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Bosch saison 1, une série d’Eric Overmeyer : critique

Enquête complexe

D’abord, Bosch n’est pas vraiment l’adaptation d’un roman, mais l’action de la première saison reprend et combine l’intrigue de plusieurs volumes écrits par Connelly. Cela permet d’avoir une affaire complexe qui a se poursuivre tout au long des dix épisodes de la saison.

Oui, parce que la série échappe au piège de « un épisode, une enquête ». Ici, la saison complète représente une seule affaire dans ses multiples ramifications, une affaire complexe réunissant un meurtre de vingt ans, une évasion, des violences sur enfants et l’incapacité maladive de Bosch à respecter les règles.

Réalisme

Avant d’entamer sa carrière d’écrivain, Michael Connelly était journaliste au Los Angeles Times et reçut même le prix Pulitzer. C’est un grand connaisseur du fonctionnement de l’appareil policier et judiciaire américain. Ses romans sont marqués du sceau du réalisme.
Ce réalisme se retrouve dans la série. Ici, pas de police scientifique qui va trouver des traces d’ADN sur le tapis, ni de super-ordinateurs qui vont retrouver le visage d’une personne au milieu d’une foule. Chez Bosch, on enquête à l’ancienne : interrogations de témoins et de suspects, promenade sur les lieux des crimes, lectures de dossiers et de multiples paperasses.
Cela donne une série qui a forcément un rythme lent et qui privilégie l’intrigue sur l’action. Peu de courses-poursuites, quasiment pas de fusillades, on est loin des canons habituels de certaines séries policières. Mais cette lenteur n’empêche pas la série d’être passionnante : le scénario et la réalisation instaurent une tension permanente, l’action rebondit tout le temps. On passe sans cesse d’un aspect à l’autre, sans laisser le temps d’avoir une routine qui risquerait de devenir ennuyeuse.

Noir

Bosch est une série noire, comme il existe des films noirs. Elle a toutes les caractéristiques du genre. D’abord, il y a l’importance d’un décor urbain. La série se déroule presque exclusivement à Los Angeles, que l’on explore d’un bout à l’autre, depuis les lieux privilégiés jusqu’aux bas-fonds sordides.
Et Bosch comporte aussi un aspect social important. Au fil des épisodes se dessinent les contours d’histoires glauques subies par une population souvent défavorisée. Du coup, Los Angeles est décrite comme une sorte de Babylone décadente où l’immoralité se cache jusque dans les recoins sombres des familles ou des institutions scolaires.
Le noir est aussi la couleur dominante. Le noir de la nuit ou le noir des sous-sols. La série se déroule souvent dans une ambiance nocturne mélancolique, au son d’un vieux disque de jazz. Elle joue beaucoup, là aussi, sur un aspect « vieux jeu » qui la rapproche des films des années 40 ou d’une série comme Mike Hammer. Connelly prétend avoir voulu faire de la littérature policière en découvrant Raymond Chandler, et la série rend parfaitement hommage aux vieux classiques du roman noir à la Chandler.
Noire aussi est la vision de la justice américaine, une justice complètement prisonnière des pressions de toutes sortes, depuis les journalistes jusqu’aux politiciens, sans compter les électeurs.

Des acteurs inspirés

Côté acteurs, cette série devrait marquer la consécration de Titus Welliver, absolument excellent dans le rôle de Bosch. Sa démarche, sa voix grave, sa tête toujours penchée donnent consistance au personnage de Connelly. Il est sobre, à l’image de la série, mais extrêmement présent.
À ses côtés on retrouvera avec plaisir Lance Reddick, que les fans de Fringe reconnaîtront sans problème et qui tient ici un rôle un peu similaire à celui qu’il avait dans la série de J. J. Abrams, celui d’un chef à l’attitude ambiguë, dont on a du mal à savoir de quel côté il se situe précisément.
L’ensemble de la distribution est d’un très bon niveau, sachant ne pas en faire trop. Le résultat est une première saison d’une grande qualité, dense, noire et passionnante. Espérons que la deuxième saison soit du même acabit.

Synopsis : alors qu’il est poursuivi en justice pour avoir tué un suspect lors d’une traque, Bosch enquête sur la découverte d’un squelette.
Adapter en série les romans de Michael Connelly, un des auteurs de romans policiers les plus populaires actuellement, représentait un défi mais les auteurs ont su éviter les pièges tendus devant eux.

Bosch : Bande-annonce

Bosch : Fiche technique

Création : Eric Overmeyer
Réalisation : Ernest R. Dickerson, Kevin Dowling, Alex Zakrzewski , Jim McKay, Matt Earl Beesley, Thomas Carter, Roxann Dawson.
Scénario : Michael Connelly, Eric Overmyer, William N. Fordes, Diane Frolov, Andrew Schneider, Tom Smuts, Jennifer Ames, Joe Gonzalez, T.L. Lankford, George Pelecanos, Steve Turner, d’après les romans de Michael Connelly.
Interprétation : Titus Welliver (Hieronymus, dit Harry Bosch), Jamie Hector (Jerry Edgar), Amy Aquino (Lieutenant Grace Billets), Lance Reddick (Irvin Irving), Annie Wersching (Julia Brasher), Jason Gedrick (Raynard Waits), Steven Culp (District Attorney Richard O’Shea).
Musique : Jesse Voccia
Photographie : Patrick Cady, Paul M. Sommers, Eric Alan Edwards.
Décors : Marc Dabe, Gregory F Anderson
Montage : Dorian Harris, Steven Cohen, Elba Sanchez-Short
Production : Eric Overmeyer, Michael Connelly, Mikkel Bondesen
Sociétés de production : Amazon Studios, Fabrik Entertainment
Distribution : Amazon Instant Video
Budget :NR
Genre : action, suspens
Nombre d’épisodes de la saison 1 : 10
Durée d’un épisode : 45’

Chew : les voix du prochain film d’animation

Chew, la prochaine animation inspirée du comic a trouvé ses voix :

Les férus d’animation vont être ravis : le casting pour les voix du prochain film d’animation de Jeff Krelitz (Torchwood : web of lies), Chew, est en cours. Le film est une adaptation de la bande-dessinée de Tony Chu, Détective Cannibale de John Layman et Rob Guillory et dont voici le résumé officiel :

«Tony Chu est un inspecteur de police qui cache un lourd secret. Un secret étrange : il est cibopathe. Cela signifie qu’il est capable de connaître le passé, l’origine et les émotions de tout ce qu’il mange…même des êtres humains ! Ce qui ne l’empêche pas d’être aussi un policier tout à fait respectable qui goûte à ses victimes afin de découvrir l’identité du meurtrier et ses motifs. Quand le gouvernement découvre son secret, Chu va devoir entrer à son service, qu’il le veuille ou non.»

Dans Chew, la fine équipe mène l’enquête dans un monde où la grippe aviaire a rendu illégale la consommation de poulet. D’autres personnages interviennent dans cette histoire humoristique et originale : des cuisiniers, des cannibales, des voyants et plusieurs héros aux super-pouvoirs liés à la nourriture.

Pour le film Chew, Steven Yeun (Glenn de Walking Dead) sera la voix du détective Tony Chu tandis que sa bien-aimée Amélia sera interprétée par Felicia Day (la créatrice de la web-série américaine The Guild). Amélia n’est autre qu’une critique culinaire de talent qui permet à Chu d’imaginer ce qu’il ne peut pas manger. L’un de nos célèbres Doctor Who, David Tennant (L’homme Pourpre dans la série de Marvel Jessica Jones), prêtera sa voix au personnage de Mason Savoy, le mentor de Chu. Un rôle qui, au départ, devait revenir à Robin Williams, avant qu’il ne nous quitte en août dernier. Il est probable que ce casting attire désormais l’attention d’autres célébrités sur Chew et il reste un bon nombre de rôles à attribuer.

Festival de Télévision de Monte-Carlo : Cérémonie de Clôture

Chronique du Festival de Télévision de Monte-Carlo, 18 juin 2015 : Cérémonie de clôture du Festival

Le 18 Juin 2015, s’est clôturé le Festival de la Télévision de Monte-Carlo, avec la remise finale des Nymphes d’Or, équivalents des oscars pour les séries. Au cours de cette cérémonie, de nombreuses personnalités étaient présentes à l’image du Prince Albert II, pour remettre les récompenses les plus prestigieuses de la télévision internationale.

