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Argentina, un film de Carlos Saura : critique

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Carlos Saura, réalisateur espagnol de renommée internationale, a déjà longuement démontré, lors de ces soixante années de carrière, son talent pour mettre en scène la danse et la musique hispanique.

Synopsis : De la Pampa aux Andes, de l’univers des indiens Mapuche á celui des villageois qui chantent leur nostalgie dans les cafés, du monde des Gauchos à celui des grandes villes d’aujourd’hui… ARGENTINA nous propose un voyage musical et sensoriel dans l’espace et le temps composé des chants, des danses et des couleurs qui font toute l’âme de l’Argentine.

Deux de ses premiers films, la Cousine Angélique et Cria Cuervos, ont remporté le prix spécial du jury au Festival de Cannes dans les années 1970. Carmen (1983) et Tango (1997) reçurent également des nominations aux Oscars. Cinq ans après Flamenco, Flamenco, Carlos Saura nous plonge au cœur des racines culturelles de l’Argentine à travers une fresque picturale et sensorielle.

Avant sa sortie en France, Argentina a été présentée dans de nombreux festivals, notamment le Festival Do Rio, l’International Antalya Golden film festival, le Festival Biarritz Amérique Latine Cinémas et Culture, le Festival Cinespana et le Festival International du Film d’Arras.

Argentina ne s’assimile pas au documentaire descriptif et informatique. Il ne se raconte pas mais se regarde. Il ne cherche jamais à expliquer mais à expérimenter et à exprimer, en faisant du spectateur le témoin direct de la scène, unique cadre et décor du film. Par touches successives, des chants, des musiques, des danses aux rythmes et aux tons multiples, composent peu à peu une peinture sensuelle et colorée d’une Argentine sublimée par sa diversité culturelle. Carlos Saura précise que « ce film est musical en soi, il n’y a pas d’argumentaires mais seulement des interprétations, de la mise en scène, de la lumière et beaucoup de respect de ma part. »

Argentina s’apprécie en effet comme une invitation au voyage et à la découverte. Le film se présente comme une succession de tableaux, à la mise en scène et à la photographie soignée, révélant chacun une part des traditions et des sources culturelles de l’Argentine. La zamba, le chacarera, la tonada, le carnavalito, le chamamé s’enchaînent ainsi en suscitant la curiosité, l’admiration et l’émotion du spectateur. Les danseurs professionnels assez exceptionnels, choisis par le réalisateur, ne font pas un faux pas. Même s’ils évoluent dans un environnement simple, le jeu de la caméra et des miroirs parviennent à magnifier leurs mouvements.

Argentina s’apprécie pleinement pour ce qu’il est, à la fois une œuvre esthétique et une ode à l’art et à la diversité. Très peu de détails sont donnés sur ces musiques et ces danses, à l’exception de quelques phrases de présentation au début du film. Le parti pris de Carlos Saura est de laisser toute la place à l’art, ce qui entretient parfois, malgré l’émerveillement, un certain mystère et une forme d’opacité à l’égard de ces représentations. Il manque peut-être, dans ce large mais sélectif tour d’horizon, un fil conducteur permettant de mieux appréhender les choix, les liens et la réunion de ces tableaux fondateurs de l’identité argentine. On conserve du film des images étonnantes et magnifiques, tout en ayant une légère d’impression d’inachevé face à un sujet aussi vaste, dont on a vu beaucoup mais appris peu.

Argentina – Bande annonce

Argentina – Fiche technique

Titre original : Zonda
Date de sortie : 30 décembre 2015 Nationalité : Argentin, espagnol, français
Réalisation : Carlos Saura Scénario : Carlos Saura
Interprétation : Chaqueno Palavecino, Soledad Pastorutti, Jairo, Liliana Herrero, Luis Salinas, Jaime Torres
Musique : Lito Vitale Photographie : Felix Monti
Chorégraphe : Pajarin Saavedra Montage : Iara Rodriguez Vilardebo, César Custodio
Production : Marcelo Schaces, Mariana Erijimovich, Alejandro Israel, Guy Amon, Stéphane Sorlat, José Velasco, Antonio Saura
Sociétés de production: Barakacine Producciones, Zebra Produccionnes S.A., Mondex Films
Société de distribution : Epicentre Films Budget : NR
Genre : Documentaire
Durée : 1h27min

La vie très privée de Monsieur Sim, un film de Michel Leclerc : critique

A la découverte du nom de Jean-Pierre Bacri au générique, l’idée d’un film stéréotypé nous vient à l’esprit : personnage bougon, acteur cabotin, comédie généralement drôle, et peut-être un peu convenu. Mais au final, le nouveau film de Michel Leclerc, la Vie très privée de Monsieur Sim, est très typé… Michel Leclerc. Le même genre d’humour féroce que dans le Nom des gens, avec son doux délire, la même forme de comédie réaliste que pour Télé Gaucho, avec son anti-héros…

Synopsis: Monsieur Sim n’a aucun intérêt. C’est du moins ce qu’il pense de lui-même. Sa femme l’a quitté, son boulot l’a quitté et lorsqu’il part voir son père au fin fond de l’Italie, celui-ci ne prend même pas le temps de déjeuner avec lui. C’est alors qu’il reçoit une proposition inattendue : traverser la France pour vendre des brosses à dents qui vont « révolutionner l’hygiène bucco-dentaire ». Il en profite pour revoir les visages de son enfance, son premier amour, ainsi que sa fille et faire d’étonnantes découvertes qui vont le révéler à lui-même…

Quand l’amer monte

Pour autant, le film est une adaptation assez fidèle et réussi du livre de Jonathan Coe « The terrible privacy of Maxwell Sim », un roman pourtant très britannique dont il a fallu transposer à peu près tout pour cette version française. Jonathan Coe, un des des écrivains contemporains les plus lus outre-Manche, au même titre et un peu dans la même veine que Nick Hornby, est reconnaissable pour sa plume très acérée et drôle sur des sujets ultra-modernes (et éminemment british !). On peut avancer sans trop se tromper que le cinéaste a du se reconnaître dans l’écrivain, et dans ce livre en particulier, tant on retrouve leurs deux univers intimement mélangés dans l’œuvre.

François Sim (Jean-Pierre Bacri, magistral, car débarrassé de -certains de- ses tics), « Sim comme la carte » aime-t-il à préciser, est un homme dépressif, incapable de communiquer normalement avec ses semblables. Sa femme Caroline (pétillante Isabelle Gélinas) l’a quitté, son employeur l’a lâché, et quand il profite d’un voyage que Caroline a acheté sur Internet un mois avant de le quitter, c’est seul, et c’est seul qu’il va monter à bord d’un avion qui va l’emmener vers les Pouilles à la rencontre de son père. Dans ces premières minutes, on le découvre très bavard, un vrai moulin à paroles étourdissant, assommant littéralement son voisin de siège (et quel voisin !), une vraie logorrhée à la hauteur de son mal-être.

Cette scène inaugurale donne le ton de cette comédie française très travaillée, à savoir un comique apporté essentiellement par les dialogues truculents à la fois de Jonathan Coe, de Baya Kasmi, la coscénariste et compagne du cinéaste, et de Michel Leclerc lui-même. Le comique traverse le film de part en part, mais également une certaine tristesse liée aux situations vécues par le protagoniste : la solitude extrême (« j’ai 70 amis Facebook» assène-t-il à son voisin), les ruses qu’il emploie pour s’immiscer dans la vie de son ex-femme, la précarité et les concessions qu’il est obligé de faire pour retrouver un travail, les mensonges et les non-dits qui ont façonné sa vie, rien ne prête à rire, vraiment…

Le film, dans le sillage du livre, est bâti comme un road-movie, en PACA et ailleurs, qui permet au cinéaste de confronter son héros à différents personnages : son père, peu désireux de lui tenir compagnie, son ex-femme qui oscille entre mépris et compassion à son égard, Luigia (la toujours très belle Valeria Golino) son amour de jeunesse qui lui a permis de découvrir quelque chose à propos de son père, et dont un carnet resté à son domicile méridional a valu à François de découvrir encore autre chose sur ce père ; des nouveaux collègues stéréotypés aux bornes de la caricature, avec une Carole Franck survoltée à leur tête -qui décidément bonifie avec l’expérience-, Poppy (Vimala Pons) et son oncle Samuel (Mathieu Amalric, faussement affable comme à son habitude), des rencontres de hasard mais d’importance qui l’emmènent à Donald Crowhurst, un navigateur amateur qui a réellement existé et qui a bâti la fin de sa vie autour d’un mensonge lié à une course autour du monde. Les parallèles entre la vie de Crowhurst et de François Sim sont en effet nombreux et évidents, et en découvrant la vie du « navigateur » dans un livre que Samuel lui a prêté, François se découvre, ou plus exactement apprend à se découvrir, et une scène où il lit ce livre comme s’il lisait en lui-même est une des plus émouvantes du film.

