisa Bonet, elle aussi étant présente dans la série Cosby Show. Blake Anderson de la série Workaholics est aussi de la partie, permettant de jouer avec le mot N-Word, en étant le quota blanc du film. Au passage George Bush en prend une, pour l’ensemble de son oeuvre, ce qui est toujours jouissif.

On passe un pur moment de plaisir en suivant ces personnages, tous aussi attachants, que talentueux. Le film donne le sourire dès le début et on ressort de la séance, avec une joie non dissimulée, tant le réalisateur a su nous l’a communiqué à travers ses images et la musique, jusqu’à un générique final d’anthologie.

Synopsis : Malcom fait tout pour survivre dans un quartier chaud de Los Angeles, jonglant entre inscriptions et entretiens pour entrer à l’université. Une invitation à une soirée underground va l’entrainer dans une aventure qui pourrait bien le faire passer du statut de « geek » à celui de mec cool, un « dope », pour finalement être lui-même.

Dope, de Rick Famuyiwa : Trailer

Dope : Fiche technique

USA – 2015
Réalisation : Rick Famuyiwa
Scénario : Rick Famuyiwa
Distribution : Shameik Moore, Kiersey Clemons,Tony Revolori, Keith Stanfield, Zoë Kravitz, Forest Whitaker,  Blake Anderson, Rick Fox, Chanel Iman, Kimberly Elise, Rakim Mayers et Tyga
Musique : Germaine Franco
Photographie : Rachel Morrison
Décors : Christine Eyer
Montage : Lee Haugen
Production : Nina Yang Bongiovi, Forest Whitaker, Mimi Valdes, Caron Veazey, Rick Famuyiwa et Pharrell Williams
Sociétés de production : Forest Whitaker’s Significant Productions, IamOTHER Entertainment, Revolt Films et That’s Dope
Sociétés de distribution : Open Road Films
Genre : Comédie dramatique
Durée : 115 minutes
Date de sortie : NR

Welcome to Leith, de M. Beach Nichols et C. Walker : Critique, Champs-Élysées Film Festival

Une histoire hallucinante mais réelle
L’histoire en elle-même peut sembler être une mauvaise blague. Comment un seul homme réussit-il à s’emparer d’une ville pour en faire son QG en à peine 3 mois ? C’est-ce qu’on voulu montrer les deux réalisateurs de Welcome to Leith. Après la lecture d’un article dans le New York Times qui en parlait, Michael Beach Nichols et Christopher K. Walker se sont intéressés à l’évènement afin de le traiter et d’en parler objectivement.
Le tournage du documentaire a commencé en Octobre 2013, soit trois mois après l’installation de Craig Cobb à Leith. La première partie du film marque sa prise de pouvoir progressive et menaçante au sein de la petite communauté. Au début très discret, Craig achète plusieurs terrains et habitations, qu’il revend ensuite à la NSM (Mouvement National-Socialiste Américain) et à ses membres du parti afin qu’ils s’installent à Leith. Imposant leur idéaux radicaux, ils n’hésitent pas à manifester un intérêt pour la politique de la ville afin de mieux la contrôler. Ainsi marque le début de l’horreur pour Leith et ses habitants.

Le documentaire revêt lui-même des allures de films d’horreur avec un décor proche des villes apocalyptiques de The Walking Dead. La réalisation du film joue sur cette tension prête à imploser dans ce théâtre de haine et de violence palpable. Entre témoignages des habitants traumatisés tel un documentaire classique, et réelle insertion dans leur intimité au quotidien, le documentaire prend suffisamment de profondeur pour éveiller de l’empathie auprès du spectateur.
Le film reste tout de même objectif en parvenant à faire témoigner Craig Cobb (Non sans avoir d’abord fait des tests pour s’assurer de la « pureté » de sang des réalisateurs.) et d’autres membres du NSM. Témoins de leur position, qu’ils s’accordent à affirmer être légale grâce au premier amendement américain, on reste horrifié de la facilité avec laquelle ils ont pu exercer leur propagande antisémite.

