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Critique DVD: Pixels, un film de Chris Columbus

Pixels : Les jeux vidéo figurants dans une comédie d’Adam Sandler

Synopsis : Il y a 30 ans de cela, la NASA envoya dans l’espace une capsule renfermant des jeux vidéo d’arcade afin de contacter d’hypothétiques extra-terrestres. Aujourd’hui, ces derniers décident de nous répondre en nous attaquant avec des versions vivantes tirées de ces jeux vidéo. Pour sauver l’Humanité, le monde peut compter sur Sam Brenner et son équipe d’anciens champions du joystick pour mettre un terme à cette invasion…

Ce qui aurait dû être l’un des blockbusters les plus atypiques de cet été 2015 n’a finalement été qu’un pétard mouillé parmi tant d’autres, comme en témoignent les critiques et les chiffres du film au box-office mondial (échec commercial aux États-Unis, où il n’a pas su rentabiliser son budget de 88 millions de dollars). Pourtant, Pixels partait d’un postulat tellement délirant (excellent court-métrage de Patrick Jean) qu’il aurait pu se présenter comme un Independence Day loufoque, ou dans le meilleur des cas, une sorte de Mars Attacks ! flirtant avec les jeux vidéo. Malheureusement, le résultat est bien en-dessous des espérances.

La faute revenant principalement à Adam Sandler. Ce comédien abonné aux comédies hollywoodiennes aussi lourdingues que désespérantes et qui n’a fait, ces dernières années, qu’enchaîner les navets sans nom, occupe ici plusieurs fonctions : acteur principal, scénariste et producteur. Vous l’aurez compris, le bonhomme, bien que n’étant pas à l’origine du projet, a eu la main mise sur ce dernier; jusqu’à se l’approprier de bout en bout, l’éloignant de ce qu’il devait être. Car au final, Pixels n’est ni un banal film d’invasion extra-terrestre ni un délire purement assumé, mais le genre de divertissement humoristique qui cumule les personnages à la fois débiles et énervants, les blagues de mauvais goût et rarement drôles (on sourit tout de même, il faut bien l’avouer), un scénario pas travaillé pour un sou (le suspense est vite éventé lors de la séquence d’introduction) et des interprétations douteuses (seul Peter Dinklage s’éclate véritablement). Sans compter la constante mise en avant de son acteur principal qui peut diablement agacer. Mais ce dernier constat ne fait pas que cela.

En effet, à force de trop concentrer sa trame sur son protagoniste, aussi vide qu’inintéressant, Adam Sandler met de côté l’attrait principal de Pixels, à savoir les jeux vidéo. Alors que nous étions en droit d’attendre des séquences spectaculaires comme le laissait envisager le court-métrage, à savoir des destructions de villes à la Independence Day, Pac-Man et consorts sont réduits à l’état de mini-boss que les héros doivent affronter. Quelque part, cela peut faire référence au monde vidéoludique (le joueur passant de niveau en niveau), mais de la part du film, autant dire qu’on attendait un peu plus que des personnages de jeux vidéo ne servant à rien d’autre que de chair à canon pour les protagonistes. Preuve que Sandler se fichait totalement de ce qu’il avait entre les mains au point d’y faire des références incompréhensibles (pourquoi avoir mis un Schtroumpf, franchement ?).

Et c’est vraiment navrant d’en arriver là, vu que Pixels, en soi, n’est pas si mauvais que cela. Il suffit de voir certaines séquences mettant justement en avant les jeux vidéo pour s’en rendre compte. Allant de Space Invaders à Donkey Kong en passant par Pac-Man (amusante course-poursuite dans les rues de New-York), ces quelques scènes jouissent d’un rythme et d’une bande son tout bonnement agréables, et surtout d’effets spéciaux certes pas phénoménaux (on a vu mieux ailleurs, c’est certain) mais suffisamment plaisants pour que l’on puisse se plonger dans l’action sans déplaisir. Dommage que la direction artistique ne soit pas au diapason de l’ensemble et que le réalisateur Chris Columbus, à la recherche de son talent depuis Harry Potter et la Chambre des Secrets, ne parvienne pas à rendre ces quelques moments-là spectaculaires.

Malgré tout ce qui a été dit, il faut bien reconnaître une chose à Pixels : sa capacité à ne pas ennuyer. Et en cela, une telle note est loin d’être imméritée. Malheureusement, cela n’est pas suffisant pour faire passer la pilule et ce surtout au vu du potentiel du court-métrage de  Patrick Jean qui, en à peine trois minutes, avait su amuser tout en réveillant la fibre nostalgique chez la plupart des spectateurs. A se demander pourquoi ne pas lui avoir donné les commandes de cette adaptation sur grand écran ? Le résultat en aurait été sans doute bien différent !

Pixels : Bande-annonce

Fiche technique – Pixels

États-Unis – 2015
Réalisation : Chris Columbus
Scénario : Adam Sandler, Tim Herlihy, Timothy Dowling et Patrick Jean, d’après le court-métrage de Patrick Jean
Interprétation : Adam Sandler (Sam Brenner), Kevin James (le président Will Cooper), Michelle Monaghan (le lieutenant-colonel Violet Van Patten), Josh Gad (Ludlow Lamonsoff), Peter Dinklage (Eddie Plant), Brian Cox (l’amiral Porter), Sean Bean (le caporal Hill), Jane Krakowski (la première dame des Etats-Unis)
Date de sortie : 22 juillet 2015
Durée : 1h46
Genres : Science-fiction, comédie
Image : Amir Mokri
Décors : Peter Wenham
Costumes : Christine Wada
Montage : Peck Prior et Hughes Winborne
Musique : Henry Jackman
Budget : 88 M$
Producteurs : Adam Sandler, Michael Barnathan, Chris Columbus, Allen Covert et Mark Radcliffe
Productions : Columbia Pictures, 1492 Pictures, China Film Co. et Happy Madison Productions
Distributeur : Sony Pictures Releasing

Le Pont des Espions, un Film de Steven Spielberg : Critique

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Le plus célèbre des réalisateurs américains, submergé par les projets, revient après près de trois ans d’absence. Il y a plusieurs Steven Spielberg : l’artificier faiseur de spectaculaire, le grand enfant avide d’aventures et l’autre, l’amateur d’Histoire passionné tout particulièrement par les conflits géopolitiques. C’est ce dernier que l’on retrouve depuis Cheval de Guerre, jusqu’au Pont des Espions, film ancré dans la Guerre Froide.

Synopsis : James Donovan, un avocat de Brooklyn se retrouve plongé au cœur de la guerre froide lorsque la CIA l’envoie accomplir une mission presque impossible : négocier la libération du pilote d’un avion espion américain U-2 qui a été capturé.

Spielberg est un cinéaste ancré au sein d’Hollywood, ses films fourmillent de tiques des grandes productions américaines. À savoir, entre autres, un patriotisme excessif, une glorification de la famille et un happy-end peu surprenant. Le Pont des Espions n’y échappe pas avec, en tête d’affiche, une sorte de patriarche des acteurs, Tom Hanks, celui qui incarne le mieux les valeurs américaines. Mais ce qui différencie Spielberg de la grande majorité des réalisateurs hollywoodiens, est qu’il fait de bons films. Et le génie du cinéaste fait une fois de plus mouche.

D’un point de vue formel, il est difficile de ne pas reconnaître à Steven Spielberg une indéfectible maîtrise de la mise en scène, avec une réalisation sans cesse pensée, regorgeant toujours d’idées nouvelles. Le réalisateur ne place jamais sa caméra au hasard dans un soucis de dynamiser sans cesse sa mise en scène. Même les lourdes scènes juridiques en deviennent saisissantes. Rien de bien révolutionnaire, mais c’est d’une redoutable efficacité. Ainsi la machine Spielberg, loin d’être rouillée, continue de fonctionner à la même cadence (sans nécessairement se renouveler). À l’instar de Munich ou Lincoln, ses précédents films politico-historiques, Le Pont des Espions est d’une indéniable réussite. Co-écrit par les frères Coen, Le Pont des Espions revêtit également un drôle de cocktail d’humour qui apporte une légèreté bienvenue.

Le Pont desEspions est avant tout un film sur un homme fustigé par son pays, avant d’en devenir l’un de ses héros. C’est également une parabole sur les dangers d’un nationalisme forcené, cause première de la Guerre Froide.

L’ironie, c’est que la défense des valeurs américaines d’aujourd’hui passe par la dénonciation de ces valeurs d’autrefois. Un plan étonnant d’une classe de jeunes enfants chantant l’hymne américain est immédiatement suivi par des images de champignon nucléaire, dénonçant un nationalisme bête et méchant conditionné dès le plus jeune âge. Aujourd’hui le patriotisme a remplacé le nationalisme qui faisait rage pendant la Guerre Froide, ce qui fait écho à une citation de Romain Gary beaucoup répandue ces derniers jours après un sursaut patriotique, conséquence directe des attentats de Paris : « le patriotisme c’est l’amour des siens, le nationalisme c’est la haine des autres ».

Peu l’auraient cru, mais le nouveau film de Spielberg est très en phase avec son temps. Il apporte une réflexion intéressante, comme un écho avec ce qu’il se passe en France aujourd’hui. Et l’autre bonne nouvelle est que le réalisateur n’a rien perdu de son talent.