La vie très privée de Monsieur Sim est un beau film malgré un problème de rythme ; certaines scènes sont étirées inutilement en longueur, d’autres sont répétitives (celles avec le GPS de la 3008 Hybride flambant neuve qu’on lui a donnée pour aller vendre des brosses à dent bio : la métaphore de l’homme seul et apeuré qui a pour fiancée idéale une voix virtuelle est un peu trop surlignée, et déjà vue en mieux dans le Her de Spike Jonze)…

La vie très privée de Monsieur Sim est un film faussement joyeux. Disparu en mer, à la suite d’une folie suicidaire probablement, Donald Crowhurst a écrit dans son journal ces mots ultimes : « C’est fini, c’est fini. C’est la fin de mon jeu. La vérité a éclaté. » , des mots qui sont repris dans le film et qui résonnent étrangement quand à la fin, on découvre enfin toutes les vérités sur la vie privée de François Sim. Sans en avoir l’air, le film recèle jusqu’à son terme des rebondissements qui au lieu de faire grand bruit, s’insinuent fortuitement chez le spectateur, de manière quasiment hitchcockienne, et redonne un tout autre sens à tout ce qui vient d’être vu. Une mise en scène très intelligente dont la paternité est davantage à attribuer à Jonathan Coe, car on retrouve les mêmes ressorts scénaristiques dans le livre, mais que Michel Leclerc a réussi à transposer dans son film. Malgré ses défauts, une des meilleures comédies françaises de 2015.

La vie très privée de Monsieur Sim – Bande annonce

La vie très privée de Monsieur Sim – Fiche technique

Titre original : –
Date de sortie : 16 Décembre 2015
Réalisateur : Michel Leclerc
Nationalité : France
Genre : Comédie
Année : 2015
Durée : 102 min.
Scénario : Jonathan Coe (roman), Michel Leclerc, Baya Kasmi
Interprétation : Jean-Pierre Bacri (François Sim), Isabelle Gélinas (Caroline), Vimala Pons (Poppy), Sixtine Dutheil (Lucy), Christian Bouillette (Jacques Sim), Vincent Lacoste (Jacques Sim (20 ans)), Félix Moati (Francis), Carole Franck (Audrey), Mathieu Amalric (Samuel), Valeria Golino (Luigia)
Musique : Vincent Delerm
Photographie : Guillaume Deffontaines
Montage : François Gédigier
Producteurs : Caroline Adrian, Fabrice Goldstein, Antoine Rein
Maisons de production : Delante Films, Karé Productions, Rhône-Alpes Cinéma, France 2 Cinéma, Mars Films
Distribution (France) : Mars Distribution
Récompenses : –
Budget : –

 

 

Le dernier jour d’Yitzak Rabin, un film d’Amos Gitai: Critique

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Quelques mois après la sortie de son film précédent, le très austère et minimaliste Tsili adapté d’un roman d’Aharon Appelfeld, Amos Gitaï fait un virage stylistique radical en proposant une œuvre se voulant plus facilement accessible.

Synopsis : Le 4 novembre 1995. Yitzhak Rabin, Premier ministre israélien, qui avait obtenu l’année précédente le Prix Nobel de la paix grâce à ses négociations ayant abouti aux accords d’Oslo, est froidement abattu de trois balles. Retour sur cet assassinat, ses causes et ses conséquences.

Une enquête aussi falsifiée que ce film à thèse

Toujours soucieux de dépeindre son pays, Israël, sous toutes ses facettes, le réalisateur de Kippour et Free Zone revient, vingt ans plus tard, sur un événement qui en a bouleversé la (courte) histoire. Le choix d’aborder le meurtre du premier ministre Yitzhak Rabin en prenant pour point de départ l’enquête qui l’a suivi n’est évidemment pas sans rappeler le processus avec lequel Oliver Stone avait élaboré son JFK en 1991, mais la façon dont Gitaï a conçu son film est bien différente de l’enquête que menait Kevin Costner sur l’homicide de Kennedy. En   mêlant des images d’archives à des reconstitutions, le cinéaste s’assure une indiscutable caution de vérité.

L’interview de Shimon Peres qui revient sur l’assassinat de Rabin, dont il était très proche (ils avaient gagné le Prix Nobel ensemble, avec Yasser Arafat, le troisième négociateur, en 1994) qui ouvre le long-métrage lui offre l’aura de respectabilité de celui qui est le dernier père fondateur encore en vie de l’État d’Israël. Puis débute l’enchainement d’archives et de fictions documentées avec les images du meurtre en lui-même puis, pendant environ une heure, une succession de scènes nous faisant vivre les réactions d’un peuple en état de choc et les conférences de presse évasives d’une Police dépassée par les événements, des images qui nous renvoient immanquablement au traumatisme qu’a vécu la France en novembre dernier. Mais apparait aussitôt une scission au sein de la population israélite puisque beaucoup d’entre eux ne pleurent pas celui qui prônait la réconciliation israélo-palestinienne, mais au contraire célèbrent la mort de celui qu’ils qualifient de traitre au sionisme. La seconde moitié du film se concentrera davantage sur l’enquête menée par la commission Shamgar qui, plutôt que de rechercher les véritables instigateurs du drame, vont se focaliser sur les défaillances du système de sécurité l’ayant permis.

Comme bien souvent, le gros défaut de Gitaï est de tenir un discours trop appuyé car, dès l’instant où il montre des images des meetings du parti d’opposition, le Likkoud, en faisant apparaitre ses militants comme des gens uniquement mus par la haine assimilables à des fascistes et où il imagine une réunion de ses dirigeants en faisant d’eux d’infâmes manipulateurs, son parti-pris devient bien trop pesant. Et, dès lors que l’on a compris que l’enquête de la commission n’est qu’un simulacre de justice ourdi par des institutions qui ne veulent pas voir la vérité en face, faire se suivre les interrogatoires des témoins du meurtre ne sert plus qu’à étirer vainement la durée du film dans un rythme rébarbatif. En dehors du dernier quart d’heure, qui permet de comprendre l’endoctrinement de Yigal Amir et se conclut par un plan séquence subtil et maitrisé (même si le cadreur a eu du mal à tenir le point tout du long), toute la partie reconstitution souffre d’un manque d’enjeux rédhibitoire. En découle un soi-disant thriller judiciaire bien trop bavard et théâtral aussi épuisant qu’inoffensif. La partie documentaire est en revanche plus captivante dans la façon dont Gitaï met en place son brûlot visant frontalement Benyamin Netanyahou. L’interview de la veuve Leah Rabin clôt cette partie en lui assurant, cette fois, une profonde émotion. La façon dont le réalisateur se sert des images pour donner du poids à son pamphlet politique s’apparente au travail contesté que fait Michael Moore, lui faisant perdre beaucoup de sa crédibilité.

Beaucoup trop long et rarement passionnant, Le dernier jour d’Yitzhak Rabin ne tente jamais de résoudre la moindre énigme complotiste puisque Gitai semble persuadé d’en avoir la clef et en profite pour illustrer ses opinions politiques d’une manière si peu subtile qu’elle ne convaincra que ceux qui les partagent déjà.