Jusqu’où va la liberté d’expression ?
Tout part de ce droit immuable dont les américains sont fiers, mais qui présente avec cet exemple, une faille indéniable. Craig Cobb est un homme intelligent qui a réussi à contourner les lois pour mieux harceler et faire pression sur ceux qu’ils considéraient comme une menace. Certes, tout citoyen américain a le droit de défendre ses opinions tant qu’il ne blesse personne. Mais on parle là tout de même de groupes racistes, se cachant derrière leur droit d’expression pour mieux propager leurs idées haineuses et belliqueuses. Ne devrait-on alors pas imposer une nouvelle limite à cette liberté d’expression ? C’est le débat que voudrait susciter le documentaire en montrant l’exemple de Cobb et sa liberté d’agissement.
Malheureusement pour le rythme du documentaire, la partie sur le procès s’éternise. On assiste également au manque de justice de cette affaire avec la libération de Cobb et ses complices. Loin de se repentir de ses actions, Cobb a en parti accepté de participer au documentaire pour défendre fièrement ses idéaux tel un outil de propagande. Persuadé que son exemple sera poursuivit par d’autres, il prend cette histoire non pas comme un échec mais une victoire.

Bienvenue à Leith, la vie d’après
Suite à l’expulsion de Craig Cobb, les habitants de cette ville sans histoire, autrefois tranquilles, se remettent peu à peu de la violence vécue. Aujourd’hui encore, des terrains de la ville appartiennent au NSM, tel la menace silencieuse de leur retour. Craig Cobb vit actuellement dans une autre petite ville du même gabarit que Leith, et n’a pas fini de faire parler de lui.
L’intérêt du documentaire est d’éveiller les foules et combattre ce genre de pressions xénophobes qui agissent tacitement et dont la légalité doit être remise en cause. Pas si objectif que ça le documentaire montre souvent l’aspect ridicule que peut avoir Craig Cobb dans son orgueil démesuré, le film réussit tout de même à faire susciter dégout et l’effroi face à cet évènement et pour ceci il mérite d’être salué.

Synopsis : Leith, petite ville isolée de 25 habitants dans le Dakota du Nord, passe en quelques mois sous le contrôle d’un seul homme : Craig Cobb. Représentant actif de la « Suprématie blanche », il tente d’installer une communauté de fidèles à sa cause en toute légalité, et sous les yeux horrifiés des habitants. Welcome to Leith s’empare donc de cet évènement peu croyable afin d’avertir le public de la menace de groupes terroristes radicaux qui sévissent librement aux Etats Unis.

Bande annonce du film Welcome to Leith :

Welcome to Leith – Fiche technique :

Titre original : Welcome to Leith
Date de sortie : 12 juin 2015
Nationalité : Américaine
Réalisation : Michael Beach Nichols, Christopher K. Walker
Scénario : Michael Beach Nichols, Christopher K. Walker
Montage : Michael Beach Nichols
Production : Jenner Furst, Joey Carey, Joshua Woltermann
Sociétés de production : Lions Gate Film.
Sociétés de distribution : Lions Gate Film.
Budget : NR
Genre : Documentaire, Thriller.
Durée : 86 mins
Récompense(s) : NR

 

Jurassic World, un film de Colin Trevorrow : Critique

Film préhistorique

En 2015, les années 80-90 ont vraiment la cote et il y a une volonté générale de rechercher à tout prix ce charme d’antan qui a vu naître l’âge d’or des blockbusters en mélangeant spectacle visuel abouti et maîtrise d’écriture. Un savoir-faire qui s’est un peu perdu avec les années qui ont vu les films à gros budgets devenir calibrés et fades notamment avec l’émergence des films de super-héros et ce malgré quelques belles fulgurances. Et cette année, cette volonté de replonger dans le passé vient de causer la multiplication de remakes/reboots/suites qui devraient marquer le cinéma pour les années à venir. Mais cette tendance est-elle une bonne chose ? Arrivera-t-elle à réactualiser le charme à l’ancienne tout en proposant quelque chose de nouveau et respectueux des origines ? Après la fabuleuse réussite qu’était Mad Max Fury Road, on est en droit de rêver. Mais avant Terminator, Star Wars & Co, qu’en est-il de l’héritage du mythique Jurassic Park ?

