19 novembre 2015: Deuxième jour du Paris International Fantastic Film Festival
14 heures : Premier film de la journée, Some kind of hate est une autre production indépendante américaine et une première réalisation de la part d’Adam Egypt Mortimer. En voulant s’essayer au sous-genre ultra-balisé du slasher, ce jeune metteur en scène fait le choix audacieux de prendre pour support narratif un sujet malheureusement bien réaliste, le harcèlement scolaire. Alors que l’horreur de cette thématique réussit, dans la première demi-heure, à se suffire à elle-même, l’intervention de la dimension surnaturelle du film, à travers un boogeyman véritablement effrayant (interprété par une ancienne starlette estampillée Diney Channel !) sera le déclencheur d’une explosion de violence sanglante qui trouvera son paroxysme dans un final cauchemardesque. Une violence que le volume poussé jusqu’au bord de la saturation du son a rendu d’autant plus palpable et sensorielle. Sans doute le film le plus radical de la compétition.
16 heures 30: La séance culte de ce deuxième jour du PIFFF 2015 est une œuvre, encore une fois mésestimée, de George A. Roméro. Alors qu’il venait d’achever la trilogie des mort-vivants à laquelle son nom sera à jamais associé, Incidents de Parcours est son premier film de studio, une expérience qui, comme souvent pour une réalisateur ayant fait leurs gammes dans le ciné indé, sera compliquée, au point que ce titre français semble mieux approprié que jamais. C’est sans doute sous la pression de producteurs aux velléités uniquement commerciales que sa mise en scène s’est édulcorée au point que le film semble impersonnel. Heureusement, alors que le scénario aurait pu être propice à une fable enfantine pétrie de bon-sentiments, l’amoralité que le réalisateur met dans cette réflexion sur la part d’animalité qui repose en l’Homme (une thématique déjà perceptible dans sa conception des zombis) lui apporte une part de subversion assez mesquine.
19 heures 30 : C’est encore une fois devant une salle pleine à craquer que les animateurs du Festival présentèrent la séance de ce soir. Evolution est le second long-métrage de Lucile Hadzihalilovic, une réalisatrice française peu connue du grand public mais que les amateurs et les habitués du PIFFF connaissent bien puisque, en plus d’être la femme de Gaspar Noé, elle était membre du jury lors de la première édition. Ce film dérangeant tourné dans les îles Canaries débute à la manière d’une œuvre contemplative profitant de magnifiques plans sous-marins mais tourne au huis-clos cauchemardesque dans une clinique terriblement glauque. Mais, là encore, c’est le rapport entre humain et animal qui est au centre du récit puisque le mystère que devra résoudre un jeune garçon n’est rien de moins que l’origine du lien qui l’unit à certains animaux maritimes qui l’entourent. Un film véritablement perturbant sur le fond comme sur la forme dont la réalisatrice nous a expliqué que sa gestation date d’il y a plus de dix ans.
22 heures: Parce que le PIFFF ne serait pas complet sans sa part de cinéma japonais et que les sélectionneurs du Festival apprécient tout particulièrement le fétichisme détraquée dont les nippons sont spécialistes, c’est cette année un film de Sono Sion qui a rempli la tâche. Le plus prolifique des réalisateurs japonais (au point que même ses fans reconnaissent que certains de ses films sont bâclés !) signe avec The Virgin Psychics l’adaptation d’un manga complètement allumé. Et pourtant, dans cette comédie érotique autour d’un jeune homme qui acquiert des pouvoirs en se masturbant et devra canaliser ses érections face à des armadas de nymphettes en petites tenues, une pointe de romantisme semble, par instants pointer le bout de son nez. Toutefois, les outrances vulgaires reprendront toujours le dessus, au point de rendre crédibles les rumeurs comme quoi Sion désire en revenir au porno dans lequel il avait autrefois fait ses débuts.
Fort d’une troisième partie qui s’affranchissait finalement du divertissement faussement exaltant proposé jusque alors, et qui donnait enfin à voir le cœur de son sujet politico-tyrannique, autant dire que Hunger Games : La Révolte Partie 2 était attendu. Autant pour la conclusion qu’il mettrait un point d’honneur à apporter que pour cette révolte qui gronde et qui n’attendait que d’éclater depuis le premier métrage en 2012, le film disposait ainsi d’un certain potentiel dont il se devait d’user pour enfin donner à voir cette révolte promise par le titre. Une seule question demeurait pourtant et non des moindres : celle du ton employé !
Synopsis: Alors que Panem est ravagé par une guerre désormais totale, Katniss et le Président Snow vont s’affronter pour la dernière fois. Katniss et ses plus proches amis – Gale, Finnick, et Peeta – sont envoyés en mission pour le District 13 : ils vont risquer leur vie pour tenter d’assassiner le Président Snow, qui s’est juré de détruire la jeune femme. Les pièges mortels, les ennemis et les choix déchirants qui attendent Katniss seront des épreuves bien pires que tout ce qu’elle a déjà pu affronter dans l’arène…
Poursuivra-t-il sur la lancée esquissée par le dernier qui prenait à bras le corps les composantes de son sujet, entre guerre de perception et d’influence, propagande et rébellion, ou suivra-t-il la veine de ces nombreux divertissements faisant fi du contexte dans lequel ils s’insèrent pour finalement relâcher les gaz et donner à voir une conclusion en forme de chevauchée des Walkyries sous acide où la bienséance ne trouve plus sa place ?
Une conclusion à la tonalité confuse
Un choix ayant visiblement infusé la vision du metteur en scène Francis Lawrence qui, non soucieux de faillir à son statut d’homme à tout faire du studio, embrasse les deux tableaux à la fois, quitte à faire perdre à son film un élément non négligeable : son feu sacré. Conséquence directe de la division du roman final en deux films, cet épisode de la saga paie ainsi par son absence flagrante de faits à apposer sur ses images.
Fort d’un sous-texte politique déjà éludé dans le précédent long-métrage, le film ne pouvait et même ne devait qu’alors embrasser cette veine rebelle et héroïque qu’on était en droit d’attendre. Malheureusement pour nous, cette rébellion, sans doute pour épouser l’étonnante sobriété qui habite l’ensemble, se paie le luxe de ne figurer qu’en filigrane de l’œuvre. Un comble quand le film en vient à désigner cet événement comme le faire valoir du métrage qui aurait de fait gagné à améliorer son titre ou son ambition, c’est selon. Mais outre ce choix curieux mais pas forcément répréhensible, c’est vers le scénario même que les principaux reproches peuvent se tourner. Si l’on sait gré à ce dernier d’inclure en son sein toutes les thématiques qu’un sujet de la trempe d’HG dispose, à savoir gestion de l’après dictature, jeux de pouvoirs et d’influence, sans pour autant prendre le pas sur le reste, on ne peut qu’être consterné de voir le scénario préférer étayer la romance entre Peeta (campé par un Josh Hutcherson lobotomisé), et Katniss (jouée par une Jennifer Lawrence curieusement bien en deçà de ses dernières interprétations du Geai Moqueur) que donner à voir l’intrigue de ce volet qu’on attendait bien plus frondeuse et héroïque.
Un scénario au diapason de ce désordre
Pour autant, le script n’est pas forcément le seul fautif dans l’histoire. S’il demeure cohérent et se couple parfaitement aux oripeaux techniques déployés par le film (que dire de la photographie et de la musique impeccable, ou des références disséminées çà et là), reste que le trop-plein de personnages, privé d’une ossature solide et viable qui fragilise l’ensemble. Jusqu’alors vecteur de l’étonnante réussite de l’ensemble de la saga, le casting semble ici plat, quitte à s’effondrer comme un château de cartes, l’intrigue ne leur permettant plus une ossature digne de ce nom. Et au jeu des interprétations ratées, personne ne semble ainsi épargné entre une Julianne Moore surjouant les traits de la présidente Coin, un Philip Seymour Hoffman en retrait, un Woody Harrelson reconverti en side-kick du personnage de Katniss ou encore une Elizabeth Banks, dont la prestation n’a jamais été aussi immonde que ses tenues. Conséquence malheureuse de la division en deux films du roman conçu pour clore les pérégrinations du Geai Moqueur, cette deuxième partie n’aura servi en réalité qu’à alimenter la cash-machine hollywoodienne pour un résultat relativement décevant puisque obligeant à voir un récit non dénué de qualités accuser le coup d’une division ayant amoindri ses enjeux et par extension sa surprise.
Hunger Games, La Révolte partie 2 : Bande-annonce
Hunger Games, La Révolte partie 2 : Fiche Technique
Titre original : The Hunger Games: Mockingjay – Part 2
Réalisation : Francis Lawrence
Scénario : Danny Strong, d’après Hunger Games : La Révolte de Suzanne Collins
Interprétation: Jennifer Lawrence (Katniss Everdeen), Josh Hutcherson (Peeta Mellark), Liam Hemsworth (Gale Hawthorne), Elizabeth Banks (Effie Trinket), Woody Harrelson (Haymitch Abernathy), Julianne Moore (Présidente Alma Coin), Donald Sutherland (Président Coriolanus Snow)…
Direction artistique : Philip Messina
Décors : Philip Messina
Costumes : Kurt and Bart
Photographie : Jo Willems
Montage : Alan Edward Bell et Mark Yoshikawa
Musique : James Newton Howard
Production : Nina Jacobson et Jon Kilik
Sociétés de production : Color Force et Lions Gate Film
Sociétés de distribution : Lions Gate Film (États-Unis), Metropolitan Filmexport (France), Entertainment One (Canada)
Budget : 125 millions $
Genre : action, drame, science-fiction dystopique
Durée : 137 minutes
Date de sortie : 18 novembre 2015
PIFFF 2015: Premier jour du Paris International Fantastic Film Festival
14 heures 30: Dans la petite salle du Grand Rex, le jury se réunit pour la première fois pour découvrir le premier des huit films en compétition, Curtain, une petite série Z autofinancée par l’américain Jaron Henrie-McCrea, preuve que le cinéma indépendant reste le meilleur terreau du fantastique. Alors que les deux présentateurs du Festival nous l’avaient présenté une « comédie urbaine et cradingue », c’est en fait à un film relativement sage et aseptisé (et dont les plans en extérieur sont essentiellement en forêt !) que nous avons eu affaire. Un manque de jusqu’au-boutisme assez décevant donc, mais que le pitch complètement capilotracté et l’écriture approfondie des personnages nous permettent d’oublier pour entrer de plein pied dans cette élucubration dont chaque rebondissement se révèle une idée surprenante de la part de son auteur. A défaut de pousser assez loin les aspects fun et gore qu’aurait pu entrainer son scénario, la meilleure réussite est de rendre palpable le calvaire psychologique de son héroïne (interprétée par une excellente actrice que l’on peut espérer revoir) et la panique dont laquelle la plonge cette aventure rocambolesque.
