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Festival de Télévision de Monte-Carlo: Conférence 12 Monkeys

Chronique du Festival de Télévision de Monte-Carlo, 15 juin 2015: Conférence 12 Monkeys

En cette troisième journée du Festival de Télévision de Monte Carlo, trois événements majeurs ont particulièrement attiré l’attention du public.

Les différentes activités de ce 15 juin, articulées autour de la série 12 Monkeys tirée du long-métrage de Terry Gilliam, l’armée des 12 singes, ont été organisées grâce à la participation de la chaine Syfy et de CanalSat qui, le 20 janvier dernier diffusait en France le pilote de la série, en quasi simultané avec les Etats-Unis.

La conférence 12 Monkeys, tables rondes et déjeuner, a su captiver les journalistes. Le moment était propice à l’échange avec les acteurs de la série, Amanda Schull et Aaron Stanford, qui se sont confiés sur leur passion commune de la Science-fiction. Pour la première saison, ils n’avaient qu’une idée globale du scénario et devaient s’appuyer sur l’écriture des rôles pour habiter les personnages au travers des ellipses temporelles.

La série 12 Monkeys, production d’anticipation, imagine la vie sur Terre en 2035 totalement anéantie par un virus. Les raisons de l’apparition de ce phénomène restent encore inconnues, ainsi par l’intermédiaire d’un voyage dans le temps, les acteurs vont tenter de découvrir les causes de cette catastrophe. L’actrice de cette série, connue pour avoir joué dans la série Suits, s’est notamment faite remarquée par son élégance à chaque passage sur le tapis rouge, et dans la salle de presse par son charisme naturel.

Le deuxième événement marquant de cette journée a été la séance de dédicaces de Texas Rising, où quasiment tous les acteurs principaux étaient présents pour promouvoir cette série prometteuse en Europe, puisqu’il est souvent compliqué pour le public du Vieux Continent de s’identifier où d’apprécier à sa juste valeur les séries Westerns. Par ailleurs, cette œuvre évoque l’apparition des « Texas Rangers » au début du XIX siècle. Avec ce synopsis, on comprend clairement qu’elle s’inscrit dans la lignée des Westerns traditionnels, et que l’on y retrouvera les codes spécifiques de ce registre.
D’un point de vue globale, la séance de dédicaces en elle-même a été un véritable succès avec près de deux heures et quart à avoir échangé avec le public au lieu d’une heure trente initialement prévu. Ceci démontre une nouvelle fois la grande disponibilité des acteurs et réalisateurs lors de ce festival, qui permet de créer un véritable lien entre le public et les stars.

En toute logique, en termes de promotion, l’organisation de Monte Carlo avait décidé de planifier l’avant première de Texas Rising juste après cette séance de dédicace.

Dans une salle totalement remplie, pour la dernière projection de la soirée, les organisateurs ont fait appel une nouvelle fois aux services de la brillante présentatrice de la Cérémonie d’Ouverture, Génie Godula. Elle a merveilleusement maîtrisé sa prestation, permettant en dix minutes d’introduction, de donner l’opportunité à l’équipe de « Texas Rising » d’exprimer leurs opinions concernant les conditions de production. Bien que les discours, aient été assez classiques, les journalistes ont constaté tout de même une réelle volonté, pour l’équipe, de s’appuyer sur ce casting de grande qualité, et tenter de créer ainsi une série à succès. Cependant, on peut remarquer que le discours de cette équipe a semblé être beaucoup moins humain et moins en connexion avec le public. A titre de comparaison, les acteurs de la série « Empire » au cours de la deuxième journée paraissaient beaucoup plus abordables, et on ressentait un réel plaisir à communiquer avec leur audience. Mais, ce ton plus sérieux était sans doute voulu par l’équipe de Texas Rising après s’être prêtée à une séance de dédicaces à prolongations.

Concernant, la projection en elle-même, le Festival a sans doute commit sa première erreur puisqu’elle n’avait pas pensé à ajouter les sous-titres en français, alors que la grande majorité du public de cette salle était francophone. Nous avons ainsi assisté à un moment regrettable pour cette œuvre et pour son équipe, puisque près d’un quart du public est parti avant la moitié de cette avant première. Habituellement, ce type de comportement pourrait être assimilé à un certain manque de respect, mais il était cette fois-ci parfaitement compréhensible puisque les dialogues en anglais avaient un véritable sens pour comprendre cette œuvre, et les images ne parlaient pas toujours d’elles-mêmes.
Du point de vue qualitatif, on pourrait dire que cette avant première a été globalement décevante. Ce casting si flamboyant ne crève pas du tout l’écran. Les dialogues sont beaucoup trop stéréotypés. Et par-dessus tout, on a réellement l’impression de visionner du « déjà vu », sans aucune innovation particulière. D’autant plus pour un public européen il est très difficile d’assimiler ce contenu, sans doute trop léger pour devenir une série de renommée internationale. D’un point de vue des décors, on a l’impression également que le producteur n’a pas vraiment forcé son talent, avec certaines scènes que l’on pourrait qualifier d’amateurs. De ce fait, à la fin de la projection, on finit par se demander, si l’on aurait sans doute pas plus apprécié de ne pas comprendre l’anglais, et partir comme ce public francophone avant la moitié de cette avant première.

Auteur : Adrien Lavrat

Le Juge Fayard dit Le Shériff, un film d’Yves Boisset : critique

S’inspirant d’un fait divers authentique qui marqua la France des années 70, Yves Boisset nous livre un film policier musclé et engagé.

Synopsis : à Saint-Etienne, le juge d’instruction Jean-Marie Fayard enquête sur une affaire d’assassinat qui semble cacher la préparation d’un gros coup et une implication politique.

Le Juge François Renaud
Le 3 juillet 1975, à Lyon, est assassiné le juge François Renaud. C’est le premier magistrat français à être abattu depuis l’Occupation. C’est de cette affaire que s’inspirera Yves Boisset pour faire son Juge Fayard dit le Shériff.
Le cinéaste cache à peine son influence. Il se contente de déplacer l’action de Lyon à Saint-Etienne (le Gang des Lyonnais deviendra Gang des Stéphanois). Le reste est presque totalement identique. Il faut dire que le sujet correspond pleinement aux thèmes politiques du cinéma de Boisset.

Le portrait d’un homme
Le Juge Fayard dit le shériff est avant tout le portrait d’un homme. Dès les premières images, nous voyons un personnage qui avance droit devant lui, sans s’arrêter, sans faiblir, certain de ce qu’il fait parce qu’il n’agit que selon sa conception de la justice. Une conception que ses détracteurs n’hésiteront pas à qualifier de « gauchiste », mais qu’importe ! S’il faut faire arrêter un chef d’entreprise bien en vue parce qu’il contourne la loi, alors il ne se posera pas deux fois la question.
Et il n’a pas peur des pressions, Fayard. Tous ses supérieurs jusqu’au Garde des Sceaux se réunissent pour le rappeler à l’ordre, pour l’intimider, mais le petit juge représente la justice à lui tout seul. Et cette idée de la justice pourrait être mise en parallèle avec l’idée du cinéma de Boisset, tant Fayard paraît être un alter ego du cinéaste, lui aussi qualifié de « gauchiste » et n’ayant pas peur de foncer dans le tas quand il le faut.
Parce que Fayard, il peut être brutal. Il cogne dur. Il intimide lui aussi. Il interroge des témoins sur leur lit d’hôpital, n’hésitant pas à les secouer. Et plus la pression augmentera, plus il va devenir nerveux, y compris avec sa compagne.
Bien entendu, Fayard, c’est Patrick Dewaere et, comme d’habitude, l’exceptionnel acteur qu’il fut (un des meilleurs acteurs du cinéma français) apporte au personnage toute l’intensité de son jeu. Il est impressionnant, son charisme habite littéralement l’écran. L’ensemble du casting est au même niveau, vraiment remarquable, avec quelques-uns des grands acteurs français de l’époque comme Philippe Léotard ou Marcel Bozzuffi.

