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Au-delà des montagnes, un Film de Jia Zhang-ke: Critique

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On attendait beaucoup du retour de Jia Zhang-ke qui, après une série de chefs d’œuvre, avait fini en apothéose en sortant A touch of sin, un des films les plus marquants de 2013. Seulement, après la bombe politique brillamment mise en scène et ambitieuse dans sa narration qu’était son dernier film, il y a de quoi être déçu devant Au-delà des montagnes.

Synopsis : Chine, fin 1999. Tao, une jeune  fille de Fenyang est courtisée par ses deux amis d’enfance, Zang et Lianzi. Zang, propriétaire d’une station-service, se destine à un avenir prometteur tandis que Liang travaille dans une mine de charbon. Le cœur entre les deux hommes, Tao va devoir faire un choix qui scellera le reste de sa vie et de celle de son futur fils, Dollar. Sur un quart de siècle, entre une Chine en profonde mutation et l’Australie comme promesse d’une vie meilleure, les espoirs, les amours et les désillusions de ces personnages face à leur destin.

 Le film est volontairement mineur et nettement plus léger. Sa distribution en salles en Chine témoigne de sa faible portée politique, quand A touch of sin n’est jamais sorti sur les écrans locaux. Néanmoins, même si Jia Zhang-ke dénonce avec moins de véracité les maux de la société chinoise, il porte un regard toujours intéressant sur un pays qu’il n’a jamais vraiment quitté.

La mise en scène peu audacieuse ne saurait camoufler la profondeur du scénario. Sous le vernis d’une histoire de triangle amoureux sur un quart de siècle, le cinéaste dresse la mutation en cours et à venir de son pays. À Fenyang (la ville d’origine de Jia Zhang-ke), Tao est tiraillée entre l’amour de deux hommes : Zang et Lianzi. L’un est un modeste ouvrier timide d’une mine de charbon, l’autre est un confiant propriétaire d’une station-service, à la belle veste et à la voiture clinquante. Nous sommes alors en 1999, la Chine aborde son virage économique. À l’image d’un pays entre deux eaux qui se tourne petit à petit sur le pétrole, laissant le charbon sur le carreau, Tao préfère finalement la stabilité financière offerte par Zang plutôt que la sincérité sentimentale de Lianzi. Dans la deuxième partie qui se déroule aujourd’hui, on se rend compte que Tao, qui a divorcé, a fait le mauvais choix. Sauf que préférer Lianzi, qui meurt à petit feu, n’aurait visiblement pas été plus judicieux. Le destin de Tao est alors conforme à celui de son pays, perdu entre les exigences de croissance et les dangers de la suractivité.

Dans la troisième partie, le réalisateur va plus loin encore. Situant l’action loin du territoire chinois, en Australie, il se concentre sur Dollar, fils de Tao et Zang. Ce dernier acte, le plus émouvant, montre comment un pays, à force de vouloir être à la hauteur des autres, en a perdu de son identité. Dollar (prénom plus qu’américanisé, complètement ‘’capitalismé’’) ne parle plus que l’anglais mais se souvient dans une belle scène en voiture de ses rares moments avec sa mère comme d’une réminiscence voire comme le souvenir d’une existence antérieure. Sauf que, même loin de ses yeux, la Chine subsiste malgré tout. Et c’est le vent mystérieux d’une drôle histoire d’amour qui va ramener Dollar à ses origines qui n’ont jamais totalement disparues. Dans les trois parties, avec un geste optimiste, Jia Zhang-ke s’évertue à montrer que Tao fait et continue à préparer des raviolis, manière de dire que les traditions ne meurent jamais, malgré la brutale évolution du pays.

Même si la déception est perceptible au regard des œuvres précédentes du cinéaste, il y a beaucoup à retenir d’Au-delà des montagnes. Jia Zhang-ke filme et fait ressentir le temps qui passe dans un pays qui ne cesse de grandir à une vitesse folle. Le constat est sévère, sans être pessimiste.

Au-delà des montagnes de Jia Zhang-ke – Bande-annonce

Fiche Technique : Au-delà des montagnes/Mountains May Depart 

Titre original : Shan he gu ren
Date de sortie : 23 Décembre 2015
Nationalité : Chinois
Durée : 126 min.
Genre : Drame, Romance
Réalisateur : Jia Zhang-ke
Auteurs : Jia Zhang-ke
Casting : Zhao Tao, Sylvia Chang, Dong Zijian, Zhang Yi
Chef opérateur : Nelson Yu Lik-wai
Chef décoratrice : Liu Qiang
Monteur : Matthieu Laclau
Compositeur : Yoshihiro Hanno
Producteur :  Shozo Ichiyama, Nathanaël Karmitz, Jia Zhang-ke, Ren Zhonglun, Shiyu Liu
Distributeur : Xstream Pictures, Shanghai Film Group, MK2 / Diaphana, Office Kitano, Arte France, Ad Vitam
Budget : NR
Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2015

Doctor Who Saison 9: Critique Série

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Difficile d’écrire une critique sur les nouvelles aventures du Docteur. Depuis son retour en 2005, la série phare de la BBC s’est démarquée par une originalité folle : des personnages variés et haut en couleurs, des images insolites et grandioses et surtout une qualité d’écriture irréprochable qui arrivait à rester intelligente dans son propos sans perdre de vue le jeune public auquel s’adresse la série.

Synopsis: Suite des aventures du Docteur, toujours accompagné de Clara.

Alerte enfance perdue

Seulement voilà, Doctor who est une série protéiforme qui a le changement inscrit dans son ADN. Les interprètes changent régulièrement, le ton aussi, les thèmes abordés sont souvent renouvelés, mais jusque-là toutes ces modification étaient menées avec une habilité impressionnante, même lorsque le showrunner laisse sa place à un autre (ce qui marque souvent le déclin d’une série). Et puis est arrivé l’essoufflement. La dernière saison de Matt Smith (la septième) en présentait déjà les premiers signes. Quelques épisodes intéressants seulement sur les treize que comporte une saison arbitrairement coupée en deux temps. Malgré son interprétation toujours inspirée, l’ère de Eleven était révolue, et l’arrivée de Peter Capaldi comme douzième incarnation du seigneur du temps s’annonçait comme le vent de fraîcheur qu’il fallait pour relancer la machine.

Malheureusement ce fut encore pire, et si nombre de critiques maintiennent que la huitième saison était de haute tenue, il ne faut pas se voiler la face, elle était ennuyeuse et fort peu inspirée. Peter Capaldi s’en tire avec les honneurs mais le reste ne suit pas. Les scénarios semblent déjà vus, l’intrigue générale se conclue sur un final ridicule au possible, certains personnages sont sous-exploités, et même des scénaristes rompus à l’exercice, tel Mark Gatiss, rendent des copies mal finies (le stupide épisode sur Robin des Bois). « Une saison de haute tenue » qui aura quand même fait décrocher nombre de fans pourtant fidèles. Les parents ont du faire une tête de six pieds de long en découvrant avec leurs enfants un épisode de Noël qui tenait plus d’Alien que de la magie des fêtes (malgré un sympathique caméo de Nick Frost en Père Noël). C’est là le problème majeur de l’ère Steven Moffat : A force de vouloir réinventer la série, il perd de vue ses thématiques les plus importantes, et par translation le public qui autrefois le suivait dans tous ses délires. Et cette nouvelle saison n’est qu’une continuation de ce travail de sape involontaire.

Les bon points à retenir ? Le jeu de Capaldi s’affine et il compose un docteur tout à fait crédible, avec ses délires bien à lui et une personnalité propre. C’est tout. Pour le reste, les épisodes défilent et se ressemblent, tentant d’emmener la série dans un univers plus sombre avec des personnages meurtris par les drames de leur vie. Autant dire que dans le genre hors-sujet total Moffat se pose là. Le showrunner roi veut des scénarios complexes (pour ne pas dire sans queue ni tête) et des émotions adultes. Les thèmes abordés sont ceux du deuil, de la violence, de la dépression… Ambiance garantie pour le dîner. Nous pourrions reprendre un par un les épisodes pour déterminer ce qui va où ne vas pas dans chacun d’eux, mais la qualité de l’ensemble est assez constante et tout cela ne vole pas très haut. Une succession agaçante d’intrigues alambiquées et de tentatives avortées de « mindfuck » dont raffolent les geek. L’épisode Before the Flood est en soi représentatif de cette tendance, nous exposant avec prétention le paradoxe de l’écrivain. La série veut jouer au plus malin avec nous ? Soit, mais il ne faut pas gratter longtemps pour se rendre compte que toute ces élucubrations métaphysiques ne sont qu’un écran de fumée qui tente de cacher le vide du scénario. Pareil pour Sleep no more qui, en plus de repomper Blink, justifie de façon débile son utilisation du found footage. Si encore il restait un peu d’humour pour décoincer tout ça…

Doctor who souffre finalement du même problème que ses contemporains, les super-héros américains. Ceux qui ont grandis en découvrant leurs aventures refusent d’admettre que leurs héros furent d’abord créés pour le jeune public. Ils reprennent donc les rennes de leur personnages fétiche pour l’assujettir à leurs nouveaux délires. Ils aiment Doctor Who mais ont peur d’être trop grands pour en assumer le côté enfantin ? Pas de problème, il suffit de changer deux ou trois (ou milles) petites choses pour réadapter tout ça et rendre la série « adulte ». Les intrigues sont complexifiées jusqu’à l’overdose, les thèmes abordés sont plus graves. Et surtout, la série ne doit plus parler qu’à ses fans, et faire de constants retours sur elle-même. Nous avons donc droit à une introspection psychanalytique d’un méchant récurent et l’apparition usée jusqu’à la corde de Maisie William, actrice-phare de la série Game of Thrones. Pendant ce temps là, fini les découvertes de civilisations délirantes ou les voyages dans le temps amusants à la rencontre de personnages historiques connu. Les enfants doivent être ravis !