16 heures 30 : Le deuxième film de cette journée est l’occasion d’une des fameuses « Séances cultes » qui contribuent au succès du PIFFF. La première de cette édition 2015 est Darkman, un film mésestimé de Sam Raimi mais néanmoins important dans sa filmographie, dans le sens où il s’agit à la fois de son premier film de studio après les deux premiers Evil Dead ou encore Mort sur le grill, et de son premier film de super-héros, laissant présager le futur Spider-man. Personnage original et non pas adapté d’un quelconque comic-book, Darkman (interprété par Liam Neeson, à l’époque encore estimable, bien avant qu’il ne s’égare dans de piètres films d’action) s’apparente, de par sa figure de vengeur défiguré, à celui de Phantom of the paradise, tandis que le film en lui-même est dans le même esprit que le Batman de Batman sorti un an plus tôt et avec qui il partageait le même compositeur Danny Elfman. Mais Darkman se caractérise aussi par l’usage que fait Raimi d’effets spéciaux du même acabit que ceux de ses précédents, ce qui dans le cas dans d’Evil Dead donnait une touche d’artificialité amusante, mais qui ici aboutit à un visuel kitsch qui a participé à la mauvaise réputation du film.
16 heures 30: Pour la première partie soirée, horaire qui attire le plus de spectateurs, et en présence de tout le gratin du cinéma fantastique français, les animateurs du PIFFF nous présentèrent le second film en compétition de cette année : Blind Sun, le premier long-métrage de Joyce A. Nashawati. Après quelques courts primés dans divers festivals, dont La Morsure découvert à Gerardmer, la réalisatrice grecque y délivre une œuvre singulière où se croisent Wake In Fright et Le Locataire, offrant un film d’horreur solaire qui n’hésite pas à invoquer les œuvres de Ballard ou bien encore le film Mirages de Tahlal Selhami pour livrer une sorte d’instantané socio-politique de son pays, et plus largement de tout le bassin méditerranéen. Malgré un scénario difficilement abordable aux multiples éléments peu exploités, on se laissera littéralement envouter par la photographie flamboyante qui appuie la solitude du personnage principal (l’israélien Ziad Bakri), encore plus isolé de par son statut d’immigré, et nous donne soif…d’en voir plus.
19 heures 45: Pour clore la soirée, Le Complexe de Frankenstein est un documentaire réalisé par le duo français Gilles Penso et Alexandre Poncet qui avaient signé, il y a quatre ans, un excellent portrait du génie Ray Harryhausen. Autant dire que leur nouveau film était attendu au PIFFF serait un doux euphémisme. Et qu’on se le dise, ce voyage dans l’histoire du maquillage FX et des animatronics est un enchantement pur. Interviews des grands noms des effets spéciaux pratiques et de réalisateurs connus et passionnants, tel que Guillermo Del Toro ou Christophe Gans, démonstrations de certaines techniques ainsi que véritable galerie hallucinée et hallucinante de monstres et autres bizarreries magnifiques; tout y est pour offrir un passionnant récit sur un art mais aussi plus généralement notre médium favori: le cinéma.
A noter que ces deux séances furent suivies par des questions-réponses entre le public et les réalisateurs des films qui revinrent sur la genèse et les difficultés de confection de leur film respectifs.
Relever-la tête, croiser des visages, partager des solitudes : le cinéma comme réponse au 13 novembre 2015
Prendre la plume pour réagir à l’actualité brutale (ici celle du 13 novembre dernier) aura été mon credo comme journaliste. L’objectif était d’informer, de tenir à distance les événements, de les donner à comprendre, à analyser. L’objectivité, l’efficacité et la rapidité ont été mes maîtres mots pendant plus de deux ans. Lassée par d’impitoyables entretiens d’embauche (dont la perspective ne dépassait jamais le simple stage), j’ai délaissé ce métier pourtant si beau à mes yeux pour me tourner vers l’éducation. Là aussi il faut informer, prendre du recul, trier, donner à comprendre. Mais d’une autre manière certainement, avec un public parfois « piégé » dans des murs qu’il n’a pas toujours choisi de fréquenter. Avec le cinéma, j’ai découvert très vite une autre écriture, critique (mais pas forcément négative), qui se rangeait aussi du côté de l’objectivité. Pourtant, j’ai vite délaissé, là encore, cette forme objective pour lui préférer l’émotion. Ma sensibilité si souvent décriée me servait enfin à rendre hommage à des films qui avaient réussi à me toucher, à me transporter. Mes « dieux » à moi sont nombreux, ils s’appellent Almodovar, Scorsese, Sciamma, Blier, Farhadi, Panahi, Wenders, Anderson, Honoré, Dolan, Maïwenn, Kore-Eda, Miyazaki, Kurosawa, Brizé, Truffaut, Hitchcock, Corsini, Erguven, Audiard, Lanthimos, Eastwood, Tarantino, Gianolli, Bonnell, Satrapi, Haneke, Allen, Hansen-Love, Fox, Kubrick, Jeunet, Fillière, Jaoui, Gray, Jacoulot, Dupontel, Mouret, Lvosky, Bonello, Kechiche, Sautet, Garrel, Nicloux, Kusturica, Kar-Wai, Lynch, Yimou, Lubitsch, Carax, Resnais, Nichols, Murnau, Kolirin, Coen, Begnini, Jarmusch, Constanzo, Campion, Godard, Zhangke, Moretti, Welles, Ghobadi, Al-Mansour, Petzold, Visconti, Malick, ect…. Leur point commun ? Être de tous les coins du monde (ou presque) et réaliser des films avec les tripes. Ces « dieux »-là ne me forcent à aucune discipline (à part celle de les découvrir au fur et à mesure des films qu’ils portent à mon regard), à aucun rejet (puisque leur crédo c’est la diversité). En fait, ce ne sont pas des « dieux », ce sont des humains qui parlent à d’autres humains. Ils me proposent de « partager des solitudes », de sortir dans la rue pour aller au cinéma, de croiser des visages, de les voir rire ou pleurer. J’ai goûté à l’attente fébrile un soir d’avant-première, où chacun guette le visage de la star annoncée, mais aussi celle plus banale de ceux qui arrivent toujours en avance avant une séance. Avant d’accéder aux images des films pour lesquels nous nous déplaçons, d’autres images nous sont offertes, promotionnelles, consommables, joyeuses, friandes, gourmandes. Des images qui disent « revenez-vite ». On les oublie souvent au détour de la première image d’un film, celle qui sait ou non nous embarquer pour quelques heures.
Des films pour découvrir, comprendre l’autre
Aujourd’hui je reprends donc cette plume, en tant que rédactrice sur cinéséries et pour la première fois j’utilise la première personne du singulier, je m’identifie. Non pas par égocentrisme, mais parce que j’ai bien souvent vu les résistances s’écrire au cinéma, dans les livres, dans la vie aussi, pour avoir envie de le faire également, à mon échelle, sur mon clavier. Une actrice iranienne invitée cette année à Cannes a dit en peu de mots ce que je pensais : « en Iran, les femmes vivent dans des prisons, mais ce sont les femmes les plus libres que j’ai connu ». Prisonnières, mais libres ? Pourtant, brimées, détruites, assassinées et sans droit à la parole. Mais ce sont dans ces espaces confinés, on le sait, que nos forces se déploient le plus. L’Iran je l’ai découvert au cinéma, avec cette même actrice. Ce n’est pas le seul pays que j’y ai connu. Bien sûr, je n’oublie jamais de vivre et de rencontrer, car c’est encore important d’aller au dehors, d’observer et de ressentir vraiment. Mais ma résistance s’est souvent écrite au cinéma, où j’ai découvert qu’on pouvait aimer sans barrière, qu’on pouvait tuer sans raison aussi. Toute une palette d’émotions m’a été ouverte. Les films m’ont appris à mieux accepter la parole de l’autre, à l’entendre, à l’interroger. Parfois, ils m’ont montré que l’incompréhensible n’avait pas forcément de réponse. Parfois, les réponses m’ont déçue, révoltée ou apaisée. Je suis toujours sortie des bons films avec une opinion différente de celle que j’avais en entrant, ou du moins différente car l’indifférence me glace.
