L’actualité malheureuse de ces dernières semaines résonne de plein fouet avec le nouveau film de Nicolas Saada Taj Mahal. S’étant posé la question de la pertinence de maintenir sa sortie dans un temps où le deuil et l’effroi régissent le pays, décision a finalement été prise de laisser vivre le film en salles.
Synopsis: En novembre 2008, une famille française s’installe à Bombay. En attendant d’emménager dans une maison, ce couple et leur fille, Louise, logés dans dans chambres du très hôtel Taj Mahal. Un soir qu’elle se retrouve toute seule, Louise assiste depuis sa suite à l’attaque du palace par un groupe terroriste. Dans sa panique, elle tentera de rester en contact avec ses parents.
Le pari d’un dispositif minimaliste au service d’un film catastrophe
Difficile de se prononcer, tant les arguments allant à son encontre autant que ceux favorables peuvent être recevables. Ne reste plus alors qu’à juger ses qualités intrinsèques pour tenter de comprendre quel est le point de vue du cinéaste sur les attentats perpétrés à Bombay en 2008.
La qualité de la mise en scène et la sobriété des acteurs est ce qui ressort en premier lieu. Multiconfessionnelle et d’une grande précarité, spécialement au cœur de cette ville qui s’étire dans un horizon infini, l’Inde grouille d’une population hétéroclite qui se côtoie sans se mélanger. La disparité des classes sociales tend à distinguer chaque caste à un rang spécifique qui hiérarchise la population. Cela se ressent dans les plans composés qui embrassent un vaste panorama du pays et savent en magnifier sa diversité. Ils savent aussi révéler tout l’attrait des touristes étrangers pour cette Terre Spirituelle où l’Hindouisme fait foi. La photogénie du pays se prête harmonieusement aux mouvements de caméra qui magnifient les monuments et captent délicatement le soleil couchant. Cette première partie permet une meilleure immersion dans la nouvelle aventure que vivent ce couple et leur fille. Elle participe de l’empathie que nous ressentons pour ces expatriés qui s’adaptent tant bien que mal à une autre vie. Et nous prépare ainsi à une seconde partie beaucoup plus anxiogène, au centre d’un dispositif suffocant.
Le grand hôtel luxueux au sein duquel vivent ces français est d’architecture comparable au Taj Mahal, ce palais traditionnel historique dans la culture hindoue. Au croisement des civilisations islamique, iranienne, ottomane et indienne il constitue la quintessence du culte religieux. Situer l’action du film dans ce carrefour n’est pas fortuit. L’attaque meurtrière lancée contre ce bâtiment à une portée plus que symbolique. Un avertissement est lancé aux spectateurs qui dit s’être inspiré de faits réels mais ne pas les avoir repris stricto-sensu. S’agit-il d’une revendication politique, d’un acte prémédité contre certaines valeurs? Le long-métrage ne se risque jamais à abonder dans ce sens, se contentant de nous faire vivre de l’intérieur une prise d’otages sanglante, sans parti-pris aucun. Nous sommes ainsi sommés d’observer au plus près cette jeune fille survivre. Ce choix apolitique est certes haletant, et la frénésie qui découle de son enfermement physique et psychologique secoue tant nous pouvons aisément imaginer la panique s’instiller subrepticement eu égard à la situation donnée. Mais il pose également la question de la nécessité de produire un tel survival. Entendons-nous bien, il ne joue jamais la surenchère et sait poser une ambiance apocalyptique avec une certaine finesse. L’amplification du son extérieur rend bien l’angoisse et les échanges réguliers entre les parents et l’enfant disent avec tact toute la peur et la fatigue ressentie. Soyons aussi gré aux acteurs de ne pas transformer ce drame humain en larmoyant pensum. Ils apportent une authenticité bienvenue qui évite l’indigestion propice au mélodrame phagocyté.
Mais enfin, quelle réflexion cela nous apporte-t-il? Quelle est l’utilité de se plonger viscéralement dans un exercice de genre qui ne nous raconte rien (ou si peu) d’un trauma intérieur? Faut-il en passer par le « spectacle » d’une épreuve que l’on devine sans peine atroce pour daigner attirer le public? La vacuité de ce vacarme est amoindrie par la sincérité du propos que veut faire passer Nicolas Saada: est-ce suffisant pour en faire un film recommandable… Le dénouement est à l’avenant, enfonçant des portes ouvertes sur le besoin impérial de communiquer pour ne pas s’enfermer dans le délabrement et sur les gestes du quotidien qu’il faut se réapproprier car la vie est ainsi faite. Intéressant mais trop superficiel.
Taj Mahal: Fiche technique
France
Genre: Drame, thriller
Durée: 90 min
Sortie en salles le 02 décembre 2015
Réalisation: Nicolas Saada
Scénario: Nicolas Saada
Distribution:
Photographie : Leo Hinstin
Décors : Pascal Le Guellec
Costume: Caroline de Vivaise
Montage: Christophe Pinel
Musique : Nicolas Godin
Producteurs : Patrick Sobelman
Sociétés de Production: Ex Nihilo, France 3 Cinéma, Artémis Productions
Distributeur: Bac Films
Budget : 6 000 000 €
Avant-première documentaire inédit sur George Lucas – TCM Cinéma/ Canalsat
Allié d’un ami étudiant à l’école de la Cité du Cinéma, Maxime Saint Michel, votre serviteur s’est rendu chezWarner Entertainment Franceprécisément chez TCM Cinéma pour une soirée consacrée à George Lucas. Le créateur de la saga mythique Star Wars est-il encore à présenter ? On aura de cesse de dire à quel point Lucas a pu s’autocontredire au fil de sa carrière, surtout à partir de la mise en place de la prélogie (1999-2005). Il a en effet beaucoup parlé d’un plan comportant quatre trilogies puis trois, avant de déclarer à partir de la fin des années 90s que sa saga était bouclée en six épisodes contant l’histoire de la famille Skywalker. Et ce pour finalement lancer lui-même, avec Kathleen Kennedy (actuelle présidente de Lucasfilm) la nouvelle trilogie-séquelle et la production des Anthology. Le film projeté en avant-première en la nuit du jeudi 3 décembre (projection « publique » prévue le 15 Décembre 2015) et qui appartient à la série documentaire Une Nuit au Cinéma de chez TCM intitulé George Lucas et le cinéma fantastique, poursuit ce statut presque schizophrénique de l’auteur. Ce fut aussi l’occasion de redécouvrir le genre du « fantastique » avec la vision intéressante de Lucas, et de revenir sur Star Wars dont il a une vision de plus en plus cynique. Mais aussi de retrouver Patrice Girod huit ans après la deuxième Star Wars Reunion de 2007 et de discuter avec ce spécialiste français de Lucasfilm – et de son créateur George Lucas avec qui il partage une vraie et apparemment grande amitié depuis les années 80s – dans une séance de questions-réponses au cours d’une rapide mais intéressante entrevue.
Après le cocktail organisé par l’équipe de TCM Cinéma / Turner, place au film. Pour le présenter correctement – c’est-à-dire en parler intelligemment et en respecter le statut documentaire – Maxime et la rédaction de Cinéséries vous proposent un retour avec un dialogue à quatre yeux, ou deux paires d’yeux, comme vous le désirez.
La sortie « publique » du documentaire sur la chaîne
TCM Cinéma est prévue le Mardi 15 Décembre 2015.
CSM (CinéSéries-Mag) – Toi qui a découvert le cinéma de George Lucas récemment, est-ce que tu as appris certaines choses ?Ou tu as eu des confirmations par rapport à certaines idées que tu avais ?
MSM (Maxime Saint Michel) – Je connaissais un petit peu Lucas, ça m’a permis de découvrir les relations qu’il pouvait entretenir avec d’autres cinéastes : Jim Henson, Ron Howard… Des influences aussi que je n’imaginais pas nécessairement, comme le Magicien d’Oz (Victor Fléming, 1939) et ça m’a confirmé qu’il voyait le cinéma comme proche des mythes et des contes.
CSM – Oui, personnellement, j’ai peu appris… Sa vision du fantastique était relativement connue, ici, elle est beaucoup plus explicitée, et assumée, ce qui est véritablement intéressant. Pour le reste, ça m’a confirmé qu’il était réellement ambivalent, notamment par rapport à Star Wars. Bon, si on sait que lui et ses collègues ont pu déclarer certains propos et leurs inverses – ce qui a aussi participé à la construction du mythe Star Wars – ici, j’ai l’impression qu’il se plaît à dénigrer sa création tout comme il semble dénigrer son héritage ainsi qu’on a pu le voir dernièrement dans certaines interviews…
MSM – Notamment avec sa séparation totale de Disney… Et même directement dans le documentaire, on peut voir qu’il décrit Star Wars comme une oeuvre fantastique, pour enfants, complètement détachée de la science. Ce qui rentre en contradiction avec la prélogie et ses explications scientifiques…
CSM – Sur la Force, ou l’aspect très politicien de la prélogie que des enfants ne peuvent pas saisir…
MSM – Oui, d’ailleurs il a viré un élément particulièrement enfantin, Jar Jar Binks, détesté par beaucoup, dès le début de l’épisode II (L’Attaque des Clones, 2002) au profit de la forte présence de l’histoire amoureuse entre Padmé et Anakin, pas forcément efficace chez les plus jeunes…
CSM – D’ailleurs Patrice Girod avec qui j’ai pu parlé après la projection, va dans le sens de Lucas sans être pour autant négatif, à part sur l’avenir de la saga pour lequel il semble peu optimiste… Notamment parce-que George Lucas n’est plus sur le coup… Une question, à qui est adressé le film ?
MSM – Est-ce que ce serait pas d’abord intéressant pour les amateurs de « fantastique » qui voudraient aborder cette question du genre « Fantastique » à partir des propos de Lucas ?
CSM – C’est vrai, ça peut être intéressant, tous ces extraits alignés l’un après l’autre avec en voix-off les propos de Lucas permettent d’assimiler les archétypes et différents motifs du genre… Mais à l’inverse d’un Scorsese et de son Voyage dans le cinéma américain ou du récent Hitchcock/Truffaut, est-ce qu’il n’y aurait pas un côté « enchaînement des images » qui viennent et partent très vite, et qui ne sont majoritairement commentées, qui sont beaucoup trop illustratives ?
MSM – Oui, mais le format (58 minutes) s’y prête bien…
CSM – M’enfin c’est censé être la vision du cinéma fantastique par Lucas, est-ce qu’ils n’auraient pas pu prendre plus d’extraits où il parle particulièrement d’un film ou d’une scène ?
MSM – Oui mais ça aurait changé la structure et il (le film, NDLR) aurait été moins dense.
CSM – Mais tu ne trouves pas qu’il est un peu vide, et qu’au final on a peu d’informations ?
MSM – Parce-que toi tu sais. Le film permet de vulgariser des propos de cinéma relativement exigeants. Et je pense qu’on voit ça à tort comme un film sur George Lucas alors que c’est TCM et le réalisateur du film, qui donnent leur point de vue…
CSM – Sur la vision du fantastique de Lucas. Mais justement, le film est bien sur Lucas puisqu’il va arrêter de parler du fantastique pour parler encore de Star Wars, sa genèse, la construction des décors, la technologie (très très vite expédiée dans le film, comme beaucoup d’autres éléments), les archétypes du film, l’histoire, le retour de Lucas avec la prélogie… Ou encore son autre création Indiana Jones ou même les productions de Lucasfilm, Labyrinthe notamment…
MSM – Peut-être que le réalisateur ne tient pas son sujet jusqu’au bout puisqu’il tombe finalement dans l’interview – un poil plus dirigiste que ce qu’on connaît d’habitude – de George Lucas… Ce qui était intéressant aussi est que Lucas décrit les films fantastiques des années 80s comme des films qui ont une touche d’humour dans un univers sérieusement construit : Retour vers le Futur (Robert Zemeckis, 1985-1990), Willow (Ron Howard, 1988)… Et ce qui est intéressant est que la prélogie, sortie fin années 90s, débuts des années 2000, est beaucoup plus sérieuse, à l’image des films fantastiques de l’époque comme une autre trilogie, Le Seigneur des Anneaux, quelque chose que Peter Jackson (beaucoup félicité par Lucas pour son adaptation dans le film) a essayé de contrebalancer en vain avec Le Hobbit (2012-2015).
