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Un Français, un film de Diastème: critique

Avant même sa sortie du film en salles, Un français faisait parler de lui comme un film polémique.

Synopsis : Dans les années 80, à Nantes, le jeune Marco Lopez s’amuse avec sa bande de skinhead à fustiger violemment les minorités. Tandis qu’il s’éloigne doucement des idéaux haineux de ses amis, Marco tente de se reconstruire mais ne réussit qu’à s’isoler.

Un buzz et un scandale mérités ?

C’est le refus de certains distributeurs d’organiser des avant-premières, par peur de réactions violentes de groupuscules d’extrême-droite qui se sentiraient visés par le film, qui a posé la question du caractère tabou de la violence raciste en France et sa représentation. Un débat d’autant plus important d’être posé que l’on a constaté, ces dernières années, que le racisme est devenu le ressort comique le plus attractif du cinéma français (les meilleurs exemples en sont Case Départ et évidemment Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu) alors que la dénonciation de la haine de l’Autre suscite toujours des remous médiatiques. La bien-pensance et l’hypocrisie du 7ème art hexagonal vis-à-vis de la question de la xénophobie risquaient donc d’être égratignées par le second film de Diastème (sept ans après Le bruit des gens autour). De quoi attirer la curiosité des cinéphiles. Et pourtant, la sortie du film s’est déroulée sans accroc, et il a été distribué dans un nombre de salles respectable pour une petite production.

Ce que nous propose le film est le parcours d’un homme que l’on découvre dans son adolescence comme un individu ultra-violent et détestable. Grâce à des plans-séquences maîtrisés, ces premières minutes réussissent à nous plonger dans les virées brutales de ce groupe de néo-nazis avec un réalisme certain et un pouvoir immersif sidérant. La poursuite de cette narration se construit en découpant la vie de Marco à grands coups d’ellipses. Le résultat d’une telle construction, qui plus d’une fois nous perd dans la temporalité des scènes, nous obligeant parfois à rechercher des repères divers et variés (allant des campagnes politiques aux émissions de télé en passant par les événements sportifs), est que le scénario ne fait que se concentrer sur les grandes étapes et événements marquants de la vie de Marco sans jamais pouvoir prendre le temps de développer en profondeur son évolution psychologique. Celle-ci nous est de fait présentée de manière factuelle, donnant au long-métrage un aspect didactique regrettable.

C’est finalement moins la volonté de rédemption de Marco, argument rendu candide par son manque d’approfondissement moral, que le parcours de ses amis qui alimente le discours politique du long-métrage. Entre la séropositivité de son ami devenu héroïnomane, le meurtre d’un autre par un punk ou encore l’incarcération du plus violent de la bande après un assassinat insoutenable, la façon dont l’entourage de Marco parait condamné à disparaître donne au propos un air de nihilisme. Mais c’est surtout en voyant le leader de ces skinheads opter pour un militantisme plus policé mais non moins virulent, que Diastème s’attaque frontalement au Front National en démontrant que, derrière sa politique de dédiabolisation, le parti de Marine Le Pen reste un repère d’anciens criminels uniquement animés par la haine la plus primaire. Une démonstration un peu explicative certes mais assez efficace.
La réussite du film doit beaucoup à la prestation d’Alban Lenoir, tout aussi crédible dans ses passages rageurs que dans la retenue de la maturité. Tandis que la bande-annonce pouvait laisser craindre une réalisation aux allures de téléfilm, la qualité de l’image est une bonne surprise. La mise en scène s’accorde parfaitement à la brutalité qu’elle dénonce. Le réel problème formel est donc bien cette construction narrative ultra-découpée qui s’emploie à nous exposer des morceaux de vie plutôt que d’approfondir les choix de son personnage.

Un Français est donc une œuvre inaboutie dans le sens où elle ne réussit qu’à aborder de façon superficielle la problématique de la haine raciste alors que celle-ci aurait mérité d’être étudiée de façon plus subtile en disséquant les origines psychologique d’une telle bêtise et l’organisation de ces mouvements fachos comme avaient pu le faire, dans leur pays respectif, Made in Britain ou American History X. Pourtant, sa façon de suivre les parcours –sur plus d’un quart de siècle– d’individus méprisables parvient à nous faire comprendre le cheminement de certains membres du FN ou de la Manif pour tous.

Un français : Bande-Annonce

Un Français : Fiche Technique

Réalisation: Diastème
Scénario: Diastème
Interprétation: Alban Lenoir (Marco Lopez), Samuel Jouy (Braguette), Paul Hamy (Grand-Guy), Jeanne Rosa (Kiki), Lucie Debay (Corinne)…
Image: Philippe Guilbert
Décor: Riton Dupire-Clément
Costume: Frédéric Cambier
Son: Jean-Marie Blondel
Montage: Chantal Hymans
Producteur: Philippe Lioret, Marielle Duigou
Production: Fin Août Productions, Mars Films, France 3 Cinéma
Distributeur: Mars Films
Genre : Drame social
Durée: 1H38
Date de sortie: 10 juin 2015

France – 2015

Cartel land, un film de Matthew Heineman : Critique, Champs-Élysées Film Festival

Matthew Heineman, cinéaste américain, est connu pour son dernier documentaire Escape Fire présenté au Festival Sundance 2012. Cartel Land a également été présenté au Festival Sundance 2015 et y a remporté deux prix.

Synopsis : A la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis règne la terreur des cartels de la drogue, responsables de meurtres et d’enlèvements chaque année. Le documentaire suit en parallèle le combat de deux hommes contre cette menace. Au cœur du village mexicain de Michoacán, José Mireles, surnommé El Doctor, est le chef de l’Autodefensas, un mouvement citoyen contre les Chevaliers Templiers, le plus redoutable cartel de drogue de la région qui sévit depuis plusieurs années. Aux Etats-Unis, aux frontières entre le Mexique et l’Arizona, le vétéran Tim ‘Nailer’ Foley et son groupe paramilitaire Arizona Border Recon, luttent contre l’invasion de la guerre des cartels mexicains en Arizona.

La Frontière indicible entre le bien et le mal.

Dès le début, Matthew Heineman se refuse à prendre parti. L’idée de réaliser ce film lui est venue d’un article qu’il avait lu sur les groupes d’autodéfense qui se forment à la frontière entre le Mexique et l’Arizona. Le documentaire suit deux histoires en parallèle, réunies par le problème des cartels de drogue.
Du coté des Etats-Unis, la peur et la paranoïa poussent Tim Nailer à créer son propre groupe de patrouille aux frontières mexicano-americaines. Coté Mexique, c’est à travers la figure du chef, José Mireles et son groupe d’autodéfense citoyenne, que l’on fait face à une guerre réelle qui oppose villageois et cartels de drogue.
On suit alors deux points de vues avec des histoires différentes, mais réunies par un même combat. La caméra garde un point de vue d’historien, droit et centré, tout en rentrant dans l’intimité de ces deux personnages. En particulier pour José Mireles, dont la vie a été chamboulée et mise en danger par son implication dans l’Autodéfense.
Tout comme a pu se questionner le réalisateur en faisant le film, comment réagirions nous si nous étions à la place de ces deux hommes ? Serions-nous, nous aussi, prêts à nous battre pour notre communauté ? Serions-nous victimes ou assoiffés de justice face à un gouvernement incapable d’assurer la sécurité ? Ainsi, le documentaire nous immerge dans la vie de ces camps pour mieux nous montrer qu’il n’est plus juste question de camps ou d’ennemis.

