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Cannes 2016 : Almost Paris, interview de la réalisatrice Domenica Cameron-Scorsese

CANNES 2016 : « Almost Paris », interview avec sa réalisatrice Domenica Cameron-Scorsese

À l’occasion du passage d’Almost Paris au marché du film du Festival de Cannes, CineSeriesMag a pu rencontré sa réalisatrice, Domenica Cameron-Scorsese. L’interview s’est faite au moyen du logiciel Skype, la cinéaste n’étant pas présente à Cannes, mais chez elle, « being a mama ». La rencontre fut d’une grande simplicité, chaleureuse, complètement humaine en somme. Dans Almost Paris, film scénarisé et interprété par Wally Marzano-Lesnevich (dont vous pouvez retrouver l’interview ici), ce dernier tient le premier rôle de Max, banquier de Wall Street viré suite à la crise de 2008, qui doit retourner chez ses parents, il devra faire face à sa famille (et aux retrouvailles) et à ses amis, qui ont subi les conséquences de son métier.

Est-ce que vous avez été inspiré par The Big Short lors du tournage ?

« À ce moment là, je ne pensais pas à The Big Short. Je me souviens quand j’ai terminé le tournage du film, j’ai dit : « Oh ! Quelqu’un a expliqué ce qu’il s’est passé (NDLR : la crise économique de 2008) ». C’était bien expliqué. Le cœur d’Almost Paris était pour moi le groupe de gens qui en ont payé les conséquences. »

Comment le projet a-t-il été lancé ? Vous avez lu le scénario ? L’avez trouvé ? On vous l’a apporté ?

« Avec Wally Marzano-Lesnevich, nous voulions faire un film. Il est mon meilleur ami de l’école. On avait besoin d’argent. À la base c’était l’histoire de deux gars, qui est devenue une bien plus grande histoire, nous avons eu besoin de réfléchir sur quelle partie du film nous concentrer. Nous avons réfléchi aux personnages. »

Vous n’êtes pas à Cannes alors ?

            « Non désolée ! Je suis à Chicago, en mode maman ! », dit-elle, joyeuse et touchante.

Peut-on dire que de votre film qu’il est un feel-good-movie ?

            « Pour moi c’était important que le film soit émotionnellement vrai. Il devait y avoir un sens de l’humour et un sens de l’espoir. (…) J’ai eu un super compositeur nommé Jasmin Klinger. »

Votre film est indépendant.

            « Vraiment vraiment beaucoup ! C’est un bas budget. Nous avons envoyé un courrier à la Guilde des Scénaristes pour avoir déjà certains fonds (…) Nous étions très ambitieux. Nous avons eu 21 jours de tournages, 21 lieux, 18 chansons et la bande-son originale. »

Est-ce que votre famille vous a aidé ? Je pense, vous le devinez bien, à votre père, (NDLR, Martin Scorsese).

            « Mon père, ma mère, mon mari… Tous m’ont aidé. Mon père m’a aidé à certains moments en me conseillant sur des choses spécifiques. (…) (Par exemple) je voulais être sur que je pouvais construire les scènes d’une certaines manière (…) car certaines ne pouvaient pas s’intégrer. Ma mère m’a aidé à trouver les lieux de tournages. Mon oncle a aidé à la production. (Anecdote amusante: nous avons dû nous maquiller. Mon cousin m’a aidé dans la création des titres (à comprendre le générique et titres intra-filmiques), et dans le design de beaucoup de packacking. »

So, now, you look for a distribution ?

            « Nous cherchons en moment même pour la distribution. Mon espoir serait d’avoir un espace pour projeter le film en France ! »

            La séance d’interview toucha à sa fin, mais il est sûr que ça n’est pas la dernière fois que CineSeriesMag échangera avec la réalisatrice, ainsi qu’avec le scénariste-acteur du même film, Wally Marzano-Lesnevich. De même que vous entendrez certainement parler du film Almost Paris, en qui nous plaçons une grande confiance.