C’est le nouveau mal de la sacro-sainte culture geek, cette obsession égocentrique qui consiste à transformer tout et n’importe quoi en contenu « mature ». Le sexe et la violence sont placés sur un piédestal, tandis que le rêve et le regard enfantin sont regardés de travers, raillés, ridiculisés et ostracisés (que celui qui n’a jamais utilisé le mot « gamin » dans un sens péjoratif pour designer un film me jette la première pierre). Il en découle des œuvres bâtardes trop sombres pour plaire aux enfants, trop puériles pour intéresser les adultes. Oui Doctor Who était kitsch, enfantine, parfois un peu too much dans ses bon-sentiments, plus pop que rock…Mais c’est ce qui faisait son charme et qui lui permettait de rassembler aussi bien les enfants, les adultes, les gay, les geeks et tout les autres devant la télévision. Un public exceptionnellement varié pour une série pareil qui ne trouve son équivalent que dans la première époque de Star Trek. Aujourd’hui elle n’est plus que l’ombre d’elle même, plate et ennuyeuse. Une série de S-F geek comme les autres, qui s’obstine a gratter sa fanbase dans le sens du poil avec des easter egg faciles, mais ne fait plus rêver personne depuis deux ans.

Fiche Technique: Doctor Who

Titre original : Doctor Who
Genre : Aventure, Science fiction
Créateur(s):Steven Moffat (depuis 2008)
Pays d’origine : Royaume-Uni
Date : 2005
Chaîne d’origine : BBC
Épisodes : Beaucoup…
Durée : 50 minutes
Statut : en cours
Avec : Peter Capaldi, Jenna Louise Coleman…

Au coeur de l’océan, un film de Ron Howard : Critique

Deux ans après le très réussi Rush, Ron Howard retrouve Chris Hemsworth pour cette fois-ci nous raconter l’histoire vraie derrière le roman Moby Dick de Herman Melville.

Synopsis :Hiver 1820. Le baleinier Essex quitte la Nouvelle-Angleterre et met le cap sur le Pacifique. Il est alors attaqué par une baleine gigantesque qui provoque le naufrage de l’embarcation. À bord, le capitaine George Pollard, inexpérimenté, et son second plus aguerri, Owen Chase, tentent de maîtriser la situation. Mais face aux éléments déchaînés et à la faim, les hommes se laissent gagner par la panique et le désespoir…

Moby Dick

Le réalisateur n’a pas du trop tergiverser pour y voir une œuvre dans laquelle il pourrait s’épanouir ayant toujours aimé raconter les histoires tellement incroyables qu’elles en dépassent la condition d’homme. Et si en plus ces histoires sont emprunts de la réalité il parvient à être à son meilleur pour livrer un grand moment de cinéma comme il avait pu le faire avec son précédent film ou encore l’admirable Frost/Nixon.  Tous les éléments sont donc réunis pour qu’Au cœur de l’océan soit le long métrage ultime du metteur en scène que ce soit en termes d’ambition, d’ampleur mais aussi d’esthétisme. Sauf que le film sera très vite rattrapé par ces nombreux défauts, et même si il est loin du naufrage, il ne sera pas aussi satisfaisant que ses mirobolantes promesses.

La faute reviendra principalement aux lourdeurs du scénario qui va se jouer en deux temps. Premièrement, on sera face à une œuvre quasiment biblique, qui montre le combat de l’infiniment petit, à savoir l’Homme, face à l’immensément grand, la nature. Le récit prend donc très vite des contours écologiques qui sont indéniablement louables, permettant de montrer les différentes facettes de la chasse à la baleine, ici à la fois un sport euphorisant qui rapproche, une quête de domination de l’homme sur la nature et aussi un acte barbare et cruel qui se doit d’être puni. Alors que les deux premiers thèmes sont plutôt traités avec discrétion et intelligence et viennent habilement faire écho au troisième, ce dernier devient très vite pompeux dans sa manière d’être appuyé que ce soit par la mise en scène ou l’écriture, ces aspects du récit vont simplifier les choses par la providence divine et ont tendance à agacer. Ensuite le récit sera aussi profondément ancré dans la rivalité humaine, ici symbolisé à travers deux hommes, le capitaine (Benjamin Walker) et son second (Chris Hemsworth), faisant d’Au cœur de l’océan, une suite spirituelle à Rush, la rivalité et les méthodes divergentes entre les deux hommes rappellent instantanément ce qui faisait le cœur de la relation entre Lauda et Hunt dans son précédent film. Cela forme une continuité appréciable dans la filmographie du réalisateur qui poursuit ses thématiques avec l’aide du scénariste Peter Morgan avec qui il avait collaboré sur son dernier film ainsi que sur son Frost/Nixon. Ici cette dualité entre les deux hommes est clairement l’aspect le plus intéressant du récit sauf que c’est celui qui est le moins exploité. On vit l’histoire à travers le témoignage d’un jeune mousse de l’équipage (Tom Holland dans sa version jeune, Brendan Gleeson dans sa version âgé) qui conte son aventure à Herman Melville (Ben Whishaw) qui travaille sur l’écriture de son Moby Dick.

Ce choix de narration devient très vite un autre gros problème du scénario car il alterne de manière régulière entre les scènes avec l’équipage du Essex dans le « passé » et les scènes de conversations entre l’écrivain et le dernier rescapé dans le « présent », venant à plusieurs reprises casser le rythme de l’aventure. Préférant s’intéresser à la chasse de baleine et faisant du naufrage son point d’orgue, sans pour autant accorder trop d’importance au combat contre le cachalot blanc qui est finalement anecdotique et expédié. Le film va quelque peu négliger la période de survie de l’équipage, se servant de sa structure narrative pour faire de nombreuses ellipses et passer sous silence les aspects les plus anxiogènes de cette histoire. Ce qui aurait dû être le cœur de l’œuvre n’est en fait qu’un post-scriptum en bas de page, toute la dimension psychologique est quasiment oubliée au profit de l’efficacité et de l’accessibilité de l’ensemble pour un vaste public. On est donc en face d’un récit exaltant mais désincarné qui ne suscite jamais l’effroi et le vertige qu’il aurait dû susciter. De plus toute les scènes avec l’écrivain sont maladroitement écrites et peinent à convaincre notamment dans la manière d’ajouter la femme du rescapé (Michelle Fairley) dans le récit, qui semble forcée et grossière offrant quelques passages assez agaçants. Tout ça reste quand même contrebalancé par les scènes dans le « passé » qui malgré un sentiment de survol par moment, se montre efficaces et solidement écrites que ce soit dans les dialogues ou les relations entre les personnages qui arrivent à convaincre et à impliquer le spectateur en seulement quelques instants.

Le casting est pour beaucoup dans l’attachement que l’on peut avoir avec les personnages, tous font un travail incroyable et sont suffisamment connus pour susciter très vite la sympathie. Chris Hemsworth est encore une fois excellent et plein de charisme dans un rôle qu’il maîtrise à la perfection mais ici c’est vraiment le jeune Tom Holland qui impressionne. S’apprêtant d’ailleurs à rejoindre Hemsworth chez les super-héros Marvel, il prouve ici que c’est un acteur sur qui on pourra compter et qui fait preuve d’une densité de jeu assez incroyable, il est très bon dans chacune des facettes de son personnage. On notera aussi un Brendan Gleeson toujours aussi juste malgré des scènes bancales donnant la réplique à un très bon Ben Whishaw, sans oublier Cillian Murphy dans un rôle assez discret mais qui impressionne toujours autant par l’intensité de son jeu. Le seul et unique bémol viendra peut-être de Benjamin Walker qui a tendance à en faire un peu trop dans son prestation de capitaine acariâtre.

La mise en scène de Ron Howard, malgré quelques effets un peu trop appuyés, est fabuleuse et d’une densité folle. Arrivant à attirer l’œil de manière habile sur les détails les plus importants permettant de créer une œuvre à la symbolique bien pensée et subtile. Il utilise différentes focales pour accentuer l’aspect irréel voire cauchemardesque de son récit faisant de l’ensemble quelque chose de visuellement exaltant, jouant sur les plongées et contre-plongées pour accentuer la lutte entre l’homme et la nature, utilisant habilement la profondeur de champs et les échelles de grandeur arrivant à nous faire ressentir un sentiment de d’étouffement au milieu de ses grandes étendues d’eau et de vide. La mise en scène est donc appliquée et possède de nombreuses idées virtuoses même si elle n’est pas techniquement parfaite. Certains fonds verts sont visibles gâchant parfois certains effets de gigantisme et le montage donne à l’ensemble un rythme en dents de scie, certaines longueurs se font trop ressentir. La photographie est saturée, donnant un effet jaunâtre et maladif à l’oeuvre et est étonnamment efficace s’accordant à merveille avec le récit et permet quelques plans sublimes, étant aussi accompagné d’un score musical inspiré et accrocheur.

