Bosch saison 1, une série d’Eric Overmeyer : critique

Enquête complexe

D’abord, Bosch n’est pas vraiment l’adaptation d’un roman, mais l’action de la première saison reprend et combine l’intrigue de plusieurs volumes écrits par Connelly. Cela permet d’avoir une affaire complexe qui a se poursuivre tout au long des dix épisodes de la saison.

Oui, parce que la série échappe au piège de « un épisode, une enquête ». Ici, la saison complète représente une seule affaire dans ses multiples ramifications, une affaire complexe réunissant un meurtre de vingt ans, une évasion, des violences sur enfants et l’incapacité maladive de Bosch à respecter les règles.

Réalisme

Avant d’entamer sa carrière d’écrivain, Michael Connelly était journaliste au Los Angeles Times et reçut même le prix Pulitzer. C’est un grand connaisseur du fonctionnement de l’appareil policier et judiciaire américain. Ses romans sont marqués du sceau du réalisme.
Ce réalisme se retrouve dans la série. Ici, pas de police scientifique qui va trouver des traces d’ADN sur le tapis, ni de super-ordinateurs qui vont retrouver le visage d’une personne au milieu d’une foule. Chez Bosch, on enquête à l’ancienne : interrogations de témoins et de suspects, promenade sur les lieux des crimes, lectures de dossiers et de multiples paperasses.
Cela donne une série qui a forcément un rythme lent et qui privilégie l’intrigue sur l’action. Peu de courses-poursuites, quasiment pas de fusillades, on est loin des canons habituels de certaines séries policières. Mais cette lenteur n’empêche pas la série d’être passionnante : le scénario et la réalisation instaurent une tension permanente, l’action rebondit tout le temps. On passe sans cesse d’un aspect à l’autre, sans laisser le temps d’avoir une routine qui risquerait de devenir ennuyeuse.

Noir

Bosch est une série noire, comme il existe des films noirs. Elle a toutes les caractéristiques du genre. D’abord, il y a l’importance d’un décor urbain. La série se déroule presque exclusivement à Los Angeles, que l’on explore d’un bout à l’autre, depuis les lieux privilégiés jusqu’aux bas-fonds sordides.
Et Bosch comporte aussi un aspect social important. Au fil des épisodes se dessinent les contours d’histoires glauques subies par une population souvent défavorisée. Du coup, Los Angeles est décrite comme une sorte de Babylone décadente où l’immoralité se cache jusque dans les recoins sombres des familles ou des institutions scolaires.
Le noir est aussi la couleur dominante. Le noir de la nuit ou le noir des sous-sols. La série se déroule souvent dans une ambiance nocturne mélancolique, au son d’un vieux disque de jazz. Elle joue beaucoup, là aussi, sur un aspect « vieux jeu » qui la rapproche des films des années 40 ou d’une série comme Mike Hammer. Connelly prétend avoir voulu faire de la littérature policière en découvrant Raymond Chandler, et la série rend parfaitement hommage aux vieux classiques du roman noir à la Chandler.
Noire aussi est la vision de la justice américaine, une justice complètement prisonnière des pressions de toutes sortes, depuis les journalistes jusqu’aux politiciens, sans compter les électeurs.

Des acteurs inspirés

Côté acteurs, cette série devrait marquer la consécration de Titus Welliver, absolument excellent dans le rôle de Bosch. Sa démarche, sa voix grave, sa tête toujours penchée donnent consistance au personnage de Connelly. Il est sobre, à l’image de la série, mais extrêmement présent.
À ses côtés on retrouvera avec plaisir Lance Reddick, que les fans de Fringe reconnaîtront sans problème et qui tient ici un rôle un peu similaire à celui qu’il avait dans la série de J. J. Abrams, celui d’un chef à l’attitude ambiguë, dont on a du mal à savoir de quel côté il se situe précisément.
L’ensemble de la distribution est d’un très bon niveau, sachant ne pas en faire trop. Le résultat est une première saison d’une grande qualité, dense, noire et passionnante. Espérons que la deuxième saison soit du même acabit.

Synopsis : alors qu’il est poursuivi en justice pour avoir tué un suspect lors d’une traque, Bosch enquête sur la découverte d’un squelette.
Adapter en série les romans de Michael Connelly, un des auteurs de romans policiers les plus populaires actuellement, représentait un défi mais les auteurs ont su éviter les pièges tendus devant eux.

Bosch : Bande-annonce

Bosch : Fiche technique

Création : Eric Overmeyer
Réalisation : Ernest R. Dickerson, Kevin Dowling, Alex Zakrzewski , Jim McKay, Matt Earl Beesley, Thomas Carter, Roxann Dawson.
Scénario : Michael Connelly, Eric Overmyer, William N. Fordes, Diane Frolov, Andrew Schneider, Tom Smuts, Jennifer Ames, Joe Gonzalez, T.L. Lankford, George Pelecanos, Steve Turner, d’après les romans de Michael Connelly.
Interprétation : Titus Welliver (Hieronymus, dit Harry Bosch), Jamie Hector (Jerry Edgar), Amy Aquino (Lieutenant Grace Billets), Lance Reddick (Irvin Irving), Annie Wersching (Julia Brasher), Jason Gedrick (Raynard Waits), Steven Culp (District Attorney Richard O’Shea).
Musique : Jesse Voccia
Photographie : Patrick Cady, Paul M. Sommers, Eric Alan Edwards.
Décors : Marc Dabe, Gregory F Anderson
Montage : Dorian Harris, Steven Cohen, Elba Sanchez-Short
Production : Eric Overmeyer, Michael Connelly, Mikkel Bondesen
Sociétés de production : Amazon Studios, Fabrik Entertainment
Distribution : Amazon Instant Video
Budget :NR
Genre : action, suspens
Nombre d’épisodes de la saison 1 : 10
Durée d’un épisode : 45’

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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