Une fragile bulle de bonheur…
C’est donc étrange la manière dont me sont arrivées les images du 13 novembre 2015. Des images que j’étais si habituée à voir dans des zones dites en « guerre » (comme nous le sommes désormais semble-t-il), et dans les films donc, ceux qui montrent une réalité, la fantasment ou l’exorcisent. Étrangeté d’images brutales qui ne m’ont pas parues étonnantes, mais surtout qui se sont d’abord détachées de moi. J’ai vu la colère, la tristesse et la peur. J’ai partagé tous ces sentiments. D’autant plus que des noms connus se sont ajoutés à ceux des inconnus tombés sous les balles. J’ai pleuré comme je l’avais si souvent fait au cinéma. J’ai pensé à ces mères en larmes, comme celle qu’a filmée Almodovar, sous la pluie et un parapluie multicolore, dans Tout sur ma mère. J’ai pensé à cette jeunesse sacrifiée que j’avais vu si souvent rire, déconner, s’ennuyer, se libérer, se révolter. J’ai vu les élans de solidarité, mais aussi ceux qui voulaient se distinguer en refusant l’émotion et en choisissant une raison personnelle, une opposition franche. Je me suis souvenue en voyant ces gens résister en allant boire un verre, à ceux que j’avais vu continuer à vivre dans une «bulle » fragile mais vitale en Israël**. Un film, encore.
La haine ?
J’ai voulu fermer ma porte, rester chez moi, prendre dans mes bras tous ceux que j’aime, croire que le monde allait périr. J’ai surtout eu envie de penser à tous ceux que j’avais vu se rapprocher malgré leurs différences. J’ai rejeté ce cinéma si idéaliste qui me disait que c’était possible. Et je me suis souvenue de ce père qu’on découvrira bientôt au cinéma et qui cherche sans répit sa fille partie rejoindre le Djihad***. Lui qui vivait enfermé dans sa petite communauté cowboy, quelque chose de violent s’abat sur son rêve. Pourtant, le film n’oublie pas l’espoir. Peu de films l’ont complètement rejeté d’ailleurs, même les plus apocalyptiques. Certains ont cru bon d’alerter, d’envoyer des électrochocs. On se souviendra longtemps de la métaphore de La Haine sur une société qui tombe, qui tombe et qui répète « jusqu’ici tout va bien ». Jusqu’à ce soir du 13 novembre 2015, où la chute, la seule qui compte, intervient. Comment ? Pourquoi ? La haine doit-elle trouver la haine en retour ? Parmi toutes les œuvres visionnées, j’aurai presque peur de chercher une réponse tant elle est diffuse, multiple. La mienne sera de choisir de retourner dans les salles, de pester quand on retire un film comme Made in France des cinémas. Certes, l’affiche, le sujet portent à confusion en ces temps « difficiles ». Mais une telle œuvre éclaire aussi, donne un nouveau faisceau à nos attentes. Ce n’est peut-être pas ce qu’on y cherche, certes.
« J’ai rêvé de planètes où le bonheur s’inspire, où rien ne disparaît sinon pour revenir »*
Le cinéma est aussi une féerie, un divertissement, une fraternité, un monde « où le bonheur s’inspire, où rien ne disparaît sinon pour revenir »*. Rapporté à l’échelle du rêve, le cinéma nous donne souvent le choix. On y voit notre passé, notre futur, notre présent, l’imaginaire. On détourne souvent les yeux, on s’indigne… Mais on s’émerveille aussi. C’est cette capacité-là que j’interroge souvent au cinéma : l’émerveillement. Celle aussi de ressentir autrement. Et je formule mes utopies, celles où l’on prend son temps, où l’autre est à explorer. L’autre qui nous ressemble et nous fait peur en même temps. Celui qui en à peine quelques jours peut devenir essentiel à nos vie. Il aura fallu une soirée à moins de dix hommes pour dévaster tout un pays, des intimités aussi. Et cette nuit-là, peinant à m’endormir, j’ai formulé un rêve à double tranchant, celui qu’un petit garçon fasse revenir tous ceux qui étaient partis si vite…. Les Revenants m’ont envahie toute entière et je me suis demandée quelle apparence j’aurai voulu leur offrir.
« Ceux qui restent »
Ce sont de nouvelles étoiles qui nous guident aujourd’hui, pour lesquelles on est à genoux quelques heures, peut-être toute une vie, mais pour lesquelles nous choisissons aussi de nous relever, « c’est ce qu’il/elle aurait voulu » se persuade-t-on. On voudrait pouvoir choisir sa mort, un peu comme dans Arizona dream, ce rêve-là avait des allures de réincarnation en tortue, de bain de vodka glacée, de scènes mythiques d’Hitchcock et de simplicité aussi. Pourtant, la mort nous surprend toujours, on a peine à décider quand c’est le bon moment, car il n’existe pas. La plus grande menace, c’est celle-là : qu’elle surgisse. C’est pour ça que j’ai décidé d’écrire, pour me souvenir que j’étais en vie, qu’on a écrit des livres sur les 1001 films à voir avant de mourir. Je n’aurai certainement pas le temps de tous les voir, car je repousserai toujours l’échéance, préférant me dire « je serai encore-là demain » pour les voir, pour rêver, pour rire ou pleurer. Pour les partager aussi. Et pour avoir la satisfaction après un film extraordinaire de pouvoir se dire « maintenant je peux mourir tranquille », j’ai vu ça.
Relever la tête, enfin …
Mais il y aura toujours une bonne raison de rester du côté de la vie. La preuve, tous les mercredis, de nouveaux films sortent comme autant de destins à partager. Comme autant de façons de voir le monde, de l’explorer. Parfois, il y a des répétitions, des trébuchements, des erreurs, des flops. Mais il y a aussi des surprises, des éclats et des perles qui s’inscrivent en nous. Une résistance factice me direz-vous et bouleversée par les plans d’une poignée d’hommes ce vendredi. J’appelle alors tous ceux qui le veulent et le peuvent à remplir de nouveau les salles de cinéma, à vibrer, à apprendre, à comprendre. J’espère croiser vos visages avant les séances, dans le noir, et aussi quand la lumière se rallume, voir cette petite lueur qui me relance dans la vie. Bref, voir vos visages ailleurs que sur les affiches-hommages aux victimes et pouvoir répondre un sourire à vos sourires, une larme à vos larmes. Les questions viennent, les analyses aussi. L’émotion reste pourtant intacte chez moi, car je laisse à ceux dont c’est le métier le soin d’analyser. Je vous ai partagé ma solitude, rien de plus. A bientôt dans les salles, dans la rue, avec mes critiques, mes découvertes… Relevons la tête, allons au cinéma !
*citation tirée d’une très belle chanson du groupe Ex Nihilo Vox **The Bubble, d’Eythan Fox *** Les Cowboys de Thomas Bidegain, sortie prévue le 25 novembre 2015
L’image en Une est tirée du film Cinema Paradisio de Giuseppe Tornatore
Sandu Patrascu (Teodor Corban) est un homme tranquille, bon, rigoureux, à la manière du Serious Mandes frères Coen : bon mari, bon père, bon fils. Quand par exemple il prend conscience de sa silhouette qui commence à s’enrober légèrement, c’est sans tergiversation que Patrascu prend le chemin du jogging avec son chien Jerry.
Synopsis: En rentrant chez lui, Pătrașcu perçoit derrière une porte au deuxième étage de son immeuble les bruits d’une violente dispute amoureuse. Quelques heures plus tard le corps d’une femme est découvert. Ses soupçons se portent sur Vali, le voisin du premier. Et pourtant Pătrașcu ne se rend pas à la police… même lorsque Vali commence à s’immiscer dans sa vie et dans sa famille…
A serious man
Quand ensuite il rentre chez lui, il refuse les bons petits plats de sa femme Olga (Oxana Moravec) pour se cantonner à une petite salade propre à son régime, tout ça entre des gestes affectueux envers sa femme, et des gestes protecteurs envers son fils Matéi (Ionut Bora). Sandu Patrascu est rigoureux et bon. Il sait ce qu’il à faire, il fait ce qu’il a à faire.
Mais un jour, en revenant de son jogging quotidien, il entend une dispute éclater entre Laura, sa jeune voisine du dessous et Vali (Iulian Postelnicu), de toute évidence son amant. En sortant de l’appartement, ce dernier, un voisin également, surprend Patrascu, oreille tendue vers la porte, faisant mine de remettre le collier du chien. Le soir même, on apprend le décès de la jeune femme, dans des circonstances troubles et peu définies. Quand la police vient faire son enquête de routine dans le voisinage, Patrascu ne dit rien au commissaire, comme il n’a rien dit à sa femme non plus.
Le film de Radu Muntean est un étrange thriller tendu de bout en bout, alors même que ce qui y est raconté ne sort jamais de l’ordinaire. Cette sorte de naturalisme très caractéristique du nouveau cinéma roumain (Cristian Mungiu, Cristi Puiu ou Corneliu Porumboiu pour ne citer qu’eux), souvent utilisé pour mettre en avant les dysfonctionnements de la société roumaine, et sa tristesse aussi (Bucarest est rarement filmé de manière avantageuse), ce penchant pour le réalisme est ici à son comble, allant jusqu’à citer les meilleures marques de disque dur pour l’ordinateur familial ou le nom des pires attaquants dans le club de football du coin. Des détails qui se rajoutent aux détails, des scènes d’une vie quotidienne roumaine quasi-bourgeoise et qui pourtant installent cette tension qui ne quitte jamais l’écran.
Voilà en effet un homme (merveilleusement joué par Teodor Corban que l’on a déjà vu cette année dans un registre autrement plus verbeux, avec l’excellent Aferim de Radu Jude), voilà un homme qui tait un lourd secret, mais qui continue de vaquer à ses occupations (avec sa femme Olga, ils possèdent une société qui s’occupe de prendre en charge les tracasseries administratives d’immatriculation de voitures), à la fois comme si de rien n’était, mais en même temps, avec une inquiétude grandissante que l’on lit dans ses yeux et son corps tout entier. De tous les les plans, Patrascu ne peut pas échapper au spectateur, et probablement pas à sa conscience. Ayant pris soin de brosser jusque-là un portrait plutôt flatteur du protagoniste, Radu Muntean écarte le risque d’un jugement trop hâtif de la part du spectateur pour le laisser au contraire s’interroger pendant tout le film sur la motivation de Patrascu à ne pas livrer l’assassin. Est-ce la peur de complications administratives dont il connaît les arcanes pour en avoir fait son métier ? Est-ce la peur d’envoyer un innocent dans les griffes de la justice ? Est-ce plus globalement l’héritage d’une société post-Ceaușescu qui fuit les « histoires » autant que faire se peut ?
