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Paranormal Activity 5 : Ghost Dimension, un film de Gregory Plotkin : Critique

Alors que la franchise s’était totalement effacée de l’inconscient collectif et ce malgré un spin-off étonnement efficace (The Marked Ones), voici que Paranormal Activity revient hanter les salles en cette année 2015 avec un cinquième opus, sous-titré Ghost Dimension. L’occasion de faire oublier la publicité mensongère faite autour de la saga (« la plus effrayante du moment ») ? Le pitoyable Paranormal Activity 4 qui avait fait couler cette dernière ? De conclure sur la trame établie au fil des épisodes ? Cela mérite bien une critique pour répondre à ces interrogations !

Synopsis : Venant tout juste de s’installer dans leur nouvelle maison avec sa femme Emily et sa fille Leila, Ryan découvre dans leur garage un carton contenant des cassettes sur l’enfance de Katie et Kristi ainsi qu’une caméra spéciale pouvant détecter les choses invisibles à l’œil nu. En visionnant les vidéos, Ryan va prendre connaissance de ce qui est arrivé aux deux jeunes filles et comprendre qu’il se produit la même chose autour de la sienne…

Une suite n’ayant plus peur d’user d’artifices pour exister

Première chose ayant frappé les esprits quand les premières bandes-annonces sont apparues : l’utilisation de la 3D pour un film en found footage. Un concept certes ambitieux que semble ici mettre en avant la promotion du film en ne faisant que parler d’autres dimensions (le titre de l’opus, le scénario incluant une caméra spéciale…) mais qui, disons-le d’office, détruit à lui seul les fondements de ce style de mise en scène. En effet, le found footage, de base, avait été utilisé pour nous faire croire à l’authenticité d’un film, et même si celui-ci pouvait proposer une intrigue flirtant avec le fantastique (Cloverfield, Chronicle, Projet Almanac). C’est pour cela que le genre horrifique s’était vite lancé dans des projets de ce style (Le projet Blair Witch, [REC]), ce réalisme et l’implication du public engendrée par celui-ci aidant à créer des œuvres tendues et angoissantes. Mais en utilisant la 3D, à savoir des effets qui sortent de l’écran, le found footage perd ainsi toute crédibilité. Certes, il s’agit-là de jump scares pouvant se montrer efficaces sur le coup. Cependant, il est navrant de voir à quel point une saga est prête à tout et n’importe quoi pour envoyer valser ses idées premières pour tenter ce qu’elle n’a jamais réussi à faire : apeurer le spectateur. Et dans un film sans ambiance n’ayant que quelques moments de frayeurs à proposer, cela se présente comme un artifice tape-à-l’œil qui ne fonctionne jamais.

Et pour cause, avec ce cinquième opus, la franchise Paranormal Activity revient à ses principales carences qui en faisaient une saga du cinéma d’horreur mal aimée. Il est vrai que contrairement aux opus précédents, ce Ghost Dimension ne met pas une cinquantaine de minutes à démarrer, l’intrigue devenant pour le coup un peu plus captivante que la normale. Aidé qui plus est par des comédiens bien plus convaincants que les précédents. Devenant pour le coup l’un des épisodes les plus divertissements (même si cela reste un bien grand mot) de toute la franchise. Mais même si le film essaye de ne pas perdre notre attention en piochant des éléments scénaristiques à droite à gauche (les enregistrements vidéo à la Sinister, une porte vers une autre dimension à la Poltergeist…), il installe une monotonie malvenue à cause du retour des séquences en caméra « posée ». Celles où les protagonistes décident de surveiller leur maison de nuit pendant que tout le monde dort, et durant lesquelles il faut attendre que quelque chose se passe, parfois en vain. Ghost Dimension abuse de ses passages, perdants ainsi l’attention du public qu’il avait pourtant su capter au début à cause d’une inévitable monotonie.

Un cheminement chaotique vers un final qui tourne au grand n’importe quoi, tout simplement. Du haut de ses 10 millions de dollars, le long-métrage donne (enfin ?) un dénouement à son pénible fil conducteur via une histoire de partage de corps (un démon tentant de posséder quelqu’un pour apparaître dans le monde réel) et d’exorcisme à la Conjuring, le tout en se voulant spectaculaire. Et alors là, c’est une orgie aux effets spéciaux : maison qui tremble, meubles qui bougent dans tous les sens, apparitions démoniaques, personnages transpercés par une sorte de bras-tentacule… Ghost Dimension va même jusqu’à se permettre des délires en CGI pour aboutir à une dernière scène quelconque, semblable aux opus précédents, qui se présente telle une fin ouverte et le témoin d’une saga tournant irrémédiablement en rond. Un bazar monstre qui confirme l’effet donné avec l’utilisation de la 3D, à savoir que ce cinquième film n’a clairement plus rien de réaliste. Quelque part, cela donne une sorte de dynamisme à l’ensemble, tout en le faisant virer dans le grotesque pur et dur.

Si Ghost Dimension ne se révèle pas aussi ennuyeux que ses pairs, il reste néanmoins un Paranormal Activity dans l’âme.  La saga va-t-elle s’arrêter pour autant malgré un scénario stipulant que c’est bien la fin ? Le film ayant largement rentabilisé son budget (à 740%), il reste fort à parier que les producteurs ne vont pas s’arrêter là. Quitte à lui donner un reboot, vu que maintenant, il s’agit du seul prétexte pour que les studios puissent poursuivre une franchise en perdition ou faisant du surplace.

Paranormal Activity 5 : Ghost Dimension – Bande-annonce

Fiche technique – Paranormal Activity 5 : Ghost Dimension

Titre original : Paranormal Activity 5 : The Ghost Dimension
États-Unis – 2015
Réalisation : Gregory Plotkin
Scénario : Jason Pagan, Andrew Deutschman, Adam Robitel, Gavin Heffernan et Brantley Aufill, d’après les personnages créés par Oren Peli
Interprétation : Chris J. Murray (Ryan), Brit Shaw (Emily), Ivy George (Leila), Dan Gill (Mike), Olivia Taylor Dudley (Skyler), Chloe Csengery (Katie), Jessica Tyler Brown (Kristi), Don McManus (Kent)…
Date de sortie : 21 octobre 2015
Durée : 1h35
Genres : Horreur, épouvante
Image : John W. Rutland
Décors : Nathan Amondson
Costumes : Lisa Lovaas
Montage : Michel Aller
Musique : aucune
Budget : 10 M$
Producteurs : Jason Blum et Oren Peli
Productions : Paramount Pictures et Blumhouse Productions
Distributeur : Paramount Pictures

Festival des 3 continents de Nantes

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Mère porteuse, montre en or et cour d’école.

Le festival des 3 continents anime la ville de Nantes depuis maintenant 37 ans ! Et avec cette nouvelle édition c’est de nouveau l’occasion d’éclairer tout un pan d’un cinéma qui se développe, dans l’ombre du mastodonte américain, et dans une moindre mesure dans celle d’une production plus localisée. Une mise à jour qui apparait comme nécessaire afin de globaliser notre regard sur le 7ème art, voire à intégrer à notre consommation filmique ce cinéma du tiers monde. La formule est simple voire maladroite, puisque le terme est presque désuet, suite à la vague de développement économique. Mais cela traduit peut être notre sentiment envers ces œuvres si exotiques, et ces 3 continents du bout du monde. Rares sont ceux qui peuvent se vanter d’avoir vu autant de films vietnamiens qu’italiens, autant d’œuvres uruguayennes que britanniques. Alors, chaque année, le festival des 3 continents nous propose, le temps d’une semaine rafraichissante, de plonger dans ce cinéma invisible. Ici la production asiatique fait peut être figure d’exception, puisque à l’instar du Japon, il reste une contrée prisée des cinéphiles ; mais il est malvenu de penser que l’histoire du continent se résume aux maîtres Ozu ou Mizoguchi. Comme atteste par ailleurs la figure de proue de cette édition : Im Kwon-Taek ; un invité majeur dont l’immense carrière ferait passer Woody Allen pour un fainéant, mais dont la présence ne fera sans doute frémir qu’une centaine d’initiés ! Puisque cette 37ème édition propose une immense rétrospective à son effigie, il n’est peut être pas trop tard pour découvrir quelques pépites parmi la centaine de films qu’il a réalisés.

C’est donc logiquement que nous lui consacrons notre premier visionnage, avec : La mère porteuse, un film qui nous vient directement des 80’s Coréenne ce qui suffit à attiser notre curiosité. Et plus qu’un simple réalisateur, c’est un metteur en scène que l’on découvre, à travers cette quête quasi mystique d’une naissance salutaire. Nous sommes en Corée, durant une période visiblement révolue, un couple issu d’une noble lignée ne parvient pas à donner naissance à un héritier. Devant la stérilité (présumée) de la femme, les anciens de la famille décident de faire appel à une mère porteuse. C’est au fin fond des montagnes, au cœur d’une colline aux formes suggestives que se situe un village où l’on trouve ces demoiselles. Les hommes opèrent un casting oscillant entre le (savant) déterminisme biologique et la tradition occulte, mais qui va faire émerger la parfaite candidate. Une jeune fille de 17 ans, farouche mais sublime. Un contrat s’installe, un enfant en échanges d’arpents de terres (et encore plus de terre si c’est un garçon évidemment). Im Kwon-Taek tourne en dérision cette procédure absurde, tout comme ce long protocole autour de l’accouplement assujetti à de nombreuses invocations, mixtures, et autres procédés… Car tout cela relève plus du vaudou que de la médecine. Dans ce terreau d’inepties, le réalisateur se concentre surtout sur ses deux protagonistes ; ce mari et son devoir d’assurer la pérennité de la famille, cette jeune femme qui vient tout juste d’éclore. Et au fur et à mesure qu’ils s’attèlent à leur « tâche », le désir s’enracine dans leurs corps suants et nus. Le Coréen film cela avec une chaleur et un érotisme assez surprenants, n’hésitant pas à faire de leurs ébats des scènes assez crues, mettant en exergue cette désobéissance envers les anciens, les ancêtres, et leurs attentes. L’union est physique mais également psychique. Im Kwon Taek enrobe cette jeune fille dans des étoffes aux couleurs limpides et précieuses, accentuant encore plus sa présence et sa féminité, alors que l’on sait qu’elle devra s’effacer et abandonner son enfant et son amant. Une rigueur et un malheur annoncés auxquels le réalisateur tente de nous faire échapper, en filmant les passions et les pulsions, lesquels reviennent inlassablement s’incruster dans le champ avec des jeux d’ombre, des intérieurs quadrillés, des cadrages qui isolent tantôt le père, tantôt la mère. Si l’on ajoute à cette dramaturgie poignante, une photographie somptueuse et une bande sonore envoûtante, ce premier « pourcent » de la filmographie de Im Kwon Taek nous offre de belles promesses d’un cinéma riche de sens.