Le Mexique, aux portes de l’Enfer.

Ainsi, durant des mois, le réalisateur s’est immergé au cœur du problème, du côté mexicain. A travers les différents groupes d’Autodefensa, on comprend leur pouvoir grandissant mais menaçant. La limite entre justice et guérilla devient floue parmi tous les hommes armés.
Au fur et à mesure que le documentaire évolue, on se rend compte que rien n’est tout blanc ou tout noir. Un jour ces groupes sont illégaux, le lendemain ils sont soutenus par l’état. Criminels ou justiciers, leur t-shirt blanc et leur masque ne font plus la différence. C’est exactement ce que veut montrer ce documentaire, la vérité même si celle-ci s’avère difficile. Les cartels de drogue financent ces groupes d’autodéfense, donc chacun a besoin de l’autre pour exister.

Documentaire proche de la fiction.

Si le documentaire se sert des codes de la fiction, il est tout à fait réel. Loin des scénarios présentés par les médias, via les séries télé comme Breaking Bad, l’histoire des trafics de drogue est le théâtre d’une guerre invisible. A la fois sombre et perturbant, le film veut raconter l’histoire des victimes, à travers des témoignages et des images de têtes décapitées.
Une équipe restreinte a été mobilisée pour le film et c’est essentiellement Matthew Heineman qui filme tel un reporter de guerre. Même lors des scènes de fusillade ou de nuit, la caméra adopte un point de vue proche d’un film de fiction. On oublie parfois, si ce n’est grâce à des mises au point floues et des tremblements, que l’on est dans un documentaire.
Un documentaire qui veut faire réagir. Le cycle de violence dépeint doit être stoppé, ou du moins être combattu. Le réalisateur est conscient que ce film va faire débat, ça en est peut être même le but ? A la question, « Comment régler ce problème des cartels de drogues? » La réponse est économique avant tout. Si le Mexique produit autant de drogue, c’est parce que les américains en demandent et en achètent. L’enjeu est politique et la part de responsabilité incombe donc aussi aux Etats-Unis.

Cartel Land sera projeté aux Etats-Unis et au Mexique en Juillet 2015, et fera sûrement parler de lui.

Bande-annonce : Cartel Land

https://www.youtube.com/watch?v=dUehTaj_Kd0

Fiche technique – Cartel Land

Titre original : Cartel Land
Date de sortie : 3 juillet 2015 (Etats-Unis)
Nationalité : Américaine, mexicaine
Réalisation : Matthew Heineman
Scénario : Matthew Heineman
Interprétation : NR
Musique : NR
Photographie : NR
Décors : NR
Montage : Matthew Heineman
Production : Tom Yellin, Matthew Heineman
Sociétés de production : Our Time Projects, The Documentary Group
Sociétés de distribution : The Orchard
Budget : NR
Genre : Documentaire, Drame, Guerre
Durée : 98 mins
Récompense(s) : NR

Première affiche de la 8ème édition du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg

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Crée en 2007 par l’Association Spectre, le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS) est de retour pour une huitième édition.

Concurrent direct au Festival de Gérardmer dans le Grand Est, le FEFFS a rapidement su s’imposer auprès des fans et devenir l’un des plus importants festivals de genre en France. Sa popularité ne cesse de s’accroître d’année en année notamment grâce à la présence d’invités de marque (Tobe Hooper, George A. Romero, etc.), des avant-premières d’exceptions (Bellflower, Take Shelter, Moon, Buried, Monsters, Rubber, Kill List, etc.), des manifestations impressionnantes (la plus grande Zombie Walk d’Europe s’y trouve) et une programmation du feu de dieu. Cette année, le festival aura lieu du 18 au 27 septembre dans le centre-ville historique de Strasbourg. Quelques infos et une première affiche ont récemment été dévoilées par l’association.

Signée par l’illustrateur Mahon, qui officie depuis le début du festival, l’affiche présente les chérubins du Village des Damnés devant la reconnaissable Cathédrale de Strasbourg. Après avoir accueilli Tobe Hooper ou George A. Romero à la présidence du Jury Long-Métrage, cela laisserait-il sous-entendre que John Carpenter puisse être présent au festival ? Ou du moins qu’une rétrospective lui soit consacrée ? Quoiqu’il en soit, cette édition du FEFFS sera sous le signe de l’enfant dans le cinéma fantastique, la thématique y est en effet intitulée « Kids in the Dark ».

La programmation y est encore inconnue mais devrait être dévoilée progressivement ces prochaines semaines. Le communiqué officiel annonce que cette huitième édition du FEFFS projetera une trentaine d’avant-premières venues du monde entier, et en présence des réalisateurs. Ajouté à cela la diffusion neuf grands classiques « rarement diffusées sur Grand Ecran » prévus dans sa rétrospective thématique.

Le FEFFS au-delà de sa programmation alléchante, c’est également une section Jeux Vidéo très complète avec une compétition de jeux vidéo indépendant (l’Indie Game Contest), des expositions et des salles de jeux. Le Village Fantastique change de destination et sera désormais Place Saint-Thomas, pour tous les amoureux du cinéma de genre. La fameuse Zombie Walk, qui chaque année voit déambuler des hordes de zombie d’un jour dans les rues de Strasbourg, aura lieu le samedi 19 septembre. Des conférences et des expositions seront également au programme. Une projection en plein air gratuite est prévue le mardi 22 septembre 2015, ce qui s’avère indispensable tant la séance de SOS Fantômes l’an passé avait été un succès, avec deux mille spectateurs.

Rappelez-vous, l’an passé un membre de la rédaction était parti couvrir tout l’événement afin de vous dénicher les perles du cinéma de genre à ne pas louper. Il nous avait rapporté dans ses bagages des souvenirs inoubliables et quelques films marquants comme les révélations A Girl Walks Home Alone at Night de Ana Lily Amirpour, What We Do in the Shadows de Jemaine Clement et Taika Waititi, White Bird de Gregg Araki, Alléluia de Fabrice du Welz, Predestination des frères Spierig ou le somptueux court métrage The Landing de Josh Tanner.

Comptez sur la rédaction de CineSeriesmag pour être à nouveau présent au festival, cette année !