Fait de petits riens (la silhouette inquiétante de Vali, le présumé assassin, derrière une vitre, sa mère qu’il découvre familière de ce dernier, un fils qui joue à Street fighter avec le même dans son propre domicile, Vali lui-même qui veut utiliser ses services professionnels, etc.), le récit semble faire du surplace tout en étant pourtant efficace dans sa capacité à nous tenir en haleine. De plus, le cinéaste arrive avec cette ambiance très minimaliste à montrer des bribes de la société roumaine : un machisme ambiant par-ci («Si elle est morte, c’est parce que c’est une pute» dit-on en parlant de Laura, la victime) ; de la bureaucratie quasi-kafkaïenne par-là (le travail de Patrascu est disséqué de manière clinique dans ses moindres détails, et le résultat fait froid dans le dos); et toujours cet humour noir propre au cinéma de son pays (Patrascu a choisi la voix de Ceaușescu comme sonnerie de son téléphone).
Mais à force de faire dans le low-key, Muntean finit par raser le bitume et se prendre les pieds dans le tapis, car la tension qu’il préserve tout au long du film accouche d’un non-événement. Même s’il assiste à une sorte d’explosion finale vers la fin du récit, filmée par ailleurs avec beaucoup de maîtrise, le spectateur va au-devant d’une certaine déconvenue à l’image de celui qui allume un pétard mouillé.
Radu Muntean représente l’avant-garde du nouveau cinéma roumain qui est en passe de verser dans l’académisme, tant le chemin en est balisé, et tant il est institutionnalisé avec la pluie de récompenses festivalières qu’ils glanent année après année. Il s’est affranchi de ses aînés, par exemple en limitant les dialogues interminables et surtout le périmètre de ses films aux bornes du sordide qu’on pourrait rencontrer dans les films comme le récent Au-delà des collines de Cristian Mungiu. Si son film précédent, Mardi après Noël, a été un vrai succès d’estime, L’étage du dessous perd un peu trop de matière et devient une pâle copie de ce qu’il aurait dû être…Une semi-déception donc pour le dénouement, mais une réussite indéniable pour le chemin qu’il a pris pour aller jusque-là…
L’étage du dessous – Bande annonce
L’étage du dessous – Fiche technique
Titre original : Un etaj mai jos Date de sortie : 11 Novembre 2015 Réalisateur : Radu Muntean Nationalité : Français , roumain , allemand , suédois Genre : Drame Année : 2015 Durée : 93 min. Scénario : Alexandru Baciu, Radu Muntean, Razvan Radulescu Interprétation : Teodor Corban (Sandu Patrascu), Iulian Postelnicu (Vali), Oxana Moravec (Olga), Ionut Bora (Matéi), Tatiana Iekel (la mère de Sandu), Vlad Ivanov (Sorin)… Musique : Cristian Stefanescu / Electric Brother Photographie : Tudor Lucaciu Montage : Andu Radu Producteurs : Dragos Vilcu, François d’Artemare, Alexander Ris, Anna Croneman, Christine Haupt Maisons de production : BLECK FILM & TV AB, Cine Plus Filmproduktion, Film i Väst, Les Films de l’Après-Midi, Multimedia Est, Neue Mediopolis Filmproduktion Distribution (France) : Epicentre films Récompenses : Prix de la production : Festival de cinéma de Hamburg Budget : 1 000 000 € (est.)
17 Novembre 2015, 20h: Soirée d’ouverture du PARIS INTERNATIONAL FANTASTIC FILM FESTIVAL
Pour sa cinquième édition, le toujours plus ambitieux PIFFF se délocalise dans la plus grande salle d’Europe, le Grand Rex. Alors que le maintien du festival a –courageusement– été annoncé la veille, il n’a pas réussi à faire salle comble comme les années précédentes quand il avait lieu dans les locaux, plus petits, du Gaumont Opéra.
Dans un court discours de bienvenue, le trio d’organisateurs de l’évènement, le Président Gérard Cohen accompagné de Cyril et Fausto, n’a pas pu s’empêcher d’évoquer les fréquents drames qui ont secoué notre Capitale et de faire, comme tous les ans, l’apologie du cinéma fantastique comme dernier bastion du non-conformisme et de la créativité cinématographique. Après cela, ils nous offert un court-métrage surprise : Portal to Hell !!! avec et dédié à Roddy Piper, l’acteur d’Invasion Los Angeles décédé cet été. Un court-métrage basé sur un point de départ tout simple, celui de confronter un concierge bricoleur à la porte vers une dimension infernale qu’ont ouvert dans sa cave deux des habitants de l’immeuble, adeptes d’un culte lovecraftien. Un délire radical à la mise en scène pleine d’idées.
Puis vint le tant attendu film d’ouverture : The Scream Girl. Les organisateurs eux-mêmes nous annoncèrent que le pitch et le passif du réalisateur dans le clip et la pub (et, en guise de seul long-métrage le très médiocre Joyeux Noël d’Harold et Kumar!) ne les convainquirent pas jusqu’à ce qu’ils se rendent compte du degré d’émotion que celui-ci y a mit. En effet, au-delà du concept de mêler des personnages « réalistes » à ceux issus d’un film dont ils sont spectateurs (une idée déjà parfaitement utilisé dans Last Action Hero ou, dans un genre tout différent, La Rose Pourpre du Caire), l’idée d’avoir inclus parmi les personnages la fille de l’actrice récemment disparue du fameux film apporte à ce méta-film une charge émotionnelle et un réflexion sur le deuil des plus surprenantes. Le fameux en question est un slasher qui répond aux codes les plus caricaturaux du genre, un sous-vendredi 13 pour dire vrai. Et c’est avec ces codes que le film va jouer, sans jamais sombrer dans la parodie moqueuse mais avec une intelligence cinéphilique qui rappelle celle des premier et quatrième Scream ou de La Cabane dans les Bois. De quoi réjouir les fans du genre mais aussi tous les amateurs de cinéma qui apprécieront de voir la confrontation pleine de gags et de répliques décalées entre des personnages caricaturaux issus de deux époques. En plus d’un amas de décalages filmiques (notamment de constater que les effets spéciaux sont plus convaincant dans le film que dans la réalité!) et d’un détournement astucieux des nombreux clichés, avoir réussi à nous faire passer du rire aux larmes est l’aboutissement le plus remarquable de cette excellente surprise dont il n’est pas étonnant qu’il est été plébiscité par le public des autres festivals auxquels il a déjà été présenté et qu’il rencontrera un certain succès lors de sa prochaine distribution en VOD. Le film est justement disponible chez Sony Pictures Home Entertainment.
Le génocide arménien est un thème compliqué à aborder. Certains tentent d’exposer des faits, d’exposer une période historique, alors que d’autres prennent un réel parti pris et défendent des idées, qu’elles soient arméniennes ou turques. Une histoire de fou est le second long-métrage de Robert Guédiguian portant sur ce génocide, après Le voyage en Arménie, véritable quête des origines du réalisateur.
Synopsis : Berlin 1921, Talaat Pacha, principal responsable du génocide Arménien est exécuté dans la rue par Soghomon Thelirian dont la famille a été entièrement exterminée. Lors de son procès, il témoigne du premier génocide du 20ème siècle tant et si bien que le jury populaire l’acquitte. Soixante ans plus tard, Aram, jeune marseillais d’origine arménienne, fait sauter à Paris la voiture de l’ambassadeur de Turquie. Un jeune cycliste qui passait là par hasard, Gilles Tessier, est gravement blessé.
Reconnaissance intemporelle
La force du film de Robert Guédiguian réside dans sa narration.Une histoire de fou débute et nous voilà plongés dans un long-métrage en noir et blanc. On comprendra très rapidement qu’il s’agit de faits historiques reconstitués : l’assassinat de Talaat Pacha, reconnu comme l’un des principaux organisateurs du génocide arménien, par Soghomon Tehlirian (interprété par Robinson Stévenin). S’en suit un procès, mais pas n’importe lequel. Le procès qui permettra de rendre justice aux arméniens. Toutefois, la suite du film indique clairement que ces derniers n’ont pas pour désir d’en rester là, et qu’une rébellion continue à se construire, afin d’aller plus loin. Cette différenciation, Robert Guédiguian l’indique par le retour à la couleur, et le spectateur s’immisce dans la vie d’un couple, celui interprété par Ariane Ascaride et Simon Abkarian, accompagné de leur fille, et de leur fils, Aram, qui considère nécessaire le fait de prendre les armes, et de continuer la lutte.
Une histoire de fou n’est donc pas qu’une fresque historique de deux heures et quart. Ce film est également à prendre comme un film humain, un film sur la culpabilité d’une famille, et sur le combat perdu. Car oui, Aram s’engage, Aram lutte, mais Aram blesse. Il blesse, par l’intermédiaire d’un attentat, un civil, Gilles (Grégoire Leprince-Ringuet). Comment se reconstruire ? Comment cette famille, d’ordinaire unie, peut-elle faire pour rester insensible à de tels faits ? Impossible, en somme. C’est dans ces interrogations que Robert Guédiguian percute et agrippe le spectateur. Des questions d’hommes et de comportements citoyens, il y en a dans tous les films du réalisateur, comme dans Les neiges du Kilimandjaro, où tout est histoire du pardon. Et ce sont ces interrogations qui bâtissent la force des films de ce réalisateur.
Mais ces interrogations doivent être filmées et interprétées. Certains trouveront lassant de voir continuellement les mêmes acteurs dans les longs-métrages de Robert Guédiguian, mais c’est ce qui fait leur beauté.