La saga avait déjà été un peu maltraitée avec un deuxième opus moins maîtrisé que son aîné mais qui restait malgré tout réussi grâce à des belles intentions de mise en scène. Ensuite l’ensemble s’était un peu égaré avec un troisième film relativement moyen qui était en contradiction avec les deux autres opus, surtout dans la caractérisation des personnages. Il disposait quand même d’une ou deux excellentes séquences (celle de la volière en particulier). Alors qu’en est-il de ce nouveau film qui vient faire suite au premier opus (sans pour autant renier les autres) plus de 20 ans après ? Et bien ce Jurassic World est tout simplement le moins réussi de la saga, se révélant encore plus décevant que le troisième opus qui l’était déjà. Le film loupe toute ses intentions de base, qui pourtant n’étaient pas mauvaises, en voulant absolument s’ériger en film hommage, il oubli de créer sa propre mythologie et de fonctionner en tant qu’œuvre à part entière. On a un peu l’image d’un gosse hyperactif qui court dans tous les sens mais sans cesser de regarder en arrière et, ne regardant pas où il va, se prend tous les obstacles sur son chemin et se ramasse lamentablement. Pour autant il continue de se relever et poursuit sa course effrénée, ce qui d’une certaine manière est honorable.

Après les intentions sont bonnes et même certaines idées sont bien trouvées comme par exemple le traitement fait au « dressage » de raptor qui se montre moins ridicule que prévu et plutôt bien géré, même si le final vient un peu casser tout ça. Malheureusement l’écriture se montre particulièrement faible. La narration tout d’abord est bancale et trop verbeuse, le film met beaucoup trop de temps à se lancer à cause de blabla inutiles, là où Spielberg se contentait de nous montrer les enjeux avec brio en se passant d’exposition pompeuse. Ici la première heure se fait vraiment trop pénible en partie car elle se repose sur des personnages inintéressants et mal caractérisés. Ensuite aucun d’entre eux n’est attachants ou charismatiques à l’image d’un héros très fade qui fait ersatz beauf d’Indiana Jones, des adolescents stupides et têtes à claques (après cela a toujours été la faiblesse de la saga) et des personnages féminins relativement mal exploités. Sans parler aussi d’un méchant caricatural qui n’a pas sa place dans le film et d’un personnage qui revient du premier film mais où sa psychologie à totalement été remaniée et cela ne lui va pas une seconde. Faisant par ailleurs une grosse insulte au premier film. Aucun des personnages n’a vraiment d’incidence sur le récit, ils ne sont que spectateurs et chacune de leurs tentatives se soldent par des échecs faisant des dinosaures les seuls « personnages » d’intérêts du film. Cela fait que l’on est déconnecté du film qui n’a finalement rien à offrir sur le plan narratif. Même dans ses tentatives méta, avec un message sur la jeunesse qui ne s’émerveille plus et qui à toujours besoin de plus que ce qu’on ne lui offre cela manque cruellement de subtilité et d’intelligence d’écriture.