Pour plus d’informations : http://strasbourgfestival.com/

Cinquante Nuances de Grey accusé d’encourager les abus domestiques

Le centre National contre l’Exploitation Sexuelle poursuit sa guerre contre Cinquante Nuances de Grey

Le centre National contre l’Exploitation Sexuelle (NSE), qui avait déjà condamné le film Cinquante Nuances de Grey lors de sa sortie en salles tente à présent d’interrompre la saga après l’annonce du spin off consacré à Christian Grey faite par E.L. James. Le directeur du NSE, Dawn Hawkins, a déclaré que le personnage de Christian Grey représentait « un homme qui torture et contraint l’objet de son amour pour son plaisir sexuel. »

« En réalité, trop de femmes souffrent chaque jour entre les mains de la violence et des abus. Considérer de telles brutalités comme un jeu érotique ou justifiable à cause d’expériences abusives passées ou encore pour la richesse et le pouvoir, est une offense et un affront à toutes les femmes victimes d’abus… », ajoutait le président. « La poursuite d’une telle saga encourage la banalisation des abus domestiques. Cela renvoie un message mensonger selon lequel les victimes peuvent doser la violence et contrôler leurs partenaires en étant obéissantes. »

Le président Hawkins encourage le public à soutenir la campagne 50 Dollars pas 50 Nuances lancée cet hiver pour la sortie de Cinquante Nuances de Grey en choisissant de boycotter le film et en utilisant leur argent dans des lots de tickets, popcorn et boissons pour aider les refuges et les agences qui luttent contre la violence domestique. Une ambition certes louable mais qui soulève débats et polémiques.

Hollywood est d’ailleurs accusé de véhiculer les mêmes clichés que la pornographie et le site du NSE est assez explicite à ce sujet. On peut y lire ces propos : « L’industrie du porno conditionne les hommes et les femmes à accepter que la violence sexuelle est divertissante. Cinquante nuances de Grey diffuse ce credo et Hollywood encaisse le chèque ! »

Une enseignante renvoyée pour avoir montré le film à ses élèves

Des accusations qui vont, peut-être, un peu loin quand on sait que, pour échapper à la censure, le film a été tourné sans les scènes les plus « hard » du roman. Pour autant, ce n’est pas une raison suffisante pour en faire une exploitation pédagogique. C’est pourtant l’expérience qu’une enseignante tchèque a tenté avec ses élèves de troisième le 13 mai dernier. Il sera mis fin au contrat de cette professeure remplaçante le 30 juin prochain pour avoir montré en classe le film Cinquante Nuances de Grey alors interdit aux moins de 15 ans en République Tchèque.

Izombie, saison 1: critique série

La CW semble avoir trouvé son filon en montant un partenariat avec DC. Troisième adaptation d’une série de comics après Arrow et Flash, Izombie n’appartient toutefois pas à l’univers connecté des deux autres héros (même si l’idée d’un cross-over n’est pas sans charme).

Zombie pro, nouveau look pour une nouvelle mort

Librement adapté de l’œuvre du même nom de Michael Allred et Chris Robertson, le pitch reprend l’idée de la jeune zombie devant dévorer des cerveaux pour garder un semblant d’humanité, mais obligée de revivre les souvenirs et adoptant la personnalité de son repas. Une compétence qu’elle décide de mettre au service de la police en travaillant à la morgue, ce qui lui permet de se nourrir facilement. Si le principe promet un feuilleton gothique teinté d’humour noir et d’horreur, il ne faut pas oublier que l’on est sur la CW qui préfère produire des séries teen gentillettes. Le genre de show où rien ne dépasse, où tous les personnages semblent sortir d’un magazine de mode tandis que la morale reste relativement sauve.

À partir de là, le titre, Izombie, n’est pas dénué d’une ironie mordante. S’il fait référence en premier lieu au dilemme intérieur du personnage (« moi, zombie »), il est difficile de ne pas penser également aux produits technologiques qui ont envahi notre quotidien. Ipod, Iphone, Ipad…des produits fonctionnels à l’utilité plus ou moins évidente qui amusent le public. De la même manière que l’informatique est passé d’une activité d’initiés à un objet du quotidien, le zombie, autrefois symbole de contre-culture, s’est assagi. Fini la décomposition putride ou les membres tombants, le zombie est devenu propre, bien habillé, sexy et surtout docile et utile à la société. Constat alarmant ou évolution logique d’une figure qui a bien trop longtemps fait sa crise d’ado et décide de passer à l’âge adulte ? Il n’empêche que ce relooking fait rentrer le mort vivant dans le rang, chose que les puristes vont difficilement avaler en imaginant leur monstre favori lavé du cerveau et pleinement compatible avec la génération 2.0. De toute façon il faut se rendre à l’évidence, la culture geek n’est plus cette tendance underground méprisée par les sportifs bêta et les mannequins taille 32, défendue bec et ongles par des tribus d’obscur barbus jouant aux jeux vidéos dans des caves. Elle est devenue une mode prête à porter, que le public s’est approprié en totalité. Aussi, découvrir Liv Moore (jeux de mots subtil) arborant fièrement une crinière de cheveux blancs et un teint légèrement plus pâle que la moyenne tient finalement d’une évolution logique plutôt que d’une volonté des producteurs de cracher sur un héritage.

Il faut toutefois y aller avec des baguettes avant de parler de réinvention du genre. Si Izombie ne respecte pas les codes imposés par ses illustres modèles, elle se contente de les remplacer par d’autres. La formule est donc celle d’un procédural classique où un personnage extérieur doté d’une capacité spéciale apporte son aide aux forces de polices. Dead Zone, Mentalist, Medium…les exemples ne manquent pas, et cette nouvelle série ne change finalement que l’emballage pour proposer le même produit bien sage où l’on devine rapidement que le coupable est le troisième personnage interrogé par le flic bourru. Déjà vu…mais il faut admettre que l’ensemble ne manque pas de charme, surtout grâce aux acteurs. Rose McIver est relativement drôle dans son rôle de zombie à l’identité variable, même si ses personnalités d’emprunt tombent régulièrement dans le cliché (la pom-pom girl cruche, l’artiste hypersensible…). En face, David Anders incarne avec un charisme certain le psychopathe qui mettra un peu de désordre dans cet univers trop lisse. Pour le reste, si les enquêtes peuvent parfois paraître bancales, l’intrigue générale réserve tout de même quelques jolies surprises comme l’apparition d’un second antagoniste en fin de course, caricature à peine déguisée du fondateur de Redbull, ou l’évolution étonnante de Major, l’ex petit ami à la mâchoire carrée.

Pour l’instant, la CW propose un procédural classique un peu hésitant dans sa part laissée au surnaturel, préférant les explications pseudo-scientifique maladroites plutôt que le fantastique pur et évitant au maximum les détails trop gore. Izombie n’est finalement pas si éloignée de sa grande sœur Arrow, qui jouait également la sécurité d’un concept efficace avant de trouver son rythme et son identité. En espérant alors que les scénaristes suivent la même voie et se libèrent de ce cahier des charges un peu poussiéreux afin de proposer quelque chose de vraiment fun et divertissant. Après tout, le comics original a aussi des fantômes, des momies, des vampires joueuses de paintball et des loup-garous. Si la série creusait dans ce sens plutôt que d’essayer de copier Veronica Mars (ancienne série du producteur Rob Thomas), elle trouverait sûrement ce nouveau souffle dont elle aurait grand besoin et ressemblerait un peu moins à un produit formaté pour le grand public.