À l’américaine
La mention d’un shériff dans le titre annonce la couleur : Boisset s’inspire du cinéma policier américain et ne le cache pas. Lorsque l’on voit ce juge inflexible, ne reculant devant rien pour faire appliquer sa conception de la justice, détesté par des supérieurs dont on peut douter de la détermination, impossible de ne pas penser à Harry Calahan, toutes proportions gardées, bien évidemment.
On est bien ici dans un polar à l’américaine : préparant d’un « gros coup », courses-poursuites, fusillades, évasion, meurtres, tout y est.
Mais ce film est aussi, et avant tout, une œuvre politique. Boisset n’a jamais caché ses sympathies politiques, et le film commence par l’arrestation d’un patron indélicat accusé de maltraiter ses employés. Alors que le même patron est relâché et que fayard est dessaisi du dossier, on comprend où le cinéaste veut en venir.
Le Juge Fayard, dit le Shériff met en évidence la collusion entre politiciens et réseaux mafieux, mais surtout il dénonce l’impossibilité de mener une enquête honnête lorsque des enjeux politiques sont présents. C’est donc toute une pratique de la justice qui est questionnée ici.

Le Juge Fayard dit Le Shériff: Bande-annonce

Fiche technique – Le Juge Fayard dit le Shériff

Date de sortie originale : 12 janvier 1977
Date de nouvelle sortie nationale : 10 juin 2015
Nationalité : France
Réalisation : Yves Boisset
Scénario : Yves Boisset et Claude Veillot
Interprétation : Patrick Dewaere (le juge Jean-Marie Fayard), Aurore Clément (Michèle Louvier), Philippe Léotard (l’inspecteur Marec), Jean Bouise (le procureur général Arnould), Henri Garcin (le substitut Picot), Jacques Spiesser (le juge Jacques Steiner), Marcel Bozzuffi (Joanno, le Capitaine), Roland Blanche(Paul Lecourtois, dit Paulo), Bernard Giraudeau (le juge Davoust), Jean-Marc Thibault (Camus)
Musique : Philippe Sarde
Photographie : Jacques Loiseleux
Décors : Serge Sommier
Montage : Albert Jurgenson et Laurence Leininger
Production : Yves Peyrot, Yves Gasser et Lise Fayolle
Société de production : Production Companies, Action Films, Filmédis et Société Française de Production
Société de distribution : Compagnie Commerciale Française Cinématographique, Jupiter Communications
Budget : NR
Genre : drame, policier
Durée : 112’
Récompenses : Prix Louis-Delluc 1976

Je suis mort mais j’ai des amis, un film de Guillaume et Stéphane Malandrin : critique

« Rock’n’roll, mon pote »

Après un premier film dramatique, mais au titre déjà très imagé, Où est la main de l’homme sans tête, les frères Malandrin, Stéphane et Guillaume, passent pour la seconde fois à la réalisation avec une comédie absurde et carrément barrée : Je suis mort mais j’ai des amis. Un film de potes, de motos, de bières, mais aussi d’avion et surtout de train. La première rencontre du film est étonnante : un vieil innu au rire déployé vient nous parler de Pete Best, l’ex-batteur des Beatles, soit le plus malchanceux du monde. On est face à une grande plaine, cette narration servira de fil conducteur au film. Deuxième scène, des « vieux » rochers sur scène, déchaînés. Un chanteur charismatique, de la musique, de la sueur et … de la bière. Voilà l’euphorie des premières minutes de ce film, le contrat euphorique étant tenu jusqu’au bout. De retour en voiture, les quatre membres de « Grand ours », un peu à la Trust, s’offrent une petite virée. Fatale pour le chanteur. Qu’importe, Yvan, Wim et Pierre sont bien décidés à aller jusqu’au bout du voyage, même avec Jipé en cendres dans un sac en plastique. Entre temps, Dany le petit ami (et militaire) caché de Jipé s’invite dans l’avion. Dès lors, tout se met à mal aller, à partir dans tous les sens. Le film suit alors le parcours d’Yvan, toujours aussi étonnant Bouli Lanners, l’homme qui ne renonce jamais, même quand tout paraît partir à vau l’eau. Yvan va devoir ouvrir les yeux sur une réalité, remettre son amitié en question. Le tout est baigné dans un humour pas toujours très fin, aux gros traits. Les frères Malandrin font en effet reposer leur film sur un comique de répétition (la perte des cendres au fur et à mesure du film, la peur des avions, le rock …), pas toujours très inspiré.

« We are not dead » 

Les ressorts comiques de Je suis mort mais j’a des amis jouent beaucoup sur des « clichés » belges : bières, frites, fort accent, personnages comme des adorables nounours ect…On y suit des personnages poursuivis par des péripéties plus ou moins inattendues, le voyage comptant plus que la destination finale puisqu’on est dans un road movie. Au fil des discussions qui les confrontent et des situations absurdes censées nous faire rire à tout bout de champ, les personnages se parlent, se reprochent beaucoup de choses et finissent, bien entendu, par se retrouver. Les personnages vivent un deuil et tentent de s’en dépêtrer, tant bien que mal. Ce deuil-à est d’ailleurs consommé(aussi métaphoriquement que réellement) avec vivacité, refus de l’affronter aussi. L’objectif principal étant de réunir Wim (Wim Willaert) et Yvan (Bouli Lanners) à l’écran comme dans le film. Les deux acteurs portent le long métrage sur leurs épaules, tant leur jeu et leur côté barré semble suffire à créer nombre d’effets comiques. Quand ce petit monde se retrouve bloqué dans un train à la destination floue (officiellement, c’est Montréal), les deux réalisateurs dressent alors quelques portraits en surface, dont la femme rencontrée et qui ne ménage pas ses mots face à l’écriture d’Yvan. Les personnages s’y lâchent, surtout celui du militaire, sérieux en apparence, mais toujours prêt à fumer un pétard ou deux. Fou rire généralisé dans le train, pas forcément dans la salle…

