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Les Premiers, les Derniers, un film de Bouli Lanners : Critique

Le Cinémovida d’Arras fête ses dix ans. A l’occasion, deux avant-premières suivies d’interviews ont été proposées. La première est celle du nouveau film de Bouli Lanners, Les Premiers, Les Derniers.

Synopsis : Cochise (Albert Dupontel) et Gilou (Bouli Lanners), deux inséparables chasseurs de prime doivent retrouver un téléphone au contenu sensible, égaré par son influent propriétaire. Leur recherche va les conduire dans une petite ville paumée, où ils vont croiser Esther (Aurore Broutin) et Willy (David Murgia), un jeune couple en marge du monde qui semble fuir un grand danger…

            Du Western Crépusculaire à l’Épopée Apocalyptique

Bouli Lanners est un véritable cinéaste cinéphile. Des grands espaces à la présence de deux grands noms du cinéma, Michael Lonsdale et Max von Sydow, la filmographie de Bouli Lanners est habitée de cinéphilie. Si Eldorado (2012) renvoyait aux genres proprement américains du Road Movie et du Western, Les Premiers, Les Derniers est un film plus proche du Western et du genre Apocalyptique.

Nous voyons défiler à l’écran de grandes images de paysages étalés, plats et dominés par le ciel, dans lesquels se déplacent, avec des véhicules automobiles ou à pied, des silhouettes. Lorsqu’elles ne sont pas filmées de loin, elles sont filmés dans des échanges, des duos ou des triellos (terme utilisé en référence au triel à la fin du Bon, la Brute, et le Truand, de Leone, 1966) ou encore dans des gros plans. Des échanges au début du film toujours constitués par des conflits (même pour le couple Esther / Willy qui a peur que l’un se fasse attraper par les autorités), conflits qui sont au cœur même des personnages : Gilou est souffrant et ne veut pas le dire, Cochise en a marre de la bêtise humaine mais va trouver du réconfort et l’amour avec le personnage de Suzanne Clément… Justement, ces luttes internes et externes (une bande de fachos du coin veulent rendre eux-mêmes la justice, mais bien sûr, sont des idiots qui veulent juste dominer un territoire par la violence et des discours haineux) vont trouver des réponses lumineuses. Les échanges vont ainsi devenir de plus en plus portés par l’amour et d’autres sentiments humanistes : Cochise et Gilou vont aider Esther et Willy, Gilou perdra son sentiment de mort pour retrouver une énergie vitale grâce aux figures paternelles et sages incarnées par Michael Lonsdale et Max von Sydow et le duo Cochise / Gilou va aussi arrêter de traquer des objets pour des personnes mauvaises et mettre leur talent pour aider des personnes emplies de bonté…

Il s’agit ainsi d’un voyage dans les ténèbres percées par la lumière que nous propose Bouli Lanners. Si ces précédents films se terminaient mal, celui est habité par l’espoir. L’image du film a été visuellement construite au montage avec une colorimétrie protée sur le gris. Au fur et à mesure du film, alors que l’on avance vers le Bien, la lumière perce ces ténèbres. On notera cependant que l’image aura parfois tendance à être monochrome, notamment dans des plans très peu éclairés. Ces images grisonnantes d’espaces aux constructions parfois ravagées ne sont pas sans rappeler La Route (John Hillcoat, 2009) où l’on suivait deux personnages avancer pour survivre dans des décors détruits ou presque, et surtout dans des images très grises. Nous avons aussi un duo qui survit avec Esther et Willy. Et ce n’est définitivement pas un hasard, puisque le réalisateur nous a confirmé que le film l’avait profondément touché et inspiré (voir l’interview du cinéaste ici). La cinéphilie du cinéaste n’est cependant pas comparable à celle d’un Edgar Wright ou d’un Quentin Tarentino. Il ne s’agit pour Bouli Lanners d’un cinéma de référence, mais d’un cinéma véritablement héritier. Dans son cas, l’idée d’un cinéma qui porte les concepts, idées, images d’un ancien, est à ouvrir sur un cinéma porteur d’héritages artistiques et culturels multiples.

Le titre du film fait référence à la Bible, précisément au divin qui est à la fois le premier et le dernier, l’alpha et l’oméga. Il s’agit ici pour Lanners de filmer des personnages qui sont à la fois finis et à leur commencement, vides et pleins, mais surtout à la fin, et au début. L’apocalypse selon Lanners n’est pas concrètement apocalyptique. Il s’agit d’un espace non nommé mais universel, où tout le monde semble se rencontrer – on trouve toujours des non-lieux chez le cinéaste – qui est habité par une ambiance mortifère et des émotions tout aussi morbides (portées par les fascistes, par Gilou, et d’autres), moins qu’un espace où l’apocalypse a lieu avec certaines voies très largement médiatisées au cinéma et à la télévision : une catastrophe naturelle mondiale, le retour des morts-vivants, la domination d’une race extraterrestre colonisatrice entre autres.

Ici les personnages sont à la fin d’une étape de leur vie et au début d’une toute nouvelle. Et ils assistent aussi à la fin d’un monde ténébreux dominé par des obscurantistes profonds, et au début d’un tout autre beaucoup plus lumineux, porté par l’espoir.

Il s’agit alors moins d’une fin du monde destructrice que d’une apocalypse spirituelle. La mort ronge les êtres qui vont être ici soit révélés, soit détruits. Si Lanners a déclaré dans l’interview ne pas avoir fait un film biblique, on ne cesse d’y voir un récit porté par des valeurs bibliques, sinon au moins religieuses. D’ailleurs, Jésus traverse l’histoire du film. En effet, Philippe Rebbot incarne un personnage qui dit s’appeler Jésus, et qui ressemble beaucoup à la figure peinte du prophète fils du divin : blanc, barbu, les cheveux mi-longs châtains/bruns. Le personnage se révélera être la clef pour la majorité des autres : Willy, Esther, Gilou qu’il croisera à l’hôpital… Une certaine ambiguïté peut subsister quant au statut du personnage, est-il véritablement ou non le Christ ? D’après le cinéaste, chacun peut y voir ce qu’il veut, mais pour lui, c’est bien Jésus, ressuscité et revenu pour l’apocalypse. Si le récit n’est pas premièrement biblique, il pourrait toutefois être pensé comme une interprétation, une relecture du livre de l’apocalypse. Lanners s’affiche définitivement comme un cinéaste non pas d’une religion, mais comme un artiste religieux, à l’image de Martin Scorsese – qui réemploiera les idées, les concepts moraux et autres tels que la rédemption pour créer des films qui ne servent pas une religion ou une autre, mais qui sont emplis de grâce, de foi, d’humanité, et qui sont définitivement religieux, reliés au divin et à tout le bien et qu’il peut représenter, pour ainsi réaliser des films à l’humanisme universel.

Les Premiers Les Derniers est ainsi un film qui prône l’espoir qui subsiste même dans le contexte le plus sombre. Ce qui n’est pas sans rappeler le récent Mad Max Fury Road (George Miller, 2015), via la figure de Max en pleine rédemption et en même temps rédempteur, qui va apporter l’espoir dans un monde qui avait sombré dans le chaos le plus total. Ce qui n’est pas pour nous faire du bien dans cette période sombre que nous vivons aux niveaux micro et macroscopique de notre histoire humaine. Ce film empli de l’humour absurde propre à l’univers de Lanners et admirablement servi par son casting confirme l’importance du cinéaste dans le paysage cinématographique mondial et agrandit son cosmos d’auteur tout en poursuivant certaines lignes, notamment cinéphiles… Une vraie surprise cinématographique à ne pas rater, et à revoir très vite.

Nous vous conseillons de compléter cette lecture avec celle de la rencontre avec le cinéaste Bouli Lanners si ce n’est pas encore fait, disponible ici.

Les Premiers, les Derniers: Fiche Technique

Réalisation : Bouli Lanners
Scénario : Bouli Lanners
Casting : Albert Dupontel, Bouli Lanners, Suzanne Clément, Aurore Broutin, David Murgia, Philippe Rebbot, Michael Lonsdale, Max von Sydow, Serge Riaboukine, Lionel Abelanski
Directeur de la photographie : Jean-Paul de Zaetijd
Musique : Pascal Humbert
Producteur : Jacques-Henri Bronckart
Production : Versus Production
Distribution : Wild Bunch Distribution, O’Brother Distribution
Date de sortie : 27 Janvier 2016

Rencontre avec le cinéaste Bouli Lanners: 10 ans du Cinemovida d’Arras

           Ce jeudi 10 décembre, après voir vu en avant première Les Premiers, Les Derniers (dont la sortie publique est programmée le 27 janvier 2016) en début de journée, nous avons pu rencontrer le réalisateur et acteur Bouli Lanners. Tous les journalistes sont conviés à s’asseoir dans une petite salle dans le sous-sol de l’Anagramme d’Arras. Arrive alors le cinéaste avec son petit chien Gibus (voir photographie ci-à droite), aussi « acteur » du film. Commence alors l’interview.

Sur son arrivée à Arras dans le cadre des dix ans du Cinémovida… Est-ce que ça compte pour lui ?

            « C’est important de faire le tour de France, de Belgique, de rencontrer les exploitants, le public… Il s’agit aussi de montrer la matière vivante. »

C’est un anniversaire, ça a quelque chose de festif ?

            « C’est-à-dire que ça veut dire qu’il a duré dix ans donc c’est important ! »

Sur le lien familial dans le film

            Il ne vient pas forcément de la structure explique le cinéaste, il est revenu dans l’écriture, pas de manière théorique.

Qu’est-ce qui lui est d’abord venu concernant le film ? Un lieu ? Un personnage ?

            « Une image » répond-il. Celle de la rampe de lancement d’un train, point de départ sur lequel se base tout le reste. Il s’agissait aussi de traiter du crépuscule et de la fin du monde. Cela dans un non-lieu, il ne s’intéresse pas au contexte géographique.

Cineséries-mag : « En voyant votre film, j’ai pensé à Eldorado (2008), vous êtes un cinéaste des grands espaces, du paysage, vous avez clairement un rapport au western, est-ce que vous pourriez nous en parler ? »

            « Ça vient de mon éducation, je viens d’un milieu populaire, où il n’y avait pas de cinéma, on regardait la télévision » répond-il à votre serviteur. Il a ainsi découvert de nombreux westerns à la télévision.

            C’est aussi dû à sa passion pour la peinture. Le cinéaste est d’abord un peintre.

Et c’est enfin lié au pays, la Belgique, avec ces espaces si particuliers dans un petit pays où les frontières sont alors un élément important. Il reprend donc en effet des codes du genre.

Sur la construction du film

            « Tout se construit petit à petit ». À la base, à l’écriture, il s’agissait de parler du personnage de Gilou qui vit quelque chose de mortifère, notamment pour parler de notre époque dans laquelle les gens semblent très mortifères eux-aussi, selon le cinéaste.