Ariane Ascaride, dans la quête de son fils, et dans la quête du pardon, bouleverse le spectateur. Le temps d’un film, l’actrice, et femme du réalisateur, devient notre mère, cette mère aimante, mais qui, malgré l’amour, sait faire la part des choses. Quant à Simon Abkarian, même s’il tente d’évacuer ses démons, impossible de douter du fait qu’il est meurtri. Cela fait bien longtemps qu’il ne lutte plus. Cela fait bien longtemps qu’il a conscience du mal de ce combat, et il ne veut pas voir son fils là où il a échoué. Simon Abkarian nous bouleverse et grave dans nos esprits une interprétation touchante et juste.
Mais Une histoire de fou n’est pas qu’une histoire de couple. Tous les personnages sont exploités. L’histoire d’amour d’Aram apporte cette touche de romance à un récit sombre.Tous les personnages sont magnifiquement interprétés. La direction d’acteurs de Robert Guédiguian n’est plus à revoir, tellement elle s’avère juste et sans surplus.
D’un point de vue technique, Robert Guédiguian reste fidèle à ses précédents œuvres. Pas d’excès de mouvements de caméras ou d’effets en tous genres. Certains aimeraient un brin de folie et de partis pris plus osés, mais non, le réalisateur filme des faits de manière brute. Une histoire de fou ne dégage pas une compassion trop appuyée, car, même s’il se passionne pour son pays d’origine, l’Arménie n’est jamais mise sur un piédestal. Par sa caméra, Robert Guédiguian l’embellit, lui prouve son amour, mais a conscience qu’il s’agit d’un combat qu’il sera compliqué de contenter.
Oui, Une histoire de fou aborde des faits sujets à controverse, mais Robert Guédiguian réussit son coup, et nous offre une histoire qui passionnera le spectateur, et qui l’instruira. Et, une fois de plus, on remercie cette « bande » d’acteurs de nous offrir un jeu fort et empli d’émotions, mais qui ne chavire dans aucun pathos.
Une histoire de fou Extrait vidéo
Fiche Technique: Une histoire de fou
Date de sortie : 11 novembre 2015
Nationalité : Française
Réalisation : Robert Guédiguian
Scénario : Nicholas Pileggi, Martin Scorsese
Interprétation : Simon Abkarian, Ariane Ascaride, Grégoire Leprince-Ringuet, Syrus Shahidi, Robinson Stévenin…
Musique : Alexandre Desplat
Photographie : Pierre Milon
Décors : Michel Vandestien
Montage : Bernard Sasia
Producteurs : Robert Guédiguian, Marc Bordure, Sabine Sidawi Hamdan
Société de distribution (France) : Diaphana Distribution
Genre : Drame, Historique
Durée : 135 minutes
Il faut oser. Commencer un film par un générique de fin et une voix off du réalisateur pensant avoir raté son film. Est-ce un aveu d’échec, le film étant terminé avant même d’avoir commencé ? Cette frustration fait sans doute resurgir les difficultés rencontrées avec la direction du musée du Louvre pour tourner le film. À moins qu’Alexandre Sokourov se soit vu dépassé par le projet cinématographique ambitieux et unique dans lequel il s’est lancé…
Synopsis : 1940. Paris, ville occupée. Et si, dans le flot des bombardements, la guerre emportait La Vénus de Milo, La Joconde, Le Radeau de La Méduse ? Que deviendrait Paris sans son Louvre ? Deux hommes que tout semble opposer – Jacques Jaujard, directeur du Louvre, et le Comte Franz Wolff-Metternich, nommé à la tête de la commission allemande pour la protection des œuvres d’art en France – s’allient pour préserver les trésors du Musée. Au fil du récit de cette histoire méconnue et d’une méditation humaniste sur l’art, le pouvoir et la civilisation, Alexandre Sokourov nous livre son portrait du Louvre.
Ce n’est pas la première fois que le cinéaste russe se lance un défi hors-norme. Rien n’est trop ambitieux pour rendre hommage à ces temples de la culture ! En 2002 Sokourov tourne L’Arche Russe dans les couloirs de l’Ermitage, premier long-métrage (réellement) tourné en un seul plan-séquence. Francofonia est, lui, un film-essai entremêlant des séquences documentaires, des images d’archives réelles et fictives avec de pures scènes oniriques. Tout cela pour parler du Louvre sous l’Occupation allemande. Une reconstitution historique est alors mise en œuvre pour expliquer comment le musée a pu survivre à l’invasion nazie.
L’Histoire racontée est malheureusement assez sommaire. Sokourov se contentant d’un résumé condensé et un peu idéalisé des faits, notamment sur le rôle joué par la Kunstschultz dans la préservation des arts. Mais la portée historique du film est vite balancée par un autre versant, celui d’un hommage émouvant au rôle de la préservation de la culture des musées. L’entente entre le directeur du Louvre Jacques Jaujard et le comte Franz von Wolff-Metternich révèle le rôle de l’art pour la nation. Et seul celui-ci a eu le pouvoir de créer une vision commune entre allemands et français pendant la guerre. Main dans la main, au nom de l’art. Ce que Francofonia nous montre in fine, c’est que c’est avant tout l’aura du Louvre qui a permis sa survie.
La francophonie du titre ne fait sans doute pas allusion à la langue française, puisqu’on y entend davantage du russe et de l’allemand. Il désignerait davantage le poids de la France dans le monde culturel dont le Louvre est le principal étendard. Même si le film n’est pas exempt de multiples défauts, il reste un objet passionnant, repositionnant les musées au centre de notre civilisation. Loin de prendre son envol, la Victoire de Samothrace restera pour toujours à Paris, tout comme ses centaines de colocataires sauvées du vestige des siècles par la France. Et c’est ce qui fait, entre autres, l’importance politique du Louvre.
Alors, qu’Alexandre Sokourov se rassure. Son Francofonia est probablement raté eu égard à la grandeur de ses autre films. Mais il reste un objet passionnant qui, même dans ses maladresses, réussira à toucher le plus grand nombre pour son éloge de la culture, aussi imparfaite soit-elle.
Trailer de Francofonia, Le Louvre sous l’Occupation
Francofonia : Fiche Technique
Titre original : Francofonia
Date de sortie : 11 Novembre 2015
Nationalité : Russe, Français, Allemand, Néerlandais
Durée : 88 min.
Genre : Drame, Historique
Auteurs : Alexandre Sokourov
Réalisateur : Alexandre Sokourov
Casting : Louis-Do de Lencquesaing, Benjamin Utzerath, Vincent Nemeth, Johanna Korthals Altes
Chef opérateur : Bruno Delbonnel
Assistant réalisateur : Alexei Jankowski, Marina Koreneva
Chef opérateur son : André Rigaut, Jac Vleeshouwer
Montage son : Emil Klotzsch
Chef costumière : Colombe Lauriot Prevost
Monteur : Alexei Jankowski, Hansjorg Weissbrich
Producteur : Françoise Etchegaray
Distributeur : Sophie Dulac Distribution
Le film a été présenté en sélection officielle à la Mostra de Venise 2015.
Budget : xxx
Soirée de clôture: Le palmarès, la projection de « La Vie est belge » / « Brabançonne » et l’interview de son équipe
La dixième et dernière journée du festival fut riche, intense et émouvante. Il s’agissait d’abord de terminer une éprouvante aventure humaine et cinématographique, d’abord en se réunissant tous ensembles une dernière fois avec la soirée de clôture, mais aussi en restant aussi nombreux passionnés et illuminés par les projecteurs afin de combattre les ténèbres qui se sont précipité sur la France vendredi.
De grands discours humanistes ont ainsi été prononcé par des différents intervenants du festival, mais aussi par des cinéastes – on peut penser à Pierre De Clercq – pendant la cérémonie de remise des prix : prix des lycéens (prix Regards jeunes Région Nord-Pas-de-Calais constitué de lycéens en option cinéma), prix de la critique, prix du public et les deux Atlas (bronze, argent) avec les deux mentions spéciales du Jury, et du Jury à un comédien). Il y a eu aussi les deux récompenses des Arras Days dont une de cinq mille euros remise par la ville, et une autre de dix mille par le CNC, pour soutenir des projets prometteurs encore au stade du scénario. Vous pourrez retrouver tout le palmarès sur le site plan sequence.
La Vie est belge (Brabançonne), Vincent Bal, écrit par Pierre De Clercq, avec Arthur Dupont, 2015.
5/5
Ensuite, le public a pu s’émerveiller et s’amuser avec La Vie est belge (Brabançonne) dont la sortie publique devrait être pour le mois de Décembre. L’histoire : deux orchestres belges, l’un wallon, l’autre flamand, se disputent le titre de meilleur orchestre d’Europe. Tout va se corser lorsque Hugues – interprété par le français Arthur Dupond –, s’engage dans l’orchestre rival pour pouvoir faire jouer ses pièces. Sa relation avec son frère, chef d’orchestre wallon, est alors mise à mal, et un amour va naitre entre le jeune homme et la belle flamande Elke, déjà promise en mariage au fils du sponsor de leur orchestre. L’amour réussira-t-il à tous les rassembler ?