Le dernier jour d’Yitzhak Rabin : Bande-annonce

Le dernier jour d’Yitzhak Rabin : Fiche technique

Titre original : Yitzhak Rabin, the last day
Date de sortie : 16 décembre 2015
Nationalité : Israël
Réalisation : Amos Gitaï
Scénario : Amos Gitaï, Marie-Jose Sanselme
Interprétation : Ischac Hiskiya (Président de la Commission), Pini Mitelman (Membre de la Commission), Einat Weizman (Avocate de la Commission), Tomer Sisley (Chauffeur de Rabin), Michael Warshaviak (Membre de la Commission)…
Musique : Amit Poznansky
Photographie : Eric Gautier
Direction artistique : Miguel Merkin
Montage : Yuval Orr, Tahel Sofer, Isabelle Ingold
Sociétés de production : Thibault Grabherr, LGM Cinema, France 2 Cinéma, Les Films du Worso…
Sociétés de distribution : Sophie Dulac
Genre : Thriller, documentaire, drame
Durée : 180 minutes

Rosalie Blum, un film de Julien Rappeneau: Critique

Synopsis : Vincent Machot (interprété par Kyan Khojandi) connaît sa vie par cœur. Il la partage entre son salon de coiffure, son cousin, son chat, et sa mère (Anémone) bien trop envahissante. Mais la vie réserve parfois des surprises, même aux plus prudents… Il croise par hasard Rosalie Blum (Noémie Lvovsky), une femme mystérieuse et solitaire, qu’il est convaincu d’avoir déjà rencontrée. Mais où ? Intrigué, il se décide à la suivre partout, dans l’espoir d’en savoir plus. Il ne se doute pas que cette filature va l’entraîner dans une aventure pleine d’imprévus où il découvrira des personnages aussi fantasques qu’attachants. Une chose est sûre : la vie de Vincent Machot va changer…

            À l’occasion des 10 Ans du Cinémovida d’Arras, nous avons pu assister à deux avant-premières, celle de Les Premiers les Derniers de Bouli Lanners que nous avons pu aussi rencontrer, et aujourd’hui, ce lundi 14 décembre 2015, celle de Rosalie Blum de Julien Rappeneau dont la sortie publique est programmée le 23 mars 2016.

La reine « inconstance » et la petite surprise

            Le film conte une énième histoire de rencontre humaine qui occasionnera notamment une rencontre amoureuse. Les personnages trainent tous derrière eux un passé plus ou moins difficile à porter. S’il est censé être une comédie, Rosalie Blum a tout d’un drame, dans son intrigue, dans l’interprétation de ses personnages souvent graves, beaucoup préoccupés consciemment / inconsciemment par leur passé trouble, particulièrement porté par les liens familiaux. On pourrait répondre à cela en expliquant que la présence du personnage du colocataire incarné par Philippe Rebot qu’on retrouve ici après l’avoir vu dans Les Premiers, Les Derniers (Bouli Lanners, 2016) à la précédente avant-première. Mais sa présence amène à penser à tout autre chose : le fait qu’un acteur peut être formidable chez un cinéaste et médiocre chez un autre. Son personnage est grotesque dans le sens noble du terme, mais hélas aussi dans son sens vulgarisé soit ridicule. Il est dans un surjeu, heureusement inconstant ; il se révélera formidable lorsqu’il en fera très peu. On pense à ce bref moment où le personnage d’Aude – interprétée par Alice Isaaz – mélancolique, ira s’allonger dans ses bras doucement, calmement.

           L’inconstance caractérisera aussi la structure même du film. Le réalisateur nous dévoile d’abord un morceau de la chronologie du point de vue de Vincent. Ce point de vue est souligné par le discours du personnage en voix-off. Fondu au noir, le nom du personnage Aude, et son le récit redémarre, de son point de vue bien sûr. On découvre alors que Rosalie sait qu’elle est suivie par Vincent, et elle charge sa nièce Aude de suivre Vincent. La nièce accepte la tâche et l’accomplira avec ses deux folles amies, deux véritables clichés sur pattes : la fille colérique et nihiliste mais qui peut avoir de bonnes idées parfois, et une autre hyper excentrique aux idées farfelues mais drôle, touchante et parfois elle aussi ingénieuse. Aude, elle, est la jeune femme incomprise par ses parents, perdue, qui cherche à nouer des liens familiaux avec sa tante underground, ainsi éloignées toutes les deux de la bourgeoisie familiale. Elle cherche aussi l’amour, un type bien, car elle en a marre d’enchaîner des relations douteuses avec des garçons qui le sont tout autant. Mais l’actrice réussit à dépasser le stéréotype féminin, ou arrive à passer outre le cliché, pour livrer une interprétation plus fine que l’écriture du personnage. Alice Isaaz a cette douceur, cette lumière, cette grâce dans le regard, dans ses mouvements, qui tendent à rendre Aude plus subtile, plus complexe. Khojandi a aussi un jeu empli de doute qui le rend fragile, perdu, et parfois étonné et passionné, comme un enfant. Et bien que Lvovsky montre ce qu’elle sait faire (une femme à la quarantaine bien avancée ou cinquantaine débutée, brave, fragile, aimante, et douce malgré un passé difficile) et qu’Anémone prouve qu’elle sait jouer une personne âgée usante et méchante (à l’instar de Tati Danielle), le casting et l’interprétation relativement moyenne du film ne sauvent pas le récit de figures stéréotypées voire de clichés, ni la forme véritablement inconstante de celui-ci.

            En effet, après la vision d’une même histoire par les points de vue des deux personnages, une fermeture au noir et une ouverture en fondu nous amènent face à Rosalie, qui occupe l’espace sonore par sa voix-off. La temporalité est ambiguë, son récit a-t-il lieu après ou dans l’histoire déjà contée ? Tout-à-coup la voix n’intervient plus. Et l’on revient sur les personnages d’Aude et Vincent. Les brèves rencontres complotées par Rosalie et qui entêteront Vincent auront d’ailleurs lieu du point de vue du garçon coiffeur. Il n’y aura donc pas de troisième partie de l’histoire redécouverte à travers le personnage de Rosalie, celle-ci fera chronologiquement suite à l’histoire déjà par deux fois vue et entendue, et elle fait passer le film Rosalie Blum dans un récit linéaire. Il s’agira en effet de suivre non plus un personnage puis un autre, mais un duo et enfin le trio. Ainsi la construction du récit s’en trouve perturbée, s’il fallait progresser chronologiquement, cela aurait pu se faire via le point de vue d’un personnage comme dans la trilogie Pusher (Nicolas Winding Refn, 1996-2005), dans laquelle chaque volet nous fait vivre une histoire du point d’un personnage, les épisodes suivants nous contant ainsi la suite chronologique via les points de vues de deux autres protagonistes. D’ailleurs l’œuvre à l’origine du film, le roman graphique Rosalie Blum de Camille Jourdy, a été créée en trois tomes.

On sait qu’il est difficile de préserver l’efficacité dans un film construit avec une histoire contée par différents points de vue isolés les uns des autres dans des parties qui leurs sont propres. D’ailleurs, le film a paru très long, très mou, alors que le rythme des images, des sons et l’enchaînement des actions sont assez rapides. Et la construction globale de Rosalie Blum est au final plus que douteuse. On pourrait même aller jusqu’à parler d’échec narratif qui atteindra son point culminant avec la dernière scène du film, scène dévoilant le pourquoi d’images abstraites qui occupent les rêves de Vincent. La découverte se fait cependant au dernier plan et non au fil des rêves qui restent abstraits. Et les éléments de la scène nous étant majoritairement inconnus, il s’agit véritablement d’une surprise, d’un twist final didactique, qui nous fait d’ailleurs replonger dans un passé très éloigné de la chronologie globale du récit pour comprendre le début de celle-ci, faisant ainsi de Rosalie Blum une boucle. Mais ce twist inattendu nous apparaît comme malvenu à ce moment précis du film au récit redevenu linéaire.

            Rosalie Blum n’est pas un mauvais film, mais il n’est pas un bon film, il tient plus du téléfilm d’une qualité moyenne supérieure que du film de cinéma. Il faut dire aussi que visuellement, le film n’est pas extraordinaire, il n’a pas de particularité propre à lui, de personnalité, même si l’histoire et les personnages – figures de la bande dessinée de Camille Jourdy dont le film est l’adaptation – sont formidables. Leur potentiel visuel n’a pas été exploré, car le réalisateur n’a pas signé un travail visuel du récit graphique de Jourdy comme Chabat a pu le faire avec AstérixDommage… Relativisons toutefois en disant que le premier film de Julien Rappeneau en tant que réalisateur n’est vraiment pas un échec, bien au contraire. Enfin, justement, peut-être en attendions-nous trop de ce cinéaste scénariste de Cloclo, des deux films Pamela Rose de et avec Kad et Olivier et aussi de 36 Quai des Orfèvres ?

            Nous vous invitons à en apprendre plus concernant le film dans l’article de notre rencontre avec le réalisateur et scénariste Julien Rappeneau.