Bande annonce VOST

 Fiche Technique : Le Pont des Espions

Titre original : Bridge of SpiesRéalisateur : Steven Spielberg
Scénario : Matt Charman, Joel & Ethan Coen
Interprétation : Tom Hanks, Mark Rylance, Amy Ryan
Date de sortie : 02 Décembre 2015
Nationalité : Américain
Durée : 132 min.
Genre : Thriller, Espionnage
Chef opérateur : Janusz Kaminski
Assistant réalisateur : Adam Somner
Chef costumière : Kasia Walicka-Maimone
Monteur : Michael Kahn
Producteur :  Kristie Macosko Krieger, Marc Platt et Steven Spielberg
Distributeur : Amblin Entertainment, DreamWorks SKG, Fox 2000 Pictures, Studios de Babelsberg, Reliance Entertainment, Marc Platt Productions et Participant Media
Budget : NR
Récompenses : Hollywood Film Awards 2015 des meilleur Son et Photographie, Oscar 2016 du meilleur acteur dans un second rôle pour Mark Rylance

Resident Evil, Alien Covenant, Riddick 4…des news et du fun !

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Actualités cinéma et séries du 22 au 28 novembre 2015 :

Revivez toutes les actualités du cinéma et des séries télé de la semaine dans cette restitution de du Magduciné. Au programme : des Super-Héros, un peu d’humour, beaucoup d’action, quelques frissons et que des Good News. Ça tombe bien, on en avait besoin ! Des bandes-annonces bien sûr mais surtout des révélations et des images inédites pour Resident Evil The Final Chapter, Alien Covenant, Wonder Woman et plus encore !

 Actualités cinéma  :  Le Crime de l’Orient Express par Kenneth Branagh

Les remakes sont à la mode ces temps-ci et Agatha Christie ne sera pas épargnée ! Mais avec Kenneth Branagh aux commandes et Michael Green au script ça peut le faire ! Green (Heroes, Kings) a d’ailleurs de quoi s’occuper en ce moment entre le scénario du prochain Alien : Covenant et celui de Wolverine 3. C’est Kenneth Branagh lui-même qui interprétera le célèbre Hercule Poirot  et ceux qui ont vu Hamlet seront déjà rassurés sur le port de la moustache : la glorieuse lui va plutôt bien ! La sortie cinéma de Murder on the Orient Express est prévu pour novembre 2017.

 Riddick  :  Furia, les épisodes 4 et 5 ainsi qu’une série télé !

Bonnes nouvelles pour les fans du Furyan au regard perçant : Riddick reprend du service dans un prochain épisode titré Furia mais il prévoit aussi un cinquième chapitre. Sur Instagram, Vin Diesel a posté ces quelques mots : « La nuit dernière, notre compagnie a organisé une fête pour le lancement de notre pôle Télé. Très excitant. MERC CITY est un spectacle qui suivra les Mercs et les Bounty Hunters de l’univers de Riddick. Le mois prochain, DT commencera à écrire le futur chapitre des Chroniques de Riddick… FURIA ! »

 Actualités cinéma  :  Resident Evil The Final Chapter

Lors du  tournage du dernier opus de la saga Resident Evil en Afrique du Sud, Milla Jovovich a partagé sur Instagram la photo d’une Alice vieillissante et presque méconnaissable. L’acteur et chanteur coréen Lee Joon-gi a rejoint le casting du film (Ali Larter, Wentworth Miller, Iain Glen) en tant que commandant d’Umbrella Corporation. Resident Evil The Final Chapter sortira aux Etats-Unis le 27 janvier 2017. Le film reprend juste après les événements de Resident Evil: Retribution. Alice devra alors retourner à Raccoon City, là où tout a commencé, pour une ultime bataille contre Umbrella et des zombies de plus en plus nombreux…

 

 Actualités séries  :  le nouveau trailer déjanté de The Shameless saison 6

 Actualités cinéma  :  les toutes premières photos de Wonder Woman  !!!

Alors que le tournage du film Wonder Woman vient de commencer au Royaume-Uni, nous pouvons déjà découvrir les premières images de la super-héroïne incarnée par Gal Gadot que nous retrouverons dans Batman v Superman: Dawn of justice le 27 avril 2016. Wonder Woman sera réalisé par Patty Jenkins qui a scénarisé et dirigé Monster avec Charlize Theron. Le film avec entre autre Chris Pine et Robin Wright sortira en 2017.

 John Wick 2  :  les photos du tournage 

 JeruZalem  :  la bande-annonce du film d’horreur ?

R. Jérémie Ben Elazar dit encore : «L’enfer a trois portes : une dans le désert, une dans la mer, et l’autre à Jérusalem.» JeruZalem s’inspire non seulement de récits bibliques mais il a surtout la particularité d’avoir été tourné dans certains lieux sacrés presque inaccessibles : le Saint-Sépulcre, le Mur des Lamentations ou la Via Dolorosa. Filmé en found footage via les lunettes Google d’un des personnages, JeruZalem raconte le périple de  deux américaines entraînées par un étudiant en anthropologie à Jérusalem durant le Yom Kippour. Au cours de la soirée, les pires légendes apocalyptiques vont se réaliser…

 La bande-annonce rock’n’roll de BELGICA ?? 

Voici les premières images débauchées de Belgica, le nouveau film de Felix Van Groeningen, réalisateur d’Alabama Monroe. César du Meilleur film étranger 2014, Belgica nous entraîne dans les nuits arrosées d’un Bar à Bière muté en une boîte de nuit des plus tumultueuses, dangereuses… Le film sortira le 2 mars 2016.

 ✨ Le trailer renversant de Captain America : Civil War captainamerica

Le troisième volet de la saga opposera Captain America à son ancien allié Iron Man ! Un affrontement d’ores et déjà anthologique qui aura lieu dans les salles le 27 avril 2016. En attendant, vous pouvez toujours revoir la bande-annonce :

 Actualités séries  :  l’adaptation en série télé de TREMORS !

 Le trailer épique de Legends of Tomorrow : Lors de sa sortie, la rédaction a consacré un article à la bande-annonce exceptionnelle du film : ici.

 Actualités cinéma  :  Alien Covenant

Ridley Scott a récemment déclaré qu’Alien Covenant donnerait naissance à une nouvelle trilogie. Ce cinquième Alien ne sera donc pas la suite de Prometheus mais nous y retrouverons le personnage de Newt, plus âgée. D’après Michael Biehn aka Caporal Hicks : « ils ont l’intention de nous ramener, Newt et moi, et là, Newt devrait avoir environ 27 ans. […] Je sais que toutes les actrices de Hollywood voudront jouer ce rôle, c’est une vraie passation de pouvoir entre Sigourney et la jeune actrice qui jouerait Newt.»

✨ La bande-annonce du film Chocolat avec Omar Sy :

Inspiré du livre de Gérard Noiriel et réalisé par Roschdy Zem, Chocolat conte l’histoire de Rafael, ancien esclave noir devenu clown au XIXème siècle et surnommé Chocolat.

 La bande-annonce de Josephine s’arrondit, le premier film de Marilou Berry

 Dirty Grandpa : le trailer de la comédie qui réunit De Niro et Zac Efron

Un papa salace et un futur marié embarqués dans un road trip déjanté…

Docteur Frankenstein, un film de Paul McGuigan : Critique

Alors qu’il n’a peut être jamais été aussi prolifique, avec ses films aux budgets de plus en plus conséquents et l’apparition des univers partagés (exemple l’Univers Cinématographique de Marvel), Hollywood n’a pourtant jamais paru aussi peu inspiré.

Synopsis : Le scientifique aux méthodes radicales Victor Frankenstein (James McAvoy) et son tout aussi brillant protégé Igor Strausman (Daniel Radcliffe) partagent une vision noble : celle d’aider l’humanité à travers leurs recherches innovantes sur l’immortalité. Mais les expériences de Victor vont trop loin, et son obsession engendre de terrifiantes conséquences. Seul Igor peut ramener son ami à la raison et le sauver de sa création monstrueuse.

Le monstre d’une époque

Entre les différentes tendances de suites, reboots, spin-off, etc pour les franchises actuelles et passées, on n’a jamais vu autant de sagas des années 80-90 revenir littéralement sur les devants de la scène, on est semble-t-il coincé dans une période qui n’est capable que de se servir du vieux pour tenter de faire du neuf. Il n’est donc pas étonnant de voir qu’une nouvelle tendance a fait son apparition ces dernières années, celle de ré-explorer l’histoire de grandes figures de la littérature. On a pu voir ça de façon « grand public » avec les récents Sherlock Holmes de Guy Ritchie et même de façon plus « artistique » avec l’encore plus récent Macbeth de Justin Kurzel. Même si ses relectures peuvent s’avérer assez efficaces, il ne fait aucun doute qu’elles manquent singulièrement d’originalité et ont du mal à se justifier. Les choses ne semblent pas très différentes pour cette « nouvelle » vision du mythe de Frankenstein qui souffre un peu trop de la comparaison avec ce qui a pu se faire avant dans le genre.

Le scénario de Docteur Frankenstein était pourtant plein de promesses car il était de la main de Max Landis, scénariste qui a fait ses premiers pas avec le très réussi Chronicle – réinvention brillante et sensible du film de super-héros – et qui était aussi l’auteur du sympathique American Ultra où il dynamisait le teen movie d’une vision acerbe, satirique et aussi terriblement romantique. Il s’est donc très vite imposé comme quelqu’un qui a un certain talent pour détourner les codes d’un genre et tenter d’apporter des choses nouvelles. Sauf qu’ici il n’est pas en mesure de réitérer ses exploits passés et fait de ce Docteur Frankenstein (Victor Frankenstein, titre de la version originale), une oeuvre rock’n’roll et décomplexée qui n’est là que pour créer du divertissement. Jamais on ne retrouve la dimension tragique et fascinante de l’oeuvre de Mary Shelley, ce qui n’aurait pas non plus été un mal si le film avait été capable de trouver son propre ton. Alors que là, on est face à un ersatz du Sherlock Holmes de Ritchie, que ce soit visuellement ou scénaristiquement d’ailleurs. L’intrigue mise donc beaucoup sur le duo que forment le Docteur Frankenstein et Igor, jouant souvent la carte de l’humour qui, sans être particulièrement réussie, arrive de temps en temps à faire mouche. La relation entre les deux hommes est convaincante, même si les traumatismes de Frankenstein sont simplistes et que Igor est affublé d’une romance prétexte, dans le sens que l’on sent bien qu’elle est là parce que tout blockbuster digne de ce nom doit avoir sa romance. Mais il n’empêche que malgré ses ajouts simplistes, la dynamique qui les lie se montre particulièrement intéressante : ce sont des hommes relativement complexes, l’un par sa folie latente et l’autre par son aspect victime volontaire, permettant d’exploiter une relation toxique en interrogeant la valeur de l’amitié. Ici c’est Igor, la créature de Frankenstein et, plus que le lien père-fils, le film s’intéresse à la fraternité et le fait de manière crédible.