Nous faisons ensuite part belle à la compétition du festival, avec dans un premier temps, le (premier) film de l’Iranien Sina Ataeian Dena : (ironiquement) intitulé Paradise , le film nous emmène dans une école de filles au cœur de l’Iran. Un projet compliqué et ambitieux, puisque son métrage s’inscrit dans une trilogie sur la violence, filmée sans l’autorisation des autorités iraniennes, comme l’était Taxi Téhéran (à ce sujet, le cinéaste nous dit que le mouvement prend de l’ampleur en Iran, ce qui facilite la tâche aux réalisateurs et la complique pour l’État.) Avec une immersion quasi documentaire le film suit le parcours d’une jeune professeure pour se faire muter ; un quotidien dépeint de manière plutôt effrayante, où l’insécurité et le dogme religieux règnent. On lui reprochera certes quelques trous d’air car le temps pèse parfois lourd ; mais avec un vrai parti pris de mise en scène Sina Ataeian Dena signe un premier film dérangeant et donc réussi. Un portrait d’une société plombée par ses inégalités, envisagé avec le prisme de l’école que l’on retrouvait dans le film Wadjda de la saoudienne Haifaa al Mansour.

Enfin direction les Philippines, pour le long métrage Scarecrow (comprenez : l’épouvantail) réalisé par Zig Dulay. L’histoire d’un petit garçon accusé d’avoir volé une montre en or, un délit qu’il nie en bloc et qui pourtant l’entraine lui et toute sa famille dans une tourmente vengeresse. La véridicité de la parole infantile  au cœur de l’accusation, c’est quelque chose que l’on a déjà vu au cinéma ; on pense récemment à La Chasse de Thomas Vinterberg, ou moins récemment à la Rumeur de William Wyler (1961). Ici le refus d’avouer de la part de l’enfant combiné à l’accusation d’une autre adolescente vont conduire à l’enveniment d’une situation qui était déjà très précaire. La mère ne va plus pouvoir travailler et l’enfant ne va plus vouloir aller à l’école. Malgré l’aspect carte postale du cadre, la méfiance humaine et la misère sociale prédominent tout autant à l’autre bout du monde. Zig Dulay en fait son sujet, tout en y injectant de la drôlerie, de la légèreté, et de la festivité avec notamment ce très joli rôle pour le jeune Micko Laurente.

Bande-annonce Festival des 3 Continents

Strictly Criminal, un film de Scott Cooper: Critique

Fort d’une carrière jusque là émaillé par deux virées dans des genres ultra codifiés qu’il a réussi à subvertir par sa mise en scène (en atteste son Brasier de la Colère, drame social converti en revenge-movie), il semblait inévitable que le réalisateur Scott Cooper tâte du pied le monde de la criminalité et du gangstérisme, autant pour le vivier presque intarissable d’histoires confrontant l’humain à des choix moraux décisifs (en somme tout le crédo des Brasiers de la Colère), que pour son attrait maladif jusqu’ici porté sur ces grandes pages de l’histoire américaine.

Synopsis: James J. Bulger, alias « Whitey » Bulger, devint l’un des membres fondateurs du gang de Winter Hill de Boston dans les années 70. Son ascension dans le monde de la pègre fut aidée par John Connolly, un ami d’enfance devenu un agent du FBI.

Et le voilà donc à la manière de Michael Mann ou Martin Scorsese avant lui, à poser sa caméra sur l’épaule d’un gangster dans la plus pure tradition du genre – boule de nerfs, violence accrue et démarche imposante-, ayant sévi dans les faubourgs de Boston et rapidement devenue figure inconditionnelle de la criminalité US : James « Whitey »Bulger. 

Si à première vue, l’entreprise peut se révéler être casse-gueule, au vu des codes archi balisés déjà posés par le genre, Cooper ne semble curieusement pas s’en faire.
Ouverture sombre, titre dévoilé progressivement, musique angoissante, le début de Strictly Criminel laisse déjà transparaitre toute l’ambition du réalisateur, celle de vouloir éviter à tout prix de sombrer dans le récit rise and fall, systématique du film de gangster, pour au final composer avec les codes d’un genre de film, que l’on attendait peu à voir transposé dans la vie d’un gangster redouté : ceux du film d’horreur.

Le Monstre Bulger.

Ou plus précisément, du film de monstre. Car la plus grande idée déployée à l’écran est de constamment ramener à l’idée que Bulger, aidé par une mise en scène qui le transforme en être fantomatique, et dont l’aura plane jusque sur tous les pores du film, est un monstre.
Monstre de violence (en atteste une mort violente curieusement hors champ) d’avidité, et d’ingéniosité, Bulger est surtout un monstre par sa dimension physique. Yeux bleus perçants, crâne dégarni, chicots jaunis, et voix suave quasi gutturale, Bulger incarne autant un monstre au pouvoir dévastateur lorsque mise devant la caméra, que ce fantôme, cette masse noire (faisant directement référence au titre original) inspirant la crainte et la peur, lorsque absent du score de Cooper. Tel un trou noir attirant en son centre les relents de bon en chaque homme, Johnny Depp campe en définitive un personnage à la fois effrayant, mais dont la nature, badass à souhait finit de charmer le spectateur, qui se révélera peut être un penchant inavoué pour la violence poisseuse et directe. C’est d’autant plus frappant que plus le film avance, et plus cette humanité, et cette morale jusque là ardemment défendue par le réalisateur et retranscrite à l’écran par les acteurs Benedict Cumberbatch (jouant un sénateur et accessoirement le frère de Depp) et Joel Edgerton (agent du FBI et ami d’enfance de Bulger), se retrouve pervertie par l’aura menaçante de Depp, un peu comme si le personnage phagocytait par sa seule présence à la fois l’intrigue principale et les principaux développements psychologiques des personnages.

Un bandit qui vampirise l’écran

Et il faut le comprendre. S’ouvrant par les confessions à la police de tous ses hommes de main et seconds, Bulger inspire la crainte. Omniprésent dans le film, puisque jouant sur le procédé autosuggestif de la mise en scène de Cooper, Depp est de tous les plans. Une prépondérance qui au fur et à mesure du déroulé du film atteint ses limites, quitte à faire naître le premier gros défaut du métrage. Car en se focalisant essentiellement sur le personnage, ses tourments et sa violence sans limite, le film en vient à délaisser tout le reste. Enchainant les apparitions fugaces de personnages portés bien haut par des grosses pointures (Kevin Bacon, Corey Stoll, Jesse Plemmons, Joel Edgerton, Benedict Cumberbatch, Dakota Johnson) et peu aidé par une mise en scène classique ne faisant qu’affirmer le vampirisme dégagé par Depp, le scénario vient à s’enliser dans un récit somme toute binaire voyant le criminel prospérer dans ses activités criminelles et la police et le FBI, dupés par ce génie criminel, essayant tant bien que mal de le coincer dans un jeu du chat et de la souris intense, mais terriblement pesant.

Parti-pris de mise en scène, ou rythme défaillant, difficile à dire, mais cet essai qu’a tenté Cooper d’apposer sa marque sur le genre semble à la fois ingénieuse, mais aussi terriblement datée. N’est pas Scorsese qui veut. Mais ce serait injuste de réprimer cet essai sur cette seule lenteur, quand bien même le film prend le pari d’exister dans l’ombre de ses modèles tout en s’affranchissant de leur style et en proposant un style qui lui est propre, entre une photographie maitrisée, et une direction artistique de toute beauté, sachant à l’instar de la French ou The French Connection, rendre grâce à l’âge d’or de la criminalité américaine. Et rien que pour ça, Strictly Criminal vaut le coup d’œil, car réussir à troquer et affirmer les valeurs, la loyauté et le respect en porte étendard d’un gang gangrené par la violence, il fallait oser.

Strictly Criminel: Bande-annonce

Strictly Criminal: Fiche Technique

Titre original : Black Mass
Titre français : Strictly Criminal
Réalisateur : Scott Cooper
Scénario : Scott Cooper, d’après le livre Black Mass: The True Story of an Unholy Alliance Between the FBI and the Irish Mob de Dick Lehr et Gerard O’Neill
Distribution: Johnny Depp, Kevin Bacon, Benedict Cumberbatch, Joel Edgerton
Direction artistique : Jeremy Woodward
Décors : Stefania Cella
Costumes : Kasia Walicka-Maimone
Photographie : Masanobu Takayanagi
Montage : David Rosenbloom
Musique : Junkie XL
Production : Scott Cooper, Brett Granstaff, Brian Olivier, Tyler Thompson, Patrick McCormick, Brett Ratner, John Lesher et Christi Dembrowski
Producteurs délégués : Gary Granstaff, Phil Hunt, Compton Ross et Lauren Selig
Sociétés de production : Cross Creek Pictures et Exclusive Media Group
Société de distribution : Warner Bros., Warner Bros. France (France)
Budget : 53 millions de dollars1
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Genre : film de gangsters, thriller, drame

PIFFF 2015: Interview de Philip Ridley pour le film L’enfant Miroir

Parallèlement à la diffusion de son film L’enfant Miroir (1990) en Séance Culte au Paris International Fantastic Film Festival, les organisateurs de l’événement m’ont permis de rencontrer son réalisateur, Philip Ridley.

J.D. : Pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas, pouvez-vous vous présenter?

Philip Ridley : Je suis Philip Ridley, je suis né dans l’Est londonien et je raconte des histoires.

J.D. : C’est une bonne entrée en matière!

P.R. : Oui, je trouve aussi. (rires)

J.D. : Vous êtes ce que l’on peut appeler un artiste complet : vous êtes à la fois peintre, dramaturge, écrivain, réalisateur mais aussi photographe.

P.R. : Oui je fais de la photographie! J’en fais depuis longtemps. J’ai récemment déménagé et j’ai retrouvé quelques photos prises lorsque j’avais environ sept ans avec un petit appareil photo pour enfants qui ressemblait à un jouet. C’est incroyable car je les ai montré à des amis qui m’ont dit que mon style n’a
pas tellement changé. C’était des photos de personnes que je connaissais qui interprétaient divers personnages dans la rue où j’habitais et c’est à peu près ce que je fais encore aujourd’hui.