Synopsis : Olivia « Liv » Moore, une étudiante en médecine transformée en zombie suite à une soirée qui a mal tourné devient médecin légiste pour calmer sa faim. Mais, à chaque bouchée, elle hérite des souvenirs des victimes. Elle décide donc d’aider le détective Clive Babineaux à résoudre des affaires criminelles.

Izombie : Bande-annonce

Fiche Technique – Izombie

Titre original : Izombie
Titre français : Izombie
Date de sortie : 2015
Nationalité : États-Unis
Création : Rob Thomas
Épisodes : 13 (45 min)
Interprétation : Rose McIver, David Anders, Malcolm Goodwin, Rahul Kohli, Robert Buckley…
Musique : Josh Kramon, Deadboy & the Elephantmen.
Production : Table Six Production, Spondoolie Production, Vertigo, Warner Bros, DC Comics.
Distribution : The CW
Budget : N.C
Genre : Policier, Fantastique, Horreur.

Hunger Games : La Révolte, partie 2 : découvrez la bande-annonce

Hunger Games : La Révolte, partie 2 : la bande-annonce explosive du film enfin disponible !

Synopsis : Alors que Panem est ravagé par une guerre désormais totale, Katniss et le Président Snow vont s’affronter pour la dernière fois. Katniss et ses plus proches amis – Gale, Finnick, et Peeta – sont envoyés en mission pour le District 13 : ils vont risquer leur vie pour tenter d’assassiner le Président Snow, qui s’est juré de détruire Katniss. Les pièges mortels, les ennemis et les choix déchirants qui attendent Katniss seront des épreuves bien pires que tout ce qu’elle a déjà pu affronter dans l’arène…

Annoncée quelques jours auparavant par Jennifer Lawrence sur Facebook au travers de la photo ci-dessus intitulée « 6.9.15#MockingjayPart2#Unite » (09/06/15#GeaimoqueurPart2), la bande-annonce de Hunger Games : La Révolte (Moquingjay), partie 2 est enfin disponible !

Elle correspond à la fin officielle du tournage du quatrième volet de la saga Hunger Games confirmée par le réalisateur, Francis Lawrence, sur Twitter. Un dernier épisode qui sent la vengeance à plein nez à en croire les propos clamés par Katniss Everdeen (Jennifer Lawrence) dès le début du trailer : « Snow (Donald Sutherland) doit payer pour ce qu’il a fait ! ».

Hunger Games : La Révolte (partie 2) sortira le 18 novembre prochain au cinéma. Pour l’apogée finale d’une rébellion contre le Capitole engagée depuis la fin de l’épisode 1, on retrouvera Haymitch Abernathy (Woody Harrelson), Peeta Mellark (Josh Hutcherson) ainsi Gale Hawthorne (Liam Hemsworth) et Finick Odair (Sam Claflin).

Hunger Games : La Révolte, partie 2 : Bande-annonce

Dégradé, un film de Tarzan et Arab Nasser : critique

Présenté en compétition à la Semaine de la Critique à Cannes cette année, Dégradé est un film qui nous vient tout droit de Palestine.

Synopsis : Une famille mafieuse a volé le lion du zoo de Gaza et le Hamas décide de lui régler son compte ! Prises au piège par l’affrontement armé, treize femmes se retrouvent coincées dans le petit salon de coiffure de Christine. Ce lieu de détente devenu survolté le temps d’un après-midi va voir se confronter des personnalités étonnantes et hautes en couleur, de tous âges et de toutes catégories sociales…

13 femmes 

De là-bas, nous parviennent le plus souvent des images de guerre. Or, cette histoire de femmes (contée par deux hommes), pourtant située en plein Gaza, prend le parti de ne pas parler  directement de guerre, mais de vie. Ainsi, si des figures s’affrontent, c’est sans armes. Le conflit armé a lieu hors les murs, on l’entend, mais on ne le vit que par le son. Tel un huis-clos, tout le film se passe à l’intérieur d’un salon de coiffure où treize femmes se retrouvent coincées. D’abord d’apparence frivoles, leurs conversations deviennent de plus en plus tendues et révélatrices de leur désir de vie, mais aussi des querelles sanguinaires qui se passent au dehors. Confinées, elles se révèlent de plus en plus et certaines envahissent même l’espace telles des chefs de meute. Le film commence sur un ton léger, c’est un moment de détente comme un autre, mais une arrivée impromptue vient tout bouleverser : un lion volé et exhibé par le petit ami d’une des coiffeuses du salon. Étrange ballet, drôle au départ, mais qui déclenche une salve de coups de feux.

Un récit décoiffant ? 

L’intérêt principal de ce premier film est de montrer le conflit autrement et de s’interroger sur ce qu’est être une femme aujourd’hui en Palestine. Pour cela, les deux frères réalisateurs, qui ne manquent pas d’humour, ont tenté de réunir à travers leurs personnages un large panel de femmes « de tous âges et de tous horizons ». Résultat, se côtoient dans ce salon une divorcée, une fervente religieuse, une future mariée et bien d’autres personnages hauts en couleurs. Chacun a sa fonction propre dans le film et avec cela son discours. Si bien que tout est fait pour que le conflit qui se joue à l’extérieur, se déplace aussi à l’intérieur. Les femmes du salon se mettent alors à parler de politique et forment même un gouvernement imaginaire, s’écharpent aussi sur des différences de croyances, de convenances. On y croise même une lionne, cheveux devenus crinières qui vocifère sur chacune des clientes. Quelque chose se noue et les aspirations des jeunes filles sont retranscrites. D’autant que si dehors c’est la mort qui advient, à l’intérieur, c’est la vie qui se joue et une autre tension qui démarre : une des clientes est prête à accoucher. On perçoit alors dans ce film des éclats de voix, des rires et des pistes de réflexions. Cependant, si le film parvient à retranscrire un bouillonnement, une pulsion de vie, il est trop démonstratif. Son propos, sa nécessité vitale en plein conflit en fait un film fort, mais ses personnages restent trop enfermés dans des fonctions qui peinent à éviter les clichés attendus. Le film travaille comme un miroir, celui d’une société en souffrance. On y croise alors des femmes figées dans une posture que le film exige pour pouvoir s’exprimer pleinement. Sur un ton à la fois léger, mais décalé par l’urgence de la situation extérieure, le film verse parfois dans l’exagération, mais demeure un message humaniste très fort, réalisé par deux frères au talent certain. Il porte la voix de ceux qui souffrent chaque jour, enfermés dans un conflit qui les dépasse alors qu’ils ne font que rêver d’avenir (grossesse, mariage…) et de liberté (de culte, d’opinion, de création). Après 1h20, on se dit tout de même que Dégradé est moins décoiffant que ne le laissait rêver son titre. Un titre évocateur autant d’une coupe de cheveux que de l’évolution catastrophique d’une situation que le film dénonce à sa manière…

Dégradé : Bande annonce

Dégradé : Fiche technique

Réalisation/scénario : Arab et Tarzan Nasser
Interprètes : Hiam Abbas,  Maisa Abd Elhadi, Manal Awad, Mirna Sakhla, Victoria Balitska, Dina Shuhaiber …
Compositeur : Benjamin Grospiron
Directeur de la photographie : Eric Devin
Monteuse : Sophie Reine
Production : Les Films du Tambour, Made In Palestine Project
Coproduction : Full House, Mille et Une Films, Abbout Productions
Distributeur international : Elle Driver
Distributeur France : Le Pacte
Durée : 83 minutes
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 27 avril 2016

Palestine/France/Quatar – 2015

 

Champs-Élysées Film Festival : 4ème édition

4ème édition du Champs-Élysées Film Festival.