Au coeur de l’océan est un film réussi mais indéniablement décevant quand à ses belles promesses, sur le papier tout était réunis pour en faire une oeuvre forte, primitive et marquante. Au final on est face à un bon divertissement, efficace et visuellement superbe mais souvent lourd et approximatif. Devant être l’apothéose de la collaboration entre Peter Morgan et Ron Howard, on est plus face au plus faible opus de leur trilogie malgré de sublimes et fulgurantes visions de cinéma. Le spectacle est cependant hautement regardable et recommandable par ce casting qui incarne magistralement ce récit malgré tout solide et superbement emballé par la mise en scène d’Howard.

Fiche technique : Au coeur de l’océan

États-Unis – 2015
Titre original: In the Heart of the Sea
Réalisation: Ron Howard
Scénario: Charles Leavitt, d’après une histoire de Rick Jaffa, Peter Morgan et Amanda Silver d’après La Véritable Histoire de Moby Dick : le naufrage de l’Essex qui inspira Herman Melville (In the Heart of the Sea) de Nathaniel Philbrick
Interprétation: Chris Hemsworth (le second capitaine Owen Chase), Cillian Murphy (le lieutenant Matthew Joy), Benjamin Walker (le capitaine George Pollard), Tom Holland (le mousse Thomas Nickerson (14 ans)), Brendan Gleeson (Thomas Nickerson (adulte)), Ben Whishaw (Herman Melville),…
Photographie: Anthony Dod Mantle
Décors: Niall Moroney
Costumes: Julian Day
Montage: Daniel P. Hanley et Mike Hill
Musique: Roque Baños
Producteur(s): Brian Grazer, Marshall Herskovitz, Joe Roth et Paula Weinstein
Production: Imagine Entertainment, Warner Bros., Village Roadshow Pictures, Cott Productions, Enelmar Productions, Roth Films, Spring Creek Productions, Sur-Film
Distributeur: Warner Bros.

Back home, un film de Joachim Trier : critique

Les épaules de Joachim Trier devaient être bien alourdies de pression quand il a tourné son nouveau film, Back Home (anciennement baptisé Louder than Bombs, le film a perdu son titre, suite aux attentats parisiens de Novembre, à peine quelques semaines avant la sortie du film).

Synopsis: Alors que se prépare une exposition consacrée à la célèbre photographe Isabelle Reed trois ans après sa mort accidentelle, son mari et ses deux fils sont amenés à se réunir dans la maison familiale et évoquer ensemble les fantômes du passé…

Family life

Son précédent film, Oslo 31 Août a eu un succès considérable tant auprès du public que dans les colonnes des magazines spécialisés. Ce film mélancolique exprime avec beaucoup de poésie mais aussi de maîtrise le sentiment du protagoniste de ne pas être à sa place, nulle part ni à aucun moment. Sans atteindre le paroxysme vécu par Anders, le héros de Oslo, 31 Août, ce mal être a sans doute été ressenti par nombre de spectateurs très empathiques par rapport au personnage, et par rapport au film.

Une grosse pression donc pour ce jeune cinéaste dont le présent long-métrage n’est que son troisième. Dès la première très belle image, une main d’adulte qui tient et joue avec celle d’un nouveau-né, le parti pris esthétique est annoncé, de magnifiques gros plans, des jeux subtils sur la profondeur de champ, beaucoup de scènes de rêves permettant les plans les plus imaginatifs tels cette image d’Isabelle (Isabelle Huppert) flottant dans un désert.

La petite menotte, c’est celle d’une autre Isabelle, la petite fille de la première. Le spectateur entre dans l’histoire de cette famille endeuillée, via la naissance d’un bébé, celui de Jonah (Jesse Eisenberg), le fils aîné de Gene (Gabriel Byrne) et d’Isabelle. Jonah a oublié le repas qu’il a apporté à sa femme Hannah (Amy Ryan) à l’accueil de la clinique, et on comprend assez vite que le jeune homme est un peu absent à lui-même, pas entièrement dans l’euphorie malgré l’événement joyeux de la naissance de sa fille.  Jonah a perdu sa mère deux ans plus tôt dans un accident de voiture, et ceci explique peut-être cela, on ne sait pas précisément à ce stade.

Quand Gene prépare avec l’agence de photographes une exposition sur sa femme défunte, ancienne reporter de guerre, on en apprend un peu plus sur cette dernière, et sur les circonstances spéciales de son décès. Gene appelle alors son fils Jonah à ses côtés pour l’aider à préparer cette expo, et à préparer son cadet Conrad (Devin Druid) à affronter ces nouvelles informations.

Le film de Joachim Trier est axé autour de l’absence de cette femme, Isabelle, une mère, une épouse et plus encore, mais aussi et peut-être surtout une reporter de guerre, vivant entre deux vies, navigant entre les morts, ne faisant plus vraiment partie de sa famille bien avant de disparaître. Cette absence est comme une quenouille qui dévide des pelotes de toutes les couleurs, qualifiées par certains d’éparpillement, mais qui pourtant font le socle de la réussite du film : chaque personnage est caractérisé de manière précise, à la fois dans sa dimension personnelle propre, mais également sous l’influence du deuil qu’il est en train de vivre. Le cinéaste s’attache également à dépeindre brillamment les relations interpersonnelles qui évoluent de manière à la fois subtile, fluide et dynamique. Rien n’est saccadé, rien n’est gratuit, et même les quelques effets de style qui parsèment Back home ne sont jamais posés là par hasard.

Il va donc aborder aussi bien les balbutiements amoureux de Conrad, mal dans sa peau et donc dans sa confiance en soi, que les doutes de Jonah qui s’est engouffré très jeune, trop jeune,  dans une vie familiale stable pense-t-il, aux antipodes du couple de ses parents, imagine-t-il ; le cinéaste va s’intéresser au nouveau départ de Gene en tant qu’homme et à ses difficultés croissantes  en tant que père ; il va également esquisser une belle relation fraternelle entre Jonah et Conrad, faite de tendresse rentrée et d’inquiétude mutuelle l’un pour l’autre. Et bien sûr en filigrane de tout cela, flotte le personnage d’Isabelle, de toutes les Isabelle telles que chaque protagoniste en a le souvenir…

D’aucuns parlent d’un film ennuyeux. Il ne se passe en effet rien d’autre dans le film que la vie qui s’écoule, rien d’autre que les sentiments qui s’éprouvent, rien d’autre que les émotions qui submergent, le tout dans un écrin soigneusement sculpté par le cinéaste, avec une lumière éclatante et froide à la fois, et des mouvements de caméra très maîtrisés. Un film intimiste donc, mais assez drôle, le contraire de l’ennui… Les acteurs internationaux choisis par Joachim Trier pour son premier film en langue anglaise, tourné dans la région de New-York, jouent idéalement les partitions co-écrites avec Eksil Vogt (réalisateur de Blind, un film pas tout à fait du même acabit) : sobrement, tout en intériorité. Isabelle Huppert notamment est une fois de plus au sommet de son art, faisant naître l’émotion avec un minimum de mouvement et de parole…

Une mention spéciale est à porter au crédit du jeune Devin Druid, qui promène avec beaucoup de talent son air buté et mélancolique, à la manière des personnages du Palo Alto de Gia Coppola, autre film bien vu sur le mal-être d’une certaine jeunesse d’aujourd’hui.

Cinéaste de l’intime, Joachim Trier a transformé avec Back Home l’essai de Oslo, 31 Août, alors même que les conditions étaient réunies pour accoucher d’un film casse-gueule (ouverture à l’international, casting all star, minimalisme du traitement…). Un beau cadeau sensible de fin d’année…

Back home – Bande annonce

Back home – Fiche technique

Titre original : Louder than bombs
Date de sortie : 9 Décembre 2015
Réalisateur : Joachim Trier
Nationalité :Norvège, Danemark, France,
Genre : Drame
Année : 2014
Durée : 109 min.
Scénario : Joachim Trier, Eskil Vogt
Interprétation : Jesse Eisenberg (Jonah), Amy Ryan (Hannah), Rachel Brosnahan (Erin), Gabriel Byrne (Gene Reed), David Strathairn (Richard), Isabelle Huppert (Isabelle Reed), Devin Druid (Conrad)
Musique : Ola Fløttum
Photographie : Jakob Ihre
Montage : Olivier Bugge Coutté
Producteurs : Joshua Astrachan, Albert Berger, Alexandre Mallet-Guy, Thomas Robsahm, Marc Turtletaub, Ron Yerxa
Maisons de production : Motlys, Animal Kingdom, Arte France Cinéma, Beachside Films, Bona Fide Productions, Memento Films Production, Nimbus Film Productions
Distribution (France) : Memento Films Distribution
Récompenses : –
Budget : 11 000 000 USD

Screen Actors Guild Awards : la liste complète des nommés

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Screen Actors Guild Awards : et les nommés sont…

C’est la saison des récompenses et après celui des scénaristes (Writers Guild of America), le syndicat des acteurs The Screen Actors Guild of America a dévoilé sa (longue) liste de nommés pour la 22ème Cérémonie des Screen Actors Guild Awards qui aura lieu le 30 janvier 2016 au Shrine Auditorium. Depuis 1995, ce syndicat rend hommage aux acteurs du cinéma et de la télévision aux USA. Ces nominations et celles des Golden Globes nous donnent déjà la température pour les Oscars qui seront annoncés le 14 janvier !