S’ils n’atteignent jamais Los Angeles, et que le film se resserre sur un trio, pas celui qu’on imaginait au départ, abandonnant au passage quelques personnages (qu’étaient-ils venus faire là ?), les « héros » de cette épopée burlesque se retrouvent dans les paysages du grand nord américain. Un décor choisit et plutôt étonnant pour une telle comédie. Ils y perdent tous leurs repères et repartent ainsi sur de nouvelles bases. On sent bien que les frères Malandrin ont voulu se jouer des poncifs en inversant les personnalités attendues des personnages. Ainsi, Yvan se révèle assez vite être plus rigide sur les valeurs (celles du rock), que ne l’est en réalité Dany sur les règles strictes du militaire. Pourtant, ça ne marche pas toujours car le film est assez linéaire dans sa progression et qu’il manque parfois un peu de rythme, les blagues ne volent en plus jamais très haut. Quand l’émotion affleure, elle est presque maladroite. Cette bande de pote, n’est pas faite pour les sentiments purs, ça se voit dès le début, résultat tout est tourné en ridicule. Pourtant, le film marche assez bien, dans le sens où il remplit son contrat, s’enfonçant de plus en plus dans le grand lessivage qu’il veut faire vivre à ses personnages, perdus dans de grands espaces. On y fait quelques belles rencontres, comme avec « Marie-Soleil. Pas la langue dans sa poche, cette femme donne un coup de crampons au film comme à Yvan. Dans la vie, Marie-Renée André, qui interprète Marie-Soleil, est une innue (une des tribus autochtones du Canada). Véritable ouragan, elle vient presque sauver ce film, en donnant à Yvan la force pour repartir du bon pied. La musique – le rock surtout – tient également une place importante dans le film, tout comme la vie. On se relève ici de la perte, le rock n’est pas encore mort, l’amitié résiste. Ces rockers-là ont d’ailleurs, tels qu’ils sont décrits, une certaine résistance au temps qui passe, au monde extérieur, l’ambiance des concerts est d’ailleurs merveilleusement bien retranscrite et ce, dès le début. Les textes de « Grand Ours » sont en français, ils ont traversé 30 ans, ils leurs ressemblent, la musique du film aussi. Et quand ils se frottent enfin à la vie, la vraie, ils oublient de bien se méfier des véritables ours… Mais ça c’est une autre histoire, celle qu’un innu espiègle est toujours prêt à vous raconter. Il n’y a plus qu’à faire le voyage jusqu’à Schefferville, en train bien entendu. Petit film, petit rire, mais grands acteurs et voyage.

Synopsis : Quatre rochers barbus, chevelus – et belges – enterrent le chanteur de leur groupe. Par amitié et pour se prouver que rien ne peut les arrêter, ils décident de partir en tournée à Los Angeles avec ses cendres. La veille du départ, un militaire se présente comme l’amant de leur ami. Leur voyage prend un tour inattendu. 

Je suis mort mais j’ai des amis : Bande annonce

 Fiche technique – Je suis mort mais j’ai des amis

Réalisation et scénario : Guillaume et Stéphane Malandrin
Image : Hugues Poulain
Interprètes : Bouli Lanners, Wim Willaert, Lyes Salem, Serge Riaboukine, Eddy Leduc, Jacky Lambert, Marie-Renée André
Décors : Eve Martin
Montage : Yannick Leroy
Son : Marc Engels, Marc Bastien, Franco Piscopo
Musiques : Born Bads Records, Dino Carapelle pour « l’Ombre du Sourire »
Costumes : Elise Ancion
Producteurs : Jacques-Henri et Olivier Bronckart
Sortie : 22 juillet 2015

Le Baron de Crac, un film de Karel Zeman : Critique

Un personnage haut en couleurs

Le Baron de Münchhausen, de son vrai nom Karl Friedrich Hieronymus, a inspiré nombre d’écrits et de filmographies. Officier allemand et mercenaire du 18ème siècle, l’homme était surtout connu pour embellir et surenchérir ses exploits de sorte qu’on le prenait pour un mythomane. Engagé pendant 10 ans dans l’armée Russe, c’est à son retour en Allemagne qu’il confie à l’écrivain Rudolf E. Raspe le récit de ses soi-disant « extraordinaires aventures » : il aurait voyagé sur la Lune sur un boulet de canon et dansé avec Vénus. Pour cette raison, on le surnomma le Baron de Crac en rapport à l’expression « raconter des cracs » (des mensonges) et le nom de « Münchhausen » a lui-même été utilisé pour qualifier une maladie mentale.

Son histoire a donné naissance à de nombreuses parodies notamment les histoires de Cami et de Bürger ainsi que les illustrations de Gustave Doré qui garnissent le film de Karel Zeman. Alors que la première adaptation cinématographique par Josef Von Baky 1943 connût un franc succès, la version de 1988 par Terry Gilliam (L’Armée des Douze Singes, Tideland) avec Robin Williams et Uma Thurman est un échec immédiat, qui sera applaudi bien plus tard.

Un chef d’œuvre de l’animation

Réalisé en 1962 par le cinéaste Tchèque Karel Zeman, Le Baron de Crac est un film d’animation magnifique et exceptionnel pour son époque. Associant les magnifiques gravures de Gustave Doré, les effets spéciaux et les personnages réels, cette œuvre de Zeman est un fabuleux voyage au confins de l’étrange, là où la réalité rencontre la fiction, d’où ce mariage parfait de techniques variées. Le Baron de Crac entraîne le spectateur à l’intérieur de son monde imaginaire. La voix off du personnage nous conte des aventures aussi rocambolesques qu’oniriques tandis qu’il tente de séduire la princesse Bianca, malheureusement éprise du jeune cosmonaute.

Plus tard, le Baron nous confiera ses pensées, sous un ciel étoilé, entouré de créatures fantastiques alors qu’il vogue sur une barque avec la princesse endormie :

« Si seulement elle savait que le vrai visage de la Lune est tout aussi ennuyeux que son habitant. Quel dommage qu’elle ne comprenne pas mon monde magique ! »

Ainsi, le film est une véritable parodie du conte de fée, une comédie fantastique farfelue et sans limite hormis celle de l’imagination du Baron, habile bonimenteur. Le sujet du Baron de Crac laisse une grande liberté au réalisateur, Karel Zeman, passionné par la sciences-fiction et par Jules Verne.

Un précurseur de la science-fiction

Dans Voyage dans la Préhistoire en 1955 et dans Les Aventures Fantastiques en 1958, Zeman s’attaquait déjà au monde merveilleux de Jules Verne. Pour Le Baron de Crac, c’est encore chez l’auteur de science-fiction qu’il puise son inspiration. Dès le début, le cosmonaute Toník découvre l’inscription « Jules Verne, De la Terre à la Lune, 1865 » sur une fusée échouée sur la Lune, comme un hommage à l’auteur et sans doute un peu comme une transition d’un film vers un autre, une suite logique. Les clins d’oeil à Jules Verne sont nombreux : Toník rencontre ensuite Impey Barbicane, un personnage de l’oeuvre De la Terre à la Lune, il croise un ballon dirigeable puis vogue sur l’océan où une baleine l’engloutit…

D’abord dessinateur, Zeman intégra en 1943 les studios d’animation de Zlin fondés par Hermina Tyrlová, s’inscrivant ainsi dans une foisonnante école tchèque d’animation. Il développe par la suite un genre hybride, entre animation et prise de vue réelle et dépeint un monde de progrès scientifiques où prolifèrent machines et autres inventions phénoménales. Dans l’époque de Jules Verne, Zeman puise des effets visuels, des illusions d’optique. Lors des scènes aquatiques, il manipule l’image qu’il fait danser, onduler et dans le palais du Sultan, il joue avec les profondeurs et la successions de dessins et de plans, semblables à un labyrinthe. Le travail artistique est minutieux et l’effet « magique » garanti. Zeman est un esthète de génie qui en a inspiré bien d’autres tels que Terry Gilliam, Tim Burton, Georges Lucas et Steven Spielberg tant au niveau de la technologie numérique qu’en termes de créativité.

Synopsis : En posant le pied sur la lune, le cosmonaute Toník découvre à sa grande surprise qu’elle est habitée par des personnalités légendaires : Impey Barbicane, Cyrano de Bergerac et le Baron de Münchhausen. Prenant Toník pour un habitant de la lune, le Baron décide de lui faire visiter Terre à sa façon. Ils atterrissent à Constantinople d’où ils délivrent la princesse Bianca, prisonnière du Sultan. et amoureuse de Toník. Le trio s’échappe du palais sur un navire hollandais et s’élance dans des aventures plus extraordinaires les unes que les autres.