Sur le récit du film qui démarre dans un contexte sombre pour avancer vers la lumière

            « Oui, parce que pour moi, même si c’était l’apocalypse, il faudrait le vivre humainement. »

Cineséries-mag : « À nouveau concernant votre cinéphilie, vous avez réussi à avoir dans votre film les acteurs Michael Lonsdale et Max von Sydow, deux géants du cinéma, est-ce que vous pouvez nous parler du processus d’engagement de ces acteurs ? Et comment ça s’est passé sur le plateau ? Il devait y avoir un certain stress non ? »

            Le cinéaste nous répond qu’il a comme Gilou vraiment eu une pathologie cardiaque. Les personnages de ces deux acteurs sont nés après son opération, alors qu’il venait de rencontrer une personne assez proche de celui de Michael Lonsdale. Traiter de cette pathologie « fonctionnait mieux avec des personnages plus vieux et plus fragiles ».

            Pendant le casting, on lui a proposé ces deux grands noms du cinéma, mais jamais il n’aurait cru qu’ils auraient accepté. Sur le plateau, il y avait du stress. Mais ils étaient très respectueux et impliqués sur le projet. « C’était surréaliste » dit-il. Il continue :

Bouli Lanners – « Je n’ai pas vu Le Septième Sceau (Bergman, 1957), moi c’était Hibernatus (Molinaro, 1969)… ».

Cineséries-Mag – « Et l’Exorciste (Friedkin, 1974)… »

Bouli Lanners – « Et l’Exorciste voilà ! »

Concernant le casting des autres comédiens   

            C’est le report de tournage de trois mois causé par l’opération qui a permis d’avoir les deux autres acteurs principaux : David Murgia et Aurore Broutin.

À nouveau sur les personnages de Michael Lonsdale et Max von Sydow

            « Même si l’échéance est courte, même si la fin du monde est là, il faut la vivre avec humanité, pas pour soi, mais aussi pour les autres. »

Michael Lonsdale et Max von Sydow sont les « pères, les grands-pères de Gilou. »

Sur le lieu du tournage

            « On a tourné en Beauce, un coin un peu paumé, ça n’est pas une région très touristique » répond-il, amusé.

Concernant la musique

            Il s’agissait d’une guitare des années 30 construite pour faire du blues, notamment fabriquée avec de la mécanique automobile, d’où ce son très particulier. Au départ il devait bosser avec le groupe Détroit, et il a finalement bossé avec le bassiste Pascal Humbert.

À propos du personnage de Jésus, est-il réellement le Christ ou non ?

            « Chacun y voit ce qu’il veut, moi je suis croyant donc pour moi, c’est Jésus. (…) Même si les gens ne croient pas, historiquement il a existé, donc c’est Jésus. »

Un film humaniste sortant dans le contexte actuel de la montée des nationalismes en Europe

            « Dans mes films, il n’y a jamais de nation, la nation m’exaspère, parfois l’humanité aussi, mais surtout la nation. C’est pour ça qu’on ne sait pas où ça se passe. ». Il poursuit : « Le nationalisme il est avec ces quatre abrutis qui ont des revendications territoriales, c’est lié à leurs frontières, le voilà le nationalisme. »

Sur le titre Les Premiers Les Derniers

            « Euh Parce que c’est un très bon titre, c’est très dur d’en trouver d’autres. » répond-il, amusé. « Et c’est principalement Dieu, l’un de ses surnoms. ».

            De plus, c’est lié à l’apocalypse avec l’idée qu’ils sont les derniers des hommes, et en même temps, les premiers, c’est lié à l’idée du primitif, « moi je suis passionné d’histoire, et c’est ça, revenir au primitif avec la fin… ».

À propos de l’imagerie grisonnante du film

            Le visuel était déjà pensé avant le film, et il fut beaucoup travaillé avec l’étalonnage au montage, la ligne d’horizon a été revue, des effets spéciaux ont été utilisés, et cetera.

Un film très solaire au final

            « Ce sont les personnages qui éclairent le film. (…) C’est l’amour, l’humanité qui apporte la lumière. »

Est-ce un film biblique ?

            « Autant il y a des références à la Bible, autant il y en a au Western, (…) mais le film n’est pas du tout biblique, c’est un film sur l’homme. C’est à nous de reprendre ça, ça n’est pas mystique. »

Sur le traitement de la violence dans le film

            « La suggestion de la violence est parfois plus forte que de la filmer », répond-il.

Concernant sa carrière multifonctionnelle

            « N’être que comédien est beaucoup plus simple, on a une ligne de conduite et on la suit. ».

L’expérience sur son dernier film lui a donné envie de réécrire et réaliser plus vite. Il va donc commencer à écrire plus tôt le prochain film.

Cineséries-mag : « Est-ce que vous avez vu La Route de John Hillcoat (2009) ? Car comme ce film, vous avez proposé une vision de l’apocalypse très grisonnante, dans les mêmes tons de couleur… Alors vous a-t-il inspiré ? »

            « La Route, ça m’a vraiment pris, inspiré… », répond-il. « Mais c’est vraiment… Vraiment un autre niveau… C’est au-dessus du niveau apocalyptique. J’avais lu le livre et je pensais être déçu du film, et je suis allé le voir, et je ne l’ai pas du tout été, c’est très fort… Il n’a peut-être pas eu une très bonne critique, et pourtant… ». Il continue : « C’est extrêmement plombant, ça se termine très mal, sans lumière, et c’est dur à faire au cinéma. Les gens ne veulent pas voir ça au cinéma. »

Sur son statut de film belge

            « Au niveau de l’identité, il ne faut surtout pas rentrer sur ce terrain là ! Dès qu’on met en scène son identité, on la perd. ». Donc ça n’est pas un film belge, mais un film humain dans lequel on entend des personnages parler français.

            Ce fut alors la fin de cette riche interview de Bouli Lanners, formidable cinéaste cultivé, sincère, et humaniste. Nous le remercions pour sa drôlerie, sa sympathie – il a notamment accepté que nous prenions des photographies avec lui. Et nous remercions le très calme et gentil Gibus qui a particulièrement apprécié mâchouiller le sac de votre serviteur, lui laissant une trace, un « autographe » à sa manière.

            Nous remercions aussi l’équipe du Cinémovida d’Arras pour leur formidable accueil, notamment Ingrid Waeghe. On se retrouve très vite pour la prochaine avant-première phare des dix ans de la structure avec Rosalie Blum le lundi 14 décembre, et dont la sortie publique est programmée le 23 mars 2016.

Comment c’est loin, un film de Orelsan: Critique

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Depuis quelques années maintenant, Aurélien Cotentin aka Orelsan devient l’homme à suivre dans l’univers du rap français. Armé d’une fougue insoupçonné et de textes brillants de justesse, le jeune homme, originaire d’Alençon, perce immédiatement dans la scène musicale.

Synopsis: Comment c’est loin raconte qu’après une dizaine d’années de non-productivité, Orel et Gringe, la trentaine, galèrent à écrire leur premier album de rap. Leurs textes, truffés de blagues de mauvais goût et de références alambiquées, évoquent leur quotidien dans une ville moyenne de province. Le problème : impossible de terminer une chanson. À l’issue d’une séance houleuse avec leurs producteurs, ils sont au pied du mur : ils ont 24h pour sortir une chanson digne de ce nom. Leurs vieux démons, la peur de l’échec, la procrastination, les potes envahissants, les problèmes de couple, etc. viendront se mettre en travers de leur chemin.

Un film audacieux et d’une sincérité rare, malgré sa paresse

Son premier album, « Perdu d’avance », sorti en 2009, rencontre un franc succès avant de connaître la gloire avec « Le chant des sirène », en 2011. Dès sa sortie, le disque est qualifié de chef d’œuvre par les critiques et est un carton commercial, qui classe déjà Aurélien, à 29 ans, comme une référence évidente dans son genre musical.

Cependant, 10 ans plus tôt, une rencontre l’a marqué, celle avec Guillaume Tranchant, ou Gringe dans le métier, avec qui il fonde le groupe des Casseurs Flowters (jeu de mot cocasse entre le « flow » rap et les casseurs flotteurs, méchants du cultissime long métrage Maman, j’ai raté l’avion). De cette collaboration en résulte un album conçu tel un buddy movie, ainsi nommé « Orelsan et Gringe sont les Casseurs Flowters ». Dès lors, les deux garçons écrivirent un long métrage qui adapterait cette album, en reprenant le même esprit libéré et truculent de ce dernier. C’est ainsi que naquit de la plume même d’Orelsan, Comment c’est loin, une comédie férocement drôle, très intelligente et d’une sincérité rare dans le cinéma français.

Une comédie humaine et atone

Le long métrage dispose d’un pitch résolument simple : deux losers d’une bourgade de province, suite à un ultimatum de leurs producteurs, ont 24h pour mettre en boîte une chanson digne de ce nom et « qui parle à tous », chose que le tandem n’a pas réussi à faire en 5 ans. Compte tenu du manque d’expérience cinématographique du duo, ils firent appel à Christophe Offenstein, auteur de l’excellent En Solitaire, pour le script et la mise en scène. Anti autobiographique, cette comédie transpire la sincérité par l’image.  Soucieux de refuser toute forme d’effet tape à l’œil, Offenstein et Orelsan proposent une réalisation qui mixe l’aspect classieux du cadre avec la simplicité débordante des situations. En résulte de ces procédés, un très joli rendu visuel, à la photographie soignée et jamais factice. La mise en scène réussit à rendre les héros formidablement attachants, on suit leur parcours semé d’embûches avec un enthousiasme rare pour une production française. Il en résulte des jeux d’acteurs convaincants de la part des comédiens, qui se donnent entièrement à leurs personnages. Cependant, il est à noter que la prépondérance de cette simplicité rend l’ensemble un peu paresseux ; un peu comme si une telle passivité avait pour effet pervers de dynamiter totalement le potentiel du film, qui passe de fait, très vite du statut d’œuvre notable à simple divertissement des familles. Heureusement, on pourra compter sur la qualité des chansons -issues pour la plupart de l’album- qui confère au film une orientation humaniste bienvenue, et qui laisse à penser que le néo-metteur en scène comprend la teneur de son sujet, fait rare dans la production actuelle.

Un hymne à la glande sincère et touchant

Mais ce qui rend cette oeuvre aussi atypique se véhicule aussi par son message. Outre une forme posée et un brin décomplexée, la teneur du métrage réside aussi dans son effort de viser un large panel. Puisque le duo se doit d’écouler une musique répondant à une thématique inter-générationelle, très vite se développe l’idée dans le film que de répondre à la question du « Qu’est ce qui parle à tous ? ».