Les Nymphes ont été répartis en différentes catégories, pour récompenser l’ensemble du milieu de l’audiovisuel international. Dans un premier temps, l’une des rubriques majeures de ce Festival était liée aux actualités mondiales. Le meilleur reportage du Journal Télévisé a été attribué au documentaire, « Suspected police brutality against occupy protester », qui révélait notamment les conditions de vies actuelles des protestants de Hong Kong face à un gouvernement de moins en moins libéral. Ensuite, on pourrait citer Injusticia Express, officiellement « meilleur document d’actualités », qui cherche à dénoncer le fait que de nombreuses personnes issues de la Mafia parviennent à corrompre les systèmes judiciaires et faire accuser des hommes et femmes innocents pour des crimes ou échanges frauduleux qu’ils n’ont pas commis.

Par la suite, les récompenses des séries ont vraiment été mises en valeur pendant ce festival, qui cherche à promouvoir les programmes audiovisuels les plus attractifs. Dans la catégorie, Mini Séries, « The Missing », la série britannique à reçu la Nymphe d’Or, elle sera notamment diffusée prochainement sur la chaîne TMC. En ce qui concerne, les acteurs de cette catégorie, Anthony Hayes s’est vu remettre la Nymphe d’Or du meilleur acteur pour ses prestations dans Secrets & Lies et Frances O’Connor a reçu le prix de la meilleure actrice, pour ses performances dans la série citée précédemment « The Missing ».

La série Lilyhammer 3 a reçu le prix de la meilleure série TV de comédie, après un troisième opus très réussit qui parviendra sans doute à toucher de nouveau le public européen. Ce succès à notamment était confirmé par la remise du Nymphe d’Or du meilleur acteur dans cette catégorie à Steven Van Zandt, pour des performances de qualité consécutives. Enfin, la meilleure série comique internationale a été discernée à « Welcome to Sweden », un programme scandinave déluré e qui a littéralement séduit le jury avec son approche très innovatrice.

Dans le registre dramatique, deux séries ont raflées toutes les récompenses. « Gomorra » à la fois pour la meilleure série dramatique internationale et également pour le prix du meilleur acteur avec Marco D’amore qui parvient toujours à porter les intrigues grâce à son charisme naturel. La deuxième série, qui a été sous le feu des projecteurs pendant ce festival et justement récompensée, est « Happy Valley » qui sera projetée en Europe prochainement. Cette série produite par la BBC One a parfaitement compris le registre du divertissement dramatique, avec notamment un de leurs meilleurs atouts qui a glané e la prestigieuse récompense de meilleure actrice, Sarah Lancashire, pour l’instant exclusivement actrice de série.

Par la suite, 3 Nymphes d’Or ont été remis à la catégorie « Prix de l’audience TV Internationale ». Le meilleur Telenovelas à « Amour, Gloire et Beauté », pour renforcer une nouvelle fois l’image de ce programme qui s’est crée une véritable notoriété à l’échelle internationale. Puis, une série très reconnue également en France, NCIS a été récompensée pour l’attrait que cette œuvre, qui est une nouvelle parvenue à susciter cette année l’intérêt de nombreux fans. Pour finir, le programme « How I met your mother » a logiquement été récompensé par un Nymphe d’Or, grâce à sa grande simplicité et à la fois à un humour toujours très subtile qui peut être apprécié par toutes les générations.
Pour terminer, cette liste de récompenses, sans doute la catégorie avec le plus de visibilité, « les films de télévision », qui s’affrontent chaque année pour tenter d’obtenir ce précieux sésame. Cette année l’œuvre, Marvellous, a complètement écrasée la compétition en obtenant les 3 récompenses discernées, meilleur film, meilleur acteur et meilleure actrice. Cette œuvre encore inconnue en Europe propose un divertissement atypique et qui a nourrit la curiosité du jury dans un premier temps, et par la suite a totalement été conquis par ce film déjanté et très bien structurée. L’histoire se base sur un homme qui quitte son travail de boucher pour rejoindre un cirque en tant que clown. Il emménage plus tard à une université où il devient le coach de l’équipe de foot non officielle. D’après l’avis et l’expertise du jury du Festival, ce programme peut compter, sur deux acteurs de grande qualité, Toby Jones, dans le rôle de « Neil », et Gemma Jones surnommée « Marie » qui portent à bout de bras ce film qui remportera surement un grand succès lors de sa diffusion. La raison majeure de l’attribution de ces deux prix, selon l’ensemble du Jury, est la réelle complicité entre le duo d’acteurs improbables.

Au cours de cette cérémonie, des organisations internationales humanitaires qui ont été présentent pendant le festival ont reçu des prix symboliques tels que le Comité International de la Croix-Rouge, la Croix-Rouge Monégasque ou encore le Prix Spécial Prince Rainier III. Ces différents prix démontrent l’importance que porte la principauté au développement durable à tout point de vue, humanitaire, culturel et économique.
Cette soirée a été une grande réussite et à permis pour la 55ème fois d’affilés d’affirmer la position de Monaco à l’échelle internationale. Environ un mois après l’organisation du mythique Grand Prix de Monaco, la principauté a tenu son rang en organisant une merveilleuse édition. Le corps journalistique a vécut cet événement comme une grande opportunité de pouvoir être au plus prêt des dernières tendances et actualités du monde de l’audiovisuel. Ce festival est très prestigieux et deviendra de plus en plus populaire ces prochaines années, grâce à des projections internationales en avant première, à sa nouvelle approche pour les professionnels, et à une organisation toujours irréprochable.

Auteur : Adrien Lavrat

 

La Isla Mínima, un film d’Alberto Rodriguez : Critique, Festival du film de San Sebastian

Après un passage remarqué au festival de San Sebastian et une razzia aux Goyas, les oscars locaux, La Isla Mínima s’impose comme le film espagnol de l’année.

Avec pas moins de 10 prix remportés dont meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur acteur, le triomphe espagnol saura-t-il séduire de l’autre côté des Pyrénées ?

Avec ses airs de True Detective à l’espagnol, La Isla Mínima ouvre la voie à un Southern Gothic à l’européenne, bien ancré dans ses réalités locales. Dès les premiers plans de son film Alberto Rodriguez entend nous plonger dans ce monde hors du monde, où une nature peu accueillante laisse place à des paysages surnaturels. Le marais du Guadalquivir est une étape entre la terre et le fleuve, à l’image de l’état de cette Espagne post-franquiste qui tente de retrouver les pieds sur terre après avoir été submergée par la vague dictatoriale. Nous sommes dans les années 80, en pleine transition démocratique.

Le pays est partagé entre ses idéalistes qui portent la démocratie comme étendard et ses vieux démons, anciens instigateurs de l’oppression. Rodriguez rassemble ces  »deux Espagnes » dans son duo de détectives avec d’un côté, Pedro, le jeune flic idéaliste et de l’autre, Juan, le vieux briscard qui se coltine son passé à la Gestapo de Franco. Les deux compères devront marcher côte à côte s’ils veulent résoudre le mal qui ronge la région.

Entre le polar et le film politico-social, La Isla Mínima réussit habilement à mêler divertissement et vraie réflexion. Le scénario reste la pièce maîtresse du film où l’on prend plaisir à suivre des personnages passionnants, loin de tout manichéisme, dans leur enquête au bout de l’horreur. Il ne manquait qu’un metteur en scène minutieux pour donner davantage de crédit à ce décor grandiose des rizières du Guadalquivir. Trop concentré sur l’intrigue policière, Alberto Rodriguez fait enchaîner les nouvelles pistes de l’enquête à un rythme trop rapide de peur d’ennuyer son spectateur. C’est pourtant en s’attardant sur les effets d’isolement de son décor (que le titre  »La Isla Mínima » met pourtant en avant) que le réalisateur aurait pu toucher du doigt l’état d’un pays sortant d’une réclusion dictatoriale et ainsi offrir un regard plus pertinent sur l’Espagne du début des années 80.

Si l’on reste sur ce sentiment de déception notable mais toutefois pardonnable que le film peine à atteindre ses folles ambitions, il reste une œuvre maîtrisée, originale et passionnante. Si La Isla Mínima n’a pas l’envergure d’une série comme True Detective, le film a le mérite de populariser un cinéma espagnol dont la notoriété été cruellement cantonnée à celle d’Almodovar.

Synopsis : Deux vrais détectives sont dépêchés dans une petite ville d’Andalousie au cœur des marécages suintant du Guadalquivir pour enquêter sur l’assassinat sanglant de deux adolescentes. Deux flics que, évidemment, tout oppose.