Le Baron de Crac/Baron Prásil: bande-annonce

Le Baron de Crac : Fiche Technique

Titre original : Baron Prásil
Réalisateur : Zeman, Karel
Acteurs : Jana Brejchová, Milos Kopecký, Rudolf Jelínek, Karel Höger
Genre : Aventures, Fantastique
Editeur : Malavida
Nationalité : Tchèque, Slovaque
Date de sortie : 1962
Durée : 1h23mn

Festival de Télévision de Monte-Carlo 2015 : Série Empire et Patricia Arquette

Chronique du Festival de Télévision de Monte-Carlo 2015 : interview de l’actrice Patricia Arquette et projection de la la série Empire avec Terrence Howard « Lucious Lyon » et Taraji Henson « Cookie »

Au cours de cette deuxième journée de ce Festival International, les services de presse ont été accueillis à dîner au première étage du Grimaldi Forum offrant un panorama digne de ce que l’on peut attendre d’un restaurant de la principauté. C’est également une volonté de la part du Festival de faire communier les différents services de presse internationaux pour créer un véritable réseau de journalistes.

Bien que les correspondants de presse n’étaient pas tous présents, après avoir connu la première nuit agitée sur le Rocher, notamment au Monte-Carlo Bay.
Par la suite, la presse avait la possibilité d’assister en avant première à une interview de l’actrice Patricia Arquette, en compagnie d’une autre célébrité française, Julien Arnaud, présentateur intermittent du JT de TF1.

 

Ils ont notamment échangés sur la carrière époustouflante et de cette icône et la manière dont elle appréhendait ce festival. Elle a notamment évoquée son avenir et comment elle voyait ses futurs rôles, et a insisté à ce sujet sur le fait qu’elle tenait avant tout à prendre du plaisir à jouer et continuer à s’émanciper en tant qu’actrice.
Patricia Arquette s’est ensuite avancée sur le tapis rouge, saluant les nombreux fans venus à sa rencontre. Cependant, pour des raisons de sécurité la lauréate du « Nymphe de Crystal » n’avait pas le droit de signer des autographes ou de prendre des photos avec le public. Elle a tout de même été la plus respectueuse possible en posant devant les objectifs un maximum de fois pour que chaque fan puisse avoir son propre cliché. On a ainsi distingué une réelle disponibilité de l’actrice qui malgré son statut de star reste ouverte au public.

Le deuxième événement phare de cette journée était la conférence de la série Empire projetée pendant la Cérémonie d’Ouverture. Ce moment était une nouvelle opportunité pour les acteurs et le réalisateur de partager l’émotion et le choix de produire cette série. Les acteurs principaux, se sont notamment confiés quant à leurs manières d’habiter les personnages.
On constate notamment le fait que les acteurs majeurs, Terrence Howard et Taraji Henson voient le monde des séries comme étant plus formateur encore, et qui demande davantage d’implication dans la création du personnage. L’acteur principal, « Lucious Lyon » dans la série, a particulièrement insisté sur le fait qu’il était ravi de pouvoir continuer à étudier son personnage après maintenant deux années de tournage, là où les longs métrages se limitent généralement à 6 mois. Il a ainsi indiqué qu’il avait apprécié cet engagement sur le long terme qui caractérise les acteurs de séries, et souligné que ce film avait une portée universelle dans laquelle chacun pouvait s’identifier dans cette œuvre. M.Howard, s’est montré également très ouvert et accessible à toutes les questions des journalistes, qui ont par ailleurs ovationné son costume osé, un ensemble blanc sur chemise rose.

Par la suite, l’actrice principale, surnommée « Cookie » dans Empire, a clairement « ambiancé » la salle de presse avec un réel dynamisme et une véritable joie de vivre. Elle a expliqué son choix de signer pour cette série exprimant le fait qu’elle se sentait impliquée dans un projet viable sur le long terme. Taraji a également apprécié le style d’écriture des dialogues du réalisateur, et les thématiques évoquées l’ont aussi touché, notamment la cause afro-américaine, et l’homosexualité. Elle voyait également avant tout dans ce rôle un réel challenge cinématographique.

Auteur : Adrien Lavrat

Festival de Télévision de Monte-Carlo : Conférence PeaceJam

Cette deuxième journée, proposait également un moment unique avec la conférence « PeaceJam », très attendue pendant ce festival avec notamment la présence d’Adolfo Perez Esquivel, prix Nobel de la Paix en 1980.

Par ailleurs, PeaceJam est un programme international qui permet aux différents lauréats du prix Nobel de pouvoir enseigner l’art de la paix et promouvoir les droits de l’homme. On discerne notamment des personnalités mondialement connues qui sont des membres très actifs dans cette association, notamment le Dalai Lama ou encore Aung San Suu Kyi. Ainsi, cette conférence à portée universelle était indispensable pour le Festival de Monte-Carlo qui souhaite également véhiculer certaines valeurs à l’échelle internationale, comme par exemple la promotion de la démocratie et de la liberté d’expression.

Avant le lancement de ce documentaire, les journalistes ont découvert diverses organisations qui travaillent à restaurer une éthique internationale et tenter de résoudre des problèmes internationaux qui sont malheureusement récurrents. Le maître de conférence a ainsi présenté différentes associations, une première qui aide les animaux qui vivent en refuges et qui sont enfermés toutes leurs vies, une autre organisation qui pour aider les pays africains touchés par Ebola ou encore une structure mise en place en l’Amérique Latine qui s’occupe de l’insertion professionnelles des jeunes défavorisés. En outre, entre chaque présentation, la salle ovationnait les représentants de toutes ces organisations, dans une atmosphère très conviviale et pour laquelle plusieurs représentants de la fédération PeaceJam avaient fait le déplacement.
Par la suite, après ces présentations très appréciées par l’audience, le Festival a projeté en avant première mondiale, le documentaire retraçant l’histoire d’Adolfo Perez Esquivel, « Rivers of Hope ». La narration de cette histoire permet également aux spectateurs de découvrir les 80 dernières années de l’histoire de l’Amérique Latine, qui a été très mouvementée. Cette œuvre insiste notamment sur l’évolution du pays d’origine d’Adolfo Perez Esquivel, l’Argentine de la deuxième moitié du XX siècle jusqu’au XXI siècle.
Ce qui est très fascinant dans ce documentaire, c’est de constater l’évolution du réalisateur de simple activiste, protestant voire philosophe, à un véritable homme politique qui cherche à promouvoir des valeurs universelles. A l’image de son implication permanente, en tenant des conférences dans le monde entier pour raconter son combat pour la liberté d’expression qu’il a mené en Argentine.

