Comment c’est loin, un film de Orelsan: Critique

Depuis quelques années maintenant, Aurélien Cotentin aka Orelsan devient l’homme à suivre dans l’univers du rap français. Armé d’une fougue insoupçonné et de textes brillants de justesse, le jeune homme, originaire d’Alençon, perce immédiatement dans la scène musicale.

Synopsis: Comment c’est loin raconte qu’après une dizaine d’années de non-productivité, Orel et Gringe, la trentaine, galèrent à écrire leur premier album de rap. Leurs textes, truffés de blagues de mauvais goût et de références alambiquées, évoquent leur quotidien dans une ville moyenne de province. Le problème : impossible de terminer une chanson. À l’issue d’une séance houleuse avec leurs producteurs, ils sont au pied du mur : ils ont 24h pour sortir une chanson digne de ce nom. Leurs vieux démons, la peur de l’échec, la procrastination, les potes envahissants, les problèmes de couple, etc. viendront se mettre en travers de leur chemin.

Un film audacieux et d’une sincérité rare, malgré sa paresse

Son premier album, « Perdu d’avance », sorti en 2009, rencontre un franc succès avant de connaître la gloire avec « Le chant des sirène », en 2011. Dès sa sortie, le disque est qualifié de chef d’œuvre par les critiques et est un carton commercial, qui classe déjà Aurélien, à 29 ans, comme une référence évidente dans son genre musical.

Cependant, 10 ans plus tôt, une rencontre l’a marqué, celle avec Guillaume Tranchant, ou Gringe dans le métier, avec qui il fonde le groupe des Casseurs Flowters (jeu de mot cocasse entre le « flow » rap et les casseurs flotteurs, méchants du cultissime long métrage Maman, j’ai raté l’avion). De cette collaboration en résulte un album conçu tel un buddy movie, ainsi nommé « Orelsan et Gringe sont les Casseurs Flowters ». Dès lors, les deux garçons écrivirent un long métrage qui adapterait cette album, en reprenant le même esprit libéré et truculent de ce dernier. C’est ainsi que naquit de la plume même d’Orelsan, Comment c’est loin, une comédie férocement drôle, très intelligente et d’une sincérité rare dans le cinéma français.

Une comédie humaine et atone

Le long métrage dispose d’un pitch résolument simple : deux losers d’une bourgade de province, suite à un ultimatum de leurs producteurs, ont 24h pour mettre en boîte une chanson digne de ce nom et « qui parle à tous », chose que le tandem n’a pas réussi à faire en 5 ans. Compte tenu du manque d’expérience cinématographique du duo, ils firent appel à Christophe Offenstein, auteur de l’excellent En Solitaire, pour le script et la mise en scène. Anti autobiographique, cette comédie transpire la sincérité par l’image.  Soucieux de refuser toute forme d’effet tape à l’œil, Offenstein et Orelsan proposent une réalisation qui mixe l’aspect classieux du cadre avec la simplicité débordante des situations. En résulte de ces procédés, un très joli rendu visuel, à la photographie soignée et jamais factice. La mise en scène réussit à rendre les héros formidablement attachants, on suit leur parcours semé d’embûches avec un enthousiasme rare pour une production française. Il en résulte des jeux d’acteurs convaincants de la part des comédiens, qui se donnent entièrement à leurs personnages. Cependant, il est à noter que la prépondérance de cette simplicité rend l’ensemble un peu paresseux ; un peu comme si une telle passivité avait pour effet pervers de dynamiter totalement le potentiel du film, qui passe de fait, très vite du statut d’œuvre notable à simple divertissement des familles. Heureusement, on pourra compter sur la qualité des chansons -issues pour la plupart de l’album- qui confère au film une orientation humaniste bienvenue, et qui laisse à penser que le néo-metteur en scène comprend la teneur de son sujet, fait rare dans la production actuelle.

Un hymne à la glande sincère et touchant

Mais ce qui rend cette oeuvre aussi atypique se véhicule aussi par son message. Outre une forme posée et un brin décomplexée, la teneur du métrage réside aussi dans son effort de viser un large panel. Puisque le duo se doit d’écouler une musique répondant à une thématique inter-générationelle, très vite se développe l’idée dans le film que de répondre à la question du « Qu’est ce qui parle à tous ? ».

Et en guise de réponse, le duo n’hésite pas. De chansons en chansons, disséquant toutes les strates psychologiques des personnages, le film se plait à travestir sa forme (on passe de caméra à l’épaule à des plans fixes entre deux scènes pour montrer l’évolution psychique des protagonistes) tout en se faisant l’écho d’une évolution voulue pour pouvoir refléter au mieux ces « tous », catégorie que cherche justement à atteindre le duo. Et en cherchant finalement à dépeindre une véritable tranche de vie, entre galères estudiantines propres aux héros qui retrouvent pour l’occasions quelques vieilles connaissances (tel que Skread, Claude, personnages récurrent de l’album des Casseurs Flowters ou des membres de sa famille) et sincérité désarmante, le duo peut se targuer d’offrir une comédie existentielle teintée d’une réelle envie de cinéma.

A tel point que l’ensemble, malgré des dysfonctionnements latents niveau scénario (doit-on rappeler qu’il s’agit d’une première oeuvre ?) arrive à toucher au coeur, sans pour autant sombrer dans l’écueil du public ciblé. Car la plus grande force du film, outre de tabler sur une réelle puissance narrative, aura été de pouvoir délivrer un message sans pour autant occulter ce dernier en fonction de son destinataire. C’est un roc, un tout agissant en tant que manifeste de deux jeunes perdus dans une société qui fonce à tout allure. Si bien que se pose la question que de savoir comment le duo aurait pu manifester ce regard de la société, autre que par l’image, puisque comme le dit l’adage, une image vaut mieux qu’un long discours.

Comment c’est loin : Fiche Technique

Titre original : Comment c’est loin
Réalisation : Orelsan et Christophe Offenstein
Scénario : Orelsan, Christophe Offenstein et Stéphanie Murat
Casting: Orelsan (Orel/Aurélien), Gringe (Gringe/Guillaume), Seydou Doucouré (Bouteille), Claude Urbiztondo Llarch (Claude), Ablay (Ablaye), Skread (Skread), Paul Minthe (Le patron de l’hôtel), Sophie de Fürst (Pauline), Chloé Astor (Arielle)
Décors : Frédérique Doublet
Costumes : Alice Cambournac
Montage : Jeanne Kef
Musique : Skread, Orelsan, Alexis Rault
Production : Romain Rousseau, Maxime Delauney, Olivier Poubelle
Sociétés de production : NoLiTa Cinema, Les Canards Cinema
Sociétés de distribution : La Belle Company
Pays d’origine : France
Budget : 1 800 000€
Langue : Français
Durée : 90 minutes
Genre : Comédie
Dates de sortie : 9 décembre 2015

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Louis Verdoux
Louis Verdouxhttps://www.lemagducine.fr/
Louis Verdoux : Lycéen passant en première économique et sociale, j'ai commencé ma passion cinéphilique avec le film Spider-Man de Sam Raimi, devenu mon super héros préféré. Cependant mon addiction au cinéma s'est confirmé avec deux films, The Dark Knight de Christopher Nolan et surtout Drive de Nicolas Winding Refn que je considère encore comme mon film préféré. En si qui concerne mes goûts, je suis quelqu'un de bon public donc je déteste rarement un film et mes visionnages ne se limite à aucun genre, je suis tout aussi bien tenté par Enemy que par Godzilla. Le cinéma est bien plus qu'un art et j'espère vous le faire partager

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