En lice pour les Screen Actors Guild Awards, Leonardo DiCaprio est bien parti avec The Revenant, suivi par Bryan Cranston pour Trumbo. La jeune Saoirse Ronan est aussi nommée pour Brooklyn et Cate Blanchet se démarque à nouveau avec Carol. Johnny Depp n’est pas en reste avec Black Mass et Idris Elba est doublement nommé pour Beasts of No Nation et Luther. Côté séries, c’est sans grande surprise que l’on retrouve Game of Thrones et Big Bang Theory mais aussi Orange is the new Black, Mad Men ainsi que Nicole Kidman pour le très attendu Grace de Monaco.

Liste des nommés aux Screen Actors Guild Awards par catégorie cinéma :

Meilleur acteur :
BRYAN CRANSTON / Dalton Trumbo – “TRUMBO” (Bleecker Street)
JOHNNY DEPP / James “Whitey” Bulger – “BLACK MASS” (Warner Bros. Pictures)
LEONARDO DiCAPRIO / Hugh Glass – “THE REVENANT” (20th Century Fox)
MICHAEL FASSBENDER / Steve Jobs – “STEVE JOBS” (Universal Pictures)
EDDIE REDMAYNE / Einar Wegener/Lili Elbe – “THE DANISH GIRL” (Focus Features)

Meilleure actrice :
CATE BLANCHETT / Carol Aird – “CAROL” (The Weinstein Company)
BRIE LARSON / Ma – “ROOM” (A24)
HELEN MIRREN / Maria Altmann – “WOMAN IN GOLD” (The Weinstein Company)
SAOIRSE RONAN / Eilis – “BROOKLYN” (Fox Searchlight Pictures)
SARAH SILVERMAN / Laney Brooks – “I SMILE BACK” (Broad Green Pictures)

Meilleur acteur dans un second rôle :
CHRISTIAN BALE / Michael Burry – “THE BIG SHORT” (Paramount Pictures)
IDRIS ELBA / Commandant – “BEASTS OF NO NATION” (Netflix)
MARK RYLANCE / Abel Rudolph – “BRIDGE OF SPIES” (DreamWorks)
MICHAEL SHANNON / Rick Carver – “99 HOMES” (Broad Green Pictures)
JACOB TREMBLAY / Jack – “ROOM” (A24)

Meilleure actrice dans un second rôle :
ROONEY MARA / Therese Belivet – “CAROL” (The Weinstein Company)
RACHEL McADAMS / Sacha Pfeiffer – “SPOTLIGHT” (Open Road Films)
HELEN MIRREN / Hedda Hopper – “TRUMBO” (Bleecker Street)
ALICIA VIKANDER / Gerda Wegener – “THE DANISH GIRL” (Focus Features)
KATE WINSLET / Joanna Hoffman – “STEVE JOBS” (Universal Pictures)

Meilleure équipe d’acteurs :
BEASTS OF NON NATION
THE BIG SHORT
SPOTLIGHT
N.W.A. – Straight Outta Compton
TRUMBO

Liste des nommés aux Screen Actors Guild Awards par catégorie télévision :

Meilleur acteur de série ou téléfilm :
IDRIS ELBA / DCI John Luther – “LUTHER” (BBC America)
BEN KINGSLEY / Grand Vizier Ay – “TUT” (Spike)
RAY LIOTTA / Lorca/Tom Mitchell – “TEXAS RISING” (History)
BILL MURRAY / Himself – “A VERY MURRAY CHRISTMAS” (Netflix)
MARK RYLANCE / Thomas Cromwell – “WOLF HALL” (Masterpiece/PBS)

Meilleure actrice de série ou téléfilm :
NICOLE KIDMAN / Grace – “GRACE OF MONACO” (Lifetime)
QUEEN LATIFAH / Bessie Smith – “BESSIE” (HBO)
CHRISTINA RICCI / Lizzie Borden – “THE LIZZIE BORDEN CHRONICLES” (Lifetime)
SUSAN SARANDON / Gladys Mortenson – “THE SECRET LIFE OF MARILYN MONROE” (Lifetime)
KRISTEN WIIG / Delores DeWinter – “THE SPOILS BEFORE DYING” (IFC)

Meilleur acteur de série dramatique :
PETER DINKLAGE / Tyrion Lannister – “GAME OF THRONES” (HBO)
JON HAMM / Don Draper – “MAD MEN” (AMC)
RAMI MALEK / Elliot – “MR. ROBOT” (USA Network)
BOB ODENKIRK / Jimmy McGill – “BETTER CALL SAUL” (AMC)
KEVIN SPACEY / Francis Underwood – “HOUSE OF CARDS” (Netflix)

Meilleure actrice de série dramatique :
CLAIRE DANES / Carrie Mathison – “HOMELAND” (Showtime)
VIOLA DAVIS / Annalise Keating – “HOW TO GET AWAY WITH MURDER” (ABC)
JULIANNA MARGULIES / Alicia Florrick – “THE GOOD WIFE” (CBS)
MAGGIE SMITH / Violet Crawley, Dowager Countess of Grantham – “DOWNTON ABBEY” (Masterpiece/PBS)
ROBIN WRIGHT / Claire Underwood – “HOUSE OF CARDS” (Netflix)

Meilleur acteur de série comique :
TY BURRELL / Phil Dunphy – “MODERN FAMILY” (ABC)
LOUIS C.K. / Louie – “LOUIE” (FX Networks)
WILLIAM H. MACY / Frank – “SHAMELESS” (Showtime)
JIM PARSONS / Sheldon Cooper – “THE BIG BANG THEORY” (CBS)
JEFFREY TAMBOR / Maura Pfefferman – “TRANSPARENT” (Amazon)

Meilleure actrice de série comique :
UZO ADUBA / Suzanne “Crazy Eyes” Warren – “ORANGE IS THE NEW BLACK” (Netflix)
EDIE FALCO / Jackie Peyton – “NURSE JACKIE” (Showtime)
ELLIE KEMPER / Kimmy Schmidt – “UNBREAKABLE KIMMY SCHMIDT” (Netflix)
JULIA LOUIS-DREYFUS / President Selina Meyer – “VEEP” (HBO)
AMY POEHLER / Leslie Knope – “PARKS AND RECREATION” (NBC)

Meilleure équipe d’acteurs dans une série dramatique :
DOWNTON ABBEY
GAME OF THRONES
HOMELAND
HOUSE OF CARDS
MAD MEN

Meilleure équipe d’acteurs dans une série comique :
THE BIG BANG THEORY
KEY & PEELE
MODERN FAMILY
ORANGE IS THE NEW BLACK
TRANSPARENT
VEEP

Meilleure équipe de cascadeurs dans un film :
EVEREST” (Universal Pictures)
FURIOUS 7” (Universal Pictures)
JURASSIC WORLD” (Universal Pictures)
MAD MAX: FURY ROAD” (Warner Bros. Pictures)
MISSION: IMPOSSIBLE – ROGUE NATION” (Paramount Pictures)

Meilleure équipe de cascadeurs dans une série dramatique ou comique :
THE BLACKLIST” (NBC)
GAME OF THRONES” (HBO)
“HOMELAND” (Showtime)
MARVEL’S DAREDEVIL” (Netflix)
THE WALKING DEAD” (AMC)

Récompense honorifique – Life Achievement Award :
CAROL BURNETT

 

Le grand gagnant des Screen Actors Guild Awards de 2015 était Eddie Redmayne pour son rôle dans Une Merveilleuse histoire du temps. Le syndicat avait aussi récompensé l’équipe du remarquable film Birdman et Julianne Moore pour sa prestation dans Still Alice.

Extraordinary Tales de Raul Garcia: Critique DVD

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Depuis le 1er Décembre, BAC film propose 5 courts métrages adaptés de célèbres nouvelles d’Edgar Allan Poe réunies sur une seule galette pour la modique somme de 14,99 euros. L’occasion de découvrir un animateur peu connu, Raul Garcia et ses univers graphiques variés, mais surtout de redécouvrir l’univers gothique et torturé du célèbre écrivain américain.

Synopsis : Extraordinary Tales présente cinq histoires, cinq ambiances graphiques différentes, grâce auxquelles les artistes ont exprimé au mieux la complexité et la noirceur de l’univers d’Edgar Allan Poe.

Une curiosité qui peut valoir le détour, surtout pour les amateurs de fantastique et d’épouvante qui défrise. Les fanas d’animations qui souhaitent se confronter à autre chose que du Pixar ou du Dreamworks peuvent également jeter un œil, ils ne seront pas déçus devant la variété des univers proposés. Toutefois cette édition n’est pas exempt de défauts.