Alors oui, je suis un artiste « complet », mais pour moi il n’y a pas trop de différence ; mon but est de raconter des histoires à travers tous ces médias.

Enfant, j’étais très malade; je souffrais d’asthme chronique et j’étais alité ou très peu à l’école. J’avais peu d’amis et je me mettais à créer des mondes aux travers de mes lectures de comic book Marvel, comme Spiderman ou X-men. J’ai un souvenir de Spiderman se tenant près de moi dans ma chambre, il était aussi réel que lorsque mes parents venaient me border.

En fait, je me suis plongé dans les histoires des autres avant d’écrire mes propres histoires ou de les dessiner.

J.D. :  Quel a été votre premier souvenir de cinéma ?

P.R. : Mes premiers souvenirs sont les films que mes parents m’emmenaient voir enfant.

Mais le premier souvenir clair que j’ai, bien que je croie qu’il ne soit rien de plus qu’un mensonge, est Jason et les Argonautes. J’ai été soufflé et Ray Harryhausen est devenu mon héros. Puis je suis devenu passionné par les films d’horreurs que je pouvais voir à la télévision le soir très tard, des vieux films des années 1960/1970, les Universal Monsters ou encore les films de la Hammer avec Peter Cushing et Christopher Lee. Je me rappelle avoir supplié mes parents de me laisser voir tous ces films car je les voyait comme de véritables œuvres d’art.

J’étais également un grand fan de science-fiction entre autre de Star Trek.

Tous ces films et ces genres me passionnaient et je me prenais de passion pour la peinture avec Bacon ou pour des auteurs américains comme Matheson ou Bradbury.

J.D. : Qu’est ce qui vous a décidé de faire vos propres films ?

P.R. : Dans un sens, je crois que c’était inévitable.
J’ai réalisé des court-métrages plutôt « arty ». Un de mes premiers court-métrages s’appelait Psycho Swing, il montrait une ampoule se balançant au rythmes des sons… le genre de film qui aurait sa place dans une galerie d’art.

Puis j’ai fait un film ; Visiting Mr Beak, qui faisait plus office de transition. J’ai écrit le scénario entre 1983 et 1984. J’ai mis du temps à faire ce projet qui était beaucoup plus ambitieux et qui nécessitait beaucoup plus d’argent.
On m’a donné l’opportunité de le faire lorsque je travaillais dans une agence de story-board. Ils ont contribué à faire exister ce film. C’était la première fois que j’avais une vraie équipe et des acteurs professionnels. J’y ai mis toutes mes obsessions pour les films d’horreur.

Puis j’ai été contacté pour réaliser un second film (The Universe of Dermot Finn) pour un petit budget. Il a été projeté à Cannes avant le film d’Alan Parker Mississipi
Burning
et les premiers retours sont arrivés dès le lendemain, enjoignant les spectateurs à retourner voir le film, mais pour le court-métrage. Ça a fait le buzz, comme on dit!

Après quoi, j’ai écrit un scénario nommé The Krays et, soudainement, tout s’est enchainé très vite pour moi… comme si les planètes étaient toutes alignées. Ça n’a jamais
été aussi facile par la suite.

J.D. : L’Enfant Miroir est votre premier long-métrage. Comment avez vous travaillé le scénario ? A travers une série de story-boards ou de manière beaucoup plus classique ?

P.R. : Je l’ai imaginé comme un comic book. J’avais ces images dans la tête : le champ, la Cadillac, la maison…
Selon moi les dialogues vont à l’encontre d’un film. Pour ce
film, j’ai voulu atteindre une forme de poésie avec les quelques dialogues présents dans le film comme la dernière tirade de Dolphin, le personnage de Leslie Duncan.

Je pense sérieusement que L’Enfant miroir peut être compris sans dialogue, juste grâce aux images et le film aura autant de sens..

Dans mon deuxième film, Darkly Noon, on trouve aussi très peu de dialogues.

J.D. : Comment avez vous travaillé avec vos acteurs ?

P.R. : Sur L’Enfant Miroir, je répétais beaucoup avec les acteurs. Je le faisais dès que je le pouvais. Je leur disais d’interpréter les dialogues et de les voir comme des paroles de chansons mais aussi comme une base sur laquelle ils pouvaient se les réapproprier.

J.D. : Et pour les enfants ?

P.R. : Pour les enfants, ma seule indication a été de leur demander d’être naturels, d’être des enfants mais de ne pas jouer à être un enfant. Ils se sont beaucoup amusés car, à part pour l’un des trois garçons, c’était la première fois qu’ils étaient sur un plateau de cinéma.

J.D. : En tant qu’artiste plasticien mais surtout pluridisciplinaire ; est-il important pour vous d’être impliqué dans toutes les étapes de fabrication d’un film ou faites vous entièrement confiance à votre équipe ?

P.R. : Je m’implique de manière totale dans un film. Je travaille beaucoup en amont. Étant peintre, je réfléchis en terme d’images et je sais ce que je veux. Par exemple, les
masques que l’on peut voir dans mon film Heartless ont été confectionné à la main et par mes soins, ou encore sur L’Enfant Miroir je me levais à cinq heures du matin pour peindre les épis de blé en jaune afin d’obtenir l’image que j’avais en tête. Mais je fais confiance à mon équipe. Travailler avec Dick Pope, le chef opérateur, a été une magnifique expérience. Il comprenait très bien ce que je voulais sans que j’ai à m’expliquer longuement et donnait une nouvelle ampleur à mon travail en sublimant certaines de mes images.

La même chose se produit avec mon compositeur, Nick Bicat, que je connais depuis longtemps.

Tout ce travail paye. On peut particulièrement le voir dans Heartless qui comporte les meilleures scènes que j’ai jamais tourné. Tout y est, une véritable alchimie entre l’image, le son et la musique qui nous transporte. Un ravissement pur.

J.D. : Quel film aimeriez vous faire maintenant ?

P.R. : J’aimerais faire un film sans dialogue car je trouve qu’ils sont trompeurs, qu’ils diminuent l’impact des images et de la narration. Juste un film visuel avec des sons et beaucoup de musiques… mais cela se ferra peut être dans vingt ans donc je serai vieux, je viendrai présenter mon film avec un déambulateur ou bien je serais peut être déjà mort (rires)!

L’enfant Miroir: Bande-annonce

Interview et traduction faites avec l’aide de Mathieu Pluquet

PIFFF 2015: Interview du réalisateur Thierry Poiraud pour le film Don’t Grow Up

A l’occasion du Paris International Film Festival, rencontre et interview du réalisateur Thierry Poiraud pour le nouveau film Don’t Grow Up  présenté en compétition du Festival.

J.D. : Don’t Grow Up est, après Atomik Circus que tu as coréalisé après votre frère et Goal of Dead dont tu as réalisé la seconde moitié, le premier film dont tu es seul maitre à bord en quelques sortes. Quels avantages et inconvénients ça a de se retrouver tout seul comme ça?

T.P : Goal of the Dead, je l’ai fait moi-même, même si on partageait une même histoire avec Benjamin Rocher qui a fait la première moitié.

J.D. : Oui, mais vous deviez avoir préétablis des critères en terme de réalisation et de mise en scène parce que, même si il y a une patte dans chaque partie, il n’y a pas un fossé stylistique entre les deux « mi-temps » du film.

T.P. : C’est sûr qu’on avait travaillé en amont, surtout avec le chef opérateur (Matias Boucard, qui est revenu sur Don’t Grow Up) donc on avait une lignée, et puis c’était un sujet qu’on m’avait apporté et que j’ai retravaillé ensuite avec la même scénariste que pour Don’t Grow Up qui est Marie Garel-Weiss. Mais Don’t Grow Up c’est vraiment mon bébé que j’ai fabriqué avec elle du début à la fin. Sur la réalisation, la liberté d’aller là où tu veux, c’est aussi une peur d’aller là où tu veux parce que t’as personne… Enfin, un film c’est toujours un travail d’équipe. En fait c’est pas tant mon travail sur la réalisation qui été affecté, c’est surtout le fait de porter un sujet tout seul, et sur les choix de montage et de musique aussi. L’idée qu’un réalisateur soit seul, c’est pas vrai, on est toujours aidé. C’est dans les choix d’écriture, sur ce que tu veux raconter, les choix artistiques et les personnages, tout ça c’est tes choix à toi en fait.

J.D. : Avant de percer au cinéma, avec ton frère vous avez fait les Beaux-Arts puis vous avez travaillé dans la publicité et un peu dans la vidéo musical. Qu’est que tu as tiré de ce parcours?

T.P. : Avant même de faire des courts-métrage live, on faisait de l’animation et on écrivait des scénarios. Nous ce qu’on voulait faire dès le début c’était des films fantastiques un peu bizarres donc personne n’en voulait, donc il a fallu qu’on prouve qu’on savait des films. C’est comme ça qu’on en est venu à faire des clips et de la publicité pour gagner notre vie et faire nos preuves en fait. La publicité, contrairement à ce que les gens pensent du fait qu’il y ait beaucoup d’argent, on ne fait absolument tout ce qu’on veut. Ça m’a appris une rigueur de devoir, en très peu de temps de tournage, raconter une histoire et que tout, les cadres, les personnages, soient superbes. Donc ça implique une énorme rigueur qu’il faut être très rapide tourner jusqu’à trente plans par jour, même si on sait qu’à la fin on n’en gardera que quelques secondes. Il faut savoir ce qu’on veut raconter, on ne peut pas se perdre parce que ça coûte trop cher. La publicité c’est une bonne école pour apprendre à être très concentré et très rapide pour choisir ses cadres sur un plateau. Le clip, c’est autre chose, c’est de l’expérimentation, on te laisse inventer des univers et des lumières même si ce n’est pas propice à raconter des histoires.

J.D. : Pour en revenir à Don’t Grow Up, d’où t’es venu l’idée de faire un film sur l’adolescence en reprenant cette thématique du zombie que tu avais déjà exploité dans Goal of the Dead ?

T.P.: Au départ, j’avais seulement envie de faire un film sur l’adolescence, sur le passage à l’âge adulte, qui étaient des sujets qui m’intéressaient. On a commencé a travaillé dessus, et après on a vraiment eu envie d’en faire un fantastique, alors je me rappelle qu’on début on a hésité entre une histoire de vampires et même de l’horreur sans fantastique, mais il y avait ce contexte d’un foyer isolé sur une île. C’est quand on a commencé à développer les personnages, nous est venu cette idée d’infection qui ne touche que les adultes qui est devenue l’histoire du film. La véritable idée de cette chronique c’était que, dans une première partie, ils soient chassés par des adultes, dans une deuxième partie ils soient chassés par des enfants, parce qu’ils sont pile-poil au milieu, c’est ça la métaphore de ce passage. Du coup on s’est retrouvé à développer cette histoire mais les idées sont venues par la suite.

