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La beta du jeu vidéo Star Wars Battlefront est sortie

          Star Wars Battlefront : « Nouvelle » immersion dans l’univers de George Lucas !

Un wookie a poussé un nouveau « growwwl » puissant, R2D2 ne cesse de biper et de tourner sur lui-même… Depuis ce jeudi 08 Octobre, date de sortie de la beta, nous avons pu goûté à Star Wars Battlefront.

            Entendez par Beta l’accessibilité – ici publique – à un ensemble limité du jeu final afin de le tester et de contribuer à des retours techniques et critiques sur le jeu qui seront écoutés par le studio de développement et la société d’édition, avant sa finalisation pour sa sortie programmée le 19 Novembre 2015 par EA Games. Mais comprenez surtout que cette sortie publique nous a permis de pouvoir enfin toucher – manette en main – au jeu développé par DICE, et tant attendu depuis son annonce en Juin 2013 au salon vidéoludique de l’E3, mais aussi déjà bien avant celle-ci.

En effet, une décennie après le dernier volet sur console de salon de la licence, Star Wars Battlefront 2 (sorti un an après le premier jeu), DICE la ressuscite – épaulé par EA Games et LucasFilm – cette année sur nos consoles new gen (PlayStation 4 et XBOX One) et PC.

          Avec le rachat de Lucasfilm par Disney, le marché des jeux vidéo et autres objets dérivés (livres, comics, etcetera) s’est retrouvé bouleversé. LucasArts voit ses productions stoppées, ainsi le jeu Star Wars 1313 en plein développement est mis en stand-by puis arrêté, peut-on entendre. C’est alors qu’on nous annonce un nouveau partenariat entre Lucasfilm et l’importante société nord­-américaine du marché vidéoludique, EA Games. Grâce à cette dernière et à son envie – si ce n’est lié à conditions de contrat – de collaborer officiellement à l’univers Star Wars, de nouveaux nouvelles productions vidéoludiques de la licence sont lancées. Nouveaux ou presque, puisque DICE, le studio à l’origine des nombreux volets Battlefield (excepté le dernier volet Hardline confié aux tontons de chez Visceral Games, eux­-mêmes papas de Dead Space), travaille sur le reboot de Star Wars Battlefront. Ainsi, ce n’est pas un troisième volet que propose le studio de développement suédois, mais un renouveau de la série afin de proposer aux joueurs un jeu « personnel » et neuf. On entendait déjà des fans crier au scandale, car rappelons-le, SW Battlefront 3 était déjà en développement chez Free Radical. Le projet fut par la suite abandonné pour des raisons politiques et économiques. On pouvait aussi entendre au loin d’autres fanboys critiquer de manière « prophétique » DICE qui, selon eux, réaliserait un Battlefield aux décors Star Wars-iens. On leur répondait sereinement qu’ils devaient se remémorer – ou l’appréhender pour les plus amnésiques – le fait que les jeux Star Wars Battlefront étaient hyper-inspirés – pour ne pas dire des « remakes » Star Wars-iens – de la série Battlefield, notamment en terme de Gameplay. Il s’agissait donc pour LucasFilm et EA de rendre véritablement à César ce qui lui appartient (ou presque).

            Le studio a travaillé avec son grand moteur de jeu, Frosbite, qui a fait ses preuves sur les derniers volets de la série Battlefield, mais, dans l’idée de réinventer un concept, il a décidé d’innover avec la création et l’utilisation de nouvelles technologiques, notamment la photogrammétrie. « Il était indispensable de rester fidèle à la saga d’origine. C’était important pour moi de respecter l’univers Star Wars™ et de faire les choses bien. » explique Ken Brown, le responsable artistique et technique du jeu sur le site officiel. On avait ainsi pu toucher des yeux le réalisme époustouflant dévoilé dans les deux derniers trailers Star Wars Battlefront. Il s’agissait aussi pour l’équipe suédoise de réinventer l’image vidéoludique et plus largement l’imagerie numérique afin de respecter « le savoir-­faire de Star Wars », notamment de la trilogie originale (1977 – 1983) et de la nouvelle trilogie en cours de développement, avec ses tournages en décors naturels et construits, jusqu’à ses effets spéciaux à la main, ses maquettes et monstres physiques et concrets, et ses nouveaux effets numériques pensés. Notez d’ailleurs dans votre agenda que Jeff Mann, ancien superviseur des effets spéciaux chez ILM et actuellement consultant, donnera une conférence au Comic Con parisien, le samedi 24 octobre 2015.

            Pour parvenir à ce rendu photo-réaliste et respectueux, le jeu a du être développé pour les nouvelles consoles que sont la PlayStation 4 et la Xbox One. Le choix de DICE est judicieux, puisqu’en ne développant pas Star Wars Battlefront comme jeu cross-plateformes, c’est-à-dire à la fois sur PlayStation 3 et sur PlayStation 4, le studio a pu s’affranchir de toutes les limites techniques de ces consoles et profiter des potentiels des nouvelles afin d’ouvrir de nouveaux portails technologiques pour le jeu vidéo.

Après avoir joué à la beta, une première chose est à dire : ils ne nous ont pas menti.

         Visuellement bluffant et novateur, incroyable dans sa puissance et dans sa construction sonores (on retrouve exactement les visuels et sons de la saga, il faut savoir que DICE a eu accès aux archives de LucasFilm, et on découvre de nouveaux thèmes musicaux, de John Williams ?), avec un gameplay relativement renouvelé, Star Wars Battlefront, rien qu’avec sa beta, nous a déjà ravi. Notons tout de même que la beta a été testée sur un écran plat led de 127 centimètres, sur PlayStation 4 (avec laquelle nous avons enregistré les extraits et images présents dans cet article) et avec un système sonore home cinéma. Aussi, la beta comprend trois séquences de jeu avec trois différents modes – Assault Walker, Drop Zone, & Survival – sur trois planètes différentes – respectivement Hoth, Sullust (planète déjà présente dans l’Extended Universe – composé par la majorité des produits dérivés écrits et vidéoludiques – écarté pour devenir les « Légendes » de Star Wars) officiellement créée en partenariat avec LucasFilm, et Tatooine –, et nous fait incarner soit un rebelle (masculin ou féminin) soit un impérial, avec quatre armes principales et un peu plus d’objets et armes secondaires.

            Le Gameplay reprend en effet des codes importants du FPS, mais aussi du premier Star Wars Battlefront, sa troisième personne, qui n’est pas qu’une fan-option, elle sera même parfois nécessaire pour le pilotage d’engins terrestres tels que le TR-TT, ou encore utiles lorsqu’il s’agira de chasser des X-Wing, des TIE-Fighter ou encore des TIE Interceptor. On pourra aussi personnaliser nos avatars, mais attention dans les limites de l’univers – comprenez l’imagerie – Star Wars, expliquait un membre de DICE.

S’il y a une nouveauté dans le gameplay de DICE, c’est le jeton. En effet, dans les séquences auxquelles nous avons pu jouer, pas question de faire la course avec le collègue pour avoir un vaisseau spatial. Nous ne démarrons pas dans des bases ou des camps empli de véhicules. Nous avançons, fraichement débarqués sur le champ de bataille. Et c’est sur ces espaces de jeu – immense concernant Hoth – que vous trouverez des jetons bleus à l’esthétique holographique. Ces derniers proposeront des armes en plus, la possibilité de faire appel à des vaisseaux en orbite, d’incarner un héros, et surtout d’avoir accès à des véhicules. Ainsi on approche vers ces jetons, on appuie sur la touche « carré » puis sur « L1+R1 » et hop, notre trooper se met à genou et passe un appel radio dans une micro-cinématique in-game et nous voilà dans le cockpit d’un chasseur.

            Il faut aussi rappeler que DICE a supprimé les batailles spatiales afin de nous offrir des expériences terrestres et aériennes parfaites, avant de prétendre pouvoir accomplir le développement de batailles spatiales. Ce qui n’est pas sans rappeler le premier Battlefront, où l’on avait déjà des batailles terrestres et aériennes, le deuxième volet apportait alors ce changement. Mais à l’inverse de ces jeux, le bébé de DICE possède plus de modes de jeu, multijoueurs : Assault Walker (Attaque des Marcheurs, en référence aux AT-AT de l’Empire, qu’on appelle en France TB-TT), Fighter Squadron (Escadron de Chasseur), Drop Zone (Zone de largage), Supremacy (Suprématie, qui reprend le mode Conquête des Battlefield), Blast (Escarmouche : combat à mort en équipe déjà présent dans les précédents), Cargo (Cargaison, qui reprendrait le mode classique Capture du drapeau, présent dans de nombreux jeux vidéo, notamment des fps, tels que Battlefield), Droid Run (Course au droïde), et autre un mode mystérieux au gameplay appuyé par le système de « levolution » qui consiste à l’évolution du décor en fonction de la bataille, des victoires et des défaites de part et d’autre des deux camps. Ce dernier arriverait au début du mois de Décembre avec le DLC gratuit La Bataille de Jakku qui nous exposera un événement majeur ayant eu lieu chronologiquement après Le Retour du Jedi, entre l’Empire et la Nouvelle République. Il faut aussi remarquer la présence de missions solo et en duo-split screen avec les modes Survival (Survie), et Battles, dans lequel on devrait pouvoir incarner des héros de la saga, seul, ou contre ami.

Seule absence au tableau : le mode Conquête des précédents jeux qui nous permettait d’incarner la République, le CSI, les Rebelles et l’Empire, avec pour but de conquérir la galaxie – représentée dans les jeux par un certain nombre de planètes, contenant parfois deux champs de bataille.

            « Pfiou, pfiou, BRAWWWW »… Bon je crois qu’il est temps d’y retourner, les lasers fusent autour de moi, les étincelles et explosions m’entourent, et un AT-AT est en train de s’effondrer sur moi.

La beta-test prendra fin le lundi 12 Octobre. Alors profitez-en. Ou alors au contraire, écartez-vous de toutes ces images, car nous n’avons plus que ces mots en bouche : « sortie le 19 Novembre 2015 ».