CSM – Pour revenir sur le film, il reste à voir selon moi. Il est instructif et pédagogique. Il apprendra aux néophytes, précisera certainement aux aficionados, et apportera à nouveau ce plaisir de pur cinéphile d’entendre, de voir un cinéaste – ici George Lucas – parler de cinéma… Et ça permettra de redécouvrir certains films, je pense au magnifique Voleur de Bagdad (1924) avec Fairbanks ou à Planète Interdite de Wilcox (1956), d’ailleurs rapidement évoqué dans le film comme étant l’un des métrages préférés de Lucas. Cependant, je pense qu’il faut faire attention à ne pas voir en ce documentaire la vision unique de ce qu’est Lucas, de sa pensée qui a bien « évolué », même s’il semble rester un éternel humaniste, ce qui est agréable… Il dit d’ailleurs dans le métrage que si Docteur Folamour (Stanley Kubrick, 1964) est l’un de ses films préférés, c’est parce-qu’il aime son cynisme…
MSM – C’est vrai. Et en effet, ça nous encourage à nous documenter, à redécouvrir la filmographie de Lucas pour mieux comprendre sa vision, et à se renseigner aussi sur les collaborations suscitées chez certains partenaires. Je trouve que Mark Hamill n’a pas cette vision cynique et aigrie de Star Wars. Et finalement, c’est peut-être le seul (George Lucas) à l’avoir, cette vision… Sans compter la vision d’Alex Guiness sur le tournage du premier film…
Notre dialogue a été arbitrairement terminé sur cette blague cinéphile. Une dernière anecdote assez drôle et confirmant le statut très ambigu de Lucas, ce dernier a parlé de Ron Howard qu’il a choisi pour réaliser Willlow, car il l’imaginait apporter sa vision humaniste au projet dans lequel il allait beaucoup s’investir, et dernièrement, Howard a déclaré dans un podcast Happy Sad Confust : « C’était mon projet le moins personnel ».
Le Podcast ici :
Maxime a aussi remarqué que Lucas parlait beaucoup des « collègues » cinéastes et films / licences qu’on trouve chez Warner Bros / Time Warner, Christopher Nolan et Le Seigneur des Anneaux – dont la majorité des jeux vidéo sont des produits Warner Bros, et dont la boite de production New Line appartient au groupe Time Warner – mais aucunement de Joss Whedon (même s’il évoque trop rapidement encore une fois les super-héros) et J.J. Abrams, l’un de ses amis et réalisateur-scénariste du prochain Star Wars. Il y a une explication possible à cela, on pourrait relier ça au divorce de Lucas avec Disney-Lucasfilm mais, l’explication la plus plausible est que le documentaire est un film de chez TCM Cinéma, appartenant au groupe Time Warner qui posséde Warner Bros et New Line entre autres. Maintenant, place à la…
SÉANCE DE QUESTION-RÉPONSE – avec Patrice Girod
Il introduit d’abord le livre qu’il a co-écrit avec Arnaud Grunberg (avec une préface de Robert Watts), Générations Science-Fiction, qui a des liens avec le documentaire vu dans la soirée. Car s’il a beau parlé de S-F, il parle aussi beaucoup de Fantastique.
Il revient ensuite sur la chance d’avoir eu « à l’époque [années 70s et 80s] Spielberg et Lucas » qui ont « apporté un nouveau souffle à un cinéma vieillissant » et adressé « principalement aux trentenaires ».
Star Wars a lancé sa cinéphilie, c’est un conte mythologique, il dit aussi que Lucas a raison quand ce dernier dit que c’est un film fantastique (voir extrait ci-dessous). Votre serviteur vous proposera tout de même de ne pas trop écarter Star Wars du genre de la Science-Fiction. Car si celle-ci propose des visions de notre avenir, un théoricien du cinéma (dont le nom nous reviendra plus tard) a justement dit que si la saga se passait « il y a bien longtemps dans une galaxie très lointaine », elle nous exposait aussi les technologies de demain, de notre futur.
Il faut savoir que Patrice Girod a été extrêmement important pour Star Wars (et même les autres productions de Lucasfilm) et ses fans en France notamment. Il est le premier dans le monde à avoir proposé un magazine Star Wars. Lucasfilm avait approché à une société de production de revue d’en mettre une en place, ils en produisaient d’ailleurs une sur Star Trek, ils ont refusé l’offre de la société. « Ça ne nous intéresse pas ! » ont dit d’autres rédacteurs très réputés, explique Patrice Girod avec un sourire d’ironie par rapport au fait que tous ou presque en parlent aujourd’hui, certains par nécessité rajoutera-t-on.
Il continue en expliquant qu’à l’époque, Star Wars était une grande famille, et qu’une relation d’amitié s’est créée avec Lucas. Aujourd’hui, forcément, c’est bien plus gros et c’est alors autre chose, dit-il. Selon lui, ça n’est pas plus mal que Disney ait racheté Lucasfilm et les licences qui vont avec, car la société s’occupe véritablement de son patrimoine qu’elle fait revivre via des ressorties de Blanche-Neige et les Sept Nains ou avec des tentatives d’adaptation live entre autres choses.
Patrice Girod explique ensuite que Lucas a un rapport à la technologie très important. Au-delà d’être un cinéaste, il est devenu aussi architecte et s’est lancé dans d’autres domaines professionnels dès 1977. Avec le succès du premier épisode de sa mythique saga, il a aussi commencé à investir des millions de dollars chaque année en recherche et développement. Il a ainsi créé petit à petit, au fur et à mesure des années, tous les outils pour faire ses films et aider le cinéma à progresser technologiquement.
Sur son rapport aux marionnettes qu’ils semblent énormément apprécier…
II répondit à la question d’un collègue en expliquant que Lucas aime énormément les marionnettes qui sont déjà pour certains une technologie (pouvons-nous ajouter), et c’est peut-être lié à son rapport à l’acteur, continue Monsieur Girod. C’est un cinéaste très timide, qui craint d’être face à l’acteur, explique-t-il.
Sur la mise en place de la prélogie
À la fin des années 80s, début 90s, Star Wars ne faisait plus beaucoup parler de lui. Après avoir vu été bluffé par les effets spéciaux de Jurassic Park (Steven Spielberg, 1993), Lucas décide d’attaquer la deuxième trilogie de la saga, les prequels. La ressortie de la saga nommée Édition Spéciale permit de relancer la « machine Star Wars », et elle permet aussi de tester les effets spéciaux numériques, de revoir les films dans des conditions optimisées, et ainsi de les faire découvrir par la nouvelle génération.
Patrice Girod reproche aux Blu Ray sortis récemment de ne pas proposer les versions originales des films. Il explique que Disney doit investir dix millions de dollars pour des restaurations complètes des films, notamment du premier volet dont les matériaux filmiques ont été grandement endommagés. « Bah ils les ont », dit discrètement et de manière amusée Maxime, provoquant une vague de rire autour de lui.
Une anecdote intéressante : Les Aventuriers de l’Arche Perdue, premier volet d’Indiana Jones réalisé par Steven Spielberg en 1981, a connu aussi une édition spéciale diffusée notamment à la télévision. Le cinéaste aura fait retiré les modifications, on peut ainsi voir le film dans sa version originale dans les Blu Ray.
« Ne trouvez-vous pas que Lucas est un révisionniste de sa propre histoire ? Il a retravaillé à de nombreuses reprises ses films qu’il a encore modifié pour les versions Blu Ray… Et il ne cesse de tenir des discours opposés à ce qu’il a pu dire avant, notamment avant la vente Disney… Encore dernièrement il a tenu des propos assez violents par rapport à son ancienne création, et il semble complètement cynique vis-à-vis de Star Wars… »
« Alors, deux questions » répond-il. D’abord, il revoit ses œuvres, puisque comme un peintre, c’est un artiste qui est maître de son œuvre pour le meilleur et pour le pire. Il a raison, dit Patrice Girod, dans le sens où il a le pouvoir et que l’on ne peut rien faire. Hélas pour nous, nous ne pouvons avoir accès aux versions originales.
Sur le côté cynique, il faut savoir que la relation de Lucas à Star Wars est celle d’un maître et son esclave. Il cite Coppola qui a dit : « Avec Star Wars, on a perdu un réalisateur. ». S’il est cynique, oui, il est un homme très troublé par l’impact de son œuvre, toujours aussi vivante quarante ans plus tard, explique Patrice Girod. Nous vous conseillons de lire Martin Scorsese concernant la vision de Lucas moins comme un réalisateur qu’un grand producteur tel que Darryl F. Zanuck.
Il faut dire aussi que comme les grands artistes, il a évolué, le Lucas d’aujourd’hui n’est plus celui de la trilogie originale, poursuit-il. Spielberg n’est plus celui qui a réalisé Les Aventuriers de l’Arche Perdue, Picasso a eu sa période bleue… Et en effet son regard a bien changé. Nous rajouterons que si Spielberg a évolué, il a toujours gardé son regard unique, et s’il a une période obscure avec les sombres Minority Report (2002) ou encore la Guerre des Mondes (2005), il n’est pas devenu cynique et aigri par rapport à ses anciens films comme l’est devenu Lucas. Spielberg a mûri, mais est resté selon nous lui-même.
« On peut observer ce changement radical de pensée, dans l’évolution du concept de la Force dans la saga, qui est mystique, religieuse dans la trilogie originale, pour devenir un concept scientifique dans la prélogie avec l’idée des midichloriens… »
Oui, tout à fait, répond-il. Et c’est peut-être aussi une action de Lucas pour montrer au producteur Gary Kurtz qu’il était le maître, poursuit-il. « George est très gentil… Mais vous savez, ces gens ont de l’égo » rajoute-t-il. De plus il a laissé sa création à Disney, et Patrice Girod pense que le grand créateur regrette.
« Concernant la nouvelle trilogie de séquels (dont le premier volet Star Wars Le Réveil de la Force arrivera à la fin de ce mois de décembre), il faut dire que Lucas et Kennedy avaient déjà mis en place la nouvelle trilogie avant la vente de Lucasfilm à Disney, comme nouveau système de production pour relancer la société… »
Oui, avec les échecs de Redtails (2012, Anthony Hemingway) et du projet Star Wars 3D (dont La Menace Fantôme fut le seul film ressorti avec cette technologie en 2012), Lucasfilm est dans une position délicate, explique Patrice Girod. « Lucas sent le vent tourner », il pense à prendre sa retraite, en discute avec Bob Iger (le patron de Disney) qui est prêt à racheter, mais le créateur refuse de vendre. La vente est finalement lancée, mais Iger demande à Lucas de lui donner les trois synopsis de sa nouvelle trilogie. Histoires qui ne seront pas respectées comme l’on a appris dernièrement de Lucas dans ses récentes interviews, dit Monsieur Girod. Il nous faut rajouter que Lucas a déclaré qu’il voulait raconter ce qui s’était passé, sans en dire plus, on peut supposer qu’il s’agissait pour lui de raconter aux nouvelles générations ce qui a eu lieu dans les épisodes précédents, ce que font Abrams et Kasdan (coscénariste de l’Épisode VIILe Réveil de la Force, mais aussi des Épisodes V et VI ainsi que des Aventuriers de l’Arche Perdue) à travers les nouveaux personnages qui connaissent encore apparemment la guerre, et à travers une nouvelle histoire développée indépendamment de Lucas, d’après ce qu’on a pu lire ici et là. Voir trailer ci-dessous :
Sur l’avenir de George Lucas
Ce dernier devrait revenir à ses projets de films expérimentaux. Mais il ne les montrera jamais au public. Aussi il travaille à la mise en place du Lucas Museum of Narrative Arts, qui ouvrira ses portes à Chicago vers 2019/2020, et non à San Francisco comme annoncé au départ du projet, l’artiste s’étant fait des ennemis là-bas, explique Patrice Girod. Son but est est de démocratiser l’art dans les médias du cinéma et du jeu vidéo… De mettre en avant tous les artistes, les dessinateurs, peintres qui œuvrent dans ces grandes œuvres, conclut Monsieur Girod.