Et en guise de réponse, le duo n’hésite pas. De chansons en chansons, disséquant toutes les strates psychologiques des personnages, le film se plait à travestir sa forme (on passe de caméra à l’épaule à des plans fixes entre deux scènes pour montrer l’évolution psychique des protagonistes) tout en se faisant l’écho d’une évolution voulue pour pouvoir refléter au mieux ces « tous », catégorie que cherche justement à atteindre le duo. Et en cherchant finalement à dépeindre une véritable tranche de vie, entre galères estudiantines propres aux héros qui retrouvent pour l’occasions quelques vieilles connaissances (tel que Skread, Claude, personnages récurrent de l’album des Casseurs Flowters ou des membres de sa famille) et sincérité désarmante, le duo peut se targuer d’offrir une comédie existentielle teintée d’une réelle envie de cinéma.

A tel point que l’ensemble, malgré des dysfonctionnements latents niveau scénario (doit-on rappeler qu’il s’agit d’une première oeuvre ?) arrive à toucher au coeur, sans pour autant sombrer dans l’écueil du public ciblé. Car la plus grande force du film, outre de tabler sur une réelle puissance narrative, aura été de pouvoir délivrer un message sans pour autant occulter ce dernier en fonction de son destinataire. C’est un roc, un tout agissant en tant que manifeste de deux jeunes perdus dans une société qui fonce à tout allure. Si bien que se pose la question que de savoir comment le duo aurait pu manifester ce regard de la société, autre que par l’image, puisque comme le dit l’adage, une image vaut mieux qu’un long discours.

Comment c’est loin : Fiche Technique

Titre original : Comment c’est loin
Réalisation : Orelsan et Christophe Offenstein
Scénario : Orelsan, Christophe Offenstein et Stéphanie Murat
Casting: Orelsan (Orel/Aurélien), Gringe (Gringe/Guillaume), Seydou Doucouré (Bouteille), Claude Urbiztondo Llarch (Claude), Ablay (Ablaye), Skread (Skread), Paul Minthe (Le patron de l’hôtel), Sophie de Fürst (Pauline), Chloé Astor (Arielle)
Décors : Frédérique Doublet
Costumes : Alice Cambournac
Montage : Jeanne Kef
Musique : Skread, Orelsan, Alexis Rault
Production : Romain Rousseau, Maxime Delauney, Olivier Poubelle
Sociétés de production : NoLiTa Cinema, Les Canards Cinema
Sociétés de distribution : La Belle Company
Pays d’origine : France
Budget : 1 800 000€
Langue : Français
Durée : 90 minutes
Genre : Comédie
Dates de sortie : 9 décembre 2015

J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd, un documentaire de Laetitia Carton

Synopsis : Ce film est adressé à mon ami Vincent, mort il y a dix ans. Vincent était Sourd. Il m’avait initiée à la langue des signes. Je lui donne aujourd’hui des nouvelles de son pays, ce monde inconnu et fascinant, celui d’un peuple qui lutte pour défendre sa culture et son identité.

« Considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’Homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements, nous résolvons d’exposer une Déclaration solennelle précisant les droits naturels, inaliénables et sacrés de l’Homme, afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien du bonheur de tous.
En conséquence, nous reconnaissons et déclarons,les droits suivants de l’Homme et du Citoyen.
Art. 1er. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. »

Ainsi parle la Constitution d’une des plus grandes et vielles démocraties au monde : la notre. Le très beau film de Lætitia Carton tend à prouver, si tant est qu’il soit encore nécessaire de le démontrer aujourd’hui, que ces idéaux se brisent sur le mur d’indifférence qui jalonne le parcours d’hommes et de femmes singulier. Dans un monde uniforme ou tout ce qui s’éloigne plus ou moins de la conformité est au mieux rejetée et au pire méprisé, il est difficile de trouver sa place. A plus forte raison lorsque cette singularité peut connaître des conséquences corporelles. La surdité réunit ces stigmates que l’on préfère honnir, honteux de reconnaître dans cette autre humanité un possible miroir de nos souffrances. Mais tandis que nous fermons les yeux, nous revient en mémoire cette antienne de Victor Hugo qui écrivait à un grand ami sourd-muet le 25 novembre 1845 : « Qu’importe la surdité de l’oreille, quand l’esprit entend. La seule surdité, la vraie surdité, la surdité incurable, c’est celle de l’intelligence ». Car il faut avoir l’honnêteté d’affirmer que peu de nous autres, valides, prenons le temps de les regarder et de les comprendre. L’intégration est l’affaire de tous, L’État ne devant être que le dernier recours juridique appuyant la volonté citoyenne. Nous ne savons que trop nous cacher derrière la faillite des institutions publiques, laquelle n’étant nullement à nier. Le changement n’en est pas moins à chercher du coté de la société civile pour lui ouvrir l’esprit.

Ce documentaire est un premier pas qui peut permettre une meilleure appréhension d’un univers incompris. La cinéaste y rend un bel hommage à un ami proche décédé qui souffrait de l’ostracisation. A travers son destin, elle entend rendre compte d’une situation que le temps n’a pas fait évolué, bien au contraire. Les témoignages touchants de l’ancienne génération concrétisent un aspect tus par beaucoup, par peur et par fatigue. Il faut entendre ces personnes dirent leur effarement lorsque le corps médical considère cet état comme une maladie dégénérative, infligeant ainsi une réponse uniquement médicamenteuse. Il faut écouter la tristesse et l’indignation face à ce qu’ils considèrent comme une hégémonie de la pensée unique. Les regarder se battre avec dignité pour une éducation des enfants respectueuse de cette particularité. Admirer la ténacité d’artistes et d’enseignants faisant fi des obstacles pour s’inventer un nouveau langage. Lætitia Carton s’emploie à magnifier ces portraits en procédant à des astuces techniques inventives. Sa voix-off qu’elle appose sur des ciels lumineux procède de la mécanique du poème. Le montage qu’elle élabore mise sur la parole comme libération du cœur, n’hésitant jamais à superposer du silence quand il s’avère utile. Le grand soin pris à bâtir une véritable mise en scène prouve l’immense respect qu’elle tient à montrer envers eux. L’expressivité du corps renvoie ainsi aux illustres légendes du cinématographe muet : Charlie Chaplin pour le rire discret, Buster Keaton pour l’amplitude du mouvement.

C’est un geste élégant de la part d’une femme soucieuse de réunir toute la diversité humaine, un geste d’apaisement pour atténuer les colères et les peines. Un appel aussi à regarder le monde sous un prisme plus joyeux. Un acte militant qui tisse le fil rouge d’une longue marche entre Paris et Milan pour signifier que le terrain se conquiert à la force des jambes. Une prise de conscience sur l’introspection que nous nous devons pour affirmer notre égalité. Une œuvre sur laquelle je ne me serais jamais arrêtée si l’occasion ne m’en avait pas été donnée, me persuadant qu’elle n’aurait rien à m’apprendre et rien qui ne puisse me concerner : l’erreur est humaine. Tout juste pourrait on lui reprocher un didactisme superlatif un peu fort par moments, mais nous ne le ferons pas. Pour la simple raison qu’une conviction, s’il elle veut pouvoir être audible dans l’espace public, se doit d’être porté avec force. Surtout si celle-ci concerne un tel enjeu majeur pour notre avenir. Nous ne pouvons que vous encourager à vous faire entendre et vous souhaiter bonne route dans votre noble combat.

J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd: Fiche Technique

Réalisation : Laetitia Carton (Premier documentaire « D’un chagrin j’ai fait un repos ». Elle a également signé « La pieuvre » un autre documentaire, sur la maladie de Huntington, sélectionné au Fipa en 2010)
Production : Olivier Charvet et Sophie Germain
Co-Production : Gabriel Chabanier
Image : Gertrude Baillot, Laetitia Carton, Pascale Marin
Son : Nicolas Joly, Jean Mallet
Montage : Rodolphe Molla
Musique originale : Camille
Distribution France : Epicentre Films/sortie en salles, le 20 janvier 2016

FESTIVALS
Lussas – Etats Généraux du film documentaire
Gingou – Rencontres cinéma
Douarnenez – Festival du film
Clermont-Ferrand – Festival Traces de vie
Albi- Festival du Film Francophone « Les Oeillades »

« Laetitia Carton a réussi à transformer la colère qu’elle avait emmagasinée en un film poétique, subversif et « réjouissif » : cela donne même envie d’inventer un mot, puisqu’il est question de langage…  » LE MONDE 

Auteur : Le Cinéphile Dijonnais

Au-delà des montagnes, un Film de Jia Zhang-ke: Critique

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On attendait beaucoup du retour de Jia Zhang-ke qui, après une série de chefs d’œuvre, avait fini en apothéose en sortant A touch of sin, un des films les plus marquants de 2013. Seulement, après la bombe politique brillamment mise en scène et ambitieuse dans sa narration qu’était son dernier film, il y a de quoi être déçu devant Au-delà des montagnes.

Synopsis : Chine, fin 1999. Tao, une jeune  fille de Fenyang est courtisée par ses deux amis d’enfance, Zang et Lianzi. Zang, propriétaire d’une station-service, se destine à un avenir prometteur tandis que Liang travaille dans une mine de charbon. Le cœur entre les deux hommes, Tao va devoir faire un choix qui scellera le reste de sa vie et de celle de son futur fils, Dollar. Sur un quart de siècle, entre une Chine en profonde mutation et l’Australie comme promesse d’une vie meilleure, les espoirs, les amours et les désillusions de ces personnages face à leur destin.

 Le film est volontairement mineur et nettement plus léger. Sa distribution en salles en Chine témoigne de sa faible portée politique, quand A touch of sin n’est jamais sorti sur les écrans locaux. Néanmoins, même si Jia Zhang-ke dénonce avec moins de véracité les maux de la société chinoise, il porte un regard toujours intéressant sur un pays qu’il n’a jamais vraiment quitté.

La mise en scène peu audacieuse ne saurait camoufler la profondeur du scénario. Sous le vernis d’une histoire de triangle amoureux sur un quart de siècle, le cinéaste dresse la mutation en cours et à venir de son pays. À Fenyang (la ville d’origine de Jia Zhang-ke), Tao est tiraillée entre l’amour de deux hommes : Zang et Lianzi. L’un est un modeste ouvrier timide d’une mine de charbon, l’autre est un confiant propriétaire d’une station-service, à la belle veste et à la voiture clinquante. Nous sommes alors en 1999, la Chine aborde son virage économique. À l’image d’un pays entre deux eaux qui se tourne petit à petit sur le pétrole, laissant le charbon sur le carreau, Tao préfère finalement la stabilité financière offerte par Zang plutôt que la sincérité sentimentale de Lianzi. Dans la deuxième partie qui se déroule aujourd’hui, on se rend compte que Tao, qui a divorcé, a fait le mauvais choix. Sauf que préférer Lianzi, qui meurt à petit feu, n’aurait visiblement pas été plus judicieux. Le destin de Tao est alors conforme à celui de son pays, perdu entre les exigences de croissance et les dangers de la suractivité.