Après, comme pour tout blockbuster, l’histoire se sent obligée de créer des péripéties et d’imposer des méchants pas forcément crédibles, comme pour ce jeune fils de riche qui veut exploiter les recherches de Frankenstein à des fins personnelles ou encore avec un policier très croyant qui va partir en quête obsessionnelle contre le duo qu’il prend pour des hérétiques. Ces éléments restent au final accessoires et peu captivants même si l’interrogation sur la religion et le fanatisme est loin d’être inintéressante et qu’elle est savamment exploitée dans son absence de manichéisme et dans sa manière de créer une dualité. L’inspecteur et Frankenstein partagent tout deux une même obsession mais ils y portent un regard différent et l’ensemble nous interroge subtilement sur l’importance des points de vue. L’intrigue se montre globalement prévisible mais ne tombe pas dans les pièges de ce genre de film. La romance, malgré son aspect accessoire, évite la niaiserie, les clichés sont pour la plupart du temps amoindris et habilement dissimulés et l’ensemble évite la grandiloquence. On est donc devant une unité assez humble qui a conscience de son manque d’originalité et qui évite d’en faire trop, préférant miser sur une efficacité juvénile au risque d’en être une oeuvre limitée. Le seul aspect vraiment déplorable sera la fin, bien trop didactique et peu subtile, qui reste ouverte à d’autres suites empêchant tout sentiment d’accomplissement. Elle est décevante et terriblement frustrante.

La véritable attraction du film est sans aucun doute son duo d’acteurs, et ils ne déçoivent pas. Daniel Radcliffe, plus présent étant donné que l’on suit l’histoire depuis son point de vue, arrive à incarner Igor avec justesse et sensibilité. Il apporte une touche d’humanité non négligeable au film et parvient à assurer une large palette d’émotions. Il reste cependant écrasé par la présence magnétique de James McAvoy, qui est comme à son habitude brillant. Au bord du cabotinage sans jamais franchir la limite, il habite totalement son personnage et parvient à lui donner plus d’épaisseur que sur le papier. A la fois fiévreux, empli de folie et d’une justesse tragique admirable, il confère à l’ensemble toute son énergie et rend le spectacle assez captivant. Les deux acteurs sont accompagnés d’un casting majoritairement honorable sans être transcendant, on retiendra juste Andrew Scott, véritable star montante du moment, qui est clairement cabotin dans son rôle mais il contraste bien avec le jeu de McAvoy. L’antagonisme des personnages n’en étant que plus palpable et crédible.

La mise en scène de Paul McGuigan manque de substance dans l’ensemble même si elle dispose de plans esthétiquement superbes, dus surtout à une excellente direction artistique qui retransmet bien l’essence de l’époque et l’excentricité des personnages. On reste très proche des Sherlock Holmes de Guy Ritchie alors que l’on aurait mieux aimé voir McGuigan s’inspirer du travail qu’il a fait pour Sherlock mais sur le petit écran. L’ensemble reste quand même maîtrisé et quelques bonnes idées ressortent ici et là malgré une séquence d’ouverture un brin ridicule par son aspect too much. La photographie est particulièrement réussie tout comme le montage qui assure un rythme qui ne faiblit pas, ne laissant aucune place à l’ennui. Mais la vraie réussite est probablement la bande son du film et plus particulièrement le score enivrant et baroque de Craig Armstrong qui est un vrai plaisir pour les oreilles. Docteur Frankenstein est donc visuellement assez appréciable même s’il manque un peu d’homogénéité, pouvant offrir de très belles envolées esthétiques comme des effets visuels très kitsch lors des deux apparitions du titre, une vision en rayon x, sorte de sixième sens des personnages ou encore des effets spéciaux datés.

Docteur Frankenstein n’est donc pas la purge annoncée. Certes, le film a énormément de défauts et le plus impardonnable de tous est son manque d’originalité, cependant, il reste une oeuvre relativement efficace et bien moins boursouflée que certains blockbusters actuels, parvenant même à éviter la plupart des pièges des grosses productions. Il aurait clairement pu être bien meilleur et cède à des facilités qui l’amoindrissent mais propose quelques pistes de réflexions bien vues et rarement exploitées dans les films du genre. Surtout, l’ensemble est interprété par un duo convaincant et impliqué, aidé par l’énergie communicative d’un acteur d’exception. Loin d’être parfait donc mais relativement plaisant, et à défaut d’avoir un grand film à la hauteur de l’oeuvre de Shelley, on à le droit à un divertissement sympathique dans l’ère du temps. A chacun son époque comme on peut dire et il faut parfois savoir s’en contenter.

Docteur Frankenstein – Bande annonce [Officielle] VOST HD

Fiche technique : Docteur Frankenstein

Titre original : Victor Frankenstein

Etats-Unis – 2015
Réalisation : Paul McGuigan
Scénario : Max Landis, d’après Frankenstein de Mary Shelley
Interprétation : Daniel Radclifffe (Igor Strausman), James McAvoy (Victor Frankenstein), Jessica Brown Findlay  (Lorelei), Andrew Scott (Roderick Turpin), …
Décors : Grant Armstrong
Costumes : Jany Temime
Montage : Andrew Hulme
Musique : Craig Armstrong
Photographie : Fabian Wagner
Production : John Davis
Société de production : Davis Entertainment et 20th Century Fox
Société de distribution : 20th Century Fox

Festival des 3 Continents : du Cinéma avec le nouveau film de Jia Zhangke

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Festival des 3 Continents – Nantes fête le « chinéma »

Malgré son titre de plus grande puissance mondiale, la Chine est un pays que l’on connait très peu ; sa population et son passé s’étendent dans des dimensions que nous avons du mal à concevoir. De même que sa culture, ou ses cultures dira-t-on. Un territoire qui abrite autant de personnes qu’un continent ne peut s’envisager que selon une masse, un flux continu de gens que l’on a du mal à individualiser. Nous avons donc des Chines et un Chinois, un rapport de force qu’il conviendrait de renverser afin d’apprivoiser le micro, le quotidien, l’instantané de cette fameuse République populaire de Chine. Le premier long métrage (en compétition) de Bi Gan nous offre peut être ici une clé de perception ; une balade au sein d’une région qu’il connait bien rythmée par une lutte entre rêverie et réalité. Au cœur du Guizhou, au Sud du pays, noyée dans des montagnes verdoyantes, la ville inachevée de Kaili s’étend à perte de vu. Voyous et médecins se côtoient et s’évitent, dans ce récit l’un est frère avec l’autre ; et Chen (le médecin) part à la recherche de son neveu Wei Wei, vendu par son père. Si le film nous parait très inanimé au début, c’est sans doute que le rythme somnolent et évasif de Bi Gan se confond avec cette moto qui ne démarre jamais du premier coup. Mais dès que le véhicule démarre le cinéaste trouve son tempo ; et il se réjouit du mouvement d’une barque languissante ou d’une moto vrombissante, qu’il capte en plan séquence. Avec cette caméra subjective et effacée, comme un regard dans le vide, il se laisse flotter dans les interactions des habitants. Notamment avec cette très longue séquence qui nous perd dans une déambulation labyrinthique dénuée de sens, où le parcours somnambule du cinéaste capture une particule de vie. La quête inaboutie et finalement injustifiée de Chen, n’est qu’un prétexte, une armature improvisée pour soutenir le regard rêveur et pensif de Bi Gan.

Le festival des 3 continents présentait également (en avant première) le nouveau film de Jia Zhangke, le cinéaste chinois contemporain qui a sans doute la notoriété la plus rayonnante en Europe. Récompensé à Venise (Still Life, 2006) puis à Cannes il y a 2 ans pour A Touch of Sin (Prix du scénario), il était de nouveau en compétition pour Mountains may depart cette année, après avoir fait partie du jury lors de l’édition 2014. Autant dire que le réalisateur bénéficie d’une certaine côte d’amour en France. Et peut être particulièrement à Nantes, puisque ses deux premiers films remportent la montgolfière d’or au festival des 3 continents (Xiao Wu artisan pickpocket 1998 ; Platform 2000). Mountains may depart sortira dans nos salles le 23 décembre, mais on peut déjà le dire : le 11ème long métrage de Jia Zhangke est une belle réussite. En articulant son film en 3 périodes temporelles distinctes ; l’une révolue, l’une présente, et l’une à venir, le cinéaste propose une réflexion sur l’évolution de son pays tout en filmant un mélodrame gracieux et tragique. En 1999, premier volet du triptyque, les histoires de 3 jeunes chinois s’entrelacent au sein d’un triangle amoureux sous fond de lutte de classe. L’un est un prolétaire, « gentil » mineur sans avenir, l’autre est un investisseur impétueux et narcissique, l’un est la Chine qui meure l’autre celle qui renait. Évidement les deux se sont amourachés de la même femme, et la concurrence est âpre, violente et va atteindre des propensions démesurées. Du choix que fera l’heureuse élue, ses répercussions s’étaleront jusqu’en 2014, puis en 2025. Ce cloisonnement et ces ellipses permettent d’embrasser une vision large, où le déclinisme culturel semble balancer avec le développement économique. Les liens se délitent, les langues se confondent, les visages s’oublient au fur et à mesure que, paradoxalement, l’image s’éclaircie et s’épure. Car c’est le jeu du progrès, de l’ascension sociale, et de l’Occidentalisation ; le renouveau de la Chine charbonnière a un prix, celui des iPhones que l’on s’offre aux mariages et de la prédominance de la langue anglaise. Jia Zhangke montre froidement ces racines que l’on arrache, l’exode forcé de la jeunesse chinoise ; où finalement l’abandon de la mère, patrie comme maternelle, est un poison qui condamne à vivre perdu. Mais plus qu’un conteur moderne, le cinéaste chinois est aussi un formidable metteur en scène. Subtil dans son jeu du hors champ, accentuant toujours une solitude voir une perdition. Habile dans son utilisation du 4/3, des leitmotivs, et fasciné par (sa femme) Zhao Tao, bouleversante et au cœur de l’une des plus belles scènes finales de l’année.