Ci-dessous, la présentation du film et la rencontre avec le casting,

rapides mais efficaces par France 3 :

Ci-dessous, la bande-annonce du film :

Fiche Technique: Rosalie Blum

Réalisation : Julien Rappeneau
Scénario : Julien Rappeneau, d’après l’œuvre de Camille Jourdy
Casting : Noémie Lvovsky, Kyan Khojandi, Alice Isaaz, Anémone, Philippe Rebbot
Directeur de la photographie : Pierre Cottereau
Montage : Stan Collet
Musique : Martin Rappeneau
Décors : Marie Cheminal
Costumes : Isabelle Pannetier
Producteurs/trices : Michaël Gentile, Charles Gilibert
Production : The Film, GG Cinéma, France 2 Cinéma
Distribution : SND
Date de sortie : 23 Mars 2016

Suburra, un film de Stefano Sollima : Critique

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Synopsis : La Suburra, quartier malfamé de Rome, est le théâtre d’un ambitieux projet immobilier. L’État, le Vatican et la Mafia sont impliqués. En sept jours, la mécanique va s’enrayer : la Suburra va sombrer, et renaître.

S’ils ne sont pas portés par de grands réalisateurs ou par de grands acteurs, les films italiens ont du mal à être distribués en France. S’ils le sont, il est notable de souligner que les thèmes ou faits abordés sont souvent les mêmes : politique, corruption, affaire policière ou mafia. Parallèlement, les films allemands distribués en France connaissent le même sort et aborderont majoritairement la Seconde Guerre Mondiale, le destin d’Hitler ou encore la Résistance.
Suburra de Stefano Sollima, réalisateur de A.C.A.B : All Cops are Bastards (également avec Pierfrancesco Favino) et créateur de la série Gomorra, n’échappe pas à la règle en se fondant sur une affaire de vote d’un projet immobilier, dans lequel l’état, le Vatican mais également la Mafia vont se retrouvés enlisés.

La bande-annonce donnait à voir un surplus de violences qui ne pouvait qu’annoncer vices corporelles, tortures et règlements de compte. Impossible d’y échapper en traitant de la Mafia, et pourtant, Stefano Sollima ne plonge pas dans une apologie de la violence, ou dans un univers où seule la violence fait loi. Certes, ça résonne de partout, ça tire 8 balles dans la cage thoracique pour venir à bout de l’adversaire, mais les phases de dialogues, pouvant être parfois complexes si l’on perd le fil narratif, viennent apaiser les tensions, plus que palpables, et donnent un cachet à l’ambiance du film, ainsi qu’au jeu des acteurs. Une scène de sexe à l’hôtel, entre Pierfrancesco Favino et deux prostitués, gêne et marque l’esprit par son réalisme grâce à une caméra qui place le spectateur en voyeur, multipliant les effets visuels afin de plonger le spectateur dans un monde orgiaque.
En mêlant différents mondes, qui se révèlent être étroitement corrélés, Stefano Sollima, par l’écriture d’une narration qui peut sembler décousue, mais qui s’avère complexe, fait le pari d’instaurer des véritables portraits de personnages. Alors qu’un politicien trompera sa femme, on assistera, à l’autre bout de Rome, à la vie de famille de Manfredi Anacleti, parrain d’une mafia qui sait se faire respecter. Même si chacun a une place définie et légitime, tous les personnages ne parviennent pas à convaincre, certains arrivant « comme un cheveu sur la soupe », avec une mention pour Jean-Hugues Anglade, petit frenchie du casting, qui débarque en Cardinal. Dur d’exprimer avec clarté et précision le rapport du Vatican face aux faits racontés, même si les intertitres, qui ponctuent le film comme des chapitres, sont là pour nous rappeler le contexte religieux de cette période.
Pierfrancesco Favino convainc mais n’interpelle plus, ce dernier enchaînant des rôles similaires à celui du personnage qu’il endosse dans Suburra, depuis plusieurs années. Elio Germano et Alessandro Borghi ont, quant à eux, la « tête de l’emploi ». Borghi est le parfait petit caïd qui souhaite faire mieux que son père,
mais qui se conduit seul vers la mort, alors que Germano incarne parfaitement ce politicien qui se retrouve malgré lui dans un univers qui l’effraie.
Toutefois, Suburra n’est pas constamment passionnant. Les va-et-vient entre groupes de mafieux, vie de politiciens ou familles fatiguent et énervent, donnant l’impression que le réalisateur n’a pas su se concentrer sur un fait précis. Avec ce parti pris, le jeu spatio-temporel de Stefano Sollima est réussi, mais à la longue, il lasse, la narration étant basée uniquement sur cette alternance.

Mais l’intrigue parvient tout de même à fonctionner grâce à une réalisation lêchée, qui immerge le spectateur dans le monde véreux dépeint par le réalisateur. Certaines s’avèrent brillantes, comme celle du bad (crise de larmes) de Viola, ou encore cette de la fusillade dans le supermarché. Le montage dynamise les actions et intensifie les diverses tensions. Sollima fait également des choix de cadre omniscient, créant ce suspense vis à vis du sort de certains personnages.
Pour accompagner l’image, c’est M83 qui se charge de la bande originale, qui s’avère être une réussite, bien qu’un peu récurrente, le film n’utilisant que deux ou trois morceaux au mieux.
M83 met en musique un univers noir, mais le groupe d’électro – d’origine française ! – sublime les plans qu’il touche. Une fois de plus, le montage se présente comme une des tâches les plus abouties du film.

Suburra s’offre au spectateur comme un film de genre, mélant affaire politiques, corruptions et règlements de compte. Même si l’ensemble du casting ne parvient pas à convaincre, Stefano Sollima, par un montage solide et une réalisation réfléchie, offre une œuvre qui vaut le coup d’oeil, même si elle se repose sur des acquis scénaristiques du cinéma policier italien.

Fiche technique : Suburra

Date de sortie : 9 décembre 2015
Nationalité : Italien, Français
Réalisation : Stefano Sollima
Scénario : Stefano Rulli, Giancarlo de Cataldo, Sandro Petraglia, Carlo Bonini
Interprétation : Pierfrancesco Favino, Elio Germano, Claudio Amendola, Alessandro Borghi, Greta Scarano…
Musique : M83
Photographie : Paolo Carnera
Décors : Paki Meduri
Montage : Patrizio Marone
Producteurs : Marco Chimenz, Giovanni Stabilini, Ricardo Tozzi
Société de distribution (France) : Haut et Court
Genre : Thriller, Drame, Judiciaire
Durée : 135 minutes

Little Darlings : 2 super-héroïnes débarquent sur MTV

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Little Darlings : deux super-héroïnes dans la future série sombre et provocante de MTV !

La série Little Darlings est une comédie noire centrée sur un duo improbable de copines qui décident de rendre la justice sur leur campus en bottant (littéralement) les fesses des coupables ! D’un côté il y a Jules, la fille idéale, BCBG, membre d’une fraternité le jour mais qui se change en justicière une fois la nuit tombée. De l’autre il y a Ophelia, une surdouée hackeuse et anarchiste. Elle travaille dans un magasin de disques vintage et vend de l’herbe à ses heures perdues. Lorsque leurs routes se croisent après la mort « accidentelle » d’un violeur, Ophelia réalise que Jules pourrait devenir la parfaite Batgirl qui protégerait Princeton. Elle décide alors de s’associer à elle en tant que Robin.

Little Darlings : une série « unique et provocante »

Créée par l’actrice Jennifer Kaytin Robinson (The Samurai of Strongsville Ohio) qui a décidé de se lancer dans l’écriture, Little Darling promet beaucoup d’humour noir et d’action. La chaîne MTV est très emballée par ce choix original et moderne : « Ces styles de comédies uniques et provocantes sont le moyen idéal pour nous d’élargir notre ardoise existante », a déclaré Lefevre, vice-président exécutif. Le casting est assez séduisant : Eliza Bennett (Nanny McPhee, Strike back) incarnera Jules tandis que la fille de Bryan Cranston, Taylor Dearden (Breaking Bad) interprétera la terrible Ophelia. Katie Chang (The Bling Ring), Nick Fink (Glee) et Brandon Mychal Smith (You’re The Worst) entoureront quant à eux ce duo de choc et de charme.