Ce fut le dernier mot de cet échange avec Patrice Girod. L’équipe de TCM Cinéma proposa de gagner le livre qu’il a co-écrit, Générations Science-Fiction, sorti le 2 décembre et édité par Bragelonne, en répondant à une question : « Quelle a été la source d’inspiration de George Lucas pour Chewbacca dans Star Wars ? ». Et votre serviteur a dégainé la réponse plus vite qu’un tir de blaster et a gagné le livre, qui nous semble très intéressant. Nous vous laisserons vous amuser à répondre à celle-ci.
Le livre a été dédicacé par Patrice Girod, et l’un des premiers Lucasfilms Magazine de votre serviteur-rédacteur, le n°52 contenant un édito émouvant de ce grand monsieur concernant la Star Wars Reunion de 2005, a pu être signé aussi. Nous avons pu tous les deux échanger pendant une bonne dizaine de minutes notamment à propos de la nouvelle trilogie Star Wars. Cet écrit s’étirant, j’en retiendrai la jolie expression de Monsieur Girod concernant l’Épisode VII : Le Réveil de la Force : « Il faut que les poils (des bras) se lèvent. ».
Enfin nous remercions l’équipe de TCM Cinéma pour son superbe accueil et pour leurs cadeaux : un sac avec un logo de la chaîne, un t-shirt de la soirée, et une clef usb Canal + avec le dossier de presse, les bandes-annonces, etc.
À très vite pour la critique de Star Wars Le Réveil de la Force le mercredi 16 décembre, et comme l’a écrit à deux reprises Patrice Girod : « May the 4th B/U ! ».
Le premier Babysitting parvenait à surprendre et réussissait à convaincre par de nouveaux parti-pris techniques rarement utilisés pour la comédie en France (le found-footage), par la découverte d’une nouvelle génération d’acteurs : Philippe Lacheau, Alice David ou encore Tarek Boudali, ainsi que par un humour tantôt réfléchi, tantôt complètement potache, voir complètement « con ». Avec Babysitting 2,blagues potaches et délires en tout genre sont une nouvelle fois de la partie, toutefois, un léger essoufflement se faire sentir.
Synopsis : Sonia souhaite présenter Franck à son père, Jean-Pierre directeur d’un hôtel au Brésil. Toute la bande s’y retrouve ainsi pour y passer des vacances de rêve. Un matin, les garçons partent en excursion dans la forêt amazonienne avec la mère de Jean-Pierre. Le lendemain, ils ont tous disparu… Seule la petite caméra avec laquelle ils étaient partis a été retrouvée…
Après un réel succès au cinéma en 2014 (plus de 2 millions d’entrées), Nicolas Benamou et Philippe Lacheau reviennent au cinéma en 2015, pour la suite des aventures, ainsi que des ennuis, de la bande d’amis, bien connue de la jeunesse française. Bien qu’il n’est en rien une garde d’enfant, contrairement au premier opus, Babysitting 2 parvient à se maintenir dans la lignée du premier, même s’il s’avère bien moins convaincant.
Malgré de nouveaux personnages, comme celui de la grand-mère de Sonia (Alice David) ou la tribu d’indiens, ainsi que de nouveaux guests (Christian Clavier, dans la lignée de Gérard Jugnot, Jean-Luc Couchard ou Valérie Karsenty), Babysitting se repose sur des acquis, comme s’il suffisait de reprendre les bases du premier, et de simplement y accoler un nouveau scénario. Et encore, on qualifiera le scénario de « délire entre potes », plutôt que d’y voir une intrigue aboutie.
Les personnages sont en tous points similaires au premier opus, chacun ayant un état d’esprit, une vision de la vie qui leur est propre. Alors qu’un se la jouera dragueur, qu’un autre sera gaffeur, d’autres seront submergés par leur amour pour un(e) futur(e) conjoint(e). Mais s’ils sont tous un minimum travaillés, un personnage est des plus désagréables : Estelle, interprétée par Charlotte Gabris, dotée d’une vulgarité surjouée et accent « de cité » bien trop appuyé pour être vrai. Babysitting concentre les clichés des personnages dignes des comédies françaises, comme s’il était nécessaire d’établir un inventaire de la population française à la manière de Qu’est ce qu’on a fait au bon Dieu ?. Ensuite, le schéma est en tout point un copier-coller du premier : une caméra appartenant à un membre de la bande retrouvée, suivie d’un visionnage qui dévoile un périple fou, parsemé de règlements de compte et de révélations sur les personnages, ces dernières étant souvent sexuelles, afin de faire rire au maximum un auditoire déjà malmené par un manque de réflexion.
Pour autant, impossible de nier le fait que l’on ne s’ennuie pas, Babysitting va à 1000 à l’heure et se transforme en un réel road-movie complètement barré à travers la forêt amazonienne. Le parcours de la bande est parsemé d’embuches, certes, mais impossible de ne pas sourire au moins une fois devant leurs mésaventures (scène du parachute), et grâce à de nombreux running gags, plutôt efficaces comme celui du paresseux, ou encore les discours de la grand-mère,
Mais outre la comédie, Babysitting 2 tend à faire passer des messages par l’intermédiaire de l’aventure amazonienne de la bande. En effet, cette dernière fera la rencontre des habitants de la forêt, ces hommes et femmes vivant au cœur du poumon de la planète. Alors, certes, la bande de Franck enchaînera connerie sur connerie (incendie) ou moments loufoques (fête du village qui dérive en grosse prise de drogues), mais parallèlement, les réalisateurs donnent à voir l’impact de l’homme sur la planète, en faisant débarquer les amis dans une déchetterie au cœur de la forêt. L’Amazonie n’est malheureusement pas qu’une jungle tropicale, c’est également une décharge à ciel ouvert dans laquelle chacun vient déverser ses détritus, qu’il soit particulier ou professionnel, en échappant au regard de tous.
Christian Clavier, qui souhaite obtenir le label WWF pour son hôtel, est alors dans la tourmente, cause à des vêtements retrouvés brodés au nom de l’hôtel. En allant plus loin que la comédie, on en vient à se demander : est-il réellement possible d’établir des projets 100% écologiques, sans aucun impact sur la planète ? Alors oui, Nicolas Benamou et Philippe Lacheau tentent d’approfondir une réflexion, une remise en question, qui n’était pas de la partie dans le premier Babysitting. Mais malheureusement, les interrogations ne sont pas assez développées et bien trop superflues pour être réellement intéressantes. S’en dégage une impression d’avoir intégré des images pareilles au scénario pour faire bonne impression.
Babysitting 2 est donc dans la parfaite lignée du premier Babysitting, mais le concept commence à tourner en rond, malgré des acteurs qui se lâchent et un humour qui parvient partiellement à se renouveler. En cas de Babysitting 3, il sera impératif de faire preuve d’innovation sous peine de tomber dans un long-métrage au scénario obsolète.
Vous retrouverez ci-dessous la bande-annonce du film. Malheureusement, comme bon nombre de bande-annonce de comédie, elle est révélatrice de nombreux gags et d’éléments clés du films.
Fiche Technique : Babysitting 2
Date de sortie : 2 décembre 2015
Nationalité : Française
Réalisation : Nicolas Benamou et Philippe Lacheau
Scénario : Philippe Lacheau, Julien Arruti, Nicolas Benamou, Pierre Lacheau
Interprétation : Philippe Lacheau, Tarek Boudali, Julien Arruti, Vincent Desagnat, Alice David, Elodie Fontaine, Christian Clavier, Jean-Luc Couchard, Elisa Bachir Bey…
Photographie : Antoine Marteau
Compositeurs : Maxime Desprez, Michael Tordjman
Son : Arnaud Lavaleix
Montage : Olivier Michaut-Alchourroun
Production : Christophe Cervoni, Marc Fiszman
Société de production : Axel Fils, Madame Films
Société de distribution : Universal Pictures International France
Genre : Comédie
Durée : 93 minutes
Game of Thrones saison 6 : le teaser image par image – attention SPOILERS !
Les prophéties pour Game of Thrones saison 6 :
« We watch, we listen and we remember… The past is already written. The ink is dry… » / « Nous regardons, nous écoutons et nous nous souvenons… Le passé est d’ores et déjà écrit. L’encre est sèche. »
Ainsi s’exprime la voix-off, sentencieuse et prémonitoire de Max Von Sidow, dans cette première bande-annonce de Game of Thrones saison 6. L’acteur a rejoint le casting de la série pour cette nouvelle saison dans la peau de la corneille à trois-yeux – dans sa version humaine – aperçue à la fin de la saison 4, quand Bran arrive sous l’arbre au vieillard. Les images de cette vidéo se présentent d’ailleurs comme des visions prophétiques de Bran Stark, dans des teintes bleutées, floues, oniriques. En témoignent ses yeux blancs à la fin du trailer. On aperçoit des flashs multiples et très très brefs, trop brefs… Et on peut vraiment dire que la production nous laisse sur notre faim avec cette vidéo stroboscopique de la série ! Le teaser revient évidemment sur la fin de la saison 5 et le destin tragique qui emporte notre valeureux Jon Snow (personnage préféré du Président Obama, au passage) mais on y voit aussi d’autres images qui méritent d’être un peu étudiées.
Le teaser de Game of Thrones débute par une image statique de Jon Snow, debout dans un paysage brumeux aux tons bleu-gris, suggérant ce passage entre la vie et la mort, cet état de latence dans lequel il se trouve à la fin de la saison 5. Mais au bout de 20 secondes, les images fusent. D’abord avec un rappel de la mise à mort du jeune corbeau, mise en parallèle avec celles de son père, Ned Stark et de Lady Catelyn Stark. Nous passons ensuite brièvement sur les yeux vitreux de Arya, désormais aveugle, puis les flashs s’entremêlent : un marcheur blanc, une épée dans les flammes, la mort du bâtard Lannister, celle de Robb Stark, la main de Jaime Lannister et la Khaleesie piégée en haut d’une falaise avec son dragon. Tous face à leurs destinées. Alors, les images des marcheurs blancs se multiplient, elles envahissent l’écran mais on peut découvrir, parmi elles, Sensa et Littlefinger ainsi qu’un bébé. Ce nourrisson n’est autre que le bébé de Craster enlevé par les morts-vivants dans la saison 4 et le gros plan sur son regard bleu nous envoûte et nous interroge à nouveau…
La vidéo se termine par un retour sur Jon Snow, à terre, dans une mare de sang et se clôture sur un autre gros plan : les yeux de Bran blanchis par les visions. La voix solennelle du jeune homme annonce : « They have no idea what’s going to happen !». Au coeur de la thématique de ce trailer donc, des regards, des yeux qui laissent beaucoup de questions en suspens. Le temps va sembler très long d’ici Avril 2016 mais après une telle annonce on aurait presque envie de revoir la saison 4 qui semble être une période clef dans la série !