Bande annonce : La Isla Mínima

La Isla Mínima : Fiche technique

Titre original :La Isla Mínima
Date de sortie : 15 juillet 2015 (France)
Nationalité : Espagnole
Réalisation : Alberto Rodriguez
Scénario : Rafael Cobos, Alberto Rodríguez
Interprétation : Javier Gutiérrez, Raúl Arévalo, María Varod, Perico Cervantes, Jesús Ortiz, Jesús Carroza, Paula Palacios, Claudia Ubreva, Lucía Arias, Salva Reina, Antonio de la Torre, Nerea Barros, Ana Tomeno
Musique : Julio de la Rosa
Photographie : Alex Catalan
Directeur artistique : José Dominguez del Olmo
Montage : José M. G. Moyano
Production : José Antonio Félez, Ricardo Garcia Arrojo, Manuela Ocon …
Sociétés de production : Atresmedia Cine, Film Factory
Sociétés de distribution : Le Pacte
Budget : 4 000 000€
Genre : Policier, Thriller
Durée : 104 mins
Récompenses :Beaune International Thriller Film Festival 2015 : Prix Spécial Police et Prix de la Critique / San Sebastián International Festival 2014 / Goyas 2015 : Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur acteur (Javier Gutiérrez), Meilleure révélation féminine (Nerea Barros), Meilleur scénario original, Meilleure photographie, Meilleur montage.

Auteur : Jim Martin

La Ligne Rouge, un film de Terrence Malick : Critique

La Seconde Guerre Mondiale est le thème d’innombrables œuvres cinématographiques. Longs-métrages, courts, documentaires, séries ou téléfilms, ce pan de l’histoire reste sans nul doute l’un des plus retranscrit sur les écrans. Films de guerre ou de drame, mêlant les deux souvent, les sujets semblaient avoir été écumés par les réalisateurs des quatre coins du monde…mais c’était sans compter la participation de Terrence Malick avec La Ligne Rouge.

Lui, le cinéaste polymorphe, poète dramaturge s’essayant au thriller à ses heures perdues, métaphorait déjà le paradis perdu dans Les Moissons du ciel. Terrence Malick a 55ans lorsqu’il réalise La Ligne Rouge. 20 ans de méditation depuis son précédent ; 20 ans de maturation, pour mener à terme une oeuvre exceptionnelle, belle et cruelle à la fois, aussi touchante que déstabilisante. Il avait autant produit de films jusqu’alors que dirigé la caméra ; manifestement son outil de prédilection.

« Pourquoi la nature lutte t-elle contre elle même ? »

Les conséquences de la guerre frappent les mémoires. Les pertes sont si lourdes que les populations restent marquées pour des générations entières. La propension meurtrière des conflits attise les esprits belliqueux. Mais le réalisateur va bien au-delà de ces idées premières. Plutôt que seulement témoigner de l’horreur et du drame, Malick cale son récit sous le prisme de la terre mère ; ce sol originel qui nous a enfanté, tous autant que nous sommes, humains, animaux et plantes. Il associe l’homme à la terre et met sur un même pied d’égalité les êtres vivants qui ensemble la composent. Il entrecoupe les séquences de rage militaire par de l’esthétisme naturel où l’animal est central ; parfois majestueux, parfois mourant sous les flammes. Il rappelle avec force que la destruction n’est pas seulement humaine, mais plus importante et plus globale encore. L’homme piétine la sphère avec laquelle il forme un tout, bafoue les règles tacitement édictées dans le contrat initial. Certains pourraient penser que cet homme là dépasse les bornes, Terrence Malick vient nous dire qu’il franchit La ligne Rouge.

« De l’amour au conflit, au départ on était une famille. »

L’ouverture se fait sur une petite île, manifestement isolée au milieu de l’Océan. Les autochtones qui l’habitent sont l’évocation de la genèse, symbolique de la pureté des relations, de l’esprit civique et de la cohésion de groupe. Le film oppose la sérénité de cette vie primaire exempte de perversité, au cadre rigide de l’armée où « l’homme seul n’est rien » ; à l’obscurantisme hiérarchique des uniformes ; aux dommages incommensurables. Le carnage humain, le bousillage matériel, la dévastation environnementale.
Planté au milieu de ce peuple en harmonie avec la nature, le réalisateur rappelle l’essentiel de la vie. A son strict opposé, le navire militaire qui extirpe le déserteur Witt de sa symbiose parfaite avec les éléments, personnifie la violation de l’être et dresse à l’horizon le rapport à la mort et du « rappel à Dieu ». La fumée noire qui s’échappe des cheminées du bateau salie le paysage vierge, tout comme la conscription viendra souiller l’âme du soldat.

« La guerre ne rend pas les hommes plus nobles, elle en fait des chiens. »

La Ligne Rouge met sur le grill la brochette d’acteurs parfaite. John Travolta dans le rôle du Général placide mais directif, Nick Nolte pour une interprétation littéralement transperçante de Toll, Jim Caviezel dans le costume de Witt ; Sean Penn en sergent-chef Welsh partagé entre les ordres et le souci des troupes, John Cusack, Elias Koteas pour le capitaine Staros ; Adrien Brody, Woody Harrelson et une petite apparition de George Clooney sur la fin, capitaine Charles Bosche, beau et propre au milieu du désastre ambiant.
Si Witt incarne le héros par qui la narration est amenée, la caméra adopte un style omniscient, passe d’un personnage à un autre et révèle quelques brides de leurs vies, faisant de chacun l’une des pierres d’embase du monument. Le scénario n’a pas l’utilité de les présenter tous formellement puisque l’écriture des rôles se nourrit de l’expérience de ces acteurs accomplis, et injecte leurs charismes naturels dans les personnages. Quelques gestes ou postures, quelques pensées traduites en voix off introspectives, les rendant vivants mais éphémères, suffisent à révéler leurs traits de caractère ; leurs états d’esprit démunis, embourbés dans une situation compliquée.

Terrence Malick confronte les deux extrêmes. La richesse de la vie d’un côté, la violence de la mort de l’autre. Il met en relief la destruction de la personnalité, idée criminelle contraire à tous les préceptes de l’existence. La colline défendue par les « japs » représente un point stratégique. Veines saillantes, sueur accrochée aux paupières, le lieutenant-colonel Tall aboie dans sa radio depuis l’arrière des lignes. Les hommes de Staros doivent avancer même si l’attaque frontale est suicidaire. L’objectif fait passer l’intégrité du bataillon au second plan.
Cette scène qui oppose Toll à Staros dans une joute verbale dantesque, dénote en quelques minutes l’implication jusqu’au-boutiste du réalisateur, s’échinant à toujours porter ses idées sur l’image avec la plus grande conviction. Cette scène, mémorable scène, transcende le film et en révèle toute sa puissance. La caméra ne se pose pas seulement sur le personnage pour mettre en lumière sa carrure ou son visage buriné par les contrariétés, elle filme son rayonnement charismatique, figure l’ambition dévorante, l’absolutisme, la sévérité d’un esprit hégémonique qui jamais ne fléchit. Les attitudes, l’éclairage et les dialogues jusqu’aux bruitages hors champ, élèvent cette séquence mythique qui participe tout particulièrement à faire de La Ligne Rouge, une ligne directrice pour le cinéma d’art dramatique.
Le soldat n’est alors qu’un fusil sur pattes, un matériel peu considéré, une goutte d’eau qui mélangée aux autres perd sa singularité, de la vilaine chair à canon comme il est navrant de dire. Derrière le talus ou le rocher qui les protègent, les soldats se décomposent de peur. Les bombes explosent tout autour d’eux et les balles sifflent, leur hottant la vigueur patriote. Ils y perdent toute estime et parfois même l’esprit. Peut-être s’en sortiront-ils saufs, mais aucun d’eux ne pourra rentrer sain.

La méthode artistique en guise d’espoir.

Terrence Malick baigne son œuvre de mélancolie. D’un bout à l’autre l’espérance domine malgré le mal.
Certes Toll est un caractère intraitable, mais le sergent-chef Welsh, lui, est résolument humain. Si ces deux personnages ne se croisent qu’à de brèves occasions, ils sont la thèse et l’antithèse d’une guerre qui engloutie les vies avec un appétit insatiable. L’équilibre se créé, presque obligatoirement, puisque l’homme au final a toujours le choix de corriger son tir, de se remettre en question lorsqu’il est face au mur. L’art en présence est bien d’amener deux personnages à rivaliser d’opinion et d’esprit sans qu’ils ne soient jamais en confrontation.
L’image, éclectique, s’amuse des différentes techniques de mise en scène. Caméra à l’épaule, en travellings ou accrochée à la louma, la scène effleure les herbes ou s’envole pour des plans larges depuis les collines. Le rendu esthétique du film est tel que l’on peine à saisir l’ampleur de la préparation et le repérage des lieux, certainement gigantesque, au préalable du tournage. Les scènes de bataille sont surprenantes d’imagination, les lumières, souvent du soir, révèlent une charge émotionnelle absorbante.