Dans la troisième partie, le réalisateur va plus loin encore. Situant l’action loin du territoire chinois, en Australie, il se concentre sur Dollar, fils de Tao et Zang. Ce dernier acte, le plus émouvant, montre comment un pays, à force de vouloir être à la hauteur des autres, en a perdu de son identité. Dollar (prénom plus qu’américanisé, complètement ‘’capitalismé’’) ne parle plus que l’anglais mais se souvient dans une belle scène en voiture de ses rares moments avec sa mère comme d’une réminiscence voire comme le souvenir d’une existence antérieure. Sauf que, même loin de ses yeux, la Chine subsiste malgré tout. Et c’est le vent mystérieux d’une drôle histoire d’amour qui va ramener Dollar à ses origines qui n’ont jamais totalement disparues. Dans les trois parties, avec un geste optimiste, Jia Zhang-ke s’évertue à montrer que Tao fait et continue à préparer des raviolis, manière de dire que les traditions ne meurent jamais, malgré la brutale évolution du pays.

Même si la déception est perceptible au regard des œuvres précédentes du cinéaste, il y a beaucoup à retenir d’Au-delà des montagnes. Jia Zhang-ke filme et fait ressentir le temps qui passe dans un pays qui ne cesse de grandir à une vitesse folle. Le constat est sévère, sans être pessimiste.

Au-delà des montagnes de Jia Zhang-ke – Bande-annonce

Fiche Technique : Au-delà des montagnes/Mountains May Depart 

Titre original : Shan he gu ren
Date de sortie : 23 Décembre 2015
Nationalité : Chinois
Durée : 126 min.
Genre : Drame, Romance
Réalisateur : Jia Zhang-ke
Auteurs : Jia Zhang-ke
Casting : Zhao Tao, Sylvia Chang, Dong Zijian, Zhang Yi
Chef opérateur : Nelson Yu Lik-wai
Chef décoratrice : Liu Qiang
Monteur : Matthieu Laclau
Compositeur : Yoshihiro Hanno
Producteur :  Shozo Ichiyama, Nathanaël Karmitz, Jia Zhang-ke, Ren Zhonglun, Shiyu Liu
Distributeur : Xstream Pictures, Shanghai Film Group, MK2 / Diaphana, Office Kitano, Arte France, Ad Vitam
Budget : NR
Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2015

Doctor Who Saison 9: Critique Série

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Difficile d’écrire une critique sur les nouvelles aventures du Docteur. Depuis son retour en 2005, la série phare de la BBC s’est démarquée par une originalité folle : des personnages variés et haut en couleurs, des images insolites et grandioses et surtout une qualité d’écriture irréprochable qui arrivait à rester intelligente dans son propos sans perdre de vue le jeune public auquel s’adresse la série.

Synopsis: Suite des aventures du Docteur, toujours accompagné de Clara.

Alerte enfance perdue

Seulement voilà, Doctor who est une série protéiforme qui a le changement inscrit dans son ADN. Les interprètes changent régulièrement, le ton aussi, les thèmes abordés sont souvent renouvelés, mais jusque-là toutes ces modification étaient menées avec une habilité impressionnante, même lorsque le showrunner laisse sa place à un autre (ce qui marque souvent le déclin d’une série). Et puis est arrivé l’essoufflement. La dernière saison de Matt Smith (la septième) en présentait déjà les premiers signes. Quelques épisodes intéressants seulement sur les treize que comporte une saison arbitrairement coupée en deux temps. Malgré son interprétation toujours inspirée, l’ère de Eleven était révolue, et l’arrivée de Peter Capaldi comme douzième incarnation du seigneur du temps s’annonçait comme le vent de fraîcheur qu’il fallait pour relancer la machine.

Malheureusement ce fut encore pire, et si nombre de critiques maintiennent que la huitième saison était de haute tenue, il ne faut pas se voiler la face, elle était ennuyeuse et fort peu inspirée. Peter Capaldi s’en tire avec les honneurs mais le reste ne suit pas. Les scénarios semblent déjà vus, l’intrigue générale se conclue sur un final ridicule au possible, certains personnages sont sous-exploités, et même des scénaristes rompus à l’exercice, tel Mark Gatiss, rendent des copies mal finies (le stupide épisode sur Robin des Bois). « Une saison de haute tenue » qui aura quand même fait décrocher nombre de fans pourtant fidèles. Les parents ont du faire une tête de six pieds de long en découvrant avec leurs enfants un épisode de Noël qui tenait plus d’Alien que de la magie des fêtes (malgré un sympathique caméo de Nick Frost en Père Noël). C’est là le problème majeur de l’ère Steven Moffat : A force de vouloir réinventer la série, il perd de vue ses thématiques les plus importantes, et par translation le public qui autrefois le suivait dans tous ses délires. Et cette nouvelle saison n’est qu’une continuation de ce travail de sape involontaire.

Les bon points à retenir ? Le jeu de Capaldi s’affine et il compose un docteur tout à fait crédible, avec ses délires bien à lui et une personnalité propre. C’est tout. Pour le reste, les épisodes défilent et se ressemblent, tentant d’emmener la série dans un univers plus sombre avec des personnages meurtris par les drames de leur vie. Autant dire que dans le genre hors-sujet total Moffat se pose là. Le showrunner roi veut des scénarios complexes (pour ne pas dire sans queue ni tête) et des émotions adultes. Les thèmes abordés sont ceux du deuil, de la violence, de la dépression… Ambiance garantie pour le dîner. Nous pourrions reprendre un par un les épisodes pour déterminer ce qui va où ne vas pas dans chacun d’eux, mais la qualité de l’ensemble est assez constante et tout cela ne vole pas très haut. Une succession agaçante d’intrigues alambiquées et de tentatives avortées de « mindfuck » dont raffolent les geek. L’épisode Before the Flood est en soi représentatif de cette tendance, nous exposant avec prétention le paradoxe de l’écrivain. La série veut jouer au plus malin avec nous ? Soit, mais il ne faut pas gratter longtemps pour se rendre compte que toute ces élucubrations métaphysiques ne sont qu’un écran de fumée qui tente de cacher le vide du scénario. Pareil pour Sleep no more qui, en plus de repomper Blink, justifie de façon débile son utilisation du found footage. Si encore il restait un peu d’humour pour décoincer tout ça…

Doctor who souffre finalement du même problème que ses contemporains, les super-héros américains. Ceux qui ont grandis en découvrant leurs aventures refusent d’admettre que leurs héros furent d’abord créés pour le jeune public. Ils reprennent donc les rennes de leur personnages fétiche pour l’assujettir à leurs nouveaux délires. Ils aiment Doctor Who mais ont peur d’être trop grands pour en assumer le côté enfantin ? Pas de problème, il suffit de changer deux ou trois (ou milles) petites choses pour réadapter tout ça et rendre la série « adulte ». Les intrigues sont complexifiées jusqu’à l’overdose, les thèmes abordés sont plus graves. Et surtout, la série ne doit plus parler qu’à ses fans, et faire de constants retours sur elle-même. Nous avons donc droit à une introspection psychanalytique d’un méchant récurent et l’apparition usée jusqu’à la corde de Maisie William, actrice-phare de la série Game of Thrones. Pendant ce temps là, fini les découvertes de civilisations délirantes ou les voyages dans le temps amusants à la rencontre de personnages historiques connu. Les enfants doivent être ravis !

C’est le nouveau mal de la sacro-sainte culture geek, cette obsession égocentrique qui consiste à transformer tout et n’importe quoi en contenu « mature ». Le sexe et la violence sont placés sur un piédestal, tandis que le rêve et le regard enfantin sont regardés de travers, raillés, ridiculisés et ostracisés (que celui qui n’a jamais utilisé le mot « gamin » dans un sens péjoratif pour designer un film me jette la première pierre). Il en découle des œuvres bâtardes trop sombres pour plaire aux enfants, trop puériles pour intéresser les adultes. Oui Doctor Who était kitsch, enfantine, parfois un peu too much dans ses bon-sentiments, plus pop que rock…Mais c’est ce qui faisait son charme et qui lui permettait de rassembler aussi bien les enfants, les adultes, les gay, les geeks et tout les autres devant la télévision. Un public exceptionnellement varié pour une série pareil qui ne trouve son équivalent que dans la première époque de Star Trek. Aujourd’hui elle n’est plus que l’ombre d’elle même, plate et ennuyeuse. Une série de S-F geek comme les autres, qui s’obstine a gratter sa fanbase dans le sens du poil avec des easter egg faciles, mais ne fait plus rêver personne depuis deux ans.

Fiche Technique: Doctor Who

Titre original : Doctor Who
Genre : Aventure, Science fiction
Créateur(s):Steven Moffat (depuis 2008)
Pays d’origine : Royaume-Uni
Date : 2005
Chaîne d’origine : BBC
Épisodes : Beaucoup…
Durée : 50 minutes
Statut : en cours
Avec : Peter Capaldi, Jenna Louise Coleman…

Au coeur de l’océan, un film de Ron Howard : Critique

Deux ans après le très réussi Rush, Ron Howard retrouve Chris Hemsworth pour cette fois-ci nous raconter l’histoire vraie derrière le roman Moby Dick de Herman Melville.

Synopsis :Hiver 1820. Le baleinier Essex quitte la Nouvelle-Angleterre et met le cap sur le Pacifique. Il est alors attaqué par une baleine gigantesque qui provoque le naufrage de l’embarcation. À bord, le capitaine George Pollard, inexpérimenté, et son second plus aguerri, Owen Chase, tentent de maîtriser la situation. Mais face aux éléments déchaînés et à la faim, les hommes se laissent gagner par la panique et le désespoir…

Moby Dick

Le réalisateur n’a pas du trop tergiverser pour y voir une œuvre dans laquelle il pourrait s’épanouir ayant toujours aimé raconter les histoires tellement incroyables qu’elles en dépassent la condition d’homme. Et si en plus ces histoires sont emprunts de la réalité il parvient à être à son meilleur pour livrer un grand moment de cinéma comme il avait pu le faire avec son précédent film ou encore l’admirable Frost/Nixon.  Tous les éléments sont donc réunis pour qu’Au cœur de l’océan soit le long métrage ultime du metteur en scène que ce soit en termes d’ambition, d’ampleur mais aussi d’esthétisme. Sauf que le film sera très vite rattrapé par ces nombreux défauts, et même si il est loin du naufrage, il ne sera pas aussi satisfaisant que ses mirobolantes promesses.