Par-dessus ça même les acteurs peinent à faire croire au récit notamment Chris Pratt qui devient ici la caricature de lui-même, il n’a jamais été habitué au rôle finement écrit mais là où ça servait bien le film dans Guardians of the Galaxy, ici c’est en total décalage allant même jusqu’à déjouer tout enjeux dramatiques. Car à trop faire son show en essayant d’amuser la galerie il devient un clown qui n’a pas sa place dans le film et il cabotine beaucoup trop enlevant toute crédibilité à son personnage. Après le reste du casting n’est pas non plus des plus convaincants mais arrive néanmoins à faire le job comme Bryce Dallas Howard, l’atout du film, qui arrive à faire croire à l’entreprise malgré le mauvais traitement de son personnage. Ensuite Omar Sy est inutile, personne ne l’écoute et au final tout le monde s’en fout, notre acteur national méritait mieux pour le coup, tandis que Vincent D’Onofrio s’amuse comme un gosse et joue à fond la caricature.

Ensuite là où on attend vraiment le film c’est sur sa mise en scène et son aspect technique, ce qui faisait la force de son aîné mais ici sans être mauvais ce n’est pas à la hauteur de l’héritage de la saga. Les effets spéciaux sont parfois ratés et manquent cruellement d’âme mais le montage se montre plutôt efficace assurant un rythme soutenu au film et empêchant tout ennuie surtout dans la deuxième partie du film. Tandis que le score musical de Michael Giacchino est assez inspiré même si il réexploite maladroitement le thème culte de John Williams. La mise en scène de Colin Trevorrow quant à elle se montre plutôt maîtrisée mais elle manque singulièrement de caractère. Elle est spectaculaire mais jamais mémorable, aucunes séquences ne marquent les esprits et l’ensemble se révèle assez fade à cause de cela, surtout qu’il y a un manque flagrant d’émotions. Sur ce plan une seule scène se montre efficace et bien fichue, c’est la seule qui implique un animatronique et qui arrive à toucher du doigt l’essence du film d’origine. Qu’on se le dise, c’est la meilleure scène du film. Après celui-ci cumule les placements de produits foireux et se perd dans un final aberrant et ridicule dans son principe comme dans sa manière d’être filmé qui non seulement se montre grossière, avec des plans iconiques sortis d’un mauvais nanar (les plans de fin sont nullissimes) et des facilités narratives agaçantes en utilisant pas un mais trois Deus Ex Machina, mais qui en plus renies toute les bonnes idées que le film avait réussi à mettre en place.

En conclusion Jurassic World est un mauvais film car non seulement il ne sait pas gérer l’héritage de la saga et ainsi le renouveler mais en plus il est tout ce que le premier film n’a jamais été échouant lamentablement dans son hommage. C’est même une oeuvre qui est parfois schizophrène en dénonçant dans son message ce qu’il s’empresse allègrement de faire tout de suite après, un peu dans le style « faite ce que je dis mais pas ce que je fais », ce qui souligne une certaine mauvaise fois dans le principe du film (il critique le « too much » mais s’y plonge allègrement). Il rabâche sans cesse que c’était mieux avant mais au lieu de s’imprégner des qualités de son ancêtre et de les remodeler à notre époque il préfère se complaire dans les poncifs actuels et crée ainsi un décalage avec ce qu’il veut faire. Il cite son aîné sans jamais vraiment le comprendre et ne parvient pas à ériger sa propre voie. Après il est vrai que l’on ne s’ennuie pas devant le spectacle mais ce n’est pas pour autant qu’il est réussi car malgré ses bonnes intentions et ses quelques bonnes idées, celui-ci est mal écrit, bancalement interprété et il manque d’âme. On ne frissonne plus comme on l’avait fait par le passé ou comme nous avait fait frissonner le nouveau Mad Max, en espérant qu’il ne soit pas une exception et que le renouveau des sagas venue du passé soit plus réussi que ce que nous à offert ce Jurassic World.

Synopsis: L’Indominus Rex, un dinosaure génétiquement modifié, pure création de la scientifique Claire Dearing, sème la terreur dans le fameux parc d’attraction. Les espoirs de mettre fin à cette menace reptilienne se portent alors sur le dresseur de raptors Owen Grady et sa cool attitude.