Better Call Saul, Mad Men, Mr Robot…découvrez la liste des candidats pour la cérémonie des Writers Guild Awards :
Les Writers Guild of America Est et Ouest ont annoncé leurs nominés pour représenter les meilleurs scénaristes de la télévision et des médias lors de la 68ème cérémonie des Writers Guild Awards. Le terme Writers Guild of America désigne un syndicat puissant de scénaristes américains qui protège les droits d’auteur tout en les favorisant dans le domaine du cinéma et en récompensant leurs créations.
Nominés dans plusieurs catégories, Better Call Saul,Mr. Robot et Unbreakable Kimmy Schmidt sont déjà en tête avec évidemment Game of Throneset Mad Men. La sérieThe Last Man on Earths’est aussi faite remarquer tout comme les frasques d’Amy Schumer. Les Writers Guild Awards Est et Ouest se tiendront simultanément à New York et Los Angeles le 13 février 2016 pour récompenser les vainqueurs.
Les Nominés aux Writers Guild Awards pour la télévision (par catégorie et ordre alphabétique) :
TÉLÉVISION et MÉDIAS : séries dramatiques : -The Americans écrit par Peter Ackerman, Joshua Brand, Joel Fields, Stephen Schiff, Lara Shapiro, Joe Weisberg, Tracy Scott Wilson, Stuart Zicherman (sur FX) -Better Call Saul écrit par Vince Gilligan, Peter Gould, Gennifer Hutchison, Bradley Paul, Thomas Schnauz, Gordon Smith (sur AMC) –Game of Thrones scénario de David Benioff, Bryan Cogman, Dave Hill, D.B. Weiss (sur HBO) -Mad Men par Lisa Albert, Semi Chellas, Jonathan Igla, Janet Leahy, Erin Levy, Tom Smuts, Robert Towne, Matthew Weiner, Carly Wray (sur AMC) –Mr. Robotécrit par Kyle Bradstreet, Kate Erickson, Sam Esmail, David Iserson, Randolph Leon, Adam Penn, Matt Pyken (USA Network)
TÉLÉVISION et MÉDIAS : séries comiques -Broad City écrit par Lucia Aniello, Paul W. Downs, Naomi Ekperigin, Ilana Glazer, Abbi Jacobson, Chris Kelly, Anthony King, Jen Statsky (sur Comedy Central) -Silicon Valley écrit par Amy Aniobi, Alec Berg, Carrie Kemper, Sonny Lee, Dan Lyons, Carson Mell, Dan O’Keefe, Clay Tarver, Ron Weiner (sur HBO) –Transparent par Arabella Anderson, Bridget Bedard, Micah Fitzerman-Blue, Noah Harpster, Ethan Kuperberg, Ali Liebegott, Our Lady J, Faith Soloway, Jill Soloway (Amazon Studios) –Unbreakable Kimmy Schmidt par Emily Altman, Jack Burditt, Robert Carlock, Azie Mira Dungey, Tina Fey, Lauren Gurganous, Charla Lauriston, Sam Means, Dan Rubin, Meredith Scardino, Allison Silverman, Lon Zimmet (Netflix) -Veep par Simon Blackwell, Jon Brown, Kevin Cecil, Roger Drew, Peter Fellows, Neil Gibbons, Rob Gibbons, Sean Gray, Callie Hersheway, Armando Iannucci, Sean Love, Ian Martin, Georgia Pritchett, David Quantick, Andy Riley, Tony Roche, Will Smith (sur HBO)
NOUVEAUTÉS SÉRIES : -Better Call Saul -Bloodline écrit par Jonathan Glatzer, Carter Harris, Glenn Kessler, Todd A. Kessler, Addison McQuigg, Arthur Phillips, Jeff Shakoor, Daniel Zelman (Netflix) –The Last Man On Earth par Andy Bobrow, Liz Cackowski, Erik Durbin, Will Forte, Kira Kalush, Matt Marshall, Tim McAuliffe, David Noel, Erica Rivinoja, John Solomon, Emily Spivey (Fox) –Mr. Robot -Unbreakable Kimmy Schmidt
SCÉNARIO INTÉGRAL ORIGINAL : -American Horror Story : Hotel par Brad Falchuk, John J. Gray, Todd Kubrak, Crystal Liu, Ned Martel, Tim Minear, Ryan Murphy, Jennifer Salt, James Wong (FX) -Flesh and Bone par Bronwyn Garrity, Jami O’Brien, Adam Rapp, Moira Walley-Beckett, David Wiener (Starz) -Saints & Strangers par Seth Fisher, Walon Green, Chip Johannessen, Eric Overmyer (National Geographic Channel) -Sons of Liberty par Stephen David, Kirk Ellis, David C. White (History Channel)
SCÉNARIO INTÉGRAL ADAPTED : –Fargopar Steve Blackman, Bob DeLaurentis, Noah Hawley, Ben Nedivi, Matt Wolpert, Based on the film Fargo (FX) -The Red Tent par Elizabeth Chandler, Anne Meredith, Based on the book The Red Tent by Anita Diamant (Lifetime) -Show Me A Hero par David Simon, William F. Zorzi, Based on the book by Lisa Belkin (HBO)
Épisode de série dramatique : -“Explosivos” (Narcos) par Andy Black -“International Assassin” (The Leftovers) par Damon Lindelof & Nick Cuse -“Mind’s Eye” (The Good Wife) par Robert King & Michelle King -“Mother’s Mercy” (Game of Thrones) par David Benioff & D.B. Weiss -“Person to Person” (Mad Men) par Matthew Weiner -“Uno” (Better Call Saul) par by Vince Gilligan & Peter Gould
Épisode de série comique : -“Alive in Tucson” (The Last Man On Earth) par Will Forte -“Connection Lost” (Modern Family), par Megan Ganz & Steven Levitan -“Joint Session” (Veep) par Simon Blackwell & Georgia Pritchett, Story by Armando Iannucci & Simon Blackwell & Georgia Pritchett
-“Racegate” (Maron), par Dave Anthony
–“Rock, Paper, Scissors, Gun” (black-ish), par Peter Saji
-“Sand Hill Shuffle” (Silicon Valley), Written by Clay Tarver
COURT – ORIGINAL -“Back to Reality” (Weight) par Daryn Strauss -“Born This Way” (Anyone But Me) par Susan Miller COURT – ADAPTATION -“Chapter Two : Phoebe” (Heroes Reborn : Dark Matters) par Zach Craley -“Part 8” (Fear The Walking Dead : Flight 462) par L. Signorino & Mike Zunic
“The Summer of Love, Part 1: Meet Charlie” (Aquarius) par Mike Moore & David Reed
SÉRIES DE VARIÉTÉS : –Conan, -The Daily Show with Jon Stewart, -The Late Show with Stephen Colbert, -Real Time with Bill Maher, -The Tonight Show, -Inside Amy Schumer, -Key & Peele, -Saturday Night Live
SPECIALS : -The 69th Annual Tony Awards -2014 Kennedy Center Honors -2015 Film Independent Spirit Awards -Amy Schumer : Live at The Apollo, écrit par Amy Schumer -Jimmy Kimmel Live: 10th Annual After The Oscars Special -Saturday Night Live 40th Anniversary Special
QUIZ ET AUDIENCE : -Hollywood Game Night -Jeopardy
FEUILLETONS DRAMATIQUES : -The Bold and the Beautiful -Hôpital Central
ANIMATIONS : -“Gayle Makin’ Bob Sled” (Bob’s Burgers) -“Halloween of Horror” (The Simpsons) -“Hank After Dark” (BoJack Horseman) -“Housetrap” (Bob’s Burgers) -“Sky Police” (The Simpsons) -“Walking Big & Tall” (The Simpsons)
SCÉNARIOS D’ENFANTS : -“Endless Night” (Gortimer Gibbon’s Life on Normal Street) -“Girl Meets I am Farkle” (Girl Meets World) -“Gortimer and the Surprise Signature” (Gortimer Gibbon’s Life on Normal Street) -“Gortimer vs The Relentless Rainbow of Joy” (Gortimer Gibbon’s Life on Normal Street) -“Ranger vs. The Fabled Flower of Normal Street” (Gortimer Gibbon’s Life on Normal Street) -“Descendants”
DOCUMENTAIRES : -“American Terrorist” (Frontline), par Thomas Jennings -“Gunned Down: The Power of the NRA” (Frontline), par Michael Kirk & Mike Wiser
–“Firestone and the Warlord” (Frontline), par Marcela Gaviria
–“The Forgotten Plague” (American Experience), par Chana Gazit
–“The Great Math Mystery” (Nova), par Daniel McCabe
–“Secrets, Politics and Torture” (Frontline), par Michael Kirk & Mike Wiser
JOURNAL TÉLÉ : bulletins d’information & commentaires
–“Cuba” (60 Minutes) sur CBS News
–“Yogi Berra Tribute” sur CBS Newspath
–“The Storm After the Storm” (60 Minutes) sur CBS News
The Assassin : retour gagnant du cinéaste taïwanais Hou Hsiao Hsien
Cela faisait presque une décennie que nous n’avions pas vu un film de Hou Hsiao Hsien ; une absence rompue lors du dernier festival de Cannes, où il présente The Assassin et remporte le prix de la mise en scène. Ce dix-neuvième long métrage faisait aussi figure d’évènement lors de la 37ème édition du festival des 3 continents, puisque nous ne pourrons le découvrir en salle que lorsque l’année 2016 sera bien entamée (sans doute courant avril).
Un privilège en somme pour la petite salle du Katorza, pleine à craquer ; et aussi une nouvelle preuve de l’excellente relation qu’entretient le festival avec les grands cinéastes asiatiques. Il faut dire que Hou Hsiao Hsien repart vainqueur de Nantes par deux fois durant les années 80 (Montgolfière d’or pour Les garçons de Fengkuei, et Un été chez grand père en 84 et 85). Après cette (longue) césure, le réalisateur taïwanais revient en conquérant langoureux et signe un film de genre éblouissant.
Si l’on a vu une de ses œuvres, on sait qu’il entretient une relation assez singulière avec le rythme et son ressenti ; et alors que le film de sabre répond dans notre imaginaire collectif à certains critères de furtivité et de violence, il était tout à fait intriguant d’imaginer comment le cinéaste allait réunir les deux. Et la réponse apportée est avant tout esthétique. Une application quasi obsessionnelle à faire de chaque secondes de ce film un tableau épique ou une estampe mystérieuse. La scène d’ouverture, en noir et blanc, est d’une pureté qui nous aurait presque fait regretter la photographie colorée de Mark Lee Ping Bin (In the mood for love) si celui-ci n’enrobait pas le film d’une beauté plastique qui sied parfaitement à l’incandescence guerrière de Shu Qi. L’actrice est parfaite en mante religieuse abîmée et vengeresse.
La liste des flatteries est longue tant il est appréciable de contempler ce film de Hou Hsiao Hsien, qui emprunte autant à l’orfèvrerie qu’à la poésie. On pourrait également parler longtemps des costumes, ces silhouettes armées qui fusent d’arbres en arbres, ces kimonos qui chatoient dans des palais luxuriant et précieux. Mais si The Assassin ne s’arrête pas à sa beauté formelle, il est cependant freiné par la confusion qui émane de l’histoire, une légende traditionnelle qui provient d’une Chine très ancienne et qui a du mal à trouver tout son sens sous la caméra de Hou Hsiao Hsien. Pourtant les schémas sont simples : Nie Yinniang revient dans sa famille après plusieurs années d’exil.