Elvis & Nixon, une bande originale d’Edward Shearmur : critique

Elvis & Nixon – La B.O./Trame sonore/Soundtrack

Elvis & Nixon « bénéficie » d’une bande-originale qui, encore une fois, prend le parti de se planter lamentablement en mélangeant titres originaux et reprises. Résultat des courses, d’un côté Edward Shearmur, tâcheron de la musique de films, qui mise sur la quantité plutôt que sur la qualité, de l’autre des dieux (un surtout) et déesses de la musique soul. Sans oublier l’éditeur qui, pas bien malin (mais on s’en doutait), a placé le meilleur des titres au début, nous laissant souffrir le martyr des compositions transparentes de Shearmur, durant tout le reste de l’album. On sauvera donc les six premiers morceaux, mais quels morceaux ! Excusez du peu, mais réunir Creedence Clearwater Revival, Otis Redding ou encore Rufus Thomas sur un album, c’est faire le pari d’un tour d’horizon de plusieurs décennies de soul américaine, en six petits titres. Pari quasi réussi jusqu’au septième morceau, Where’s Elvis, également premier des dix interminables et insipides bidules signés Shearmur.

Alors, il parait que ça n’est pas à un vieux singe qu’on apprend à faire la grimace et dans le genre, Shearmur est pas mal. Il singe pendant dix morceaux la musique soul et jazz en tentant, de ses petits bras musclés, d’atteindre l’âme de la musique noire américaine. Pour ça il fait travailler bien fort la basse, le rythme et les percussions. Gros flop au final car cette âme, il ne la touche même pas du bout de l’ongle du majeur qu’il nous tend à nous, gogos ignorants qui allons l’écouter. Ses compositions ressemblent à de la soul, elles ont l’odeur de la soul mais ça n’est pas de la soul… en fait aucune idée de ce que ça peut bien être. Un meuble peut-être… et bien oui, puisque ça sert à meubler un film, comme on le ferait pour un ascenseur ou un supermarché. Il doit être douloureux d’être dans la peau de Shearmur, d’avoir une carrière faite de films si mineurs, pour se retrouver à tenter de comprendre l’esprit d’un des mouvements musicaux les plus importants du XXème siècle. La bande-originale d’Elvis & Nixon ?! Juste un moyen comme un autre de faire du blé, en nous vendant une galette à vil prix !

Sortie: 22 avril 2016

Distributeur: Lakeshore Records

Durée: 38’34

Tracklist:

1. Hold On, I’m Coming (Sam & Dave) 2:30
2. Susie Q (Creedence Clearwater Revival) 4:34
3. There Will Be Peace In The Valley For Me (Sister Rosetta Tharpe) 2:40
4. Hard To Handle (Otis Redding) 2:17
5. Spinning Wheel (Blood, Sweat & Tears) 4:04
6. Push And Pull (Rufus Thomas) 3:16
7. A Little History 1:18
8. Where’s Elvis 1:05
9. Fake Elvis 0:59
10. Paramount 2:41
11. Bad News and a Solution 2:14
12. Nixon Says Yes 2:43
13. Jesse 1:09
14. Protocol Montage 1:37
15. Elvis In The Building 1:07
16. Sayonara 1:37
17. Goodnight Elvis 2:43

Café Society, un film de Woody Allen : Critique

Synopsis : New York, dans les années 30. Coincé entre des parents conflictuels, un frère gangster et la bijouterie familiale, Bobby Dorfman a le sentiment d’étouffer ! Il décide donc de tenter sa chance à Hollywood où son oncle Phil, puissant agent de stars, accepte de l’engager comme coursier. À Hollywood, Bobby ne tarde pas à tomber amoureux. Malheureusement, la belle n’est pas libre et il doit se contenter de son amitié. Jusqu’au jour où elle débarque chez lui pour lui annoncer que son petit ami vient de rompre. Soudain, l’horizon s’éclaire pour Bobby et l’amour semble à portée de main…

D’Ouest à Est

Woody Allen présenté hors-compétition, cela faisait au moins quatre saisons que l’on n’avait pas vu tel événement. L’iconique réalisateur new-yorkais est devenu un marronnier de Cannes, offrant chaque année son nouveau film à la France, qui l’accueille toujours avec bienveillance. Jamais de réelles surprises mais un mets que l’on se plaît à déguster chaque année, avec un plaisir toujours renouvelé.