10 juin 2015 à Paris, départ de la 4ème édition du Champs-Élysées Film Festival.
Depuis 4 ans, l’évènement met à l’honneur la diversité des cinémas indépendants français et américains ; du film restauré au contemporain des années 2000, et contribue ainsi à la visibilité de ces puits d’idées riches et talentueuses.
Le concept mis sur pied par les organisateurs rapproche les cinéastes et les conférenciers du public ; le public comme seul jury de la compétition. Soumise à l’appréciation de spectateurs avisés, la programmation se veut éclectique et ventile tout au long des 6 jours des œuvres perturbantes, sociologiques ou encore politiques ; aussi des rencontres et soirées à thème.

A l’issue, seront décernés trois trophées pour les catégories :
– meilleur court-métrage français,
– meilleur court-métrage américain,
– meilleur long-métrage indépendant américain.

Il nous est également proposé de redécouvrir des longs, tels Cloak and Dagger de Fritz Lang le mercredi 10 à 20h30 au MK2 Grand Palais ; Une famille à louer de Jean-Pierre Améris, avec Benoît Poelvoorde, en première séance du soir le lundi 15 au Publicis Cinémas.
Gran Torino de Clint Eastwood, Citizen Kane ou encore Killer Joe réalisé par William Friedkin, duquel les organisateurs présentent 6 films majeurs :
– Sorcerer projeté en version longue au cinéma Le Balzac,
– Cruising avec Al Pacino,
– To Live and Die in L.A., qui prit la deuxième place au box-office US dès son premier week-end en salles mais passa presque inaperçu en France,
– Bug, un thriller américano-allemand,
– The Exorcist en Director’s Cut,
– et Killer Joe avec Matthew McConaughey, sorti en 2012.

L’an passé, les présidents du festival étaient Bertrand Tavernier et l’actrice Jacqueline Bisset. En 2015, c’est au tour de Jeremy Irons et Emilie Dequenne d’enfiler le costume. Les invités d’honneur eux aussi se succèdent, année après année, toujours syncrétiques, à l’image du Champs-Élysées Film Festival. Pour cette nouvelle édition, Euzhan Palcy, Josh et Benny Safdie, jeunes courts-métreurs newyorkais, Alan Parker et bien entendu le percutant William Friedkin, ont répondu présent.

Parallèlement à son but premier, Le Champs-Élysées Film Festival s’engage en soutenant l’association « Les Toiles Enchantées ». L’artiste multicarte Lambert Wilson, son ambassadeur plusieurs fois nominés aux Césars ainsi qu’aux Molières, résume la raison d’exister de l’association avec ces quelques mots : « Quand les enfants ne peuvent pas aller au cinéma c’est au cinéma de se déplacer ». Fondée en 1997, elle se mobilise pour faire connaître les sensations du grand écran aux enfants hospitalisés ou handicapés. Elle organise les projections au même moment des sorties en salles, apporte du soutien et leur permet de s’échapper pour quelques instants d’un quotidien difficile.
Quelques chiffres reflètent très exactement l’importance de cette démarche humaniste. En 2014, 350 séances ont été organisées. Près de 21 000 enfants ont ainsi pu prendre place dans 140 établissements partenaires. Belle réussite !

Le Champs-Élysées Film Festival, un évènement couvert par CinéSéries-Mag.

Pour en savoir plus :

http://www.champselyseesfilmfestival.com/2015/fr/selection-officielle/competition/

http://www.lestoilesenchantees.com/

Series Arrow/The Flash: Critique croisée

Créer une série autour d’un super héros relativement méconnu du grand public était un pari osé. Contre toute attente la CW l’a remporté haut la main en réussissant à imposer son Green Arrow dans l’imaginaire collectif, face aux mastodontes du grand écran.

SynopsisDeux ans après être devenu Arrow, Oliver Queen est toujours le justicier de Starling City et de nombreux alliés viennent l’aider dans sa croisade tandis qu’il doit faire face à de nouvelles menaces. Mais non loin, à Central City, un nouveau héro apparaît et avec lui des problèmes d’un nouveau genre. L’univers d’Oliver Queen et de ses amis est alors bouleversé.  

Le début d’une nouvelle ère ?

Le network à donc décidé cette année de frapper un grand coup en relançant sa série phare, tout en proposant un spin-off autour du personnage de Barry Allen. Déjà passé par Starling City le temps d’un épisode, l’homme est plus connu sous le nom de Flash. La chaîne prend alors le risque de concurrencer Marvel sur son propre terrain de l’univers partagé, avec les moyens à sa disposition (soit le budget d’une série télé). Arrow et Flash vivent donc leurs petites vies chacun dans leurs villes respectives, se rendant éventuellement visite le temps de quelques épisodes. Faut-il y voir une simple ambition mercantile avec l’utilisation d’une série à succès comme tremplin pour une nouveauté risquée, ou l’instant marque-t-il l’apparition d’une « méga-série » qui dépasserait les simples structures classiques en saison ? Si l’ensemble n’est pas parfait, certaines questions finissent par se poser.

Mais ne nous emballons pas, commençons par le début. Arrow arrive donc à sa troisième saison, et tout semble aller pour le mieux après l’affrontement dantesque contre Slade Wilson/Deadstroke (soit le plus grand assassin de l’univers DC comics). Le justicier est enfin accepté par la population de Starling City et malgré la présence de criminel de tout poil, le calme semble être revenu. Néanmoins Olivers Queen est sur la paille et voit sa société rachetée par un certain Ray Palmer, sa petite sœur est partie avec son ennemi juré Malcolm Merlyn et une des ses alliés est assassinée avec trois flèches dans le ventre. Autrement dit, pas de vacances pour les vrais héros. Malgré toutes ces pistes alléchantes, cette nouvelle saison souffre d’un manque flagrant de cohérence. Si la saison 2 était quasi entièrement consacrée à Slade, celle-ci à bien du mal à se choisir une cible fixe, accumulant les arcs narratifs un peu poussifs. Le méchant est d’abord Malcolm Merlyn sur le retour, puis un certain Brick qui veut prendre le contrôle de la ville, pour enfin conclure sur la ligue des assassins et leur leader immortel Ras’ al Ghul.

