Nasty Baby, un film de Sebastian Silva : Critique, Champs Élysées Film Festival

Nasty (mauvais en anglais), et en effet…

Loin de ressembler à son précédent film Magic Magic avec Juno Temple et Mchael Cera, Sebastian Silva s’investit dans un film qu’il compte rendre plus personnel, en jouant lui même le rôle de Freddy. Avec Nasty Baby, il expérimente un mélange de genres cinématographiques, qu’il qualifie lui même de slow-thriller, hasardeux peut-être pour un jeune réalisateur.
Le film souffre d’un manque réel de rythme, en faisant traîner le spectateur dans cette ambiance lente d’un quotidien sans intérêt. Pour ce trio, le principal problème semble être leur future parentalité, qui les effraie et les excite à la fois. Malheureusement, les personnages ne sont que des clichés de hipsters gay que l’on croirait sortis d’une comédie. Aucune empathie n’est ressentit, ni pour leur peurs, ni pour leurs désirs, pourtant présents mais mal exposés, à l’image de Freddy, tiraillé par une rage latente dont on ignore la cause profonde.

Vision narcissique du Brooklyn Hipster
Il y a également, dans ce film, une critique de l’industrie artistique comme un univers narcissique, élitiste et risible. Sentiments notamment exprimés dans la scène de « l’Oracle », petite statuette à plumes, sensé sélectionner les projets artistiques. Freddy se tourne lui-même au ridicule avec son projet de « Nasty Baby » présentant un montage vidéo d’adultes dans la peau de nourrissons au nom du Video Art.
Néanmoins, le réalisateur veut faire un portrait de sa vie à Brooklyn, l’appartement du couple est, à ce titre, le sien dans la vraie vie. Il y a aussi ces portraits d’inconnus excentriques dans les rues New-yorkaises aux questions incongrues ou déplacées. Cela rappelle ceux que l’on retrouve dans des séries comme Broad City et Unbreakable Kimmy Schmidt, mais cette fois sans le cadre d’une comédie ; comédie que le film n’inclue pas dans son mélange des genres.
Le film tente aussi de faire transparaître les questions de jugement que l’on peut avoir à l’encontre des couples gays et pour ce qui touche à leur accession à la parentalité. Une scène de repas avec la famille de Mo (Tunde Adebimpe), où ce sujet est abordé, expose le débat encore souvent épineux pour les couples hétérosexuels.

Un mélange de genre très décevant
En voulant démonter les codes de la gentrification, le film perd en réalité sa matière première. Il dévie de sa ligne narrative pour finir en thriller bancal, sans avoir au préalable réussit à faire naître du suspense ou de la tension. Avec l’intention de montrer comment les gens disparaissent aussi facilement dans les rues de New York, il trahit son sujet de départ sur la parentalité.
La fin tragique parait sans intérêt et n’aide pas à donner de leçon de morale aux personnages principaux. Elle trahit d’autant plus les attentes du spectateur et laisse un sentiment amer de déception.

Synopsis : Dans l’ambiance hipster de Brooklyn, Mo (Tunde Adebimpe ) et Freddy (Sebastián Silva), couple gay trentenaire, sont sollicités par leur amie Polly (Kristen Wiig), pour l’aider à avoir un enfant. Parallèlement dans leur quartier, un sans abri du nom de Bishop (Reg E. Cathey) les harcèlent quotidiennement. Une tension s’installe dans la vie tranquille de ces trois personnes qui va alors prendre un essor dramatique inattendu.

Nasty Baby : Fiche Technique

Titre original : Nasty Baby
Date de sortie : 2015
Nationalité : Américaine
Réalisation : Sebastian Silva
Scénario : Sebastian Silva
Interprétation : Kristen Wiig, Sebastian Silva, Tunde Adebimpe, Reg E. Cathey, Mark Margolis
Musique : Danny Bensi, Saunder Jurriaans
Photographie : Sergio Armstrong
Décors : NR
Montage : Sofia Subercaseaux
Production : Juan de Dios Larrain, Pablo Larrain, Peter Danner, Pape Bye, Violaine Pirchon
Sociétés de production : NR
Sociétés de distribution : NR
Budget : NR
Genre : Comédie dramatique
Durée : 100 min
Récompense(s) : NR

Festival

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