La faute reviendra principalement aux lourdeurs du scénario qui va se jouer en deux temps. Premièrement, on sera face à une œuvre quasiment biblique, qui montre le combat de l’infiniment petit, à savoir l’Homme, face à l’immensément grand, la nature. Le récit prend donc très vite des contours écologiques qui sont indéniablement louables, permettant de montrer les différentes facettes de la chasse à la baleine, ici à la fois un sport euphorisant qui rapproche, une quête de domination de l’homme sur la nature et aussi un acte barbare et cruel qui se doit d’être puni. Alors que les deux premiers thèmes sont plutôt traités avec discrétion et intelligence et viennent habilement faire écho au troisième, ce dernier devient très vite pompeux dans sa manière d’être appuyé que ce soit par la mise en scène ou l’écriture, ces aspects du récit vont simplifier les choses par la providence divine et ont tendance à agacer. Ensuite le récit sera aussi profondément ancré dans la rivalité humaine, ici symbolisé à travers deux hommes, le capitaine (Benjamin Walker) et son second (Chris Hemsworth), faisant d’Au cœur de l’océan, une suite spirituelle à Rush, la rivalité et les méthodes divergentes entre les deux hommes rappellent instantanément ce qui faisait le cœur de la relation entre Lauda et Hunt dans son précédent film. Cela forme une continuité appréciable dans la filmographie du réalisateur qui poursuit ses thématiques avec l’aide du scénariste Peter Morgan avec qui il avait collaboré sur son dernier film ainsi que sur son Frost/Nixon. Ici cette dualité entre les deux hommes est clairement l’aspect le plus intéressant du récit sauf que c’est celui qui est le moins exploité. On vit l’histoire à travers le témoignage d’un jeune mousse de l’équipage (Tom Holland dans sa version jeune, Brendan Gleeson dans sa version âgé) qui conte son aventure à Herman Melville (Ben Whishaw) qui travaille sur l’écriture de son Moby Dick.

Ce choix de narration devient très vite un autre gros problème du scénario car il alterne de manière régulière entre les scènes avec l’équipage du Essex dans le « passé » et les scènes de conversations entre l’écrivain et le dernier rescapé dans le « présent », venant à plusieurs reprises casser le rythme de l’aventure. Préférant s’intéresser à la chasse de baleine et faisant du naufrage son point d’orgue, sans pour autant accorder trop d’importance au combat contre le cachalot blanc qui est finalement anecdotique et expédié. Le film va quelque peu négliger la période de survie de l’équipage, se servant de sa structure narrative pour faire de nombreuses ellipses et passer sous silence les aspects les plus anxiogènes de cette histoire. Ce qui aurait dû être le cœur de l’œuvre n’est en fait qu’un post-scriptum en bas de page, toute la dimension psychologique est quasiment oubliée au profit de l’efficacité et de l’accessibilité de l’ensemble pour un vaste public. On est donc en face d’un récit exaltant mais désincarné qui ne suscite jamais l’effroi et le vertige qu’il aurait dû susciter. De plus toute les scènes avec l’écrivain sont maladroitement écrites et peinent à convaincre notamment dans la manière d’ajouter la femme du rescapé (Michelle Fairley) dans le récit, qui semble forcée et grossière offrant quelques passages assez agaçants. Tout ça reste quand même contrebalancé par les scènes dans le « passé » qui malgré un sentiment de survol par moment, se montre efficaces et solidement écrites que ce soit dans les dialogues ou les relations entre les personnages qui arrivent à convaincre et à impliquer le spectateur en seulement quelques instants.

Le casting est pour beaucoup dans l’attachement que l’on peut avoir avec les personnages, tous font un travail incroyable et sont suffisamment connus pour susciter très vite la sympathie. Chris Hemsworth est encore une fois excellent et plein de charisme dans un rôle qu’il maîtrise à la perfection mais ici c’est vraiment le jeune Tom Holland qui impressionne. S’apprêtant d’ailleurs à rejoindre Hemsworth chez les super-héros Marvel, il prouve ici que c’est un acteur sur qui on pourra compter et qui fait preuve d’une densité de jeu assez incroyable, il est très bon dans chacune des facettes de son personnage. On notera aussi un Brendan Gleeson toujours aussi juste malgré des scènes bancales donnant la réplique à un très bon Ben Whishaw, sans oublier Cillian Murphy dans un rôle assez discret mais qui impressionne toujours autant par l’intensité de son jeu. Le seul et unique bémol viendra peut-être de Benjamin Walker qui a tendance à en faire un peu trop dans son prestation de capitaine acariâtre.

La mise en scène de Ron Howard, malgré quelques effets un peu trop appuyés, est fabuleuse et d’une densité folle. Arrivant à attirer l’œil de manière habile sur les détails les plus importants permettant de créer une œuvre à la symbolique bien pensée et subtile. Il utilise différentes focales pour accentuer l’aspect irréel voire cauchemardesque de son récit faisant de l’ensemble quelque chose de visuellement exaltant, jouant sur les plongées et contre-plongées pour accentuer la lutte entre l’homme et la nature, utilisant habilement la profondeur de champs et les échelles de grandeur arrivant à nous faire ressentir un sentiment de d’étouffement au milieu de ses grandes étendues d’eau et de vide. La mise en scène est donc appliquée et possède de nombreuses idées virtuoses même si elle n’est pas techniquement parfaite. Certains fonds verts sont visibles gâchant parfois certains effets de gigantisme et le montage donne à l’ensemble un rythme en dents de scie, certaines longueurs se font trop ressentir. La photographie est saturée, donnant un effet jaunâtre et maladif à l’oeuvre et est étonnamment efficace s’accordant à merveille avec le récit et permet quelques plans sublimes, étant aussi accompagné d’un score musical inspiré et accrocheur.

Au coeur de l’océan est un film réussi mais indéniablement décevant quand à ses belles promesses, sur le papier tout était réunis pour en faire une oeuvre forte, primitive et marquante. Au final on est face à un bon divertissement, efficace et visuellement superbe mais souvent lourd et approximatif. Devant être l’apothéose de la collaboration entre Peter Morgan et Ron Howard, on est plus face au plus faible opus de leur trilogie malgré de sublimes et fulgurantes visions de cinéma. Le spectacle est cependant hautement regardable et recommandable par ce casting qui incarne magistralement ce récit malgré tout solide et superbement emballé par la mise en scène d’Howard.

Fiche technique : Au coeur de l’océan

États-Unis – 2015
Titre original: In the Heart of the Sea
Réalisation: Ron Howard
Scénario: Charles Leavitt, d’après une histoire de Rick Jaffa, Peter Morgan et Amanda Silver d’après La Véritable Histoire de Moby Dick : le naufrage de l’Essex qui inspira Herman Melville (In the Heart of the Sea) de Nathaniel Philbrick
Interprétation: Chris Hemsworth (le second capitaine Owen Chase), Cillian Murphy (le lieutenant Matthew Joy), Benjamin Walker (le capitaine George Pollard), Tom Holland (le mousse Thomas Nickerson (14 ans)), Brendan Gleeson (Thomas Nickerson (adulte)), Ben Whishaw (Herman Melville),…
Photographie: Anthony Dod Mantle
Décors: Niall Moroney
Costumes: Julian Day
Montage: Daniel P. Hanley et Mike Hill
Musique: Roque Baños
Producteur(s): Brian Grazer, Marshall Herskovitz, Joe Roth et Paula Weinstein
Production: Imagine Entertainment, Warner Bros., Village Roadshow Pictures, Cott Productions, Enelmar Productions, Roth Films, Spring Creek Productions, Sur-Film
Distributeur: Warner Bros.

Back home, un film de Joachim Trier : critique

Les épaules de Joachim Trier devaient être bien alourdies de pression quand il a tourné son nouveau film, Back Home (anciennement baptisé Louder than Bombs, le film a perdu son titre, suite aux attentats parisiens de Novembre, à peine quelques semaines avant la sortie du film).

Synopsis: Alors que se prépare une exposition consacrée à la célèbre photographe Isabelle Reed trois ans après sa mort accidentelle, son mari et ses deux fils sont amenés à se réunir dans la maison familiale et évoquer ensemble les fantômes du passé…

Family life

Son précédent film, Oslo 31 Août a eu un succès considérable tant auprès du public que dans les colonnes des magazines spécialisés. Ce film mélancolique exprime avec beaucoup de poésie mais aussi de maîtrise le sentiment du protagoniste de ne pas être à sa place, nulle part ni à aucun moment. Sans atteindre le paroxysme vécu par Anders, le héros de Oslo, 31 Août, ce mal être a sans doute été ressenti par nombre de spectateurs très empathiques par rapport au personnage, et par rapport au film.

Une grosse pression donc pour ce jeune cinéaste dont le présent long-métrage n’est que son troisième. Dès la première très belle image, une main d’adulte qui tient et joue avec celle d’un nouveau-né, le parti pris esthétique est annoncé, de magnifiques gros plans, des jeux subtils sur la profondeur de champ, beaucoup de scènes de rêves permettant les plans les plus imaginatifs tels cette image d’Isabelle (Isabelle Huppert) flottant dans un désert.

La petite menotte, c’est celle d’une autre Isabelle, la petite fille de la première. Le spectateur entre dans l’histoire de cette famille endeuillée, via la naissance d’un bébé, celui de Jonah (Jesse Eisenberg), le fils aîné de Gene (Gabriel Byrne) et d’Isabelle. Jonah a oublié le repas qu’il a apporté à sa femme Hannah (Amy Ryan) à l’accueil de la clinique, et on comprend assez vite que le jeune homme est un peu absent à lui-même, pas entièrement dans l’euphorie malgré l’événement joyeux de la naissance de sa fille.  Jonah a perdu sa mère deux ans plus tôt dans un accident de voiture, et ceci explique peut-être cela, on ne sait pas précisément à ce stade.

Quand Gene prépare avec l’agence de photographes une exposition sur sa femme défunte, ancienne reporter de guerre, on en apprend un peu plus sur cette dernière, et sur les circonstances spéciales de son décès. Gene appelle alors son fils Jonah à ses côtés pour l’aider à préparer cette expo, et à préparer son cadet Conrad (Devin Druid) à affronter ces nouvelles informations.

Le film de Joachim Trier est axé autour de l’absence de cette femme, Isabelle, une mère, une épouse et plus encore, mais aussi et peut-être surtout une reporter de guerre, vivant entre deux vies, navigant entre les morts, ne faisant plus vraiment partie de sa famille bien avant de disparaître. Cette absence est comme une quenouille qui dévide des pelotes de toutes les couleurs, qualifiées par certains d’éparpillement, mais qui pourtant font le socle de la réussite du film : chaque personnage est caractérisé de manière précise, à la fois dans sa dimension personnelle propre, mais également sous l’influence du deuil qu’il est en train de vivre. Le cinéaste s’attache également à dépeindre brillamment les relations interpersonnelles qui évoluent de manière à la fois subtile, fluide et dynamique. Rien n’est saccadé, rien n’est gratuit, et même les quelques effets de style qui parsèment Back home ne sont jamais posés là par hasard.