J.D. : Tous ces jeunes acteurs, comment tu les as trouvé ?

T.P. : C’était surtout sur des castings dont une grande partie a été faite à Londres. Ils sont à 80% anglais.

J.D. : C’est pour ça que tu as tourné ton film là-bas, parce que la législation française rend très difficile de faire tourner des gosses, surtout dans un film d’horreur ?

T.P. : Non, c’est pas pour ça. Si on doit comparer, les acteurs anglais ont une autre façon de travailler qu’en France, ils sont beaucoup plus laborieux, ils ne sont pas mieux ni moins bien mais pour moi qui aime bien préparer en avance c’est très agréable. Là, la spécificité c’était que c’étaient des non-acteurs, des adolescents. C’était censé être des adolescents qui sortent de foyer, donc déjà trop matures pour leur âge parce qu’ils ont vécu beaucoup de difficultés, donc le plus dur ça été de trouver des enfants. On a été chercher dans des foyers mais ils voulaient pas jouer alors on a trouvé des pré-ados qui avaient joué un peu au théâtre. Une fois qu’on avait nos acteurs, ils devaient travailler avec leurs émotions même s’ils n’ont vécu que 15-16 ans, ce qui fait que leurs personnages leur ressemblent beaucoup et le plus compliquer ça été de répéter et d’apprendre à les connaitre. On a passé 10 jours en vase clos à répéter, à jouer au foot, à se baigner, à passer des soirées ensemble, à regarder la télé pour voir qui vannait qui… Interview-du-realisateur-Thierry-PoiraudJe les ai étudié en même temps que se créait un groupe et avec la scénariste Marie on a réécrit beaucoup en fonction de ces personnages. Du coup, on a dû être très rapides parce qu’on avait pas beaucoup de temps sur le plateau. Je ne sais pas si c’est bien ou pas, mais on a vraiment repensé le scénario en fonction des personnages et des apports des jeunes comédiens.

J.D.: Puisque l’enjeu horrifique de ton film c’est le passage à l’âge adulte, comment est-ce que tu considères les clefs pour ce passage, puisque, dans le film, c’est le personnage qui a l’air d’avoir le moins de personnalité qui va faire le premier cette transformation, alors que ceux resteront à la fin sont les deux dont on sent qu’ils ont le plus de vécu?

T.P.: Parce que c’est pas une question de vécu justement. On a étudié la question de l’âge adulte chacun de notre coté et chacun y a mis ce qu’il avait envie de mettre. Moi, c’est surtout la définition qu’en a fait Françoise Dolto, qui tente à dire que l’âge adulte c’est à partir du moment où tu puisses t’oublier en tant que personne pour donner à l’autre,, sachant que l’enfant est extrêmement égocentrique, qu’il ne voit le monde qu’à travers son prisme à lui.  Donc dès que tu commences à t’occuper de l’autre, ça peut en devenant parent, en aidant des gens ou en tombant amoureux, puisqu’on est prêt à s’abandonner pour quelqu’un d’autre. Et dans l’histoire le premier à être infecté, il était secrètement amoureux de sa camarade, alors que celui qui meure, il a beau avoir son flingue, c’est un grand gamin donc il n’aurait pas pu être touché. Notre héros principal était très ancré dans ses problèmes à lui, et s’il est infecté ce n’est pas parce qu’il couche avec sa copine mais parce qu’il se confie à elle et en tombant amoureux d’elle, il se libère du poids de ses traumatismes d’enfant. On est parti de ce principe pour tricoter notre histoire.

J.D.: Et je suppose que l’idée de la gamine, la petite black muette, c’est pour condamner tes derniers personnages en leur donnant la responsabilité d’une adoption en quelque sorte?

T.P. : C’est tout à fait ça. La fin où l’héroïne part avec elle sur sa barque, on l’avait depuis le début même si on a imaginé des scénarios avec ce qui pourrait se passer après, si elles atteignaient le continent notamment, mais on ne les a pas gardé parce qu’on comprend bien qu’elle devient adulte en resserrant la gamine et en abandonnant derrière ses rêves d’enfant et son « prince charmant » alors que poursuivre le mélodrame au-delà ça devenait un peu con. On a vraiment voulu clore sur une touche d’espoir autour de la notion de famille.

J.D. : A l’origine, tu désirais tourner au Canada, la production t’a finalement fait tourner dans les îles Canaries. Comment tu as fait pour réadapter les décors à ta vonté, étant donné que les paysages ont une place centrale? Est-ce que tu as dû refaire tout ton découpage?

T.P.: Ça c’est justement l’école de la publicité parce qu’on arrive sur le plateau et on tire au mieux de ton décor. Tu redécouvres un lieu dont tu ne connais rien et tu apprends à l’expoiter. Le plus dur c’est que j’avais passé deux ans au Canada à faire des repérages, je les imaginait avec leur look dans la neige, et quand j’arrive aux Canaries ils sont tous en maillot de bain, ça n’était rien à voir. Le plus compliqué ça a été de me rebooter le cerveau, j’y croyais pas…

J.D.: Et pourtant toute la première partie j’ai cru que ça passait dans des îles nordiques donc quand j’ai vu le désert ça m’a choqué.

T.P.: On a triché, grâce aux cadres en fait, j’ai fini par recomposer ce que j’avais dans la tête, à part la neige bien sûr mais je l’ai remplacé par le desert, mais qui est très blanc aussi. Avec le chef op’ on s’est vraiment amusé à recadrer pour créer notre petit Canada à nous. J’avais à retrouvé la rudesse et les grands décors qui me plaisaient là-bas, ça m’a pensé à réfléchir à ce que je voulais vraiment et à essayer de le recréer moi-même.

J.D.: Et les plans aériens…?

T.P.: Alors ça, on a triché, le plan d’ouverture on l’a fait là bas mais le plan sur la forêt c’est un plan que mon chef op’ a filmé en Finlande pendant qu’il tournait une publicité, il s’est dit que j’en aurai besoin et il a eu raison. C’est ça les films à petit budget, c’est la démerde. Mais j’avais besoin de montrer la petitesse de ces enfants face à l’énormité du monde, c’est ce qui fait qu’on ne sait pas trop où ça se passe.

J.D.: Et maintenant, tu es sur une autre projet?

T.P.: J’ai appris qu’il valait mieux avoir trois-quatre projets en même temps pour espérer en voir un aboutir deux ans plus tard. J’en ai plusieurs, ça va d’un thriller avec encore un enfant, à une comédie un peu plus folle et j’ai des projets de série télé aussi, une série un peu foldingue qui prépare.

J.D. : Tu comptes continué à travailler seul comme là ou retravailler en collaboration?

T.P.: Justement, la série télé c’est différent de la solitude du long-métrage, puisqu’en plus de partager la réalisation des épisodes, c’est un travail de troupe qui se rapproche un peu du théâtre et on cohabite avec plusieurs auteurs, ce qui est très agréable!

Le lendemain, le film Don’t Grow Up,  plébiscité par le public du PIFFF, remportera l’Œil d’Or du meilleur long-métrage.

 

PIFFF 2015: Dofus, Southbound, L’enfant miroir, The 1000 eyes of Dr Maddin, Green Room et surtout le palmarès

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22 novembre 2015: Cinquième jour du Paris International Fantastic Film Festival

11 heures : Grande première dans la programmation du PIFFF, cette dernière journée débute par une séance jeunesse. Mais, en choisissant Dofus – Livre 1 : Julith, les selectionneurs étaient bien conscients de ne pas toucher que les enfants puisqu’il s’agit de l’adaptation du célèbre jeu vidéo édité par la société française Ankama  déjà dérivé sous format de livres et d’une série télé. Mais contrairement  ceux-ci, le long-métrage fait preuve d’une maturité qui vise un public plus âgé que la plupart des films d’animation, au point même de se risquer par moment sur le terrain d’un humour qui pourrait heurter les plus jeunes. Le scénario de Dofus profite également d’un anti-manichéisme rare et d’un don pour passer du rire aux larmes qui en font une excellente surprise. La qualité de l’animation et le design des personnages et des décors sont, eux-aussi, remarquables. Jubilatoire pour les gamers et parfaitement accessibles pour les non-initiés, ce petit bijou d’animation sera, à sa sortie en février prochain, à ne surtout pas rater.

14 heures : Les producteurs de la trilogie V/H/S reviennent avec leur concept de film à sketchs horrifiques en transposant cette fois-ci l’action dans le Sud désertique des Etats-Unis, où semblent errer les âmes damnés. Southbound se veut également à la croisée du film choral puisque chaque personnage d’un segment est connecté à ceux du segment suivant. Cinq courts métrages cauchemardesques donc qui vont du road-trip sectaire au huis-clos chirurgical éprouvant en passant par un remake démoniaque d’Une Nuit en Enfer ou encore un home invasion déstabilisant. De la diversité mais surtout une vraie générosité de la part des cinéastes dans ce déchaînement de violence. Si les effets spéciaux numériques laissent à désirer, les maquillages et effusions de sang sont bluffants et arrivent sans mal à donner la nausée. Certains courts bénéficient d’un véritable travail en profondeur et placent des enjeux psychologiques intéressants, chaque segment ayant pour point commun le pêché et la rédemption, faisant suite à un événement passé que les personnages doivent rattraper. Comme tout film à sketchs, il y a de l’inégalité dans les segments présentés mais Southbound, présenté ici hors-compétition, se regarde sans déplaisir.   –Kevin List

16 heures 30 : En guise de quatrième et dernière Séance culte, c’est le premier film d’un réalisateur malheureusement peu connu du grand public qui nous est proposé. L’enfant miroir de Philip Ridley est un drame psychologique dans ce que ce terme peut avoir de plus concret. Dans de vastes décors champêtres que n’auraient pas reniés Terrence Mallick, le rapport que le jeune Seth a au monde qui l’entoure est régi par une multitudes d’expériences traumatisantes et le regard que le réalisateur nous en propose, à travers le prisme des souvenirs qu’il a de son enfance, est propice à une poésie et à une mélancolie des plus troublantes. Dans le rôle du grand frère auquel le jeune héros aimerait se confier, Viggo Mortensen trouvait là son premier rôle important. La violence de certaines scènes (le suicide du père ou l’enlèvement) contrebalance la grande délicatesse qui imprègne la mise en scène, tout comme le fatalisme très sombre qui se dégage de l’ambiance contrebalance la flamboyance de la photographie. Un film plein de mystères aux interprétations interminables qui méritait d’être remis au gout du jour.

