Extraordinary Tales de Raul Garcia: Critique DVD

Depuis le 1er Décembre, BAC film propose 5 courts métrages adaptés de célèbres nouvelles d’Edgar Allan Poe réunies sur une seule galette pour la modique somme de 14,99 euros. L’occasion de découvrir un animateur peu connu, Raul Garcia et ses univers graphiques variés, mais surtout de redécouvrir l’univers gothique et torturé du célèbre écrivain américain.

Synopsis : Extraordinary Tales présente cinq histoires, cinq ambiances graphiques différentes, grâce auxquelles les artistes ont exprimé au mieux la complexité et la noirceur de l’univers d’Edgar Allan Poe.

Une curiosité qui peut valoir le détour, surtout pour les amateurs de fantastique et d’épouvante qui défrise. Les fanas d’animations qui souhaitent se confronter à autre chose que du Pixar ou du Dreamworks peuvent également jeter un œil, ils ne seront pas déçus devant la variété des univers proposés. Toutefois cette édition n’est pas exempt de défauts.

Comme toute anthologie qui se respecte, il est difficile de ne pas juger les films les uns par rapports aux autres, et forcément certains paraîtront un peu faibles tandis que d’autres marqueront durablement les esprits. Surtout dans ce cas précis où les univers graphiques sont aussi radicalement variés. Le gros point faible de cette édition reste surtout cette tentative de lier les courts métrages par un fil directeur un peu faible, mettant en image l’auteur sous la forme d’un corbeau qui discute avec la mort. Une mise en bouche pas terrible, animée avec peu de génie, qui ne dynamise pas vraiment l’ensemble. Ces intermèdes ont même plutôt tendance à faire retomber la tension, parfois forte, qui se dégage des films à proprement parler, enchaînant les poncifs sur Poe (l’obsession de la mort, le corbeau…) sans jamais atteindre la poésie du maître. Pour ce qui est des histoire adaptées, ce sont surtout des classiques parfois portés à l’écran de nombreuses fois. Le réalisateur se contente de suivre le texte à la lettre, mais réserve parfois de belles surprises.

La chute de la maison Usher ouvre le bal. Probablement le plus classique de tous (déjà adapté par Jean Epstein et Roger Corman au cinéma) et également le plus faible. Animé en 3D, les personnages, de par leurs formes caricaturales (Roderick est grand et effilé) rappellent un peu trop l’univers de Tim Burton, bien que le dossier de presse préfère parler d’expressionnisme allemand. Un héritage difficile à cacher, surtout quand le grand Christopher Lee s’occupe de la narration. Si son timbre de voix caverneux sied parfaitement à l’univers de l’écrivain, il apparaît gênant de l’entendre faire la voix des deux personnages, marquant le fait que le texte est lu, et non raconté naturellement. L’histoire elle-même déçoit, car malgré sa fidélité au texte, Raul Garcia se précipite, enchaîne les événements dans un temps très court et oublie de poser véritablement une ambiance forte. Néanmoins, le clou du spectacle reste un jump-scare particulièrement bien mené, beaucoup plus efficace que nombre de productions horrifiques contemporaines.

Deuxième film présenté, Le cœur révélateur est sûrement la pépite de cette anthologie. Principalement parce que l’univers graphique détonne au milieux de toute ces relectures gothiques. Transposition animée de l’adaptation dessinée d’Alberto Breccia, l’image composée exclusivement d’aplat noir et blanc présente un univers contemporain du nôtre. L’angoisse des personnages est déjà palpable au travers des images qui s’impriment sur notre rétine pour ne plus jamais en partir. Le deuxième coup de génie est sur la bande son. La voix de Bela Lugosi, probablement reprise sur une vieille lecture enregistrée, raconte les pensées d’un personnage paranoïaque. Son accent si particulier et ses intonations appuyées renforcent la folie du personnage, tandis que le grésillement significatif des vieux enregistrements radio laissé tel quel appuie la dimension claustrophobe de ce huis-clos diablement efficace. Si la résolution peut paraître superficielle, l’angoisse reste bien réelle.