Dans les coulisses, Amanda Lasher (Gossip Girl) a rejoint l’équipe de Little Darlings en tant que showrunner, et Rebecca Thomas (Electrick Children) dirigera le pilote. Ce premier épisode de la série sera diffusé en Septembre 2016 sur MTV.

Béliers, un film de Grimur Hàkonarson : Critique

L’Islande est un territoire de prime abord plutôt hostile à l’existence quotidienne. Au-delà des rares villes, la densité de population reste faible dans ce territoire sauvage. Sous ces hautes latitudes, le froid et le vent règnent sans partage, secondés avec force par la neige.

Synopsis : Dans une vallée isolée d’Islande, deux frères qui ne se parlent plus depuis quarante ans vont devoir s’unir pour sauver ce qu’ils ont de plus précieux : leurs béliers.

Le mouton est la plus belle conquête de l’Homme

Si ce n’est pas un tableau de rêve pour ceux qui souhaitent des vacances reposantes, il y a pourtant des irréductibles qui vivent ici à l’année, dans ces grandes étendues d’herbe rase qui ressembleraient à s’y méprendre à la toundra. Ce film, c’est d’abord une histoire ancrée dans ce pays, avec ceux qui y vivent, des personnages à l’image de ces paysages. Ceux et celles que vous allez croiser ici ont la peau tannée comme le cuir, les mains noueuses, ils sont taciturnes et farouches. Mais ils sont animés du même amour ardent pour leur bien le plus précieux : leurs moutons et plus précisément leurs béliers.

La lecture de ces quelques lignes pourraient être l’introduction à un film documentaire, et si Béliers est bien une fiction, l’absence d’emphase, la sobriété tant dans la mise en scène que dans la direction d’acteurs peut évoquer à certains égards le cinéma documentaire. L’intrigue nous plonge in medias res dans le quotidien d’un éleveur de ces robustes moutons d’Islande. On voit l’homme préparer un animal qui apparaît comme son bélier favori pour emmener vraisemblablement la bête à un concours. Très vite, ses gestes sont redoublés par un autre personnage, ressemblant étrangement à notre premier éleveur : un grand barbu hirsute échevelé. Les deux hommes occupent des propriétés quasiment contiguës, lorsqu’ils quittent les lieux, chacun sur leur quad tout terrain avec leur bélier respectif solidement attaché dans un side car de fortune, on comprend que les deux alter ego se connaissent et ne s’aiment pas. La grande force de cette séquence, c’est de parvenir à introduire une intrigue avec une telle économie de dialogue, en faisant confiance à ce qui se passe à l’image et à l’acuité du spectateur. Le mystère est rapidement levé lors du dit concours, rassemblant les éleveurs de la vallée : les deux hommes sont frères, deux frères ennemis qui ne s’adressent plus la parole depuis des années. Le réalisateur Grimur Hàkonarson va dans un premier temps exploiter cette caractéristique de son scénario pour créer un comique de situation, pour dépeindre l’aporie dans laquelle se trouvent les deux frères, Gummi et Kiddi. En appuyant cette introduction sur les règles du burlesque, le cinéaste évite l’apport de détails qu’aurait suscité les dialogues, et par là même, il ne charge pas d’emblée son film émotionnellement en choisissant de ne rien dire sur l’origine de la dispute.

L’élément perturbateur arrive vite (dans la première demi-heure de film) : Gummi décèle chez le bélier vainqueur appartenant à son frère les signes d’une maladie très contagieuse et incurable, la tremblante. Les services sanitaires prévenus prévoient l’abattage de tous les troupeaux de la vallée, pour éviter la propagation de la maladie. Ce nouvel élément scénaristique aurait pu être l’occasion de créer un mouvement de révolte parmi les éleveurs de la région, mais la question est vite évacuée par Hàkonarson qui ne cherche pas à mettre en scène le groupe mais l’homme seul, et à terme le duo. Les moutons sont donc abattus, à partir de cet instant le film n’aurait plus eu de raison d’être, Gummi a donc désobéi aux autorités et conservés une dizaine de bêtes dans sa cave, pour préserver cette lignée, ses animaux qu’il aime par dessus-tout. La suite de l’intrigue se cristallisera autour de ses dix moutons entre les deux frères, d’abord sujet de discorde et rapidement de recréation d’un lien qui n’existait plus.

Le film est court, sec, un peu âpre mais drôle aussi, un genre de fable de la Fontaine autour de la grandeur et des bassesses de l’Homme. C’est un objet bien surprenant que nous offre ici Grimur Hàkonarson, il est toujours très plaisant de pouvoir découvrir un film prenant des chemins de traverses scénaristiques plutôt que de s’engager dans les voies bien pavées mais bien usées à force d’être empruntées.

Bande annonce- Béliers 

Fiche technique – Béliers 
Islande
Genre : Comédie dramatique ovine
Réalisé par : Grimur Hàkonarson
Distribution : Sigurður Sigurjónsson (Gummi), Theodór Júlíusson (Kiddi), Charlotte Bøving (Katrin), Jon Benonysson (Runólfur), Gunnar Jónsson (Grímur )
Photographie : Sturla Brandth Grøvlen
Montage : Kristján Loðmfjörð
Musique : Atli Örvarsson
Produit par : Grímar Jónsson et Jacob Jarek
Distribué par : ARP Sélection
Date de sortie : 9 décembre 2015

Une Femme dans la Tourmente, un film de Mikio Naruse: Critique

L’Histoire du cinéma doit sa pérennité et sa longévité à une constante qui ne s’est jamais démentie dans son architecture. Les théoriciens l’ont régulièrement décrypté à coups de savants ouvrages plus ou moins hermétiques, tandis que leurs homologues cinéastes la traduisaient avec ce qui constitue l’essence même d’une mise en scène : l’esthétique des images.

Synopsis: Reiko, veuve de guerre qui s’occupe du petit commerce de ses beaux-parents, voit son avenir menacé par l’ouverture prochaine d’un supermarché dans le quartier. C’est alors que Koji, son beau-frère, revient à la maison après avoir quitté son emploi à Tokyo…

Celle-ci s’est forgé différentes identités selon les époques et les nationalités. Sans remonter à l’invention du dispositif cinématographique sous l’égide de Georges Melies et, plus tard, son perfectionnement par les frères Lumière, nous pouvons constater deux mouvements majeurs qui permirent son éclosion. La Nouvelle Vague Française au début des années 60 par Truffaut, Godard, Rhomer et Chabrol. Laquelle fut suivie peu après par la déferlante du Nouvel Hollywood des Coppola, Cimino, Bogdanovich et autre De Palma en pleine révolte Vietnamienne. Le mouvement essaima alors dans le monde entier et fit le pari que le renouveau d’un 7ème art moribond retrouverait sa splendeur d’antan.

Quel est l’utilité de ce bref rappel? Présenter un film jusqu’alors inédit dans les salles hexagonales, de Mikio Naruse, esthète japonais au même titre que ses glorieux compatriotes Oshima, Ozu ou Mizoguchi. Plus proche de la mouvance réaliste de ce dernier, il aime à portraiturer une société impérialiste déchue de sa force au sortir de la Seconde Guerre Mondiale. Loin de l’anecdote, ce détail préfigure une volonté de retranscrire une identité nationale pacifiste. Le cas de  Une Femme dans la Tourmente est à cet égard très intéressant. Comme dit plus haut, l’archipel n’échappe pas à l’hégémonie visuelle qui compte marquer les esprits.

Voyez la splendeur des cadres composés qui font rejaillir l’éclat des visages et la méticulosité des décors. Veuve de guerre s’occupant d’un petit commerce dans un quartier populaire, Reiko ne sait comment faire face à la concurrence déloyale du nouveau supermarché avoisinant. Difficulté supplémentaire, son jeune beau-frère est un indécrottable paresseux qui se contente de vivre à ses crochets. Intelligent mais cynique, il est de plus couvé par sa grand-mère et ses sœurs. Ce point de départ suffit à Naruse pour démontrer que la reconstruction économique des villes isolées est grandement perturbée par l’essor d’une industrie commerciale inéquitable. Propre à toutes les nations ravagées, elle est ici opérée irraisonnablement et cloisonne encore un peu plus la classe moyenne. Fort de cette base scénaristique solide, il sait appuyer son point de vue par une réalisation remarquable. Tourné sous l’angle du mélodrame, l’attention portée aux émotions des personnages permet de s’identifier à eux aisément. La grammaire technique est au diapason. Gros plans fixés sur les figures pour souligner l’immense désarroi qui les étreint, la caméra sait se mettre à bonne distance des protagonistes lorsque l’intimité des situations le demande. Le grain en noir et blanc de la pellicule accentue également l’élégance d’un film au pouvoir d’attraction fascinant. La partition sonore participe de cette réussite, donnant à bon escient la mesure structurelle qui renvoie aux différentes étapes de la narration.