Festival des 3 Continents | Mountains May Depart – Extrait  VOST

Le Sanctuaire, un film de Corin Hardy : Critique

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Sept ans. C’est le temps qui aura été nécessaire à Corin Hardy pour mener à bien ce projet fantastique inspiré de légendes irlandaises. Ça peut paraître une éternité à l’heure où les productions horrifiques fallacieuses – notamment celles de Jason Blum (Paranormal Activity, Sinister, American Nightmare, etc.) – pullulent et inondent nos écrans.

Mais ici, ces sept ans de genèse n’auraient pas pu être employés à meilleur escient tant Corin Hardy prouve dès son premier film qu’il est un cinéaste de la maîtrise et de la générosité envers son spectateur. En minimisant les effets numériques pour revenir à des techniques d’effets spéciaux plus traditionnels, Corin Hardy s’érige en héritier de tous ces cinéastes de genre qui ont marqué la culture fantastique, à l’instar de John Carpenter ou David Cronenberg. Ce n’est pas pour rien qu’il cite en générique des maquilleurs aussi célèbres que Ray Harryhausen, Dick Smith ou Dan Winston. S’il fallait brièvement énumérer les influences de Le Sanctuaire, il le faudrait le définir comme un croisement entre The Descent et le jeu vidéo The Last of Us, avec une esthétique proche des meilleurs Guillermo Del Toro et prenant place dans le folklore irlandais. Rien que ça. Mais derrière toutes ces influences se cachent une véritable singularité qui donne tout son sel à ce premier long métrage d’un cinéaste dont on va très vite réentendre parler.

Le fruit de mes entrailles

Dans une forêt dense et marécageuse de l’Irlande, un couple vient de s’installer pour des raisons professionnelles avec un enfant en bas âge. Ne prêtant pas attention aux légendes démoniaques rapportés par les riverains, ce couple à l’esprit scientifique va rapidement faire face à l’irrationalité des lieux. Si Corin Hardt est originaire d’Angleterre, il a trouvé une richesse dans les récits de la culture irlandaise qui n’avait encore jamais été étayée au cinéma. Il ne se prive d’ailleurs pas pour dévoiler rapidement la morphologie de ses créatures, qui apparaissent peu avant la moitié du film. Mais même en expédiant tout le mystère de ce film de monstre, le cinéaste arrive à conserver une tension palpable et une frayeur propre à ce genre de film. Il l’emploiera même dans des registres audacieux, notamment lorsque le couple se retrouvera confronté aux créatures et à des dilemmes moraux rarement vus au cinéma. Car il y a dans Le Sanctuaire des partis-pris qui renouvellent considérablement le film de monstre et l’épouvante en général. Si la trame narrative du film a été décriée par la linéarité des événements, l’intérêt se trouve ailleurs. D’un côté, Corin Hardy assume le classicisme de ce film de monstres minimaliste mais de l’autre, il affiche une telle ambition visuelle et une telle maîtrise que Le Sanctuaire devient une œuvre d’autant plus détonante qu’elle ridiculise tout ce qui a été produit ces derniers mois.

Pour un premier long métrage, Le Sanctuaire épate par la noirceur de son récit, les thèmes énoncés (la revanche de la nature sur l’homme, être parents, etc.) et la réalisation sublime. Rares ont été les récents films de genre à offrir d’aussi beaux effets visuels. Des décors merveilleux et gothiques qui feraient pâlir un Del Toro. C’est sans compter les créatures du film qui s’avèrent être de formidables monstres de cinéma. Comme un croisement obscur et dégoulinant entre les bêtes de The Descent et le Faune du Labyrinthe de Pan. Corin Hardy délivre tout son génie dans la retranscription du mythe irlandais travaillant à la fois les légendes et les créatures qui peuplent le bestiaire anglo-saxon (dont le site gonel-zone en parle très bien). Ces créatures, on les retrouve dans certains récits du livre The Book of Invasions, appelé aussi Lebor Gabála Érenn, soit une cosmogonie de récits et mythes médiévaux irlandais. C’est bien là que Corin Hardy se révèle le plus intéressant puisqu’il ne se contente pas de reprendre un matériau et d’utiliser des moyens techniques modernes pour le représenter. Il va crédibiliser son récit en le contextualisant dans une époque moderne, sujette aux craintes biologiques, à travers l’influence du cordyceps (un champignon véritable – et influence majeure de The Last of Us – qui modifie le comportement physique et psychologique de son hôte) et le mettre en parallèle à l’impact de l’homme sur son environnement. Le Sanctuaire est un film profondément écologique où les créatures peuvent être perçues comme la représentation d’une nature qui se vengent des méfaits de l’homme. La métaphore n’est pas nouvelle mais ajoute une plus-value à un film qui ne se contente pas seulement d’être un film fantastique sans fond. Ce travail permet ainsi d’accentuer la cohérence d’un récit qui joue sur les deux tableaux, le réel et l’imaginaire. Cette distinction se ressent également dans la photographie tant les plans en plein jour laissent agir la beauté naturaliste des lieux alors que les plans de nuit jouent sur des effets d’ombres, de lumière lunaire et de filtres bleutés qui accentuent la dimension surnaturelle des événements.

Avec Le Sanctuaire, Corin Hardy se permet même d’avoir un casting remarquable pour une production de cet acabit, puisque on y retrouve le couple Joseph Mawle (Kill Your Friends, Au coeur de l’océan) et Bojana Novakovic (Jusqu’en enfer, la série Shameless), qui s’impose comme une version moderne de celui formé par Jeff Goldblum et Geena Davis dans La Mouche de David Cronenberg. Les fans reconnaîtront également Michael McElhatton, qui interprète Roose Bolton dans la série Games of Thrones. Des têtes déjà vues qui donnent une certaine saveur à un film qui joue constamment avec les genres.  De thriller psychologique, Le Sanctuaire vire progressivement vers le fantastique pur et dur. Mais Corin Hardy semble également avoir conçu certains chapitres indépendamment puisque le spectateur appréciera être bousculé et se retrouver tantôt devant un film de monstre nerveux, tantôt devant un home invasion suffocant. Les premiers retours ont dénoncé une trop grande linéarité, prenant le spectateur par la main sans lui laisser la moindre liberté d’interprétation. Le constat est discutable, car s’il faut reconnaître l’académisme de ce récit, il n’en reste pas moins un objet qui joue constamment avec les attentes du spectateur. Et puis ne serait-ce que pour ce final, qui laisse planer un immense suspense sur son dénouement, on ne peut qu’applaudir l’audace d’un réalisateur qui a su tenir la barre tout le long du projet. Avec ce suspense interminable, Corin Hardy nous manipule à l’image de ses créatures qui jouent avec les personnages du film. Le Sanctuaire est un divertissement tout ce qu’il y a de plus honnête et performant, une qualité remarquable dans le genre. C’est bien simple, le premier film de Corin Hardy a tout pour devenir un classique, rien que ça.

Avec une telle maturité dès sa première incursion dans le long métrage, il n’est pas étonnant de voir que Corin Hardy a tapé dans l’œil de producteurs à la recherche de nouveaux talents. Alors que le film n’est même pas encore sorti, son nom est déjà associé au remake du maudit The Crow. La preuve que Le Sanctuaire est le résultat d’un réalisateur généreux avec son spectateur, ne laissant rien au hasard et respectueux de l’héritage de ses aînés et du fantastique. Le Sanctuaire est un film de monstres aussi efficace que soigné qui fait du bien à un cinéma de genre qui peine à se renouveler.

Le Sanctuaire : Bande Annonce

Synopsis: Une famille emménage dans un moulin isolé en Irlande, mais se retrouve confronté à des créatures démoniaques occupant les bois voisins...

Le Sanctuaire : Fiche Technique

Titre original : The Hallow
Réalisation: Corin Hardy
Scénario: Corin Hardy, Felipe Marino
Interprétation: Joseph Mawle (Adam Hitchens), Bojana Novakovic (Clare Hitchens), Michael McElhatton (Colm Donnelly), Stuart Graham (Paul Williams), Michael Smiley (Garda Davey)
Photographie: Martijn van Broekhuizen
Décors : Julie Tierney
Costume: Lara Campbell
Montage: Nick Emerson
Musique: James Gosling
Producteurs : Felipe Marino, Brendan McCarthy, John McDonnell, Joe Neurauter
Sociétés de Production: Occupant Entertainment, The Electric Shadow Company, Fantastic Films, Irish Film Board
Distributeur: Océan Films
Festival: Méliès d’Argent au Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg 2015
Genre: Epouvante-horreur
Durée: 92min
Sortie en salles: 30 mars 2016

Royaume-Uni – 2015

Experimenter, un film de Michael Almereyda : Critique

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C’est parce qu’il est devenu incontournable dans les études psychologiques, au point d’être régulièrement cité dans les débats sur la part de culpabilité des bourreaux dans le cas de génocides, que le livre La Soumission à l’autorité de Stanley Milgram pouvait, en toute légitimité, mériter d’être le sujet d’un long-métrage.

