Spy, un film de Paul Feig: Critique

Spy-critique-film-paul-feig

Critique du film, Spy

Synopsis : Susan Cooper (Melissa McCarthy) est un élément indispensable de la C.I.A. Analyste réputée, elle est capable de manipuler des drones tout en établissant le profil psychologique de dangereux terroristes. Malheureusement pour elle, elle n’a aucune confiance en elle et se contente d’être la voix dans l’oreillette de Bradley Fine (Jude Law) , agent secret vedette. Timide, pas glamour et exploitée, sa vie est un échec. Quand ce dernier disparaît au cours d’une mission et quand les autres agents sont compromis, elle va devoir entrer dans la lumière et sauver les Etats-Unis d’un péril nucléaire.

Une comédie qui ne met pas l’action de côté

Paul Feig est le réalisateur qui monte dans la comédie américaine. Ce fidèle parmi les fidèles de Judd Apatow, créateur de Freaks and geeks, la série qui a révélé James Franco, Jason Segel et Seth Rogen, va bientôt commencer le tournage de Ghostbusters, avec une équipe entièrement féminine.

Sa carrière est intimement liée à celle de son actrice fétiche : Melissa McCarthy : personnage secondaire mais atout surprise de Mes meilleures amies (Bridesmaid), elle partageait l’affiche avec Sandra Bullock dans le buddy movie Les flingueuses (The Heat). Spy est la concrétisation de ce duo : premier film entièrement scénarisé par Paul Feig, il est aussi le premier véhicule entièrement conçu pour Melissa McCarthy.

Les deux se retrouvent aussi pour un genre assez typé années 80 : la comédie d’action, l’un ne prenant pas complètement le pas sur l’autre. En effet Spy n’est pas plus une parodie façon Y-a-t-il un flic… , avec un personnage notoirement incompétent qu’un film d’action sarcastique comme Kingsman. Spy retrouve l’équilibre des films mettant en scène Eddie Murphy, tels que 48 heures ou le flic de Beverly Hills : si l’on rit beaucoup, les scènes d’actions sont bien présentes et en imposent.

La réalisation de Paul Feig n’est pas particulièrement inventive, mais elle est efficace, s’autorisant quelques pointes de brutalité assez bienvenues dans ses courses poursuites, fusillades et combat au corps à corps. A ce titre, on saluera la performance très physique de Melissa McCarthy, très crédible dans l’action, notamment dans un affrontement à l’arme blanche dans une cuisine qui fonctionne comme une semi-parodie du final de The Raid 2.

Le film s’inscrit aussi dans le grand retour des films d’espionnage. Nous avons déjà eu Kingsman cette année, et nous attendons Spectre, le nouveau James Bond, et la reprise Des agents très spéciaux : code U.N.C.L.E. par Guy Ritchie. Si l’on devait le rattacher au genre, Spy serait plus proche du récent et déjà oublié Max la Menace avec Steve Carrell. Dans les deux cas, on est face à des héros compétents mais qui vont se mettre dans de drôles de situation à cause de leur inexpérience, mais qui apportent un autre regard sur leur métier face à d’autres agents trop sûrs d’eux. Spy s’en démarque toutefois par un humour nettement plus agressif comme on le verra plus tard.

On notera en passant que tous ces films d’espion renvoient à une image très traditionnelle de l’homme en costume trois pièces, déjouant des complots à base d’arme nucléaire grâce à leurs gadgets. Si Spy rappelle par certains côté l’excellent Very bad cops, il ne le suit pas dans sa manière de partir d’un genre très balisé pour parler de scandales politiques bien réels. Pas de références à Edward Snowden ou à Wikileaks par conséquent, et c’est un peu dommage.

Un film d’action qui ne met pas la comédie de côté

Malgré ses qualités dans l’action, Spy ne serait rien sans les trois piliers de l’humour selon Paul Feig : l’humiliation, le running gag et la cruauté.

Melissa McCarthy est l’héroïne parfaite pour ses films : héroïne survoltée sous des allures d’américaine très moyenne, les autres personnages lui font bien sentir qu’elle n’est pas la bienvenue dans leur univers fait de grâce et d’élégance. Comme Kristen Wiig dans Mes meilleures amies, celle-ci est constamment exploitée et humiliée par des gens plus puissants qu’elle. Pas de soirées de l’ambassadeur pour elle mais des identités secrètes de mère au foyer divorcée vêtue de t-shirts à petits chats douteux, avec pour gadget le plus utile un remède anti poison déguisé en tube de laxatif.