Ainsi rien ne s’installe véritablement dans la durée et on se retrouve face à une série qui semble vouloir réinventer ses propres codes sans rien proposer de concret en retour. Les fameux flash-back présentant le passé d’Oliver, qui ont toujours été un peu lourds, quittent ainsi l’île de Lian Yu pour Hong-kong et développent une intrigue rocambolesque autour d’un bio-virus qui n’apporte pas grand chose à l’ensemble. Le présent ne s’en sort pas mieux avec un Atom anecdotique (malgré le talent comique sous-estimé de Brandon Routh) et un Ras’al Ghul manquant un peu de charisme. Si le risque de prendre un acteur assez peu expérimenté pour un tel rôle est louable, l’envergure du personnage aurait mérité un traitement de faveur. L’ex-rugbyman Matt Nable (3 rôles à son actif) n’est pas ridicule, mais ne possède pas l’ampleur d’un Vinnie Jones (Brick) et d’un Peter Stormare (Vertigo), qui bouffent littéralement l’écran lors de leurs apparitions anecdotiques. En s’embourbant dans des digressions psychologiques maladroites, cette troisième saison s’égare et perd un peu sa puissance iconique qui titillait notre fibre de grand gamin et lui permettait de dépasser son statut de série teen au casting classe mannequin.

The Flash propose pour sa part un modèle différent, qui puise directement dans l’âge d’or des comics avec un plaisir communicatif. A l’exact opposé des nuance sombres de Starling City, Central City brille d’un soleil éclatant sous lequel Barry Allen affronte toutes sortes d’humains disposant également de super-pouvoirs divers et variés (téléportation, contrôle de la météo…). Loin des intrigues de gangster et des manigances financières, cette seconde série renoue avec un esprit pulp à l’ancienne, développant des scénarios autours de savants fous, de romances sympathiques et de voyages temporels. Pour citer Oliver Queen, « Central city est la ville où il fait toujours beau et où les méchants se donnent des surnoms rigolos ». L’esprit est plutôt bon enfant et la saison ressemble à une gigantesque cour de récréation où les traits d’humours fusent aussi vite que les rayons glaçant de Captain Cold.

Et si Arrow péchait par un méchant anecdotique, The Flash réussi le tour de force de proposer un des plus formidable antagoniste vu depuis longtemps dans une adaptation de comics. Grâce à une écriture minutieuse et une interprétation parfaite de Tom Cavanagh (qui arrive à faire oublier son rôle de grand frère glandeur dans Scrubs), le docteur Harrison Wells dépasse largement tout les super-vilains vu à la télévision et au cinéma ces dernières années (à l’exception du Joker de Heath Ledger). Ambigu jusqu’au bout dans un double rôle de mentor et d’ennemi juré, le personnage reste séduisant même quand ses travers les plus odieux sont révélés, continuant à porter de l’affection aux héros, malgré leurs divergences. Bien que ses motivations restent floues jusqu’à la fin, sa simple présence vaut le détour. Les scénaristes de Marvel feraient bien de prendre des notes. Malgré son budget serré, The Flash est une réussite presque totale, ne décevant que dans son épisode final qui s’embrouille un peu les pinceaux avec des dilemmes assez hors de propos.

Se pose maintenant la question de l’univers partagé. Qu’apportent donc les ponts entre les deux univers ? Pas grand choses en fait d’un point de vue scénaristique, les deux séries fonctionnent de façon relativement autonome, avec chacune leurs ambiances et leurs intrigues propres. Deux gros points de convergences sont à noter tout de même. D’abord un cross-over assez bien fichu où les deux héros s’entraident pour attraper deux méchants assez corsés, et un coup de main mutuel quand il s’agit de défaire les antagonistes principaux, sans toutefois empiéter sur la puissance iconique d’un duel final. Pour le reste les scénaristes ont eu tendance à s’emballer en faisant intervenir des personnages secondaires de Arrow dans The Flash sans proposer d’équivalent de l’autre coté. Il en ressort une chronologie bancale dans la mesure où ces parenthèses ne s’intègrent pas du tout dans l’intrigue de la série mère, qui reste constant dans son état de crise. Difficile de comprendre quand Félicity et Atom ont trouvé le temps de passer prendre des vacances à Central City alors qu’en face Oliver est porté disparu et Starling City sous le joug de Brick. Des petits soucis temporels qui mettent déjà à mal la cohérence de l’ensemble, c’est dommage. Heureusement que ces croisements possèdent un autre intérêt.

La rencontre de deux univers antithétiques offre un niveau de lecture assez original. En bombardant Oliver Queen dans le décor fun et gentillet de Central City et en confrontant Barry Allen a la violence de Starling City, ce sont deux visions du monde qui s’affrontent. L’archer supporte difficilement la puérilité du bolide écarlate, tandis que ce dernier n’apprécie pas vraiment les méthodes violentes de son collègue. La confrontation de ces deux points de vue offre finalement un regard critique sur chacune des séries donnant à l’édifice une dimension presque méta. Au travers de leurs protagonistes, les scénaristes mettent en avant les défauts de leurs propres créations, commentent leurs univers et assument leurs différences de ton. Les deux séries se complètent alors plutôt bien, tout en proposant deux formes différentes afin de toucher un public plus vaste.

Il reste encore du chemin à faire pour que cet univers partagé fonctionne correctement, mais les débuts sont plutôt encourageants. Il faut espérer que Arrow se relève et propose une quatrième saison de qualité pour ne pas être enterré par sa petite sœur qui est l’une des bonnes surprises de l’année. Reste également à juger de l’intérêt du prochain spin-off Legend of tomorow et de ce qu’il apportera à l’ensemble. En espérant que la CW ne se fasse pas a nouveau couper l’herbe sous le pied par la Warner déjà responsable des apparitions réduites de la suicide squad par peur de la concurrence (en annulant tout espoir d’une apparition de Harley Quinn). Autrement les bases sont là, et si les producteurs gèrent bien leur coup, tout cela débouchera peut être sur une méga-série d’un nouveau genre qui fera date dans l’histoire de la télévision.

Arrow/The Flash : Teaser

Arrow/The Flash: Fiche Technique 

Titre original : Arrow/The Flash
Titre français : Arrow/The Flash
Date de sortie : 2012/2014
Nationalité : États-Unis
Création : Andrew Kreisberg, Greg Berlanti, Marc Guggenheim, Geoff Jones
Épisodes : 69/23
Interprétation : Stephen Amell, Grant Gustin, David Ramsay, Tom Cavanagh, Candice Patton, Emily Bett Rickard…
Musique : Blake Neely
Production : Greg Berlanti, Andrew Kreisberg, Geoff Jones, Gardner Fox, Harry Lampert, Marc Guggenheim
Distribution : The CW
Budget : NC
Genre : Action, Fantastique, Super-héros

Green Room, un film de Jeremy Saulnier: critique

La violence est un art

On ne ressort pas indemne de ce long métrage de Jeremy Saulnier, qui a réellement marqué la Quinzaine des Réalisateurs de part cette violence parfaitement orchestrée qui déstabilise les spectateurs tout au long du film, Green Room. Certains tentaient par tous les moyens de pouvoir sortir de la salle, d’autres se morfondaient dans leurs sièges en se demandant quand cette histoire « vicieuse » s’arrêtera, et certains étaient émerveillés devant cette atmosphère digne d’un thriller de qualité. Cette œuvre n’est assurément pas faîte pour les âmes sensibles, on comprend dès les premières minutes que ce film noir va nous faire vivre un cauchemar cinématographique. Tout est mis en œuvre pour faire délivrer une expérience aux spectateurs, avec plusieurs moments épiques, tels que des concerts dans des pubs remplis de Skinheads néonazis ; des meurtres à foison et des bains de sang à n’en plus compter.