Synopsis: En 1961, à l’Université de Yale, Stanley Milgram, un professeur en relations humaines, fait des expériences sur la volonté de cobayes à accepter des ordres malgré leur propre morale. A la fois décriés par ses pairs lui reprochant un manque d’éthique et considérés comme une référence, ces tests vont faire de Milgram un expert renommé.

Mais comment évoquer au cinéma de telles expériences ? Deux formes cinématographiques viennent naturellement à l’esprit : un biopic du Dr. Milgram relatant le parcours du scientifique pour asseoir sa reconnaissance professionnelle ou alors un documentaire expliquant ces fameux travaux et leur influence dans le domaine. Le réalisateur Stanley Almeyreda, qui a réalisé aussi bien des fictions que des documentaires, va tenter une approche qui oscillera constamment entre les deux formats. Sans être un biopic complet de sa vie, Experimenter est pourtant pensé à la manière d’une reconstitution de la carrière de Milgram en donnant le rôle à Peter Sarsgaard (Blue Jasmine, Stricly Criminal…). Mais, dénué d’autre enjeux que la compréhension des tenants et aboutissants des expériences, en éludant tous les autres aspects du personnage au point de réduire sa femme (Winona Rider, l’ancienne star des années 90 à présent snobée par les studios) à une figure sans autre intérêt que de servir de néophyte à qui il expliquerait ses travaux , le film prend des allures explicatives dignes du documentaire. Avec du recul, il semble certain que d’avoir opté de façon radicale pour l’une ou l’autre des deux formules, qu’il s’agisse d’une biographie futile ou d’un empilement d’images d’archive, n’aurait pu être que rédhibitoire à l’approche d’un tel sujet.

C’est justement en s’inspirant des images d’archives, des vidéos filmées par Milgram dans lesquels il expliquait face caméra en quoi son parcours l’a poussé à une certaine curiosité de l’observation du rapport des Hommes à l’autorité, que le réalisateur a décidé d’utiliser un processus similaire. Il faut admettre que briser le quatrième mur n’est à présent plus quelque chose de choquant. En fait, depuis qu’il a été popularisé  par la série House of Cards, il semble même que cet effet de style soit devenu une solution de facilité pour ne pas avoir à introduire ces personnages de façon diégétique (comme ce fut le cas dans The Walk) ou alors d’expliquer ce que l’intrigue contient de plus complexe (ce que The Big Short fait allègrement). Avec Experimenter, Almeryda n’hésite donc pas à user de ce moyen, entre autres (l’usage de fonds verts d’une qualité d’époque en guise de décors est une idée astucieuse mais injustifiée), pour donner à sa mise en scène une dimension didactique et superficielle. Parfois intelligemment mise à profit dans cette volonté de distanciation, l’omniprésence de cette voix-off explicative souligne aussi malheureusement le manque-à-gagner qu’a le scénario à ne prendre le temps d’approfondir ses personnages. L’impression d’assister à la version commentée d’une reconstitution sans effort dramaturgique d’images d’archive devient même par moment si prégnante que l’on en vient finalement à se dire qu’un documentaire aurait été, pour un tel résultat, plus approprié.

Malgré ce sentiment d’être tenu par la main qui se révèle des plus gênants, Experimenter réussit son intention première, celle de nous familiariser et de nous intéresser aux théories de Stanley Milgram. L’incapacité ou le manque de volonté – cela reste difficile à déterminer – du réalisateur à rendre ces personnages attachants a pour conséquence première de faire des expériences l’élément central de la narration. Pourquoi alors les avoir placées au début du film ? On en revient encore une fois au gros souci du long-métrage, à savoir ne pas avoir pris le temps d’installer ses personnages pour créer une intrigue les entourant. Une approche scénaristique qui rend impossible toute empathie et complique donc la moindre adhésion aux enjeux des protagonistes. Aussi intéressantes que puissent être les thèses que le psychologue tâche de nous inculquer, tout le développement dramaturgique qui les entoure s’averrera superflu, et finalement seul le capital sympathie des acteurs nous permet de l’assimiler. C’est en cela que le casting se révèle être d’une formidable efficacité,  tant de mauvais choix auraient fait du résultat final un document lourdement verbeux, alors que la fraîcheur apportée par le duo Sarsgaard/Rider, ainsi que les acteurs secondaires, aussi sous exploités soient-ils (dont l’excellente apparition de Kellan Lutz et Dennis Haysbert), lui donne un gout de légèreté qui nous permet suivre sans déplaisir ce que le scénario a de plus didactique et superflu.

Experimenter : Fiche Technique

Pays d’origine : États-Unis
Réalisation : Michael Almereyda
Scénario : Michael Almereyda
Casting: Peter Sarsgaard (Stanley Milgram), Winona Ryder (Menkin « Sasha » Milgram), Edoardo Ballerini (Paul Hollander), Vondie Curtis-Hall (Curtis)…
Direction artistique : Deana Sidney
Costumes : Kama K. Royz
Montage : Kathryn J. Schubert
Musique : Bryan Senti
Production : Michael Almereyda, Uri Singer, Fabio Golombek, Aimee Schoof, Isen Robbins, Danny A. Abeckaser, Per Melita
Sociétés de production : Intrinsic Value Films, Jeff Rice Films, FJ Productions, BB Film Productions
Sociétés de distribution : Septième Factory
Budget : NR
Langue : Anglais
Durée :  90 minutes
Genre : Biopic, documentaire, drame
Dates de sortie : 27 janvier 2016
Festival : Sélection officielle des festivals de Dauville et Sundance

 

Le Bureau des Légendes, saison 1, une série d’Eric Rochant : critique

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Éric Rochant avait déjà donné au cinéma français son meilleur film d’espionnage, Les Patriotes (en 1994, avec Yvan Attal et Sandrine Kiberlain), qui se déroulait alors au Mossad (les services secrets israéliens). Le film se démarquait de la production du genre par son souci du réalisme et sa dimension tragique.
Les mêmes qualités se retrouvent dans cette première saison de la série diffusée sur Canal+, Le Bureau des Légendes.

Synopsis : Paul Lefebvre (Matthieu Kassovitz) est un professeur français en poste à Damas, en Syrie depuis six ans. Son nom est faux. Son métier est une couverture. Il s’appelle Guillaume Debailly et travaille pour la DGSE (les services d’espionnages français). Il est chargé de recruter des informateurs. Appelé à retourner à Paris, il doit se séparer de cette fausse identité qui fut la sienne pendant six ans, et de la femme dont il est amoureux, Nadia el-Mansour. En même temps, un agent surnommé Cyclone disparaît en Algérie.

Questions d’identité
Une légende, c’est une identité de couverture. Et Guillaume, il a du mal à l’abandonner, sa légende. Du mal à redevenir Guillaume Debailly. Passer six ans dans la peau d’un autre, ça laisse des traces. Très vite se pose la question de l’identité. Qui est qui ? Qui fait quoi ? Qui travaille pour qui ? À qui doit-on faire confiance ?
Il faut dire qu’une légende, ça se travaille. Au fil des épisodes, nous suivons la formation d’une jeune femme, Marina Loiseau (Sara Giraudeau), qui doit se faire passer pour une sismologue en vue de partir en Iran et de récolter des informations sur leur programme nucléaire. Avoir une fausse identité, ce n’est pas simplement apprendre un nom par cœur et présenter de faux papiers, comme on peut le voir dans certains films. Il s’agit d’être ce personnage. Il faut que la légende devienne réalité. Il faut que, même ivre ou drogué, même sous le feu des questions d’un interrogatoire musclé, la façade ne s’écroule pas. Il y a tout un entraînement, brutal puisqu’il le faut. Il y a des dossiers et des leçons à potasser. Et des initiatives à prendre.
D’où des problèmes d’identité, d’équilibre psychique. Debailly va sauter sur la première occasion venue pour redevenir Paul Lefebvre. Et cette occasion, ce sera l’arrivée à Paris de Nadia el-Mansour. Car les sentiments qu’éprouve Paul Lefebvre, comment faire pour qu’ils ne se transmettent pas à Guillaume Debailly ? Quelle que soit son identité, il est amoureux de cette femme.

Manipulations et cynisme
Amoureux, et aussi inquiet, voire même envahi de remords de l’avoir manipulée. Car le but de tout cela, c’est bel et bien la manipulation. Les informations internationales deviennent des marchandises, elles sont vendues, échangées, achetées, mais elles ont pour intérêt qu’elles permettent de manipuler des gens, que ces personnes soient des dirigeants ou de simples anonymes. On manipule pour obtenir un contrat, mais on manipule aussi pour obtenir une simple information, au risque de mettre en danger la vie des marionnettes que nous tirons.

