Entourage, une série de Doug Ellin : Critique

Critique de la série, Entourage

Synopsis : Vincent Chase est un jeune acteur prometteur d’Hollywood. Il vit avec Johnny « Drama », son demi-frère aîné dont la carrière cinématographique est au plus mal, son manager Eric Murphy et avec son « homme à tout faire » Turtle. Les quatre hommes partagent tout le luxe apporté par la carrière de Vince. Vince est également suivi par Ari Gold, son agent, qui se bat pour lui décrocher les meilleurs contrats et lui faire rencontrer les personnes influentes du milieu.

Quatre garçons sous le soleil des projecteurs

Le 18 Juillet 2004, Entourage faisait ses débuts sur la chaîne HBO. Une série tragi-comique s’inspirant de la vie de Mark Wahlberg, de son frère Donnie Wahlberg et deux de leurs amis d’enfance. Grâce au succès fulgurant du premier, le quatuor originaire du Queen’s, un quartier pauvre de New York, s’installe à Los Angeles, la Mecque du cinéma. Durant 8 saisons, on va suivre les boires et déboires de chacun, au rythme d’une bande son hip-hop entraînante, à la mesure de leurs aventures.

On retrouve Vincent Chase (Adrian Grenier), un jeune acteur séduisant en pleine ascension à Los Angeles, entouré de son grand frère acteur has-been et cuisinier Johnny « Drama » Chase (Kevin Dillon), son meilleur ami et agent Eric (Kevin Connolly) et Turtle (Jerry Ferrara), une sorte d’homme à tout faire. Ils vivent sous le même toit, comme une bande d’adolescents, en profitant du succès du premier. La gloire étant éphémère, il faut avoir un agent influent pour perdurer. Celui-ci se prénomme Ari Gold (Jeremy Piven), arrogant, vulgaire, misogyne et bourré d’autres qualités. Ari est un personnage aussi bien craint, que haï, traitant ses assistants comme des moins que rien. Avec ce dernier, le quatuor devient un quintet, au point qu’il leur vole la vedette, tant ses envolées verbales et réactions sont des moments de folies pures où il écrase tout sur son passage. Ari est une tornade imprévisible et puissante, qui peut faire et défaire une carrière, en un mot ou un coup de téléphone. Pourtant, il en devient attachant et incontournable, car sous la carapace se cache un cœur qui bat….mais seulement par intermittence. Il y a surtout sa femme Mrs. Ari (Perrey Reeves), celle qui fait de lui l’homme qui l’est. Elle est sa force, mais aussi son point faible, tant il lui voue un amour inconditionnel. Dans le monde du cinéma où les tentations sont nombreuses, il ne voit qu’elle et ne veut qu’elle, c’est son univers, sa raison d’être et la mère de ses enfants.
Au contraire, nos quatre amis papillonnent constamment. Enfin, surtout Vincent Chase, grâce à son physique avantageux, alors que Drama et Turtle ramassent les miettes. Eric est plus réfléchi. Grand sentimental, ses pensées sont omnubilées par la belle Sloan McQuewick (Emmanuelle Chriqui). Leur relation est chaotique, mais permet de construire d’autres intrigues, de ne pas se focaliser sur le quatuor et voir divers aspects de la vie à Los Angeles.

Entourage parle surtout d’amitié. On s’identifie forcément à l’un des personnages, ce qui permet de s’immerger dans la série. Puis, on a aussi tous fait partie d’une bande d’amis dans l’adolescence et même plus tard. Leur parcours fascine, on a envie d’être à leur place, tandis que l’on découvre l’envers du décor du showbiz. Leur complémentarité est aussi une des raisons du succès, ils ont chacun leurs propres caractéristiques. Vincent Chase est comme un enfant dans un immense parc d’attractions, où il peut jouir de toutes les gourmandises. Il a besoin de ses amis, pour s’occuper de lui, et lui éviter toutes contraintes. Drama a eu son heure de gloire, mais il n’a pas le même charisme que son frère, et va plutôt de désillusion en désillusion, se contentant de vivre dans son ombre, en donnant des leçons de vie aberrantes aux autres. Turtle est un New-Yorkais jusqu’au bout de ses sneackers, constamment affublé d’une casquette à l’envers et d’un maillot aux couleurs d’une équipe de sa ville. Il n’a pas vraiment de talent et se contente d’être le chauffeur de Vincent, ou de préparer ses valises. Eric apprend le rôle d’agent et souffre face aux réflexions d’Ari Gold. Son apprentissage est compliqué, surtout que Vincent Chase est de plus en plus convoité, mais aussi son seul client. Chacun va devoir s’imposer, pour sortir de l’ombre de leur illustre ami, pour s’épanouir et obtenir le respect.
Le côté « Sexe, Weed & Fun » est attractif, on admire la beauté des courbes parfaites des starlettes défilant sous nos yeux. Le ton est léger, on est en plein hédonisme, ce n’est pas le lieu pour philosopher sur le sens de la vie, mais pour en profiter. Nous sommes fascinés par ce monde, où l’argent coule à flot, comme le champagne. C’est un univers à part, le luxe est la norme, au moins autant que la superficialité.

On peut regretter le choix scénaristique, qui fait l’impasse sur la période se déroulant avant le succès à New-York, en démarrant directement sous le soleil de Los Angeles. Ils vivent déjà dans une immense demeure et roulent dans des voitures de luxe. Sauf que ce n’est qu’apparence, ils n’ont rien à leurs noms, enfin au nom de Vincent Chase. Ils apprendront à leurs dépends que « le plus dur, ce n’est pas d’arriver au sommet, mais d’y rester ». Le chemin ne sera pas aussi évident, qu’au premier abord. Cela met un peu de piment et permet de ne pas être juste une suite de vannes, ou de situations rocambolesques.