Le choix s’avère judicieux de débuter par un récit essentiellement sociologique pour mieux poursuivre dans la veine tragique. En effet, le processus garantit des rebondissements qu’un axe plus tranché n’aurait peut-être pas permit d’atteindre. Nous découvrirons quel rapport ambigu entretient la commerçante avec le brillant jeune homme. Et par quelle astuce schématique la relation que l’on pressent convenue ouvre un horizon inattendu. Sans en dévoiler la teneur, révélons juste le caractère particulier de Koji. Sous son air négligeant semble se dessiner l’anticonformisme de la jeunesse qui refuse de se plier aux ordres. Il finira bien par lâcher un peu du lest mais dans un but bien précis. Peu connu pour être un militant de la première heure, il se pourrait que cette évocation rebelle signe un geste idéologique nouveau pour le réalisateur nippon.

A l’image du long-métrage de son compère Mizoguchi La Rue de la Honte, Naruse allie harmonieusement la symbolique de l’image à la rigueur narrative. En résulte une ode poétique magique que quelques ralentissements ressentis ça et la n’altèrent pas le moins du monde. Difficile d’oublier de sitôt la grâce qui illumine les performances de Hideko Takamine et Yuzo Kayama. La restauration du patrimoine mondial à décidément de beaux jours devant eux.

Bande annonce – Une femme dans la tourmente

Une Femme dans la Tourmente – Fiche Technique

Titre original : Midareru
Réalisateur : Mikio Naruse
Scénario : Zenzo Matsuyama
Acteurs : Hideko Takamine, Yuzo Kayama, Mitsuko Kusabue, Kumeko Urabe, Yûzô Kayama, Hideko Takamine, Aiko Mimasu, Mitsuko Kusabue
Distribution : Les Acacias
Nationalité : Japonais
Durée : 1h38
Genre : Drame
Date de sortie : 1964
Durée : 1h38mn
Date de sortie : 9 décembre 2015

Homeland : Irak année zéro, un film d’Abbas Fahdel: Critique

Pour de nombreux cinéastes, faire des films relève d’un besoin viscéral qui va au-delà du plaisir cinéphilique. De ce point de vue, le cinéma reste encore une forme d’art militant, plus qu’il n’est un divertissement. Je ne parle pas de cette frange du cinéma bien spécifique qui a accompagné les luttes sociales, mais de ces films qui font date parce que les personnes qui les font ont l’audace et la ténacité de mener à terme un projet non consensuel. Homeland : Irak année zéro participe de ces œuvres qui ne pouvaient pas ne pas exister, au vu de ce que ce film représente aux yeux de son auteur.

Synopsis : Homeland : Irak année zéro du cinéaste irakien Abbas Fahdel est une fresque puissante qui nous plonge pendant deux ans dans le quotidien de sa famille peu avant la chute de Saddam Hussein, puis au lendemain de l’invasion américaine de 2003.

« Je devais faire ce film, même si personne ne le voyait, je devais faire ce film. »

Abbas Fahdel

Abbas Fahdel, est un réalisateur franco-irakien qui a suivi des études de cinéma en France. Dans ses films, il prend le pouls de sa terre natale, secouée depuis trois décennies par des conflits à répétition qui semblent ne jamais devoir s’arrêter. L’Irak d’aujourd’hui est plongé dans une guerre qui n’a pas de nom et pas d’images, si ce n’est celles que l’on reçoit ponctuellement lorsqu’un attentat retentissant vient frapper un pays exsangue. Fahdel ne vit pas en Irak mais une grande partie de sa famille demeure à Baghdad. Il n’était pas au Moyen-Orient quand s’est déclarée la première guerre du Golfe, et il a souffert de ne pas pouvoir être auprès de ses proches. En 2002, l’imminence d’un nouveau conflit entre l’Irak et les États-Unis amène Fahdel à retourner dans son pays d’origine pour être là et témoigner, caméra au poing, sans bien savoir encore ce que sera le devenir de ses images. L’idée d’un film est déjà là, mais bien sûr personne ne peut présumer de la tournure qu’il prendra : on sent que la guerre est proche mais on ne peut pas en dessiner les contours. Au début de l’année 2003, Abbas Fahdel rentre en France, et le 20 mars de la même année, l’invasion américaine commence. Il lui faudra attendre la chute de Baghdad en mai 2003 avant de pouvoir retourner sur les lieux et filmer, autant que possible. Cette caméra qui se voudrait omnisciente ne tombe pourtant jamais dans la monstration obscène que donne parfois à voir le reportage télé. Fahdel filme l’humain qui vit, agit, pense et parle et évite l’écueil compassionnel dans lequel il est si facile de tomber en ne choisissant de ne montrer que des images propres à éveiller la terreur et la pitié, le genre d’images qui nous plongent dans un état d’épuisement émotionnel sans jamais nous laisser l’opportunité de réfléchir. On sent dans le geste du cinéaste une volonté d’offrir une tribune à tous ceux qu’il filme, un espace pour s’exprimer : la démocratie par le cinéma.

Cette œuvre monumentale qu’est Homeland : Irak année zéro a l’ampleur d’une fresque. Le film est composé en deux parties de près de trois heures chacune. Dans la première, intitulée « Avant la chute », Abbas Fahdel se concentre sur sa famille, le film est presque exclusivement tourné en intérieur. La guerre se précise, on s’y prépare, d’un côté on creuse un puits en prévision des coupures d’eau à venir, de l’autre on va chercher les rations alimentaires pour se prémunir d’éventuelles pénuries alimentaires. Les adultes appréhendent ce conflit à venir, eux qui ont connu la première guerre du Golfe, les enfants jouent à la guerre comme tant d’autres à travers le monde tout en ayant par moment la gravité de ceux qui comprennent que rien ne sera plus comme avant.

Le cinéaste est particulièrement attentif à la parole portée par les enfants, les plus jeunes qui n’ont connu que Saddam au pouvoir et pour lesquels la guerre a des airs de récit mythologique. L’un des personnages principaux est le neveu du réalisateur, Haidar, un jeune garçon de douze ans. On suivra cet enfant volubile et curieux dans son voyage initiatique au bout de l’enfer durant les cinq heures que dure le film. Chacune des séquences qui mettent en scène des enfants agissent comme un contrepoint à celles dédiées aux adultes. La résilience des plus jeunes donne lieu à des scènes hallucinantes : dans une zone bombardée par les forces américaines, les enfants font l’inventaire des douilles et autres munitions répandues au sol et sont capables de donner le type d’arme à laquelle elles sont associées mieux que n’importe quel expert de l’armée. S’en suit un simulacre de photo de classe macabre, dans laquelle les enfants posent à côté des armes.

La seconde partie du film intitulée « Après la bataille » est résolument tournée vers l’extérieur. C’est la citoyenneté, le rapport au pays et à la société qui sont interrogés. Face à un État qui se délite, le désarroi initial a laissé place à une colère sourde qui monte parmi toutes les franges de la population et divise les habitants. A nouveau, en permettant à ceux qu’il rencontre de s’exprimer, on prend conscience de la complexité de la situation. Pas de manichéisme, pas de clan du bien face au forces du mal, tels qu’a voulu les dépeindre Bush dans son appréciation grossière et inconsciente. Le film apporte un éclairage crucial sur les conséquences de l’invasion américaine dont les répercutions sont loin d’être terminées. La fin survient brutale, cruelle. Peut-être se sent-on plus durement touchés encore parce que l’on savait déjà le sort funeste vers lequel on s’acheminait. Le réalisateur a choisi de mettre au courant ses spectateurs en disséminant des cartons à divers moments du films. Ces quelques mots nous renseignent sur un destin qui n’était pas écrit lors du tournage. On sait d’avance que l’on va vers une tragédie annoncée. On sort ébranlé d’un film comme celui-ci, il fait partie de ces œuvres qui restent, celles qui forgent notre point de vue sur le monde.