19 heures : Déjà réalisateur de nombreux portraits de cinéastes venus des quatre coins du monde, Yves Montmayeur a gagné avec The 1000 eyes of Dr. Maddin le Prix du meilleur Documentaire à la dernière Mostra de Venise. Composé d’images filmés depuis plus de quinze du réalisateur canadien Guy Maddin, ce film nous plonge dans les travers de l’œuvre particulièrement hermétique de cet autodidacte atypique dont les réalisateurs font fi de la grammaire filmique classique et se rapprochent davantage de l’expérimentation picturale que du cinéma tel qu’on l’entend. En comprenant ses inspirations, qui vont de Meliès à John Waters en passant par expressionnisme allemand, on comprend mieux la logique artistique de ce metteur en scène atypique et on se laisse tenter par l’envie de (re)découvrir son travail.

21 heures 30: Enfin de retour dans la prestigieuse grande salle du Grand Salle du Grand Salle du Rex cinq jours après la cérémonie d’Ouverture, ce fut, pour nos deux hôtes animateurs/sectionneurs Cyril et Fausto, le temps de remerciements et des au-revoirs. Mais, passée cette procession, le moment tant attendu du palmarès allait enfin mettre fin à plusieurs jours de spéculations houleuses entre les festivaliers.

  •  Le partenaire historique du festival, Ciné + Frisson a remis leurs prix au Long-métrage Evolution et au court-métrage Juliet, assurant au premier une promotion lors de sa sortie en salles et au second une diffusion sur la chaine.
  • Le jury a sélectionné le court-métrage Phantasms of the Living… qui pourtant n’a de mémorable qu’une petite scène de masturbation féminine.
  • Les « Œil d’Or » décernés par le public ont été décernés, pour le court-métrage étranger, à l’hilarant Ours Noir, et pour le court-métrage français à Of Men and Mice. Le long-métrage qui a reçu les meilleurs votes est Don’t Grow Up de Thierry Poiraud, une allégorie habile et assez subtile de l’entre-deux-âges adolescent via un survival horrifique à la photographie irréprochable.

Alors que le genre est particulièrement décrié en France et que la production y est particulièrement difficile, on peut être fiers que les deux longs-métrage vainqueurs soient deux réalisations françaises, qui partagent d’ailleurs le même producteur, Philippe Vidal, qui peut se considérer comme le grand vainqueur de cette semaine.

Pour finir en beauté, la diffusion du film Green Room (qui fut présenté à Cannes dans la Quinzaine des réalisateurs) allait nous laisser sur la découverte d’un long-métrage à la radicalité impressionnante. Après le magnifique Blue Ruin,  Jeremy Saulnier poursuit sa peinture acerbe et cruelle de l’Amérique en imaginant comment la rencontre entre deux idéologies opposées de la culture rock, des punks et des skinheads, peut aboutir à un jeu de massacre terriblement violent. Si le scénario ne répond nullement à la caution fantastique propre au Festival, ce survival en huis clos profite d’une mise en scène si oppressante et d’une photographie si claustrophobique qu’elles en font un film d’horreur parfaitement maitrisé. Rarement vu dans des rôles de méchants, Patrick Stewart est véritablement terrifiant dans la peau d’un impitoyable leader néo-nazi. Quand la dimension politique, l’action et l’épouvante font si bon ménage, on peut allégrement parler d’une pure réussite.

Pour finir, un petit bilan de cette cinquième édition du PIFFF. D’abord, le fait d’avoir pris place au Grand Rex a eu pour avantages de donner lieu aux cérémonies d’ouverture et de clôture dans une salle véritablement luxueuse, et de donner un accès gratuit aux détenteurs de la carte Illimité UGC. Coté inconvénient, ce cinéma a tout de même donné assez peu d’espace de travail aux bénévoles du Festival et à sa boutique, obligeant même les attachées de presse à se délocaliser dans le bar voisin, provoquant quelques petits problèmes de logistique les premiers jours. Force est de reconnaitre (selon les chiffres des organisateurs) que cette édition a eu une affluence de public plus importante que les années précédentes, preuve que le Festival prend de l’ampleur. La sélection était à la fois éclectique puisqu’aucun film ne ressemblant aux autres, même si une tendance –que les sélectionneurs nous ont dit être une coïncidence- s’est dégager autour de la thématique de la jeunesse. Autre constat de la sélection : La grande majorité des films était des premières réalisations (six sur les huit longs-métrages, les deux autres étant d’ailleurs ceux qui ont gagné un prix), affirmant le PIFFF comme un important découvreur de talents. Vivement l’an prochain !

< Jour 4

El Club, un film de Pablo Larrían: critique

En forte résonance avec l’actualité récente du Chili, où un évêque accusé d’avoir couvert des agissements pédophiles vient pourtant d’être confirmé dans ses fonctions par le pape François, et ce malgré de très fortes protestations des catholiques eux-mêmes, au Chili comme dans les autres parties du globe, en forte résonance avec tous les pays du monde où l’église catholique a été montrée du doigt pour de faits similaires, El Club est une histoire née presque accidentellement lorsque le cinéaste Pablo Larraín est tombé sur un article de presse montrant le sort de Mgr Francisco Cox, un autre évêque du très pieux et conservateur Chili, « élargi » par sa hiérarchie vers une maison luxueuse en Europe au lieu de faire face à la justice de son pays.

SynopsisDans une ville côtière du Chili, des prêtres marginalisés par l’Eglise vivent ensemble dans une maison. L’arrivée d’un nouveau pensionnaire va perturber le semblant d’équilibre qui y règne…

Sin City

Une genèse accidentelle donc, mais une exploitation méthodique et glaçante de son sujet par le réalisateur, malgré un temps de tournage très limité. Commençant par une image aux tonalités tellement éteintes que l’on croirait voir un métrage en noir et blanc, El Club montre un homme (Alfredo Castro, un habitué des films de Pablo Larraín) au bord de l’océan qui joue avec son chien, un lévrier – « la seule espèce de chien mentionnée dans la Bible » -. Plus tard, il rejoint une maison un peu en retrait, où une femme nettoie la terrasse à grande eau, et un autre homme donne à boire à un vieillard sénile. Plus tard encore, on voit ces mêmes hommes assister de loin à une course de lévriers, à l’écart de la population. Seule la femme est au bord du champ de courses. Les scènes d’intérieur frappent par leur grain qui apporte encore plus d’opacité à film qui ne livre aucune de ses recettes à ce stade. Cette épaisse granulosité, et le gris bleu triste qui baigne la plus grosse partie du film sont le résultat du choix du cinéaste d’utiliser des filtres d’anciennes caméras soviétiques, de son choix de poser d’emblée une chape sur ces personnages.

L’histoire de ces hommes et de cette femme reste mystérieuse jusqu’à ce qu’un nouveau « pensionnaire », le père Lazcano, rejoigne le « Club » : il s’agit là en fait de curés écartés de leurs paroisses respectives pour diverses lourdes fautes, et qui vivent ici pour « prier et se repentir ». Les règles de vie, sommaires mais édifiantes –pas de douche prolongée, pas de masturbation, entre autres interdictions-, sont expliquées au nouveau venu par la femme, Sœur Monicá (époustouflante Antonia Zegeres, épouse complice du réalisateur à la ville, toute en sourires dangereusement naïfs), de manière assez abrupte, quasi surréaliste, conférant un humour noir et grinçant à la situation. On comprend petit à petit que ces hommes, sous la férule de cette femme, sont confinés dans cette maison isolée d’un village côtier isolé (la Boca de Navidad) , autant pour faire pénitence qu’en réalité pour se cacher.

A l’issue d’évènements dramatiques suivant l’arrivée de Lazcano, un autre prêtre, le père Garcia (Marcelo Alonso) est dépêché à la maison : un de ces « nouveaux curés » comme dit Sœur Monicá , un prêtre « très instruit… et très beau » comme dit comiquement le supérieur hiérarchique venu l’emmener ici. Il est là pour « gérer les situations de crise », autrement dit pour étouffer les scandales possibles liés aux évènements récents, sous couvert de thérapie psychologique en fouillant les âmes pour mieux les sauver. On découvre avec incrédulité les méfaits de ces prêtres et de cette sœur, car tous ont un lourd passé, et on observe avec encore plus d’incompréhension leur déni : déni de viol, de pédophilie, de rapt de bébé, de complicité de torture et de moult turpitudes humaines. Même leur homosexualité, mise au rang de crime, est niée.  Ce faisant, Pablo Larraín ne verse pas dans la condescendance :  il n’excuse rien, la crudité et le détail des accusations égrenées par une des victimes étant suffisamment explicites et accusateurs, mais il laisse le champ aux « délinquants » d’exposer leur point de vue candide, un point de vue façonné pour eux par leur église.

Le film du jeune chilien est une charge contre la grande hypocrisie de cette église, la pénitence et la prière étant la réponse divine et unique aux crimes commis, et en aucun cas la confrontation à la justice humaine. L’impunité et l’absence de culpabilité sont au centre du film. De fait, la prison dorée où on peut parier sur des courses de chien et boire à volonté n’est pas une vraie pénitence. La maison des prêtres, ce club d’un genre nouveau, symbolise l’église qui couve l’indéfendable en son sein, et le père Garcia quant à lui représente une vague conscience vite étouffée par la peur du scandale. Il est évident qu’à aucun moment, le souci de cet « homme instruit », qui veut incarner « la nouvelle église », n’a été de ramener ses frères à la Justice.

Les dernières scènes du film ne font que confirmer la détermination de tous à échapper au jugement des hommes, les protagonistes allant jusqu’à perpétrer les crimes les plus cruels.