Terrence Malick accomplit, avec La Ligne Rouge, un long-métrage saisissant, avec des images exceptionnelles, des interprétations percutantes, une bande originale superbe signée Hans Zimmer. Une parfaite maîtrise de ce qu’est vraiment le Septième Art. La Ligne Rouge est un chef d’œuvre…tout simplement.

Synopsis : 1942, dans le Pacifique. Les japonais et les américains se livrent une guerre sans merci pour le contrôle de l’île de Guadalcanal, hautement stratégique pour le déroulement des opérations dans la région. Les paysages et les plages sont magnifiques, mais les soldats ne sont pas là pour passer du bon temps.

Bande annonce du film La Ligne Rouge :

La Ligne Rouge : Fiche Technique

Titre original : The Thin Red Line
Date de sortie : 15 janvier 1999 (USA)
Nationalité : Américaine
Réalisation : Terrence Malick
Scénario : Terrence Malick, d’après le roman The Thin Red Line de James Jones (1962)
Interprétation : Jim Caviezel, Sean Penn, John Cusack, Elias Koteas, Nick Nolte, Adrien Brody, Ben Chaplin, John Travolta, George Clooney, Jared Leto, John Savage, Woody Harrelson, John C. Reilly.
Musique : Hans Zimmer, John Powell, Jeff Rona, Gavin Greenaway, Francesco Lupica, Klaus Badelt et Justin Caine Burnett
Photographie : John Toll
Décors : Jack Fisk
Montage : Leslie Jones, Saar Klein, Billy Weber
Production : Robert Michael Geisler, Grant Hill et John Roberdeau
Sociétés de production : NR
Sociétés de distribution : 20th Century Fox
Budget : 52 000 000 $
Genre : Guerre, drame
Durée : 170 mins
Récompense(s) : Ours d’or (Festival de Berlin)

Entourage, une série de Doug Ellin : Critique

Le 18 Juillet 2004, Entourage faisait ses débuts sur la chaîne HBO. Une série tragi-comique s’inspirant de la vie de Mark Wahlberg, de son frère Donnie Wahlberg et deux de leurs amis d’enfance. Grâce au succès fulgurant du premier, le quatuor originaire du Queen’s, un quartier pauvre de New York, s’installe à Los Angeles, la Mecque du cinéma. Durant 8 saisons, on va suivre les boires et déboires de chacun, au rythme d’une bande son hip-hop entraînante, à la mesure de leurs aventures.

Quatre garçons sous le soleil des projecteurs

On retrouve Vincent Chase (Adrian Grenier), un jeune acteur séduisant en pleine ascension à Los Angeles, entouré de son grand frère acteur has-been et cuisinier Johnny « Drama » Chase (Kevin Dillon), son meilleur ami et agent Eric (Kevin Connolly) et Turtle (Jerry Ferrara), une sorte d’homme à tout faire. Ils vivent sous le même toit, comme une bande d’adolescents, en profitant du succès du premier. La gloire étant éphémère, il faut avoir un agent influent pour perdurer. Celui-ci se prénomme Ari Gold (Jeremy Piven), arrogant, vulgaire, misogyne et bourré d’autres qualités. Ari est un personnage aussi bien craint, que haï, traitant ses assistants comme des moins que rien. Avec ce dernier, le quatuor devient un quintet, au point qu’il leur vole la vedette, tant ses envolées verbales et réactions sont des moments de folies pures où il écrase tout sur son passage. Ari est une tornade imprévisible et puissante, qui peut faire et défaire une carrière, en un mot ou un coup de téléphone. Pourtant, il en devient attachant et incontournable, car sous la carapace se cache un cœur qui bat….mais seulement par intermittence. Il y a surtout sa femme Mrs. Ari (Perrey Reeves), celle qui fait de lui l’homme qui l’est. Elle est sa force, mais aussi son point faible, tant il lui voue un amour inconditionnel. Dans le monde du cinéma où les tentations sont nombreuses, il ne voit qu’elle et ne veut qu’elle, c’est son univers, sa raison d’être et la mère de ses enfants.
Au contraire, nos quatre amis papillonnent constamment. Enfin, surtout Vincent Chase, grâce à son physique avantageux, alors que Drama et Turtle ramassent les miettes. Eric est plus réfléchi. Grand sentimental, ses pensées sont omnubilées par la belle Sloan McQuewick (Emmanuelle Chriqui). Leur relation est chaotique, mais permet de construire d’autres intrigues, de ne pas se focaliser sur le quatuor et voir divers aspects de la vie à Los Angeles.

Entourage parle surtout d’amitié. On s’identifie forcément à l’un des personnages, ce qui permet de s’immerger dans la série. Puis, on a aussi tous fait partie d’une bande d’amis dans l’adolescence et même plus tard. Leur parcours fascine, on a envie d’être à leur place, tandis que l’on découvre l’envers du décor du showbiz. Leur complémentarité est aussi une des raisons du succès, ils ont chacun leurs propres caractéristiques. Vincent Chase est comme un enfant dans un immense parc d’attractions, où il peut jouir de toutes les gourmandises. Il a besoin de ses amis, pour s’occuper de lui, et lui éviter toutes contraintes. Drama a eu son heure de gloire, mais il n’a pas le même charisme que son frère, et va plutôt de désillusion en désillusion, se contentant de vivre dans son ombre, en donnant des leçons de vie aberrantes aux autres. Turtle est un New-Yorkais jusqu’au bout de ses sneackers, constamment affublé d’une casquette à l’envers et d’un maillot aux couleurs d’une équipe de sa ville. Il n’a pas vraiment de talent et se contente d’être le chauffeur de Vincent, ou de préparer ses valises. Eric apprend le rôle d’agent et souffre face aux réflexions d’Ari Gold. Son apprentissage est compliqué, surtout que Vincent Chase est de plus en plus convoité, mais aussi son seul client. Chacun va devoir s’imposer, pour sortir de l’ombre de leur illustre ami, pour s’épanouir et obtenir le respect.
Le côté « Sexe, Weed & Fun » est attractif, on admire la beauté des courbes parfaites des starlettes défilant sous nos yeux. Le ton est léger, on est en plein hédonisme, ce n’est pas le lieu pour philosopher sur le sens de la vie, mais pour en profiter. Nous sommes fascinés par ce monde, où l’argent coule à flot, comme le champagne. C’est un univers à part, le luxe est la norme, au moins autant que la superficialité.

On peut regretter le choix scénaristique, qui fait l’impasse sur la période se déroulant avant le succès à New-York, en démarrant directement sous le soleil de Los Angeles. Ils vivent déjà dans une immense demeure et roulent dans des voitures de luxe. Sauf que ce n’est qu’apparence, ils n’ont rien à leurs noms, enfin au nom de Vincent Chase. Ils apprendront à leurs dépends que « le plus dur, ce n’est pas d’arriver au sommet, mais d’y rester ». Le chemin ne sera pas aussi évident, qu’au premier abord. Cela met un peu de piment et permet de ne pas être juste une suite de vannes, ou de situations rocambolesques.

Avec l’arrivée de Billy Walsh (Rhys Coiro), au cours de la première saison. On va retrouver à travers ce metteur en scène underground, à la vie dissolue et à l’ego surdimensionné, en proie à une angoisse destructrice, divers traits de caractères de célèbres réalisateurs, comme Martin Scorsese, Francis Ford Coppola ou Peter Bogdanovich. Ils font partie de l’âge d’or du cinéma américain, celui des années 70, où le metteur en scène avait pris les rênes de ses films, en obtenant leur indépendance artistique, avant que la donne change à nouveau, avec le succès des Dents de la mer ou Star Wars. Les producteurs reprenant le pouvoir et les blockbusters devenant la norme. La mémoire de cette période, est représentée par Bob Ryan (Martin Landau), vestige d’une époque révolue, passant son temps à raconter des anecdotes savoureuses sur les stars de cette époque. Un homme perdu dans ce nouveau système, dont il ne comprend plus les règles. L’ancien et le nouvel Hollywood ne font que se croiser, pas de temps à perdre, pour cette machine à broyer en constante évolution. Le rythme imposé est infernal, on le voit avec Ari Gold, son BlackBerry en permanence à la main, pour n’être jamais coupé du monde, même dans la demeure familiale, au risque de s’attirer les foudres de sa femme. Sa première assistante Emily (Samaire Amrstrong), ne va pas faire long feu, difficile de rester en place, face aux énormes exigences d’Ari. Le suivant, Lloyd Lee (Rex Lee) réussira à s’imposer, ses origines asiatiques, seront une source de réflexions racistes permanentes de la part de son boss, en plus homophobe. Mais le duo est irrésistible, il est impossible de ne pas rire, aux diverses réflexions et réactions de chacun.