Green Room pourrait être comparé également en termes de registre à Prisoners ou encore au Silence des Agneaux, notamment concernant l’intensité que dégage ce film. Cependant, Saulnier n’a pas encore atteint certainement la maturité ou la maîtrise nécessaire d’un thriller que dispose par exemple, un Denis Villeneuve. Mais, la qualité que l’on peut louer à Jeremy Saulnier c’est sa capacité à ne pas « faire de la violence pour faire de la violence », comme on voit très souvent malheureusement aujourd’hui. Toutes les scènes choquantes et perturbantes à l’écran sont habilement choisies, à l’image du « chien meurtrier » en pleine agonie mais toujours prêt à exercer les ordres. Le réalisateur se distingue aussi de part sa capacité à être imprévisible, au vue des nombreux retournements de situations qui sont rarement téléphonées. A l’image de la fin notamment qui fait prendre une autre dimension au film en s’échappant du contexte initial.

Ce qui est agréable également après avoir visionné de cette œuvre, c’est la capacité des acteurs à prendre une autre dimension au fur et à mesure du film. Puisque à première vue, on découvre des acteurs qui ne sont pas réellement charismatiques. Celle qui sort réellement du lot est Imogen Poots, anodine rescapée du premier meurtre puis véritable héroïne qui porte le film à elle toute seule. Sa neutralité, son sang froid, sa classe naturelle et sa vision de la vie, fait d’elle un personnage que l’on pourrait qualifier de « sublimé » si on la compare aux autres acteurs.

D’autre part le choix de tourner ce film majoritairement en huis-clos est très judicieux et convient parfaitement dans ce type de thriller. On retrouve ainsi une tension naturelle, dans un espace clos où les êtres disparaissent et laissent place à leurs côtés plus lugubres dans des situations aussi précaires. Par moment, ce long-métrage fait également penser au Panic Room de David Fincher. Notamment, avec ces innombrables tensions autour d’une porte verrouillée, où d’un côté les innocents sont dans des conditions précaires et de l’autre côté on discerne les « déterminés » prêts à tout pour en découdre et mettre fin au suspens. De ce fait, on pourrait dire que le cinéaste américain a totalement compris les codes du Thriller, en utilisant tout les procédés pour maintenir en haleine les spectateurs.

Cependant, le point négatif de cette œuvre est son incapacité à aller au-delà de son registre, et tenter d’innover, bien que l’on comprend aisément que ce n’est pas son objectif premier. Le réalisateur réalise une œuvre intéressante dans son registre, en appliquant minutieusement avec de vraies qualités les règles du thriller. Mais, on ressort de cette projection en se disant qu’il y a un air de déjà vu, comme si avec les diverses capacités de ce réalisateur n’avaient pas été totalement exploitées. On pourrait même également reprocher un casting des acteurs « secondaires » un peu léger qui plombe quelques échanges dans des passages cruciaux. Green Room aurait sans doute gagné en efficacité en durant 30 minutes de plus, et en développant quelques scènes comme ce « final de feu » dans tout les sens du terme. Puisque à la fin de cette œuvre, on a véritablement le sentiment que ce réalisateur aurait pu donner encore plus. La note aurait même pu être moins élevée si cette fin atypique n’était pas venue apporter un second souffle à ce thriller qui finit au bout d’un certain moment par être moins prenant.
Ainsi, Jeremy Saulnier au travers de ce troisième long-métrage confirme tout son potentiel entrevu notamment dans Blue Ruin deux ans auparavant. Ce cinéaste doit cependant se remettre en question sur certains éléments, et chercher principalement à apporter une réelle valeur ajoutée aux spectateurs. Puisqu’il est évident que cet américain, dans son registre peut un jour réaliser une œuvre qui rentrera dans les classiques des « thrillers » des années 2010.

Synopsis : Après avoir assisté à un acte de violence terrible, un jeune groupe de punk rock se retrouve piégé dans un lieu isolé. Pour survivre, ils vont devoir lutter contre une bande de skinheads bien décidés à éliminer tous les témoins.

Green Room, de Jeremy Saulnier : Bande-annonce

Fiche technique: Green Room

Réalisation : Jeremy Saulnier
Scénario : Jeremy Saulnier
Interprétation : Anton Yelchin (Pat), Imogen Poots (Amber), Patrick Stewart (Darcy), Alia Shawkat (Sam), Callum Turner (Tiger), Joe Cole (Reece)…
Musique : Brooke Blair, Will Blair
Photographie : Sean Porter
Décors : Ryan Warren Smith
Montage : Julia Bloch
Production : Broad Green Pictures
Sociétés de production : Broad Green Pictures, Film Science
Distribution (France) : The Jockers, Bac Film
Genre : Thriller
Durée : 94 minutes
Date de sortie : 27 avril 2016

Etats-Unis – 2015

Auteur : Adrien Lavrat

Fin de Partie, un film de Sharon Maymon et Tal Granit: critique

Arsenic et vieilles dentelles

Le sujet de l’euthanasie est devenu suffisamment sociétal pour que les cinéastes s’en emparent et le cuisinent à toutes les sauces. C’est une question de morale et de religion, d’éthique par la même occasion, qui empêche que l’on puisse accorder à l’être humain ce que l’on propose à nos animaux qui souffrent trop. Une question sérieuse en tout cas que les réalisatrices Sharon Maymon et Tal Granit ont choisi de traiter sur le mode de l’humour. Un parti pris qui n’est pas sans risque, car les aller-retours entre le rire et le sérieux peuvent desservir le propos et devenir contre-productifs.

Mais même si elles n’y vont pas toujours avec le dos de la cuillère, les deux réalisatrices réussissent globalement à faire cette synthèse : faire rire de la mort tout en montrant la nécessité de pouvoir mourir dans la dignité.  

L’histoire commence avec un « senior » -puisque les vieux de nos jours sont appelés ainsi- qui fait une blague à une senior. Ezéchiel (Ze’ev Ravach) est un ingénieur retraité qui aime inventer toutes sortes de machines, ici un engin qui déforme la voix, là un appareil qui (est censé) distribuer automatiquement les médicaments à la bonne heure et au bon jour. Avec sa femme Levana (Levana Finkelshtein) comme complice et à l’aide de sa facétieuse invention qui lui donne une voix sépulcrale, il passe un coup de fil à  Zelda, une autre résidente de leur complexe pour riches retraités, en se faisant passer pour Elohim (Dieu) et en lui conseillant de bien prendre ses médicaments, puisqu’il n’y a pas encore de place libre au paradis. La voisine fait délicieusement semblant de tomber dans le panneau.