« Il m’a fallu 12 ans pour revenir sur les images que j’avais tournées, j’avais 120 heures de rush et je devais en faire quelque chose. Aujourd’hui, mon deuil n’est pas terminé, mais le film existe. » Abbas Fahdel

Bande-annonce: Homeland (Iraq Year Zero) de Abbas Fahdel

https://vimeo.com/141512965

Homeland : Irak année zéro: Fiche Technique

Réalisé par: Abbas Fahdel
Irak
Genre : fresque documentaire
Partie 1 : Avant la chute 160′
Partie 2 : Après la bataille 174′
Durée: 334 minutes
Image : Abbas Fahdel
Son : Abbas Fahdel
Produit par Abbas Fahdel
Distribué par : Nour Films
Date de sortie : 10 février 2016
Récompenses: Sesterce d’or du meilleur long métrage de la Compétition Internationale au festival Visions du réel de Nyon, 2015.
Doc Alliance Selection Award, Festival international du film de Locarno, 2015.

Vous pouvez aussi lire cet article: Lussas : « Homeland », une famille et la guerre en Irak

Cosmos, un Film d’Andrzej Zulawski : Critique

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Cela faisait plus de quinze qu’on n’avait pas vu un film d’Andrzej Zulawski sur nos écrans. Et c’est peu de dire que son retour célébré en grande pompe au dernier festival de Locarno (où il reçut le prix de la meilleure réalisation) était attendu.

Synopsis : Witold a raté ses examens de droit et Fuchs vient de quitter son emploi dans une société de mode parisienne. Ils vont passer quelques jours dans une pension dite de famille où les accueille une série de présages inquiétants : un moineau pendu dans la forêt, puis un bout de bois dans le même état et enfin des signes au plafond et dans le jardin. Dans cette pension il y a aussi une bouche torve, celle de la servante, et une bouche parfaite, celle de la jeune femme de la maison dont Witold tombe éperdument amoureux. Malheureusement, elle est fraîchement mariée à un architecte des plus convenables. Mais cette jeune femme est-elle, elle aussi, également convenable ? La troisième pendaison, celle du chat, est l’œuvre de Witold. Pourquoi ? Et surtout… la quatrième sera-t-elle humaine ?

Mais que penser de l’état de sidération dans lequel nous plonge d’emblée Cosmos ? Faut-il le rappeler, un jeune homme croise un moineau pendu à un fil lorsqu’il se rend sur son lieu de villégiature. Voilà comment s’ouvre le nouveau film de Zulawski, à coup de monologue hystérique et folie assumée.

Après avoir croisé l’incompréhensible (un oiseau pendu à un fil), Witold (l‘auteur/personnage) se lance dans une enquête métaphysique où chaque objet, chaque petit événement du quotidien devient porteur d’un sens qui lui est directement adressé. Avec son nouvel ami, il se met à tout déchiffrer, de l’orientation d’un râteau dans le jardin à une tâche d’eau au plafond…

À première vue, Cosmos ressemble à du théâtre archi-contemporain, à une pièce du compatriote Krzysztof Warlikowski où les acteurs, complètement en roue libre, laissent la folie prendre le pas sur des dialogues raisonnés en se donnant à corps perdu pour les désirs de leur auteur. Ça crie, ça déblatère sur des non-sens total et tous les personnages semblent plus ou moins fous. On y croise aussi un homme déguisé en Tintin. Mais une fois l’hystérie ingurgité, comme chez Warlikowski, le spectateur voit surgir du sens dans cette folie.

Le seul personnage qui apparaît normal dans ce film, est celui qui finit dans la même situation que le moineau, c’est-à-dire pendu à un fil. Zulawski semble décrire un monde affreux (suffit de voir les images de guerre et de misère qui abondent à chaque plan où une télévision est allumée) où les bien-pensants, ceux qui ne connaissent du monde que des couleurs et des sons sans substance, n’ont pas leur place.

Cosmos est tiré d’un roman de Witold Gombrowicz, un auteur jugé inadaptable pour beaucoup. Pour réaliser l’impossible, Zulawski choisit d’inscrire son histoire dans un environnement le plus normal possible au lieu de se lancer dans une reconstitution historique. De la banalité de ces décors surgit plusieurs sources de lumières, souvent mystérieuses voire mystiques du chef opérateur André Szankowski. Ce choix radical de mise en scène souligne l’incongruité de la situation, plongeant ce quotidien dans une parenthèse fantastique. Un fantastique qui surgit dès lors que le héros aperçoit l’oiseau pendu à un fil. Cette hésitation (empruntée de la théorie de Todorov) entre le surnaturel ou le naturel d’un événement plonge aussitôt le film dans le fantastique. Le cinéaste n’a pas essayé de faire quelque chose de plus compréhensible que le roman, mais préféré en faire un prolongement tout aussi troublant.

Cosmos d’Andrzej Zulawski – Bande-annonce

Fiche Technique : Cosmos

Titre original : Cosmos
Date de sortie : 09 Décembre 2015
Nationalité : Français
Durée : 103 min.
Genre : Comédie dramatique, Policier
Réalisateur : Andrzej Zulawski
Auteurs : Andrezej Zulawski d’après l’oeuvre de Witold Gombrowicz
Casting : Sabine Azéma, Jean-François Balmer, Jonathan Genet, Johan Libéreau
Chef opérateur : André Szankowski
Chef décoratrice : Paula Szabo
Monteur : Julia Gregory
Compositeur : Andrzej Korzynski
Producteur :  Paulo Branco
Distributeur : Alfama Films, Leopardo Filmes
Budget : NR
Prix de la Meilleure Réalisation au Festival de Locarno 2015

Un + Une, un film de Claude Lelouch: Critique

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Depuis un demi-siècle, et en particulier son premier grand film Un homme et une femme en 1966, Claude Lelouch explore le dessous des histoires d’amour. Le nouveau film du cinéaste, Un + Une est parfaitement dans cette veine, au point de se demander si son cinéma a jamais se renouveler.

Synopsis : Antoine est un célèbre compositeur de musique, mondialement connu pour la bande-originale des films qu’il a signé. Il part justement pour l’Inde afin de participer à l’élaboration d’un film d’auteur. Là-bas, il fait la connaissance d’Anna, la femme de l’ambassadeur français, dont il ne partage pas les valeurs, mais va naitre entre eux, une immuable attirance. Le périple qu’ils vivront ensemble ne fera que les pousser dans les bras l’un de l’autre.

Les efforts d’un cinéaste incapable de se renouveler

Le marivaudage et la présence de grands acteurs et actrices (de Jean-Paul Belmondo à Catherine Deneuve en passant par Fabrice Luchini, Maïwenn et Jean Yanne) sont une nouvelle fois le socle de ce nouveau film. . Et la présence de Francis Lai en guise de compositeur ne fait qu’accentuer cette impression de réchauffé.  La question est donc de savoir si l’aventure romantique que vivront les personnages de Jean Dujardin et Elsa Zylberstein est fondamentalement différente de celle vécu par Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée cinquante ans plus tôt.

Deux différences notables sont à observer dans ce long-métrage. Premièrement, le fait que ce n’est pas Lelouch qui a recruté ses acteurs pour leur faire interpréter des rôles pré-écrits, mais que ce sont les deux acteurs qui, désireux de jouer ensemble dans une comédie romantique, ont demandé au réalisateur de les intégrer dans son prochain film. Preuve que Lelouch est reconnu au sein du cinéma français comme un auteur capable, mieux que quiconque, de réunir le public devant un schéma scénaristique éculé. La seconde différence est immanquablement son cadre. Alors que l’un des reproches récurrents des détracteurs de Lelouch était de s’être depuis longtemps enfermé dans l’esprit « franchouillard » de son propre cinéma, il est cette fois allé poser sa caméra en Inde. Même si le sentiment de carte postale qu’apportent les images, elles-mêmes contrebalancées par un misérabilisme quelque peu gênant, au point de reposer sur un équilibre très délicat entre exotisme dépaysant et nonchalance postcoloniale, les choix de la réalisation misent avant tout sur la dimension spirituelle que peut apporter un tel décor. Le fait que la scène la plus émouvante soit celle de la rencontre avec sa Sainteté Mata « Amma » Amritanandamayi n’est en cela pas un hasard, au point qu’elle sera recyclée par le générique de fin.