La présence de multiples guests fait aussi partie de son pouvoir attractif. En situant l’action à Los Angeles, cela aurait été aberrant de ne pas croiser des célébrités. Le téléspectateur ne sera pas en reste de ce côté là, avec un défilé constant, que ce soit dans leur propre rôle, ou pas. Ils sont prêts d’une centaine à apparaître au fil des huit saisons, que ce soit des sportifs comme LeBron James, Tom Brady ou Adrian Peterson, des artistes dont U2, Kanye West ou Saigon ou encore des figures du cinéma tels James Cameron, Matt Damon, Jeffrey Tambor, Sasha Grey, entre autres. Bien évidemment, Mark Wahlberg sera aussi présent. La scène du premier épisode où il croise le quatuor, en étant accompagné de ceux dont ils s’inspirent.

Jeremy Piven se révèle la star du show, épisode après épisode. Son personnage d’Ari Gold, va lui valoir 3 Emmy Awards de 2006 à 2008, mais aussi un Golden Globe en 2008. Kevin Dillon sera nommé plusieurs fois, mais face à son partenaire, à la folie communicative, difficile de s’imposer. Cela n’enlève rien, à son talent, en acceptant de jouer un rôle sujet aux sarcasmes et souvent pathétique. En tant que frère de Matt Dillon, on comprend son parcours, aussi bien dans la série qu’en dehors, ce qui fait de lui un personnage attachant, dont on espère, qu’il va retrouver le devant de la scène. Cela permet aussi de voir les difficultés de s’imposer dans ce monde, courant sans cesse les castings et cachetonnant pour des publicités où l’ego est souvent mis à mal.

Les cinq premières saisons sont exceptionnelles, la suite sera moins passionnante. En tentant de rendre l’histoire un brin dramatique, on va découvrir les limites scénaristiques de son créateur Doug Ellin, plus à l’aise dans l’humour. Pourtant, c’était une idée intéressante, de montrer aussi le mauvais côté du succès et des tentations à porter de narines. Mais elle est moins captivante, surtout qu’Adrian Grenier se révèle un acteur sympathique, mais au registre peu étoffé.
En déclarant qu’il adorait la série, le président des Etats-Unis Barack Obama, ne va pas aider à son développement, bien au contraire. Les stars vont se bousculer pour être dedans, au détriment du scénario, s’adaptant à leur présence au lieu d’offrir de nouvelles intrigues. Une impression de surplace se fait ressentir et le côté « bons potes », se fait plus discret. Pour autant, cela reste une série culte, en témoigne sa durée, avec huit saisons. Si on reste un peu sur sa fin, le 24 Juin 2015, le film va enfin sortir dans nos salles. Espérons qu’il offre un final digne du plaisir, procuré par cette série durant toutes ces années.

Synopsis : Vincent Chase est un jeune acteur prometteur d’Hollywood. Il vit avec Johnny « Drama », son demi-frère aîné dont la carrière cinématographique est au plus mal, son manager Eric Murphy et avec son « homme à tout faire » Turtle. Les quatre hommes partagent tout le luxe apporté par la carrière de Vince. Vince est également suivi par Ari Gold, son agent, qui se bat pour lui décrocher les meilleurs contrats et lui faire rencontrer les personnes influentes du milieu.

Entourage : Trailer

Entourage : Fiche Technique

Titre original : Entourage
Date de sortie : 18 juin 2004 (USA)
Nationalité : Américaine
Création : Doug Ellin
Réalisation : Julian Farino, Mark Mylod, Daniel Attias, David Nutter, Ken Whittingham, Doug Ellin et Seith Mann
Scénario : Doug Ellin
Interprétation : Kevin Connolly, Adrian Grenier, Kevin Dillon, Jerry Ferrara, Jeremy Piven, Rex Lee, Perrey Reeves, Debi Mazar, Emmanuelle Chriqui, Rhys Coiro, Beverly D’Angelo, Constance Zimmer et Scott Caan
Musique : Jeff Cardoni et Elliott Goldkind
Photographie : NR
Décors : Chase Harlan
Montage : Jeff Groth
Production : Rob Weiss, Doug Ellin, Stephen Levinson, Mark Wahlberg et Eric Weinstein
Sociétés de production : Closest to the Hole et Leverage Entertainment
Distribution : Warner Bros Pictures, Home Box Office.
Budget : NR
Nbre d’épisodes :96 épisodes – 8 saisons
Genre : Comédie, drame

La Légende de Viy, un film de Oleg Stepchenko : critique

La Légende de Viy est un conte fantastique dont le genre “Steampunk” se situe entre Sleepy Hollow et Le Village, un block-buster russe de Oleg Stepchenko (Velvet Revolution), adapté de la nouvelle du même nom écrite par Nikolai Gogol en 1835.

Synopsis : Chassé par le père de sa maîtresse (Charles Dance, Tywin Lannister de Game of Thrones), Jonathan Green (Jason Flemyng, X-Men : le commencement, Gemma Bovery), un cartographe anglais part à la découvertes d’endroits inexplorés de la Transylvanie. Au-delà des montagnes des Carpates, il découvre un village isolé du reste du monde, dont les habitants terrorisés se cachent des démons et autres créatures qui en ont pris possession. Jonathan va alors enquêter sur le meurtre mystérieux d’une jeune femme et tenter de lever le voile sur les mystères qui planent autour de cette communauté.

Une ambition rétro-futuriste :

 Ce film est un voyage mystique au sein d’une communauté perdue dans une forêt de Transylvanie. Dans ce village inquiétant, Jonathan Green (Jason Flemyng), un scientifique et cartographe londonien tentera de percer le mystère autour du Dieu Viy. Au cours de son enquête, Jonathan devra affronter les ténèbres et la sorcellerie et surtout discerner le vrai du faux entre les illusions, les croyances et les faits. Une mise en scène extraordinaire qui fait intervenir des métamorphoses d’hommes en monstres hybrides, des créatures infernales en images de synthèse et des phénomènes paranormaux.

La Légende de Viy mélange la modernité des effets spéciaux et le contexte du 19ème siècle dans un décor envoûtant, créant une ambiance rétro-futuriste, à mi-chemin entre le merveilleux et la science-fiction. Recruté par le maître des lieux, notre cartographe, apprenti et maladroit, va affronter le mal – d’où qu’il vienne – avec pour seuls armes ses appareils hétéroclites et ses inventions scientifiques. Une situation qui n’est pas sans rappeler le rôle de Johnny Deep dans Sleepy Hollow où la science et la logique affrontent le surnaturel, à la recherche de la vérité. Le héros rencontre et interroge les habitants et les témoins d’un meurtre et d’un événement surnaturel dont les versions divergent les unes des autres et sont retranscrites au travers de flash-back multiples qui rythment le récit.

En outre, la narration épistolaire et la voix-off de Jonathan, confiant ses aventures à sa bien-aimée comme un journal intime, pérennise les faits et nous donne un point de vue différent qui permet un recul sur l’histoire et laisse un temps pour la réflexion. Des instants précieux au regard de ce scénario tarabiscoté.

Un scénario chaotique :

À trop multiplier les effets de style, Oleg Stepchenko s’embourbe dans une narration compliquée et illogique que le spectateur peine à suivre et qui nuit à la compréhension. La Légende de Viy est déjà pour le moins obscure et les témoignages viennent embrouiller l’esprit du héros tout comme celui du public. Les flash-back et les va-et-vient entre Londres et la Transylvanie nous enfoncent et nous perdent dans un récit saccadé et chaotique. Et ceci sans parler des personnages masculins, espèces de barbares moustachus et chevelus qu’on a du mal à distinguer les uns des autres de sorte que, par moment, on ne sait plus qui est qui, ou plutôt, qui était qui dans ce maudit flash-back !

Beaucoup d’idées pour cette histoire mais des idées désordonnées aux inspirations trop nombreuses. Outre les similitudes avec Sleepy Hollow, on retrouve le contexte du Dracula de Coppola où le héros (Keanu Reeves) est missionné à l’autre bout du monde, séparé de sa fiancée et aux prises avec des forces démoniaques. Il entretien avec sa jeune promise (Winona Ryder) une correspondance qui nous donne un regard distancié sur l’histoire. Malheureusement, loin de nous aider à faire la lumière sur La Légende de Viy, ces aller et retour interfèrent dans la continuité du récit, ne mènent nulle part et sont finalement des scènes inutiles et du temps perdu.