Son éducation a été confiée à une nonne qui l’a initiée dans le plus grand secret aux arts martiaux. Véritable justicière, sa mission est d’éliminer les tyrans. A son retour, sa mère lui remet un morceau de jade, symbole du maintien de la paix entre la cour impériale et la province de Weibo, mais aussi de son mariage avorté avec son cousin Tian Ji’an. Fragilisé par les rébellions, l’Empereur a tenté de reprendre le contrôle en s’organisant en régions militaires, mais les gouverneurs essayent désormais de les soustraire à son autorité. Devenu gouverneur de la province de Weibo, Tian Ji’an décide de le défier ouvertement. Alors que Nie Yinniang a pour mission de tuer son cousin, elle lui révèle son identité en lui abandonnant le morceau jade. C’est maintenant qu’elle va devoir choisir entre sacrifier l’homme qu’elle aime ou rompre définitivement avec l’ordre des Assassins. Il est peut être bon d’avoir ces quelques lignes en tête afin de ne pas boire la tasse lorsque nous tomberont dans cette mer d’images. Et quand bien même l’intrigue de cette fable chevaleresque nous filerait entre les doigts, on se laissera bercer par ce courant unique et somptueux.
La Bande-annonce de The Assassin de Hou Hsiao Hsien :
Happy Hour : Hamaguchi doublement récompensé
Si le temps est élastique dans les films du taïwanais, que dire du film Happy Hour de Ryusuke Hamaguchi ? Le cinéaste japonais accouche d’un film de 5h17, mais cela n’a effrayé en rien les festivaliers cette semaine, puisqu’ils lui ont décerné le prix public ; récompense qui trouvera sa grande sœur en la présence de la montgolfière d’argent également ! Un poids horaire hors norme mais qui pèse finalement peu sur le rendu du film ; car bien des réalisateurs nous assomment en moins de 2 heures. Hamaguchi propose une expérience, une invitation, dans la vie de 4 femmes japonaises dont l’amitié a forgé des liens solides, mais qui peu à peu se décomposent à l’annonce du divorce et la fuite de l’une d’entre elles. Ayant le temps de s’attarder, le cinéaste japonais peaufine ce quatuor féminin, et dresse des portraits attachants, intimes, réalistes de la femme moderne japonaise. Un travail bâti dans le quotidien et les dialogues, parfois autour de longues scènes aux allures de chapitres, qui au fûr et à mesure dévoilent le désamour qui anime les différents couples. Une sororité malheureuse qui se soutient autant qu’elle s’attaque, où chacune de ses femmes essaie de régler ses problèmes dans la vie des autres ; une façon pour elles de camoufler leur propre solitude, et d’éviter leur réalité. Hamaguchi appose sa caméra, souvent fixe, sur quatre actrices vibrantes, et désenchante (parfois plus que nécessaire, avec des hommes un peu trop ridicules) la vie à deux. Un film sobre, élégant, juste, qui offre quelques séquences de hautes volées.
La bande-annonce de Happy Hour de Ryusuke Hamaguchi :
Pour sa toute première réalisation, autant dire que Jamel Debbouze s’est montré des plus ambitieux. En effet, au lieu de livrer un long-métrage des plus classiques, l’humoriste a préféré se lancer dans la mise en chantier d’un film d’animation.
Synopsis : L’histoire d’Édouard, fils aîné du roi des simiens qui, ayant été rejeté par les siens à cause de son aspect chétif, va se retrouver plonger dans une aventure qui va lui permettre de révolutionner l’ordre établi et mener son peuple vers l’évolution de l’humanité…
Jamel Debbouze singe son ambition
En motion capture, qui plus est ! Vous savez, cette technique qui a permis à Peter Jackson de donner naissance à Gollum ? Qui a aidé James Cameron à concrétiser son Avatar ? Qui s’est montré décisif pour la direction artistique du Tintin de Steven Spielberg ? Vous l’aurez compris, Jamel s’était lancé un pari d’envergure qui aurait très bien pu offrir de nouveaux horizons au cinéma français, aussi bien en termes de comédie que d’animation. Malheureusement, il s’est totalement loupé sur ce coup, et ce malgré le succès commercial de Pourquoi j’ai pas mangé mon père (plus de 2,3 millions d’entrées).
Déjà au niveau de l’aspect visuel : c’est tout simplement laid ! Il est vrai que Jamel Debbouze n’a pas bénéficié d’autant de moyens que sur Le Domaine des Dieux (23 millions d’euros contre un minimum de 30 millions), ni d’un talent aussi confirmé que Louis Clichy (ce dernier venant de chez Pixar). Mine de rien, il n’est pas excusable que Jamel se contente ainsi d’une œuvre qui, de nos jours, s’apparente bien plus à une cinématique de jeu vidéo issu de la première PlayStation que d’un film d’animation digne de ce nom. Et pour cause, l’ensemble ne donne nullement l’impression d’avoir été terminé, proposant pour le coup un visuel des plus discutables. Aux décors grossiers. Aux couleurs bien trop agressives pour la rétine. Aux personnages inexpressifs et raides comme des piquets ayant une gestuelle pesante et approximative. D’autant plus que le tout manque cruellement de finesse et de fluidité pour accrocher l’œil. Peut-être que si Jamel ne s’était pas autant pressé et avait pris plus de temps à fignoler son projet, le public aurait sans doute eu droit à quelque chose de bien plus présentable que cela.
Mais même si le rendu visuel avait été soigné, Pourquoi j’ai pas mangé mon père se serait montré tout aussi décevant qu’il ne l’est déjà. La faute revenant principalement à une écriture en roue libre, qui transforme l’œuvre de Roy Lewis (Pourquoi j’ai mangé mon père, roman riche en thématiques) en un one man show raté. Un film dans lequel Jamel Debbouze ne fait que se donner en spectacle au point de se représenter littéralement à l’image (jusqu’à son atrophie) et en faisant jouer sa propre femme Mélissa Theuriau, productrice de métier et non actrice. N’en faisant que pour lui, Debbouze en oublie de donner de la matière à son histoire qui part véritablement dans tous les sens, se présentant telle une coquille vide et énervante à cause de comédiens braillant constamment à plein poumons (n’ayant pas eu droit à une sensationnelle direction d’acteur). Et surtout, il fait l’impasse sur ce qu’il réussit pourtant le mieux, à savoir l’humour. Contre toute attente, Pourquoi j’ai pas mangé mon père se révèle être avare en gags et ne met que trop rarement dans le mille, les situations comiques et autres réparties tombant bien trop souvent à plat. Tout comme ce soi disant hommage à Louis de Funès (deux personnages, notamment celui de Vladimir, ayant son faciès et ses mimiques) qui le singe comme ce n’est pas permis. Autant dire qu’avec un divertissement qui brasse du vent et qui ne fait pas spécialement rire, les adultes et surtout les enfants n’auront pas grand-chose à se mettre sous la dent.
Reste-t-il au moins des atouts à Pourquoi j’ai pas mangé mon père pour sauver les meubles ? Pas vraiment … Peut-être un rythme un chouïa endiablé qui permet à certaines séquences (comme celle de la charge des rhinocéros) de sortir du lot de par leur dynamisme. Ou encore une bande son, également en roue libre, mais qui offre un peu d’énergie à cette animation bien balourde et mollassonne. Certes, les plus jeunes pourront s’en contenter et se laisser aller sans s’ennuyer une seule seconde, mais cela n’est toujours pas suffisant pour faire passer cette terrible déception. Preuve que malgré son ambition et sa volonté, Jamel Debbouze s’est montré bien trop paresseux et n’a tout simplement pas l’étoffe d’un metteur en scène. Et ceci n’est pas une question d’animation, car même en dehors de ce genre de cinéma, il faut savoir diriger ses comédiens tout en parvenant à mettre en image ses idées via les différentes techniques mises à disposition (dont le montage, les effets spéciaux…). Critères que Jamel n’arrive pas à remplir ici, donnant pour le coup un produit brouillon au possible.
Pas sûr que les fans les plus assidus de l’humoriste puissent avoir leur compte avec ce long-métrage. Pourquoi j’ai pas mangé mon père a beau partir d’une idée novatrice pour le cinéma français, il n’est finalement rien d’autre qu’un cuisant échec sur bien des points. Si Jamel décide de persister sur la voie de la réalisation, il lui est fortement conseillé de faire mieux que cela. Sinon, il n’est vraiment pas certain que son prochain projet parvienne à réunir autant de spectateurs que Pourquoi j’ai pas mangé mon père.
Pourquoi j’ai pas mangé mon père : Bande-annonce
Pourquoi j’ai pas mangé mon père : Fiche technique
France, Italie – 2015 Réalisation : Jamel Debbouze Scénario : Jamel Debbouze, Fred Fougea, Jean-Luc Fromental, Ahmed Hamidi, Victor Mayence, Pierre Ponce, John R. Smith et Rob Sprackling, d’après l’oeuvre de Roy Lewis Interprétation : Jamel Debbouze (Édouard), Mélissa Theuriau (Lucy), Arié Elmaleh (Ian), Patrice Thibaud (Vladimir et Serguey), Christian Hecq (Siméon), Diouc Koma (Vania en motion capture), Adrien Antoine (doublage de Vania), Georgette Kala-Lobé (la Sorcière)… Date de sortie : 8 avril 2015 Durée : 1h32 Genre : Animation Direction artistique : Charles Pottier Montage : Dorian Rigal-Ansous Musique : Laurent Perez Producteurs : Fred Fougea et Romain Le Grand Productions : Pathé, Boréales, Kiss Films, M6 Films, Cattleya, uFilm, Canal +, Ciné +, M6, W9, Stellar Mega Films, uFund, Le Tax Sherlet du Gouvernement Fédéral de Belgique et CNC Distributeur : Pathé
Le Grand jeu trompe en quelque sorte son spectateur dans ses premières images. Tout commence comme dans un film muet, où un ballet de portes s’ouvre. On y croise des personnages qui entrent et sortent d’une pièce où semble d’abord se jouer une arrestation feutrée dans un hôtel périphérique.
Synopsis : Pierre Blum, un écrivain de quarante ans qui a connu son heure de gloire au début des années 2000, rencontre, un soir, sur la terrasse d’un casino, un homme mystérieux, Joseph Paskin. Influent dans le monde politique, charismatique, manipulateur, il passe bientôt à Pierre une commande étrange qui le replongera dans un passé qu’il aurait préféré oublier et mettra sa vie en danger. Au milieu de ce tumulte, Pierre tombe amoureux de Laura, une jeune militante d’extrême gauche; mais dans un monde où tout semble à double fond, à qui peut-on se fier ?
Jeux dangereux
Bientôt, c’est une fuite qui s’invente. La caméra survole toute cette scène, sans s’attacher à un personnage en particulier (nous recroiserons la plupart des figures esquissées par la suite). Passée cette scène, on entre dans le vif du sujet. La caméra s’arrête sur Pierre (Melvil Poupaud) et Joseph (André Dussolier). Leur rencontre apparaît d’abord comme un pur hasard. Mais nous découvrirons très vite que le film ne laisse rien au hasard, les cartes sont jouées d’avance, pourtant les personnages semblent toujours avoir un coup de retard sur le metteur en scène tout puissant. Jospeh apparaît comme celui qui tire les fils de l’intrigue (c’est lui qui décide où va Pierre), mais il les tire très mal, de manière si désarticulée que la réalité lui échappe. Finalement, Le Grand Jeu est un film très bavard avec des dialogues très bien écrits et un sens de l’ironie où chacun en prend pour son grade. La définition de la politique – et du rôle des journalistes politiques ici assimilés à des «commentateurs sportifs» – est assez savoureuse. Car la politique est au cœur du film. Pourtant, si le point de départ du film est l’affaire Tarnac, l’objet purement politique est assez vite évacué. Le réalisateur s’intéresse avant tout aux personnages, à leurs mots, à leur interactions, à leurs dilemmes personnels. Pour cela, il a minutieusement choisi ses acteurs, de Melvil Poupaud à Clémence Poesy, en passant par Sophie Cattani, tous sont parfaitement dans leurs rôles.