L’humanisme qui déborde de cette ballade sur les berges du Gange est parfaitement compatible avec la relation qui naît entre les personnages. De ce scénario, que d’aucuns qualifieront de bavard et convenu, se dégage une certaine tendresse, et ce grâce à la façon dont chacun des acteurs s’empare pleinement de son rôle. Jean Dujardin réussit à incarner un garçon antipathique, car monomaniaque et je-m’en-foutiste, (jusque-là, pas de difficulté, il est typiquement dans son registre) alors que face à lui Elsa Zylberstein est globalement plus inégale, mais son interprétation d’une ésotérique lunatique permet d’apporter aux dialogues la légèreté dont le film avait besoin. Mais la véritable surprise est incontestablement la prestation de Christophe Lambert que l’on ne pensait plus depuis longtemps jouer avec une telle justesse. Au-delà de son talent de directeur d’acteur, la qualité de Lelouch se confirme par sa mise en scène, et en particulier par la façon dont le montage réussit, lors des quelques flashbacks notamment, à aller dans le sens de l’ambiance romanesque.

A propos de la maîtrise de la réalisation, il est d’ailleurs bon de noter que les dernières minutes, ayant lieu à Paris après une ellipse d’au moins 5 ans (un écart source de petites incohérences sur lesquelles il vaut mieux fermer les yeux), est la partie la mieux travaillée. Ce qui semble confirmer l’idée que Lelouch s’est énormément reposé sur la magie des décors indiens. Le regret le plus obsédant  que l’on puisse avoir à la sortie de ce film est que le réalisateur ne soit allé plus loin dans la piste métafilmique entamée dans la première partie du film. En effet, la façon dont le personnage de réalisateur indien s’inspire d’une histoire d’amour, en tous points semblables à celles dont Lelouch aurait pu lui-même faire un de ses « films populaires », pour faire un « film de festival » -que Lelouch n’hésite pas à qualifier, par la bouche d’Antoine de « chiant »- aurait été un matériau intéressant à explorer pour nous démontrer que le réalisateur savait prendre un peu de recul sur son propre travail. Malheureusement, il n’en est rien car c’est bel et bien à une redite de ce qu’il a déjà fait et refait que nous assistons.

Mieux vaut revoir Un homme et une femme, qui est et restera à jamais la quintessence du cinéma de Lelouch, et, si le sujet vous intéresse, le splendide documentaire Kumbh Mela sur les pèlerinages hindous sur les berges du Gange, car même si Un + Une  profite d’une fraicheur qui le place au-dessus de ses derniers films, le réalisateur n’a pas pu s’empêcher d’accoucher d’un long-métrage trop formaté pour être mémorable.

Un + Une : Bande-annonce

Un + Une : Fiche technique

Date de sortie : 9 décembre 2015
Nationalité : France
Réalisation : Claude Lelouch
Scénario : Claude Lelouch
Interprétation : Jean Dujardin (Antoine), Elsa Zylberstein (Anna), Christopher Lambert (Samuel Hamon), Alice Pol, (Alice Hanel), Venantino Venantini (le père d’Antoine)…
Musique : Francis Lai
Photographie : Robert Alazraki
Costumes : Christel Birot
Montage : Stéphane Mazalaigue
Sociétés de production : Les Films 13
Sociétés de distribution : Metropolitan FilmExport
Genre : Comédie romantique
Durée : 113 minutes

 

Actualités séries : American Crime Story, GOT, Rambo, Outlander…

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Actualités séries : American Crime Story, Game of Thrones, Wynonna Earp…des bandes-annonces et des nouveautés !

Découvrez vite les dernières actualités séries : American Crime Story, Outlander saison 2 et le teaser de Game of Thrones saison 6. Des photos exclusives, des teasers, des trailers mais surtout quelques nouveautés séries en préparation : Wynonna EarpRambo, The Collection et le reboot de la série SF des 80′ Mystery Science Theater 3000.

 Actualités séries  :  The Collection, une série sur la mode en préparation

Le site britannique Amazon UK a commandé une première saison de 8 épisodes pour la nouvelle série d’Oliver Goldstick, The Collection. Le réalisateur de Ugly Betty et Pretty Little Liars s’attaque à la mode du Paris de l’après-guerre et Dearbhla Walsh (Penny Dreadful) n’est pas indifférente à ce beau projet ! La série s’intéressera à deux frères à la tête d’un empire de la mode, en 1947. Le tournage de The Collection devrait débuter en Janvier 2016 en France et en Angleterre.

 Rambo  :  New blood sans Stallone ?

Écrit par Jeb Stuart (Die Hard, Le Fugitif), la série adaptée de la saga Rambo rendra hommage aux films, en explorant la relation complexe entre John Rambo et son fils JR, un ex-Marine. Seulement voilà, Sly ne participera en aucune manière à ce futur projet. Verra-t-il quand même le jour ?

 Actualités séries  : la bande-annonce de Outlander saison 2

Outlander, la série de fantasy américano-britannique créée par Ronald D. Moore revient pour une saison 2 pleine d’action et de passion et se déroulera à Paris ! Moore avait tweeté en septembre une date de diffusion pour Mars/Avril 2016 :

@RonDMoore @IDELIZ1 1. Hasn’t been set officially. Look for March/April 

https://www.youtube.com/watch?v=VVw1QI178Wk

 Actualités séries : American Crime Story

 FX a dévoilé un premier trailer au top des actualités séries : American Crime Story ! Avec cette nouvelle série télé, Ryan Murphy s’attaque une nouvelle fois aux travers de l’Amérique en misant sur l’affaire O. J. Simpson ! A l’affiche, on retrouve des actrices de American Horror Story Sarah Paulson et Connie Britton mais surtout des stars plus ou moins grandes telles que John Travolta, Cuba Gooding Jr. (Le Majordome), Selma Blair, Jordana Brewster (Fast and Furious) et David Schwimmer…

 Game of Thrones : un premier teaser qui en dit peu…

Vendredi 4 décembre, Cineseries-Mag avait consacré un article à ce flash-teaser que nous vous laissons consulter : ICIMais depuis, les premières photos du tournage de Game of Thrones saison 6 ont été dévoilées et on peut dire que les actrices semblent bien s’amuser ! On y découvre Daenerys Targaryen (Emilia Clarke) prête pour le combat pendant que Sensa (Sophie Turner) et Arya Stark (Maisie Williams) s’éclatent en coulisses.

 

Le teaser de Game of Thrones saison 6 :

 Actualités séries : les premières images de Wynonna Earp

La série télé de Syfy, Wynonna Earp tirée du Comic book de Beau Smith, est en train de prendre forme sous les jolis traits de Melanie Scrofano (Supernatural, Robocop). Ce western de science-fiction met en scène la descendante du cow-boy Wyatt Earp. Dans le Comic, Wynonna est un agent d’une unité spéciale au sein de l’US Marshals connue sous le nom The Monster Squad. Elle se bat contre des menaces surnaturelles telles que Bobo Del Rey et ses vampires. La série débutera avec le retour de la justicière, après des années de cavale et de détention juvénile. Wynonna n’est pas la bienvenue en ville mais elle est la seule à pouvoir la sauver de ses mystérieux démons… Wynonna Earp sera diffusé en avril 2016.

 Mystery Science Theater 3000 : enfin le reboot !

La série SF ultra kitschos Mystery Science Theater 3000 (MST3K) est de retour grâce à Kickstarter. Les contributions ont permis de redonner vie à cette comédie culte des années 80′ sous la direction de Joel Hodgson qui avait déjà fait un retour remarqué dans les 90′. MST3K met en scène un présentateur et deux robots qui, sous prétexte d’être prisonniers d’une station spatiale, sont obligés de regarder des films de série B qu’ils commentent avec un humour délirant. En 2007, MST3K a été classée dans le top 100 des meilleures séries télévisées de tous les temps par le Time.

CW‬ dévoile le premier teaser pour la saison 3 de la série The 100‬ à suivre dès le jeudi 21 janvier 2016 !

Basée sur le livre de Brian Ross, investigateur chez ABC News « The Madoff Chronicles. ‪‎Richard Dreyfuss‬ incarne Bernard Madoff dans son ascension spectaculaire jusqu’à sa chute en 2008 avec à ses côtés: Blythe Danner, Tom Lipinski, Danny Deferrari, Charles Grodin et Lewis Black.