Il va donc aborder aussi bien les balbutiements amoureux de Conrad, mal dans sa peau et donc dans sa confiance en soi, que les doutes de Jonah qui s’est engouffré très jeune, trop jeune,  dans une vie familiale stable pense-t-il, aux antipodes du couple de ses parents, imagine-t-il ; le cinéaste va s’intéresser au nouveau départ de Gene en tant qu’homme et à ses difficultés croissantes  en tant que père ; il va également esquisser une belle relation fraternelle entre Jonah et Conrad, faite de tendresse rentrée et d’inquiétude mutuelle l’un pour l’autre. Et bien sûr en filigrane de tout cela, flotte le personnage d’Isabelle, de toutes les Isabelle telles que chaque protagoniste en a le souvenir…

D’aucuns parlent d’un film ennuyeux. Il ne se passe en effet rien d’autre dans le film que la vie qui s’écoule, rien d’autre que les sentiments qui s’éprouvent, rien d’autre que les émotions qui submergent, le tout dans un écrin soigneusement sculpté par le cinéaste, avec une lumière éclatante et froide à la fois, et des mouvements de caméra très maîtrisés. Un film intimiste donc, mais assez drôle, le contraire de l’ennui… Les acteurs internationaux choisis par Joachim Trier pour son premier film en langue anglaise, tourné dans la région de New-York, jouent idéalement les partitions co-écrites avec Eksil Vogt (réalisateur de Blind, un film pas tout à fait du même acabit) : sobrement, tout en intériorité. Isabelle Huppert notamment est une fois de plus au sommet de son art, faisant naître l’émotion avec un minimum de mouvement et de parole…

Une mention spéciale est à porter au crédit du jeune Devin Druid, qui promène avec beaucoup de talent son air buté et mélancolique, à la manière des personnages du Palo Alto de Gia Coppola, autre film bien vu sur le mal-être d’une certaine jeunesse d’aujourd’hui.

Cinéaste de l’intime, Joachim Trier a transformé avec Back Home l’essai de Oslo, 31 Août, alors même que les conditions étaient réunies pour accoucher d’un film casse-gueule (ouverture à l’international, casting all star, minimalisme du traitement…). Un beau cadeau sensible de fin d’année…

Back home – Bande annonce

Back home – Fiche technique

Titre original : Louder than bombs
Date de sortie : 9 Décembre 2015
Réalisateur : Joachim Trier
Nationalité :Norvège, Danemark, France,
Genre : Drame
Année : 2014
Durée : 109 min.
Scénario : Joachim Trier, Eskil Vogt
Interprétation : Jesse Eisenberg (Jonah), Amy Ryan (Hannah), Rachel Brosnahan (Erin), Gabriel Byrne (Gene Reed), David Strathairn (Richard), Isabelle Huppert (Isabelle Reed), Devin Druid (Conrad)
Musique : Ola Fløttum
Photographie : Jakob Ihre
Montage : Olivier Bugge Coutté
Producteurs : Joshua Astrachan, Albert Berger, Alexandre Mallet-Guy, Thomas Robsahm, Marc Turtletaub, Ron Yerxa
Maisons de production : Motlys, Animal Kingdom, Arte France Cinéma, Beachside Films, Bona Fide Productions, Memento Films Production, Nimbus Film Productions
Distribution (France) : Memento Films Distribution
Récompenses : –
Budget : 11 000 000 USD

Screen Actors Guild Awards : la liste complète des nommés

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Screen Actors Guild Awards : et les nommés sont…

C’est la saison des récompenses et après celui des scénaristes (Writers Guild of America), le syndicat des acteurs The Screen Actors Guild of America a dévoilé sa (longue) liste de nommés pour la 22ème Cérémonie des Screen Actors Guild Awards qui aura lieu le 30 janvier 2016 au Shrine Auditorium. Depuis 1995, ce syndicat rend hommage aux acteurs du cinéma et de la télévision aux USA. Ces nominations et celles des Golden Globes nous donnent déjà la température pour les Oscars qui seront annoncés le 14 janvier !

En lice pour les Screen Actors Guild Awards, Leonardo DiCaprio est bien parti avec The Revenant, suivi par Bryan Cranston pour Trumbo. La jeune Saoirse Ronan est aussi nommée pour Brooklyn et Cate Blanchet se démarque à nouveau avec Carol. Johnny Depp n’est pas en reste avec Black Mass et Idris Elba est doublement nommé pour Beasts of No Nation et Luther. Côté séries, c’est sans grande surprise que l’on retrouve Game of Thrones et Big Bang Theory mais aussi Orange is the new Black, Mad Men ainsi que Nicole Kidman pour le très attendu Grace de Monaco.

Liste des nommés aux Screen Actors Guild Awards par catégorie cinéma :

Meilleur acteur :
BRYAN CRANSTON / Dalton Trumbo – “TRUMBO” (Bleecker Street)
JOHNNY DEPP / James “Whitey” Bulger – “BLACK MASS” (Warner Bros. Pictures)
LEONARDO DiCAPRIO / Hugh Glass – “THE REVENANT” (20th Century Fox)
MICHAEL FASSBENDER / Steve Jobs – “STEVE JOBS” (Universal Pictures)
EDDIE REDMAYNE / Einar Wegener/Lili Elbe – “THE DANISH GIRL” (Focus Features)

Meilleure actrice :
CATE BLANCHETT / Carol Aird – “CAROL” (The Weinstein Company)
BRIE LARSON / Ma – “ROOM” (A24)
HELEN MIRREN / Maria Altmann – “WOMAN IN GOLD” (The Weinstein Company)
SAOIRSE RONAN / Eilis – “BROOKLYN” (Fox Searchlight Pictures)
SARAH SILVERMAN / Laney Brooks – “I SMILE BACK” (Broad Green Pictures)

Meilleur acteur dans un second rôle :
CHRISTIAN BALE / Michael Burry – “THE BIG SHORT” (Paramount Pictures)
IDRIS ELBA / Commandant – “BEASTS OF NO NATION” (Netflix)
MARK RYLANCE / Abel Rudolph – “BRIDGE OF SPIES” (DreamWorks)
MICHAEL SHANNON / Rick Carver – “99 HOMES” (Broad Green Pictures)
JACOB TREMBLAY / Jack – “ROOM” (A24)

Meilleure actrice dans un second rôle :
ROONEY MARA / Therese Belivet – “CAROL” (The Weinstein Company)
RACHEL McADAMS / Sacha Pfeiffer – “SPOTLIGHT” (Open Road Films)
HELEN MIRREN / Hedda Hopper – “TRUMBO” (Bleecker Street)
ALICIA VIKANDER / Gerda Wegener – “THE DANISH GIRL” (Focus Features)
KATE WINSLET / Joanna Hoffman – “STEVE JOBS” (Universal Pictures)

Meilleure équipe d’acteurs :
BEASTS OF NON NATION
THE BIG SHORT
SPOTLIGHT
N.W.A. – Straight Outta Compton
TRUMBO

Liste des nommés aux Screen Actors Guild Awards par catégorie télévision :

Meilleur acteur de série ou téléfilm :
IDRIS ELBA / DCI John Luther – “LUTHER” (BBC America)
BEN KINGSLEY / Grand Vizier Ay – “TUT” (Spike)
RAY LIOTTA / Lorca/Tom Mitchell – “TEXAS RISING” (History)
BILL MURRAY / Himself – “A VERY MURRAY CHRISTMAS” (Netflix)
MARK RYLANCE / Thomas Cromwell – “WOLF HALL” (Masterpiece/PBS)

Meilleure actrice de série ou téléfilm :
NICOLE KIDMAN / Grace – “GRACE OF MONACO” (Lifetime)
QUEEN LATIFAH / Bessie Smith – “BESSIE” (HBO)
CHRISTINA RICCI / Lizzie Borden – “THE LIZZIE BORDEN CHRONICLES” (Lifetime)
SUSAN SARANDON / Gladys Mortenson – “THE SECRET LIFE OF MARILYN MONROE” (Lifetime)
KRISTEN WIIG / Delores DeWinter – “THE SPOILS BEFORE DYING” (IFC)

Meilleur acteur de série dramatique :
PETER DINKLAGE / Tyrion Lannister – “GAME OF THRONES” (HBO)
JON HAMM / Don Draper – “MAD MEN” (AMC)
RAMI MALEK / Elliot – “MR. ROBOT” (USA Network)
BOB ODENKIRK / Jimmy McGill – “BETTER CALL SAUL” (AMC)
KEVIN SPACEY / Francis Underwood – “HOUSE OF CARDS” (Netflix)

Meilleure actrice de série dramatique :
CLAIRE DANES / Carrie Mathison – “HOMELAND” (Showtime)
VIOLA DAVIS / Annalise Keating – “HOW TO GET AWAY WITH MURDER” (ABC)
JULIANNA MARGULIES / Alicia Florrick – “THE GOOD WIFE” (CBS)
MAGGIE SMITH / Violet Crawley, Dowager Countess of Grantham – “DOWNTON ABBEY” (Masterpiece/PBS)
ROBIN WRIGHT / Claire Underwood – “HOUSE OF CARDS” (Netflix)

Meilleur acteur de série comique :
TY BURRELL / Phil Dunphy – “MODERN FAMILY” (ABC)
LOUIS C.K. / Louie – “LOUIE” (FX Networks)
WILLIAM H. MACY / Frank – “SHAMELESS” (Showtime)
JIM PARSONS / Sheldon Cooper – “THE BIG BANG THEORY” (CBS)
JEFFREY TAMBOR / Maura Pfefferman – “TRANSPARENT” (Amazon)

Meilleure actrice de série comique :
UZO ADUBA / Suzanne “Crazy Eyes” Warren – “ORANGE IS THE NEW BLACK” (Netflix)
EDIE FALCO / Jackie Peyton – “NURSE JACKIE” (Showtime)
ELLIE KEMPER / Kimmy Schmidt – “UNBREAKABLE KIMMY SCHMIDT” (Netflix)
JULIA LOUIS-DREYFUS / President Selina Meyer – “VEEP” (HBO)
AMY POEHLER / Leslie Knope – “PARKS AND RECREATION” (NBC)

Meilleure équipe d’acteurs dans une série dramatique :
DOWNTON ABBEY
GAME OF THRONES
HOMELAND
HOUSE OF CARDS
MAD MEN

Meilleure équipe d’acteurs dans une série comique :
THE BIG BANG THEORY
KEY & PEELE
MODERN FAMILY
ORANGE IS THE NEW BLACK
TRANSPARENT
VEEP

Meilleure équipe de cascadeurs dans un film :
EVEREST” (Universal Pictures)
FURIOUS 7” (Universal Pictures)
JURASSIC WORLD” (Universal Pictures)
MAD MAX: FURY ROAD” (Warner Bros. Pictures)
MISSION: IMPOSSIBLE – ROGUE NATION” (Paramount Pictures)

Meilleure équipe de cascadeurs dans une série dramatique ou comique :
THE BLACKLIST” (NBC)
GAME OF THRONES” (HBO)
“HOMELAND” (Showtime)
MARVEL’S DAREDEVIL” (Netflix)
THE WALKING DEAD” (AMC)

Récompense honorifique – Life Achievement Award :
CAROL BURNETT

 

Le grand gagnant des Screen Actors Guild Awards de 2015 était Eddie Redmayne pour son rôle dans Une Merveilleuse histoire du temps. Le syndicat avait aussi récompensé l’équipe du remarquable film Birdman et Julianne Moore pour sa prestation dans Still Alice.