Masters of Sex : Musique, Bande Originale

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Masters of Sex – Bande-Originale

« What the world needs now is love, sweet love
It’s the only thing that there’s just too little of.. »

A l’occasion de la dernière saison de Masters of Sex, diffusée dimanche 27 septembre à 22h sur Showtime, CSM revient sur l’univers musical de la série « culte ». Ne cédons pas nous-même au cliché, reconstituer une époque passe nécessairement par un travail quasi-fidèle sur les ambiances sonores et musicales, mais la série de Michelle Ashford se détache progressivement de la restitution pour tendre vers une certaine forme de contemporanéité, relativement efficace. Nous ne pouvons faire l’impasse sur le « choc » du dernier épisode qui cède au stéréotype sur une chanson « sad indie » trop conventionnelle pour étonner. Mais ce glissement est présent dès le pilote. En ouvrant sur une chanson jazz lente, Helen Ward – You brought a new kind of love to me et une soirée d’ouverture à l’université St Louis de Washington, et en concluant sur Ólafur Arnalds (Broadchurch) feat. Arnor Dan – For Now I Am Winter et la proposition de Bill à Virginia, sa nouvelle secrétaire, d’être les propres cobayes de leur nouvelle expérience, Master of Sex balance entre un certain désir d’historiciser, coller aux années 50 et une empathie romanesque manipulée à coup de lyrisme sad indie ou néoclassique ambiant bien pensé. Sans compter sur le talent de Dominik Hauser, compositeur multimédia et chef d’orchestre, de formation jazz, à qui l’on doit le thème de la série : entre percussions et accordéon sur métaphores érotiques (pour en savoir plus sur le générique réalisé par le même studio que celui qui a créé True DetectiveElastic, nous vous conseillons de poursuivre la lecture ici). Si l’identité de la série tient donc de cette ambivalence musicale, entre ambiance bal musette, salon jazz et folk indé aérienne, c’est parce qu’en effet un clivage s’opère durant ces Trentes Glorieuses. Un clivage de mentalité qui s’exprime également sur la bande son. Imaginez passer des Chordettes (Barbershop music a capella) à Curtis Mayfield (souljazz funk) sans passer par Mamas & the Papas (folk rock sunshine pop) sur 36 épisodes – aucuns des trois malheureusement ne figurent à la bande son -, la transition est brutale, nous le concédons, mais la facture musicale n’est pas assez précise et c’est le point faible de cette troisième saison. La rédaction s’avancerait même à dire de la série toute entière. D’après les recherches effectuées pour cet article, CSM s’est rendu compte que les musiques sélectionnées tenaient plus de l’ordre de l’impression que d’une véritable rhétorique. D’une, car il vous sera impossible de vous procurer la soundtrack entière des trois saisons et de deux, car l’évolution scénaristique correspond difficilement, si ce n’est pas, aux choix musicaux, procurant ainsi une sensation étrange d’aléatoire, mais très agréable.

Voici un résumé succinct des chansons entendues au cours des trois saisons :

Saison 1

Pilote) You Brought a New Kind of Love to Me – Helen Ward (reprise d’Ella Fitzgerald) : Début de l’épisode sur la soirée/cérémonie organisée à l’université St Louis

Hound Dog – Elvis Presley : Libby est au salon à regarder la performance d’Elvis est retransmise à la télévision lorsque Bill entre.

For Now I Am Winter – Ólafur Arnalds feat. Arnor Dan : Bill annonce à Virginia les expériences à venir. Génériques de fin

Episode 02) Piano Theme de Retrograde – James Blake : Virginia lit une bande dessiné à son fils. Bill l’observe de l’extérieur.

03) Chances Are – Johnny Mathis : Scène de fin. Bill informe Virginia que l’étude reprendra dans l’hôpital, puis Libby célèbre sa grossesse avec du champagne en se réjouissant de sa journée.

04) Sway – Dean Martin : Tout le monde danse à la réception organisée par les Masters

06) My Funny Valentine – Ella Fitzgerald : Chanson émise dans la chambre d’hôtel de Libby lorsque Morris entre avec une bouteille de liqueur. Ils dansent.

07) Love Me Tender – Elvis Presley : Début de l’épisode

08) Love and Marriage – Dinah Shore : Vivian chante dans la cuisine d’Ethan

10) A Mushroom Cloud – Sammy Salvo : Génériques de fin

11) You Don’t Know Me – Lizzy Caplan : Dans la cabine d’enregistrement

Numéro – Titre – Réalisation – Ecriture – Date de diffusion – Audiences (en million)

01 – Pilot – John Madden – Michelle Ashford – 29/09/2013 – 1.00
02 – Race to Space – Michael Dinner – Michelle Ashford – 06/10/2013 – 1.09
03 – Standard Deviation – Lawrence Trilling – Sam Shaw – 13/10/2013 – 1.04
04 – Thank You for Coming – Jennifer Getzinger – Amy Lippman – 20/10/2013 – 1.01
05 – Catherine – Michael Apted – Sam Shaw & Michelle Ashford – 27/10/2013 – 1.01
06 – Brave New World – Adam Davidson – Lyn Greene & Richard Levine – 03/11/2013 – 0.93
07 – All Together Now – Tim Fywell – Tyler Bensinger – 10/11/2013 – 1.10
08 – Love and Marriage – Michael Apted – d’après une histoire de : Tyler Bensinger, Adapté à l’écran par : Michael Cunningham – 17/11/2013 – 1.05
09 – Involuntary – Jennifer Getzinger – Noelle Valdivia – 24/11/2013 – 1.13
10 – Fallout – Lesli Linka Glatter – Sam Shaw – 01/12/2013 – 1.08
11 – Phallic Victories – Phil Abraham – Amy Lippman – 08/12/2013 – 1.23
12 – Manhigh – Michael Dinner – Michelle Ashford – 15/12/2013 – 1.21

Saison 2

01) Bye Bye Love by The Everly Brothers : Bill lance le tourne disque sur les cris du bébé

Will You Still Love Me Tomorrow – The Shirelles : Essie, la mère de Bill, débarque à la réception pour s’entretenir avec son fils, tandis que Lester les filme à distance.

02) Let’s Do It (Let’s Fall In Love) – Ella Fitzgerald, Buddy Bregman & Buddy Bregman Orchestra : Austin invite Virginia à sa petite fête dans son bureau.

07) Catch a Falling Star – Perry Como : Betty arrive dans le bureau avec Don in Toe

The Twist – Chubby Checker : Lester filme à l’anniversaire du petit Johnny Masters

11) Theme from « A Summer Place » – Percy Faith and His Orchestra : Libby et Robert conduisent et changent la station de radio

Numéro – Titre – Réalisation – Ecriture – Date de diffusion – Audiences (en million)

01 – Parallax – Michael Apted – Michelle Ashford – 13/07/2014 – 0.825
02 – Kyrie Eleison – Michael Apted – David Flebotte – 20/07/2014 – 0.716
03 – Fight – Michael Apted – Amy Lippman – 27/07/2014 – 0.837
04 – Dirty Jobs – Michael Engler – Steven Levenson – 03/08/2014 – 0.706
05 – Giants  – Jeremy Webb – Bathsheba Doran – 10/08/2014 – 0.971
06 – Blackbird – Keith Gordon – Eileen Myers – 17/08/2014 – 0.793
07 – Asterion – Michael Dinner – David Flebotte & Michelle – 24/08/2014 – 0.840
08 – Mirror, Mirror – Michael Apted – Steven Levenson – 31/08/2014 – 0.726
09 – Story of My Life – Jeremy Webb – Amy Lippman – 07/09/2014 – 0.760
10 – Below the Belt – Adam Arkin – Bathsheba Doran & Eileen Myers – 14/09/2014 – 0.804
11 – One for the Money, Two for the Show – Adam Bernstein – Amy Lippman – 21/09/2014 – 0.714
12 – The Revolution Will Not Be Televised – Adam Arkin – Michelle Ashford – 28/09/2014 – 0.889

https://www.youtube.com/watch?v=BQHU3hB0oEw

Saison 3

01) You belong to me – Patsy Cline : Générique de fin

03) What the World Needs Now Is Love – Dionne Warwick : Bill et Virginia au lit avec le bébé Lisa, générique de fin

06) At the Zoo – Simon & Garfunkel : Bill regarde son nouveau patient, un gorille, générique de fin

08) Just Like a Woman – Bob Dylan : Austin aide Betty et Helen à avoir un enfant ; Bill trouve Nora en train d’étudier dans la salle « d’opération » ; Dan et Virginia rentre de Las Vegas ; Bill apporte à Virginia de la soupe. Cette dernière ment à Dan sur la présence de Bill derrière la porte ; générique de fin.

11) Les yeux ouverts – Sylvie Vartan : Au restaurant français, après le repas mouvementé.

12) Holland – Novo Amor : Scène finale. Bill arrête le taxi. Virginia monte dans l’avion avec Dan. Bill seul.

Numéro – Titre – Réalisation – Ecriture – Date de diffusion – Audiences (en million)

01 – Parliament of Owls – Jeremy Webb – Michelle Ashford – 12/07/2015 – 0.583
02 – Three’s a Crowd – Dean Parisot – Amy Lippman – 19/07/2015 – 0.535
03 – The Excitement of Release – Miguel Sapochnik – Steven Levenson – 26/07/2015 – 0.509
04 – Undue Influence – Christopher Manley – Gina Fattore – 02/08/2015 – 0.585
05 – Matters of Gravity – Adam Arkin – Esta Spalding – 09/08/2015 – 0.552
06 – Two Scents – Michael Weaver – David Flebotte – 16/08/2015 – 0.734
07 – Monkey Business – Adam Arkin – Michelle Ashford & David Flebotte – 23/08/2015 – 0.643
08 – Surrogates – Matt Earl Beesley – Steven Levenson – 30/08/2015 – 0.688
09 – High Anxiety – Dan Attias – Jonathan Igla – 06/09/2015 – 0.562
10 – Through a Glass, Darkly – Jeremy Webb – Steven Levenson & Esta Spalding – 13/09/2015 – 0.601
11 – Party of Four – Susanna White – Amy Lippman – 20/09/2015 – 0.548
12 – Full Ten Count – Michael Apted – Michelle Ashford – 27/09/2015 – 0.605

En conclusion

Masters of sex propose de très jolis moments sonores, oscillant entre slow jazz (notamment You don’t know me interprété par Lizzy Caplan elle-même) et ondulations piano (qui conclue la plupart des épisodes dont le 2ème season finale). Ces discrètes, mais réussies apartés musicales enrobent l’histoire de ces deux scientifiques, d’un voile pudique tenant à la fois de l’ordre de l’interdit et du plaisir coupable. Le plaisir coupable s’efface au fur et à mesure de cette fin de troisième saison, étirée sur un arc narratif peu original qui ennuie plus que de raison. Il n’y a qu’à retrouver le même schéma évoqué en introduction pour se rendre compte de l’inchangé. Le season premiere se conclue sur You Belong To Me de Patsy Cline et le season finale sur Holland de Novo Amor. Deux sublimes atmosphères romantiques, teintées de mélancolie. Le jazz devient indé folk et toujours cette même sensation maussade au creux de nos tympans qui ne nous a pas quitté depuis trois saisons, malgré quelques entrains un peu plus folk rock, mais qui n’échappe malheureusement à plusieurs stéréotypes insistants, non moins agréables : Ella Fitzgerald, Elvis Presley, Dean Martin, Dinah Shore et The Shirelles… La liste ne sera pas beaucoup plus longue. Pouvons-nous craindre une dernière quatrième saison si Masters of Sex ne sort pas des sentiers déjà trop battus ? Les audiences décroissantes donneraient-elles raison à cette appréhension ?