Intelligemment construit, El club montre toutes les facettes de son sujet, l’impunité de certains prêtres fautifs, essentiellement pédophiles, depuis le point de vue presque insoutenable des victimes (personnifiées par le ténébreux Sandokan, lui même interprété par Roberto Farías, vu également dans No, le précédent film du réalisateur), jusqu’aux positions de l’église et des défroqués eux-mêmes, dans une mise en scène très stylisée malgré une fadeur apparente. Un film cathartique dans un des pays les plus conservateurs de l’Amérique, et qui ne fait pas toujours la part belle aux victimes de nombreux actes de pédophilie de la part de prêtres pas très catholiques, avec une vingtaine de prêtres recensés à ce jour…

El Club – Bande annonce 

El club – Fiche technique

Titre original : El Club
Date de sortie : 18 Novembre 2015
Réalisateur : Pablo Larraín
Nationalité : Chilien
Genre : Drame
Année : 2015
Durée : 98 min.
Scénario : Guillermo Calderón, Pablo Larraín, Daniel Villalobos
Interprétation : Roberto Farías (Sandokan), Antonia Zegers (Hermana Mónica), Alfredo Castro (Padre Vidal), Alejandro Goic (Padre Ortega), Alejandro Sieveking (Padre Ramírez), Jaime Vadell (Padre Silva), Marcelo Alonso (Padre García)…
Musique : Carlos Cabezas
Photographie : Sergio Armstrong
Montage : Sebastián Sepúlveda
Producteurs : Juan de Dios Larraín, Pablo Larraín
Maisons de production : Fabula
Distribution (France) : Wild Bunch Distribution
Récompenses : Grand Prix du jury (Ours d’Argent) : Berlinale de Février 2015
Budget : –

L’Hermine, un film de Christian Vincent: critique

C’était notre petit cocorico à la dernière Mostra, et pourtant le nouveau film de Christian Vincent (Les Saveurs du palais, La discrète) sort dans un anonymat immérité. Auréolé du meilleur scénario et du prix d’interprétation pour un Fabrice Luchini exécrable mais amoureux; L’Hermine est une des bonne surprise française de cette fin d’année.

Synopsis: Michel Racine est un Président de cour d’assises redouté. Aussi dur avec lui qu’avec les autres, on l’appelle  » le Président à deux chiffres « . Avec lui, on en prend toujours pour plus de dix ans. Tout bascule le jour où Racine retrouve Ditte Lorensen-Coteret. Elle fait parti du jury qui va devoir juger un homme accusé d’homicide. Six ans auparavant, Racine a aimé cette femme. Presque en secret.

One lovely man

Christian Vincent s’installe dans le Palais de Justice de Saint Omer (Pas de Calais) pour ne peu le quitter, et déroule une dramaturgie douce amère, dans laquelle les errances sentimentales s’entremêlent avec une affaire judiciaire morbide. Luchini (Michel Racine) endosse la cape régalienne d’un président de Cour d’Assise dont l’état grippal, et le divorce qu’il traverse, n’excusent jamais sa misanthropie ; un personnage forcément savoureux donc, et qui encore une fois témoigne du talent du comédien.

Clé de voûte et plaque tournante du récit, Michel Racine conduit le procès d’un jeune homme accusé d’avoir tué sa jeune fille à coups de rangers. Mais lorsqu’une des jurés se révèle être une ancienne désillusions amoureuses, c’est une cour discrète et hantée qui s’engage entre les deux pièces de cette douloureuse procédure pénale. Car c’est avant tout un procès que filme le réalisateur, et plus qu’un procès c’est la justice qui est mise sur un piédestal ; incarnée par ce vieux président grincheux qui rappelle constamment son titre, mais aussi par l’avocat de la défense, le procureur de la République etc…. Autant d’étiquettes qui s’animent dans un ballet très rigoureux, où la théâtralisation contraste davantage avec la réalité des enjeux, et où ce jury de néophytes détonne forcément sur cet appareil judiciaire, dans l’inconfort de leur position et l’effritement de leur intime conviction. Ce sont eux qui trancheront. Alors évidemment, on touche au classique ici, Sidney Lumet et ses 12 Angry men trotte dans notre tête, mais le refus du huis clos et la prolétarisation des jurés nous en éloignent aussi.

Tout comme Henry Fonda avait réussi à rendre les débats captivants, suffocants; l’Hermine produit des effets similaires. Notamment grâce à ce contrôle du procès, à ce protocole qui nous inonde, aux témoignages qui s’enchainent et qui se contredisent, à ces expertises crues nous rappelant la noirceur du sujet. Et toujours ce Michel Racine, vêtu de son hermine en chef d’orchestre routinier, qui suspend l’audience lorsque ses réminiscences l’emportent, mais dont l’acuité avec laquelle il porte son regard sur l’affaire, et de façon plus générale sur le rôle de la justice, est très intelligente. Dans ses dialogues avec les jurés, ou plutôt ses discours, le film nous touche de toute sa finesse; sur la nuance entre le  verdict et la vérité et la frustration qu’il en ressort, sur la place des faits vis à vis  des droits.  Des monologues  discrets et courts, dont l’écriture est à montrer dans les écoles de droit comme de cinéma.

Le film aurait d’ailleurs pu tomber dans une mélasse de démonstrations judiciaires, et de misérabilisme social déprimant. Mais Christian Vincent prend tout cela à contrepied, et sans dédramatiser pour autant, il nous emmène sur un terrain beaucoup plus doux, celui du souvenir heureux, du badinage, et de la poésie interrompue par les sms. L’actrice danoise Sidse Babett Knudsen (Borgen), révélation du film; contraste avec son adorateur, plus humaniste et empathique. Cette francophone convertie  nous amadoue immédiatement et rend la langue française délicieusement musicale, comme avait pu le faire Anna Karina par le passé. Luchini joue aussi beaucoup avec sa voix, faussement intéressée voir franchement désintéressée avec ses collègues, impérieuse et sûre dans le tribunal, mais très fébrile dès qu’il s’agit de parler avec cette docteur. Tout l’intérêt du film réside dans cette alternation de moments graves puis légers, toujours présidé par cet homme triste, mais drôle à son insu. Un clair obscur touchant et subtil, porté par deux formidables acteurs.  

L’Hermine: Bande-annonce

Fiche Technique : L’Hermine

Réalisateur: Christian Vincent
Scénario: Christian Vincent
Interprétation: Fabrice Luchini, Sidse Babett Knudsen, Eva Lallier, Corinne Maserio, Sophie Marie Larrouy, Fouzia Guezoum, Simon Ferrante, Abdallah Moundy
Musique: Claire Denamur
Producteurs: Matthieu Tarot, Sidonie Dumas
Photographie: Laurent Dailland
Montage: Yves Deschamps
Sortie: 18 novembre 2015 (Mostra de Venise 6 septembre 2015)
Genre: Comédie dramatique

Crazy Amy, un film de Judd Apatow : Critique

« Pourriez-vous réaliser un film avec une femme dans le rôle principal ? »

C’est la question que pose Emmanuel Burdeau à Judd Apatow dans le livre d’entretien (avec un texte d’introduction à la vie comique) Judd Apatow, Comédie Mode d’Emploi (disponible par Capricci), page 88. « Absolument » répondait le cinéaste en 2010. En ce mois de Novembre de l’année 2015 est sorti son nouveau film, Crazy Amy (Trainwreck), qui conte justement le récit d’un personnage féminin.

Amy Schumer interprète Amy dans Crazy Amy, écrit par Amy Schumer… Et réalisé par Judd Apatow…

Amy est incarnée par une actrice tout aussi crazy voire plus, Amy Schumer. Une humoriste et même plus que ça, puisqu’elle est l’auteur, et notamment la créatrice de son propre show sur la chaîne câblée Comedy Central : Inside Amy Schumer…décidément son nom est partout. Car Amy Schumer est devenue une véritable marque, un concept fructueux basé sur un personnage génial et drôle, ancré dans notre quotidien avec des situations universelles – d’où le choix d’un film à regarder en couple –, et d’autres beaucoup plus folles et quelque peu incroyables liées à sa situation de « star ». Elle incarne d’autres ambivalences : elle peut être la jolie et gentille fille – très sexualisée tout de même – tout en étant hyper-vulgaire et « garce ». L’actrice/créatrice interprète ainsi son propre statut de « star », ou alors parodiera nombre de publicités et de films, ou encore se présentera comme Amy, l’américaine moyenne rencontrant des situations qu’on peut connaître dans notre quotidien.

Et toutes ces facettes d’Amy Schumer se retrouvent dans Crazy Amy, qu’elle a scénarisé. On a la situation de départ un peu hors du commun : une journaliste people – rédactrice au Snuff Magazine (vous avez compris l’attaque du film contre ce type d’écrits) – ayant accès facilement aux stars et gagnant très bien sa vie en écrivant des bêtises monstres telles qu’on en trouve en France dans Voici et Paris Match entre autres. Et le « love interest », Aaron – interprété par l’excellent Bill Hader avec qui elle a travaillé sur sa série (voir vidéo ci-dessous) – est un médecin du sport responsable de la réussite de bon nombre des plus grands sportifs du monde. Terre à terre, Amy est perdue sentimentalement lorsqu’elle rencontre Aaron, elle qui a été habitué à des aventures sexuelles très rapides. Elle sortait ainsi avec un bodybuildé homosexuel refoulé – interprété par le très drôle et juste John Cena – sans s’attacher à lui.

Son père est un type bien, dans le fond, mais souvent blessant et notamment raciste et homophobe, aimant provoquer. C’est aussi un homme qui aurait aimé l’unité familiale qu’il a lui-même détruite pour satisfaire de simples désirs. Il a continué à aimer la mère de ses deux filles, regrettant certainement ses actes. En même temps, s’il apprécie Aaron énormément, plus que tous les autres, son « bad side » rappliquera et il dira à Amy qu’elle est comme lui, son père, suggérant ainsi qu’elle serait volage et que son couple ne tiendra pas. Aussi la sœur d’Amy ne veut plus lui payer une maison de repos aussi chère. Elle en veut encore à son père pour avoir autant blesser leur mère et pour avoir mené cette vie délurée.

Ci-dessus, un sketch d’Inside Amy Schumer, Celebrity Interview avec Bill Hader, Comedy Central, 2015.

Les déplacements entre le quotidien et l’« upground » alimenteront tout le film…

…jusqu’à la réconciliation finale, trop cool, pop, et fun pour être réalisable dans nos vies. On aurait préféré une fin plus honnête, plus humaine, plus crédible, plus douce-amère à la manière d’un film de Nancy Meyers ou même de Judd Apatow. On peut penser à la fin en délire de comédie-musicale de 40 toujours puceau (40 years old virgin, 2005) lorsqu’après avoir consommé son mariage, Cal – interprété par Steve Carell – se met à chanter l’amour. La caméra alterne alors plans sur le lit et plans sur toute la joyeuse bande d’acteurs et d’invités du mariage dansant, chantant, s’amusant tels des enfants inconséquents. Il s’agissait réellement d’une séquence qu’on a pu / qu’on pourrait vivre entre amis / en famille.