Ambition balzacienne et littéraire
Sans ménager son suspense, et ses grands déplacements (on passe de Paris à la campagne avant de finir dans le fin fond du Kent, en Angleterre, sans oublier les librairies, point d’ancrage de l’œuvre « politique » de Pierre), le film est avant tout une fresque sociale (mais sans la pesanteur de l’appartenance à un milieu) où se croise un foisonnement de personnages. Des hommes, enfin, surtout Pierre et les femmes qui sillonnent son chemin. Il est autant question de politique –soit d’exercice du pouvoir et de tactique politicienne – que d’engagement idéaliste et aussi de désengagement. Car Pierre est un personnage central pourtant à côté de sa vie, en retrait. Quand on le rencontre, il a cessé toute activité salariale et ne voit plus grand monde à part son ex-femme. Cette ancien « écrivain prometteur » qui n’a jamais passé le stade du premier livre, a remis en cause le sens de l’engagement idéologique, celui de l’extrême gauche. Il s’est fâché avec ses amis et erre dans un grand manteau sombre, dans des mariages où il redoute de « croiser son ex avec sa fille (qui n’est pas la sienne) ». L’élégance serait le maître mot de ce film aux influences diverses, du roman Sous les yeux de l’occident de Joseph Conrad à Triple agent d’Eric Rohmer, ainsi qu’un sens aigu du verbe. L’action est mise en question, pourtant elle peine à s’accomplir, tant des retards viennent perturber les plans des personnages, ou du moins des obstacles.
« Tout est politique »
L’entreprise de peindre des personnages divers, de leur laisser un espace d’expression est fort intéressante. Ici, les scènes durent, là où on aurait tendance à l’ellipse ailleurs, les personnages expriment leur propre contradiction, échangent, s’observent. Mais cette tendance à vouloir donner sa place à chacun éparpille un peu ce film qui « part dans tous les sens ». On ne sait plus vraiment où l’on est, d’autant que l’évacuation de l’intrigue politique (dont on ne comprend que vaguement les enjeux) parait étrange dans le sens où c’est cette intrigue qui sous-tend tout le film, son sens. Dès lors, Pierre est décrit par les personnages qui l’entourent. C’est d’abord cet homme mystérieux qui lui propose un marché, une jeune fille croisée dans une librairie qui lui rappelle le premier baiser avec son ex-femme, sorte de protectrice à laquelle il n’échappe pas et, enfin, Laura, militante pacifiste, interprétée avec douceur par Clémence Poesy. Tous ces personnages gravitent autour de Pierre, silhouette reconnaissable entre mille, mais qui s’échappe à lui-même tant il laisse les autres faire pour lui, décider pour lui, le guider. Lui, n’est qu’un nom sur les couvertures des livres qu’il écrit (et encore, pas sur toutes les couvertures) et qui sont pris en main par les autres personnages du film, qui ont des conséquences sur une vie politique qui pourtant échappe complètement à Pierre. On ne sait donc plus bien où est l’ambition du film, quel milieu il cherche à peindre. Chaque personnage s’inscrit dans une démarche explicative : «pourquoi j’agis ainsi». Dans l’or et le velours des palais politiques comme au cœur d’une ferme, Nicolas Pariser (qui vient du documentaire politique) cherche à dénouer les intrigues, à faire apparaître ce qui est caché. On regrette donc que cette intrigue très bien menée, faite de nombreux enjeux peu explicités et de lieux divers et bien illustrés, ne dure pas plus longtemps. Une heure quarante à peine, c’est en effet un peu juste pour condenser l’ambition du film qui rappelle celle des nombreuses séries danoises ou norvégiennes qui peuplent les soirées télé d’Arte le jeudi soir – de Borgen à Occupied – où intimité des personnages, dilemmes moraux, politique et journalisme se mêlent au fil des épisodes pour mieux s’imbriquer et former un tout extrêmement foisonnant et captivant sur la durée.
La mise en scène est faite de moments solitaires et de groupes. Ici, on oppose «l’anonymat des grandes villes», à la solidarité des «petits villages». C’est qu’un monde doit s’effondrer selon ces militants, alors ils se préparent à vivre autrement. Pourtant, ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’au cœur des palais politiques, tout est déjà joué d’avance. Encore faut-il savoir quand il est bon de sortir du jeu.
Titre original : Le Grand jeu
Date de sortie : 16 décembre 2015
Nationalité : Française
Réalisation : Nicolas Pariser
Scénario : Nicolas Pariser
Interprétation : Melvil Poupaud, André Dussolier, Clément Poesy, Sophie Cattani
Musique : Benoit de Villeneuve et Benjamin Morando
Photographie : Sébastien Buchmann – AFC
Décors : Nicolas de Boiscuillé
Montage : Léa Masson (image), Jon Goc (son)
Sociétés de production : Bizibi, Arte France Cinéma (Olivier Père et Rémi Burah)
Sociétés de distribution : Bac Films
Genre : Drame
Durée : 99 minutes
Dans un monde parfait, les réveils n’existeraient pas. A deux reprises, le mien a été plus contraignant qu’une belle prune sur un pare-brise mitraillé par une horde de pigeons mal lunés. Poussé par la motivation d’un coureur olympique et la surprise d’un gosse de 10 ans devant un sapin au parterre coloré, je sors de Paris, car Vincennes abrite pour la 2ème année consécutive, un curieux événement cinéphilique. Le Festival du film noir a élu domicile au cinéma Le Vincennes pour 2 jours et demi, du 26 au 29 novembre. 2 jours et demi durant lesquels les festivaliers se réunissent pour célébrer le crime et un genre en particulier. Des belles rencontres, une rétrospective de 8 classiques sur le thème de la « Femme Fatale », un palmarès de 8 courts métrages en compétition pour deux prix : du jury (équivalent au prix du public) – dont le film bénéficiera d’une diffusion annuelle sur la chaîne 13ème Rue – et du jury jeune (5 adolescents du lycée Berlioz) ainsi que des avant-premières… Le week-end était plus que mémorable !
Journée 1
10h20. L’heure du crime réveil agité. Un mauvais cauchemar façon discount avarié devient souvenir perturbant. Dans 10 minutes a lieu la projection presse de Kiss Me, Deadly. L’allusion au film de Robert Aldrich de 1955 n’est pas anodine (En quatrième vitesse pour le titre français). La Courneuve – Vincennes n’a jamais été aussi proche. J’arrive sur les lieux du crime confus plus que de raison. Amandine, l’attachée presse et cofondatrice/organisatrice, s’active avec un sourire radieux et de longs cheveux ténébreux. D’autres journalistes web ont manqué à l’appel. Encore des réveils trouble-fêtes en guise de prétexte. Sur 10 journalistes attendus pour la rencontre avec l’équipe du film, seuls 4 seront présents. C’est avec des rouleaux cartonnés qu’elle se dirige à l’Office de Tourisme pour préparer la salle de rencontre. J’en profite pour sortir mon carnet et quelques interrogations. De formation de droit, elle s’est tournée vers l’EFAP pour devenir attachée presse. Cinéphile passionnée, elle a longtemps chéri le désir de programmer un festival de cinéma liant Crime & Justice, mais ce sera avec le film noir qu’elle et Géraldine Pioud instaurent l’événement en 2013 en créant Les Alibis, une association de loi 1901. Elles se sont rendues au Festival Noir City qui s’est tenu du 24 janvier au 2 février 2014 au Castro Theater de San Francisco, pour remettre à M. Eddie Muller, spécialiste international du film noir, président du festival américain et fondateur de la Film Noir Foundation, le premier Prix d’honneur du Film Noir Festival, scellant ainsi leur partenariat avec la fondation.
15h.Kristen Vangsness et le réalisateur, accompagnés par deux producteurs, nous avouent avoir eu des problèmes pour financer leur film noir comedy. Sur plus de trois ans, Dean Lemont et l’actrice d’Esprits Criminels ont vêtu smoking, tailleur et perruque. L’actrice s’est démenée pour aider les producteurs à réunir les fonds en comptant sur le soutien fidèle de ses camarades, Joe Mantegna, Shemar Moore, Matthew Gray Gubler et A.J. Cook. Seuls les 3 premiers font parti de la distribution. Kiss Me Deadly est à l’origine une pièce à succès, écrite en 2009 par Bill Robens. Elle comprenait peu de personnages et les comédiens ont dû incarner plusieurs d’entre-eux dans des costumes en noir et blanc. Il était donc difficile de créer d’autres rôles. La parodie d’une heure quarante, qui ne veut nullement remettre au goût du jour un genre disparu, cherche un diffuseur francais, mais ne risquera probablement de sortir qu’en VOD. Hâte d’assister le lendemain à la projection publique.
17h. Retour de Manivelle de Denys de la Patellière se termine en salle 1 tandis que l’indémodable Boulevard du crépuscule de Billy Wilder ne va pas tarder à être projeté. Le temps que le projecteur 35mm se refroidisse. Oui, les films sont diffusés dans leur format d’origine et la séance n’en est que plus réaliste, même si le ronronnement est capitonné dans une salle de projection cloisonnée. Ayant déjà vu et revu sur petit ou grand écran Glorian Swanson et Erich Von Stroheim, je me hasarde à combler le temps, car à 19h30 sont projetés en exclusivité nationale, deux épisodes inédits de la 7ème saison de la série Alfred Hitchock Presents. Merci qui? Merci Elephant Films.
19h35. La petite salle est presque complète et les rires sincères en voyant le gros Alfred faire le clown face à deux armures pour présenter l’épisode qui va suivre. What Really Happened de Jack Smight s’attache à raconter comment la femme d’un riche assureur s’acquitte du meurtre de ce dernier alors qu’en réalité c’est sa meilleure amie et gouvernante qui l’a empoisonné. Deux récits en flash back, des personnages savamment construits et un suspense relativement rôdéfont de ce premier épisode un délice en bouche. Bonfire de Joseph Pevney fait de Peter Falk un Robert Mitchum (aka révérend Harry Powell dans La Nuit du chasseur) en carton pâte. L’interprétation est solide, mais l’intrigue relativement plate. Comment un tueur séducteur, prêchant l’évangile, s’énamoure de la nièce (Dina Merrill est le sosie parfait de Barbara Bel Geddes, aka l’ancienne fiancée de James Stewart dans Sueurs Froides, qui a également joué dans 4 épisodes d’AHP) d’une riche tante qui vivait seule. Le huis clos est abandonné pour se concentrer sur l’interaction des deux personnages principaux qui se débarrassent des affaires de la tante. L’intérêt est moins évident, mais le plaisir intact. L’anthologie criminelle adaptée pour la plupart de nouvelles ou histoires vraies restera source d’inspiration et patrimoine télévisuel à conserver. L’occasion de se procurer chez Elephant Films les coffrets des inédits en cette période de fêtes de fin d’année!
21h30.Mulholland Drive continue de retourner les têtes et les hypothèses pour comprendre les réalités alternatives de cette satire d’Hollywood fusent encore 14 ans après. L’occasion pour une salle malheureusement peu remplie de (re)découvrir le 9ème long métrage de David Lynch. Il est vendredi soir et ne nous laissons pas abattre, la peur ne nous fera pas éviter le danger et fuir, c’est bon pour les robinets. Buvons à la joie, au plaisir d’être entre amis, même si je ne connais pas les personnes chez qui je suis.
5h. La tête gonflée à l’hélium, d’une bouteille de rhum qui nous a quitté trop vite, l’estomac qui tient étrangement la route, les yeux roulants et les jambes hyperactives, je retrouve un lit, sain et sauf.