Jurassic World / Bande-Annonce Officielle

Jurassic World :  Fiche Technique

États-Unis – 2015
Réalisation: Colin Trevorrow
Scénario: Rick Jaffa, Amanda Silver, Derek Connolly, Colin Trevorrow
d’après: les personnages de: Michael Crichton
Interprétation: Chris Pratt, Bryce Dallas Howard, Nick Robinson, Ty Simpkins, B.D. Wong, Judy Greer, Irrfan Khan, Vincent D’Onofrio, Omar Sy
Image: John Schwartzman
Montage: Kevin Stitt
Musique: Michael Giacchino
Producteur: Frank Marshall, Patrick Crowley, Steven Spielberg
Production: Universal Pictures, Amblin Entertainment, Legendary Pictures
Distributeur: Universal Pictures International France
Date de sortie: 10 juin 2015
Durée: 2h05

Un spin off pour le Surfer d’Argent ?

Un spin off pour le Surfer d’Argent : les discussions reprennent !

La dernière fois que le Surfer d’Argent apparaissait sur grand écran, il servait de méchant dans Les Quatre Fantastiques et le Surfer d’Argent et bien que la fin du film laissât une marge quant au retour de la sentinelle, cette suite avait été abandonnée par la 20th Century Fox. Tandis que la saga des Quatre Fantastiques continue, nous avions déjà failli voir le Surfer d’Argent voler dans son propre spin off en 2009. Un film en solo qui inspire la Fox depuis quelques années et dont le scénario de J. Michael Straczynski (scénariste de Sense8, Underworld : nouvelle ère, Thor) lui-même a été ressorti récemment.

Interrogé par Comicbook.com le 11 juin à propos d’un film sur le Surfer d’Argent, Doug Jones, qui jouait le personnage physique de la Sentinelle dans Les Quatre Fantastiques (Laurence Fishburne avait prêté sa voix), a révélé qu’un scénario avait bel et bien été écrit pour ce film.

« D’après ce que j’ai compris, il y a une partie de l’accord à trois qui n’a jamais abouti. J. Michael Straczynski avait écrit un scénario pour le spin off et quelque chose s’est passée avec le script. Après ça, j’ai perdu le fil et je n’en sais pas plus. Je n’ai jamais vu le scénario. Je ne l’ai jamais lu. J’ai juste entendu qu’il avait été écrit et j’ai pensé que si J. Michael le faisait ce serait génial… Et puis, la discussion s’était arrêtée là mais, récemment, elle vient de reprendre alors : Taa daa ! », a déclaré l’acteur.

Avec Straczynski en scénariste, le solo du Surfer d’Argent est entre de bonnes mains ! Toutefois, ce n’est pas la première tentative pour un Surfer d’Argent. En 1999, le réalisateur James Gunn avait été contacté par la Fox pour reprendre l’histoire de la « Sentinelle de l’Univers » mais le projet n’avait pas abouti. En 2009, le scénario écrit par Straczynski n’était pas retenu en raison du flop des deux derniers films de la saga des Quatre Fantastiques. Cette année-là, le scénariste avait expliqué :

« Qu’est-ce-qui se passe quand un Quatre Fantastiques 2 n’est pas aussi bien fait qu’il le devrait ? Eh bien, ils remettent en question le film du Surfeur d’Argent. Le scénario que j’ai écrit reprend là où ils se sont arrêtés dans le Quatre Fantastiques 2, alors s’ils font un film sur le Surfeur d’Argent, ça devra être différent. (…) C’est vraiment une histoire pour adultes. Je voulais raconter les origines du Surfeur et le mettre dans un tout. »

Le grand moment serait-il enfin arrivé pour la Sentinelle ? De son côté, Doug Jones a admis dans son interview qu’il sauterait sur l’occasion de jouer de nouveau le Surfer d’Argent. Affaire à suivre…

The Road Within, un film de Gren Wells : Critique, Champs-Élysées Film Festival

Gren Wells, la réalisatrice, figure dans la liste établie par Variety des dix cinéastes les plus prometteurs. Le long métrage a remporté le Prix du Meilleur Film au Festival de Rome en 2014 où il a été présenté en avant-première mondiale.