L’élégance de cette série n’est plus à contredire. La rédaction allait vous laisser avec Lizzy Caplan enregistrant pour Showtime une version arrangée de What The World Needs Now de Jackie DeShannon. (La reprise ne comprend pas « Is Love ». Peut-être pour ne pas céder à la sempiternelle et dégoulinante naïveté véhiculée dans les années 60 ? D’autant plus qu’il est difficilement question d’amour, car la réciprocité n’est jamais stable dans le show de Michelle Ashford) Mais la vidéo a été retirée de Youtube à cause de copyright ! Tristesse. Maigre consolation, la rédaction vous laisse l’originale.

https://www.youtube.com/watch?v=AgeIdl36aEI

En attendant de lire la critique de la troisième saison, CSM vous conseille de revenir sur les deux premières.

L’etudiante et Monsieur Henri, un film de Ivan Calberac: Critique

Parallèlement à la sortie de son nouveau livre « Venise n’est pas en Italie », Ivan Calbérac revient au cinéma pour son 4ème long-métrage, et sa 4ème comédie, L’étudiante et Monsieur Henri. Avant toute chose, il faut savoir que le film est une adaptation de la pièce de théâtre du même nom, écrite par le réalisateur, ayant déjà été jouée dans des salles parisiennes.

Synopsis : A cause de sa santé vacillante, Monsieur Henri ne peut plus vivre seul dans son appartement parisien. Particulièrement bougon, il finit néanmoins par accepter la proposition de son fils Paul de louer une chambre à une jeune étudiante. Loin de tomber sous le charme, Henri va se servir d’elle pour créer un véritable chaos familial…

Si ce nouveau film peut rebuter par son affiche ou par son pitch convenu, cette nouvelle comédie mérite le coup d’oeil. Tout d’abord, qu’il est agréable de revoir Claude Brasseur au cinéma, notre papa de La Boum, lui qui avait quitté nos écrans depuis le dernier film de Jean-Pierre Mocky, Le renard jaune. Avec sa voix grave et rocailleuse, on le reconnaitrait parmi mille autres acteurs. Claude Brasseur dans le rôle d’un vieil homme bougon et solitaire est criant de vérité. Ce faciès, ses expressions subtiles et une certaine nonchalance d’un point de vue filmique font de cet homme un grand acteur. Il est vrai que ce rôle n’est en rien original pour lui, mais c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, et sa prestation ne déroge en rien à la règle.

Dans le long-métrage, Claude Brasseur est accompagné de valeurs sûres du cinéma, comme Guillaume de Tonquedec, connu pour Fais pas ci, fais pas ça, qui ne cesse de s’affirmer comme un excellent acteur, ou encore Frederique Bel, qui elle, s’avère toujours des plus énervantes, nous livrant une interprétation semblable à son époque de La minute blonde : de la bêtise chez le personnage, un profond sentiment d’agacement chez le spectateur. Un personnage connu de tous dans le cinéma français, cette bobo catho tête à claques. La surprise du casting vient de la jeunesse, et de Noémie Schmidt, L’étudiante et Monsieur Henri étant son premier long-métrage au cinéma (on a pu la voir dans un téléfilm auparavant). Même si le jeu de la jeune fille peut parfois sonner légèrement faux, elle arrive à se placer en pilier du film. Sa relation avec Monsieur Henri, comme le vin, se bonifie avec le temps, et son amourette avec Guillaume de Tonquédec est relativement crédible.

L’étudiante et Monsieur Henri est donc une comédie française agréable, ayant pourtant de nombreux défauts des comédies françaises actuelles. Comme beaucoup, la comédie d’Ivan Calbérac souffre de prévisibilité dans le récit. Les ficelles se dévoilent au fur et à mesure, et sont parfois des plus énormes. Même avant d’avoir vu le film, l’ending se fait entendre : « Une amitié entre une jeune étudiante et un vieux monsieur. » Il ne faut pas longtemps pour deviner le sort des personnages, et Ivan Calbérac ne contre pas le destin. Ce que l’on pense arrive, malheureusement, mais sans aucun pathos. Le réalisateur laisse une part d’imagination aux spectateurs. En ce qui concerne la fin, car si cette dernière est plutôt brute, quoi qu’un peu tire-larme avec la lettre, le film est une concentration de surplus d’émotions et de bons sentiments, avec une musique extra-diégétique qui deviendrait presque nauséeuse. Ivan Calbérac gâche ses intentions par des surplus de montage qui nuisent au film. Certaines scènes n’auraient-elles pas été plus fortes si elles avaient été plus brutes ?

Enfin, Ivan Calbérac s’inscrit dans une conformité de réalisation des comédies, françaises ou d’ailleurs, bien qu’il y ait un travail sur le son assez agréable, avec l’utilisation du hors-champ : les partis pris du théâtre restranscrits au cinéma, même si Létudiante et Monsieur Henri n’est en rien théâtral, il ne s’agit pas d’un huis-clos, bien au contraire. Le scénario nous fait passer de boîte de nuit à Loft de DJ, en passant par un cimetière. On regrettera tout le passage en Angleterre qui n’est, dans le contexte, pas très utile. Il aurait été plus intéressant, une fois de plus, de faire appel à l’imagination débordante que le spectateur peut avoir.

L’étudiante et Monsieur Henri est une comédie sans prétention, d’une gentillesse infinie, portée par une agréable découverte, Noémie Schmidt, et par deux acteurs de choix, deux valeurs sûres du cinéma que sont Claude Brasseur et Guillaume de Tonquédec.

L’étudiante et Monsieur Henri: Bande-annonce

L’étudiante et Monsieur Henri: Fiche Technique

Réalisateur : Ivan Calbérac
Scénario : Ivan Calbérac
Casting : Claude Brasseur, Guillaume de Tonquédec, Noémie Schmidt, Frédérique Bel, Thomas Soliveres…
Genre : Comédie
Nationalité : Française
Date de sortie : 7 octobre 2015
Durée : 98 minutes
Costumes : Claire Lacaze
Photographie : Vincent Mathias
Son : Philippe Fabbri, Damien Aubry, Emmanuel Croset
Montage : Hervé Guichard
Musique : Laurent Aknin
Producteurs : Isabelle Grellat Doublet, Eric Altmayer, Nicolas Altmayer
Production : Mandarin Cinéma, StudioCanal
Distributeurs : StudioCanal

 

Le Nouveau stagiaire (The Intern), un film de Nancy Meyers: Critique

Rob Reiner, Nora Ephron… Des noms importants de la comédie romantique contemporaine qui, grâce à eux, a pu connaître quelques grands bouleversements et remodélisations du genre avec notamment When Harry Met Sally (Quand Harry Rencontre Sally) en 1989, Sleepless in Seattle (Nuits Blanches à Seattle) en 1993, ou encore avec You’ve Got Mail (Vous avez un message) en 1998.

Synopsis: Ben Whittaker, un veuf de 70 ans s’aperçoit que la retraite ne correspond pas vraiment à l’idée qu’il s’en faisait. Dès que l’occasion se présente de reprendre du service, il accepte un poste de stagiaire sur un site Internet de mode, créé et dirigé par Jules Ostin.

Nancy Meyers semble se placer dans la tradition de ces cinéastes en proposant des films à la fois distractifs et sociologiques. Le mot n’est pas grand, car il s’agit bien pour ces films d’observer – parfois même étudier – les relations humaines, plus particulièrement amicales et amoureuses, dans des environnements et espaces publics où le relationnel et le sentiment semblent avoir été ironiquement relégués aux publicitaires et aux fictions télévisuelles et cinématographiques.

À l’image de What Women Want (Ce que veulent les femmes), second film de la cinéaste réalisé en 2001, The Intern nous montrent des femmes qui ne semblent pas encore avoir trouvé ce qu’elles voulaient, et c’est à nouveau un homme qui saura les écouter et les conseiller. Et tel que dans Something’s Gotta Give (Tout peut arriver) sorti en 2004, on trouvera en protagonistes principaux des personnes âgées. Enfin, comme dans la majorité de ses films la fin est emplie de romantisme presque fleur bleue, alors que les personnages ont progressé et sont heureux. Mais, une nuance vient ici modifier le tableau Meyers-ien.

Une nuance qu’on n’avait pas vue depuis When Harry Met Sally de Reiner, la mélancolie. Et celle-ci sera présente pendant la majorité du film grâce à Robert De Niro, le successeur à Mel Gibson en tant que conseiller et oreille attentive. Mais à l’inverse du personnage incarné par ce dernier, il n’a pas de pouvoir « magique » pour savoir écouter les femmes et entendre leurs pensées. En effet, Ben Whittaker a un autre pouvoir, bien plus humain, l’expérience, qui lui a apporté de la sagesse.

Le sage homme saura conseiller les jeunes gens perdus, notamment sentimentalement. Mais Ben dépasse la figure du vieux sage, veuf, à soixante-dix ans, il cherche à se rendre utile. En cela, il est bien humain, car ça n’est pas un personnage purement cinématographique, mais la représentation au cinéma d’une situation bien réelle, l’oubli de personnes délaissées à cause de leur âge. Ainsi Ben obtient un stage au sein d’une nouvelle entreprise ayant grandi en très peu de temps et dirigée par le jeune et belle Jules Ostin, incarnée par Anne Hathaway. Et si le stage est d’abord un acte d’enjolivement de façade créé par l’entreprise, il se révélera rapidement être une grande idée. Car Ben va contribuer à la réussite de l’entreprise, en tant qu’assistant personnel de la dirigeante puis avec le deuxième poste de gestionnaire adjoint aux dossiers et courriers. Plus que ça, il trouvera un nouvel amour (incarné par la vieillissante et belle René Russo), et formera une nouvelle famille, avec les jeunes stéréotypement borderline – le petit jeune au bon embonpoint perdu et écarté du foyer familial par ses parents ; l’informaticien qui ne demande qu’à s’ouvrir à de nouvelles choses, personnes ou encore à tester sa bravoure via des actes illégaux ; le jeune responsable au nom oublié par sa patronne et perdu sentimentalement -.