Journée 2
10h15. Un marteau-piqueur s’évertue à fendre le plafond tandis qu’une demi-douzaine d’ouvriers, aussi doux qu’un troupeau de bovins excités à une Feria, font les cent pas avec leurs bottes de 7 chantiers au-dessus dans ma tête. Je sais pas combien de forêts ont été dévastées, ni combien d’arbres y sont passés, mais une chose est sûre, appeler ça gueule-de-bois en cette période de prise de conscience écologique semble être le plus beau compliment qu’on m’ait jamais sorti. Un café soluble et brûlant à la main (« sur » à défaut d’être dans le gobelet), je me hâte, car c’est aujourd’hui que les hostilités commencent.
11h. 8 courts métrages sont présentés dans la plus grande salle du cinéma Le Vincennes et seulement trois font vraisemblablement référence au Film Noir, telle que la conception le laisse entendre : voix off, crime prétexte, mais intrigue portée sur une séduction malsaine, femme fatale, noir & blanc, atmosphère urbaine oppressante… Les 5 autres, conduits par un humour noir et un regard exclusivement masculin, n’en sont pas moins intéressants pour autant, mais il est curieux de voir leur place sur cet écran. Ni néo- ni tech- noir, ils revisitent la thématique du mafieux qui fait rire malgré lui. Des trois donc qui restent en course, deux sont australiens et un seul français. Je rencontre Maxence à la sortie de la salle. Il n’a pas cru Géraldine Pioud, la 2ème organisatrice/cofondatrice, quand elle lui a annoncé que son court, détonnant et surprenant, a été sélectionné parmi plus de 120 courts venus du monde entier. Le chiffre n’est guère conséquent. L’année précédente, Amandine et Géraldine ont dû regarder et répondre à plus d’un millier de réalisateurs. Elles ont compris que les 5 euros, pourtant nécessaire au financement du festival, étaient trop élevés et décident de réduire les frais d’inscription pour 2016. S’inscrire à un festival de cinéma n’est en général pas sans frais et se plaindre d’une somme dérisoire revient à négliger la qualité de celui-ci. Bref, Maxence, âgé de 31 ans, a plusieurs projets à son actif. In The Shadows, d’une durée d’une minute, tourné en 3 heures dans les rues nocturnes d’Issy-les-Moulineaux, a été conçu dans le cadre d’un concours vidéo américain, le TentSquare Hitchcock Inspired Original Scene Challenge. Seuls les nationalisés étaient autorisés à participer, cependant les organisateurs ont permis à Maxence une projection exceptionnelle.
L’entretien improvisé se transforme en agréable conversation de café. Mais ne loupons pas La Femme au portrait de Fritz Lang, suivi à 15h des Tueurs de Robert Siodmack. De toute façon, la remise des prix aura lieu ce soir. De 7 prix l’année dernière, il n’en reste plus que deux, en espérant que les financeurs soient moins frileux, les réalisateurs moins économes et les festivaliers plus courageux (oui le froid est aussi un obstacle pour certains). Cette année, les deux organisatrices ont dû lancer un kisskissbankbank pour compléter sur les investisseurs privés. La séance de 15h a une première partie. Oui comme les concerts. Un certain jeune Jérémie Duvall vient présenter son court métrage hors-compétition. Une place au soleil est certes très bien réalisé, mais le rapport au film noir est plus complexe. Jusqu’où est-on prêt à aller par ambition? Mulholland Drive est une référence lointaine, pour les deux actrices principales et la pseudo tension sexuelle qui est censée y régner. Cette excursion tient plus de l’ordre du clin d’oeil familial amateur, « hey, on te projette ton film, tu remercies tata? » que d’une programmation dynamique et mûrement réfléchie. Mais par cette échappée curieuse, le Festival garantit de soutenir les talents émergents et cela est remarquable.
17h15. Louis Malleprojette Ascenseur pour l’échafaud. Et je vous assure qu’il était bien présent. Si si c’était bien lui dans la cabine de projection ! L’occasion de rencontrer une Jeanne Moreau envoûtante et de replonger dans le jazz de la Nouvelle-Orléans (bien que le film se passe en France) avec la composition de Miles Davis. L’étude approfondie et répétée du film à l’université me convaint, une fois de plus, d’occuper le temps… A La Défense, le marché de Noël est privatisé (deux vigiles surveillent l’entrée), les rues sont moins peuplées et je me prends à être suivi par un étrange individu qui sourit à toutes les personnes dans le métro. Le Film Noir est devenu refrain quotidien…
19h30. Le Vincennes semble n’avoir jamais été aussi peuplé. Une masse d’individus de sexe majoritairement féminin encercle Kirsten Vangsness qui sourit à toutes les dédicaces. L’équipe du film est sur son 31, ainsi que les 5 lycéens du jury jeune et à force d’espaces vides, la salle 1 est devenue formulaire d’admission. Veuillez cocher la proposition correspondante. Sur une centaine de places, les sièges sont parsemés de couples quadra-voire, sexagénaires et d’adolescentes venues voir Penelope Garcia dans la peau d’une femme fatale qui minaude à excès. Elle sort son téléphone, pour nous lire dans un français approximatif, mais compréhensible, un petit discours très touchant. Les deux prix sont remis au même réalisateur français. Lucas de Gastines reçoit la statuette pour Rupert par les mains de l’actrice , inspiré sans le vouloir du sketch Avez-vous déjà vu « Un crime pas parfait du tout ».
Kiss Me Deadly est une parodie du film noir qui ne provoque dans l’ensemble ni le rire ni l’admiration. Sur l’affiche nous pouvons lire une réplique « Why fall in love with a broad you can trust ? That’s like reading a book you already know the ending to. » (« Tomber amoureux d’une nana en qui vous ne pouvez avoir confiance, c’est comme lire un livre dont vous connaissez la fin« ) La mise en scène à l’ambition avortée, sans clairs obscurs, ni personnages secondaires complexes, fait cependant la part belle aux films noirs de série B prêts à combler les séances de minuit. Il manque le pavé humide, les gangsters réellement menaçants, mais le héros détective joué par Dean Lemont est admirable. Mal rythmé, le film noir comedy enchaîne les longueurs et s’éternise sur certains clichés. Le sur-jeux et les dialogues acerbes font du long métrage indépendant de Darrett Sanders, une parodie bien trop bavarde et incertaine, n’attisant que par ellipses les zygomatiques. Le film aurait gagné à puiser toutes les ressources du genre en se positionnant de manière claire. La Cité de la peur et Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre sont devenus cultes par leur savant dosage et les répliques cultes qui n’étouffent jamais le propos ou alors toujours à des desseins réussis de comédie. Ici, la référence certaine annihile le plaisir décomplexé et seuls quelques moments sont vraisemblablement plaisants, à en croire les mêmes rires éparses résonant dans l’obscurité.
22h. La rétrospective de la Femme Fatale se termine sur Basic Instinct de Paul Verhoeven. Des manants qui attendaient dans la file d’attente 2h30 auparavant se sont étonnés de ne pas voir Sharon Stone. Un jeune couple a décidé de son programme le matin même en apprenant que l’actrice Kristen Vangsness était à Paris pour présenter l’avant-première française de Kiss Me Deadly. L’esprit du Film Noir Festival est habité par l’effervescence de dernière minute et la curiosité cinéphilique. De 1200 festivaliers en 2014, le chiffre de cette année sera forcément en-dessous, mais en n’espérant que 2016 soit un meilleur cru. Les chiffres pairs semblent avoir été toujours favorables…
La matinée du dimanche 29 novembre est consacrée aux Tex Avery Cartoons pour un public jeune. J’ai une fois de plus découché, mais le réveil n’aura jamais été aussi agréable grâce au Film Noir Festival qui mérite de compléter sa programmation par des événements plus importants qui permettraient de combler les « meurtres temporels ». A deux reprises, j’ai dû tuer le temps et pour des festivaliers qui ne seraient pas vincennois, il faut comprendre l’éventuelle gêne. Le week-end était mémorable. Mais pourquoi pas envisager des rencontres/dédicaces avec des auteurs? Des quizz ou blind-tests conviviaux pour attirer le public de mon âge ? Diversifier le huis-clos, cela va sans dire.
Alicia Vikander intègre le casting de Submergence auprès de James McAvoy :
L’actrice envoûtante de Ex Machina, Alicia Vikander, interprétera cette fois une exploratrice en haute mer dans le prochain thriller romantique Submergence de Wim Wenders (Every Thing will be fine). Elle rejoint ainsi le casting du film auprès de James McAvoy (Docteur Frankenstein) pendant que Erin Dignam (Loved) peaufine son scénario pour un début de tournage en Afrique et Europe fin mars 2016. Le tout sera produit par Cameron Lamb. A 27 ans, la suédoise Alicia Vikander s’est déjà fait remarquer à travers son personnage de cyborg sexy et inquiétant dans Ex Machina mais aussi par d’autres choix de films judicieux et récompensés : Royal Affair, Anna Karénine, Agents très spéciaux – Code U.N.C.L.E. et prochainement The Danish Girl de Tom Hooper. Elle est actuellement sur le tournage du dernier Jason Bourne au côté de Matt Damon.
Adapté du roman éponyme de J.M. Ledgard, Submergence raconte l’histoire de deux amants séparés par des milliers de kilomètres l’un de l’autre alors qu’ils se trouvent dans des situations de vie ou de mort. James Moore (James McAvoy) est un espion détenu par les djihadistes en Somalie tandis que Danielle Flinders (Alicia Vikander) explore les profondeurs de l’Océan…tous deux se raccrochant aux souvenirs de leur romance pour survivre au danger. Isolés dans deux mondes bien distincts, évoluant dans des sphères totalement opposées mais tout aussi tumultueuses – le calme menaçant de la mer face aux violences de la guerre – les pensées des deux amants vont venir se croiser dans des flash-backs tendres qui vont sans nulle doute trancher avec le contexte du film.
Le livre a fait un carton (parmi les 10 meilleurs romans de 2013), le film est assez engageant. Un conte moderne, une histoire d’amour sur fond de guerre (et d’espionnage qui plus est !), c’est toujours vendeur. L’histoire du roman commence d’ailleurs par la rencontre des personnages en France suivie de quatre longues journées lascives et passionnées ! De quoi faire tourner quelques têtes…ajoutez à cela deux stars à la mode dotées d’un certain sex appeal, des paysages sous-marins et un réalisateur qui a fait ses preuves : tous les ingrédients du succès sont réunis !
Voyons maintenant ce que Wim Wenders et Erin Dignam comptent en faire… Ils avaient déjà travaillé ensemble sur Person to Person, un des courts du documentaire 8. Un beau projet, une réussite mais, dans un genre totalement différent puisqu’il s’agissait d’illustrer la lutte contre la pauvreté dans le monde…
Le mois de Décembre commence et avec lui l’année 2015 touche à sa fin. Une année noire pour le monde, qui a vu nombre de ses pays endeuillés par des actes de barbaries extrêmes qui nous ont tous choqués. Mais je ne suis pas là pour vous parler de ça, d’autres l’ont déjà fait avant moi avec plus ou moins d’intelligence. Dans une optique de se changer un peu les idées, et à l’approche des fêtes de fin d’année qui – j’espère – apporteront un peu de bonheur a ceux qui en ont besoin, j’aimerais aborder un autre sujet qui n’est pas moins important : La fin du monde.
« Quel est le rapport ? », me direz-vous. Et bien aussi sanglante que soit l’actualité directe, les prédictions sur le long terme ne sont pas des plus optimistes. Avant d’être citoyen de notre pays, nous sommes tous habitants du monde, et il serait dommage de profiter des élans patriotiques – aussi importants soient-ils – pour occulter ces forces incontrôlables qui pourraient décider non pas de l’avenir des civilisations, mais de celui de l’humanité toute entière. La fameuse Cop 21, dont les publicités du gouvernement montées à la sauce « We are the World » ont inondées les cinémas le mois dernier, est toujours d’actualité. En cette période festive où l’on économise l’énergie en décalant l’heure de nos pendules avant d’allumer de flamboyantes décorations de noël, il est important de se poser des questions. Mais pour ne pas marcher sur les plates-bandes des scientifiques, qui connaissent le sujet mieux que moi, je prends le parti de m’intéresser à cet acteur majeur du divertissement – étrangement discret dans ce débat – qui nous concerne tous : Le cinéma.