Issu d’une famille aux origines diverses, indigènes et immigrants d’Amérique Latine, respectivement pour sa mère et son père, Adolfo explique qu’il a dû lutter pour parvenir à être et à se faire un nom dans la résistance argentine. Dans ce documentaire très émouvant il évoque notamment son passage dans les « camps des disparus », qui sont très connus à l’échelle internationale. Cette œuvre, permet d’avoir un témoignage véritablement poignant de la totale déshumanisation du gouvernement argentin durant cette période, où les orientations politiques pouvaient légitimer un meurtre.
Pour ceux qui recherchent plus d’explications sur l’inexplicable de la « sale guerre » en Argentine, ce documentaire est très enrichissant, et dresse un portrait très objectif de ce qu’était la réelle situation dans le pays. On prend notamment conscience de l’atrocité des systèmes de dictatures par l’intermédiaire des nombreux témoignages des « Mères de la place Mai ». Ces femmes étaient seulement autorisées à marcher dans la rue pour manifester leurs mécontentements, toujours dans l’espoir d’obtenir des informations sur la situation actuelle de leurs maris, ou fils, disparus subitement. Ces images sont impressionnantes du fait qu’elles soient plutôt récentes notamment lorsque l’on voit défiler des femmes dans les débuts des années 80 dans les rues de Buenos Aires. On s’aperçoit ainsi que la dictature n’est pas un phénomène si ancien qu’il n’y paraît dans notre société occidentalisée.

documentaire-Rivers-of-Hop

Au cours de ce documentaire, on s’aperçoit que la force principale qui caractérise le personnage est sa ténacité à garder sa digne ligne de conduite, la promotion de la liberté d’expression. On peut également dire qu’il a usé d’une capacité de remise en question formidable et qu’il a été capable de tirer des enseignements de ses expériences précédentes. On le voit à sa sortie « du camps » plus déterminé que jamais pour aller voyager dans les quatre coins du globe pour expliquer la situation actuelle, réfléchir aux démarches à suivre pour instaurer la paix dans le monde.

A l’image, de son implication totale au sein de l’organisation « PeaceJam » pour trouver notamment des nouveaux ambassadeurs pour promouvoir l’art de la paix.

Rares sont les biopics, qui sont aussi bien réalisées spécialement pour un documentaire. L’impression de pouvoir facilement s’identifier à ce personnage réfléchi et très charismatique fait également penser à un reportage très apprécié par les cinéphiles, Crumb, en 1994, avec une biopic totalement envoutante. Encore une fois, le Septième Art prouve au travers de ce documentaire que le cinéma peut-être un outil de reconnaissance indispensable, ce qui implicitement créée une véritable intemporalité qui permettra à ce « sauveur de la nation » de rester à jamais graver dans les mémoires.
Ainsi, cette deuxième journée encore une fois parfaitement organisée par le Festival de Monaco, qui continue de tenir sa réputation de l’un des plus grands festivals de télévision au Monde. A l’image de cette fabuleuse projection de « Rivers of Hope » qui assurément a marqué les esprits.

Auteur : Adrien Lavrat

 

6 Years, un film de Hannah Fidell : Critique, Champs Élysées Film Festival

La réalisatrice, Hannah Fidell est connue pour son premier long-métrage, A Teacher, qui a remporté le prix « Chicken & Egg Female Narrative Directing » au SXWS (South by Southwest : Festival Americain de musique et de cinéma). Ce second film, 6 years, a été développé grâce à Netflix et sortira prochainement.

Synopsis : Dan et Melanie s’aiment et sont en couple depuis 6 ans. Désormais ils ont 20 ans, à un moment de leur vie où leurs choix influencent directement leurs destinées. Le couple se voit mise à l’épreuve. La boite de production de disques pour laquelle Dan travaille comme stagiaire lui propose un job qui l’obligerait à vivre à New-York. Entre une opportunité professionnelle et sa relation fusionnelle avec Melanie, un choix doit être fait.

Un premier amour sur fond de violences domestiques
L’histoire dépeint ce jeune couple uni depuis toute leur enfance puis adolescence. A notre époque, où les relations de long terme ne sont pas courantes chez les jeunes, ce couple représente en lui-même une exception. La difficulté à laquelle ils doivent faire face est cette transition vers l’âge adulte, la fin de l’âge juvénile et donc peut être également de leur relation. Hannah Fidell veut figurer ce moment dans la vie de chacun, où des choix décisifs doivent être pris, avec toujours l’appréhension du regret.
Une représentation touchante de leur couple, mystifiant le premier amour adolescent. Mais également la vision neuve des relations où les rôles sont parfois inversés. La fille regarde du porno, montrant ainsi que cette pratique n’est pas juste exclusif aux garçons. Et à une échelle différente, le garçon subit les débordements violents de sa partenaire. Par amour, il pardonne les « accidents » dont il est victime. Une représentation bouleversant les clichés des violences domestiques, qui s’exerce envers l’homme et non la femme.

Inspiration mumblercore
Le soutient particulier de Mark Ruplass, créateur de la série Togetherness, influence le métrage avec une réalisation similaire au mumblecore, proche du documentaire. Avec un budget souvent limité, une bonne dose d’improvisation et une grande liberté de mise en scène, le genre mumblecore émerge aux seins des films indépendants pour traiter de sujets sur la prétendue « normalité » actuelle. La réalisatrice est très fière de ce genre d’esthétique assez freestyle mais qui demande aussi beaucoup de travail : 18 jours de tournage pour un an de montage. La B.O., indie pop et rock, s’accorde bien à l’ambiance musicale du film.

Des acteurs authentiques
Taissa Farmiga (American Horror Story, The Bling Ring) dans le rôle de Mel, et Ben Rosenfield (Boardwalk Empire) pour interpréter Dan, sont de jeunes acteurs qui s’emparent avec facilité de leurs personnages. Le jeu d’acteurs et l’affiliation du couple parait vraiment sincère. Cette impression réaliste, dans les scènes du quotidien et à travers leurs dialogues, est grandement du à l’improvisation permise lors du tournage. Les deux acteurs ont l’âge de leurs personnages ce qui permet une identification efficace.
L’histoire reste peu conventionnelle et rend le film d’autant plus intéressant pour cette jeune réalisatrice qui ferait penser à une nouvelle Lena Dunham. Son film A Teacher a reçu la promesse d’être adapté en séries par HBO, occasion de mieux développer les personnages et les intrigues au fil des épisodes. En définitive, une réalisatrice inspirante, à suivre de près.

6 Years : Fiche technique

Titre original : 6 Years
Date de sortie : 16 juin2015
Nationalité : Américaine
Réalisation : Hannah Fidell
Scénario : Hannah Fidell
Interprétation : Taissa Farmiga, Ben Rosenfield, Lindsay Burdge, Joshua Leonard, Peter Vack; Jennifer Lafleur, Dana Wheeler-Nicholson
Musique : Julian Wass
Photographie : Andrew Droz Palermo
Décors :
Montage : Sofi Marshall, Carlos Marques-Marcet
Production : Jonathan Duffy, Kelly Williams, Andrew Logan
Sociétés de production : Duplass Brothers Productions, Arts+Labor
Sociétés de distribution : Netflix
Budget : NR
Genre : Drame
Durée : 85 mins
Récompense(s) : NR

 

Nasty Baby, un film de Sebastian Silva : Critique, Champs Élysées Film Festival

Nasty (mauvais en anglais), et en effet…

Loin de ressembler à son précédent film Magic Magic avec Juno Temple et Mchael Cera, Sebastian Silva s’investit dans un film qu’il compte rendre plus personnel, en jouant lui même le rôle de Freddy. Avec Nasty Baby, il expérimente un mélange de genres cinématographiques, qu’il qualifie lui même de slow-thriller, hasardeux peut-être pour un jeune réalisateur.
Le film souffre d’un manque réel de rythme, en faisant traîner le spectateur dans cette ambiance lente d’un quotidien sans intérêt. Pour ce trio, le principal problème semble être leur future parentalité, qui les effraie et les excite à la fois. Malheureusement, les personnages ne sont que des clichés de hipsters gay que l’on croirait sortis d’une comédie. Aucune empathie n’est ressentit, ni pour leur peurs, ni pour leurs désirs, pourtant présents mais mal exposés, à l’image de Freddy, tiraillé par une rage latente dont on ignore la cause profonde.