Le film de Vincent Bal, écrit par Pierre De Clercq – scénariste du très fort Hasta la vista (Geoffrey Enthoven, 2012) pour lequel il était venu au Arras Film Festival il y a quatre ans – est une véritable comédie musicale. De la romance, des chansons populaires, des musiques originales, de la danse, et beaucoup de couleurs… de Demy à Kelly, de Donen à Wise et son West Side Story (1962), Brabançonne, premier film wallon-flamand du genre, sonne comme un hymne à la comédie musicale, elle-même un genre apologique de l’humain, du mouvement, de l’amour. Aussi on retrouve cette naïveté touchante propre au genre. Le film n’est cependant pas totalement chanté, à l’image de Chantons sous la pluie (Singin’ in the rain, Stanley Donen, 1952), on alterne entre moments parlés et instants chantés. Cependant tel que dans le Sweeney Todd de Tim Burton (sorti en 2008), les transitions entre ces deux séquences tendent à être naturelles, les plus efficaces possibles, c’est-à-dire les plus invisibles possibles. Choix intéressant et qui fonctionne dans la majorité des cas. L’échec des deux ou trois transitions provient, il nous semble, du choix d’une des voix, celle du fiancé d’Elke. Si toutes les voix sont intéressantes musicalement, et investies d’un véritable jeu et d’une émotion, d’une humanité, la sienne paraît un peu hors-jeu, trop contrastée par rapport à la folie et l’humour du film. Elle a d’ailleurs fait rire par dépit, là où des chansons sont bien créées pour créer de l’humour, on pense notamment à celle d’un des membres de la chorale, toujours en panique.
Comme les autres grandes comédies musicales, le film a un certain discours de fond sur notre réalité : le changement du cinéma « muet » au parlant dans Chantons sous la pluie, les gangs et le racisme dans West Side Story, la Belgique et ses confrontations internes entre Wallons et Flamands ici. Le scénariste et le réalisateur du film parlent d’une situation hélas bien existante avec beaucoup d’amusement. Ils s’emparent alors des clichés pour mieux s’en défaire, acceptant certains stéréotypes pour mieux en capturer la vérité essentielle, travaillant la réalité avec cet humour belge fou et absurde – qu’il nous manque tant en France – et la vitalité du genre pour mieux l’affronter, exposer sa bêtise. Et ainsi, ils proposeront presque naïvement une solution d’une grande simplicité et dont rien empêche vraiment la possibilité hormis quelques individus extrémistes des deux côtés : « ensemble », vivre ensemble, s’aimer ensemble, avancer ensemble. Vous imaginez bien que le film a créé véritablement des échos humanistes plus que bienvenus aux tragiques événements qui ont eu lieu vendredi, et qui touchent bien d’autres peuples depuis une bonne quinzaine d’année.
S’il est une comédie musicale formidable, Brabançonne est ainsi un grand film, dont on n’a pas rapporté quelques ersatz de sa grande richesse. On pourrait revenir sur la mise en scène des danses à celle des moments chantés ou plus largement musicaux. Ou encore réfléchir toutes les anecdotes propres à la culture Belge pour en faire une étude sociologique…
Le festival ne pouvait se terminer cinématographiquement aussi bien. Quel brillante clôture du Arras Film Festival tout en contraste à son film d’ouverture –
Le Grand Jeu – qui n’avait pas mérité sa place. Merci à toute l’équipe – très modeste, drôle et plein de génie – du film pour ce merveilleux moment de cinéma. Cette première comédie musicale complètement belge est un coup de force, peut-être pas parfait, mais tellement génial qu’on ne peut que le célébrer, et se féliciter de l’avoir vu.
Revenons maintenant sur l’interview de votre serviteur avec Vincent Bal et Pierre De Clercq.
INTERVIEW – Avec Vincent Bal et Pierre De Clercq pour le film La Vie est Belge (Brabançonne) (Ci-dessous à droite : Arthur Dupont, votre humble serviteur, le réalisateur Vincent Bal et le scénariste Pierre De Clercq).
« La comédie musicale est un genre proprementaméricain, repris ensuite à travers le monde, notamment par les français… Faire un film de ce genre en Belgique, est-ce c’est une revanche contre les US ? Ou un pur hommage ? »
Ce n’est pas une revanche répond Vincent Bal, mais un hommage aux comédies musicales des années trente, quarante, et cinquante qu’il chérit. Pour son quarantième anniversaire il a d’ailleurs projeté Singin’ in the Rain. Il s’agissait aussi de retrouver cette vivacité propre au genre, qui a tendance à disparaître dans les « musicals très sucrés ».
Il a aussi beaucoup aimé les Chansons d’Amour de Christophe Honoré, ce film l’a beaucoup inspiré, notamment par rapport à l’idée des dialogues chantés. Il voulait aussi raconter une histoire d’amour.
Brabançonne est exactement la première comédie flamande, explique le réalisateur, et la deuxième belge, Chantale Akerman ayant réalisé en 1986 Golden Eighties, comédie-musicale franco-belge.
« On retrouve dans votre film une imagerie à la fois très fluide, et très posée. J’ai eu l’impression de retrouver ce style propre aux comédies musicales des années cinquante, empli de beaucoup de références à Demy, Donen… »
Oui ils l’ont beaucoup inspiré, continue le réalisateur. Il a essayé de faire quelque chose de digne du genre, avec peu d’argent et peu de temps, « trente-trois jours de tournage ». Du côté de Demy, il a beaucoup regardé de films, notamment Les parapluies de Cherbourg qu’il a montré à ses collaborateurs.
Il pense aussi que comme son expérience du film de Demy, celle des dialogues chantés par le public sera quelque chose de choquant, difficile pendant les premières minutes, car ça ne serait pas un postulat évident à accepter : « naturellement, je ne suis pas un grand connaisseur pour le voir mais j’ai adoré Les parapluies de Cherbourg. Les dix premières minutes sont dures pour le voir mais il faut persister – il chantonne rapidement quelques paroles du film – la fin est magnifique. ». Sauf que dans le film tout est chanté, c’est véritablement chez Honoré qu’il a trouvé l’idée de passer du dialogue parlé au chanté naturellement.
« Par rapport à cette idée des dialogues chantés, on peut penser au Sweeney Todd de Burton… Lorsque je l’ai vu à sa sortie, j’étais bien plus jeune, j’étais extrêmement surpris, par choqué, mais surpris au début, car c’était inattendu pour moi, mais les transitions du dialogue parlé à celui chanté étaient très naturelles finalement… »
« Oui, voilà ». Pour que ça fonctionne, il s’agit de mettre en place un accord avec le public, il faut que les gens se mettent en accord avec le film, et ces idées.
« Êtes-vous satisfait des premiers retours ? »
Il est très content des retours, explique-t-il. Les gens semblent amusés et émus, c’est un feel-good-movie sur un sujet sensible – ces problèmes entre wallons et flamands –. Il s’agissait d’ailleurs de faire des allusions, de jeux sur les détails, sur les préjugés belges que chacun a les uns sur les autres. Et il veut que les gens sortent de la salle en chantant, moins amers. Il s’agissait de parler de cette situation belge via les deux orchestres en compétition.
Aussi il est content et très honoré d’avoir été invité au Arras Film Festival, et d’avoir son film comme film de clôture. Il a hâte de voir les lectures des spectateurs qui seront différentes de celles belges, dit-il.
Certains retours « négatifs » du film critiquaient l’idée qu’apparemment, le film aurait été plus gentil avec les wallons et « plus méchant » avec les flamands, explique Vincent Bal. Le film a mieux fonctionné chez les flamands pas habitués à voir des films wallons, dit-il.
« Ne pensez-vous pas que les films belges soient plus funs ? Vous avez cette folie, cet humour qui nous manque tellement en France… »
En effet, il y a une sorte d’absurdité et de folie dans le cinéma belge. Il pense que c’est lié aux images du pays. Notamment à la bande dessinée et au peintre Magritte : « nous sommes tous les enfants de Franquin (auteur de Gaston, créateur du Marsupilami et de Spirou et Fantasio) » dit-il.
À Pierre de Clercq – « Comment avez-vous écrit les dialogues chantés ? »
Il s’est dit qu’il fallait penser les chansons comme dialogues. Ils n’ont repris que des chansons pré-existantes, leurs chansons belges préférées, qu’ils ont réemployées dans un autre contexte, leur donnant une autre signification sans pour autant leur changer un seul mot.
Le réalisateur poursuit en expliquant qu’il avait au début une base iTunes de quatre cents chansons. Revisiter les chansons était intéressant, les changements pouvaient provoquer de purs effets comiques, par exemple en rendant déprimant, en donnant du prozac, à une chanson à l’origine hyper-vive.
Concernant les orchestres du film, il s’agissait de vrais musiciens mêlés à des acteurs. Les solos de Trompette ont été enregistrés à part. Et les enregistrements des compositions orchestrales ont été faite en une journée.
Toujours au scénariste – « D’où vous est venue l’idée de faire une comédie musicale ? »
L’idée vient du réalisateur, explique-t-il. Il a notamment apporté le concept des deux orchestres wallons et flamands qui se « combattent ».
Le scénariste est toujours étonné qu’on vienne le voir pour écrire, aussi ce qui est important pour lui est de raconter des histoires et de rencontrer des gens, tous ces collaborateurs.
À nouveau Monsieur de Clercq – « Et par rapport à votre humour qui nous manque tant en France, où tout est très dramatique, très sérieux, sans folie, est-ce purement belge ou cela vient-il aussi de vous ? »
C’est « un humour de chez nous » et aussi « un humour que j’aime » dit-il, amusé. « C’est belge… Et aussi à moi. ».
Sur le personnage au drapeau belge, qui chante
« Pour la petite blague », ce qui est drôle c’est qu’il chante en français, et « on trouvait ça drôle, qu’il est d’origine marocaine et qu’il est le « plus belge d’entre tous ». »
Le meilleur souvenir de tournage de Vincent Bal
Moins un souvenir précis, plus ce souvenir de l’ambiance du plateau de tournage, sur lequel la musique semblait rassemblait tout le monde.