Il existe évidemment des films qui tentent de nous faire prendre conscience de nos comportements destructeurs, la plupart des films apocalyptiques et post-apocalyptiques pourrait facilement être brandit comme d’utiles réquisitoires contre la folie des industriels. Jusqu’à dernièrement, le documentaire 2 degrés avant la fin du monde, sorte de synthèse ultime d’une efficacité redoutable, par l’équipe de #DataGueule remet au goût du jour ces questions et retrace l’histoire de cette prise de conscience progressive des dangers du réchauffement, tandis que Mélanie Laurent et Cyril Dion proposent un état des lieux des solutions possibles en ce début de mois avec leur film Demain. Le monde bouge, et on se permet même de sortir des discours fatalistes pour tenter une approche positive du phénomène (une double séance de ces deux films ne serait pas sans intérêt pour cerner deux approches visant le même objectif). Mais qu’en est il de l’industrie elle-même ? Où se situe la machine à rêves dans l’organigramme des dangers environnementaux ?
Comme d’habitude, il faut creuser pour trouver, et c’est à demi-mot que les journalistes, spectateurs et créateurs admettent que ce qui les fait rêver et vibrer est probablement l’une des industries les plus polluantes de la planète, derrière les raffineries de carburants. Selon un rapport de l’UCLA (université de Californie), Hollywood aurait rejeté dans l’atmosphère 144 000 tonnes de particules polluantes rien que sur la région de Los Angeles. Sachant que nos voisins américains ne rechignent pas à aller tourner dans le monde entier, parfois dans des décors naturels magnifiques, la liste des dégâts occasionnés pourrait être vertigineuse (certaines constructions sont laissées à l’abandon une fois le tournage fini). Ajoutons à cela les déplacements en avions, camions, voitures, pour des équipes de plus en plus nombreuses, la publicité phénoménale qui doit remplir pas mal de poubelles une fois la promotion du dernier film de super-héros achevée, etc. Et comme on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs, il faut bien faire quelques sacrifices pour remplir ces blockbusters regorgeant d’explosions en tout genre. A titre d’exemple, Mad Max : Fury Road a vu son excellente réputation de film d’action explosif ternie par des groupes écologistes mettant en cause un tournage dantesque qui aurait ravagé le désert de Namibie (classé parc naturel). Ironique pour un film qui se targue de représenter un monde laissé à l’abandon par la folie des hommes. Mais avec une demande de plus en plus forte de blockbusters, doublée par un rejet des effets numériques qui ne font pas « assez vrai », le choix est vite fait. Quelques bouts de nature contres des millions d’entrées (plus un peu de Popcorn), on aurait tort de se priver.
Difficile de militer pour un cinéma plus vert quand la nostalgie et le plaisir l’emportent sur le bon sens. Nous préférons tous voir Christopher Nolan faire exploser un véritable hôpital pour The Dark Knight, plutôt que de le voir se rabattre sur une maquette ou des effets numériques moins coûteux. Il serait également dommage de se débarrasser de la merveilleuse pellicule 35 mm, défendue corps et âmes par les nouveaux grands auteurs tel Tarantino, bien que celle-ci soit composée de produits chimiques difficilement recyclables. Le numérique n’est pas du cinéma selon eux, et tout le monde semble d’accord. Le rendu organique et analogique est préférable pour vendre une vision d’auteur, et de toute façon, ce numérique n’est pas sans impact sur l’environnement. Ce n’est pas faux, il est vrai que fabriquer des ordinateurs, des disques dur et des serveurs peut aussi provoquer des dommages, mais entre une véritable explosion et un déluge de pixels sans réalité propre, le compte devrait être vite fait. Certains font des efforts dans ce sens, Roland Emmerich avait ainsi payé de sa poche pour que le tournage du Jour d’après soit le moins polluant possible (au moins il était entier dans ses convictions), les décors de Matrix ont été recyclés pour faire des habitations à bas prix, certaines star, tel Leonardo Dicaprio font des donts à Greenpeace (ce qui ne l’empêche pas de se déplacer en jet) tandis que Mel Gibson fait des efforts considérables pour abîmer le moins possible ses lieux de tournages, James Cameron milite pour l’environnement… Mais tous ces éléments ressemblent à des arbres qui cachent une forêt en feu, et démontrent que les acteurs majeurs sont tout de même obligés de prendre sur eux pour sauver l’environnement, quand ce devrait être aux studios de se poser ces questions. A une époque qui voit exploser le nombre de films produits par an, il serait peut-être temps de réfléchir à une solution globale. Le numérique n’est peut être pas la panacée, et ses défauts sont nombreux, mais il pourrait au moins limiter les dégâts.
Cet article n’a pas de vocation scientifique. Il ne s’agit pas non plus de dire « arrêtez d’aller au cinéma » mais juste de mettre en avant des questions légitimes qui ne sont pas posées (ou si peu). En regardant un film tel que A la poursuite de Demain (Tomorrowland)de Brad Bird sorti cette année, dont la maladresse du propos fait passer ces questionnements importants pour une simple psychose fataliste généralisée, il apparaît évident que le cinéma doit prendre position et que son public doit l’inciter dans cette voie. L’industrie se doit d’être plus transparente, sinon ces quelques films moralisateurs sur le sujet risquent de devenir des œuvres hypocrites. La vocation première d’une caméra est de capturer le monde tel qu’il est, dans cette optique, montrer une véritable explosion plutôt qu’une animation numérique pourrait tenir d’un acte militant, mais quand le monde ne sera plus, que restera-t-il à filmer ?
Enquête 2 degrés avant la fin du monde, disponible gratuitement sur youtube :
Bande annonce du film Demain de Mélanie Laurent et Cyril Dion, le 2 décembre :
Synopsis : Et si la catastrophe cataclysmique qui a bouleversé la Terre et provoqué l’extinction des dinosaures n’avait jamais eu lieu ? Et si les dinosaures ne s’étaient jamais éteints, et vivaient parmi nous de nos jours ? Ainsi va débuter le voyage d’Arlo, jeune Apatosaure maladroit et craintif, qui va faire la rencontre d’un étonnant compagnon.
Cinq mois après le très touchant Vice-Versa (Inside Out), les studios Pixar, avec Peter Sohn aux commandes, reviennent sur grand écran pour leur nouveau film, Le voyage d’Arlo, bien moins médiatisé que leur précédente oeuvre, mais également bien moins convaincant car plus inabouti et enfantin.
Avec Le voyage d’Arlo, le spectateur effectue un voyage dans le temps et se retrouve à l’ère des dinosaures. Arlo est un charmant apatosaure, porté par une famille parfaite : un père chef de famille souhaitant faire de ses enfants de braves et vaillants apatosaures, une mère plus qu’aimante, un frère qui joue les gros durs et une sœur qui se veut mignonne, mais forte. Impossible donc pour les studios, malgré une créativité débordante, d’échapper à des lieux communs récurrents et qui leur sont chers, ainsi qu’à un schéma narratif des plus classiques, commun à bon nombre de films d’animation pour enfants. Moments de grâce et moments tragiques s’alternent durant une heure et demie. Arlo côtoiera des bons, des méchants ou des gentils qui se révèlent être méchants. Du déjà-vu pour un scénario qui arrive malgré tout à capter l’attention du spectateur. Mais si l’on effectue des comparaisons avec d’autres films, certaines scènes ne peuvent qu’interroger sur le plagiat, tant elles rappellent d’autres films d’animation comme Le Roi Lion ou Le Livre de la Jungle. Vice Versa avait mis la barre haute, proposant un voyage dans l’esprit des plus imaginatifs, ici, le voyage est restreint et tourne en rond. Les décors se répètent tout au long du film ; les personnages sont attachants, bien qu’un peu surfaits et sans réel intérêt, n’étant pas tous très aboutis (mention pour Le Collectionneur, doublé par Eric Cantonna), soulevant une légère impression de combler des failles scénaristiques. Car oui, un voyage, chez Pixar, est jalonné de rencontres toutes plus inattendues les unes que les autres.
Cependant, l’oeuvre de Peter Sohn ne se cantonne pas à une histoire charmante et normée. L’odyssée d’Arlo se transforme en réel road-movie à travers des contrées hostiles, où la loi du plus fort règne, même si les plus impressionnants ne sont pas toujours les plus forts.
Le voyage d’Arlo pèche également par une esthétique bancale. Les décors sont à certains moments d’un réalisme qui ne peut que rappeler la prise de vue réelle, notamment en ce qui concerne le mouvement naturel, comme les mouvements d’eau de la rivière (élément clé du film) ou le souffle du vent dans la forêt. Parallèlement, les personnages, notamment Arlo et toute sa famille d’apatosaures, ne sont pas des plus enchanteurs. On voit en eux des personnages inaboutis, aux détails esthétiques inexistants. Le contraste entre personnages cartoonesques et décors photo-réalistes percute, et scinde l’image. Ce n’est pas un coup d’essai chez Pixar d’instaurer dans leurs œuvres des protagonistes « cartoonesques » : le très réussi Là-haut nous le proposait déjà, mais les partis pris et les intentions étaient clairement énoncés, or, dans ce nouveau film, les ambitions semblent confuses.
Toutefois, la 3D est réussie, les effets visuels sont minutieusement répandus et conquièrent le spectateur, mais cela ne suffit pas. Au passage, on regrettera les différentes compositions des frères Danna (Oscar de la meilleure composition en 2013 pour L’Odyssée de Pi), pas assez soutenues et mises en avant pour se révéler être des atouts du film.
Mais si Le Voyage d’Arlo est intéressant et mérite un coup d’œil amusé, c’est pour un fait scénaristique spécifique. En effet, les codes sont bouleversés et les rôles inversés. Arlo apprend grâce à la nature. Durant une heure et demie, ce dernier, issu d’une famille d’apatosaures agriculteurs, s’instruit et tire des enseignements de la nature : il grandit, découvre un monde inconnu et pourtant si proche, à la manière d’un enfant qui découvre le monde et la civilisation qui l’entoure. L’animal se construit, et c’est l’homme qui se conforme dans un état sauvage, où seul son instinct (et son flair!) lui permettent d’avancer. A la manière d’un chien de salon, Spot joue à ramener le bâton, tandis qu’Arlo joue au maître éducateur, lui parlant comme s’il comprenait sa langue. Peter Sohn joue avec les codes et détournent les lieux communs afin de d’apporter une légère touche de subtilité et de révolution dans son œuvre.
Le voyage d’Arlo est donc un Pixar fade, incapable de réinventer le genre dans lequel il excelle pourtant. De cette année 2015, on gardera plutôt en tête le très bon Vice-Versa, qui a davantage su briller par son originalité.
Fiche Technique : Le Voyage d’Arlo
Réalisateur : Peter Sohn
Scénario : Meg LeFauve, Peter Sohn, Erik Benson, Kelsey Mann, Bob Peterson
Doublage (VF) : Jean-Baptiste Charles, Olivia Bonamy, Xavier Fagnon…
Animateur : Dovi Anderson, Benjamin Su, Jayson Price, Jude Brownbill, David Torres…
Montage : Stephen Schaffer
Musique : Mychael Danna, Jeff Danna
Producteurs : Denise Ream,
Attaché de presse : Floriane Mathieu
Production : Pixar Animation Studios, Walt Disney Pictures
Distributeurs France : The Walt Disney Company France
Genre : Animation, Aventure
Durée : 93 minutes
Date de sortie : 14 novembre 2015