Mais ici, la danse et le chant avec Amy n’ont pas lieu dans un contexte quotidien, ou encore cette idée d’amusement enfantin et généreux. Elle danse avec les cheerleaders des Knicks de New-York, véritable chorégraphie sportive, pour laquelle elle s’est relativement entraînée mais elle reste la star du show, mise en avant par les danseuses. Après tout, c’est sa réconciliation. Et même lorsqu’elle rate ses pas et gestes, car mal entraînée physiquement ou peu souple, elle ne le fait pas pour s’amuser, elle rate involontairement. Et c’est ça qui manque à Crazy Amy, cette force des personnages à rater, s’amuser de leur échec pour mieux mettre en avant leur caractère, leurs autres qualités et leurs réussites. A de nombreuses reprises, Judd Apatow a dit s’intéresser aux perdants, aux malchanceux de la vie… Ainsi, il leur donnait une chance d’explorer leur potentiel tout en restant eux-mêmes, des personnes gentilles, imparfaites, ne menant pas le rêve américain mais rencontrant les facettes grises de la vie américaine où rien ne semble totalement ni blanc ni noir. Chez ses héros, le blanc se révélait au-delà de leur part obscure, et même, mieux que ça, leur gris s’élevait héroïquement.

Ci-dessus la chanson favorite d’Aaron, qu’il écoute à pleine puissance notamment lorsqu’il opère

« Une chanson nulle » dira Amy, ratée, probablement détestée par son auteur poursuivra-t-elle. C’est parce qu’il ne se rend pas compte de sa qualité, répondra le personnage de Bill Hader, un personnage véritablement Apatow-ien, prêt à assumer son côté « gris », voir le paragraphe ci-dessous.

Amy est justement « trop géniale » dès le début, même en étant vulgaire et trash, elle arrive à être « sexy » et brillamment drôle. Dans ses pires moments, Amy reste drôle, fun et jolie, la « crazy weird but so cool woman » – aussi popularisée par Zooey Deschanel – qu’on aimerait tous connaître dans nos vies et qu’on tend à beaucoup trop rencontrer au cinéma et à la télévision : Rita (2012), New Girl (2011), etc. On peut citer un moment exemplaire : lorsqu’elle se prépare à tromper l’amour de sa vie avec un jeunot de seize ans, une blague survient et on sympathise avec, ou presque. Même lorsqu’elle ne respecte pas Aaron, il y a une autre raison derrière qui pourrait justifier son acte. Ainsi Amy n’est pas si crazy que ça, beaucoup moins que Cal, ou encore que les protagonistes de Freaks and Geeks (1999) et En Cloque, Mode d’Emploi (Knocked Up, 2007). Si Apatow n’a pas perdu ses talents de conteur et de réalisateur de comédie humaniste, s’il n’a pas perdu ses images formidables tournées en pellicule ou son sens du gag et de l’humour à échelle humaine – ancré dans notre réalité emplie de références, de comique assumé et passionné par ses personnages, et de gags purement cinématographiques –, il semble que beaucoup de ses réflexions en terme de personnages et d’histoires soient relativement contrées par l’actrice-scénariste-créatrice. L’irrévérencieuse et provocante Amy Schumer a finalement révélé ses limites ou plutôt explicité ses caractéristiques, ses trucs et astuces à travers le cadre trop humain pour elle de Judd Apatow.

« La comédie vient de là. Je n’ai aucune envie de voir un film sur deux personnes qui s’entendent à merveille. Ce n’est pas drôle. Je n’aime pas les comédies romantiques sur deux personnes délicieuses apprenant à se connaître. La comédie romantique m’ennuie. Je préfère voir les choses s’effondrer. Je sais qu’il existe d’autres types de femmes, j’y viendrai dans les films à venir… »

Ainsi parlait Apatow en 2010 à Emmanuel Burdeau toujours dans le même ouvrage cité précédemment. Et pourtant, Crazy Amy est plus une comédie romantique (avec son lot d’épreuves et ses étapes classiques) – certes « burnée », très drôle, excellemment réalisée avec certaines nuances et tout de même ce regard propre au réalisateur – qu’une comédie dans le sens d’Apatow finalement. On pourrait même aller jusqu’à dire que c’est La comédie romantique d’Amy Schumer imaginée, écrite, interprétée, et coproduite par Amy Schumer – ainsi, plus que multifonctionnelle, nos yeux se tournent vers les personnalités d’Orson Welles et d’Edward Norton –, qu’un film du grand Judd Apatow. En reste un bon film – à l’introduction purement parfaite – qui mériterait plus de réflexion et surtout d’informations à son égard afin de pouvoir mieux le comprendre, notamment vis-à-vis du travail du cinéaste sur celui-ci et de la place du film dans sa carrière.

Synopsis : Depuis sa plus tendre enfance, le père d’Amy n’a eu de cesse de lui répéter qu’il n’est pas réaliste d’être monogame. Devenue journaliste dans un magazine masculin frivole, Amy vit selon ce crédo – appréciant sa vie de jeune femme libre et désinhibée loin des relations amoureuses, qu’elle considère étouffantes et ennuyeuses ; mais en réalité, elle s’est un peu enlisée dans la routine. Quand elle se retrouve à craquer pour le sujet de son nouvel article, un brillant et charmant médecin du sport nommé Aaron Conners, Amy commence à se demander si les autres adultes, y compris ce type qui semble vraiment l’apprécier, n’auraient pas quelque chose à lui apprendre.

Crazy Amy: Bande annonce

Crazy Amy: Fiche Technique

Titre original : Trainwreck
Date de sortie française : 18 Novembre 2015
Date de sortie U.S. : 17 Juillet 2015
Réalisateur : Judd Apatow
Scénariste : Amy Schumer
Casting : Amy Schumer, Bill Hader, Brie Larson, Colin Quinn, John Cena, Vanessa Bayer, Ezra Miller, Lebron James (dans son propre rôle), Mike Birbiglia…
Directeur de la photographie : Jody Lee Lipes
Chef monteur : William Kerr
Directeur artistique : Deborah Jensen
Chef décorateur : Kevin Thompson, accompagné de la décoratrice Nithya Shrinivasan
Musique : Jon Brion
Production : Judd Apatow, Barry Mendel, Joshua Church, Amy Schumer
Société de production : Apatow Productions, Universal Pictures
Société de distribution : Universal Pictures International

 

Enfin, on vous conseille de lire l’intéressant article de l’Express sur le film et le phénomène Schumer, disponible ici.

PIFFF 2015: Don’t Grow Up, Bridgend, des japanimés et des courts métrages au programme

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21 novembre 2015 : 4ème jour du Paris International Fantastic Film Festival, en compétition les films Don’t Grow Up, Bridgend, des japanimés et des courts métrages

11 heures : Pour commencer cette cinquième journée, les organisateurs nous ont proposé un panel de huit courts-métrages réalisés à l’étranger, le but étant –comme pour les longs en compétition– de voter pour son préféré. Deux d’entre eux (le britannique Edmond et le canadien Day 40) étaient des animations assez trashs tandis que deux autres offraient une relecture, de Shining avec un poulet en plastique en guise de tueur dans The Chickening, et des slashers dans le cadre d’une dispute conjugale dans Night of the Slasher. Davantage que ces deux farces américaines ultra-référencées, c’est le belge L’ours Noir, et son guide de survie face à un gros nounours serial killer, qui a le plus fait rire le public. Dans un genre tout autre, Turned fut également très apprécié pour sa vision originale des zombis grâce au point d’une victime en pleine métamorphose. Résultat des courses, demain !

14 heures: Le septième film de cette compétition est l’œuvre du français Thierry Poiraud qui, dans Don’t Grow Up, réutilise la figure de l’infecté qu’il a déjà employé dans la comédie Goal of The Dead dont il a réalisé la « seconde mi-temps ». Cette fois-ci, en imaginant une île sur laquelle les adultes sont subitement atteints d’une rage meurtrière et en prenant le point de vue d’un groupe d’adolescents entre deux âges, il met au point une métaphore fantastique saisissante de la peur du passage à l’âge adulte. Dans une mise en scène, parfois proche du contemplatif, qui transcende la beauté des paysages, ce survival peut sembler manquer d’enjeux dramatiques et souffrir de personnages trop peu attachants mais il réussit néanmoins à instiguer un certain suspense grâce à des pointes d’action elles-aussi bien filmées et pose surtout les bonnes questions sur ce qu’est la maturité.

16 heures 30 : C’est cette fois au tour du panel de court-métrages français d’être soumis au public. Deux observations s’imposent aussitôt : Une tendance qu’ont beaucoup de jeunes réalisateurs français à tourner leurs courts-métrages en anglais et un ton moins comique que les étrangers. La seule comédie est en fait Juliet, qui se construit sur un faux zapping pour alerter des dérives potentielles de la robotique. Autres courts très remarqués, The Cure qui met en scène une toxicomane face à une menace fantastique, Of Men and Mice qui, sur fond de crise à Détroit, mêle un hold-up à une étrange menace bactériologique, ou bien encore l’étonnant Splintertime, une animation psychédélique au final tragique. Encore une fois, le résultat des votes se fera connaitre demain.

19 heures 30 : Pour finir la compétition, Bridgend du danois Jeppe Rønde est tiré d’un fait divers macabre, celui d’une vague de suicides inexpliqués survenus il y a moins de dix ans dans un petit village gallois. C’est donc sur les lieux de ce drame dont les conséquences se font encore ressentir dans lequel il est allé en filmé une fiction en se donnant pour consigne de ne pas donner d’explication au phénomène. Pour cela il utilise le point de vue d’une jeune adolescente, fille d’un policier nouvellement arrivé en ville. Alors que, dans la première partie au moins, certains plans filmés en forêt renvoient à la poésie du cinéma de Tarkovski et que des scènes entre ados à celui de Larry Clark (une rencontre pleine de potentialité), Rønde ne prend jamais ni la voie de la métaphysique ni celle de la transgression, préférant se concentrer sur le drame humain vécu par cette gamine qui se sent impuissante face à la névrose de ses nouveaux amis et la peur qu’a son peur de l’influence qu’ils peuvent avoir sur lui. Le résultat est un film austère et plein de longueurs mais qui, avec un peu recul, fait froid dans le dos.