Pour débuter cette édition, les festivaliers se sont réunis autour du Café Society où rayonnait toute la magie allenienne. Quelques notes de jazz ouvrent cette nouvelle comédie sentimentale d’une élégance et d’un intellectualisme assumés, un énième triangle amoureux et toujours l’humour si caractéristique du monsieur. Plus que jamais nous sommes en terrain connu sauf que jamais un film de Woody Allen n’a été aussi formellement beau. Le directeur de la photo d’Apocalypse Now Vittorio Storaro fait un travail remarquable sur les couleurs, accentué par le chic des costumes d’époque et le glamour des acteurs. L’image change de teintes de Los Angeles à New-York, reflet des tourments amoureux du jeune héros. Une opposition formelle qui va de pair avec les obsessions profondes du cinéaste.

Café Society marque le (semi-)retour de Woody Allen dans son fief new-yorkais. Après plusieurs escapades en Europe, et notamment en France, il était revenu aux États-Unis mais pour poser sa caméra à San Francisco (Blue Jasmine) ou Rhode Island (The Irrational man). Ce retour vers Manhattan sonne aussi comme un retour aux fondamentaux. Un des grands motifs du cinéma d’Allen, c’est cette opposition permanente entre Los Angeles, ville du spectacle et du superficiel, et New-York, ville capitaliste et culturelle. Dans Café Society Woody Allen dépeint une Californie, non sans nostalgie, où respire le cinéma chic, un temps où art et industrie ne faisaient qu’un. Mais il montre également une cité des anges vite rattrapée par ses démons : le culte des apparences. L’enthousiasme du jeune héros Bobby Dorfman qui découvre cette ville-spectacle est très vite remplacé par les déceptions, professionnelle puis amoureuse. Et il s’en retourne sur la côte Est, fonder une famille et s’émanciper. Un peu à la manière d’Annie Hall, Woody Allen confronte la ville des désillusions contre celle de tous les possibles. En cela le personnage joué par Jesse Eisenberg représente le parfait alter-ego du réalisateur, petit intellectuel juif new-yorkais névrosé. Et prouve une fois de plus que les histoires d’amour fonctionnent mieux à New-York. Et le cinéma ?

On peut aussi voir dans cette opposition Est/Ouest une confrontation de deux types de cinéma. Pour Woody Allen qui a tourné des dizaines de films à Manhattan, tout semble aller pour le mieux. Tout comme Bobby Dorfman qui finira sans doute sa petite vie de famille tranquillement avec Veronica et ses enfants. Sauf qu’à la fin du film, ce sont les regrets qui semblent prendre le dessus. Bien que Vonnie et Bobby aient réussi à construire une vie de couple stable avec leur conjoint respectif, il pointe en eux le regret d’un amour certes dangereux mais passionnel. On ressent dans ces regrets qui closent le film le reflet de ceux d’un cinéaste qui s’est installé dans une sorte de routine cinématographique, frustré de n’avoir jamais réussi à produire le chef d’œuvre de sa vie.

Tout tourne rond sur la planète cinéma, Woody Allen continue sa cadence filmique hallucinante nous offrant chaque année un film aussi bon que les précédents. Jamais d’ébahissement, mais rarement de mauvaises surprises ne font le sel de son cinéma. Qu’il se rassure, ponctué par Café Society, Woody Allen a produit suffisamment de grands films, sans jamais se trahir, pour que l’on qualifie sa filmographie de chef d’œuvre.

Café Society de Woody Allen : Bande-annonce

Café Society : Fiche Technique

Réalisation : Woody Allen
Scénario : Woody Allen
Interprétation : Jesse Eisenberg, Kristen Stewart, Steve Carell, Blake Lively
Photographie : Vittorio Storaro
Montage : Alisa Lepselter
Décors : Santo Loquasto
Costumes : Suzy Benzinger
Production : Letty Aronson, Stephen Tenenbaum, Edward Walson
Distributeur : Mars Films
Durée : 96 minutes
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 11 mais 2016

États-Unis – 2016

Cannes 2016 : Almost Paris, interview du scénariste-acteur Wally Marzano-Lesnevich

LeMagduCiné a rencontré lors du festival l’acteur-scénariste du film Almost Paris, Wally Marzano-Lesnevich.