Vision narcissique du Brooklyn Hipster
Il y a également, dans ce film, une critique de l’industrie artistique comme un univers narcissique, élitiste et risible. Sentiments notamment exprimés dans la scène de « l’Oracle », petite statuette à plumes, sensé sélectionner les projets artistiques. Freddy se tourne lui-même au ridicule avec son projet de « Nasty Baby » présentant un montage vidéo d’adultes dans la peau de nourrissons au nom du Video Art.
Néanmoins, le réalisateur veut faire un portrait de sa vie à Brooklyn, l’appartement du couple est, à ce titre, le sien dans la vraie vie. Il y a aussi ces portraits d’inconnus excentriques dans les rues New-yorkaises aux questions incongrues ou déplacées. Cela rappelle ceux que l’on retrouve dans des séries comme Broad City et Unbreakable Kimmy Schmidt, mais cette fois sans le cadre d’une comédie ; comédie que le film n’inclue pas dans son mélange des genres.
Le film tente aussi de faire transparaître les questions de jugement que l’on peut avoir à l’encontre des couples gays et pour ce qui touche à leur accession à la parentalité. Une scène de repas avec la famille de Mo (Tunde Adebimpe), où ce sujet est abordé, expose le débat encore souvent épineux pour les couples hétérosexuels.

Un mélange de genre très décevant
En voulant démonter les codes de la gentrification, le film perd en réalité sa matière première. Il dévie de sa ligne narrative pour finir en thriller bancal, sans avoir au préalable réussit à faire naître du suspense ou de la tension. Avec l’intention de montrer comment les gens disparaissent aussi facilement dans les rues de New York, il trahit son sujet de départ sur la parentalité.
La fin tragique parait sans intérêt et n’aide pas à donner de leçon de morale aux personnages principaux. Elle trahit d’autant plus les attentes du spectateur et laisse un sentiment amer de déception.

Synopsis : Dans l’ambiance hipster de Brooklyn, Mo (Tunde Adebimpe ) et Freddy (Sebastián Silva), couple gay trentenaire, sont sollicités par leur amie Polly (Kristen Wiig), pour l’aider à avoir un enfant. Parallèlement dans leur quartier, un sans abri du nom de Bishop (Reg E. Cathey) les harcèlent quotidiennement. Une tension s’installe dans la vie tranquille de ces trois personnes qui va alors prendre un essor dramatique inattendu.

Nasty Baby : Fiche Technique

Titre original : Nasty Baby
Date de sortie : 2015
Nationalité : Américaine
Réalisation : Sebastian Silva
Scénario : Sebastian Silva
Interprétation : Kristen Wiig, Sebastian Silva, Tunde Adebimpe, Reg E. Cathey, Mark Margolis
Musique : Danny Bensi, Saunder Jurriaans
Photographie : Sergio Armstrong
Décors : NR
Montage : Sofia Subercaseaux
Production : Juan de Dios Larrain, Pablo Larrain, Peter Danner, Pape Bye, Violaine Pirchon
Sociétés de production : NR
Sociétés de distribution : NR
Budget : NR
Genre : Comédie dramatique
Durée : 100 min
Récompense(s) : NR

Spy, un film de Paul Feig: Critique

Une comédie qui ne met pas l’action de côté

Paul Feig est le réalisateur qui monte dans la comédie américaine. Ce fidèle parmi les fidèles de Judd Apatow, créateur de Freaks and geeks, la série qui a révélé James Franco, Jason Segel et Seth Rogen, va bientôt commencer le tournage de Ghostbusters, avec une équipe entièrement féminine.

Sa carrière est intimement liée à celle de son actrice fétiche : Melissa McCarthy : personnage secondaire mais atout surprise de Mes meilleures amies (Bridesmaid), elle partageait l’affiche avec Sandra Bullock dans le buddy movie Les flingueuses (The Heat). Spy est la concrétisation de ce duo : premier film entièrement scénarisé par Paul Feig, il est aussi le premier véhicule entièrement conçu pour Melissa McCarthy.

Les deux se retrouvent aussi pour un genre assez typé années 80 : la comédie d’action, l’un ne prenant pas complètement le pas sur l’autre. En effet Spy n’est pas plus une parodie façon Y-a-t-il un flic… , avec un personnage notoirement incompétent qu’un film d’action sarcastique comme Kingsman. Spy retrouve l’équilibre des films mettant en scène Eddie Murphy, tels que 48 heures ou le flic de Beverly Hills : si l’on rit beaucoup, les scènes d’actions sont bien présentes et en imposent.

La réalisation de Paul Feig n’est pas particulièrement inventive, mais elle est efficace, s’autorisant quelques pointes de brutalité assez bienvenues dans ses courses poursuites, fusillades et combat au corps à corps. A ce titre, on saluera la performance très physique de Melissa McCarthy, très crédible dans l’action, notamment dans un affrontement à l’arme blanche dans une cuisine qui fonctionne comme une semi-parodie du final de The Raid 2.

Le film s’inscrit aussi dans le grand retour des films d’espionnage. Nous avons déjà eu Kingsman cette année, et nous attendons Spectre, le nouveau James Bond, et la reprise Des agents très spéciaux : code U.N.C.L.E. par Guy Ritchie. Si l’on devait le rattacher au genre, Spy serait plus proche du récent et déjà oublié Max la Menace avec Steve Carrell. Dans les deux cas, on est face à des héros compétents mais qui vont se mettre dans de drôles de situation à cause de leur inexpérience, mais qui apportent un autre regard sur leur métier face à d’autres agents trop sûrs d’eux. Spy s’en démarque toutefois par un humour nettement plus agressif comme on le verra plus tard.

On notera en passant que tous ces films d’espion renvoient à une image très traditionnelle de l’homme en costume trois pièces, déjouant des complots à base d’arme nucléaire grâce à leurs gadgets. Si Spy rappelle par certains côté l’excellent Very bad cops, il ne le suit pas dans sa manière de partir d’un genre très balisé pour parler de scandales politiques bien réels. Pas de références à Edward Snowden ou à Wikileaks par conséquent, et c’est un peu dommage.

Un film d’action qui ne met pas la comédie de côté

Malgré ses qualités dans l’action, Spy ne serait rien sans les trois piliers de l’humour selon Paul Feig : l’humiliation, le running gag et la cruauté.

Melissa McCarthy est l’héroïne parfaite pour ses films : héroïne survoltée sous des allures d’américaine très moyenne, les autres personnages lui font bien sentir qu’elle n’est pas la bienvenue dans leur univers fait de grâce et d’élégance. Comme Kristen Wiig dans Mes meilleures amies, celle-ci est constamment exploitée et humiliée par des gens plus puissants qu’elle. Pas de soirées de l’ambassadeur pour elle mais des identités secrètes de mère au foyer divorcée vêtue de t-shirts à petits chats douteux, avec pour gadget le plus utile un remède anti poison déguisé en tube de laxatif.

Et parce que plus une blague est répétée, plus elle devient drôle, le film repose tout entier sur des running gags. A côté des malheurs de Melissa McCarthy, entre ses allergies aux rongeurs, ses gadgets dégoûtants, et ses problèmes vestimentaires, on rira de Jason Statham, hilarant dans sa parodie des rôles de gros durs qui ont fait sa carrière, passant le film à échafauder des plans loufoques jusqu’à l’impossible et potentiellement destructeurs.