Alors que le synopsis promet un road trip assez simpliste, aux ordonnances comiques, le film met à nu trois maladies sérieuses figurées par trois acteurs excellents : Zoe Kravitz (Divergente, Mad Max) en anorexique aux cheveux violets, Dev Patel (Slumdog Millionnaire, Skins) souffrant de TOC et enfin Daniel Sheehan (Misfits) qui interprète Vincent, atteint du syndrome de la Tourette. Une maladie dont le sujet est sensible car rarement pris au sérieux dans les films, mais au contraire, habituellement dépeinte de manière risible. Ici, encore, l’intention de la réalisatrice est d’opter pour une éducation des consciences via le divertissement. Mais certaines scènes peuvent choquer et à la fois faire rire, ce qui est assez déroutant.

Un Road-Trip adolescent
Le film est mis en scène comme un road trip. Vincent, qui n’a au début aucune intention de s’enfuir de l’hôpital, se laisse entrainer par la séduisante Marie en volant la voiture de leur Docteur (Kyra Sedgwick). Le voisin de chambre, Alex, se retrouve témoins de leur escapade et se fait kidnapper contre sa volonté. Ainsi, ces trois jeunes se retrouvent sur la route, et ont pour objectif d’aller en bord de mer (lieu ou Vincent pourra y jeter les cendres de sa mère).
Comme dans les road trip traditionnels, peu importe la destination, c’est le voyage qui compte. Or dans The Road Within, on assiste à l’évolution de tous ces personnages qui vont affronter leurs peurs de l’extérieur, et, au regard que portent les gens sur leur maladie. Mais le film aborde également d’autres sujets sérieux, comme le deuil, l’abandon, la volonté de vaincre une maladie …

Divertissant mais dérangeant

Drôle et mordant, par son utilisation nécessaire de vulgarités, le film est adressé avant tout à un public jeune. Il touchera d’autant plus qu’il aborde la maladie mentale, tel un gros mot interdit à prononcer. En utilisant un ton léger, il peut permettre de dédramatiser ce qui est considéré comme honteux, ainsi que sensibiliser notre regard porté sur ces maladies mentales.

Pourtant utiliser l’humour pour rendre ridicules les symptômes, et ce de manière répétée, peut aussi rendre mal à l’aise le spectateur. C’est ce qui est le plus problématique pour un film qui se veut se différencier de ce que l’on sert habituellement. Les scènes drôles sont justement celles où l’on est témoin des TOCs d’Alex ; par exemple, lorsqu’il referme cinq fois de suite la portière alors qu’ils viennent de voler; ou encore quand il stoppe la voiture à chaque nid de poule, par peur d’avoir écrasé quelqu’un. En rire ne signifie pas mieux comprendre son trouble, reproche commun que l’on pourrait faire à la série The Big Bang Theory dont l’humour repose en partie sur le comportement de Sheldon, souffrant du syndrome d’Asperger qui est une forme d’autisme. Donc au mieux, on peut ressentir de la pitié face à l’irrationalité de sa maladie, mais c’est tout.
Alors oui, ces scènes restent marrantes, mais aussi maladroites. Une preuve de plus que le mélange de sujets sérieux ou sensibles avec l’humour peut être un mauvais mélange.