Le film est ainsi ampli d’un discours social humaniste et optimiste, mais ce dernier tendra à être effacé par la double romance racontée par la réalisatrice, et qui concerne Jules et son mari. Celle-ci était-t-elle nécessaire ? Non, après tout, il y avait bien celle de De Niro et Russo, pourtant délaissée à la faveur de celle du jeune couple de mariés. La rencontre des générations, l’échange de leurs points de vue et conseils, tendent ainsi à être occultés par la romance du jeune couple. Ce dernier est-il un élément promotionnel ?

Au-delà des suppositions, Nancy Meyers filme ainsi un cinéma dans la continuité de sa carrière, pas original mais possédant toujours un élément (ou plusieurs) qui tendent à l’élever vers d’autres niveaux. Cependant, ici, elle expose, plus explicitement qu’à son habitude, ses limites, qui sont, paradoxalement, incarnés en le romantisme exacerbé, et alors qu’elle était traditionaliste, dans la reprise des caractères résolument modernes de la comédie romantique, hélas plus niaise et « parfaite », qu’imparfaite et donc humaine.

Le Nouveau stagiaire : Fiche Technique

Titre original : The Intern
Réalisation : Nancy Meyers
Scénario : Nancy Meyers
Casting: Robert De Niro (Ben Whittaker), Anne Hathaway (Jules Ostin), Rene Russo (Fiona), Adam DeVine (Jaison), Jojo Kushner (Paige), Ander Holm (Matt), Jason Orley (Lewis)…
Direction artistique : W. Steven Graham & Doug Huszti
Décors : Kristi Zea
Costumes : Jacqueline Demeterio
Montage : Robert Leighton
Musique : Theodore Shapiro
Production : Suzanne McNeill Farwell, Nancy Meyers, Celia D. Costas, Stefan Mentz
Sociétés de production : Waverly Films
Sociétés de distribution : Warner Bros. France
Pays d’origine : États-Unis
Budget : 35 000 000 $
Langue : anglais
Durée : 121 minutes
Genre : Comédie Romantique
Dates de sortie : 7 octobre 2015
Box office US : $36,523,892 au 04/10/15

Lamb, un film de Yared Zeleke: Critique

Le continent Africain à rarement les honneurs du palmarès des grands festivals mondiaux. Au mieux se contente-t-il de quelques sélections quand ceux-ci daignent bien vouloir regarder au-delà du célèbre triptyque Europe-Amérique du nord-Asie. Le meilleur exemple en est « Timbuktu« , reparti bredouille de Cannes l’an dernier alors qu’il faisait partie des grands favoris pour la récompense suprême et que certains bruits de couloir lui auraient volontiers décerner le prix de la mise en scène. Il est contraignant que cette partie du monde ne puisse faire valoir ses belles qualités artistiques car elle recèle pourtant quelques grands cinéastes, passés ou présents. Souleymane Cissé recevra bien un prix du jury sur la Côte D’Azur voici quelques années, de même que son homologue tchadien Mahamat Saleh Haroun plus récemment. Mais cela représente bien peu face à l’effervescence constante de l’ancienne colonie. Il ne s’agit pas de l’honorer juste pour cause de bonne conscience nouvellement acquise ou par repentance envers un passé difficile, ce serait une erreur encore plus blessante. Cette terre recèle assez de talents pour ne pas lui en faire l’affront.

Voyez ce « Lamb » de Yared Zeleke, tout droit venu D’Ethiopie et dont la présence dans la section Un Certain Regard cette année dans le plus grand festival du monde augurait l’espoir d’une belle surprise en fin de compétition. Que nous raconte-t-il, ce nouveau venu dans le paysage cinématographique africain? la touchante histoire d’un petit garçon qui vit avec son père depuis sa mère est décédée dans une triste circonstance. Sa particularité est qu’il possède une brebis qu’il promène partout ou il passe, de sorte que cette étrange compagne puisse figurer habilement son errance. Le paternel, élégant homme de peu, n’est plus en mesure d’élever son fils car il doit trouver du travail en ville pour subvenir à ses besoins. Il confie ce dernier à son oncle, un paysan robuste qui cultive ses champs pour nourrir sa grande descendance. La douceur du premier contraste largement avec la sécheresse du second, pour qui le compromis s’avère non négociable. Sous ce nouvel hospice, Ephraïm devra se plier à de nouvelles règles et tenter de préserver ce qu’il lui reste d’innocence. Schématisé à ce point, nous pourrions croire à un éternel parcours initiatique ou la bonté humaine triompherait de toutes les turpitudes. Ce serait dévaloriser un film en tout point remarquable.

Le prénom de notre héros ne doit certainement rien au hasard, qui comme les tribuns qui partirent rejoindre la future Nation Juive, s’en va parcourir un pèlerinage biblique fortement symbolique. Il croisera sur son chemin quantités d’épreuves qui, loin de lui faire rebrousser la route, n’en révélerons que bien plus sa maturité. C’est cette traversée dans les superbes paysages arides de l’est africain qu’il nous est donné de partager avec lui. Rien n’est plus politique qu’un cinéma qui se défend d’en claironner son message tout en l’affichant subtilement par le biais d’images précises. Yared Zeleke fait mine de se situer à hauteur d’enfants, ce qu’il fait par ailleurs merveilleusement, pour mieux embrasser la situation ethnographique de son pays. Le village traditionnel du nouvel entrant est coloré des possibles contradictions d’une contrée qui ne veut pas oublier ses origines fondatrices mais n’oublie pas d’enjamber la marche de la modernité à grand pas. Tandis que les anciens perpétuent ces valeurs de labeur, les jeunes enfants rêvent d’un ailleurs ou le savoir se substituerait à cet ancrage. Le très beau personnage d’adolescente éclairée pour qui les journaux sont source d’apprentissage ne dit pas autre chose, tiraillée entre la compassion pour ce nouvel arrivant et son besoin de respirer l’air de la ville. Le maillage représente surement ce que le cinéaste connait de son pays.

S’il n’était que cette brillante étude, le film se suffirait déjà largement à lui-même. Mais il lui appartient d’avoir une ambition autrement plus stimulante, et en cela nous pouvons affirmer sans trop de risques que ce cinéma fait œuvre d’art essentiel dans notre morne paysage. La picturalité de certains plans est extraordinaire et la typographie des lieux que choisit de filmer l’éthiopien renvoie à une sensation d’évasion. Les quelques panoramiques qui scrutent au loin les montagnes paraissent vertigineux et l’ombre des nuits froides élargissent notre horizon de spectateur. Comment, enfin, ne pas toucher un mot de ces visages touchants qui nous embarquent aisément avec eux. La justesse de jeu de ces acteurs amateurs participe grandement à l’émotion que suscite ce long-métrage. Et l’on ne serait que trop partiaux de ne pas le mettre en avant, eux sans qui une telle pépite n’existerait pas. Que dire de plus?

Synopsis: Ephraïm est un jeune garçon éthiopien, toujours accompagné de son inséparable brebis. Confié à des parents éloignés, il s’adapte mal à sa nouvelle vie. Un jour, son oncle lui annonce qu’il devra sacrifier sa brebis pour le prochain repas de fête. Mais Ephraïm est prêt à tout pour sauver sa seule amie et rentrer chez lui.

Lamb : Fiche Technique

Réalisation: Yared Zeleke
Scénario: Yared Zeleke, Géraldine Bajard
Interprétation: Rediat Amare (Ephraïm), Kidist Siyum (Tsion), Welela Assefa (Emama), Surafel Teka (Solomon), Rahel Teshome (Azeb), Indris Mohamed (Abraham), Bitania Aberaham (Mimi), Rohama Demise (Yasmin)
Décors: Laurence Brenguier
Costumes: Sandra Berrebi
Son: Till Heinrich Röllinghoff, Rainer Heesch, Tobias Fleig
Montage: Véronique Bruque
Musique: Christophe Chassol
Genre : Drame
Nationalité : Français, Allemand, Norvégien, Ethiopien
Date de sortie : 30 septembre 2015
Durée : 1h34min
Producteur(s): Ama Ampadu, Laurent Lavolé, Johannes Rexin
Production: Slum Kid Films, Gloria Films, Heimatfilm
Distributeur: Haut et Court
Festival : Festival de Cannes 2015
Sélection officielle – Un Certain Regard

Auteur : Le Cinéphile Dijonnais

 

American Horror Story saison 5 : Bienvenue à l’Hotel !

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American Horror Story : Hotel fait ses débuts sanglants sur FX.

Mercredi 7 Octobre 2015, American Horror Story : Hotel a débuté en fanfare sur FX avec 5,8 millions de téléspectateurs. La cinquième saison de la série se place certes en dessous de l’audience mesurée pour la saison 4 mais elle rivalise toujours avec les trois premières. American Horror Story n’avait cessé d’augmenter jusque-là avec 3,2 millions pour Murder House, 3,9 millions pour Asylium, 5,5 millions pour Coven et surtout 6,1 millions pour Freak Show l’an dernier. Malgré cette légère baisse, les résultats sont toujours aussi encourageants de même que les réactions des fidèles qui ont inondé Twitter dans la soirée du mercredi pour faire part de leurs frissons face à ce premier épisode charnel et sanglant.

Welcome to the Hotel Cortez :

Dès le début, les décors chauds et baroques de l’Hotel Cortez donnent le ton. La couleur rouge prédomine depuis les tapis jusqu’au gilet d’Iris (Kathy Bates) à l’accueil, en passant par les fauteuils : il va y avoir du sang ! Le maître d’hôtel accueille alors deux blondes suédoises un peu nunuches pour qui on sent tout de suite que l’histoire va très mal finir. «Faites-moi confiance. Ça va vous plaire…», leur dit Iris en tendant la clef alors que sur nos lèvres de spectateur averti se dessine un sourire ironique.

Nous suivons les suédoises jusqu’à leur chambre et visitons l’hôtel avec elles sans ignorer les ressemblances frappantes avec celui de The Shining ou du Innkeepers de Ti West : une moquette rétro, des couloirs longs, étroits et sombres avec des gamins plantés au bout tant qu’à faire ! Et aussi une femme de ménage qui nettoie des draps tachés de sang !

En bref, ça sent l’hôtel hanté et de très loin…et ça sent aussi dans la chambre des blondes, une odeur de cadavre semble-t-il… Les filles farfouillent jusque dans le matelas qui est habité par notre premier monstre : c’est le coup d’envoi d’un épisode sanguinaire et rock n’ roll. Il y a le sang, d’accord, mais aussi la drogue et le sexe. Une saison somme toute très prometteuse !