Enfin, comme Les flingueuses, Spy va étonnamment loin dans son aspect graphique : même s’il est pratiquement impossible d’aller aussi loin que la scène d’essayage de robes de Mes meilleures amies, attendez-vous à quelques gags particulièrement dégoûtants.

Évidemment, humiliation, gags à répétitions et graphiques se combinent tout au long du film : par exemple lors du running gag qui voit Rose Byrne (autre habituée des films de Paul Feig) , la méchante du film, passer son temps à se débarrasser de ses gardes du corps pour avoir échoué à la protéger. Les situations comiques s’enchaînent à grande vitesse, et montent en intensité au fur et à mesure, chaque gag tentant de pousser le bouchon un peu plus loin.

Melissa McCarthy, parfaitement à l’aise dans toutes les situations, voit son rôle évoluer au fur et à mesure de l’intrigue, mais reste constamment dans une énergie comique formidable.

Who run the (spy) world ? Girls !

Si Spy n’est pas particulièrement progressiste ni réaliste dans sa vision du monde de l’espionnage, la CIA étant plus critiquée pour son absence d’hygiène que pour sa tendance à surveiller tout le monde et n’importe qui, il se démarque de la concurrence par la place qu’il accorde aux femmes. Paul Feig milite activement pour qu’il y ait plus de réalisatrices et n’hésite pas à proposer des rôles d’héroïnes à poigne. Dans les Flingueuses, Sandra Bullock et Melissa McCarthy apparaissaient déjà comme de rares îlots de compétences dans un monde machiste et auto-satisfait. Spy va plus loin : non seulement les hommes, gentils comme méchants, sont toujours aussi peu compétents, mais ils disparaissent petit à petit du film : héroïne, sidekick et méchante sont des femmes.

De plus le film se veut comme une sorte de revanche des minables : Melissa McCarthy et son amie jouée par Miranda Hart, constamment rabaissées par les autres pour être trop ordinaires, mal habillées, trop grande pour l’une, trop grosse pour l’autre, prennent de plus en plus d’importance dans l’organisation et finissent par devenir tout à la fois glamour et badass.

Un excellent divertissement

Quelque part entre l’Arme fatale et les productions Apatow, Spy est un excellent divertissement, porté par une Melissa McCarthy au top, où les cascades succèdent au rire. Les amateurs du cinéma de Paul Feig seront ravis, les autres risquent d’être surpris par l’aspect très graphique et gentiment vulgaire de certains gags, même si Spy est peut-être son film le moins trash. Si le film ne restera pas forcément en tête toute l’année ni ne se positionne comme un futur classique du genre, il agit comme un boost d’énergie idéal en ce début d’été.

Synopsis : Susan Cooper (Melissa McCarthy) est un élément indispensable de la C.I.A. Analyste réputée, elle est capable de manipuler des drones tout en établissant le profil psychologique de dangereux terroristes. Malheureusement pour elle, elle n’a aucune confiance en elle et se contente d’être la voix dans l’oreillette de Bradley Fine (Jude Law) , agent secret vedette. Timide, pas glamour et exploitée, sa vie est un échec. Quand ce dernier disparaît au cours d’une mission et quand les autres agents sont compromis, elle va devoir entrer dans la lumière et sauver les Etats-Unis d’un péril nucléaire.

Spy : Bande-annonce

Spy : Fiche technique

Date de sortie : 17 / 06 /2015
Nationalité : Américaine
Réalisation : Paul Feig
Scénario : Paul Feig
Interprétations : Melissa McCarthy, Rose Byrne, Jude Law, Jason Statham, Miranda Hart
Musique : Theodore Shapiro
Photographie : Robert D. Yeoman
Décors : Jefferson Sage
Montage : Melissa Bretherton, Brent White
Production : Peter Chernin, Paul Feig, Jessie Henderson, Jenno Topping
Sociétés de production : Feigco Entertainment, 20th Century Fox
Société de distribution : 20th Century Fox
Budget : 65 000 000$ (estimation)
Genre : comédie / action / espionnage
Durée : 02h00
Récompense : aucune pour l’instant

 

11 nuits blanches au Cinema Paradiso du 16 au 26 juin !

Cinema Paradiso : 11 nuits de films et de fun au Grand Palais à partir du mardi 16 juin

Dès demain à 19h, « Cinema Paradiso » nous donne rendez-vous dans la Nef du Grand Palais pour 11 nuits blanches de Cinéma et de Divertissements. Un événement à ne pas manquer ! De 19h à 6h du matin, Cinema Paradiso offrira un programme inoubliable de films cultissimes agrémentés de la cuisine gastronomique de Jean Imbert, de 3 pistes de Bowling et d’une boîte de nuit éphémère animée par 30 artistes et Djs internationaux tels que Kavinsky, Cassius, Cerrone, Yuksek…

De Tarantino à Spielberg en passant par Besson, 22 chefs d’œuvres seront projetés sur les écrans géants de 2 Cinémas que le spectateur pourra apprécier depuis les mythiques « LoveSeat » signés Martin Székely ou allongé dans des lits doubles.

Cinema Paradiso Grand Palais 2015

Pour préparer vos nuits, voici la programmation en avant-première :

Mommy de Xavier Dolan – mardi 16 juin, 21h50 (salle A)

Avant-première d’Entourage de Doug Ellin – mardi 16 juin, 21h50

Kill bill de Quentin Tarantino – mercredi 17 juin, 21h50 (salle A)

Jurassic Park  de Steven Spielberg – mercredi 17 juin, 21h50

Manhattan de Woody Allen – jeudi 18 juin, 21h50 (salle A)

Rocky Horror Picture Show de Jim Sharman – jeudi 18 juin, 21h50

Top Gun de Tony Scott– vendredi 19 juin, 21h50 (salle A)

The Big Lebowski des frères Coen – vendredi 19 juin, 21h50

Phantom of the Paradise des Brian De Palma – samedi 20 juin, 21h50

Le Cinquième élément  de Luc Besson – samedi 20 juin, 21h50 (salle A)

Titanic de James Cameron – dimanche 21 juin, 21h50

Le grand bleu  – dimanche 21 juin, 21h50 (salle A)

Orange mécanique de Stanley Kubrick – lundi 22 juin, 21h50 (salle A)

Les affranchis de Martin Scorsese – lundi 22 juin, 21h50

American Beauty  de Sam Mendes – mardi 23 juin, 21h50 (salle A)

Forrest Gump  de Robert Zemeckis – mardi 23 juin, 21h50

Les aventuriers de l’Arche perdue  de Steven Spielberg – mercredi 24  juin, 21h50 (salle A)

Flashdance  de Adrian Lyne – mercredi 24  juin, 21h50

Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper – jeudi 25 juin, 21h50

Avant-première d’Amy de Asif Kapadia – jeudi 25 juin, 21h50 (salle A)

Reservoir Dogs de Quentin Tarantino – vendredi 26 juin, 21h50

OSS 117 – Le Caire nid d’espions de Michel Hazanavicius – vendredi 26 juin, 21h50 (salle A)

 

 

Daddy Cool, un film de Maya Forbes : Critique

Daddy Cool, une chronique familiale bouleversante de sincérité

Synopsis : Dans les années 70, sur la côte est des Etats-Unis, le couple formé par Maggie et Cameron est mis en péril par les troubles de la personnalité de ce dernier. Un problème d’autant plus grave que Maggie veut reprendre ses études, et qu’elle doit laisser ses deux filles sous la responsabilité de leur père, tiraillé entre sa bipolarité et son amour inconditionné pour sa famille.