Comme toute anthologie qui se respecte, il est difficile de ne pas juger les films les uns par rapports aux autres, et forcément certains paraîtront un peu faibles tandis que d’autres marqueront durablement les esprits. Surtout dans ce cas précis où les univers graphiques sont aussi radicalement variés. Le gros point faible de cette édition reste surtout cette tentative de lier les courts métrages par un fil directeur un peu faible, mettant en image l’auteur sous la forme d’un corbeau qui discute avec la mort. Une mise en bouche pas terrible, animée avec peu de génie, qui ne dynamise pas vraiment l’ensemble. Ces intermèdes ont même plutôt tendance à faire retomber la tension, parfois forte, qui se dégage des films à proprement parler, enchaînant les poncifs sur Poe (l’obsession de la mort, le corbeau…) sans jamais atteindre la poésie du maître. Pour ce qui est des histoire adaptées, ce sont surtout des classiques parfois portés à l’écran de nombreuses fois. Le réalisateur se contente de suivre le texte à la lettre, mais réserve parfois de belles surprises.

La chute de la maison Usher ouvre le bal. Probablement le plus classique de tous (déjà adapté par Jean Epstein et Roger Corman au cinéma) et également le plus faible. Animé en 3D, les personnages, de par leurs formes caricaturales (Roderick est grand et effilé) rappellent un peu trop l’univers de Tim Burton, bien que le dossier de presse préfère parler d’expressionnisme allemand. Un héritage difficile à cacher, surtout quand le grand Christopher Lee s’occupe de la narration. Si son timbre de voix caverneux sied parfaitement à l’univers de l’écrivain, il apparaît gênant de l’entendre faire la voix des deux personnages, marquant le fait que le texte est lu, et non raconté naturellement. L’histoire elle-même déçoit, car malgré sa fidélité au texte, Raul Garcia se précipite, enchaîne les événements dans un temps très court et oublie de poser véritablement une ambiance forte. Néanmoins, le clou du spectacle reste un jump-scare particulièrement bien mené, beaucoup plus efficace que nombre de productions horrifiques contemporaines.

Deuxième film présenté, Le cœur révélateur est sûrement la pépite de cette anthologie. Principalement parce que l’univers graphique détonne au milieux de toute ces relectures gothiques. Transposition animée de l’adaptation dessinée d’Alberto Breccia, l’image composée exclusivement d’aplat noir et blanc présente un univers contemporain du nôtre. L’angoisse des personnages est déjà palpable au travers des images qui s’impriment sur notre rétine pour ne plus jamais en partir. Le deuxième coup de génie est sur la bande son. La voix de Bela Lugosi, probablement reprise sur une vieille lecture enregistrée, raconte les pensées d’un personnage paranoïaque. Son accent si particulier et ses intonations appuyées renforcent la folie du personnage, tandis que le grésillement significatif des vieux enregistrements radio laissé tel quel appuie la dimension claustrophobe de ce huis-clos diablement efficace. Si la résolution peut paraître superficielle, l’angoisse reste bien réelle.

La vérité sur le cas de M. Valdemer nous ramène vers des horizons plus classiques. Imitant les gravures des vieux ouvrages fantastiques, auquel il ajoute des éléments de comics américains (des phylactères apparaissent à l’écran pour dynamiser la scène). L’objet possède une pâte visuelle qui n’est pas inintéressante, le récit en revanche n’est pas particulièrement emballant avec son histoire mélangeant hypnose et mort-vivants, intégralement racontée par l’acteur Julian Sands. Ça se laisse regarder sans déplaisir, mais en terme de découpage narratif on a vu mieux.

Autre grand classique, Le puits et le pendule marque surtout pour sa qualité graphique, avec un travail saisissant sur les textures de l’eau et des matières qui donnent à l’ensemble une dimension tactile impressionnante. En revanche le récit paraît décousu et le rapport entre les deux objets du titre reste assez fumeux. Certains choix de mise en scènes, notamment les jeux de lumières, annulent totalement la sensation d’enfermement dans le noir induite par le récit. Difficile de comprendre pourquoi le personnage se déplace à tâtons et se prend tous les murs de sa cellule quand celle-ci nous semble plutôt bien éclairée. L’erreur vient peut-être du choix du texte lui même. Certaines œuvres devraient rester à jamais sur le papier. A noter tout de même la présence étonnante du réalisateur Guillermo Del Toro dans le rôle du narrateur.

Pour finir, Raul Garcia adapte l’un des plus fameux texte de Poe : Le masque de la Mort Rouge, déjà porté a l’écran par Roger Corman avec Vincent Price. Le premier donne d’ailleurs de la voix, clôturant la liste des invités prestigieux de cette anthologie. Inutile toutefois de s’extasier sur ce point, l’homme ne délivrant qu’une seule phrase sur ce dernier court-métrage quasi-intégralement muet. Le choix n’est toutefois pas insensé, le réalisateur préférant développer une ambiance plutôt que de s’assujettir au texte original (contrairement aux autres films). Néanmoins, si le visuel inspiré des tableaux des peintres Goya et Egon Shiele donne une ambiance onirique réussie, le manque de rythme ne permet pas vraiment de retranscrire la dimension orgiaque des fêtes du prince. Le fameux invité masqué n’apparaissant qu’à la fin, on retrouve le même problème que dans La chute de la maison Usher, la tension ne monte jamais et la résolution paraît un peu expédiée.

Si Extraordinary Tales n’est pas un incontournable de l’animation, il n’en reste pas moins une curiosité intéressante. Les amateurs d’Edgar Allan Poe y trouveront probablement leur compte car l’adaptation est faite avec beaucoup de respect. Les passionnés d’animations découvriront chez Raul Garcia un habile faiseur d’images, mais seront sûrement déçus par le manque d’audace du réalisateur, notamment en terme de narration. Toutefois l’univers de l’écrivain est bien présent et même si ses admirateurs s’en doutent un peu, mieux vaut prévenir, ce DVD n’est pas pour tous les publics.

https://www.youtube.com/watch?v=a4h_AmPuB9M

Fiche technique : Extraordinary Tales

Réalisateur : Raul Garcia
Pays : Etats-Unis
Langue : Anglais
Sous-Titres : Français
Format : Couleur, 1.85, 16/9 compatible 4/3
Durée : 1h13
Éditeur : BAC film

Vue sur mer, un film d’Angelina Jolie : Critique

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On ne les avait plus vus ensemble au cinéma depuis Mr. & Mrs. Smith, il y a dix ans. Le couple Brad Pitt / Angelina Jolie nous revient avec une histoire de ménage au bord de la rupture. Finis les tueurs surentrainés qui règlent leurs comptes à grands coups de gunfights chorégraphiées, les deux acteurs-stars incarnent cette fois deux  bobos new-yorkais qui devront surmonter leurs difficultés en allant au-devant de leurs névroses.

Synopsis: Dans les années 70, Roland et Vanessa sont un couple de new-yorkais qui viennent passer ses vacances dans un hôtel luxueux du sud de la France. Alors que leur mariage est compromis par leur relation en crise, la rencontre qu’ils font avec Léa et François, leurs voisins de chambre, va remettre un peu de piment dans leur vie sexuelle.

Une passion amorale qui manque de mordant

Pour son troisième film en tant que réalisatrice, Angelina Jolie met donc de côté la dimension spectaculaire et humaniste qu’elle avait intégrée aux deux précédents pour tenter de se focaliser sur le traitement psychologique des personnages qu’elle s’octroie à elle-même et à son mari –ce qui est là-aussi une première. On pourrait même aller plus loin en affirmant que ce sont les reproches qui lui ont été faits suite à son précédent film Invincible, à savoir un classicisme hollywoodien trop pesant et un message patriotique criant, qui l’ont poussée à s’essayer à un exercice de style qui se rapprocherait de l’idée que les Américains peuvent avoir du cinéma d’auteur européen.

C’est ainsi que l’action se retrouve délocalisée dans une Côte d’Azur de carte postale (dans des décors qui ont en vérité été tournés sur l’île de Malte), que le casting se compose d’acteurs français et que la lumière est assurée par le chef opérateur de Michael Haneke. Mais, au-delà de ça, si l’érotisme vintage rappelle l’œuvre de Tennessee Williams, on peut rapprocher la théâtralité de la mise en scène au cinéma français, le rythme languissant et peu bavard à celui des œuvres d’Ingmar Bergman ou Michelangelo Antonioni, et surtout la thématique du voyeurisme à certains des meilleurs films d’Alfred Hitchcock. Tant de sources d’inspiration qu’Angelina Jolie essaie tant bien que mal à digérer mais sans jamais accéder au niveau de maitrise de ses illustres modèles. Dès sa présentation à l’American Film Institute, les critiques américaines ont fustigé le film, lui reprochant « sa durée trop étirée » et « son manque de dynamique dramatique ». Des défauts que les spectateurs français peuvent plus aisément acquiescer et que l’on pouvait justement mettre sur le compte du fait que le public visé était plus européen. L’espoir était donc permis de voir un drame psychologique dont la finesse aurait échappé aux spectateurs d’outre-Atlantique, d’autant que la présence de quelques-unes de nos stars de chez nous rendait l’affiche alléchante.