American Horror Story : Hotel est peuplé de personnages loufoques et effrayants : une toxicomane sadique en manteau léopard (Sarah Paulson), un homme-latex armé d’un gode conique, un homme à tout faire transgenre prénommé Liz Taylor et un couple de pervers sexy à souhait (la très attendue Lady Gaga et le beau Matt Bomer). L’épisode se termine en chanson sur « Hotel California », un petit clin d’oeil sarcastique aux paroles des Eagles :

« This could be Heaven or this could be Hell / (…) / There were voices down the corridor / I thought I heard them say / Welcome to the Hotel California / Such a lovely place / Such a lovely place… »

« Ça pourrait être le paradis comme ça pourrait être l’enfer / (…) / Il y avait des voix au fond du couloir / Il me sembla les entendre dire / Bienvenue à l’Hôtel California / Quel endroit délicieux / Quel endroit délicieux…  »

 Dès à présent, vous pouvez regarder le teaser de l’épisode 2 de American Horror Story : Hotel ci-dessous :

https://www.youtube.com/watch?v=PWG9ViotFmg

Patries, un film de Cheyenne Caron: Critique

Après plusieurs petits films, la réalisatrice Cheyenne Carron continue à ne pas recevoir l’appui du CNC pour financer ses projets. Elle a donc dû investir l’argent que lui ont rapporté les ventes des DVD de son précédent film (L’Apôtre, l’histoire d’un musulman se convertissant au christianisme) pour autoproduire Patries.

Synopsis : Sébastien vient d’emménager, avec ses parents (dont un père aveugle), en région parisienne. Il se lie rapidement d’amitié avec Paul un jeune d’origine camerounaise, mais, au sein de la communauté d’origine africaine du quartier, cette amitié est mal vue et génère des tensions.

Des personnages et un film qui n’arrivent pas à se trouver

Elle aurait pu toutefois s’aligner sur la mode des « films guérilla », mais a opté pour une réalisation sobre. Difficile alors de lui reprocher le manque de moyens techniques qui apparait dès le premier plan. On peut cependant se demander si la décision de ne pas lui avoir accordé d’aides publiques ne viendrait de la vacuité de son scénario. La thématique de la discrimination « anti-blancs » dans les banlieues paraissait évidemment être un sujet sensible dans l’actuel contexte de tension politique. Pourtant, en tant que femme métissée étrangère ayant été adoptée par une famille française, Cheyenne Carron avait une certaine légitimité à aborder ce sujet encore tabou dans le cinéma. La problématique est alors traitée par le biais du récit d’un jeune garçon, Sébastien (Augustin Raguenet) et ses difficultés à s’insérer parmi un groupe d’adolescents de son âge issus de l’immigration.

Dès le départ, la relation d’amitié difficile entre Sébastien et Paul (Jackee Toto) se définit comme la trame dramaturgique de cette intrigue assez limitée. Aussitôt, l’antipathie des amis de Paul envers ce « blanc » apparaît en toute logique comme l’élément clef du scénario. Et pourtant, à mi-parcours, celui-ci va subitement se désintéresser de Sébastien pour se focaliser sur Paul. La question du racisme anti-blanc se retrouve dès lors écartée et la volonté croissante de Paul à quitter la France pour retourner dans son pays natal prend la place du sujet principal. Celui qui affirmait au début se « battre les couilles » du Cameroun, n’aura par la suite de cesse de vouloir y aller, le cœur rempli d’intentions altruistes. Le fait de perdre de vue pendant près d’une demi-heure celui qui apparaissait de prime abord comme le personnage principal, et surtout le centre des enjeux du film, rend confuse la destination va laquelle la réalisatrice cherche à aller, la qualité artistique du film en revanche y gagner. En effet, l’antagonisme entre Sébastien et les jeunes blacks passe par des échanges qui, pour la plupart sonne faux, tant le jeu d’acteur d’Augustin Raguenet est peu convaincant (difficile de lui en tenir rigueur, s’agissant d’une première expérience) et surtout la caractérisation des personnages secondaires est ultra-caricaturale. A contrario, la seconde partie, même si tous ses dialogues ne sont pas forcément mieux écrits, profite des interprétations plus crédibles entre Jackee Toto, Sylvia Homawoo et Sandrine Salyeres, qui incarnent respectivement sa mère et sa sœur.

La thématique de « l’identité nationale » – car c’est bien de cela dont il est question dans cette seconde partie – est elle aussi un sujet politiquement clivant qui aurait mérité d’être plus approfondie que via ces quelques dialogues familiaux. La question de ce qu’est « être français » ne trouve aucune ébauche de réponse dans les débats superficiels entre ce jeune homme et sa famille qui, contrairement à lui, se dit pleinement « française ». Une potentialité biaisée par un manque de subtilité et une narration brouillonne qui ne sont propices qu’à quelques scènes pleines de sincérité, parfois amusantes, parfois émouvantes mais ne menant jamais vers un discours concret. L’amateurisme des moyens techniques et du casting (et même de la bande originale, limitée à des morceaux de musique classique tombés dans le domaine public) serait donc la conséquence directe de l’écriture de ce film qui accumule, sans réussir ni à les mêler de façon cohérente ni à les traiter en profondeur, ses problématiques. S’y ajoutent toutefois quelques tentatives audacieuses, à commencer par celle d’avoir embauché un véritable aveugle pour incarner le père de Sébastien. Une idée qui cependant n’apporte au récit qu’un argument mélodramatique que l’on ne peut, de fait, assimiler à autre chose que du pathos gratuit.

La bonne volonté de la réalisatrice Cheyenne Carron pour s’attaquer à des questions qui méritent de ne pas être ignorées est louable. Malheureusement son film souffre d’une mise en scène plan-plan et surtout du manque d’expérience de ses équipes techniques et artistiques. Pire encore, le fait que les sujets traités ne réussissent pas à être développés par la narration rend le travail caduc et donc le film parfaitement vain.

Patries : Bande-annonce

Patries : Fiche Technique

Réalisation: Cheyenne Carron
Scénario : Cheyenne Carron
Interprétation: Jackee Toto, Augustin Raguenet, Sylvia Homawoo, Sandrine Salyeres, Christophe Derouet…
Production : Cheyenne Carron
Sociétés de production : Carron distribution
Sociétés de distribution : Carron distribution
Durée : 115 minutes
Genre : Drame
Sortie en salles: 21 octobre 2015

France – 2015

Le Labyrinthe : La Terre Brûlée, un film de Wes Ball: Critique

A peine remis de l’exaltant Le Labyrinthe, qui outre le fait d’avoir su l’installer durablement à Hollywood, a su rehausser le genre dystopique en donnant à voir un récit nous épargnant pour une fois cette veine politico-répressive usée jusque à la corde, Wes Ball récidive avec le second volet, sobrement intitulé La Terre Brulée.

Synopsis: Dans ce second volet de la saga épique, Thomas (Dylan O’Brien) et les autres Blocards vont devoir faire face à leur plus grand défi : rechercher des indices à propos de la mystérieuse et puissante organisation connue sous le nom de Wicked. Or le monde qu’ils découvrent à l’extérieur du Labyrinthe a été ravagé par l’Apocalypse. Leur périple les amène à la Terre Brûlée, un paysage de désolation rempli d’obstacles inimaginables. Plus de gouvernement, plus d’ordre… et des hordes de gens en proie à une folie meurtrière qui errent dans les villes en ruine. Les Blocards vont devoir unir leurs forces avec d’autres combattants pour pouvoir affronter Wicked et tenter de défier son immense pouvoir.

Si l’on sait gré au premier film d’avoir su imposer sa vision doloriste et originale dans un genre pourtant très balisé, n’hésitant ainsi pas à malmener son casting aussi bien physiquement que moralement, le tout nappé dans une intrigue sentant bon les années 2000 (Cube de Vincenzo Natali et la série Lost étant les références officielles de l’auteur James Dashner), nul doute que le deuxième volet de la franchise se devait d’apporter plus qu’un relent de mystère pour captiver les foules.

Laissant beaucoup de questions en suspens (D’où vient la contamination ? Pourquoi ces épreuves ?), le premier volet avait ainsi failli en abusant de l’originalité revendiquée par son sujet pour finalement laisser patauger son spectateur dans une marée d’incertitudes et de secret. Inutile de dire qu’après ça, ce deuxième volet se devait d’apporter des réponses, tout en laissant les coudées franches à son réalisateur Wes Ball, pour qui était venu l’heure de la confirmation.

Nouvelle carte, nouveau film.

Un besoin de confirmation qui semble d’ailleurs avoir infusé l’esprit de son metteur en scène au cours de la production, puisque à peine le film démarre, que voilà déjà Wes Ball en train de complètement redistribuer les cartes. Fini le labyrinthe, l’ambiance huis-clos limite carcérale, et l’unité visuelle grisâtre du premier film ; place désormais aux étendues arides de la Terre Brûlée. Un choix logique, qui permet de montrer toute son ambition, lui qui a dépeint dans les pages de nos confrères de chez Première, sa volonté de vouloir faire ici « son Empire Contre-Attaque ».

Et malgré tout le bien qu’on peut penser de ces propos, autant dire que Wes Ball semble désireux d’y donner suite. Ton plus sombres, personnages à la moralité ambiguë, le film se dissocie totalement de son aîné, chose à souligner si on dresse le film en parallèle de ses plus proches concurrents, les Hunger Games et autres Divergente, qui outre leurs qualités respectives (discutables), n’ont bâti leur succès que sur la réitération déguisée d’une recette unique. Une ligne directrice solide, dont le principal atout réside aussi dans sa parfaite indépendance. Car crédité d’un budget avoisinant les 60 millions de dollars, la production peut se permettre, fait rare, de pouvoir aligner une violence visuelle et scénaristique des plus affirmées dans une production tout public. Personnages de l’intrigue qui meurent, zombies infectés effrayant, agissements cruels des protagonistes, le fait est que la noirceur de l’ensemble contraste beaucoup avec le ton faussement gentillet et lugubre du premier. Incarnant la criante volonté de rupture qu’on était en droit d’attendre, Le Labyrinthe 2 peut alors se permettre d’enchaîner les scènes d’actions dans un rythme teinté d’un univers visuel bluffant compte tenu du budget, quitte à en user pour masquer le seul vrai défaut du film.

Une production accélérée.