Malgré des flash-back spectaculaires, les faits sont contradictoires, volonté du réalisateur qui veut laisser planer le doute sur le paranormal, mais au point qu’il est impossible d’expliquer ce qu’il s’est vraiment passé à l’intérieur de cette chapelle (fantasmes résultant des peurs ancestrales, visions causées par des drogues ou démon ?). La scène des métamorphoses intervient elle-aussi comme un cheveu sur la soupe : illusion ou sorcellerie, nous n’en saurons rien jusqu’à la fin.

Finalement, toutes ces possibilités se mélangent et le mystère reste entier. Après avoir résolu – non sans accroc – le meurtre de la jeune femme, Jonathan repart vers d’autres aventures en nous laissant sur notre fin. La Légende de Viy restera une « légende » bien trouble et confuse, un peu comme le film.

Fiche Technique : La Légende de Viy

Date de sortie 15 mai 2015 – en DVD
Russie, Fédération de, 2014
Réalisé par : Oleg Stepchenko
Avec : Jason Flemyng, Charles Dance, Andrey Smolyakov
Musique : Anton Garcia Abril
Durée : 2h07

Festival de Télévision de Monte-Carlo : Content & Multiscreen Experience

Chronique du Festival de Télévision de Monte-Carlo, 17 juin 2015 : Conférence Content & Multiscreen Experience

La cinquième journée du Festival de Télévision de Monte-Carlo proposait plusieurs événements pour satisfaire les professionnels, les amateurs de séries, ou encore les fans inconditionnels des célébrités présentes au festival.
Pour les entreprises, une deuxième journée de « Content & Multiscreen Experience » a été organisée pour élargir leurs réseaux, et obtenir des nouvelles informations sur l’industrie de la télévision. Ainsi, un programme pour les nouveaux médias, développement, production et distribution ont été présentés à cette audience captivée et attentive aux nouvelles tendances du marché. Les journalistes ont notamment compris que ce secteur est en plein essor, et que cette tendance risque de se prolonger sur le moyen-long terme.
Par ailleurs, une deuxième conférence a eu lieu pour clôturer ce « Content » orchestrée par Jens Richter, CEO de FremantleMedia International. Cette entreprise s’occupe majoritairement de trouver des stratégies pertinentes, et qui sont adaptées à ses clients, pour la promotion des shows télévisés, pour pouvoir planifier les diffusions d’une chaîne de télévision à un moment précis, ou encore pour cibler un certain type de marché.
Ces deux conférences ont permis de développer de manière plus précise le rôle des NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication) de nos jours. Comment impactent-elles notre quotidien ? Dans quelle mesure peuvent-elles être utilisées dans un milieu professionnel ?

Pour les amateurs de séries, une dernière avant première était prévue par les organisateurs pour clôturer les diffusions avant la cérémonie de fermeture. Ainsi, la série policière choisie ; Jordskott, produite par Henrik Bjorn un réalisateur suédois, a eu la chance de pouvoir être présentée à une audience internationale. Cette œuvre scandinave résume l’histoire d’une mère inspectrice, qui n’arrive pas à surmonter son chagrin après la disparition de sa famille sept ans auparavant. Les hypothèses sur les causes de ces absences sont multiples ; noyade, enlèvement, ou encore un possible lien avec la disparition d’un garçon au cours de la même période. Après avoir menée son enquête, elle découvre que des forces plus souterraines sont à l’origine de plusieurs problèmes.

Concernant la diffusion de l’avant première, l’œuvre est très classique voire standardisée. De ce fait, il est assez compliqué de porter un jugement préétabli. On peut dire globalement que l’entrée en matière est prometteuse, notamment avec un casting de qualité, et une histoire prenante. Cependant, on ne peut pas assurer que sur le long terme cette série ne finisse par s’user.
Par ailleurs, les fans inconditionnels ont paru être très satisfaits aujourd’hui, notamment avec la présence de la splendide actrice principale de Vampire Diaries, Candice Accola, surnommée « Caroline » dans la série. Elle s’est notamment prêtée à une conférence de quinze minutes pour répondre aux diverses interrogations de ses fans. Au cours de cette interview les journalistes ont clairement reconnu l’actrice plutôt que la femme en elle-même. Au cours de cette interview, les journalistes ont clairement reconnu l’actrice plutôt que la femme détachée de son rôle d’actrice. On avait l’impression d’être totalement plongé dans l’atmosphère de la série, comme si elle tournait une séquence bonus dédié à son personnage.
. Les discussions ne poussaient pas Candice à aller au-delà de ce statut, avec parfois des questions outrageusement limitées, à l’image de cette petite perle : « Caroline, vous préférez faire l’amour avec un Androïde ou un Vampire ? ». On pouvait discerner également une actrice totalement accomplie et fière de ses prestations, du gain en maturité de part ces expériences, et totalement immergée dans son personnage. Elle a également véhiculé une certaine prestance dans ses différents passages au festival, bien qu’elle semblait un peu moins connectée à son public, et surjouait sans doute un peu trop sa bulle d’actrice.

Cet écrit n’est que le simple constat d’une journée véritablement réussie, puisque le festival est parvenu à satisfaire les besoins du public. Le tapis rouge est apparût beaucoup plus calme que les quatre premiers jours, à croire que l’organisation réserve une cérémonie de clôture mémorable ?

Auteur : Adrien lavrat

L’échappée belle, un film de Emilie Cherpitel : critique

Les deux amis

Eva, 35 ans, porte des tas de lunettes différentes pour changer son regard sur le monde dès qu’il ne lui plaît plus. Et c’est comme ça que se présente le film, une bouffée d’air frais, un regard enjoué sur la réalité, sans contraintes. Eva, c’est Clotilde Hesme, douce et pétillante, loin des rôles de grande tragédienne qu’on lui a jusqu’ici connu. Eva se déploie comme une nouvelle héroïne dont le crédo est de ne pas être « normale » (ce mot l’agace d’ailleurs) et de ne pas se poser de limites. Elle fait tout ce qu’elle veut, mais avoue volontiers que ça n’est pas forcément la vie rêvée. C’est parce qu’en effet, la solitude lui colle à la peau. Celle des grands appartements où la richesse domine, mais où le vide s’infiltre partout. Eva sort, va à des fêtes et est contactée par un certain John quasiment tous les jours sur son portable avec des numéros de chambre et des horaires pour le retrouver et assouvir ses envies. Voilà son quotidien, c’est à 5h du mat’ qu’elle rentre chez elle, après avoir fait la fête, bu et cru en l’amour. Un genre de princesse des temps modernes, sans trône mais avec l’ennui en guise de trésor. Un jour en terrasse, très tôt, un jeune orphelin, 11 ans, qui a « de l’esprit » se joint à elle. Il l’a choisi dira-t-il plus tard. Pourtant, ils sont loin d’avoir des points communs. Elle veut encore se faire appeler mademoiselle, pétille, s’enivre (d’amour et de vin) alors qu’il est déjà très sérieux, alerte et pose beaucoup de questions.  Le film se base entièrement sur cette relation, ce duo créateur de joie.

Bonnie and Clyde 

L’échappée belle, jusque dans son titre, est construit comme un conte, un moment suspendu. Les aspirations de Léon comme d’Eva sont les mêmes : faire ce qu’ils veulent. Avec eux, Simon, l’éternel amoureux transit, vient apporter un peu de stabilité, bien que son jeu préféré soit de réciter des grands classiques et de faire deviner à l’autre le titre de l’oeuvre choisie.  Le film est tel un petit bonbon acidulé, il mène les deux lascars un peu partout, de Rome à Paris, en passant par la campagne. Leurs apparitions s’accompagnent d’une joie communicative qui atteint aussi parfois le spectateur. Pourtant, le film, s’il est d’une tendresse infinie, manque de surprise, d’inventivité. Les personnages secondaires sont à peine survolés, sœur, père et mère. Cette famille qu’Eva peine à comprendre et qui manque si cruellement à Léon, est juste un héritage, de l’argent. Eva est une femme légère, rattrapée par la lourdeur dès qu’elle est complètement seule. Elle observe les autres avec des jumelles, voyage dans des trains surannés. Il y a une douce fantaisie chez cette femme, on peut presque sentir son odeur. En tout cas, Eva est une musique, une note joyeuse et sucrée. Clotilde Hesme prête d’ailleurs sa voix chantée pour ce personnage. Pourtant, elle est aussi naïve et agaçante quand elle veut ne pas grandir. Il n’y a qu’une chose qui la fait continuer d’avancer : la certitude qu’elle a trouvé sa pépite, Léon. Le film les sépare un temps, mais ce n’est que pour mieux les réunir. C’est parfois kitsch, souvent trop gentil, mais c’est un petit moment de bonheur qu’on ne refuse pas.