Et parce que plus une blague est répétée, plus elle devient drôle, le film repose tout entier sur des running gags. A côté des malheurs de Melissa McCarthy, entre ses allergies aux rongeurs, ses gadgets dégoûtants, et ses problèmes vestimentaires, on rira de Jason Statham, hilarant dans sa parodie des rôles de gros durs qui ont fait sa carrière, passant le film à échafauder des plans loufoques jusqu’à l’impossible et potentiellement destructeurs.

Enfin, comme Les flingueuses, Spy va étonnamment loin dans son aspect graphique : même s’il est pratiquement impossible d’aller aussi loin que la scène d’essayage de robes de Mes meilleures amies, attendez-vous à quelques gags particulièrement dégoûtants.

Évidemment, humiliation, gags à répétitions et graphiques se combinent tout au long du film : par exemple lors du running gag qui voit Rose Byrne (autre habituée des films de Paul Feig) , la méchante du film, passer son temps à se débarrasser de ses gardes du corps pour avoir échoué à la protéger. Les situations comiques s’enchaînent à grande vitesse, et montent en intensité au fur et à mesure, chaque gag tentant de pousser le bouchon un peu plus loin.

Melissa McCarthy, parfaitement à l’aise dans toutes les situations, voit son rôle évoluer au fur et à mesure de l’intrigue, mais reste constamment dans une énergie comique formidable.

Who run the (spy) world ? Girls !

Si Spy n’est pas particulièrement progressiste ni réaliste dans sa vision du monde de l’espionnage, la CIA étant plus critiquée pour son absence d’hygiène que pour sa tendance à surveiller tout le monde et n’importe qui, il se démarque de la concurrence par la place qu’il accorde aux femmes. Paul Feig milite activement pour qu’il y ait plus de réalisatrices et n’hésite pas à proposer des rôles d’héroïnes à poigne. Dans les Flingueuses, Sandra Bullock et Melissa McCarthy apparaissaient déjà comme de rares îlots de compétences dans un monde machiste et auto-satisfait. Spy va plus loin : non seulement les hommes, gentils comme méchants, sont toujours aussi peu compétents, mais ils disparaissent petit à petit du film : héroïne, sidekick et méchante sont des femmes.

De plus le film se veut comme une sorte de revanche des minables : Melissa McCarthy et son amie jouée par Miranda Hart, constamment rabaissées par les autres pour être trop ordinaires, mal habillées, trop grande pour l’une, trop grosse pour l’autre, prennent de plus en plus d’importance dans l’organisation et finissent par devenir tout à la fois glamour et badass.

Un excellent divertissement

Quelque part entre l’Arme fatale et les productions Apatow, Spy est un excellent divertissement, porté par une Melissa McCarthy au top, où les cascades succèdent au rire. Les amateurs du cinéma de Paul Feig seront ravis, les autres risquent d’être surpris par l’aspect très graphique et gentiment vulgaire de certains gags, même si Spy est peut-être son film le moins trash. Si le film ne restera pas forcément en tête toute l’année ni ne se positionne comme un futur classique du genre, il agit comme un boost d’énergie idéal en ce début d’été.

Spy : Bande-annonce

Spy : Fiche technique

Date de sortie : 17 / 06 /2015
Nationalité : Américaine
Réalisation : Paul Feig
Scénario : Paul Feig
Interprétations : Melissa McCarthy, Rose Byrne, Jude Law, Jason Statham, Miranda Hart
Musique : Theodore Shapiro
Photographie : Robert D. Yeoman
Décors : Jefferson Sage
Montage : Melissa Bretherton, Brent White
Production : Peter Chernin, Paul Feig, Jessie Henderson, Jenno Topping
Sociétés de production : Feigco Entertainment, 20th Century Fox
Société de distribution : 20th Century Fox
Budget : 65 000 000$ (estimation)
Genre : comédie / action / espionnage
Durée : 02h00
Récompense : aucune pour l’instant

 

Plus d'articles
Seuls sont les indomptés : cow-boy en marge pour western en marge, en DVD/Blu-Ray chez Sidonis Calysta