Car malgré l’éloge panégyrique lui étant adressé, nul doute que Le Labyrinthe : La Terre Brûlée présente un défaut qui dans son cas, est paradoxalement rédhibitoire. Cultivant le secret depuis le début de la franchise, et lâchant des infos par à-coups dans ce dernier film, voilà que Wes Ball finit par succomber à cette manie, quitte à instaurer des enjeux à la tonalité sibylline et donc laisser dans le flou le spectateur, trop occupé à assister à des scènes d’actions très bien calibrées, mais en forme d’apparat. Ce faisant, il ne fait plus aucun doute que ce manque d’information peut sans doute être imputé à la production du long-métrage qui s’est vu scénarisé, tourné et monté en un an, et qui gardera dès lors comme scories un criant manque d’information, et une fin voyant le long-métrage s’aligner à la morale pseudo-guerrière de ses concurrents suscité, ou les personnages, débarrassés de leur instincts de survie voient finalement leurs mentalités évoluer, quitte à devenir des rejetons illégitimes de l’oncle Sam, partis la fleur au fusil, prêts à tout pour arriver à leurs fins. Le seul point réjouissant à cette fin quelque peu précipitée saura de savoir alors que le troisième volet sera explosif et réduit, chose rare, à un seul film, nous gratifiant donc d’un film qui ira au bout de ses idées, non pas préoccupé à inventer une intrigue de convenance.

Le Labyrinthe : La Terre Brûlée: Fiche Technique

Titre original : Maze Runner: Scorch Trials
Réalisation : Wes Ball
Scénario : T.S. Nowlin d’après La Terre brûlée de James Dashner
Casting: Dylan O’Brien (Thomas), Kaya Scodelario (Teresa), Ki Hong Lee (Minho), Thomas Brodie-Sangster (Newt), Rosa Salazar(Brenda), Giancarlo Esposito (Jorge), Aidan Gillen ( Janson)….
(janson),Barry Pepper ( Vince
Direction artistique : Daniel T. Dorrance
Décors : Andrew Max Cahn
Costumes : Sanja Milkovic Hays
Montage : Dan Zimmerman
Musique : John Paesano
Production : Marty Bowen, Wyck Godfrey, Ellen Goldsmith-Vein, Joe Hartwick Jr. et Lee Stollman
Sociétés de production : Gotham Group et Temple Hill Entertainment
Sociétés de distribution : Drapeau : États-Unis 20th Century Fox
Pays d’origine : États-Unis
Budget : 61 000 000 $
Langue : anglais
Durée : 133 minutes
Genre : Film de science-fiction
Dates de sortie : 7 octobre 2015
Box office : 184 600 000 $ au 01/10/15

 

Sicario, un film de Denis Villeneuve: Critique

Moins d’un an après la conclusion de son dytpique Enemy/Prisoners qui l’a dévoilé à la face du monde, voilà que le cinéaste canadien Denis Villeneuve revient à la charge avec Sicario.

Synopsis: La zone frontalière entre les Etats-Unis et le Mexique est devenue un territoire de non-droit. Kate, une jeune recrue idéaliste du FBI, y est enrôlée pour aider un groupe d’intervention d’élite dirigé par un agent du gouvernement dans la lutte contre le trafic de drogues. Menée par un consultant énigmatique, l’équipe se lance dans un périple clandestin, obligeant Kate à remettre en question ses convictions pour pouvoir survivre. 

Nouvelle itération de son style, entre radicalisme et abstraction, Sicario s’épanche cette fois-ci sur un sujet aux airs de marronniers du cinéma US : le film de cartel. Pour autant, malgré la lourde concurrence – on pense à Traffic de Steven Soderbergh ou Cartel de Ridley Scott-, la question de voir Villeneuve imposer son style dans ce genre ultra balisé semblait acquise. A n’en point douter, seul cinéaste dans le milieu prompt à alimenter ses sujets et ses films par des questionnements moraux lancinants, Villeneuve pouvait par ce film tenter d’apposer une approche résolument anti-spectaculaire et davantage axée sur la normalité et sur les idéaux moraux de ces hommes et femmes évoluant dans une des zones les plus dangereuses du monde. En clair, proposer le film définitif et absolu des cartels. Celui prompt à démontrer toute la sauvagerie du milieu, comme elle a été brièvement esquissée dans la série de Vince Gilligan, Breaking Bad. Et deux heures plus tard, un seul constat semble de mise : le cinéaste canadien a redéfini les codes du genre tout entier. Au prix d’une épure, trait caractéristique de son style, envahissant le film telle une chape de plomb, Villeneuve parvient a paradoxalement maximiser ses effets. Et cela se ressent d’ailleurs dès l’entame.

No Country for Lawyers.

Débarrassé des fioritures ou autres scènes introductives tendant à conférer de l’humanité aux personnages clés de l’intrigue à venir, Villeneuve peut se concentrer sur le credo qui infusera la totalité de son œuvre, à savoir un adroit mélange entre violence sèche et oppression tentaculaire. Et si l’adage qu’on prête à la qualité d’un film, sur la capacité qu’il a de subjuguer le spectateur dès l’entame s’avérerait vrai, nul doute que Sicario ferait office de cador. Villeneuve s’empressant de donner la couleur, nous voilà donc avec quelques mots expliquant l’origine du mot qui donne le titre pour finalement déboucher sur un brutal assaut du SWAT dans une banlieue résidentielle d’Arizona. En très peu de scènes, le réalisateur confirme alors tout le bien qu’on pensait de lui, et surtout affirme ce qu’il avait déjà dit sur la Croisette : Sicario n’est pas un film sur les cartels. Une révélation ? Pas tant que ça, puisqu’à bien des égards, nombre d’indices vont dans le sens du metteur en scène, qui voit dans cette histoire de drogues et de violence, une subtile réflexion sur la moralité de l’être humain.

Ainsi Sicario ne semble être aux yeux de son auteur qu’un gigantesque conflit de morale, étrillé par un soleil de plomb et une violence poussée à son paroxysme. Le principal intéressé, Denis Villeneuve n’en démord d’ailleurs pas, tant l’entièreté du film semble se voir construite autour de cette notion. Et pour cause. Zone de non-droit à risque, la frontière américano-mexicaine est pour ainsi dire dépeinte comme une autre planète. Temps qui semble figé, teintes grisâtres qui parsèment une image d’orfèvre obtenue par Roger Deakins (chef-opérateur attitré des frères Coen), drogue à peine mentionnée et presque jamais vue, l’univers inhospitalier que donne à voir Villeneuve est paradoxalement étranger et très froid. Une manière métaphorique de montrer que la véritable vocation de Sicario réside dans son souhait de dépeindre la lente décrépitude du monde et de sa population, pour qui la notion de morale est devenue illusoire. Car ici, point de profits dégagés, points de cibles majeures à abattre et surtout point de gentils et de méchants. Malmenés dans une atmosphère jouant constamment sur le clair-obscur, les protagonistes semblent un temps du bon côté de la ligne, et l’autre en train de s’adonner aux pires méfaits. Et l’absence notable de passifs ou psychologie affilié à chacun, ne rend pas plus aisé le devoir auquel on s’adonne pendant tout le film, à savoir, tenter de discerner les camps en présence. Mais comme souvent chez Villeneuve, l’aspect de fond ne vaut que pour la forme qu’il y donne.

Apocalypse Now

Ainsi, à peine se profilent les enjeux de Sicario, que déjà on peut le rapprocher d’un autre film au postulat relativement similaire : Zero Dark Thirty. L’exaltant brulot narrant l’exécution de Ben Laden, partage ce même personnage féminin fort (géniale Emily Blunt), ce même combat vecteur d’urgence sur la pellicule, pour au final diverger sur un point capital : sa logique formelle. Car, alors que le film sur Ben Laden voit finalement sa finalité incarnée dans un succès, Sicario se veut au contraire instigateur d’une cuisante défaite. La défaite du gouvernement US, obligé de se salir les mains pour conserver un semblant d’ordre. La défaite qui pousse à voir cette mécanique gouvernementale qui ne s’embarrasse pas de la légalité pour agir et porter un coup fatal à ses ennemis. Une tripotée de revers à même d’expliquer l’aura captivante dans laquelle se nimbe le film. Et ça devient vite grisant voire exaltant que d’assister à la pérégrination de cette escouade disparate avec un Josh Brolin peu soucieux des dommages qu’il crée, un Benicio Del Toro fantomatique et à l’aura pourtant envahissante et une Emily Blunt prise en tenaille entre sa volonté carriériste et sa dignité morale. Car teinté d’une mise en scène minérale et dure comme la pierre, privilégiant l’hyper-réalisme et des touches métaphoriques bienvenues, et habité par un score métallique de Johann Johannsson amenant très vite ce sentiment d’étouffement et de tension caractéristique, Sicario se révèle, au fur et à mesure de son développement, la concrétisation d’un fantasme : celui de voir le film définitif sur les cartels.

Au final, en sacralisant une ambiance au détriment d’un scénario délibérément complexe, ne jouant presque que sur la symbolique qu’il dégage, il est d’autant plus prodigieux de voir que Villeneuve arrive là ou Michael Mann, Ridley Scott et Steven Soderbergh – autrement dit des tauliers de la pelloches- ont échoués, à savoir, retranscrire à la perfection l’essence d’un film de cartel. Entre violence acharnée et immoralité galopante, tel semble ainsi être le credo voulu par Villeneuve, qui, force est de le constater, est définitivement entré dans la légende.

Bande annonce

Sicario : Fiche Technique

Réalisation: Denis Villeneuve (Incendies, Prisoners)
Scénario : Taylor Sheridan
Casting: Emily Blunt (Edge of tomorrow, Le diable s’habille en Prada), Benicio del Toro (Che, Traffic), Josh Brolin (No country for old men, Inherent Vice), Victor Garber (Argo, Titanic) et Jon Bernthal (Le loup de Wall Street, Fury)
Direction artistique : Patrice Vermette
Décors : Paul D. Kelly
Costumes : Renée April
Montage : Joe Walker
Musique : Jóhann Jóhannsson
Photographie : Roger Deakins
Production : Basil Iwanyk, Thad Luckinbill, Trent Luckinbill et Molly Smith
Sociétés de production : Black Label Media et Thunder Road Pictures
Sociétés de distribution : Lionsgate (États-Unis), Metropolitan Filmexport (France)
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais, espagnol
Durée : 121 minutes
Genre : policier, thriller, action
France : 19 mai 2015 (Festival de Cannes 2015) ; 7 octobre 2015 (sortie nationale)
États-Unis : 18 septembre 2015
Interdit aux moins de 12 ans

 

Vierge sous serment de Laura Bispuri: Critique

L’Albanie qui est racontée par l’italienne Laura Bispuri dans son premier film, Vierge sous serment, est un pays aride aussi bien géographiquement que socialement.