Synopsis : Il est 5 heures du matin, à une terrasse de café, Léon s’assoit à la table d’Eva et lui demande un chocolat chaud. Il a 11 ans et ne connaît pas ses parents. Elle a 35 ans et pas d’enfant. Elle est libre, fantasque et mène une vie de privilégiée. Il est malin, sage et vit dans un foyer. Ils ne vont plus se quitter.

Bande annonce : L’échappée belle

Fiche technique – L’échappée belle

Réalisation et scénario : Emilie Cherpitel
Date de sortie : 17 juin 2015
Interprètes : Clotilde Hesme, Florian Lemaire, Clotilde Courau, Yannick Choirat
Productrice : Candice Zaccagnino
Directeur de la photographie :  Laurent Machuel
Monteur : Guerric Catala
Distributeur : Pyramide Distribution

La résistance de l’air, un film de Fred Grivois : critique

La résistance de l’air était plein de promesses, tant par son titre, magnifique, où ses scénaristes, Thomas Bidegain et Noé Debré, collaborateurs d’Audiard.

La prochaine fois je viserai le cœur 

Pourtant, le film ne remplie qu’à moitié ces attentes et on en ressort mitigé. Les belles idées de mise en scène comme le jeu de Reda Kateb, aussi sobre que juste (il porte le film, littéralement), pèsent en faveur du film alors que le scénario, parfois trop prévisible, et quelques choix dans l’évolution des personnages, tendent à en affadir la portée. Au final, le film baigne dans une grisaille tenace et quelques poncifs propre à son pitch : un homme bien pris dans un engrenage qui le dépasse. Il faudra attendre environ 40 minutes pour que Renaud, personnage enjoué et ambigu, ne propose enfin un contrat à Vincent, celui qui lui fait signer avec le diable. Dès lors, c’est l’adrénaline qui monte, celle que ressent Vincent. Premier tir, l’argent facile, la moto, les boîtes de nuit, les femmes, le changement de vie. Voilà Vincent plus seul que jamais, il a perdu son père (relation intéressante, mais abandonnée en plein cœur du film) et sa femme a fui le domicile conjugale, sa fille sous le bras. Pourtant, il se sent changer et toute son attitude avec. Reda Kateb donne de la force et de la poigne à ce personnage pourtant banal de type bien, appliqué dans son travail qui se laisse happer par des promesses.

La force du film est aussi sa faiblesse : on ressent les choses à travers Vincent. Ainsi, Fred Grivois propose un travail sur le son, on entend littéralement la balle fendre l’air, l’image se ralentir quand le cœur se met à batte, avant l’impact. Mais on entend aussi avec Vincent, belle idée de mise en scène : quand Vincent met ses bouchons d’oreille, le son est coupé ou du moins étouffé, on ressent le monde comme lui. Intensément, le film s’accroche à son personnage, gros plan sur les mains quand il va accepter son contrat, sur le visage déterminé et droit de Vincent, sur son sourire quand il croit y arriver, trouver une nouvelle voie. Son corps entier prend une autre attitude. Après cette première balle pourtant, Vincent, pour qui le tire est un triptyque jugé facile entre « toi, l’air et la cible », n’a pas le choc escompté, il retourne à sa léthargie, refuse le second tire. Bien sûr, il est rattrapé. S’il balaye les questions de ses proches sur ses nouveaux revenus, il ne peut échapper à la violence du milieu dans lequel il est entré et pour lequel on devient soi-même une cible, un déchet. Fait roi, il est aussi vite abandonné par ceux qui ont construit son trône de sang. Invisible sur son toit, solitaire avec son arme, Vincent ne se rend pas compte qu’il joue à un jeu dangereux. Le film l’isole de plus en plus puisque tous les personnages qui comptent finissent par disparaître, jusqu’à ce qu’il soit traqué. Côté thriller, on est donc happés avec Vincent dans un tournoiement infernale, même si le film perd beaucoup de temps en bavardage, c’est aussi un film de camouflage. Si Reda Kateb est comme un caméléon dans le film, se fondant dans le décors, échappant au bruit ambiant pour disparaître, il ne peut complètement accepter de continuer à subir sa vie. Tel le « héros » de De Battre mon coeur s’est arrêté, il est jusqu’au-boutiste, imprégné par sa passion : le tire, qu’importe l’arme qu’on lui met entre les mains. A la différence que le personnage qu’incarnait Romain Duris ne nous était jamais présenté comme « un type bien ». Résultat, si le film commence doucement, mettant en place sa situation : problème familiaux, maison en construction et à l’abandon, père malade, argent manquant, il devient rapidement palpitant avant que la tension ne retombe un peu trop.

« C’est ça un couple » 

La résistance de l’air est aussi un film sur le couple, celui qu’incarnent Ludivine Sagnier et Reda Kateb. C’est pour avoir une vie « mieux qu’avant » que Vincent se lance dans ce contrat diabolique. Mais il n’y aura pas de retour en arrière possible. La maison en construction ? Le besoin d’un projet commun à avoir ensemble. Pourtant, dès la première difficulté, l’épouse quitte le navire. Le grand-père semble avoir décelé l’ennui, les corps qui ne se touchent plus, bref un couple en perte de vitesse. Ils ne dialoguent plus. Quand Vincent devient plus animal, moins enclin à la vie domestique, l’argent vient encore pourrir les retrouvailles. Dans ce film de mecs où l’on parle beaucoup de baise, la relation de couple est pourtant centrale, même si c’est dans le sexe plus bestial que Vincent se libérera du carcan de sa vie posée d’avant. Cette analyse plus psychologique des événements ne s’accorde pas toujours à la noirceur du thriller qui se noue. Dans ce couple, chacun compte sur l’autre sans se le dire vraiment, même si Vincent s’émancipe, change, et reproche à sa femme de ne pas vouloir changer davantage, de vouloir reprendre la vie comme avant, sans saveur, sans folie, ils cherchent tout de même à se retrouver, se posséder. Sur l’affiche, Reda Kateb apparaît le regard déterminé, son fusil à la main, serrant Ludivine Sagnier à la gorge. Les voilà solidaires, l’emprise du corps de Vincent s’exerçant doucement contre celui de sa femme qui pourtant pose sa main sur celle de son mari, un geste banal mais tendre qui montre à quel point le désir d’une vie meilleure, ensemble, pousse chacun dans ses retranchements.

Ce couple-là résiste à quelque chose qu’on ne comprend pas vraiment – aussi invisible que l’air que la balle doit traverser et qui décide de sa trajectoire et ce, en fonction de l’impulsion donnée par le tireur – la fin les laisse un peu comme on les a rencontrés, mais pas tout à fait identiques. Ce dernier plan étiré en longueur, léthargique et un peu vide, est à l’image du film. On y croise de longs plans aériens, des coupes plus franches dans l’évolution de la narration et ces plans resserrés sur le visage de Vincent. Les dialogues sont souvent savoureux, bien écrits, ils donnent à sentir l’ampleur des rapports de force qui se jouent à tous les niveaux : entre le mari et la femme, entre le père et son fils, entre Renaud et Vincent aussi, dont la relation est tour à tour très amicale, mais surtout basée sur un contrat immanquablement fragile : l’argent. On n’est pas plus heureux quand on le possède, n’en déplaise au sentiment de puissance qui s’empare un temps tant du film que du corps et de l’esprit de Vincent. Un homme que le film isole de plus en plus, mais dont le portrait complet et la personnalité ne s’éclaire pourtant dans toute sa véritable complexité que par les personnages qui l’entourent et guident ses choix plus ou moins consciemment. Dommage que le film hésite à les garder jusqu’au bout auprès de lui.

Synopsis : Champion de tir au fusil, Vincent mène une vie tranquille jusqu’au jour où des problèmes d’argent l’obligent à remettre en cause ses projets et menacent l’équilibre de sa famille. Une rencontre lui promet une issue grâce à un contrat un peu particulier. Dès lors, Vincent met le doigt dans un engrenage des plus dangereux. 