Après avoir participé à l’écriture de plusieurs films infantiles, Maya Forbes a pris l’initiative de nous faire part, à l’occasion de son premier film, de ses souvenirs d’enfance et en particulier des problèmes qu’a rencontré sa famille concernant les responsabilités données à son père malgré ses troubles maniaco-dépressifs. La réalisatrice est même allée jusqu’à donner à sa fille son propre rôle, faisant de son film autobiographique une véritable petite entreprise familiale. Visiblement touché par la sincérité du projet, J.J. Abrams, le réalisateur de Star Wars 7, et sa boite de production Bad Robot, a permis au film de profiter d’un budget supérieur à ceux des productions indépendantes (6,7 millions de dollars) mais aussi de se faire connaitre à l’occasion du festival de Sundance.

Dans les rôles du père perturbé et de la mère, Mark Ruffalo et Zoe Saldana font preuve d’une subtilité aux antipodes de leurs prestations musclées dans les blockbusters Marvel (respectivement dans la peau de Hulk et Gamora). Leur jeu plein de douceur est le meilleur argument du film pour son traitement léger et sans pathos de ce sujet qui aurait pu être grave. La mise en scène est elle-aussi très réussie dans le sens où sa multiplication de scènes aux allures de films de famille tournés en 8mm, accentue la dimension intimiste de cette histoire de famille.

Daddy Cool est un petit film remarquable dans la façon dont il est réalisé, avec une volonté de se confier sans que jamais sa réalisatrice ne cherche à susciter l’apitoiement. Alors qu’elle aurait pu en faire un exutoire mélodramatique, la réalisatrice a transformé des moments de sa jeunesse visiblement compliqué en un long-métrage attendrissant et plein d’humour. Un processus cinématographique des plus dignes et respectables.

Daddy Cool: Bande-annonce

Daddy Cool : Fiche Technique

Réalisation: Maya Forbes
Scénario: Maya Forbes
Interprétation: Mark Ruffalo, Zoe Saldana, Imogene Wolodarsky, Ashley Aufderheide…
Image: Bobby Bukowski
Décor: Jennifer Engel
Costume: Kasia Walicka-Maimone
Montage: Michael R. Miller
Producteurs: Sam Bisbee, Bingo Gubelmann, Benji Kohn, Galt Niederhoffe, Wallace Wolodarsky
Production: Paper Street Films, KGB Films, Picture Park, Bad Robot
Distributeur: Bac Films
Genre: Emotions
Durée: 1h30
Date de sortie: 8 juillet 2015

États-Unis – 2014

Les Elues, un film de David Pablos : critique

Présenté dans la catégorie « Un Certain Regard à Cannes », Les Elues est un second film aux prises avec le réel. On y suit le parcours de la jeune Sofia, 14 ans, dont le destin va basculer peu à peu dans l’horreur.

Le réalisateur s’est inspiré d’un quotidien qu’il connaît bien, celui de sa ville d’origine, la mexicaine Tijuana. Au-delà de ce que l’on connaît de son folklore et de ses trafics de drogues en tous genres, le Mexique n’est ici pas en reste côté prostitutions et vies volées à de très jeunes filles. Ces élues sont d’un autre genre que les héroïnes auxquelles on pouvait s’attendre. Et pour cause, elles n’ont aucune influence sur leur destin qu’un simple flirt d’ado vient transformer en prison. David Pablos filme la jeunesse, sa chute, mais aussi une certaine poésie dans les visages et les corps, une poésie qui peut vite virer au cauchemar. La jeune Sofia a le visage d’un ange, un rire déployé. Quand on la rencontre, elle s’apprête à vivre sa première fois avec un petit ami visiblement peu habile, qui la fait rire. Première fois avortée donc, mais vite balayée par des scènes de joie. Quand Sofia rentre chez elle, c’est pour s’occuper d’un adorable petit frère avant que sa mère, un peu dépassée par les événements, ne rentre à la maison.

Prises au piège

Au premier abord, David Pablos filme une banale romance adolescente, jusqu’au jour où Ulises, le bien nommé, rentre chez lui avec sa prétendante. Voilà qu’il s’assombrit alors qu’autour de lui, son père comme son frère redoublent de gentillesse pour la jeune Sofia. Scène à priori anodine d’un repas en famille. Pourtant, très vite Sofia va comprendre pourquoi son petit ami est devenu si sombre. La voilà élue pour être enfermée dans un bordel, arrachée à sa famille. La fuite n’y change rien. Personne ne rentre chez soi, pas d’heureux voyage ici, juste une romance mensongère. Dès lors, ce sont les rituels aussi routiniers que cruels d’un bordel peuplé de jeunes filles que filme David Pablos. On les voit transformer leurs corps en le maquillant, en se parant de vêtements « vulgaires » et se préparant à être choisies par des hommes aux désirs inassouvis. David Pablos suit avant tout le destin de Sofia, mais ne ménage pas non plus les présentations des autres occupantes, malgré elles, de cette « maison ». Impossible de s’échapper, même quand un bon samaritain tente de vous venir en aide. Ce n’est qu’en rêve que Sofia s’enfuit sans ombrage. La voilà donc obligée cette fois de vendre son corps. Plus de rires. Le réalisateur ne montre pas le sexe, il le fait entendre. On voit les corps des hommes nus, jamais celui de Sofia. Pendant les actes supposés, il la filme immobile, gros plan sur son visage impassible, immaculé. En fond sonore, la jouissance des hommes. Ce dispositif renforce l’aspect dérangeant que Pablos veut donner à son film. L’imagination faisant bien mieux son travail que les images.

Mais la force du film est qu’il propose une relecture de ses premières images à priori idylliques. Car pour faire sortir Sofia, dont il est tombé amoureux, Ulises doit séduire une autre jeune fille pour la remplacer. C’est alors que Pablos filme de nouveau le flirt, avec les mêmes images qu’au début, de la candeur au repas mis en scène par le père. On est glacés de voir à quel point le piège se referme à nouveau sur une toute jeune fille. Conscients de ce qui va se passer et de la cruauté de ce qui nous est montré à l’apparence si inoffensive. C’est surtout le visage de ces jeunes filles que le réalisateur capte, transcende, poétise. Il en fait des héroïnes empoisonnés par un mensonge : le premier amour. Les voilà corrompues avant même d’avoir vécu. Il ne se détache ainsi presque jamais du visage de Sofia et sa liberté, jamais elle ne la retrouvera, même hors les murs. Un constat glaçant, porté par une mise en scène solide et un sens aigu du regard du spectateur, sans cesse amener à revivre le drame. Quant à Ulises, il ne quittera jamais sa terre, épris d’une fille déjà détruite, appât d’une situation qui le dépasse et dans laquelle il joue pourtant le rôle principal…

Synopsis : Sofia, 14 ans, est amoureuse d’Ulises. A cause de lui, et malgré lui, elle devient la proie d’un réseau de prostitution. Pour l’en sortir, Ulises devra lui trouver une remplaçante… 

Les Élues : Bande annonce 

Fiche technique – Les Élues /Las Elegidas

Réalisateur : David Pablos
Scénario : David Pablos
Interprètes : Nancy Talamantes, Oscar Torres, Leidi Gutiérrez, José Santillán Cabuto
Directeur de la photographie : Carolina Costa
Production : Canana Films
Distributeur : ARP Sélection
Date de sortie : NR