Synopsis: Hana a grandi dans un petit village reculé d’Albanie où le sort des femmes n’est guère enviable. Pour ne pas vivre sous tutelle masculine, elle choisit de se plier à une tradition ancestrale : elle fait le serment de rester vierge à jamais et de vivre comme un homme. Vierge sous serment suit la trajectoire d’une femme vers sa liberté, par-delà les écrasantes montagnes albanaises et jusqu’en Italie…

Les chemins de la liberté

Bien que l’action du présent se déroule à Milan, de nombreux flash-backs montrent des paysages montagneux du Nord de l’Albanie, ensevelis sous la neige, inhospitaliers, habités par des hommes revêches et sévères.

Mark est le jeune homme qui débarque dans cette ville italienne depuis ces hauteurs solitaires, une silhouette frêle et androgyne, grave et taciturne. Il a la dégaine de la personne qui vient d’effectuer un voyage sans retour, le petit sac en bandoulière comme le signe d’un nouveau départ, d’un départ à zéro, from scratch. Mark arrive chez sa sœur d’adoption, Lila (Flonja Kodheli), émigrée de longue date et la fille découvre cet oncle dont elle ignore de qu’il est le frère.

Les flash-backs montrent qu’il n’a pas toujours été Mark, qu’il a été autrefois Hana, une jeune enfant laissée pour morte dans la montagne, au décès de ses parents, et que Gjergj, le père de Lila, a ramenée chez lui. La jeune Hana est une adolescente primesautière, ravie par la complicité tissée avec Lila, faite de rires, de chants et de jeux (Les deux enfants sont interprétées par deux vraies sœurs). Mais animée de plus en plus par un désir de liberté, par l’envie de couper du bois quand ça lui chante, de manier le fusil quand bon lui semble, Hana abandonne les chants, les rires, et se glisse progressivement dans le moule que Gjergj façonne pour elle, Gjergj qui n’a que sa fille Lila dans une société férocement patrilinéaire et patriarcale, et qui va se servir d’un point du kanun albanais pour faire d’Hana son fils, un transgenre d’un autre temps. Le kanun permet entre autres à toute femme de vaquer à des occupations masculines si elle jure devant les sages du village de renoncer à sa féminité, à l’amour, à la sexualité. Hana accepte d’endosser ce terrible habit de la vierge sous serment, pour pouvoir vivre et surtout pouvoir respirer comme un homme.

Laura Bispuri ne fait qu’effleurer ces mœurs albanaises qui s’affranchissent des différentes croyances religieuses du pays, au travers de quelques scènes, peu nombreuses mais marquantes : une énumération émouvante de tous les interdits faits aux femmes, une leçon de vie hallucinante où le père montre à Lila que dans la dot, il glissera lui-même la balle que le futur mari pourra utiliser si d’aventure elle se comportait mal, ou encore cette étrange scène d’obsèques qui montre à quel point la société y est masculine, et à quel point les coutumes y sont spécifiques. Mais ce qu’elle montre est suffisant pour comprendre les raisons pour lesquelles une jeune fille est prête à tout sacrifier, aussi bien sa belle chevelure que toute forme d’activité sexuelle.

Le film de Laura Bispuri est de ceux dans lesquels la parole est superflue. Il s’appuie essentiellement sur la capacité des acteurs, et de l’actrice italienne Alba Rohrwacher en particulier, de décliner une large palette de jeux expressifs. Ainsi, par exemple, libéré de l’emprise manipulatoire de Gjergj récemment décédé, le personnage qu’Alba Rohrwacher interprète s’arrache d’une torpeur trop longtemps vécue, lorsqu’ un jour elle rencontre un homme, une femme, on ne sait, un être au regard triste qui semble l’enjoindre silencieusement de partir. Ces regards échangés, rapides mais intenses, captés par une caméra empathique, suffisent à mesurer la détermination de l’une, enfin, et la résignation de l’autre. Même si on a plutôt du mal avec sa caractérisation en garçon, la nouvelle égérie du cinéma transalpin (vue récemment en maman hippie dans les Merveilles, le film autobiographique de sa sœur Alice Rohrwacher) donne beaucoup de sa personne pour donner en silence de la vie à un film assez low-key, un peu diffus dans ses intentions, avec de surcroît la musique sucrée de Nando Di Cosimo qui rajoute de la suspicion sur la qualité du film.

En effet, si la caméra de Vladan Radovic offre des paysages magnifiques, elle semble hésitante, la réalisatrice ne sachant pas toujours quel parti prendre. De l’ethnographie à l’étude de caractère, il y a une virevolte qui n’est pas toujours domptée par la cinéaste. Mais le plus souvent, elle arrive à capter la solitude du personnage, que ce soit dans la peau d’un homme qui est resté au village pendant des années « sans finalement arriver à rien », ou dans la peau de cette femme qu’elle a abandonnée en cours de route et qui fait un retour difficile dans sa vie. Soudain, réunie à nouveau avec sa jolie sœur Lila, celle qui a fui mais qui vit dans la désillusion, au contact de sa nièce Jonida (Emily Ferratello), une jeune fille elle aussi attentive à la femme qui s’éveille en elle, Hana ose redécouvrir à petits pas son corps, ses désirs, ses envies, ose redonner droit de cité à son être, à son genre, comme dans cette scène « d’amour » plutôt abrupte et pourtant porteuse d’une tendresse infinie, d’une sensualité que l’urgence décuple.

Vierge sous serment n’est pas un film parfait, mais la cinéaste réussit à amener ce beau crescendo du parcours d’un être qui s’est éteint volontairement pendant des années pour payer une liberté plus ou moins illusoire, vers cet autre être souriant qui éclot sous nos yeux, une femme en paix avec elle-même.

Vierge sous serment – Bande annonce

Vierge sous serment – Fiche technique

Titre original : Vergine giurata
Date de sortie : 30 Septembre 2015
Réalisateur : Laura Bispuri
Nationalité : Italie, Suisse, Allemagne, Albanie, Kosovo, France
Genre : Drame
Année : 2015
Durée : 87 min.
Scénario : Laura Bispuri & Francesca Manieri, d’après le roman d’Elvira Dones
Interprétation : Alba Rohrwacher (Hana / Mark), Flonja Kodheli (Lila), Emily Ferratello (Jonida), Lars Eidinger (Bernhard), Luan Jaha (Stjefen), Bruno Shllaku (Gjergj), Ilire Vinca Celaj (Katrina), Drenica Selimaj (Hana jeune), Dajana Selimaj (Lila jeune)
Musique : Nando di Cosimo
Photographie : Vladan Radovic
Montage : Carlotta Cristiani, Jacopo Quadri
Producteurs : Marta Donzelli, Gregorio Paonessa, Maurizio Totti, Alessandro Usai, Dan Wechsler, Viola Fügen, Robert Budina, Sabina Kodra
Maisons de production : Vivo Film, Colorado Film Production, Bord Cadre Films, Match Factory Productions, Erafilm
Distribution (France) : Pretty pictures distribution
Récompenses : –
Budget : NR

La vie pure, un film de Jérémy Banster: critique

La vie pure est le tout premier film de Jérémy Banster en tant que réalisateur. Il raconte ici l’histoire vraie de l’explorateur Raymond Maufrais, parti en expédition solitaire dans la forêt amazonienne et porté disparu depuis 1950.

Synopsis : En 1949, Raymond Maufrais, un jeune explorateur français, part en expédition solitaire dans la forêt amazonienne. Il laisse derrière lui un carnet de voyage qui retrace son parcours, ses rencontres. Il laisse aussi derrière lui le mystère de sa propre disparition…

La disparition

Un fil nous raccroche encore à lui : son carnet de voyages récupéré par son père. L’homme a  financé pas moins de 18 expéditions en douze ans pour tenter de retrouver son fils, en vain. Aurélien Recoing joue ce rôle de père meurtri avec une sobriété bienvenue. C’est d’ailleurs le ton général du film. Il fait l’économie des grands sentiments. De l’enfance de Raymond, nous n’avons que les brides qui feront de lui un explorateur épris d’une quête, celle dune chaîne de montagnes inexplorée en pleine forêt amazonienne, d’un peuple insoumis aussi, jamais approché, mystérieux. Toute la première partie du film est consacrée à ce départ, teinté d’un halo dramatique tant les parents ont du mal à se séparer de leur garçon, mais aussi parce qu’il y a des quêtes qui ne se font pas sans un minimum de préparation. Si cette partie là est parfois un peu longue à faire entrer le film « dans le vif du sujet », elle a le mérite de mettre en lumière le rêve de gamin qui se heurte à la réalité.

Rendez-vous en terre inconnue

Pour découvrir ce voyage en terrain inconnu, solitaire, mais non dénué de rencontres, le récit de voyage de Raymond Maufrais nous est lu en voix off. Cette très belle écriture, faite de doutes et de certitudes, adressée à ses parents et publiée par son père (et que vous pouvez lire !) est livrée par brides, un peu à la manière d’Into the wild. Pourtant, le mystère distingue directement La vie pure de son pendant américain. Dans Into the wild, le jeune homme se rebellait contre sa société et fuyait sa vie comme la peste, avant de découvrir l’intérêt du partage. Raymond Maufrais, de son côté, voulait rentrer, revenir, mais pas sans avoir au préalable découvert sa terre. Il a payé son espace de liberté au prix de son corps. C’est là tout l’art du film : montrer ce corps qui flanche, qui se détruit, qui doute trop tard pour revenir en arrière. Quand Raymond Maufrais part, il est assez mal préparé, mais c’est pourtant un homme joyeux, chantant volontiers que l’on croise d’abord. La nature aura raison de ce sourire si fier sur son visage. L’explorateur ne cessera pourtant pas d’écrire, jusqu’au bout. L’ambiance se délite peu à peu. Le réalisateur étudie l’aspect physique et psychologique de cette quête perdue. Au fur et à mesure que l’échéance de l’eldorado s’éloigne, que Raymond décompte les jours et maigrit à vue d’œil, les conséquences de la disparition nous sont révélées. Ce voyage en terre inconnue est filmé, un peu tard peut-être, très frontalement par Jérémy Banster. Le spectateur ressent alors avec Raymond, la douleur physique et la solitude qui transpercent presque l’écran. La caméra est mouvante, comme si des esprits tournaient autour de lui. Le vertige s’empare de lui, le détruisant peu à peu.