Extraordinary Tales de Raul Garcia: Critique DVD

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Depuis le 1er Décembre, BAC film propose 5 courts métrages adaptés de célèbres nouvelles d’Edgar Allan Poe réunies sur une seule galette pour la modique somme de 14,99 euros. L’occasion de découvrir un animateur peu connu, Raul Garcia et ses univers graphiques variés, mais surtout de redécouvrir l’univers gothique et torturé du célèbre écrivain américain.

Synopsis : Extraordinary Tales présente cinq histoires, cinq ambiances graphiques différentes, grâce auxquelles les artistes ont exprimé au mieux la complexité et la noirceur de l’univers d’Edgar Allan Poe.

Une curiosité qui peut valoir le détour, surtout pour les amateurs de fantastique et d’épouvante qui défrise. Les fanas d’animations qui souhaitent se confronter à autre chose que du Pixar ou du Dreamworks peuvent également jeter un œil, ils ne seront pas déçus devant la variété des univers proposés. Toutefois cette édition n’est pas exempt de défauts.

Comme toute anthologie qui se respecte, il est difficile de ne pas juger les films les uns par rapports aux autres, et forcément certains paraîtront un peu faibles tandis que d’autres marqueront durablement les esprits. Surtout dans ce cas précis où les univers graphiques sont aussi radicalement variés. Le gros point faible de cette édition reste surtout cette tentative de lier les courts métrages par un fil directeur un peu faible, mettant en image l’auteur sous la forme d’un corbeau qui discute avec la mort. Une mise en bouche pas terrible, animée avec peu de génie, qui ne dynamise pas vraiment l’ensemble. Ces intermèdes ont même plutôt tendance à faire retomber la tension, parfois forte, qui se dégage des films à proprement parler, enchaînant les poncifs sur Poe (l’obsession de la mort, le corbeau…) sans jamais atteindre la poésie du maître. Pour ce qui est des histoire adaptées, ce sont surtout des classiques parfois portés à l’écran de nombreuses fois. Le réalisateur se contente de suivre le texte à la lettre, mais réserve parfois de belles surprises.

La chute de la maison Usher ouvre le bal. Probablement le plus classique de tous (déjà adapté par Jean Epstein et Roger Corman au cinéma) et également le plus faible. Animé en 3D, les personnages, de par leurs formes caricaturales (Roderick est grand et effilé) rappellent un peu trop l’univers de Tim Burton, bien que le dossier de presse préfère parler d’expressionnisme allemand. Un héritage difficile à cacher, surtout quand le grand Christopher Lee s’occupe de la narration. Si son timbre de voix caverneux sied parfaitement à l’univers de l’écrivain, il apparaît gênant de l’entendre faire la voix des deux personnages, marquant le fait que le texte est lu, et non raconté naturellement. L’histoire elle-même déçoit, car malgré sa fidélité au texte, Raul Garcia se précipite, enchaîne les événements dans un temps très court et oublie de poser véritablement une ambiance forte. Néanmoins, le clou du spectacle reste un jump-scare particulièrement bien mené, beaucoup plus efficace que nombre de productions horrifiques contemporaines.

Deuxième film présenté, Le cœur révélateur est sûrement la pépite de cette anthologie. Principalement parce que l’univers graphique détonne au milieux de toute ces relectures gothiques. Transposition animée de l’adaptation dessinée d’Alberto Breccia, l’image composée exclusivement d’aplat noir et blanc présente un univers contemporain du nôtre. L’angoisse des personnages est déjà palpable au travers des images qui s’impriment sur notre rétine pour ne plus jamais en partir. Le deuxième coup de génie est sur la bande son. La voix de Bela Lugosi, probablement reprise sur une vieille lecture enregistrée, raconte les pensées d’un personnage paranoïaque. Son accent si particulier et ses intonations appuyées renforcent la folie du personnage, tandis que le grésillement significatif des vieux enregistrements radio laissé tel quel appuie la dimension claustrophobe de ce huis-clos diablement efficace. Si la résolution peut paraître superficielle, l’angoisse reste bien réelle.

La vérité sur le cas de M. Valdemer nous ramène vers des horizons plus classiques. Imitant les gravures des vieux ouvrages fantastiques, auquel il ajoute des éléments de comics américains (des phylactères apparaissent à l’écran pour dynamiser la scène). L’objet possède une pâte visuelle qui n’est pas inintéressante, le récit en revanche n’est pas particulièrement emballant avec son histoire mélangeant hypnose et mort-vivants, intégralement racontée par l’acteur Julian Sands. Ça se laisse regarder sans déplaisir, mais en terme de découpage narratif on a vu mieux.

Autre grand classique, Le puits et le pendule marque surtout pour sa qualité graphique, avec un travail saisissant sur les textures de l’eau et des matières qui donnent à l’ensemble une dimension tactile impressionnante. En revanche le récit paraît décousu et le rapport entre les deux objets du titre reste assez fumeux. Certains choix de mise en scènes, notamment les jeux de lumières, annulent totalement la sensation d’enfermement dans le noir induite par le récit. Difficile de comprendre pourquoi le personnage se déplace à tâtons et se prend tous les murs de sa cellule quand celle-ci nous semble plutôt bien éclairée. L’erreur vient peut-être du choix du texte lui même. Certaines œuvres devraient rester à jamais sur le papier. A noter tout de même la présence étonnante du réalisateur Guillermo Del Toro dans le rôle du narrateur.

Pour finir, Raul Garcia adapte l’un des plus fameux texte de Poe : Le masque de la Mort Rouge, déjà porté a l’écran par Roger Corman avec Vincent Price. Le premier donne d’ailleurs de la voix, clôturant la liste des invités prestigieux de cette anthologie. Inutile toutefois de s’extasier sur ce point, l’homme ne délivrant qu’une seule phrase sur ce dernier court-métrage quasi-intégralement muet. Le choix n’est toutefois pas insensé, le réalisateur préférant développer une ambiance plutôt que de s’assujettir au texte original (contrairement aux autres films). Néanmoins, si le visuel inspiré des tableaux des peintres Goya et Egon Shiele donne une ambiance onirique réussie, le manque de rythme ne permet pas vraiment de retranscrire la dimension orgiaque des fêtes du prince. Le fameux invité masqué n’apparaissant qu’à la fin, on retrouve le même problème que dans La chute de la maison Usher, la tension ne monte jamais et la résolution paraît un peu expédiée.

Si Extraordinary Tales n’est pas un incontournable de l’animation, il n’en reste pas moins une curiosité intéressante. Les amateurs d’Edgar Allan Poe y trouveront probablement leur compte car l’adaptation est faite avec beaucoup de respect. Les passionnés d’animations découvriront chez Raul Garcia un habile faiseur d’images, mais seront sûrement déçus par le manque d’audace du réalisateur, notamment en terme de narration. Toutefois l’univers de l’écrivain est bien présent et même si ses admirateurs s’en doutent un peu, mieux vaut prévenir, ce DVD n’est pas pour tous les publics.

https://www.youtube.com/watch?v=a4h_AmPuB9M

Fiche technique : Extraordinary Tales

Réalisateur : Raul Garcia
Pays : Etats-Unis
Langue : Anglais
Sous-Titres : Français
Format : Couleur, 1.85, 16/9 compatible 4/3
Durée : 1h13
Éditeur : BAC film

Vue sur mer, un film d’Angelina Jolie : Critique

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On ne les avait plus vus ensemble au cinéma depuis Mr. & Mrs. Smith, il y a dix ans. Le couple Brad Pitt / Angelina Jolie nous revient avec une histoire de ménage au bord de la rupture. Finis les tueurs surentrainés qui règlent leurs comptes à grands coups de gunfights chorégraphiées, les deux acteurs-stars incarnent cette fois deux  bobos new-yorkais qui devront surmonter leurs difficultés en allant au-devant de leurs névroses.

Synopsis: Dans les années 70, Roland et Vanessa sont un couple de new-yorkais qui viennent passer ses vacances dans un hôtel luxueux du sud de la France. Alors que leur mariage est compromis par leur relation en crise, la rencontre qu’ils font avec Léa et François, leurs voisins de chambre, va remettre un peu de piment dans leur vie sexuelle.

Une passion amorale qui manque de mordant

Pour son troisième film en tant que réalisatrice, Angelina Jolie met donc de côté la dimension spectaculaire et humaniste qu’elle avait intégrée aux deux précédents pour tenter de se focaliser sur le traitement psychologique des personnages qu’elle s’octroie à elle-même et à son mari –ce qui est là-aussi une première. On pourrait même aller plus loin en affirmant que ce sont les reproches qui lui ont été faits suite à son précédent film Invincible, à savoir un classicisme hollywoodien trop pesant et un message patriotique criant, qui l’ont poussée à s’essayer à un exercice de style qui se rapprocherait de l’idée que les Américains peuvent avoir du cinéma d’auteur européen.

C’est ainsi que l’action se retrouve délocalisée dans une Côte d’Azur de carte postale (dans des décors qui ont en vérité été tournés sur l’île de Malte), que le casting se compose d’acteurs français et que la lumière est assurée par le chef opérateur de Michael Haneke. Mais, au-delà de ça, si l’érotisme vintage rappelle l’œuvre de Tennessee Williams, on peut rapprocher la théâtralité de la mise en scène au cinéma français, le rythme languissant et peu bavard à celui des œuvres d’Ingmar Bergman ou Michelangelo Antonioni, et surtout la thématique du voyeurisme à certains des meilleurs films d’Alfred Hitchcock. Tant de sources d’inspiration qu’Angelina Jolie essaie tant bien que mal à digérer mais sans jamais accéder au niveau de maitrise de ses illustres modèles. Dès sa présentation à l’American Film Institute, les critiques américaines ont fustigé le film, lui reprochant « sa durée trop étirée » et « son manque de dynamique dramatique ». Des défauts que les spectateurs français peuvent plus aisément acquiescer et que l’on pouvait justement mettre sur le compte du fait que le public visé était plus européen. L’espoir était donc permis de voir un drame psychologique dont la finesse aurait échappé aux spectateurs d’outre-Atlantique, d’autant que la présence de quelques-unes de nos stars de chez nous rendait l’affiche alléchante.