Un travail d’acteurs excellents pour une réalisation gentille
Quant aux acteurs, on peut admirer leur travail pour incarner au mieux leur trouble. Notamment Daniel Sheehan qui mit six mois pour préparer son rôle et rendre vraisemblables les excès gestuels et verbaux dus à la maladie. Dev Patel avec ses gants de maniaque du propre est très touchant et Zoe Kravitz n’a de son coté presque plus rien à prouver avec son parcours sans faute et ses derniers rôles éclectiques.
Gren Wells dresse un portrait, qui se veut honnête des jeunes qui combattent leur maladies mentales, que ce soit des symptômes physiques (troubles alimentaires et addictions) et/ou mentaux (dépressions et syndromes). Malgré l’humour, le film a la volonté d’être sérieux. Il le sera essentiellement pour un public jeune. Dommage que le film se réconforte dans la comédie au détriment du sérieux souhaité. Par moment, on ressent qu’il est un peu trop poussé dans le tragique ou l’émotif, pour se rendre plus sérieux.

Synopsis : Vincent (Daniel Sheehan), atteint du syndrome de la Tourette vient de perdre sa mère. Son père, dont la carrière politique importe plus que le bien être de son fils envoie celui-ci en hôpital psychiatrique. Là-bas, il y fait la rencontre d’Alex (Dev Patel), son camarade de chambre souffrant de TOC, et la charmante Marie (Zoe Kravitz). Ensemble, ils s’embarquent dans un road-trip vers la Californie afin de répandre les cendres de la mère de Vincent.

The Road Within : Trailer

The Road Within : Fiche technique

Titre original : The Road Within
Date de sortie : 17 Avril 2015  (Etats-Unis)
Nationalité : Américaine
Réalisation : Gren Wells
Scénario : Gren Wells
Interprétation : Daniel Sheehan, Zoe Kravitz, Dev Patel, Robert Patrick, Kyra Sedgwick
Musique : Josh Debney, The Newton Brothers
Photographie : Christopher Baffa
Décors : NR
Montage : Terel Gibson, Gordon Antell
Production : Michael A. Helfant, Robert Stein, Brent Emery
Sociétés de production : Well Go USA Entertainment, Amasia Entertainment
Sociétés de distribution : Troika Pictures
Budget : NR
Genre : Comédie, drame
Durée : 101 minutes
Récompenses : Meilleur acteur dans un second rôle (Dev Patel) ; Meilleure actrice dans un second rôle (Zoë Kravitz)

Casa Grande, un film de Fellipe Barbosa: critique

La tectonique des castes. 

Si le Brésil semble occuper une place de plus en plus imposante sur la scène économique mondiale (Puisqu’il nous précède, à la 7ème place du classement des PIB), peser de plus en plus lourd dans la balance géopolitique également ; le pays traine cependant, comme un boulet, ces indécentes inégalités qui caractérisent plus que jamais ces nations qui grandissent trop vite. En effet le plus grand pays d’Amérique du Sud pointe seulement en 59ème position en termes de PIB par habitant, un constat alarmant vis-à-vis de ses ambitions. Le Brésil, aussi connu pour ses carnavals que pour ses favelas, peine à retranscrire socialement ce que sa croissance lui rapporte. On pense évidemment aux manifestations qui ont animées le pays avant et pendant la coupe du monde de football, soulèvements qui se reproduiront, on l’imagine, pour les prochains Jeux olympiques en 2018. C’est dans ce climat que le réalisateur brésilien Fellipe Barbosa, après s’être essayé au documentaire, signe son premier long métrage. En posant sa caméra à Rio le cinéaste s’attaque à la capitale culturelle du pays, miroir d’une identité, mais surtout symbole d’un malaise. Loin du film carte postale, loin du misérabilisme également. Barbosa articule discrètement son militantisme autours d’une famille très aisée dont le père est en déroute financièrement. La maison de 1400m carrée et le jacuzzi vont de paire avec la cuisinière et le jardinier, un monde d’excès, un monde de servitude. Pour autant les frontières sont poreuses dans l’évidente dichotomie du dispositif affiché, dans le sens où la victimisation est refusée, le déterminisme nuancé. En fil conducteur : une histoire d’amour adolescente entre deux étudiants d’horizons radicalement différents, on danse dangereusement avec le cliché sur le papier, le résultat en est tout autre. On ne sait pas trop si la romance sert de justification à un discours politique en filigrane, où si elle est réellement l’objet du film. C’était sans doute l’effet escompté; comme un numéro d’équilibriste, un fil romanesque suspendu au dessus d’un océan de réalité.