Un grand merci au réalisateur, au scénariste et à l’acteur pour leur grande sympathie, leur proximité, leur modestie, leur amusement et leur folie bon enfant. Après l’interview nous avons chanté tant bien que mal des airs musicaux, du Parrain à Chantons sous la Pluie, Arthur Dupont s’occupant de l’instrumentalisation avec un petit piano à air. Vous pourrez retrouver deux vidéos captées sur l’instant ici :
Avant de conclure sur ce formidable festival, je me dois de dire à quel point les personnes du festival ont été accueillants, chaleureux, et professionnels, malgré les problèmes rencontrés : du simple retard, aux tragiques événements survenus vendredi soir. Je pense notamment à Cathy Gervois et Hélène Debreyne (voir la photographie ci-à droite, la première à droite, la deuxième à gauche) qui ont été véritablement géniaux. J’ai même pu obtenir l’affiche d’un film important à mes yeux et dont je vous ai parlé dans le texte introductif : Shadow Dancer. Félicitations et merci à l’équipe de Plan-Séquence, à tous les bénévoles, à Nadia Paschetto et Éric Miot, et bien sûr aux spectateurs passionnés, aux cinéphiles et aux curieux, pour avoir fait de cette édition 2015 une formidable expérience. À l’année prochaine.
Bien avant son premier long métrage en 2007, Rendez-vous à Brick Lane, Sarah Gavron nourrissait l’ambition de mettre en scène le combat des suffragettes, terme inventé par la presse britannique pour tourner en dérision les activistes du mouvements en faveur du suffrage des femmes. Elle trouve en les personnes de Abi Morgan (emmy award pour The Hour, Shame de Steve McQueen, La Dame de Fer), scénariste, Alison Owen et Faye Ward, productrices, des collaboratrices d’exception pour travailler sur une oeuvre engagée durant plusieurs années jusqu’en 2014, date à laquelle Pathé accepte de financer et distribuer le film.
Par ailleurs, Cameron McCracken, producteur exécutif et directeur général de Pathé UK, annonce: « Ce qui m’a immédiatement attiré dans ce projet, c’est son caractère impérieux et viscéral. Il ne s’agit pas d’un film d’époque nostalgique qui célèbre avec calme les avancées majeures des droits des femmes, mais d’un rappel brutal des sacrifices consentis et du chemin qu’il reste à parcourir aux femmes pour atteindre l’égalité. » Sarah et Abi se sont plongées dans les journaux intimes et les mémoires inédits de ces femmes, dans les dossiers de la police et dans les textes universitaires pour recontextualiser au mieux cette lutte pour les droits en 1912.
Synopsis: Au début du siècle dernier, en Angleterre, des femmes de toutes conditions décident de se battre pour obtenir le droit de vote. Face à leurs revendications, les réactions du gouvernement sont de plus en plus brutales et les obligent à entrer dans la clandestinité pour une lutte de plus en plus radicale. Puisque les manifestations pacifiques n’ont rien donné, celles que l’on appelle les suffragettes finissent par avoir recours à la violence pour se faire entendre. Dans ce combat pour l’égalité, elles sont prêtes à tout risquer: leur travail, leur maison, leurs enfants, et même leur vie. Maud est l’une de ces femmes. Jeune, mariée, mère, elle va se jeter dans le tourbillon d’une histoire que plus rien n’arrêtera…
De gauche à droite : Abi Morgan, Sarah Gavron, Anne-Marie Duff, Helen Pankhurst (arrière petite fille d’Emmeline Pankhurst), Meryl Streep, Laura Pankhurst (arrière arrière petite fille d’Emmeline Pankhurst), Carey Mulligan, Helena Bonham Carter, Alison Owen, Faye Ward
On n’arrête pas une révolution en marche
La viscéralité est donc l’atout premier de cette oeuvre brute et pleine d’énergie, mais au détriment d’autres atouts qui auraient été nécessaires. En effet, en se concentrant sur cette ouvrière Maud, épouse et mère de famille, l’intrigue suit de manière trop linéaire les convictions de ce groupuscule, qui apparaît isolé dans un société encore bien trop ancrée dans un patriarcalisme conservateur. La durée d’une heure et quarante six minutes semble bien trop courte pour l’ampleur scénaristique et les choix sont portés sur un seul personnage, Maud alias Carey Mulligan, qui perd ce qu’il a de plus cher, son époux et son fils pour un combat qui peine encore à être gagné aujourd’hui notamment en Arabie Saoudite. Les autres personnages secondaires, mais pourtant primordiaux, incarnés par Anne-Marie Duff, Helena Bonham Carter et Meryl Streep ne sont que des pions d’un échiquier plus ou moins maladroitement agencé. L’émotion reste souvent en surface malgré des performances extraordinaires. La réalisatrice raconte qu’elle ne désirait pas écrire le biopic d’un personnalité publique. Elle décide donc d’explorer comment l’injustice peut mener à la radicalisation et comment les gens peuvent être attirés par le fondamentalisme et tout sacrifier à un idéal. En cette période de crise, cette volonté n’en paraît que plus juste et l’écho est retentissant. Il est pourtant regrettable de constater que l’évolution de cette femme établie et qui ne connaissait rien de ce mouvement, puisse en si rapidement se rallier à cette cause qui n’est plus à remettre en question. Le parti-pris est alors un facteur évident pour l’adhésion empathique. Aucune surprise notoire cependant, le récit ne surprend guère et par conséquent, finit par se rattacher à cette individualité reconstituée. Cette naïveté pure et abstraite qui nous fait ressentir en même temps que les personnages, qui nous inclut dans les événements racontés, est retransmise par le regard de ces actrices, figures de proue isolées par des gros plans instantanés, qui se veulent être pris sur le vif. Il est difficile dans l’ensemble de faire abstraction du maquillage, des costumes et de la reconstitution, tant l’effet peut paraître criard.
« Prenez conscience du clivage genré »
Certaines scènes sont époustouflantes et la déflagration résonne par ellipses. L’effet yo-yo perturbe les sens. Entre ennuis et admiration, Les Suffragettes ne cesse d’osciller entre deux émotions contraires. La faute à l’agencement trop ordonné de l’intrigue qui elle-même manque de spontanéité. Lorsque la bande annonce épate et émeut par la grandiloquence historique, le film manque de relief ou plutôt fait preuve de trop fortes irrégularités. Le décor sublime est mal exploité par des gros plans hasardeux. La caméra ne vient jamais cueillir l’émotion profonde chez l’acteur qui lui est pourtant excellent, avec un bémol pour Anne-Marie Duff qui parfois grimace. Carey Mulligan prouve une fois de plus l’étendue de son talent et mérite amplement une récompense pour sa performance, malgré l’écriture superficielle de son personnage qui aurait gagné à être moins « joli ». Le personnage d’Helena Bonham Carter, arrière petite fille du premier ministre qui à l’époque était le pire ennemi des suffragettes, est inspirée d’Edith Garrud qui a enseigné le ju-jitsu à ces femmes en pleine rébellion et a formé le groupe des gardes du corps qui entouraient et protégeaient Emmeline Pankhurst. Ben Whishaw réussit avec sympathie à devenir l’époux macho qui peine à s’occuper seul de son fils. Il commente: « Les hommes du film sont pris au piège d’une masculinité en voie d’extinction, ils n’ont aucun autre modèle auquel se raccrocher quant à l’avenir. » Puis, il y a le mari d’Edith Ellyn entièrement rallié à la cause. Pire qu’un pion, il n’est qu’un faire valoir invisible. Pour terminer le trio stéréotypés, l’inspecteur Arthur Steed aka Brendan Gleeson effectue, au contact de femmes qui se battent, un revirement de conscience trop peu discret pour être remarquable. Trois partout et le genre occupe le devant de la scène, quitte à devenir tape à l’oreil. « Prenez conscience du clivage hommes/femmes » nous avertit l’équipe à majorité féminine avec peu de subtilité ni de profondeur. On regrette que de si grands acteurs puissent remplir des cases aussi abruptement.Sarah Gavron avoue que « les actrices ont été séduites, à la lecture du scénario, par la découverte des actions coup de poing menées par les suffragettes, cette nécessité de se battre comme les hommes pour se faire entendre, car il serait très rare pour des femmes d’incarner des personnages aussi passionnés. » D’une cela est défendable, il suffit de voir la filmographie de Martin Provost, le dernier Much Loved, Thelma et Louise… De deux, le choix de se concentrer sur cette femme ordinaire régi par cette prise de conscience soudaine dans une spirale décisive permet à cette histoire un virement vers l’intime relativement surprenant. L’impression de ne savoir où se placer entre épopée historique et récit ordinaire, ampleur sans précédent et intime combat configure aux troisième long métrage de Sarah Gavron un goût d’inachevé. Il est étrange de se rendre compte cependant qu’un même film puisse être apprécié différemment en fonction du contexte socio-politique. L’avant et l’après d’un événement marquant participe au revirement d’appréciation. L’intérêt se gonfle et la sensibilité s’aiguise à la deuxième vision. Sensible(s) à la dominance esthétique, violet, blanc, vert, couleurs associées au mouvement des suffragettes. Sensible(s) à la photographie de l’espagnol Edu Grau, qui a éclairé A Single Man (et qui a dû surmonter son aversion pour le vert!), au format Super 16, jusqu’à 4 caméras portées simultanément pour conférer du réalisme et du dynamisme au lieu de styliser comme le film historique a tendance à le faire. Sensible(s) à cette d’époque d’avant-guerre, où la femme n’était qu’une ouvrière esclave et épouse fidèle. Mais par dessus tout, sensible(s) à la musique d’Alexandre Desplat qui propose un accompagnement orchestral aucunement nostalgique, une métamorphose musicale en somme, qui confère l’urgence au cœur du film avec des accords non résolus, des progressions via des impulsions, des percussions, cordes, piano, et des cornes. De la valse doucement sinistre de « Demonstration » jusqu’au tremblement des cordes aigus de « Children Taken« , la bande son est calme et tendue. Finalement, les dates qui défilent au crédit, sur les pays autorisant le vote aux femmes, participent à cette prise de conscience que le spectateur finit nécessairement par effectuer au sortir de la salle.
Toucher en plein cœur, malgré une mise en scène qui manque certainement de relief et de singularité, Les Suffragettes fait de l’intime un combat universel pour nos droits fondamentaux, transformant pourtant le singulier en pluriel apolitique. Libertés, Égalités, Sexualités. On a dit « apolitique » !