Pour une fois, il nous est impossible de ne pas partager l’avis des Américains concernant le manque de dynamisme du long-métrage. La nonchalance dont fait preuve la réalisatrice se serait parfaitement aligné sur un format plus court que les deux heures dix que dure le film. La succession de longueurs qui en résulte aurait pu ne pas être à ce point rédhibitoire si les deux personnages principaux avaient été un minimum attachant. Le couple sur lequel se focalise la narration est composé de deux personnages caricaturaux au possible : Brad Pitt en écrivain qui noie son manque d’inspiration dans l’alcool et Angelina Jolie (dont la maigreur est de plus en plus inquiétante !) en bourgeoise dépressive et terriblement hautaine. Plus le film avance, plus les tensions et les névroses deviennent importantes au sein de ce couple, et poussent les deux interprètes à cabotiner au point de perdre peu à peu en vraisemblance. Les acteurs secondaires en revanche sont bien plus convaincants : Dans le rôle du couple de voisins, Mélanie Laurent et Melvil Poupaud apportent une sensualité rafraichissante tandis que, dans le rôle du veuf plein de chagrin et de sagesse, Niels Arestrup est comme à son habitude irréprochable. La façon dont la perversité voyeuriste va permettre à ce couple de vivre par procuration la sexualité qu’ils n’arrivaient plus à avoir est un spectacle tout d’abord sembler dérangeant, voire même fascinant. Mais la façon dont, au bout d’une heure, ces scènes d’espionnage intime vont se répéter sans que la situation n’avance plus, va faire naitre une profonde lassitude qui n’ira qu’en s’aggravant jusqu’à cette conclusion fleur-bleue tristement prévisible.

La tentative d’Angelina Jolie de s’essayer à du cinéma plus auteuriste et personnel se retourne finalement contre elle, tant la dimension auto-thérapeutique est rendue flagrante par l’octroi des rôles à son propre couple, et fait souffrir ce film, déjà laborieux et maladroit, d’un nombrilisme assez malvenu au vu du sujet. Malgré son charme solaire et son ambiance moralement malsaine, Vue sur mer ne parvient pas à séduire et prend l’allure d’un long, très long, essai dont la sensibilité n’est qu’artificielle.

Vue sur mer – Bande annonce

Vue sur mer – Fiche technique

Etats-Unis
Titre original : By the sea
Genre: Drame, romance
Durée: 120min
Sortie en salles le 09 décembre 2015
Réalisation : Angelina Jolie Pitt
Scénario : Angelina Jolie Pitt
Interprétation : Angelina Jolie Pitt (Vanessa), Brad Pitt (Roland), Mélanie Laurent (Léa), Melvil Poupaud (François), Niels Arestrup (Michel), Richard Bohringer (Patrice)
Photographie : Christian Berger
Décors : Jille Azis
Costume : Ellen Mirojnick
Montage : Patricia Rommel, Martin Pensa
Musique : Gabriel Yared
Producteurs : Angelina Jolie Pitt, Brad Pitt
Sociétés de Production : Universal Pictures, Jolie Pas, Plan B Entertainment
Distributeur: Universal Pictures International France
Budget : NR
Festival: Film d’ouverture à l’AFI Fest en novembre 2015

The Leftovers, saison 2: Critique Serie

Synopsis: Après le Memorial Day de la saison dernière par la secte qui a plongé Mapleton dans le chaos, la saison 2 prendra un nouveau départ. Kevin Garvey a pris sa retraite de son poste de chef de la police de Mapleton et se déplace avec sa nouvelle famille au Texas. Il est accompagné de Nora Durst, qui a découvert un nouvel objectif dans le bébé qu’elle a trouvé sur le seuil de Kevin en laissant derrière elle Mapleton et l’incroyable tragédie qu’elle a subie.

Tourner la page (ou ne jamais le faire) 

La jeune série de HBO, âgée de 2 saisons seulement, faisait-elle ses adieux en ce début de mois de décembre ? AVONS-NOUS RÉELLEMENT BESOIN DE CE GENRE DE NOUVELLE ? Il faut dire que si jamais la chaine renouvelait le show, cela constituerait presque une incompréhension aux vues de ses audiences catastrophiques, principal et seul handicap de la série. Mais gardons espoir, car après tout les miracles existent. Et quand bien même l’aventure s’arrêterait ici, cette saison 2 trouverait sa place immédiate au sein des plus belles expériences télévisuelles des années 2010, notamment grâce à ce goût de finitude qui nous est trop souvent refusé dans le milieu ultra addictif de la série télé. Car là où le twist et la surenchère règnent en maitre, parfois au détriment de la cohérence du récit, et souvent sans se préoccuper de la santé mentale du spectateur, The leftovers s’en émancipe et nous offre une saison 2 autonome, complète, parfaite.

La saison 1, orchestrée par Damon Lindelof, (scénariste de la série Lost et de Star Trek into Darnkess), était une adaptation du roman de Tom Perrota (les disparus de Mapleton). Ayant épuisé la source littéraire les deux hommes montent de toute pièces la suite de la série, toujours bâtie sur le même postulat étrange et génial que 2% de la population a disparu de la surface de la planète. Soit 140 millions de personnes évaporées, balayées par l’inexpliqué et l’inexplicable ; le pitch de base est ainsi rappelé en image à chaque début d’épisode dans ce nouveau générique, d’une beauté assez cruelle.

The Leftovers, saison 2: générique

Changement de générique donc, changement d’une partie des comédiens, et changement de lieu surtout. Nous retrouvons le désormais civil Kevin Garvey (Justin Theroux), qui a laissé son badge de shérif à Mapleton, catapulté en plein Texas où il a suivi Nora (Carie Coon) dans le village de Miracle, 9261 habitants, 0 disparus. Et des milliers de pèlerins, à moitié fous, à moitié perdus, qui affluent devant le pont hautement gardé qui protège la petite ville du monde extérieur et de ses dérives. Une communauté épargnée, vivant dorénavant recluse derrière ses grilles et son sentiment religieusement habité de faire partie des plans de Dieu. Une communauté a priori hermétique à la folie qui a embrasé le monde et éteint le semblant de rationalité que les hommes s’efforçaient de maintenir. Une communauté qui aimante forcément nos protagonistes, et dans un premier temps le pasteur Matt Jamisson et sa femme, toujours muette, encore immobile, absente. Un couple que l’ecclésiaste persiste à faire exister, dans son unilatéralité, voire son absurdité, mais essentiellement dans sa beauté. Matt est arrivé à Miracle comme un pèlerin, persuadé de son aura mystique qui pourrait être l’antidote à la disparition psychique de sa femme. Outre le terrible talent de son interprète Christopher Eccleston, le personnage de Matt témoigne encore une fois de toute l’intelligence des scénaristes, qui conçoivent chaque individu comme une réponse spécifique, singulière, à ce fameux 14 novembre, jour de la disparition, et maintenant jour du souvenir. La foi joue évidement un rôle prépondérant dans les répercussions sociales d’un tel évènement, avec cette clé de voûte instable qu’est la croyance. Faut-il continuer de croire ? Que croire ? Faut-il arrêter de croire ? Certains y voient une preuve de plus de la toute-puissance divine, d’autres y voient un autre coup sur l’échiquier cosmique, autant de fables, d’hypothèses, de sorcelleries, de sciences que les gens se jettent à la figure pour se refuser à leur propre conclusion : que 140 millions de personnes ne sont plus là, qu’il n’y a pas de coupable, qu’il n’y a pas de vérité. La croyance devient alors très malléable, instrument marketing pour les villageois qui font de Miracle un business juteux ; la croyance cathartique qu’instrumentalisent Tommy et Laurie Garvey pour redonner goût à la vie aux victimes de la secte.

Une secte que l’on retrouve telle que dans la saison 1, admirablement mise en scène, dans cette écume de blouse blanche, et ce nuage de fumée de cigarette qui s’échappe constamment de la bouche de ses membres muets. On retrouve d’ailleurs leur guide, le gourou Patti Levin (Ann Dowd) dans cette saison 2, toujours aussi percutante, qui s’infuse dangereusement dans l’esprit de Kevin : une plaie ouverte dans sa conscience qui l’enchaîne à une folie et l’éloigne de sa famille. Pourtant il ne peut se permettre d’y céder, il doit rester fort pour le bébé qu’il vient d’adopter, pour sa fille que sa mère a failli tuer, pour Nora qui tente de se reconstruire. Mais c’est sans compter sur l’élément dramaturgique de cette nouvelle saison, la disparition de 3 jeunes filles au cœur de Miracle. Toutes les certitudes s’effondrent, et le voile prétendument magique qui recouvrait la ville se déchire, pour finalement mettre en exergue le fait que Miracle subissait de la même façon la situation que le reste du pays. Des séquelles invisibles que certains mettront un point d’honneur à révéler, afin que comme partout le souvenir soit sanctifié. Une manière agressive de placarder la mort d’un mode de vie construit sur l’attachement des uns aux autres où trônait une rationalité qui faisait écran à la vraie nature des choses : celle qui dépasse la compréhension de tous et qui à tout moment peut rafler vos frères, et vos mères. The Leftovers met en scène brutalement l’illisibilité du cosmos, que l’on a tenté de codifier et qui d’un coup ne répond plus à nos règles ; et comment chacun tente d’ignorer ou de s’adapter à ce fait. Du refuge stérile de la religion à la pulsion sectaire, la série ne fait que taper du pied dans la fourmilière et observer.