La vérité sur le cas de M. Valdemer nous ramène vers des horizons plus classiques. Imitant les gravures des vieux ouvrages fantastiques, auquel il ajoute des éléments de comics américains (des phylactères apparaissent à l’écran pour dynamiser la scène). L’objet possède une pâte visuelle qui n’est pas inintéressante, le récit en revanche n’est pas particulièrement emballant avec son histoire mélangeant hypnose et mort-vivants, intégralement racontée par l’acteur Julian Sands. Ça se laisse regarder sans déplaisir, mais en terme de découpage narratif on a vu mieux.

Autre grand classique, Le puits et le pendule marque surtout pour sa qualité graphique, avec un travail saisissant sur les textures de l’eau et des matières qui donnent à l’ensemble une dimension tactile impressionnante. En revanche le récit paraît décousu et le rapport entre les deux objets du titre reste assez fumeux. Certains choix de mise en scènes, notamment les jeux de lumières, annulent totalement la sensation d’enfermement dans le noir induite par le récit. Difficile de comprendre pourquoi le personnage se déplace à tâtons et se prend tous les murs de sa cellule quand celle-ci nous semble plutôt bien éclairée. L’erreur vient peut-être du choix du texte lui même. Certaines œuvres devraient rester à jamais sur le papier. A noter tout de même la présence étonnante du réalisateur Guillermo Del Toro dans le rôle du narrateur.

Pour finir, Raul Garcia adapte l’un des plus fameux texte de Poe : Le masque de la Mort Rouge, déjà porté a l’écran par Roger Corman avec Vincent Price. Le premier donne d’ailleurs de la voix, clôturant la liste des invités prestigieux de cette anthologie. Inutile toutefois de s’extasier sur ce point, l’homme ne délivrant qu’une seule phrase sur ce dernier court-métrage quasi-intégralement muet. Le choix n’est toutefois pas insensé, le réalisateur préférant développer une ambiance plutôt que de s’assujettir au texte original (contrairement aux autres films). Néanmoins, si le visuel inspiré des tableaux des peintres Goya et Egon Shiele donne une ambiance onirique réussie, le manque de rythme ne permet pas vraiment de retranscrire la dimension orgiaque des fêtes du prince. Le fameux invité masqué n’apparaissant qu’à la fin, on retrouve le même problème que dans La chute de la maison Usher, la tension ne monte jamais et la résolution paraît un peu expédiée.

Si Extraordinary Tales n’est pas un incontournable de l’animation, il n’en reste pas moins une curiosité intéressante. Les amateurs d’Edgar Allan Poe y trouveront probablement leur compte car l’adaptation est faite avec beaucoup de respect. Les passionnés d’animations découvriront chez Raul Garcia un habile faiseur d’images, mais seront sûrement déçus par le manque d’audace du réalisateur, notamment en terme de narration. Toutefois l’univers de l’écrivain est bien présent et même si ses admirateurs s’en doutent un peu, mieux vaut prévenir, ce DVD n’est pas pour tous les publics.

https://www.youtube.com/watch?v=a4h_AmPuB9M

Fiche technique : Extraordinary Tales

Réalisateur : Raul Garcia
Pays : Etats-Unis
Langue : Anglais
Sous-Titres : Français
Format : Couleur, 1.85, 16/9 compatible 4/3
Durée : 1h13
Éditeur : BAC film

Festival

Cannes 2026 : rencontre avec Guillaume Massart pour « La Détention »

À l'ACID Cannes 2026, Guillaume Massart revient sur ses deux longs métrages documentaires consacrés au monde carcéral, "La Liberté" et "La Détention", et sur ce qui les relie : une même volonté de filmer ce qu'on ne voit jamais et de comprendre pourquoi.

Cannes 2026 : La Détention, dans l’antichambre de la prison

Après avoir fait l'état des lieux et des consciences dans un pénitencier corse hors norme, Guillaume Massart investit cette l’École nationale d’administration pénitentiaire (ÉNAP) d’Agen. Un quasi huis clos aux côtés des futurs agents de l'État, qui tentent de se forger une autorité face aux contradictions d'un métier les plaçant dans une zone grise éthique, déontologique et juridique permanente. "La Détention" collecte de précieux témoignages sur une institution en proie à une violence diffuse, à l'épuisement et à une incertitude qui résonne au-delà du plan final.