Les suffragettes extrait vidéo
Fiche Technique: Les suffragettes
Réalisation : Sarah Gavron
Scénario : Abi Morgan
Casting : Carey Mulligan (Maud Watts), Helena Bonham Carter (Edith Ellyn), Brendan Gleeson (L’inspecteur Arthur Steed), Anne-Marie Duff (Violet Miller), Ben Whishaw (Sonny Watts), Meryl Streep (Emmeline Pankhurst)
Genre : Drame, historique
Nationalité : Royaume-Uni
Date de sortie : 18 novembre 2015
Durée : 1h46
Directeur de la photographie : Edu Grau
Chef monteur : Barney Pilling
Chef décoratrice : Alice Normington
Maquillages et Coiffures: Sian Grigg
Compositeur : Alexandre Desplat
Producteurs : Faye Ward, Alison Owen
Production : Ruby Films, Film4, BFI, en association avec Ingenious Media, avec la participation de Canal+ et Ciné+
Distributeur : Pathé
Tom Hardy dans Legend, Steve McQueen dans The Thomas Crown Affair : double séance de film de gangster
Malgré les malheureux événements survenus la veille, la neuvième journée du Arras Film Festival fut très riche. Si une rencontre a été annulée – avec Edouard Baer et Benoît Graffin du film Encore Heureux –, on a pu voir à 19h00 le nouveau film écrit et réalisé par Brian Helgeland : Legend, dont la sortie est programmée au 20 Janvier 2016. La synopsis : Londres, les années 60. Les jumeaux Ronnie et Reggie Kray – tous deux incarnés par Tom Hardy –, célèbres gangsters du Royaume-Uni, règnent en maîtres sur la capitale anglaise. A la tête d’une mafia impitoyable, leur influence parait sans limites. Pourtant, lorsque la femme de Reggie, Frances – interprétée par Emily Browning –, incite son mari à s’éloigner du business, la chute des frères Kray semble inévitable ; et la critique du film ici.
Pour aller rapidement sur long métrage d’Helgeland, Legend est un film de genre qui à l’inverse d’autres plus récents – Gangster Squad (Ruben Fleischer, 2013) entre autres –, tendent à défaire les légendes de ces grands bandits pour tenter de les comprendre, eux et leurs époques, qui, encore aujourd’hui en 2015, ne cessent de fasciner leurs spectateurs. On notera aussi que, malheureusement ou heureusement, le film continue à les construire, ces épopées et tragédies modernes nées dans le sang de ses « héros ».
À 21h30, on a pu revoir un chef d’œuvre du cinéma : TheThomas Crown Affair de Norman Jewison – à qui l’on doit les non moins géniaux The Cincinnati Kid (1965) et Rollerball (1975) – avec les magnifiques Steve McQueen et Faye Dunaway, avec la formidable musique de Michel Legrand. L’un des plus grands films sorti au cinéma en 1968 a connu la projection la plus mauvaise du festival : beaucoup de retard, un format non cinéma utilisé pour la projection, un blu ray a-t-on dit, un dvd ont pensé plusieurs spectateurs cinéphiles et grands connaisseurs et admirateurs du film tels que votre serviteur. Ou alors ce fut un très mauvais master blu ray que nous n’avons pas connu. Cependant l’expérience collective que permet le cinéma fut très bonne, le public était là pour savourer ce film, ce grand, magnifique et intemporel chef-d’œuvre du cinéma. La synopsis du film : Thomas Crown, riche et séduisant homme d’affaires, organise le braquage d’une banque pour tromper l’ennui et satisfaire son goût du risque. Il engage quatre hommes de main qui exécutent parfaitement son plan, puis il récupère le butin déposé dans une poubelle après le hold-up. Vickie Anderson, détective dans une compagnie d’assurances, se rapproche de Crown pour les besoins de son enquête. Le milliardaire, qui se croyait hors de danger, est inquiété par les soupçons de la jeune femme. Un jeu du chat et de la souris commence alors entre eux, mêlant séduction et intimidation…
Après la séance mouvementée, la soirée était loin d’être terminée. Chaque soir ou presque du festival a eu lieu un concert de musique. Rock, pop, « comédie » musicale… Tout y est passé. Ce qui a permis au Festival de proposer différentes bonnes ambiances et humeurs à chacune de ces journées. On regrettera cependant un travail du son pas toujours « harmonieux ». Attention, nous ne parlons pas de musique, mais de la régie. En effet, certains soirs ont été bien plus bruyants que musicaux, nous entendions davantage les basses que le son des instruments et la voix du / des chanteurs / ses, étouffés par celles-ci. D’autres événements nous ont gardé réveillés pour mieux éveiller notre imaginaire et nous amuser tels que les ciné-concerts. Vous pouvez retrouvez l’intégrale du ciné-concert de L’Homme d’Aran de Robert Flaherty, mené par le Conservatoire d’Arras ci-dessous :
Nous tenons aussi à féliciter le festival pour sa réussite – notamment son nombre d’entrée ayant augmenté – en ses dernières journées, jours de deuil national. Ce n’est pas seulement une réussite pour le festival, c’est un succès pour les arts, la culture, et donc la civilisation, contre la barbarie obscurantiste meurtrière qui s’est abattue la nuit dernière. Nous vous conseillons à ce propos de (re)lire le formidable édito de Chloé Margueritte ici.
Le jour suivant promettait une riche dixième journée de clôture du festival notamment avec le film La Vie est Belge (Brabançonne) et la rencontre avec son équipe.
Le cinéaste James Wan s’était fait connaître au plan international avec Saw, extraordinaire thriller horrifique qui deviendra une série à succès. Sa maîtrise du glauque et sa capacité à instaurer une ambiance angoissante ont alors été remarquées. Quelques années plus tard, après quelques échecs commerciaux, il renoue avec le succès en réalisant les deux premiers films de la série Insidious (entrecoupés de l’excellent Conjuring).
Wan and Whannell Insidious, c’est une trilogie (pour le moment) qui joue sur la frontière entre notre monde et celui des morts. Rien de révolutionnaire dans le genre, mais, une fois de plus, le cinéaste savait faire preuve d’une grande maîtrise de ses effets et éviter les pièges des films d’horreur.
Succès oblige, un troisième chapitre a donc été produit, et confié au fidèle collaborateur de Wan, Leigh Whannell, scénariste et acteur dans Saw et Insidious, entre autres, et dont ce sera la première réalisation. Mais qu’est-ce que Whannell va pouvoir apporter à la série ? Et sera-t-il à la hauteur de son désormais célèbre prédécesseur ?
Un épisode de série Ce Chapitre 3 reprend des caractéristiques de l’ensemble de la série, histoire de rappeler aux spectateurs qu’on est en terrain connu. Ainsi, au bout d’une minute de film, on voit apparaître le personnage d’Elise, medium qui parvient à entrer en contact avec les morts, et un des personnages centraux des Insidious. Vers la fin, nous retrouverons aussi Specs et Tucker, deux autres personnages importants de la trilogie. Le thème de l’esprit d’un mort qui s’attaque à une personne vivante s’impose très vite, ce qui entraîne l’inévitable petite promenade dans le monde des morts. Enfin, le film est émaillé de références et de clins d’œil à ceux qui connaissent les deux premiers films (ce qui n’est pas indispensable pour pouvoir suivre celui-ci, il faut le préciser).
Ce film fait donc bien partie de la série des Insidious, il n’y a aucun doute là-dessus. Le problème, c’est qu’il n’a rien à apporter aux précédents. Cette histoire est indépendante des deux autres films, il ne s’agit pas d’un préquel et il n’y a ici aucune révélation à attendre sur les personnages principaux.
Du côté de l’histoire, rien de nouveau là non plus. Nous avons l’éternel lieu commun de l’adolescente possédée, que les amateurs du genre ont déjà tellement vu que ça en perd tout intérêt. Seule Elise peut garder les spectateurs en suspens au milieu de toute cette banalité. La réalisation, enfin, cumule les effets classiques du genre : les coups dans le mur et les bruits au plafond, les ombres dans le lointain, les lampes qui ne fonctionnent pas, les appartements abandonnés et poussiéreux dont les meubles sont recouverts de draps, et les sempiternels jump-scares, devenus le fléau des films d’horreur actuels.
Car, au lieu de passer son temps à tenter d’instaurer une ambiance pour vraiment faire peur, Whannell préfère faire sursauter ses spectateurs avec quelques effets que l’on voit venir de loin.
Clairement en-dessous des opus signés Wan, ce Chapitre 3 n’est pas une catastrophe cinématographique, c’est juste un énième film anonyme où le spectateur ne peut se départir de son impression de déjà-vu.
Synopsis : quelques années avant les événements des films précédents, Quinn Brenner, une jeune adolescente sans histoire, demande à la medium Elise de rentrer en contact avec sa mère, décédée d’un cancer.
Insidious Chapitre 3 : Bande Annonce
Insidious Chapitre 3 : fiche technique
Titre original : Insidious Chapter 3
Scénariste et réalisateur : Leigh Whannell
Avec Stefanie Scott (Quinn Brenner), Lin Shaye (Elise), Dermot Mulroney (Sean Brenner), Leigh Whannell (Specs), Angus Sampson (Tucker), Hayley Kiyoko (Maggie)
Producteurs : Jason Blum, Oren Peli, James Wan.
Photographie : Brian Pearson.
Montage : Tim Alverson
Musique : Joseph Bishara
Société de production : Blumhouse
Société de distribution : Sony Picture Releasing
Budget : 10 000 000 $
Pays : Etats-Unis
Date de sortie (aux USA) : 5 juin 2015
Date de sortie du DVD : 25 novembre 2015
Durée : 1h37
Film interdit en salles aux moins de 12 ans