Avec l’arrivée de Billy Walsh (Rhys Coiro), au cours de la première saison. On va retrouver à travers ce metteur en scène underground, à la vie dissolue et à l’ego surdimensionné, en proie à une angoisse destructrice, divers traits de caractères de célèbres réalisateurs, comme Martin Scorsese, Francis Ford Coppola ou Peter Bogdanovich. Ils font partie de l’âge d’or du cinéma américain, celui des années 70, où le metteur en scène avait pris les rênes de ses films, en obtenant leur indépendance artistique, avant que la donne change à nouveau, avec le succès des Dents de la mer ou Star Wars. Les producteurs reprenant le pouvoir et les blockbusters devenant la norme. La mémoire de cette période, est représentée par Bob Ryan (Martin Landau), vestige d’une époque révolue, passant son temps à raconter des anecdotes savoureuses sur les stars de cette époque. Un homme perdu dans ce nouveau système, dont il ne comprend plus les règles. L’ancien et le nouvel Hollywood ne font que se croiser, pas de temps à perdre, pour cette machine à broyer en constante évolution. Le rythme imposé est infernal, on le voit avec Ari Gold, son BlackBerry en permanence à la main, pour n’être jamais coupé du monde, même dans la demeure familiale, au risque de s’attirer les foudres de sa femme. Sa première assistante Emily (Samaire Amrstrong), ne va pas faire long feu, difficile de rester en place, face aux énormes exigences d’Ari. Le suivant, Lloyd Lee (Rex Lee) réussira à s’imposer, ses origines asiatiques, seront une source de réflexions racistes permanentes de la part de son boss, en plus homophobe. Mais le duo est irrésistible, il est impossible de ne pas rire, aux diverses réflexions et réactions de chacun.

La présence de multiples guests fait aussi partie de son pouvoir attractif. En situant l’action à Los Angeles, cela aurait été aberrant de ne pas croiser des célébrités. Le téléspectateur ne sera pas en reste de ce côté là, avec un défilé constant, que ce soit dans leur propre rôle, ou pas. Ils sont prêts d’une centaine à apparaître au fil des huit saisons, que ce soit des sportifs comme LeBron James, Tom Brady ou Adrian Peterson, des artistes dont U2, Kanye West ou Saigon ou encore des figures du cinéma tels James Cameron, Matt Damon, Jeffrey Tambor, Sasha Grey, entre autres. Bien évidemment, Mark Wahlberg sera aussi présent. La scène du premier épisode où il croise le quatuor, en étant accompagné de ceux dont ils s’inspirent.

Jeremy Piven se révèle la star du show, épisode après épisode. Son personnage d’Ari Gold, va lui valoir 3 Emmy Awards de 2006 à 2008, mais aussi un Golden Globe en 2008. Kevin Dillon sera nommé plusieurs fois, mais face à son partenaire, à la folie communicative, difficile de s’imposer. Cela n’enlève rien, à son talent, en acceptant de jouer un rôle sujet aux sarcasmes et souvent pathétique. En tant que frère de Matt Dillon, on comprend son parcours, aussi bien dans la série qu’en dehors, ce qui fait de lui un personnage attachant, dont on espère, qu’il va retrouver le devant de la scène. Cela permet aussi de voir les difficultés de s’imposer dans ce monde, courant sans cesse les castings et cachetonnant pour des publicités où l’ego est souvent mis à mal.

Les cinq premières saisons sont exceptionnelles, la suite sera moins passionnante. En tentant de rendre l’histoire un brin dramatique, on va découvrir les limites scénaristiques de son créateur Doug Ellin, plus à l’aise dans l’humour. Pourtant, c’était une idée intéressante, de montrer aussi le mauvais côté du succès et des tentations à porter de narines. Mais elle est moins captivante, surtout qu’Adrian Grenier se révèle un acteur sympathique, mais au registre peu étoffé.
En déclarant qu’il adorait la série, le président des Etats-Unis Barack Obama, ne va pas aider à son développement, bien au contraire. Les stars vont se bousculer pour être dedans, au détriment du scénario, s’adaptant à leur présence au lieu d’offrir de nouvelles intrigues. Une impression de surplace se fait ressentir et le côté « bons potes », se fait plus discret. Pour autant, cela reste une série culte, en témoigne sa durée, avec huit saisons. Si on reste un peu sur sa fin, le 24 Juin 2015, le film va enfin sortir dans nos salles. Espérons qu’il offre un final digne du plaisir, procuré par cette série durant toutes ces années.

Entourage : Trailer

Entourage : Fiche Technique

Titre original : Entourage
Date de sortie : 18 juin 2004 (USA)
Nationalité : Américaine
Création : Doug Ellin
Réalisation : Julian Farino, Mark Mylod, Daniel Attias, David Nutter, Ken Whittingham, Doug Ellin et Seith Mann
Scénario : Doug Ellin
Interprétation : Kevin Connolly, Adrian Grenier, Kevin Dillon, Jerry Ferrara, Jeremy Piven, Rex Lee, Perrey Reeves, Debi Mazar, Emmanuelle Chriqui, Rhys Coiro, Beverly D’Angelo, Constance Zimmer et Scott Caan
Musique : Jeff Cardoni et Elliott Goldkind
Photographie : NR
Décors : Chase Harlan
Montage : Jeff Groth
Production : Rob Weiss, Doug Ellin, Stephen Levinson, Mark Wahlberg et Eric Weinstein
Sociétés de production : Closest to the Hole et Leverage Entertainment
Distribution : Warner Bros Pictures, Home Box Office.
Budget : NR
Nbre d’épisodes :96 épisodes – 8 saisons
Genre : Comédie, drame

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