Ceux qui restent

Une disparition est une perte quasi insurmontable, tant l’incertitude pèse sur le deuil impossible à faire. Le film rend la présence de Raymond si forte que son absence est presque inconcevable. Lorsqu’il disparaît à l’image des paysages que nous avons explorés avec lui, son aura persiste longtemps. Par un montage subtil, un jeu sur la temporalité, la présence du père et de Raymond dans les mêmes lieux semble se superposer. Déroutant. Stanny Coppet est excellent tant il passe de la certitude à la détresse (la faim, la douleur, la peur, la solitude) sans qu’on s’en rende compte (donc sans surjouer). A l’écran sa déchéance, dans la solitude, paraît tout à coup d’une violence inouïe. Tout se passe finalement très vite, en 1h 30. Le rythme accélère quand le voyage commence et l’homme vigoureux n’est bientôt plus qu’halètements. La vie pure est le récit d’une vie toute simple d’explorateur qui se voulait grande, trop grande. Mais elle marque surtout pour ce vide qu’elle laisse chez des parents aimants et déboussolés.

On retrouve Aurélien Recoing dans Les Revenants, série qui étudie la perte à l’aune des sentiments, de ce qu’elle détruit chez « ceux qui restent », avec ce sens particulier de l’image, commun aux deux œuvres. Raymond Maufrais n’est pas un revenant, mais sous les traits de Stany Coppet et la caméra de Jérémy Banster, il imprime sa marque indélébile dans la tête du spectateur. Le jeune homme que l’on voit à l’écran aurait aujourd’hui 89 ans et plus aucun parent pour l’accueillir s’il revenait parmi nous.

Bande annonce – La vie pure 

Fiche technique – La vie pure 

Date de sortie : 25 novembre 2015
Nationalité : française
Réalisation : Jérémy Banster
Scénario : Jérémy Banster, Stany Coppet
Interprétation : Stany Coppet, Aurélien Recoing, Daniel Duval, Alex Descas, Barbara Cabrita
Photographie : Rudy Harbon, Jean-Christophe Beauvallet
Décors : Pierre-François Limbosch
Montage : Fabien Montagner
Sociétés de production : Cantina Studio
Sociétés de distribution : Panoceanic Films
Genre : biopic
Durée : 93 minutes
Récompense(s) : Le film a remporté l’Orchidée de Bronze et le Prix du Jury Jeune au Festival de la Réunion 2014, ainsi que le Prix du jury lycéen au Festival Adaptations de Cholet en 2015.

Je suis à vous tout de suite, un film de Baya Kasmi: Critique

Après le succès démesuré et incompris de Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu ?, l’heure est à la comédie dite sociale basée sur un comique de situation et un humour, sur fond de pseudo-tolérance, noir pour ne pas dire marron (le cinéma français vous propose un large choix de couleurs étron à un prix somme toute attrayant!)

Synopsis: Hanna a 30 ans, beaucoup de charme et ne sait pas dire non : elle est atteinte de la névrose de la gentillesse. Ce drôle de syndrome familial touche aussi son père, Omar, « épicier social » et sa mère, Simone, « psy à domicile ». Avec son frère Hakim, focalisé sur ses racines algériennes et sa religion, le courant ne passe plus vraiment. Mais un événement imprévu oblige Hanna et Hakim à se retrouver…

. Ne vous attendez pas à un discours à la Martin Luther King poignant, la tolérance 2.0 mérite une sérieuse mise à jour, mais pourquoi chercher à évoluer, si ça fonctionne… Soit le distributeur et pire encore les producteurs, scénariste(s)/réalisateur(s) ont une aversion et le plus profond des irrespects pour le public français, soit ce dernier manque d’éducation cinéphile. Quoiqu’il en soit, le fait est regrettable. On pouvait apprécier une réalisation relativement soignée dans le premier film à plus de 11 millions d’entrées, on regrette ici une écriture fantaisiste foutraque mêlée à du bon-sentiment joséphine-ange-gardien. Pourquoi Je suis à vous tout de suite, écrit par le duo à la ville comme à la maison Michel Leclerc/ Baya Kasmi, n’est pas une comédie ou pourquoi il manque cruellement son cœur de cible ? Réponse.

La bande annonce pique notre curiosité. Encore piégés ! Le film finira par nous piquer les yeux. Les deux minutes de la BA condensent toutes les bonnes répliques. Les 98 minutes restantes ressemblent à un conte de fée hybride mal agencé et surtout très mal rythmé. Jetons la pierre au monteur qui ne sait pas faire respirer et assemble à l’aveugle ? La faute à la réalisation qui ne sait pas prendre parti ou bien pire encore au scénario entre idéalisme asphyxiant, compliment maladroit et sermon en mousse. La pédophilie c’est mal ! Faire la pute, il faut comprendre pourquoi ! La famille c’est ce qu’il y a de plus important, après l’amour pardon. Voici le topo élucubrant, digne d’un cadavre exquis formé au comptoir d’un bistrot : une famille à deux nationalités qui dresse le portrait d’une France multi-ethnique*, deux frères et sœurs séparés par la non compréhension de leurs principes respectifs. Des principes établis, certes véritables (beaucoup en ont fait l’expérience, l’auteur de ces lignes peut-être le énième), mais sans grande profondeur. Ce n’est pas encore ce qui pose problème. Un film ne se doit pas d’être profond pour réussir. Reprenons. La sœur, DRH, se prostitue sans le vouloir, car elle ne sait pas dire non ni faire de mal au gens. Le frère, qui vit encore chez ses parents avec femme et enfants (au nombre de deux, le schéma est un peu trop carte postale soit dit en passant), cumule les heures à l’épicerie halal qui fait de la religion musulmane un commerce. Et bim, il a besoin d’un rein, la sœur est compatible. Pardonnez le langage familier, mais il est en accord avec le déroulement de l’histoire. La sœur finira par tomber amoureuse du médecin qui soigne son frère, rencontré sur un malentendu grossier sur le parvis de l’hôpital. Le frère trouve un donneur et tout est bien qui finit bien. La sœur et le médecin vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. Et si en plus, les thématiques fortes pouvaient s’entrecroiser : la pédophilie, l’immigration, la crise à l’embauche pour les personnes de plus de quarante ans, la cellule familiale comme utopie et pis-aller, le commerce de quartier vs la profession libérale, les riches vs les pauvres, la prostitution, le transgenre… Ce serait parfait ! La conception d’un bon scénario doit nous être différente Monsieur et Madame Leclerc. Malheureusement, les rôles sexués ont toujours la part belle, malgré des nuances pesantes. La faute à la religion donc ?

La rédaction ne vous cache rien. Il n’y a guère plus à retirer de cette « comédie » artificielle et décousue, si ce ne sont cinq acteurs qui expriment dans cette fable cartoon** toute l’étendue de leur talent. Vimala Pons un peu trop ingénue et uni-ton, Mehdi Djaadi qui passe de l’ado torturé à la kaïra des cités, Claudia Tagbo en prostituée élégante et bien éduquée, Carole Franck en belle-sœur bipolaire et Anémone en arrière-grand-mère écervelée (ces deux dernières actrices sont les seules à réussir à nous décrocher un sourire). Le reste de la distribution n’est malheureusement pas tirée vers d’autres horizons. Agnès Jaoui fait du Agnès Jaoui, loquace, bien-aimante et psychiatre de quartier. Ramzy Bédia fait du Razmy, « trop bon trop con » au sourire tiré à quatre épingles. Laurent Capelluto en bon gendre libéral, chemise rentrée. Christophe Paou n’est plus l’amant criminel de L’Inconnu du lac, mais son sexe est toujours autant nonchalamment à l’air libre (gag répété de surcroît). Zinedine Soualem en patron halal autoritaire. Les personnages types ne se muent que difficilement dans ce récit hybride « gaucho » fermé et trop bien arrangé. Les erreurs sont cumulées et les invraisemblances ne semblent pas rebuter les deux co-scénaristes. Ramzy, âgé de 43 ans, ne convainc pas en grand-père, la moindre des choses auraient été de le blanchir un minimum ! Les points dits dramatiques contrebalancent lourdement la forme comique par un montage maladroit et surtout par une écriture fantasque. L’audace est de mauvais goût. Laisse-t-on assister une petite fille à l’accouchement de sa maman et aux premières loges qui plus est ?

Le rire est jaune pour cette comédie de publicité qui tente de côtoyer le populaire, mais ne fera avancer aucunes mœurs, voire les fera reculer. Pire encore, ce film instable, entre plusieurs frontières issues d’images d’Épinal, ne restera dans aucune mémoire si ce n’est dans le registre du  » premier film à ne pas faire ». Alors certes, il y a beaucoup de sa personne et Baya Kasmi se met à nu, mais pour quelle raison ? Quel en est le but ? Ecrire Hippocrate ou Le Nom des gens se revéla fructueux. Réaliser Je suis à vous tout de suite l’est beaucoup moins. De cette manière en tout cas.  CSM attend au tournant la future réalisation de Michel Leclerc (hanté par le personnage cliché de la bonne poire débordant de compassion), La Vie très privée de monsieur Sim, adapté du formidable roman best-seller, toujours made in Delante Films et Karé Productions… On retrouvera très prochainement Vincent Lacoste en Jacques Sim jeune et Jean-Pierre Bacri en Sim adulte. Ce qui laisse supposer un milieu professionnel que CSM regrette être trop fermé. Peut-on craindre dès à présent la désillusion ? La suite au prochain épisode.

* expliqué par le choix du plan muet sur mur tagué entre Camilia Jordana et Claudia Tagbo (image background)

** l’appellation aurait pu être bien vue en d’autres circonstances

Fiche technique : Je suis à vous tout de suiteaffiche-je-suis-à-vous-tout-de-suite

Pays: France
Réalisation: Baya Kasmi
Scénario: Michel Leclerc, Baya Kasmi
Interprétation : Vimala Pons, Mehdi Djaadi, Agnès Jaoui, Ramzi Bédia, Laurent Capelluto, Claudia Tagbo, Camélia Jordana, avec la participation d’Anémone
Directeur de la photographie : Guillaume Deffontaines
Monteuse : Monica Coleman
Musique : Jérôme Bensoussan
Chef décorateur : Jean-Marc Tran Tan Ba
Directrice du casting : Aurélie Guichard
Directeur de production : Marianne Germain
1er assistant réalisateur : Amandine Escoffier
Chef costumier : Mélanie Gautier
Scripte : Isabel Ribis
Date de sortie: 30 septembre 2015
Durée: 100 minutes