Avec un casting d’une incroyable densité, une bande originale sublime, une photographie éblouissante, The Leftovers est une intention démiurgique qui redistribue les cartes, joue avec la mort et la vie, la fiction et la réalité. Où l’impossible s’accumule, et l’inconscient s’explore dans un hôtel. Où s’affronte la croyance et l’incompréhension,  la famille et le dénis. Un chef d’œuvre.

The Leftovers, saison 2  : Fiche Technique

Créateurs : Damon Lindelof, Tom Perrotta
Réalisateur: Mimi Leder
Interprétation: Justin Theroux: Shérif Kevin Garvey, Amy Brenneman: Laurie Garvey, Margaret Qualley: Jill Garvey, Chris Zylka: Tommy Garvey, Christopher Eccleston: Matt Jamison, Carrie Coon: Nora Durst, Regina King: Erika Murphy, Kevin Carroll: John Murphy, mari d’Erika, Jovan Adepo: fils d’Erika et John
Scénaristes: Damon Lindelof, Jacqueline Hoyt.
Producteurs exécutifs: Damon Lindelof, Tom Perrotta, Mimi Leder, Tom Spezialy, Peter Berg.
Co-producteurs exécutifs: Gene Kelly, Jacqueline Hoyt, Albert Berger, Ron Yerxa. Scénaristes: Damon Lindelof, Jacqueline Hoyt.
Chaîne d’origine : HBO
Format : 10 épisodes de 50 minutes

 

Le Hobbit: la Bataille des Cinq Armées Version longue: Critique DVD

20 minutes supplémentaires de fun, c’est tout…

Cela fait déjà presque un an qu’est sorti La Bataille des Cinq Armées dans nos salles. Une conclusion à la trilogie du Hobbit qui s’était montrée plutôt décevante aux vues de ce que le public était en droit d’attendre, s’étant révélée être un divertissement certes spectaculaire et amusant mais au combien incomplet et fait à la va-vite sur certains points. Il ne restait donc plus qu’à attendre la fameuse version longue quelques mois plus tard pour voir si cet ultime voyage en Terre du Milieu vaut vraiment le coup comparé à ce que laissait croire la version cinéma. Sorti dans les bacs depuis le 18 novembre 2015, il est grand temps de vous dire si l’attente valait le coup ! Attention, spoilers en vu !!!

Avant de continuer, il faut tout de même avouer qu’il y avait de quoi appréhender cette version longue. Et pour cause, contrairement à la trilogie du Seigneur des Anneaux qui proposait des montages allant d’une trentaine à une cinquantaine de minutes supplémentaires, celle du Hobbit s’est montrée assez avare de ce côté-là. Il suffit de prendre le premier opus (Un voyage inattendu) qui ne proposait que seulement 8 minutes en plus histoire de rajouter du fan service (Bilbon se promenant dans Fondcombe, par exemple) ou bien des scènes véritablement inutiles (celle du marché dans la Comté). Les choses s’étaient légèrement améliorées avec les 16 minutes de La Désolation de Smaug, mais l’aspect gadget de cette version longue se faisait tout de même ressentir. En est-il de même pour les 20 minutes complémentaires de l’épisode le plus court de la franchise (2h24 au cinéma) ? Malheureusement, oui…

La faute revient une fois de plus au fait d’avoir adapté en trois longs films un livre dépassant timidement les 300 pages. Si Peter Jackson et son équipe s’étaient assez bien débrouillés avec les deux premiers opus malgré quelques « remplissages » en piochant ici et là dans l’univers de Tolkien, cet ultime opus ne cachait plus l’entreprise commerciale d’avoir élargi à l’excès une intrigue plutôt mince. Cependant, 20 minutes supplémentaires pouvaient se montrer idéales pour combler quelques trous au film (surtout au niveau des personnages) et surtout une fin bâclées comme pas possible. Il n’en est rien : le dénouement reste tel quel (hormis une scène rendant hommage à Thorïn et ses deux neveux, morts au combat) et l’ensemble ne propose que quelques séquences en plus lors de ladite bataille. Il est vrai que La Bataille des Cinq Armées peut se vanter d’être plus amusante, surtout avec l’ajout d’une bonne dizaine de minutes d’action bien jouissives, principalement centrées sur les Nains (le passage en char « à la Ben-Hur » tiré par des boucs est un vrai régal). Sinon, il s’agit de plans durant à peine quelques secondes (comme en témoignent l’attaque de Lacville par Smaug ou le combat du Conseil Blanc contre les Nazguls), ni plus ni moins.

Si vous vous attendiez à un peu plus de peaufinage au niveau de l’intrigue et des personnages qui permette à La Bataille des Cinq Armées de ne plus avoir l’air d’être un film expédié, vous serez grandement déçus. Car si vous avez une allusion rapide à la mère de Legolas qui puisse justifier une réplique à la fin du film, vous n’aurez rien d’autre. Que ce soit l’intervention sortie de nulle part de Beorn, le devenir étonnement oublié de Tauriel après la bataille, l’évolution survolée de certains protagonistes importants tels que Bard et Thranduil, vous n’aurez aucune correction qui aurait très bien pu remédier à cette sensation d’avoir vu un film sautant bien des étapes de son propre récit.

Comme pour les films précédents, la version longue de ce troisième opus n’apporte pas grand-chose au montage initial, si ce n’est plus d’amusement et de fan service. En soit, ce n’est pas une mauvaise chose. Mais quand on sait que pour Le Seigneur des Anneaux, chaque ajout améliorait (et pas qu’un peu !) les films initiaux, il y a de quoi être déçu par la trilogie du Hobbit. D’autant plus qu’avec 20 minutes supplémentaires, le public pouvait très bien avoir plus de développement que d’action. Ce qui n’est pas le cas, renforçant les défauts autour de cette franchise, déjà cités maintes et maintes fois.

Indiana Jones, Gremlins, Wolverine, MI6 : les actus ciné en mode sequel

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Actualités cinéma du 29 novembre au 5 décembre : les suites sont de sortie !

Toutes les actus ciné les plus inratables de la semaine sont réunies ici rien que pour vous ! Au programme : des sequels avec le retour des Gremlins, Indiana Jones, Wolverine ou encore Mission Impossible et des remakes avec les bandes-annonces de Kickboxing : Vengeance et Orgueils et Préjugés et Zombies. Eric & Ramzy sont aussi de retour dans la bande-annonce de La Tour 2 Contrôle Infernale. Bref, tout est là, dans ce récap’ des actualités du Cinéma par Cinéséries-Mag :

 Actualités cinéma  :  Gremlins 3

Après la déclaration de Chris Columbus, scénariste des deux premiers Gremlins, qui affirmait qu’aucun remake ne serait fait de son vivant, Zach Galligan (Billy des Gremlins) a récemment confirmé ses propos au sujet de Gremlins 3. Lors d’une intervention dans un cinéma londonien, l’acteur a expliqué :

«Ça ne sera pas un reboot. Ça ne sera pas un remake de quelque façon que ce soit. Gremlins 3 sera dans le même esprit que Jurassic World qui nous projettera 30 ans après. On retrouvera des références à tous les éléments qui se sont produits dans le premier Gremlins et, apparemment, certains des personnages du premier volet réapparaîtront dans le prochain film. Je ne sais pas si je suis dedans ou pas, mais je pense qu’il y a une chance pour que ce soit le cas

 Le trailer de Kickboxer : Vengeance

Kickboxer : Vengeance est le remake par John Stockwell (Blue Crush) du Kickboxer de 1989. On y retrouvera Kurt Sloan (Alain Moussi) qui a juré de venger la mort de son frère Eric, tué par un champion de boxe thaïlandaise (Dave Bautista, Les Gardiens de la Galaxie). Pour cela, il sera entraîné par un maître en arts martiaux, maître Xian Chow joué par JCVD of course. Tandis que Kickboxer : Vengeance est prévu pour 2016, la suite a déjà été annoncée pour 2017 sous le titre de Kickboxer 2 : Retaliation.

 Indiana Jones 5 : jamais sans Harry !

Les rumeurs allaient bon train depuis 2014 avec la possibilité d’un nouvel acteur dans le rôle d’Indy mais depuis octobre, le projet autour d’un Indiana Jones 5 se précise dans le bon sens. Récemment Spielberg s’est confié à Screen Daily :

« Ce n’est certainement pas mon intention de voir un jour un autre acteur chausser ses bottes de la même façon qu’il y a eu plusieurs acteurs dans les rôles de Spider-Man ou Batman. Il n’y a qu’un seul acteur pour interpréter Indiana Jones et c’est Harrison Ford !»

A la radio française RTL, Spielberg a d’ailleurs précisé : « J’espère faire un jour un Idiana Jones 5. J’espère le faire avant qu’Harrison Ford ait 80 ans ou plus.» Et l’acteur de répondre via Entertainment Weekly : « J’aimerais faire un autre Indiana Jones et travailler encore avec Steven. Si nous avons un scénario, j’adorerais le faire !» De notre côté, on a juste envie de dire : « Let’s go ! »

 Mission Impossible 6 : le retour de Mc Quarrie aux commandes 

La tradition voulait que chaque Mission Impossible soit réalisé par un metteur en scène différent (De Palma, Woo, Abrams, Bird et McQuarrie) mais c’est avec beaucoup d’humour que McQuarrie a annoncé son retour sur tweeter. Fin juillet, Tom Cruise avait déjà annoncé qu’il reprendrait du service : «Nous allons commencer à travailler dessus. Nous débuterons probablement l’été prochain.»