            À l’occasion du passage d’Almost Paris au marché du film du Festival de Cannes, CineSeriesMag a pu rencontré son scénariste-acteur Wally Marzano-Lesnevich. Une interview très intéressante et humaine qui s’est faite au moyen du logiciel Skype, le cinéaste n’étant pas à Cannes, mais à New-York. Dans Almost Paris, film réalisé par Domenica Cameron-Scorsese, la fille du maître Martin Scorsese, Wally Marzano-Lesnevich tient le premier rôle de Max, banquier de Wall Street viré suite à la crise de 2008, qui doit retourner chez ses parents, il devra faire face à sa famille (et aux retrouvailles) et à ses amis, qui ont subi les conséquences de son métier.

La réalisatrice (Cf. Domenica Cameron-Scorsese) expliquait qu’avec le producteur du film Michael Sorvino, vous étiez tous les trois amis bien avant ce projet de film…

            « J’étais d’abord ami avec Domenica. J’ai écrit le film (…) Domenica m’a beaucoup aidé pour ce film… »

D’où l’idée du film vous est-t-elle venue ?

            « Par deux chemins. Premièrement je suis allé à l’école avec des gens qui se sont lancé dans l’industrie financière. Ce ne sont pas des gens mauvais, c’est pourquoi je voulais qu’on ressente une empathie pour eux. (…) J’ai interviewé beaucoup de personnes, j’ai fait beaucoup de recherches sur ce sujet. Deuxièmement, je vivais à Los Angeles, en tant qu’acteur, ça ne marchait pas plus que ça, donc je suis revenu à l’Est chez mes parents, (…) ce qui faisait qu’il y avait trois générations dans une seule maison. (…) (De plus) c’est un moyen de réapprendre à connaître chacun d’entre eux, de se reconnecter avec eux. »

Vous avez présenté votre film au festival de Tribeca !

            « Oui ! Nous avons fait le tapis rouge du Tribeca festival (…) c’était beaucoup d’amusement. Nous avons eu tellement à faire sur ce film… Alors de réunir tout le monde après un mois après la fin du film, c’était incroyable, même magnifique. Nous avons tourné le film à New-York, j’ai grandi à New-York, donc venir au festival Tribeca de N-Y était fort. »

Avec la réalisatrice, nous avons discuté du fait qu’Almost Paris est un film indépendant, elle a aussi expliqué que c’était un film avec un très bas budget, un film « très très indépendant »…

            « C’était avec un très petit budget, c’est un film très indépendant, mais tout le monde est venu avec ses capacités et a aidé à porter le film. »

La distribution d’un tel film est compliquée, non ?

            « Je pense qu’il y a deux réponses : oui bien sûr c’est un film indépendant avec beaucoup de thèmes, non, nous avons parlé à différents pays, et dans de grands pays, la distribution peut être plus accessible.

C’est toujours définitivement un challenge avec les studios, mais nous sommes confiants dans l’idée de trouver une plateforme de visionnage de film. »

Le film est présent au Marché de Cannes.

            « Oui, un de nos producteurs y est, j’aime la France, mon cousin est plus comme un frère que comme un cousin, il vit à Paris. (…) Nous étions au Garden State Film Festival il y a un mois, c’était chouette ! (…) J’espère y retourner (NDLR : à Paris). Quand vous pensez à l’histoire du film, la famille cherche désespérément un moyen d’amener la mère à Paris. C’est très américain cette fascination pour Paris. »

Et les prochains projets ?

            « Alors il y a Half plus seven, une comédie romantique (…) Avec ma petite amie, nous travaillons sur d’autres scripts, et nous auditionnons. »

Un petit mot aux lecteurs de CineSeriesMag ?

            « Continuez d’aller au cinéma, continuez de voir et supporter des films indépendants. Oh vous savez, j’aime bien les films Marvel, mais tous les films ne peuvent pas être à propos de super-héros (…) il y a tant de films à voir (…) il faut découvrir des choses pour changer notre manière de voir les choses, de les expérimenter… »

Puis : « I love France so Vive la France. »

            Ce fut alors la fin de l’interview, mais soyez sûrs que notre échange avec Wally Marzano-Lesnevich n’en est qu’à son début ! Aussi retrouvez l’interview de la réalisatrice Domenica Cameron-Scorsese.