La résistance de l’air : Bande annonce

Fiche technique – La résistance de l’air

Réalisation : Fred Grivois
Scénario : Thomas Bidegain et Noé Debré
Interprètes : Reda Kateb, Ludivine Sagnier, Johan Heldenbergh, Tchéky Karyo, Pascal Demolon
Durée : 1h38 min
Directeur de la photographie : Glynn Speeckaert
Pays de production : France
Année de production : 2014
Date de sortie : 17 juin 2015
Distributeur : Gaumont

Stinking Heaven, un film de Nathan Silver : Critique, Champs Élysées Film Festival

Une esthétique étrange dans un éden fétide

Stinking Heaven est film est difficile à qualifier. Ce qui frappe en premier lieu c’est son esthétique vintage. Filmé avec une ancienne caméra des années 70 pour la télévision, l’image rendue est proche de celle du film Computer Chess de Andrew Bujalski. S’ajoute à cela une photographie saturée, psychédélique, et bruitée figurant une ambiance étrange des années 90.
Tout au long du film, est présente une oppression particulièrement renforcée par l’insistance des close-ups. Stinking Heaven, signifiant « Paradis puant » qualifie parfaitement ce décor étouffant et moite. Le fait d’avoir été tourné sans script et avec une bonne part d’improvisation se répercute dans une mise en scène relativement brouillon.

Loin de la société, proches des démons intérieurs

Un film vraiment spécial, qui aborde la vie à l’image de celle d’une secte, sans porter de jugement accusateur comme il a été possible de voir auparavant dans des films comme Martha Marcy May Marlene. Ici, on retrouve des gens qui tentent de créer leur propre paradis à l’écart de la société mainstream. Des liens se font et se défont au sein de cette famille de substitution. Et avec le retour d’Ann, ce sont des blessures qui se rouvrent.
Tragiquement, leurs passés respectifs refont surface de manière violente et imprévisible. Des scènes particulièrement frappantes ont lieu lors de séances de groupes. Dans un jeu de rôle, chacun doit revivre un moment traumatique de son passé. Episode violent qui les pousse à la sobriété. Ces scènes stéréotypée de victimes livrant leur problème, donnent au spectateur un sentiment de malaise perturbant.
Cependant, il est appréciable aussi de voir des figures féminines fortes au milieu d’un univers pourtant dominé par les hommes. Principalement Hannah Gross, rouquine aux allures à la fois d’ange et de démon, qui s’impose naturellement. Malgré de bonnes actrices, les personnages secondaires autour de la famille manquent quant à eux de profondeur.

Ambiance grunge des années 90

Le film aborde les problèmes d’addiction aux drogues dans les années 90 où les centres de désintoxication n’étaient pas encore accessibles. Le problème de dépendance n’est en réalité que l’image d’un mal irréversible qui empoisonne chacun. Même s’ils sont enfermés au sein d’un univers détaché, le mal dont il souffre ne s’efface pas. Leur recherche de rédemption et de sobriété s’avère plus difficile que prévu.

Etant un film indépendant, une partie de son financement provient de crowd-funding grâce au fameux site Kickstarter. Il n’a certes pas bénéficié d’un budget énorme mais n’a pas non plus une visée commerciale. Ce film n’est pas destiné au grand public, les curieux et les fans du genre expérimental pourraient cependant y trouver leur compte.

Synopsis : Dans les années 90, banlieue poisseuse du New Jersey, une communauté de marginaux vit retirée de la société pour fuir leurs addictions. Malgré les disputes et les problèmes individuels, Jim (Keith Poulson) et Lucy (Deragh Campbell), pionniers du groupe, ont réussi à créer un véritable havre de paix. Leur harmonie va être perturbée lorsque Ann (Hannah Gross), ancienne droguée et ex-petite amie d’un des membres de la communauté s’intègre à leur groupe.

Stinking Heaven : Bande annonce

Stinking Heaven : Fiche Technique

Titre original : Stinking Heaven
Date de sortie :13 juin 2015
Nationalité :Américaine
Réalisation : Nathan Silver
Scénario : Nathan Silver, Jack Dunphy
Interprétation : Deragh Campbell, Keith Poulson, Hannah Gross, Eléonore Hendricks, Tallie Medel, Henri Douvry, Jason Giampietro, Jason Grisell, Eileen Kearney, Larry Novak
Musique : Danny Bensi, Saunder Jurriaans
Photographie : Adam Ginsberg
Décors : NR
Montage : Stephen Gurewitz
Production : Rachel Wolther
Sociétés de production : NR
Sociétés de distribution : NR
Budget : NR
Genre : Drame
Durée :70 mins
Récompense(s) : NR

Franny, un film de Andrew Renzi : Critique, Champs Élysées Film Festival

Un mélodrame moderne et sombre
L’action dramatique intervient dès les premières minutes, déstabilisante pour le spectateur car brisant l’ambiance heureuse initiale. Robert et Mia meurent dans un grave accident de voiture dont Francis, familièrement Franny, réchappe. Olivia, leur fille devient orpheline. Cinq ans plus tard, mariée et enceinte, elle reprend contact avec Franny.

Le traumatisme de l’accident l’a profondément changé. Il est devenu cette figure de riche magnat, misanthrope et excentrique, qui noie son malheur dans des cocktails de morphine. En parallèle il y a ce jeune couple, Olivia et Luke, à l’aube de leur vie de famille qui devient un substitut de vie pour Franny. Il les aidera financièrement tout en devenant vite envahissant.
Le film aborde le deuil, comme on le retrouve dans certains films récents (Everything Will Be Fine, Valley of Love, Manglehorn) . Mais il se distingue en revanche avec la difficulté pour Franny de se reconstruire à un âge avancé. Célibataire et sans enfant, tout ce qu’il aura battit par lui même est sa notoriété. Le regard toujours tourné vers le passé, le manque d’une famille à lui devient aussi pressent que son manque de morphine.

Une identification à tous les niveaux
Il est intéressant d’utiliser ce genre d’anti héro comme protagoniste, plutôt que se concentrer seulement sur la vie du jeune couple. Franny est un personnage complexe dissimulé sous son air arrogant, excentrique et de mystérieux philanthrope. Il s’avère en réalité profondément seul et recherche l’amour de ceux qui l’entoure.
S’exerce alors une profonde empathie envers ce personnage hanté par les démons de son passé, qui poursuit au travers du jeune couple, le souvenir de ces amis perdus.
Intérieurement c’est un réel combat contre lui même qui s’opère, dans ses tentatives répétées et sans succès de récupérer son identité fracturée. Une réelle appréhension s’opère à plusieurs reprises pour sa vie, face à sa recherche inéluctable de douleur physique pour remplacer sa douleur psychique.

Une confrontation de génération d’acteurs
La figure d’icône de Richard Geere donne un cachet particulier au film. Avec une impression de remise en lumière d’anciens grands acteurs, le rôle est pris à bras le corps par l’acteur.
Theo James, dans le costume de l’époux dévoué, interprète parfaitement le rôle, plus profond que ces précédents où il incarnait des gros bras. Lui même en recherche d’identité, influencé par Franny, son pseudo mentor. Dakota Fanning, se retrouve encore dans un rôle qui la met en position passive et infantilisant, malgré ses talents indéniables d’actrice.

L’influence de Wes Anderson
Une esthétique à la fois sombre mais nuancée de douceur. Ayant travaillé avec Wes Anderson à ses débuts, le réalisateur de Franny reprend les plans de caméra très formels et travaillés.
Le titre est d’ailleurs une allusion au personnage de Franny provenant du roman Franny et Zooey de J. D. Salinger.
Andrew Renzi joue également avec les genres en reprenant une trame de mélodrame classique hollywoodien et la transpose à notre époque. Une volonté d’utiliser l’ancien et le remettre au goût du jour.

Synopsis : Francis “Franny” Watts (Richard Geere) riche sexagénaire, se remet difficilement de la perte de ses deux meilleures amis, Robert et Mia. Toxicomane et légèrement fou, il tente de retrouver son ancienne vie en s’immiscent dans celle du jeune couple Luke (Theo James) et Olivia (Dakota Fanning), la fille de Mia et Robert.

Franny Trailer (2015) – Avec Richard Gere, Theo James & Dakota Fanning

Fiche technique : Franny

Titre original : Franny
Date de sortie : 13 juin 2015
Nationalité : Américaine
Réalisation : Andrew Renzi
Scénario : Andrew Renzi
Interprétation : Richard Gere, Dakota Fanning, Theo James, Clarke Peters, Cheryl Hines, Dylan Baker
Musique : Danny Bensi, Saunder Jurriaans
Photographie : Joe Anderson
Décors : NR
Montage : Dean C. Marcial, Matthew Rundell
Production : Kevin Turen ,Jason Michael Berman,Jay Schuminsky, Thomas B. Fore
Sociétés de production : Big Shoes Media, Audax Films, Magnolia Entertainment
Sociétés de distribution : Goldwyn Films, Tribeca Film Festival
Budget : NR
Genre : Drame
Durée :92 mins
Récompense(s) : NR