Cosmos, un Film d’Andrzej Zulawski : Critique

Cela faisait plus de quinze qu’on n’avait pas vu un film d’Andrzej Zulawski sur nos écrans. Et c’est peu de dire que son retour célébré en grande pompe au dernier festival de Locarno (où il reçut le prix de la meilleure réalisation) était attendu.

Synopsis : Witold a raté ses examens de droit et Fuchs vient de quitter son emploi dans une société de mode parisienne. Ils vont passer quelques jours dans une pension dite de famille où les accueille une série de présages inquiétants : un moineau pendu dans la forêt, puis un bout de bois dans le même état et enfin des signes au plafond et dans le jardin. Dans cette pension il y a aussi une bouche torve, celle de la servante, et une bouche parfaite, celle de la jeune femme de la maison dont Witold tombe éperdument amoureux. Malheureusement, elle est fraîchement mariée à un architecte des plus convenables. Mais cette jeune femme est-elle, elle aussi, également convenable ? La troisième pendaison, celle du chat, est l’œuvre de Witold. Pourquoi ? Et surtout… la quatrième sera-t-elle humaine ?

Mais que penser de l’état de sidération dans lequel nous plonge d’emblée Cosmos ? Faut-il le rappeler, un jeune homme croise un moineau pendu à un fil lorsqu’il se rend sur son lieu de villégiature. Voilà comment s’ouvre le nouveau film de Zulawski, à coup de monologue hystérique et folie assumée.

Après avoir croisé l’incompréhensible (un oiseau pendu à un fil), Witold (l‘auteur/personnage) se lance dans une enquête métaphysique où chaque objet, chaque petit événement du quotidien devient porteur d’un sens qui lui est directement adressé. Avec son nouvel ami, il se met à tout déchiffrer, de l’orientation d’un râteau dans le jardin à une tâche d’eau au plafond…

À première vue, Cosmos ressemble à du théâtre archi-contemporain, à une pièce du compatriote Krzysztof Warlikowski où les acteurs, complètement en roue libre, laissent la folie prendre le pas sur des dialogues raisonnés en se donnant à corps perdu pour les désirs de leur auteur. Ça crie, ça déblatère sur des non-sens total et tous les personnages semblent plus ou moins fous. On y croise aussi un homme déguisé en Tintin. Mais une fois l’hystérie ingurgité, comme chez Warlikowski, le spectateur voit surgir du sens dans cette folie.

Le seul personnage qui apparaît normal dans ce film, est celui qui finit dans la même situation que le moineau, c’est-à-dire pendu à un fil. Zulawski semble décrire un monde affreux (suffit de voir les images de guerre et de misère qui abondent à chaque plan où une télévision est allumée) où les bien-pensants, ceux qui ne connaissent du monde que des couleurs et des sons sans substance, n’ont pas leur place.

Cosmos est tiré d’un roman de Witold Gombrowicz, un auteur jugé inadaptable pour beaucoup. Pour réaliser l’impossible, Zulawski choisit d’inscrire son histoire dans un environnement le plus normal possible au lieu de se lancer dans une reconstitution historique. De la banalité de ces décors surgit plusieurs sources de lumières, souvent mystérieuses voire mystiques du chef opérateur André Szankowski. Ce choix radical de mise en scène souligne l’incongruité de la situation, plongeant ce quotidien dans une parenthèse fantastique. Un fantastique qui surgit dès lors que le héros aperçoit l’oiseau pendu à un fil. Cette hésitation (empruntée de la théorie de Todorov) entre le surnaturel ou le naturel d’un événement plonge aussitôt le film dans le fantastique. Le cinéaste n’a pas essayé de faire quelque chose de plus compréhensible que le roman, mais préféré en faire un prolongement tout aussi troublant.

Cosmos d’Andrzej Zulawski – Bande-annonce

Fiche Technique : Cosmos

Titre original : Cosmos
Date de sortie : 09 Décembre 2015
Nationalité : Français
Durée : 103 min.
Genre : Comédie dramatique, Policier
Réalisateur : Andrzej Zulawski
Auteurs : Andrezej Zulawski d’après l’oeuvre de Witold Gombrowicz
Casting : Sabine Azéma, Jean-François Balmer, Jonathan Genet, Johan Libéreau
Chef opérateur : André Szankowski
Chef décoratrice : Paula Szabo
Monteur : Julia Gregory
Compositeur : Andrzej Korzynski
Producteur :  Paulo Branco
Distributeur : Alfama Films, Leopardo Filmes
Budget : NR
Prix de la Meilleure Réalisation au Festival de Locarno 2015

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.

« Soudain », un chemin patient vers l’intime

L'amitié entre une directrice française d'EHPAD et une metteuse en scène japonaise. De cet argument simple, Ryusuke Hamaguchi tire un film épuré et pourtant foisonnant, aussi sensible que politique, sans jamais forcer le trait si ce n'est dans quelques redondances. Analyse.
Jim Martin
Jim Martinhttps://www.lemagducine.fr/
Diplômé en Lettres, puis en Cinéma, je n'avais qu'une gageure. Celle de braver tous les pans de l'histoire du cinéma, du chef-d’œuvre intimiste au navet international, pour écrire et partager mes points de vue sur ce septième art qui, comme nul autre, nous ouvre au monde et à des expériences sensorielles inédites. Je vous engage dès lors à ne pas être d'accord avec moi. Réagissez, débattez et donnez ainsi sens à ce cinéma que l'on chérit tant !

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Oklahoma Honey : le chant de la ruche

Andrew Patterson filme l'Oklahoma rural dans "Oklahoma Honey", une fable inspirante et généreuse portée par le retour de Matthew McConaughey en apiculteur charismatique, six ans après "The Gentlemen". Entre bluegrass, communauté et vengeance, Angelina LookingGlass fait des débuts marquants face à Kurt Russell.