Cannes 2016 : The Transfiguration de Michael O’Shea (Un Certain Regard)

La Review de Cannes : The Transfiguration de Michael O’Shea

Synopsis : Queens, New York. Milo a 14 ans. Orphelin, son seul refuge est l’appartement qu’il partage avec son grand frère. Solitaire, il passe son temps à regarder des films de vampires. L’arrivée d’une nouvelle voisine fera naître en lui des sentiments nouveaux…

             Prétendant à la Caméra d’Or, la sélection du premier long métrage de Michael O’Shea à Un Certain Regard témoigne évidemment d’une proposition de cinéma nouvelle sur le mythe du vampire, pourtant en soi déjà un genre bien épuisé. Premier point, The Transfiguration se déroule dans le ghetto new-yorkais où un jeune orphelin vit malgré lui avec sa nature de vampire. De cet environnement aux allures de The Wire, Michael O’Shea fait évoluer son personnage à travers les rues incertaines, les cages d’escalier et sa chambre où il passe le plus clair de son temps à étudier la condition des suceurs des sang. Plus loin, il va rencontrer une jeune fille, un peu superficielle et paumée dans ce monde où elle subit les violences de son grand-père et les abus de ses copains. C’est à cet instant précis que le film nous envoie son pathos au visage pour bien faire comprendre que c’est ce contexte qui favorise l’escalade de la violence. Dès lors, ce petit anti-héros est victime du climat social dans lequel il vit et seul l’amour pourra lui faire prendre conscience de la bêtise qu’est la violence. Difficile de faire plus moralisateur et caricatural.

             Il y a bien évidemment quelques bonnes idées dans la relecture du mythe du vampire, à commencer par le comportement froid et désincarné de cet adolescent, le fait qu’il puisse profiter du soleil ou de l’ail et soit insensible à la religion. Quoiqu’un peu suffisant, il est intéressant de voir Michael O’Shea à travers son protagoniste se moquer des nouveaux codes du vampire, loin de la créature agile et brillante que certains films ont pu osé représenter. Evidemment alors que Michael O’shea a voulu donner une nouvelle représentation de l’un des plus fantastiques mythes de la littérature gothique. Mais prétentieux, lourd et impersonnel, le cinéaste américain esttrès loin des chefs d’oeuvre qu’il se permet de juger et référencer dans son film. De Twilight à Nosferatu en passant par Morse ou des nanars sans noms, tout y passe. Il est à parier que Michael O’Shea pense avoir révolutionné le genre mais il n’atteint avec cette fable moderne qu’une représentation désincarnée et ennuyeuse d’une créature pourtant si fascinante à travers les arts.

             Dans le genre film de vampire indépendant, on préférera nettement retourner voir A Girl Walks Home Alone at Night de Ana Lily Amirpour.

The Transfiguration
Un film de Michael O’Shea
Avec Eric Ruffin, Chloe Levine, Aaron Clifton Moten
Distribution: ARP Selection
Durée : 97 minutes
Genre : Drame, horreur
Date de sortie : 14 juin 2016

Etats-Unis – 2016

The Transfiguration : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=Hq5y27Benhk

Cannes 2016 : Toni Erdmann de Maren Ade (Compétition Officielle)

Cannes 2016 : Toni Erdmann de Maren Ade (Compétition Officielle)

Synopsis : Quand Ines, femme d’affaire d’une grande société allemande basée à Bucarest, voit son père débarquer sans prévenir, elle ne cache pas son exaspération. Sa vie parfaitement organisée ne souffre pas le moindre désordre mais lorsque son père lui pose la question « Es-tu heureuse? », son incapacité à répondre est le début d’un bouleversement profond. Ce père encombrant et dont elle a honte fait tout pour l’aider à retrouver un sens à sa vie en s’inventant un personnage : le facétieux Toni Erdmann…