C’est tout le cynisme des procédés d’espionnage qui sont mis à jour dans Le Bureau des Légendes, avec une mise en scène froide donnant de l’importance au moindre détail. Combien de vies est-on prêt à sacrifier pour sauver un agent ? Cela inclut d’établir une hiérarchie dans les vies : certaines personnes valent plus que d’autres. Et l’intérêt de l’État prime sur la vie de ceux qui le composent.
Le portrait fait du monde du renseignement est donc un constat terrible de cynisme, froid et calculateur. En cela, la série se rapproche de films comme La Lettre du Kremlin, de John Huston, ou, bien entendu, des Patriotes.
Le problème majeur de cette première saison vient de la durée. Le format de dix épisodes d’une heure étire un peu trop l’action et on se retrouve avec un ventre mou, autour des épisodes 4-5, où le rythme, déjà lent habituellement, ralentit encore et où l’action piétine.
Cependant, la première saison de la série Le Bureau des légendes est globalement convaincante. Intrigue complexe, vision de l’espionnage qui élimine tout romantisme pour n’en conserver que la lucidité face aux jeux des puissances dominantes, interprétation de haut niveau (à part peut-être Léa Drucker, mais mention spéciale à Jean-Pierre Darroussin, excellent dans un domaine où on ne l’attendait pas forcément), réalisation confiée à des cinéastes confirmés (Jean-Marc Montout, qui avait signé Violence des échanges en milieu tempéré, Matthieu Demy ou Laïla Marrakchi), les qualités sont nombreuses, un peu diluées toutefois. Espérons une deuxième saison plus concentrée.

Le Bureau des légendes : bande annonce

Le bureau des légendes : fiche technique

Création : Éric Rochant
Réalisation : Hélier Cisterne, Mathieu Demy, Laïla Marrakchi , Jean-Marc Moutout, Eric Rochant
Scénario : Éric Rochant, Emmanuel Bourdieu, Camille de Castelnau, Cécile Ducrocq, Dang Thai Duong, Corinne Garfin, Elena Hassan, Juliette Senik
Avec Matthieu Kassovitz (Guillaume Debailly, AKA Paul Lefebvre, AKA Malotru), Jean-Pierre Darroussin (Duflot), Zineb Triki (Nadia el-Mansour), Sara Giraudeau (Marina Loiseau), Léa Drucker (Balmes), Alexandre Brasseur (Pépé), Michael Abiteboul (Mémé), Jonathan Zaccaï (Sisteron), Gilles Cohen (MAG).
Production : Alex Berger, Éric Rochant
Photographie : Pierric Gantelmi d’Ille, Hichame Alaouie, Pierre Novion
Montage : Pascale Fenouillet, Thomas Marchand, Jean-Baptiste Morin
Sociétés de production : TOP – The Oligarchs Production, Federation Entertainment, H Films
Société de distribution : Canal+
Pays : France
Date de sortie : 27 avril 2015
Nombre d’épisodes de la saison 1 : 10
Durée d’un épisode : 1 heure

21 nuits avec Pattie, un film de Jean-Marie & Arnaud Larrieu : critique

Jamais programmatique, l’œuvre des frères Larrieu commence pourtant à avoir une couleur reconnaissable entre toutes : ces collines et ces montagnes (depuis les Pyrénées de leurs films du début jusqu’au Plateau suisse de l’Amour est un crime parfait), ce verbe foisonnant, ces corps incarnés, ces acteurs fidèles (Mathieu Amalric que l’on ne verra certes pas cette fois-ci, Karin Viard, ou encore Sergi Lopez dans un rôle secondaire mais toujours tenu avec beaucoup de présence). 21 nuits avec Pattie est une sorte d’aboutissement en même temps qu’un nouveau point de départ dans leur cheminement, avec un accès facilité à leur univers.

J’ai horreur de l’amour

Sur un chemin baigné de poussière et de soleil, Caroline apparaît (Isabelle Carré, incroyablement fraîche, éternellement juvénile). Elle se dirige vers une belle villa en contrebas, qui aboutit sur une piscine où 3 hommes entièrement nus sont offerts à son regard indéchiffrable. On apprend qu’elle est chez Isabelle, sa mère qui vient de mourir, dont elle s’enquiert avec des manières distantes et presque un sourire aux lèvres de l’endroit où elle repose. Il est très troublant de la voir ainsi, vide d’émotion, devant la dépouille de sa mère, même si on découvre vite que c’est une femme qu’elle connaît très peu, au fond.  Caroline est pâle, frêle, dépourvue de passion, à l’inverse de la truculente Pattie (Karin Viard, en léger surjeu comme souvent ces temps-ci), amie et intendante de Zaza (le surnom donné à Isabelle par tous ses amis du village) : au bout de 10 minutes, Pattie dévoile sa vie sexuelle avec des phrases aussi crues que poétiques, qui évoquent par exemple le plus violent des vents d’Espagne incapables de sécher certaines de ses moiteurs.

Caroline est venue pour enterrer sa mère, fermer la maison qu’elle a l’intention de revendre dès que possible, et repartir dans sa vie parisienne dès le lendemain. Une vie visiblement où son mari Manuel (Sergi Lopez) n’est plus qu’un colocataire qui lui est quasi-étranger…Mais la disparition du corps de la défunte dès le premier soir l’oblige à rester plus longtemps que prévu.

21 nuits avec Pattie, 3 en réalité, est un film initiatique où Caroline s’éveille à elle-même. Le whodunit lié au mystère de la disparition du cadavre est finalement un joli prétexte à d’autres objectifs visés par les frères Larrieu. Il introduit par ailleurs le personnage de Jean, qui se dit être un ami proche d’Isabelle, un être cryptique délicieusement interprété par André Dussolier. De même, l’enquête qui s’ensuit permet de retrouver avec beaucoup de plaisir Laurent Poitrenaux en capitaine de gendarmerie décalé, comme il était un juge d’instruction décalé face à Mathieu Amalric dans l’Amour est un crime parfait.

L’objectif est donc là, dans un double cheminement de Pattie et de Caroline. Caroline, tout d’abord, qui fait sauter ses verrous un à un au contact de ces personnes qui vivent dans la jouissance et l’exultation (la daube préparée avec l’animal percuté par la voiture de Caroline avant d’arriver au village, le vin d’Alain, un des amants de Pattie,  qui coule à flots lors des nombreux dîners festifs de la petite bande, les corps dénudés sous la pluie ou dans la piscine, les mains baladeuses d’André -incroyable Denis Lavant en bouc satyrique et virevoltant-, et Pattie bien sûr, exubérante en chef qui, pour paraphraser Laurence Ferreira Barbosa, a « horreur de l’amour », mais aime le sexe). Et justement, l’autre itinéraire qui intéresse les frères Larrieu, c’est celui de Pattie, qui fait l’apprentissage de l’amour et de la tendresse, d’une langue qui lui est étrangère, de postures qui lui sont inconnues et dans lesquelles pourtant elle se coule avec beaucoup de naturel.

La réussite de 21 nuits avec Pattie vient de ces directions multiples qui font que le rythme ne baisse jamais, avec des incursions dans le fantastique quand les cinéastes ne font pas parler, mais danser les morts (avec la gracieuse chorégraphe Mathilde Monnier dans le rôle de Zaza), font briller les yeux du diable, un peu à la manière d’Apichaptong Weerasethakul dans Mon Oncle Bonmee ou de Carlos Reygadas dans Post Tenebras Lux, pour marquer la terreur de Caroline, sa terreur face à un désir qui ne cesse de gonfler et qui ne demande qu’à s’échapper et à être assouvi…tant de clins d’œil que l’on retrouve jusque dans le dispositif formel puisque l’œil de la caméra, ouvert sur un 1:33 définitivement revenu au goût du jour ces dernières années, s’amuse et s’agrandit vers le 1:85 dans une merveilleuse scène où on sent que la pluie torrentielle a lavé Caroline de toutes ses réticences pour nous la révéler lumineuse enfin, abandonnée enfin, dans cette nuit de la pleine  lune, décor de tous les fantasmes…

Avec 21 nuits avec Pattie, les frères Larrieu atteindront sans doute un public élargi, grâce à l’ambiance faussement légère empruntée par leur film, alors que le propos reste finalement le même, une variation sur le même thème, celui des tourments de l’âme humaine, celui qui fait dire à Caroline : « quand je m’éloigne, j’ai peur qu’il n’arrive quelque chose ; quand je reste, j’ai peur qu’il ne se passe rien ». Un bon mot certes, mais une vision inquiète de la vie. Heureusement que la propension des frères Larrieu à chanter une belle ode à la vie équilibre ce pessimisme.

21 nuits avec Pattie est un beau film français qu’il ne faut pas hésiter à aller voir et à défendre avec vigueur.

SynopsisAu cœur de l’été, Caroline, parisienne et mère de famille d’une quarantaine d’années, débarque dans un petit village du sud de la France. Elle doit organiser dans l’urgence les funérailles de sa mère, avocate volage, qu’elle ne voyait plus guère. Elle est accueillie par Pattie qui aime raconter à qui veut bien l’écouter ses aventures amoureuses avec les hommes du coin. Alors que toute la vallée se prépare pour les fameux bals du 15 août, le corps de la défunte disparaît mystérieusement…

21 nuits avec Pattie – Bande annonce

21 nuits avec Pattie – Fiche technique

Titre original : –
Date de sortie : 25 Novembre 2015
Réalisateur : Arnaud & Jean-Marie Larrieu
Nationalité :          France
Genre : Comédie
Année : 2015
Durée : 115 min.
Scénario : Arnaud & Jean-Marie Larrieu
Interprétation : Isabelle Carré (Caroline Montez), Karin Viard (Pattie), André Dussollier (Jean), Sergi López (Manuel Montez), Laurent Poitrenaux (Pierre, le gendarme), Denis Lavant (André), Philippe Rebbot (Jean-Marc), Jules Ritmanic (Kamil), Mathilde Monnier (Isabelle, dite Zaza)…
Musique : Nicolas Repac
Photographie : Yannic Ressigeac
Montage : Annette Dutertre
Producteurs : Francis Boespflug, Bruno Pésery
Maisons de production : Arena Film, Pyramide Production
Distribution (France) : Pyramide Distribution
Récompenses : –
Budget : –

The Big Short : Le Casse du siècle, un film d’Adam McKay : Critique

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Avant d’être le film d’un cinéaste et d’une distribution cinq étoiles, The Big Short : Le Casse du siècle est avant tout le film d’un auteur : Michael Lewis. Il est à l’origine du roman The Big Short : Inside the Doomsday Machine (édité chez Sonatine sous le nom Le Casse du siècle) dont la parution en pleine crise économique lui a permis de truster pendant 28 semaines la liste des best-sellers du New York Times.