Cannes 2026 : Fjord, la famille contre la société

Présenté en compétition à Cannes 2026, "Fjord" de Cristian Mungiu explore l’affrontement entre convictions religieuses, pouvoir institutionnel et idéaux démocratiques, dans un drame tendu porté par Sebastian Stan et Renate Reinsve.

Cannes 2026 : Moulin, le masque et la chute

En Compétition officielle à Cannes 2026, László Nemes signe avec "Moulin" un film sur la résistance qui préfère l'effondrement à l'héroïsme, l'homme à la légende. Sobre, tendu, imparfait, mais souvent bouleversant.

Newsletter

À ne pas manquer

Leaving Las Vegas : le pacte des naufragés

Trente ans ont passé. Las Vegas brille toujours autant, et "Leaving Las Vegas" aussi. Le film de Mike Figgis revient hanter les salles dans une version restaurée en 4K avec la même force d'impact, la même noirceur. On serait tenté de croire que le temps l'a rendu plus supportable. Il n'en est rien. La blessure est intacte, et l’admiration aussi.

L’Être aimé de Rodrigo Sorogoyen : Père et impair

Avec L’Être aimé, Rodrigo Sorogoyen signe un film de tournage aussi fascinant que déchirant, porté par Javier Bardem et Victoria Luengo. Derrière la mise en abyme cinématographique, le cinéaste filme surtout l’attente impossible d’une fille face à un père qui sait voir, diriger, comprendre — mais ne sait pas demander pardon.

L’Abandon : le traitement tout en nuances d’un sujet explosif

Les onze derniers jours de Samuel Paty, qui firent de lui un martyr de la République. Un sujet délicat, commandant d'éviter autant le pathos que la récupération politique. Vincent Garenq relève ce défi, avec un film qui parvient à captiver en tenant bien sa ligne. Estimable, malgré une réalisation sans surprise.

Obsession – L’amour (terriblement) ouf

Annoncé comme l’une des sensations horrifiques de 2026, Obsession séduit par son atmosphère malaisante, sa mise en scène maîtrisée et l’interprétation impressionnante d’Inde Navarrette, sans être totalement à la hauteur de sa réputation.

Les Cloches des profondeurs (1993) de Werner Herzog : la foi dans tous ses états

Qu’il le fasse en tant que créateur ou d’observateur, Werner Herzog a consacré sa carrière à sa passion pour les êtres vivant aux marges du possible. Visionnaires ou mégalomanes déments, aventuriers ou marginaux, peu importe, le cinéaste les observe avec une curiosité insatiable.
Vincent B.
Vincent B.https://www.lemagducine.fr/
Intéressé par tout, mais surtout n’importe quoi. Grand amateur de fantastique et de Science fiction débridé. Spécialiste Normand expatrié à Lille de la vague Sushi Typhoon (le seul qui s'en vante en tout cas). Je pense très sérieusement que l’on ne peut pas juger qu’un film est bon si l’on en a jamais vu de vraiment mauvais.

L’Être aimé de Rodrigo Sorogoyen : Père et impair

Avec L’Être aimé, Rodrigo Sorogoyen signe un film de tournage aussi fascinant que déchirant, porté par Javier Bardem et Victoria Luengo. Derrière la mise en abyme cinématographique, le cinéaste filme surtout l’attente impossible d’une fille face à un père qui sait voir, diriger, comprendre — mais ne sait pas demander pardon.

L’Abandon : le traitement tout en nuances d’un sujet explosif

Les onze derniers jours de Samuel Paty, qui firent de lui un martyr de la République. Un sujet délicat, commandant d'éviter autant le pathos que la récupération politique. Vincent Garenq relève ce défi, avec un film qui parvient à captiver en tenant bien sa ligne. Estimable, malgré une réalisation sans surprise.

Obsession – L’amour (terriblement) ouf

Annoncé comme l’une des sensations horrifiques de 2026, Obsession séduit par son atmosphère malaisante, sa mise en scène maîtrisée et l’interprétation impressionnante d’Inde Navarrette, sans être totalement à la hauteur de sa réputation.