            Avec Toni Erdmann, le Festival de Cannes donne la chance à Maren Ade de s’introduire dans le cercle très fermé des cinéastes (femmes) en compétition en même temps qu’elle permet à l’Allemagne de revenir sur le devant de la scène cinématographique, huit ans après son dernier film en compétition (Rendez-vous à Palerme de Wim Wenders). Dans cette relation complexe entre un
père et sa fille, un conflit générationnel s’intercale entre ces deux personnages qui ne savent pas comment se comporter ensemble. L’un n’a pas eu le temps de s’adapter à l’accélération soudaine d’une société tournée vers la performance professionnelle tandis que l’autre ne comprend pas le manque d’ambition et la puérilité de son paternel. Il y a un vrai problème de communication entre ce père et sa fille qui n’ont pas la même manière d’échanger. Le père évolue dans un environnement simple tandis que sa fille s’adapte trop sérieusement à ce qui l’entoure. Le plus touchant vient sans doute du mal-être de ces personnages qui tentent péniblement de trouver des repères dans leur vie. A ce petit jeu, il faut souligner l’interprétation tout en justesse de deux acteurs aux antipodes de leur caractère, à commencer par ce papa nounours aussi attachant que pitoyable (Prix d’Interprétation pour Peter Simonischek ?) qui, conscient de l’absence du bonheur de sa fille (superbe Sandra Hüller), va créer ce personnage de Toni Erdmann et faire du monde dans lequel ils vivent la scène d’un spectacle qui va prendre des proportions incontrôlables. Tout ça, juste pour s’interroger sur le sens réel de la vie et éloigner sa fille du burn-out.

            Si l’émotion tient une bonne place et touchera en plein coeur, c’est définitivement l’humour ravageur allemand qui nous emporte. Car ce qui rend hilare à la projection de Toni Erdmann, c’est l’escalade rocambolesque des situations qui va conduire innocemment le spectateur à cette séquence absolument hallucinante où tout se lâche dans une absurdité totale. Il est difficile de vous la décrire sans vous gâcher le plaisir de cette farce hors-norme. C’est à cette scène et aux applaudissements et rires gras de la salle qu’on devine toute la force et la réussite du film. La simplicité de la mise en scène permet au spectateur de se focaliser exclusivement sur la force narrative et la touchante authenticité des personnages. Le dénouement du film est intéressant dans le sens où Maren Ade pose la dernière pierre de son ouvrage et montre qu’elle n’est pas aussi naïve et idéaliste que le message du film aurait pu le laissait penser. Quand bien même il est nécessaire de s’autoriser à jouir de l’existence, la vie rattrape toujours violemment le temps présent. C’est pour cela qu’il faut savoir profiter de ces parenthèses absurdes. Une parenthèse bienvenue ainsi dans une compétition toujours autant monopolisée par les drames lourds., même s’il convient de reconnaître un brin de folie avec également la sélection de Ma Loute de Bruno Dumont.

            L’an passé, le tout aussi absurde et mélancolique The Lobster remportait le Prix du Jury. Peut-être que le jury de George Miller sera aussi enthousiaste sur Toni Erdmann à l’issue de la compétition. Toni Erdmann confirme la découverte et redonne une place de choix au cinéma allemand qui ne nous avait jamais autant ému et fait rire à la fois. Derrière toute la mélancolie et la tristesse des personnages, Toni Erdmann est une odyssée feel-good-moviesque qui témoigne de l’urgence de vivre, du trop-sérieux de la vie et de la difficulté de trouver l’épanouissement. Assurément un candidat de choix pour une place au palmarès, et ce n’est pas les fous rires d’une salle cannoise conquise qui diront le contraire.

Toni Erdmann
Un film de Maren Ade
Avec Peter Simonischek, Sandra Hüller, Michael Wittenborn
Distribution: Haut et Court
Durée : 162min
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 17 août 2016
Allemagne- 2016

Toni Erdmann : Bande-annonce

Un thriller surnaturel sur la mystérieuse Maison Winchester

Les frères Spierig réaliseront le film fantastique Winchester, tiré de l’histoire vraie de la célèbre maison aux esprits.

Date limite a annoncé que Michael Spierig et Peter Spierig (Daybreakers, Predestination) dirigeront Winchester, un thriller surnaturel basé sur la célèbre Maison Winchester à San Jose en Californie. Le financement du film par Diamond Pictures et Bullitt Divertissement a démarré juste à temps pour le marché de Cannes et les frères Spierig ont d’ores et déjà écrit le scénario !