Malgré la description cru du quotidien de cette famille embourgeoisée, encerclée par une misère plus suggérée qu’exposée; la caméra ne pose pas un regard malveillant sur ce père endetté, sur cette mère précieuse, sur ce fils qui est conduit à l’école par son chauffeur. Mais un regard honnête dira t-on, honnête sur les désillusions du travail, de la famille, et du cœur. En cela le film fait figure de parcours initiatique pour Jean, 17 ans, en âge de sortir de son cocon d’argent, de se confronter à une vision plus globale de la société brésilienne. Par le biais de cette jeune fille qu’il rencontre dans le bus qu’il prend pour la première fois de sa vie ; par le biais des serviteurs de sa demeure qui disparaissent au fur et à mesure que les factures s’accumulent. Le cinéaste s’adresse à tous en filmant de l’intime, du personnel, car après tout cela reste l’histoire de l’émancipation d’un gamin qui découvre l’injustice. Et sans s’apitoyer sur lui-même le film a le mérite de montrer ce qui doit l’être, on ne s’attarde pas dans le ghetto mais on y passe, et quand on pense que finalement c’est plus ou moins folklorique avec tout ces jolis murs colorés, on prend la rue suivante, et la boue recouvre tout, les pierres comme les pieds.

En distillant des débats dans le film (à l’école où à table) Barbosa interroge en parallèle ses spectateurs sur les questions sociétales qui animent réellement le pays (les quotas raciaux dans les universités par exemple), mais sans pour autant imposer une vérité, plus pour conduire vers une réflexion détachée de tout manichéisme. Et, en distribuant les torts et les raisons indépendamment ou presque de la géographie sociale, Casa Grande évite habilement de tomber, ni, dans une démagogie inefficace, ni dans un didactisme lourdaud sur la relation dominé/dominant. Tout cela lui permet une certaine légèreté de ton, dans son propos comme dans ses images. Puisqu’une tendresse flotte à la surface du film finalement, par-dessus les malentendus et la discorde, par-dessus les mensonges et la trahison. La musique et la danse, véritables patrimoines nationaux sont omniprésents, Fellipe Barbosa en fait même son cheval de Troie pour acculturer ces différents milieux, et rend visible les ponts et les fossés, qui rapprochent et séparent ce, ou ces peuples, on ne sait plus trop.

Car, évidemment, le constat demeure et demeurera ; que la misère domine, tentaculaire et venimeuse, que la ségrégation persiste. Mais le réalisateur compose avec, plutôt dignement, sans exhiber et sans cacher ; laissant évoluer ses amoureux sans laisse et sans a priori. Presque dans une optique de convergence, ou du moins de rencontre, le cinéaste brésilien entrecroise les chemins, pour lier ou délier les destins ; le tout dans cette Casa Grande, indécente parmi tant d’autre.

Synopsis: Enfant de l’élite bourgeoise de Rio de Janeiro, Jean a 17 ans. Tandis que ses parents luttent pour cacher leur banqueroute, il prend peu à peu conscience des contradictions qui rongent sa ville et sa famille.

Casa Grande : Bande-annonce

Fiche technique: Casa Grande

Sortie: 3 juin 2015
Nationalité: Brésilienne
Réalisation: Fellipe Barbosa
Scénario: Fellipe Barbosa, Karen Sztajnberg
Interprétation: Thales Cavalcanti, Marcello Novaes, Suzana Pires, Alice Melo, Bruna Amaya, Clarissa Pinheiro
Musique: Victor Camelo, Patrick Laplan
Photographie: Pedro Sotero
Production: Iafa Britz, Fernanda da Capua, Mauro Pizzo
Société de Distribution: Damned Distribution
Genre: Romance, Social
Durée: 1h54