L’heure est donc aux pronostics. Force est de constater que la compétition est très ouverte tant certains ont divisé le public, c’est notamment le cas de Blind Sun, Evolution et The Survivalist, qui partagent tous les trois une importance donnée aux images et au pouvoir sensoriel à l’écriture d’un scénario élaboré. S’il fallait tout de même donner un favori, ce serait sans doute  Der Nachtmahr qui semble avoir fait consensus auprès de la majorité des spectateurs.

22 heures: Véritable événement dans l’évènement, la nuit-marathon consacré à des films de japanimation a attiré de nombreux fans. Le véritable moment fort de cette nuit blanche est l’avant-première nationale du nouveau film de Mamoru Hosoda, qui nous avait offert il y a 4 ans le magnifique Les Enfants Loups, Ame & Yuki. Sa nouvelle fable Le Garçon et la Bête  sera sujet d’une critique complète sur ce site à sa sortie en salles en janvier prochain.

La nuit se poursuit avec deux œuvres qui à elles-deux synthétisent parfaitement toute la potentialité créatrice de l’animation nippone : Le très haut perché Mind Game suivi du film à sketchs Short Peace, lui-aussi très attendu par les fans puisqu’encore complètement inédit en France et qui, au final se révèle à la hauteur de la renommée des réalisateurs qui y participent (aussi dire que le nom de Katsuhiro Ôtomo permet à lui seul de place la barre très haut!).

La nuit se termine parla diffusion de  Jin-Roh, la Brigade des Loups, la superbe version du Chaperon Rouge sur fond de cyberpunk adaptée d’un manga de  Mamoru Oshii par Hiroyuki Okiura.

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Actualités cinéma et séries du 15 au 20 novembre

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Actualités cinéma et séries du 15 au 20 novembre 2015 : une semaine riche en trailers !

Cinéséries-Mag revient sur les actualités à ne pas manquer cette semaine mais vous invite surtout à entrer dans cette vaste ronde des bandes-annonces : Insaisissables 2, Gods of Egypt, Zoolander 2, The Huntsman : Winters War, A Monster Calls, Midnight Special et tant d’autres encore dans cet article récapitulatif !

 Actualités cinéma : la bande-annonce magique d’Insaisissables 2 

Daniel Radcliffe s’est joint au casting composé de Woody Harrelson, Jesse Eisenberg, Dave Franco, Mark Ruffalo, Michael Caine et Morgan Freeman pour nous offrir un trailer enchanteur. La sortie cinéma d’Insaisissables 2 est prévue pour le 10 juin 2016.

 The Huntsman : Winters War : un trailer féerique !

The Huntsman (Chris Hemsworth) reviendra en avril 2016 pour affronter la Méchante Reine (Charlize Theron) et la Reine des Glaces (Emily Blunt) dans ce Préquel à Blanche Neige et le Chasseur. En attendant, découvrez ce fantastique trailer :

 Actualités cinéma : Gods of Egypt, le Péplum qui donne des ailes !

La Bande-annonce de Gods of Egypt réunit de belles figures masculines pour incarner ces dieux : Gerard Butler (La Chute de la Maison Blanche), Nikolaj Coster Waldau  aka Jaime Lanister de Game Of Thrones et Brenton Thwaites vu dans Maléfique. Le film est prévu pour février 2016.

 

 Actualités séries : le casting du western Frontier bientôt sur Netflix !

 Actualités séries : Snowpiercer en série télé ?

 

 Actualités cinéma : le trailer de A Monster Calls…

Adapté du roman éponyme de Patrick Ness et réalisé par l’ami et fidèle de Guillermo del Toro, Juan Antonio Bayona (L’Orphelinat, Penny Dreadful), A Monster Call nous conduit dans le monde sombre et fantasmagorique d’un jeune garçon avec  Liam Neeson, Toby Kebbell et Sigourney Weaver.

La sortie du film est prévue pour octobre 2016 mais découvrez dès à présent le premier Trailer :

 

 Zoolander 2 : la bande-annonce qui ridiculise gentiment les stars !

Le sequel de Zoolander promet un film totalement azimuté au casting décomplexé : Penelope Cruz, Benedict Cumberbatch, Will Ferrell (Légendes Vivantes), Kristen Wiig (Seul sur Mars) et même Justin Bieber ! Réalisé par Ben Stiller et co-écrit avec Justin Theroux, Zoolander 2 sortira le 16 mars 2016 en France.

 Actualités cinéma : la fabuleuse bande-annonce de Midnight Special

Avec Midnight Special, Jeff Nichols a souhaité recréer l’ambiance de E.T. et Rencontres du Troisième Type. Après une affiche très réussie, il dévoile aujourd’hui le trailer du film sur cet enfant étrange doté de pouvoirs surnaturels et pourchassé par des scientifiques et des  religieux.

 Actualités cinéma : Emma Stone dans Battle of Sexes

C’est finalement l’actrice Emma Stone qui interprétera la tenniswoman Billie Jean King et fera face à Steve Carell dans le rôle de Bobby Riggs dans la reconstitution du match légendaire de 1973. Ce match avait démontré qu’une femme était capable d’affronter un homme sur un court de tennis. Simon Beaufoy (Slumdog Millionaire) sera en charge du scénario. Battle of Sexe entrera bientôt en production et sera réalisé par Jonathan Dayton et Valerie Faris (Little Miss Sunshine).

 The Benefactor : le premier trailer du drame qui révèle Richard Gere !

Dans Benefactor, Richard Gere est incroyable et bouleversant en père de famille marqué par un accident de voiture. Il donne la réplique à Dakota Fanning et Theo James dans ce film de Andrew Renzi qui sortira le 15 janvier 2016.    

 La bande-annonce de la comédie How to be Single :

How to be Single se présente comme une comédie déjantée pour célibattantes. Le film sortira le 12 février 2016 et réunit Dakota Johnson (Fifty Shades of Grey) et Rebel Wilson (The Hit Girls) qui se lâchent totalement dans la bande-annonce :  

 Fifty Shades of Black : une parodie pour Cinquante Nuances de Grey !

Marlon Wayans, le créateur de Scary Movie a osé : la parodie de Fifty Shades of Grey devrait sortir en janvier 2016.  

 Actualités cinéma : le Paris International Fantastic Film Festival

Jusqu’au 22 novembre, Cinéséries-Mag vous entraîne à l’intérieur du PIFFF au Grand Rex de Paris. Vous pouvez suivre toutes les actus et la programmation ici.

PIFFF 2015: Der Nachtmahr, The Thing, The Survivalist et Deathgasm

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20 novembre 2015: Troisième jour du Paris International Fantastic Film Festival

14 heures: Artiste plasticien reconnu, Akiz utilise pour la première fois le cinéma comme un nouveau média pour son art majoritairement porté sur l’organique. Il s’en sert ici pour incorporer une de ses œuvres dans une narration et un univers esthétique absolument remarquable. Der Nachtmahr c’est l’histoire déconcertante de Tina, une fille qui va faire la rencontre d’une créature et va développer un lien très (trop ?) étroit avec elle. Tout le film joue sur la psychologie de ce personnage principal, fille de son époque ancrée dans des soirées électro dopées à l’adrénaline, l’alcool et la drogue. C’est une représentation à la fois terrible et sensible d’une génération désenchantée et dont le seul assouvissement est de se remuer au son d’une électro démente et bruyante. On ressent le gout de l’artiste pour le pictural grâce à un montage épileptique et d’une photographie envoûtante. Sans oublier le travail sonore titanesque tant la bande originale et les bruitages sont d’un magnétisme et d’une brutalité radicale. Il s’agit, pour un premier long métrage, d’une réalisation maîtrisée et bluffante ainsi qu’une expérience hybride fascinante.    –Kevin List

16 heures 30: La troisième séance culte de ce PIFFF est sans conteste celui qui mérite le mieux le statut de « culte ». Considéré par beaucoup comme un des meilleurs films d’horreur de tous les temps, The Thing de John Carpenter fut pourtant un film tourmenté dès sa production chaotique jusqu’à son accueil frileux à sa sortie. Depuis, il est devenu une référence en terme de huis-clos horrifique grâce à un rythme soutenu et une mise en scène oppressante qui rendent communicatif le sentiment de paranoïa que ressent les personnages. De plus, la montée crescendo de la tension s’accorde à merveille avec la musique signée par Ennio Morricone. Et sans parler des effets spéciaux qui, plus de trente ans plus tard, restent impressionnants. Indiscutablement, il s’agit là d’un chef d’œuvre irréprochable qu’il fait bon revoir sur grand écran, et d’ailleurs, bonne nouvelle, une ressortie est programmée pour 2016 !

19 heures 30: Le sixième film en compétition cette année est encore une fois le premier long-métrage de son réalisateur, celui de l’irlandais Stephen Fingleton. The Survivalist est un choix surprenant de la part des sélectionneurs du Festival dans le sens où il ne comprend aucun élément fantastique mais n’en reste pas moins du cinéma de genre puisqu’il s’agit d’un film pos-apocalyptique. Mais là où le genre, conditionné par ses deux maitres-étalons que sont Mad Max et La Route, implique souvent des scènes épiques dans des décors dépourvus de verdure, la proposition qui est faite ici est celle d’un scénario intimiste filmé en pleine forêt. Même si cette petite histoire ne mène finalement à rien de concret (le réalisateur nous a ensuite expliqué que son sujet était les relations hommes/femmes dans un univers privé de toute superficialité) il faut lui reconnaître d’être bien filmée et de profiter d’un excellent traitement sonore, ce qui explique que Fingleton se soit déjà fait mettre le grappin dessus par Hollywood.

22 heures: Un autre moment-clef du PIFFF est sa séance interdite, qui nous permet de découvrir chaque année un film trop peu mainstream pour espérer une distribution en salles. Cette année, les organisateurs se sont assurés d’attirer un public bien ciblé, celui des métalleux qui ont rempli la salle dans la bonne humeur qu’on leur connait. Venu tout droit de Nouvelle-Zélande, où il a été financé grâce à un jeu-concours, Deathgasm se revendique en effet comme le premier film moulé dans l’esprit hardcore propre à la musique métal, dont il reprend allégrement et sans complaisance tous les clichés. Mais, plus qu’un hommage à ce son qui envoie du lourd, cet OFNI est également une comédie dans la droite lignée des premières réalisations de Peter Jackson (un clin d’œil à Bad Taste y est d’ailleurs glissé), ce qui implique des flots de sang et un humour noir qui ne s’interdit rien. Malgré son écriture scénaristique qui se révèle assez classique, Deathgasm s’impose comme une excellente surprise qui fera autant hurler de rire les plus chevelus des rockeurs qu’il réjouira les amateurs d’extravagances violemment trashs.

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