Cet auteur remarquable est reconnu pour être également derrière les adaptations ovationnées qu’ont été Le Stratège (six nominations aux Oscars) et The Blind Side (Oscar de la Meilleure Actrice pour Sandra Bullock). Connu outre-Atlantique pour ses récits et analyses économiques, Michael Lewis est rapidement devenu la coqueluche du cinéma hollywoodien tant chacun de ses ouvrages adaptés a été acclamé par le public et la profession. Ce n’est pas un hasard si Brad Pitt, qui tenait le premier rôle dans Le Stratège, a financé The Big Short via sa société de production, Plan B. A la tête de ce film, affublé d’un titre français qui renvoie au titre de l’ouvrage paru dans l’hexagone, on retrouve Adam McKay. Si ce nom vous échappe, les amateurs de comédies barrées américaines ne peuvent ignorer son existence tant il est perçu comme l’un des grands manitous de la comédie US avec Judd Appatow, ce dernier l’ayant produit à ses débuts. On lui doit notamment les succès de Very Bad Cops, Frangins malgré eux, Ricky Bobby : roi du circuit ou Présentateur vedette : la légende de Ron Burgundy. Le retrouver à la tête d’un scénario économique complexe et -paradoxalement- décomplexé pourrait sembler surprenant. Mais Adam McKay a tenu à être de la partie, acceptant même de donner une suite à Ron Burgundy (Légendes Vivantes) pour que la Paramount lance le feu vert et lui laisse la réalisation. Il faut dire que le succès critique et commercial du Loup de Wall Street a donné des idées aux pontes du studio. Alors revenir sur l’histoire vraie d’investisseurs illuminés qui ont parié sur la crise plutôt que tenter de l’en empêcher, c’est un matériau forcément idéal pour le cinéma tant il dévoile le cynisme et l’ironie du monde impitoyable de la finance.

De l’art d’être un visionnaire sans scrupules

Ce casse du siècle, il est orchestré par trois groupes d’investisseurs qui indépendamment vont miser sur la chute du marché immobilier et ce qu’ils prévoient comme la chute du Capitalisme. Aux motivations diverses (gloire, argent, vérité), ces insensés regardent les événements se déroulant devant leurs yeux avides de certitude jusqu’à ce que l’improbable se produise, pour leur plus grand plaisir de donner tort à tout le monde. Car à l’époque, leurs prédictions ont été moquées par toute la profession. Ils ont été la risée des conférences et ont dû batailler pour convaincre leur hiérarchie qu’ils étaient dans la raison la plus totale. Mais en même temps que ces salariés répondent à une quête de la rentabilité, ils parient néanmoins sur une situation économique mondiale inédite qui les touchera directement : la chute de tout un système qui entraînera avec eux des populations dont le seul tort aura été d’avoir fait confiance à ceux qui manipulent l’argent. Les conséquences sont ce qu’elles sont : Crise économique de 2008, des millions de personnes à la rue, du chômage, la crise en Grèce, en Espagne, etc. Et nous, spectateurs, on assiste à ce petit théâtre cynique qui se joue dans les hautes tours de Wall Street. Adam McKay ne nous épargne pas la complexité des discussions économiques et l’enjeu capital de toutes ces transactions. Mais il trouve la formule adéquate pour expliciter les situations : il brise le quatrième Mur. A plusieurs reprises, Ryan Gosling s’exprime à la caméra tout comme certaines célébrités (un analyste financier ou plus surprenant une plantureuse actrice, un cuisinier gastronomique ou une chanteuse pop) viennent proposer une explication ou une métaphore d’une opération financière difficilement compréhensible pour des non-initiés. Ainsi on assiste à un Ryan Gosling évoquant sa cool-attitude et la vanité du milieu dans lequel il évolue, ou bien une Margot Robbie jouant son propre rôle et proposant sa définition du mot «subprimes» dans une baignoire, tandis que Selena Gomez illustre un investissement risqué à travers une partie de jeu de la roulette. Il s’agit de moments qui servent à dynamiser l’intrigue tout en apportant une dose d’humour que l’on retrouve tout le long du film, sans qu’il soit trop pesant laissant une saveur autant dramatique que comique au film.

Cet humour est surtout porté par un casting qui ne semble s’être jamais aussi lâché sur ce tournage tant chacun apporte à sa manière une folie euphorisante. Habitué aux rôles mutiques, Ryan Gosling n’a jamais autant débité de lignes de dialogues dans ce rôle d’un beau-gosse visionnaire et sûr de lui où il témoigne d’un humour salvateur, qu’on lui connaissait déjà dans la comédie Crazy, Stupid, Love. Dans ce dernier, il avait déjà donné la réplique à Steve Carrell qu’il retrouve ici. Après Foxcatcher, Steve Carrell continue d’interpréter des rôles forts, proches de clowns tristes. Il incarne Mark Baum, un responsable d’investissements qui surmonte difficilement le suicide de son frère et ne supporte plus l’univers dans lequel il est employé. Sa seule motivation est de prouver au monde que ce petit jeu de la finance est une bombe à retardement et que le temps est bientôt imparti. Seule la future réjouissance de montrer au monde entier la stupidité de ces sans-scrupules l’excite dans la vie. Christian Bale offre une partition étonnante de Michael Burry, un docteur réorienté, présomptueux sympathique, désinvolte et qui découvre tous les rouages de ce qui va amener l’économie mondiale à sa perte. Après 12 Years a Slave, Brad Pitt se donne à nouveau le bon rôle dans un film qu’il produit puisqu’il interprète un ancien trader repenti, épuisé par ce monde cynique et sordide. Dans un ultime échange, il délivrera la morale du film lorsque les fous célébreront leur victoire. Ce n’est pas tant un reproche puisqu’il incarne avec tout le sérieux et la maturité qu’on lui connaît ce personnage sage et déterminé. On pourra reprocher l’absence de rôles féminins forts, Melissa Leo et Marisa Tomei étant brièvement présentes dans l’intrigue ou à la tête de rôles faibles (la bonne épouse pour la seconde). Etonnant de la part d’un cinéaste qui s’était justement évertuer à revendiquer le machisme du milieu de la télévision dans Présentateur vedette : la légende de Ron Burgundy et revaloriser la femme dans le monde journalistique. Non pas que Adam McKay ne leur accorde pas d’importance ici, car on peut également voir ce choix comme une manière d’accentuer la stupidité de ce qui s’est passé dans les hautes sphères financières dominés par un monde de mâles. C’est donc un casting absolument dément qui porte ce film et dont l’interprétation collective mériterait une récompense pour l’ensemble de cette distribution.

Adam McKay livre donc un film aux antipodes de ce que l’on aurait pu en attendre. Chaque séquence fourmille d’idées décapantes qui témoignent de l’absurdité de ce qui se passe dans les bureaux de Wall Street : soit une économie mondiale entre les mains de moutons aveuglés se dirigeant droit dans la gueule du loup. Rien de nouveau sous le soleil donc mais la représentation que donne Adam McKay du monde de la finance trouve le juste équilibre, entre une jeunesse de golden boys matérialistes et immoraux et la génération précédente qui travaille avec certains codes moraux ancrés, mais soumis à la loi du marché.  Tout en livrant son film le plus profond, le cinéaste ne s’émancipe jamais de son esprit barré et les dialogues percutants du film peuvent en témoigner. Cette vivacité des dialogues permet de donner au film un rythme survitaminé dont la succession d’images parfois épileptiques est d’une véritable réjouissance. Sans compter que le film semble parfois jouer à la frontière du documentaire et de la fiction. Entrecoupant son action d’images d’archives ou simplement d’illustrations (souvent décalées), le cinéaste montre le déroulement des événements de manière fictive et les conséquences de manière réelle et figée. Ce parti-pris témoigne d’un choix artistique pertinent tant il offre un parallèle bouleversant entre l’exultation des conférences financières à Las Vegas et la misère des nouveaux expulsés. C’est tout ce décalage, que l’on retrouve dans la bande-son composée de quelques morceaux de métal, qui participe à l’étonnante partition d’un film décapant et corrosif.

Avec ce casting des plus prestigieux, The Big Short est un outsider improbable dans la course aux Oscars. C’est tout ce que l’on souhaite à ce film qui a su traiter de l’épineux problème de la crise économique dans un pays qui n’a pas encore surmonter ses erreurs passés et qui continue pourtant à commettre les mêmes. La fin dans ce sens est d’une ironie sans nom et laisse le constat palpable d’acteurs de l’économie qui ne savent plus s’arrêter. De la maîtrise de sa mise en scène à la maestria des dialogues et la profondeur de son propos, The Big Short – Le Casse du Siècle est autant un divertissement rythmé qu’un film nécessaire, insolent et dopé à l’ironie. Magistral.

Synopsis: Wall Street. 2005. Profitant de l’aveuglement généralisé des grosses banques, des medias et du gouvernement, quatre outsiders anticipent l’explosion de la bulle financière et mettent au point… le casse du siècle ! Michael Burry, Steve Eisman, Greg Lippmann et Ben Hockett : des personnages visionnaires et hors du commun qui vont parier contre les banques… et tenter de rafler la mise!