Pour une fois, il nous est impossible de ne pas partager l’avis des Américains concernant le manque de dynamisme du long-métrage. La nonchalance dont fait preuve la réalisatrice se serait parfaitement aligné sur un format plus court que les deux heures dix que dure le film. La succession de longueurs qui en résulte aurait pu ne pas être à ce point rédhibitoire si les deux personnages principaux avaient été un minimum attachant. Le couple sur lequel se focalise la narration est composé de deux personnages caricaturaux au possible : Brad Pitt en écrivain qui noie son manque d’inspiration dans l’alcool et Angelina Jolie (dont la maigreur est de plus en plus inquiétante !) en bourgeoise dépressive et terriblement hautaine. Plus le film avance, plus les tensions et les névroses deviennent importantes au sein de ce couple, et poussent les deux interprètes à cabotiner au point de perdre peu à peu en vraisemblance. Les acteurs secondaires en revanche sont bien plus convaincants : Dans le rôle du couple de voisins, Mélanie Laurent et Melvil Poupaud apportent une sensualité rafraichissante tandis que, dans le rôle du veuf plein de chagrin et de sagesse, Niels Arestrup est comme à son habitude irréprochable. La façon dont la perversité voyeuriste va permettre à ce couple de vivre par procuration la sexualité qu’ils n’arrivaient plus à avoir est un spectacle tout d’abord sembler dérangeant, voire même fascinant. Mais la façon dont, au bout d’une heure, ces scènes d’espionnage intime vont se répéter sans que la situation n’avance plus, va faire naitre une profonde lassitude qui n’ira qu’en s’aggravant jusqu’à cette conclusion fleur-bleue tristement prévisible.

La tentative d’Angelina Jolie de s’essayer à du cinéma plus auteuriste et personnel se retourne finalement contre elle, tant la dimension auto-thérapeutique est rendue flagrante par l’octroi des rôles à son propre couple, et fait souffrir ce film, déjà laborieux et maladroit, d’un nombrilisme assez malvenu au vu du sujet. Malgré son charme solaire et son ambiance moralement malsaine, Vue sur mer ne parvient pas à séduire et prend l’allure d’un long, très long, essai dont la sensibilité n’est qu’artificielle.

Vue sur mer – Bande annonce

Vue sur mer – Fiche technique

Etats-Unis
Titre original : By the sea
Genre: Drame, romance
Durée: 120min
Sortie en salles le 09 décembre 2015
Réalisation : Angelina Jolie Pitt
Scénario : Angelina Jolie Pitt
Interprétation : Angelina Jolie Pitt (Vanessa), Brad Pitt (Roland), Mélanie Laurent (Léa), Melvil Poupaud (François), Niels Arestrup (Michel), Richard Bohringer (Patrice)
Photographie : Christian Berger
Décors : Jille Azis
Costume : Ellen Mirojnick
Montage : Patricia Rommel, Martin Pensa
Musique : Gabriel Yared
Producteurs : Angelina Jolie Pitt, Brad Pitt
Sociétés de Production : Universal Pictures, Jolie Pas, Plan B Entertainment
Distributeur: Universal Pictures International France
Budget : NR
Festival: Film d’ouverture à l’AFI Fest en novembre 2015

The Leftovers, saison 2: Critique Serie

Synopsis: Après le Memorial Day de la saison dernière par la secte qui a plongé Mapleton dans le chaos, la saison 2 prendra un nouveau départ. Kevin Garvey a pris sa retraite de son poste de chef de la police de Mapleton et se déplace avec sa nouvelle famille au Texas. Il est accompagné de Nora Durst, qui a découvert un nouvel objectif dans le bébé qu’elle a trouvé sur le seuil de Kevin en laissant derrière elle Mapleton et l’incroyable tragédie qu’elle a subie.

Tourner la page (ou ne jamais le faire) 

La jeune série de HBO, âgée de 2 saisons seulement, faisait-elle ses adieux en ce début de mois de décembre ? AVONS-NOUS RÉELLEMENT BESOIN DE CE GENRE DE NOUVELLE ? Il faut dire que si jamais la chaine renouvelait le show, cela constituerait presque une incompréhension aux vues de ses audiences catastrophiques, principal et seul handicap de la série. Mais gardons espoir, car après tout les miracles existent. Et quand bien même l’aventure s’arrêterait ici, cette saison 2 trouverait sa place immédiate au sein des plus belles expériences télévisuelles des années 2010, notamment grâce à ce goût de finitude qui nous est trop souvent refusé dans le milieu ultra addictif de la série télé. Car là où le twist et la surenchère règnent en maitre, parfois au détriment de la cohérence du récit, et souvent sans se préoccuper de la santé mentale du spectateur, The leftovers s’en émancipe et nous offre une saison 2 autonome, complète, parfaite.

La saison 1, orchestrée par Damon Lindelof, (scénariste de la série Lost et de Star Trek into Darnkess), était une adaptation du roman de Tom Perrota (les disparus de Mapleton). Ayant épuisé la source littéraire les deux hommes montent de toute pièces la suite de la série, toujours bâtie sur le même postulat étrange et génial que 2% de la population a disparu de la surface de la planète. Soit 140 millions de personnes évaporées, balayées par l’inexpliqué et l’inexplicable ; le pitch de base est ainsi rappelé en image à chaque début d’épisode dans ce nouveau générique, d’une beauté assez cruelle.

The Leftovers, saison 2: générique

Changement de générique donc, changement d’une partie des comédiens, et changement de lieu surtout. Nous retrouvons le désormais civil Kevin Garvey (Justin Theroux), qui a laissé son badge de shérif à Mapleton, catapulté en plein Texas où il a suivi Nora (Carie Coon) dans le village de Miracle, 9261 habitants, 0 disparus. Et des milliers de pèlerins, à moitié fous, à moitié perdus, qui affluent devant le pont hautement gardé qui protège la petite ville du monde extérieur et de ses dérives. Une communauté épargnée, vivant dorénavant recluse derrière ses grilles et son sentiment religieusement habité de faire partie des plans de Dieu. Une communauté a priori hermétique à la folie qui a embrasé le monde et éteint le semblant de rationalité que les hommes s’efforçaient de maintenir. Une communauté qui aimante forcément nos protagonistes, et dans un premier temps le pasteur Matt Jamisson et sa femme, toujours muette, encore immobile, absente. Un couple que l’ecclésiaste persiste à faire exister, dans son unilatéralité, voire son absurdité, mais essentiellement dans sa beauté. Matt est arrivé à Miracle comme un pèlerin, persuadé de son aura mystique qui pourrait être l’antidote à la disparition psychique de sa femme. Outre le terrible talent de son interprète Christopher Eccleston, le personnage de Matt témoigne encore une fois de toute l’intelligence des scénaristes, qui conçoivent chaque individu comme une réponse spécifique, singulière, à ce fameux 14 novembre, jour de la disparition, et maintenant jour du souvenir. La foi joue évidement un rôle prépondérant dans les répercussions sociales d’un tel évènement, avec cette clé de voûte instable qu’est la croyance. Faut-il continuer de croire ? Que croire ? Faut-il arrêter de croire ? Certains y voient une preuve de plus de la toute-puissance divine, d’autres y voient un autre coup sur l’échiquier cosmique, autant de fables, d’hypothèses, de sorcelleries, de sciences que les gens se jettent à la figure pour se refuser à leur propre conclusion : que 140 millions de personnes ne sont plus là, qu’il n’y a pas de coupable, qu’il n’y a pas de vérité. La croyance devient alors très malléable, instrument marketing pour les villageois qui font de Miracle un business juteux ; la croyance cathartique qu’instrumentalisent Tommy et Laurie Garvey pour redonner goût à la vie aux victimes de la secte.

Une secte que l’on retrouve telle que dans la saison 1, admirablement mise en scène, dans cette écume de blouse blanche, et ce nuage de fumée de cigarette qui s’échappe constamment de la bouche de ses membres muets. On retrouve d’ailleurs leur guide, le gourou Patti Levin (Ann Dowd) dans cette saison 2, toujours aussi percutante, qui s’infuse dangereusement dans l’esprit de Kevin : une plaie ouverte dans sa conscience qui l’enchaîne à une folie et l’éloigne de sa famille. Pourtant il ne peut se permettre d’y céder, il doit rester fort pour le bébé qu’il vient d’adopter, pour sa fille que sa mère a failli tuer, pour Nora qui tente de se reconstruire. Mais c’est sans compter sur l’élément dramaturgique de cette nouvelle saison, la disparition de 3 jeunes filles au cœur de Miracle. Toutes les certitudes s’effondrent, et le voile prétendument magique qui recouvrait la ville se déchire, pour finalement mettre en exergue le fait que Miracle subissait de la même façon la situation que le reste du pays. Des séquelles invisibles que certains mettront un point d’honneur à révéler, afin que comme partout le souvenir soit sanctifié. Une manière agressive de placarder la mort d’un mode de vie construit sur l’attachement des uns aux autres où trônait une rationalité qui faisait écran à la vraie nature des choses : celle qui dépasse la compréhension de tous et qui à tout moment peut rafler vos frères, et vos mères. The Leftovers met en scène brutalement l’illisibilité du cosmos, que l’on a tenté de codifier et qui d’un coup ne répond plus à nos règles ; et comment chacun tente d’ignorer ou de s’adapter à ce fait. Du refuge stérile de la religion à la pulsion sectaire, la série ne fait que taper du pied dans la fourmilière et observer.

Avec un casting d’une incroyable densité, une bande originale sublime, une photographie éblouissante, The Leftovers est une intention démiurgique qui redistribue les cartes, joue avec la mort et la vie, la fiction et la réalité. Où l’impossible s’accumule, et l’inconscient s’explore dans un hôtel. Où s’affronte la croyance et l’incompréhension,  la famille et le dénis. Un chef d’œuvre.

The Leftovers, saison 2  : Fiche Technique

Créateurs : Damon Lindelof, Tom Perrotta
Réalisateur: Mimi Leder
Interprétation: Justin Theroux: Shérif Kevin Garvey, Amy Brenneman: Laurie Garvey, Margaret Qualley: Jill Garvey, Chris Zylka: Tommy Garvey, Christopher Eccleston: Matt Jamison, Carrie Coon: Nora Durst, Regina King: Erika Murphy, Kevin Carroll: John Murphy, mari d’Erika, Jovan Adepo: fils d’Erika et John
Scénaristes: Damon Lindelof, Jacqueline Hoyt.
Producteurs exécutifs: Damon Lindelof, Tom Perrotta, Mimi Leder, Tom Spezialy, Peter Berg.
Co-producteurs exécutifs: Gene Kelly, Jacqueline Hoyt, Albert Berger, Ron Yerxa. Scénaristes: Damon Lindelof, Jacqueline Hoyt.
Chaîne d’origine : HBO
Format : 10 épisodes de 50 minutes