La scène est irrésistible et donne le ton : un ton irrévérencieux, qui sort les personnes âgées d’un carcan à l’intérieur duquel on ne leur permet d’habitude que maladie, souffrance et ennui. Car tel est le premier mérite de ce film : donner une place à ce troisième âge, des êtres humains qui ne sont qu’une version plus vieille de ce qu’ils ont toujours été, des blagueurs, des amoureux, de mauvaises cuisinières, ou carrément des individus peu recommandables. Une autre scène illustre cela tout aussi drôlement : une sortie du placard dans tous les sens du terme, pour un des amis qui se déclare gay sur le tard (« ne dites rien à personne, ma mère n’est pas au courant »  dit-il du haut de ses 70 ans et plus !). De fait, les protagonistes attirent immédiatement la sympathie du spectateur, d’autant qu’ils sont interprétés par d’excellents acteurs, largement reconnus en Israël.

Très vite, la question de l’euthanasie apparaît, car le mari de Yana (Aliza Rozen), l’une d’entre cette bande de joyeux drilles est en phase terminale d’un très douloureux cancer, et ses souffrances sont non seulement physiques, mais également morales, face à l’absence d’autonomie dans les gestes les plus intimes. Yana demande à Ezéchiel de l’aider à trouver une manière d’abréger les insupportables souffrances de son ami. Ezéchiel ne se fait pas trop prier pour mettre au point une machine qui délivrera un produit létal au moment voulu, sous l’action du malade lui-même, ce qui équivaut à mettre sur pied une vraie procédure de suicide assisté, illégal dans le pays et partout ailleurs, sauf dans des rares cas comme celui de la Suisse. (Cette machine, appelée « Deliverance » imaginée par le Dr. Philip Nitschke, a réellement existé).

Au milieu de quelques péripéties dont certaines sont vraiment amusantes et savoureuses (tel le running gag du policier qui les arrête à chaque retour de « mission », qui se méprend sur la nature de leurs pleurs à chaude larme, et qui se sent obligé d’effacer l’effraction constatée et l’amende qui va avec), le « gang » se met à l’œuvre, et aide leur ami et quelques autres à franchir le pas.

Le film, Fin de Partie, est sensible et respectueux, et montre bien à quel point l’équilibre est tendu entre le droit à mourir et le droit à vivre, entre les souhaits de l’entourage et ceux des malades, même si le traitement en comédie, dont on voit bien que l’objectif est de ne pas (trop) plomber le spectateur avec un sujet difficile, même si ce traitement a tendance à gommer l’horreur de l’acte du point de vue de ceux qui l’ont commis.

Seule Levana montre explicitement sa désapprobation et traite son mari et ses amis d’assassins. Elle fait office de contrepoint par rapport au ton général du film. Mais le personnage est partagé entre son éthique et sa propre condition, car Levana  est en train de développer la maladie d’Alzheimer, et la question de l’euthanasie / suicide lui devient personnelle dans une période où elle a encore la conscience du chemin douloureux qui l’attend. De même que pour Ezéchiel son mari, tout d’un coup le besoin de dignité exprimé par Levana n’est plus recevable…

Ainsi va le film, manichéen, démonstratif et surligné, pas très adroit, et pas très réaliste. Mais le ressort comique fonctionne vraiment, les acteurs dégagent un plaisir de jouer communicatif et on rit de bon cœur plus qu’à son tour. En revanche, l’euthanasie passe en arrière-plan, le film ne fait pas avancer le débat d’un cran, et au contraire le rend plutôt anecdotique. Un pari risqué et pas complètement réussi donc pour les deux réalisatrices.

Synopsis : Cinq pensionnaires d’une maison de retraite de Jérusalem, ne supportent plus de voir leur ami malade souffrir. A la demande insistante de son épouse, ils se décident à construire une « machine pour mourir en paix » qui conduira le pauvre homme vers l’au-delà. Mais forcer le destin ne se révèle pas si simple……

Fin de Partie : Bande annonce du film

Fin de Partie : Fiche Technique

Titre original : Mita Tova
Date de sortie : 03 Juin 2015
Réalisateur : Sharon Maymon, Tal Granit
Genre : Comédie, Drame
Année : 2014
Durée : 95 min.
Interprétation : Ze’ev Revach (Ezéchiel), Levana Finkelshtein (Levana), Aliza Rosen (Yana), Ilan Dar (Dr. Daniel), Raffi Tavor (Raffi Segal), Yosef Carmon (Carmon),Hilla Sarjon (Noa)
Scénario : Sharon Maymon, Tal Granit
Musique : Avi Belleli
Photographie : Tobias Hochstein
Montage : Einat Glaser-Zarhin
Nationalité : Allemagne, Israël
Producteur : Moshe Edery, Leon Edri, Osnat Handelsman-Keren, Thanassis Karathanos, Talia Kleinhendler, Haim Mecklberg, Estee Yacov-Mecklberg
Maisons de production : Pie Films, 2-Team Productions, Twenty Twenty Vision Filmproduktion, United King Films, Pallas Film
Distribution (France) : Eurozoom

 

Retour à Ithaque : le film en DVD

Retour à Ithaque : la sortie DVD du mardi 9 juin 2015 !

Synopsis : Une terrasse qui domine La Havane, le soleil se couche. Cinq amis sont réunis pour fêter le retour d’Amadeo après 16 ans d’exil. Du crépuscule à l’aube, ils évoquent leur jeunesse, la bande qu’ils formaient alors, les 400 coups qu’ils ont vécus à l’époque et la foi dans l’avenir qui les animait…

Sorti au cinéma en décembre 2014, Retour à Ithaque dresse le portrait d’une bande de quinquagénaires cubains qui se retrouvent à La Havane à l’occasion d’une fête pour le retour d’un des leurs. Installé en Espagne depuis 16 ans, Amadeo a décidé de rentrer à Cuba contre l’avis de ses camarades qui, forts de leurs expériences malheureuses, feront tout pour l’en dissuader. Retour à Ithaque est un huis clos riche en émotions de Laurent Cantet (Entre les Murs), sélectionné à la Mostra de Venise et au Festival de Toronto et qui a su ravir la critique.

Première : (…) un film théâtral et bavard.

Télérama : Les acteurs (…) filmés avec tact, apportent trouble, humour et émotion. 

Les InRocks : (…) « Retour à Ithaque » embarque par la qualité de ses comédiens, et par le suspense autour du nœud central (dé)structurant la bande.

Fiche technique :

Créé par : Laurent Cantet en collaboration avec Leonardo Padura.

Titre français : Retour à Ithaque

Réalisation : Laurent Cantet

Pays d’origine : France

Genre : Comédie dramatique

Durée : 1h32

Date de sortie : 2014

Avec : Néstor Jiménez, Isabel Santos, Fernando Hechevarria, Pedro Julio Diaz Ferran, Jorge Perugorria