 Wolverine 3 : le script est fin prêt !

L’écriture du scénario touche à sa fin et Hugh Jackman va pouvoir enfiler de nouveau son costume de Wolverine et prendre place aux côtés de Charles Xavier. Ainsi, Simon Kinberg a confirmé à Collider :

«Je ne sais pas quand le tournage débutera, mais nous ne commencerons pas avant que tout soit prêt. Nous savons tous que c’est la sixième, septième, ou huitième apparition de Wolverine à l’écran – ça dépend comment vous comptez, et il y a peu de personnages qui ont eu cette importance dans l’histoire du cinéma. Donc le script doit être le meilleur possible, il doit être mythique. (…) L’histoire satisfait pleinement Hugh Jackman et James Mangold. Ils ont fait un travail remarquable ensemble.»

 La bande-annonce gore de Orgueil et Préjugés et Zombies !

La romantique Elizabeth Bennett (Lily James) devra cette fois faire face à une horde de de zombies. Fort heureusement, elle et ses sœurs sont entraînées depuis leur plus jeune âge aux arts martiaux et autres armes, blanches ou à feu. Mais même au milieu du chaos, l’amour ne sera jamais loin, sous les traits de Mr. Darcy (Sam Riley).

 La Tour 2 Contrôle Infernale : la bande-annonce louftingue de Eric & Ramzy 

Le duo de comiques fait son retour dans un préquel de La Tour Montparnasse Infernale encore plus loufoque que le premier film. Juin 1981. Ernest Krakenkrick et Bachir Bouzouk sont deux brillants pilotes de l’armée française. Suite à une malencontreuse erreur au cours d’un test de centrifugeuse, ils perdent une partie de leur potentiel intellectuel. L’armée voulant les garder dans l’aviation, on leur trouve un poste de bagagistes à Orly Ouest. Voyez plutôt :

 

Le Petit Prince bat un record à l’étranger

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Après avoir attiré plus de 1,8 millions de spectateurs en France, Le Petit Prince, adaptation du roman éponyme écrit par Antoine de Saint-Exupéry, s’est exporté à l’international et vient de battre un record au box office mondial, et cela, sans même être sorti aux États Unis (prévue pour le 18 mars prochain).

En effet, le long métrage réalisé par Mark Osborne (Kung Fu Panda), accumule désormais plus de 12,5 millions d’entrées dans le monde (selon Unifrance), sans compter les entrées françaises. Il s’agit là d’un record absolument pour un film d’animation français, qui bat ainsi, le score de Arthur et les Minimoys de Luc Besson (entre 2006 et 2009), qui culminait à 10,3 millions d’entrées.

Ce brillant long métrage, mélange d’images de synthèse 3D et d’animation en volume (stop motion, image par image), a ravis les critiques du monde entier. Il a d’ailleurs été présenté en hors compétition à Cannes, revigorant la critique, par son aspect solaire et son message humaniste et mondial. L’aspect poétique et résolument intelligent a su montrer que l’animation française n’est point morte. Ce genre de long métrage a d’ailleurs inspiré nombre de films en images de synthèses 3D tel que Mune, encore dans les salles de cinéma Vous pouvez d’ailleurs retrouver notre critique du film ici même : https://lemagducine.fr/le-petit-prince-un-film-de-mark-osborne-critique/

Reste à savoir quel score il effectuera aux États Unis, lors de sa sortie prévue pour le 18 mars prochain.  Mais nul doute qu’il saura trouver son public, grâce à un casting vocal 4 étoiles composé d’entre autres Jeff Bridges, Rachel McAdams, Benicio Del Toro, Paul Rudd, Marion Cotillard et James Franco. On espère donc que sa carrière international sera finalisée grâce au box office américain, même si sa date de sortie est très proche de Batman v Superman, un concurrent de poids qui devrait rafler nombre de billets verts.

Le Petit Prince : Bande-annonce

Le Prophète, un film de Roger Allers: Critique

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Alors que le Moyen-Orient est rongé par l’obscurantisme islamiste, faire resurgir l’oeuvre d’un des plus célèbres philosophes locaux du siècle dernier relève presque du geste humanitaire.

Synopsis: Quelque part au Moyen-Orient, Almitra est une petite polissonne de huit ans ayant décidé de ne plus parler depuis la mort de son père. Un jour où elle accompagne sa mère dans la résidence d’un prisonnier politique, elle fait la connaissance un poète auquel elle s’attache aussitôt. Quand celui-ci est amené par des soldats, elle décide de le suivre pour profiter de ses enseignements.

Quand la philosophie orientale prend vie…

Qu’elles qu’aient été ses réelles intentions, Steve Hanson cherche depuis près de 10 ans à adapter Le prophète, l’œuvre du poète libanais Khalil Gibran datant de 1923 -que la  promotion annonce comme « le second livre le plus lu au monde après la Bible »… un argument déjà avancé par Le Petit Prince six mois plus tôt ! Le projet, a, à présent pu voir le jour grâce au soutien de plusieurs réalisateurs reconnus dans le domaine de l’animation : Roger Allers (Le Roi Lion), Tomm Moore (Brendan et le secret de Kells), Bill Plympton (Des idiots et des anges), Joann Sfar (Le chat du Rabbin)… Si le film réunit tant de réalisateurs aux styles graphiques distincts, c’est que le défi de cette adaptation est de donner vie à plusieurs des 26 poèmes que comprend le recueil en donnant à chacun une identité visuelle –et parfois même musicale– bien spécifique.

Pour éviter de n’être qu’une série de saynètes bavardes et mystiques, le long-métrage, a dû se pourvoir d’une trame narrative qui serve de lien à chacune de ces envolées lyriques. C’est cette colonne vertébrale qu’a élaboré Roger Allers, qui a, pour l’occasion imaginé cette histoire très banale mais toujours efficace pour illustrer la notion de transmission intergénérationnelle, d’une rencontre entre une petite fille et un homme, Mustafa qui est très vraisemblablement une représentation de Gibran. En choisissant de ne pas localiser ni dater l’action (on parle juste d’un village répondant au nom d’Orphalese), qui pourrait se situer n’importe où entre l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient ; à une époque qui est probablement celle de l’Entre-deux-guerres, le conte s’assure une certaine universalité. Rapidement, la relation entre la jeune Almitra et sa mère Kamila est occultée au profit du parcours de Mustafa et des discours qu’il va tenir aux villageois. Les thématiques du deuil du père et de la condition sociale de la femme qui auraient pu être développées passent ainsi aux oubliettes. Une animation assez classique qui profite surtout de la beauté de ses décors méditerranéens, c’est à cela que l’on reconnait cette partie centrale qui n’est là que pour servir de fil rouge entre les scènes véritablement mémorables du film.

Alors que la trame est très enfantine, chacune des prestations techniques que sont les illustrations des propos de ce philosophe humaniste, sont à la fois des performances techniques saisissantes et des leçons de vie d’une sagesse épatante. Chacune de ces représentations oniriques a donc de quoi déconcerter le jeune public, tant les sujets abordés sont sujets à des réflexions abstraites potentiellement complexes : l’amour, le travail, la mort, le rapport à l’autorité…  Autant d’étapes dans un voyage spirituel entrainant, mais dont le manque de fluidité narratif est flagrant : un ton à deux vitesses (entre immaturité un peu mièvre et métaphysique savante) et d’incessantes ruptures de rythme. Il devient alors facile de comprendre que le film ait du mal à trouver son public en dehors des amateurs de Salma Hayek, qui, en plus de coproduire et de doubler la mère (en anglais mais aussi en français!), assure à elle-seule toute la promotion du film.

On en vient invariablement à se demander si cette façon de faire était la meilleure façon de porter à l’écran les écrits de Khalil Gibran, voire même, s’ils avaient leur place au cinéma. En revanche, une certitude est à tirer du visionnage de ce film bancal : c’est que la lecture du recueil de poèmes dont il est inspiré doit être une expérience particulièrement enrichissante!

Le prophète: Bande-annonce VF

Le prophète: Fiche technique

Etats-Unis, Liban, Canada, Qatar
Genre: Animation
Durée: 85 min
Sortie en salles le 02 décembre 2015

Réalisation: Roger Allers, Tomm Moore, Bill Plympton, Joann Sfar…
Scénario: Roger Allers et Hanna Weg, d’après l’oeuvre de Khalil Gibran
Voix-off VO: Liam Neeson (Mustafa), Quvenzhané Wallis (Almitra), Salma Hayek-Pinault (Kamila), John Krasinski (Halim)…
Voix-off VF: Mika (Mustafa), Salma Hayek-Pinault (Kamila), Nicolas Duvauchelle (Halim)…
Musique : Gabriel Yared
Producteurs : Steve Hanson, Jose Tamez, Salma Hayek-Pinault, Clark Peterson, Ron Senkowski, Marci Levine…
Sociétés de Production: Block / Hanson, Participant Media, Doha Film Institute…
Distributeur: Pathé
Budget : /
Festivals: Hors-compétition au Festival du Cinéma Américain de Deauville en septembre 2015 et une double nomination au prix du meilleur réalisateur et du meilleur film d’animation indépendant aux Annie Awards 2016.