Bande Annonce Officielle VOST

Fiche Technique: The Big Short : Le Casse du siècle

Pays d’origine: Etats-Unis
Genre: Comédie dramatique
Durée: 130min
Sortie en salles: 23 décembre 2015

Réalisation: Adam McKay
Scénario: Adam McKay et Charles Randolph, d’après le roman de Michael Lewis
Distribution: Brad Pitt (Ben Rickert), Christian Bale (Michael Burry), Ryan Gosling (Greg Lippmann), Steve Carell (Steve Eisman), Melissa Leo (Georgia Hale), Marisa Tomei (Cynthia Baum), Karen Gillan (Evie), Rafe Spall (Danny Moses)
Photographie : Barry Ackroyd
Décors : Linda Lee Sutton
Costume: Susan Matheson
Montage: Hank Corwin
Musique: Nicholas Britell
Producteurs : Dede Gardner, Brad Pitt, Louise Rosner
Sociétés de Production: Paramount Pictures, Plan B
Distributeur: Paramount Pictures
Budget : NR
Récompenses: Oscar 2016 du Meilleur Scénario Adapté, Hollywood Film Awards 2015 du Meilleur Réalisateur

Sortie DVD: Les Profs 2, film de Pierre-François Martin-Laval – Critique

Septième plus gros succès dans les salles françaises en 2013, Les Profs avait su attiré pas loin de 4 millions de spectateurs, alors que le top 10 annuel n’était composé que de titres américains. Et comme partout ailleurs (les studios hollywoodiens ne sont finalement pas les seuls à se fourvoyer de la sorte), qui dit réussite commerciale dit forcément suite! Et l’adaptation de la bande-dessinée n’échappe donc pas à la règle en cette année 2015. Résultat : un score moins imposant que le précédent mais qui reste tout aussi exorbitant (presque 3,5 millions d’entrées). Mais honnêtement, Les Profs 2 n’a vraiment pas de quoi se vanter.

Recalé en beauté !

Il est vrai que le premier opus n’était déjà pas folichon. Certes, celui-ci n’avait aucune prétention si ce n’est celle de promettre amusement et bonne humeur (ce qu’il faisait) pendant la durée de son visionnage, avec un casting qui s’éclatait réellement et une première partie en sketchs (comme pour Les Sous-Doués) plutôt réussies. Mais très vite le film partait dans le n’importe quoi typique des comédies françaises à gros budget pour finalement n’être qu’un divertissement lourdingue qui ne faisait pas vraiment honneur à la BD d’origine (malgré des personnages bien retranscrits) ni au cinéma français dans son ensemble. Avec cette suite, autant dire que le public n’en attendait pas grand-chose, si ce n’est le même constat. Au final, si le plaisir de revoir les mêmes comédiens (hormis Didier Bourdon remplaçant Christian Clavier) est là et qu’un sourire se dessine sur le visage des spectateurs à quelques moments du long-métrage, regarder Les Profs 2 s’avère bien plus douloureux que prévu.

La faute revenant – on s’en serait douté à l’avance – au scénario, qui roule sans se cacher sur les acquis du précédent opus: après une première partie cumulant des cours sous forme de sketchs, l’autre moitié du long-métrage s’intéressant plutôt à un fil conducteur narratif tenant difficilement la route car partant dans tous les sens. Vous enlevez la fraîcheur (bien que cela soit un bien grand mot) du premier film, et vous aurez des gags et un humour qui ne marche plus du tout dans cette suite. En effet, Les Profs 2 se repose sur les lauriers du premier en reprenant ses situations comiques (la prof sexy mettant en émoi ses élèves, la prof bombardant ses élèves de craies, le prof de sport à côté de la plaque…) sans vraiment les modifier. Même, en termes de comédie en générale, Les Profs 2 n’invente strictement rien, reprenant bêtement les nombreux clichés maintes et maintes fois réalisés sur les différences culturelles entre la France et l’Angleterre (à commencer par l’accent british). Sans parler des blagues référentielles mille fois vues qui ne font plus du tout leur effet (la traversée du passage piéton par les Beatles). Non, Les Profs 2 n’a décidément rien pour lui, si ce n’est se montrer monotone au possible, poussif, ennuyeux, et assez vulgaire par moment.

Du coup, le rythme du film en pâtit, n’ayant pas grand-chose à nous proposer de concret. Peut-être deux ou trois gags de situations, et encore! Cela, il faut également le mettre sur le compte de Kev Adams, véritable star du film. Et pour cause, alors qu’il n’était que secondaire dans le premier opus, il se retrouve ici propulsé au rang de personnage principal de l’histoire, recalant du coup les fameux profs (pourtant bien présents sur l’affiche et le titre) au second plan. Rien que la présence de son rôle dans l’intrigue n’en est que plus vaseuse (« On amène Boulard avec nous parce qu’il n’a pas eu son Bac l’année dernière »). Un fait qui, mine de rien, nuit grandement au rendu final, ne se présentant alors que comme une énorme promotion du jeune humoriste qui, au lieu de retranscrire le comique propre à la bande-dessinée, reprend le sien sans vergogne histoire de faire plaisir à ses fans. Sauf que voilà, ce n’est plus Les Profs 2 mais plutôt un énième one man show de Kev Adams, aidé par des acteurs. Ni plus ni moins!

Les Profs premier du nom ne volait pas bien haut, sa suite loupe les rattrapages en beauté. Bien plus paresseuse et molle, ne se reposant que sur ses têtes d’affiches et le succès de son prédécesseur, elle ne mérite pas du tout son score au box-office, faisant ainsi de l’ombre à des films nationaux qui auraient très bien pu se trouver à sa place avec les honneurs qui leur sont attribués. Mais bon, on ne peut pas vraiment contester les choix des spectateurs.

Synopsis :  Sur ordre de la reine d’Angleterre, les profs du lycée Jules-Ferry sont enlevés par les services secrets britanniques pour les besoins d’une mission : redonner goût à Vivienne, petite-fille de la souveraine, aux études afin qu’elle devienne un digne successeur de la monarchie. Et pour cela, ils vont devoir enseigner dans le meilleur lycée du Royaume-Uni…

Les Profs 2 – Bande-annonce

 Fiche technique – Les Profs 2

France – 2015
Réalisation : Pierre-François Martin-Laval
Scénario : Pierre-François Marin-Laval et Mathias Gavarry, d’après la bande-dessinée de Pica et Erroc
Interprétation : Kev Adams (Boulard), Isabelle Nanty (Gadys), Didier Bourdon (Cutiro ‘Tirocu’), Pierre-François Martin-Laval (Antoine Polochon), Arnaud Ducret (Eric), Stefi Celma (Amina), Raymond Bouchard (Maurice), Fred Tousch (Albert)…
Date de sortie en salles : 1er juillet 2015
En Blu-ray/DVD depuis le : 2 novembre 2015
Durée : 1h32
Genre : Comédie
Image : Régis Blondeau
Décors : Franck Schwarz
Costumes : Eve-Marie Arnault
Montage : Thibaut Damade et Claire Fieschi
Musique : Matthieu Gonet
Budget : 16 M€
Producteur : Romain Rojtman
Productions : UGC, Les films du premier, TF1, TF1 Films Production, TF1 Droits Audiovisuels, Umedia, Canal +, Ciné +, TMC, Soficinéma 11 et Poisson Rouge Pictures
Distributeur : UGC Distribution

 

 

On se battra comme des lions, un documentaire de Françoise Davisse

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Ce mardi 24 novembre 2015, soit quatre mois avant la date prévue de sa sortie en salles, et grâce au soutien de la députée communiste Marie-George Buffet, la salle de projection de l’Assemblée Nationale diffusait en projection privée le nouveau documentaire de Françoise Davisse. Le sujet de ce film est en effet éminemment politique puisqu’il s’agit de ce qui fut le caillou dans la chaussure des premiers mois de la présidence Hollande, la grève des ouvriers de l’usine Peugeot d’Aulnay-Sous-Bois. En suivant pendant plus de deux ans le combat de ces grévistes, la documentariste a collecté suffisamment d’images pour offrir, en un film de deux heures, une représentation complète de cette lutte.

Au-delà du drame socio-économique que représentent la fermeture d’une usine employant 3000 personnes et un plan social qui n’arrange que quelques actionnaires déjà multimillionnaires, On se battra comme des lions se concentre sur l’organisation de la réaction qu’en ont ces salariés sur la sellette. Là où les grands médias les avaient présentés comme des vandales, la découverte que le documentaire nous permet de faire des réunions internes et des doutes ressentis par ces grévistes transforme cette lutte sociale en une vaste aventure humaine sur la durée de quatre mois. Le retour sur les grandes manifestations, les coups de gueule du porte-parole Jean-Pierre Mercier ou encore les affrontements musclés avec les CRS ne sont finalement que des anecdotes que la télévision a pu nous montrer par rapport à l’approche presque philosophique que va donner le film à la question du pouvoir qu’ont quelques salariés de bloquer la chaine de production d’une entreprise, mais aussi des conséquences qu’ils peuvent en tirer et des limites qu’ils doivent se donner, à titre aussi bien personnel que collectif. Véritable pamphlet pour le déterminisme social et brûlot radicalement anticapitaliste, ce long-métrage est un modèle en termes de volonté de faire découvrir au grand public un évènement dont il n’a eu qu’une vision biaisée et une lecture assez peu claire.

Deux ans après la fin de la grève, c’est donc dans les locaux prestigieux de l’Assemblée Nationale qu’une trentaine des 500 ouvriers qui ont suivi cette longue grève, les « copains » comme ils aiment s’appeler entre eux, ont redécouvert en avant-première la reconstitution de ces mois de combats, redécouvrant sur grand écran des moments difficiles comme les coups d’action dont ils peuvent être fiers. Tandis que la distribution du film n’aura pu être financée que grâce à une campagne de financement participatif, le lien social entre ces victimes du patronat est toujours aussi fort face à cet état de crise économique qui n’a, au jour d’aujourd’hui, permis qu’à la moitié d’entre eux de retrouver un emploi.

Extrait vidéo: On se battra comme des lions, de Françoise Davisse, réalisatrice