Le film raconte l’histoire vraie et inquiétante de Sarah Winchester, héritière de la fortune des armes à feu Winchester, dont la fameuse carabine à répétition. Après la mort soudaine de sa fille puis celle de son mari, Sarah en vient à croire qu’elle est maudite par cet héritage meurtrier et surtout hantée par les victimes de ces armes. Elle consulte alors un médium, qui lui conseille d’entreprendre la construction d’un manoir gothique qui pourra contenir les esprits des défunts. En 1884, elle achète une ferme de 8 chambres située près de Santa Clara et se lance dans les travaux. Les plans sont dessinés par Sarah elle-même qui se retire dans une pièce privée pour faire appel aux esprits, afin qu’ils lui indiquent les travaux à faire. Chaque jour, elle remettra à son maître d’œuvre les plans en question et ce pendant 38 ans. Sarah Winchester n’ayant de cesse de construire et de modifier sa demeure, convaincue que tant que la maison sera en construction, elle restera en vie.

Le mystère de la maison est surtout dû à son étrange architecture sans aucune logique : des escaliers qui ne mènent nulle part, des pièces cachées, des placards sans fonds, des fenêtres au sol, des portes qui donnent sur le vide, d’autres portes qui s’ouvrent sur des murs de briques, et une multitude de passages secrets !

Débutés en 1884, les travaux d’aménagement et d’agrandissement ont ainsi été ininterrompus, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 et 365 jours par an pour près de 50 millions d’euro.

Winchester a été développé par Imagination Design Works, qui détient les droits de la célèbre maison, ce qui permet au film de profiter des vrais locaux, lui conférant ainsi une dimension authentique. Diamond & Bullitt et et Blacklab Entertainment Australie co-financent le film.

Tout, tout de suite, un film de Richard Berry : Critique

Après Alexandre Arcady et son 24 jours, la vérité sur l’affaire Ilan Halimi, c’est au tour de Richard Berry de s’approprier « l’affaire du Gang des Barbares», qui avait profondément attristé les français en 2006. Contrairement à son prédécesseur, Richard Berry s’intéresse davantage à la détention d’Ilan Halimi, là où Alexandre Arcady s’intéressait plus à l’enquête et à la manière dont la famille vivait la progression de cette dernière.

Synopsis : Des portes explosent. Les policiers casqués, armés font irruption de nuit dans des appartements, cris, coups : défilent à l’écran les visages des interpellés. Des beurs, des blacks, des blancs. Tous ont moins de vingt ans. Ceux que la presse appellera les « barbares ». On est en février 2006. La police quelques heures plus tôt a trouvé le corps moribond d’Ilan (Halimi) sur le bord d’une route à Sainte-Geneviève-des-Bois, nu, brûlé à 80 %. Kidnappé, il a été séquestré pendant 24 jours. Il était juif. Et donc supposé avoir de l’argent. Par flash-back, le film déroule alors le fil des événements depuis le kidnapping. Courses poursuites entrecoupées de scènes où on assiste au calvaire de la victime. Moderne danse macabre qui en dit long sur la « marche » de nos sociétés.

Décadence de la violence

Images d’archives, voix off et journaux télévisés. Ainsi s’ouvre Tout, tout de suite. S’en suivent des immersions violentes dans des appartements, la police défonce des portes, des cris et des pleurs se font entendre. Les membres du gang des Barbares sont arrêtés un à un. Ainsi, le procès des hommes et femmes à l’origine de l’affaire Ilan Halimi va pouvoir s’ouvrir.
Tout, tout de suite annonce d’emblée la couleur et sera beaucoup plus sombre que 24 jours, bien que l’interdiction moins de 12 ans annonçait déjà la chose.

Richard Berry, auteur de plusieurs comédies franchouillardes pas vraiment réussies, signe ici un film noir qui, malgré des faits connus, ne peut que faire frissonner le spectateur et le prendre aux tripes. Le film est une alternance entre témoignages des membres du Gang au poste, filmés en noir et blanc, et les faits, de l’enlèvement d’Ilan Halimi et de sa séquestration, jusqu’à la découverte du corps de ce dernier au bord d’une voie ferrée. La réalisation de Richard Berry est sobre mais intense et puissante. Le noir et blanc marque parfaitement le contraste et permet aux spectateurs de souffler mais également de prendre conscience des faits qui lui sont contés. La lumière est très intelligemment utilisée et fait des scènes de séquestration de réels moments d’angoisse tant l’obscurité, synonyme de l’idéologie des « barbares » est oppressante. Aussi, le choix de cadre est très intéressant car les nombreux gros plans marquent les esprits. On retiendra ceux nous présentant les regards des ravisseurs, évocateurs et témoins d’une quête d’argent absurde reposant sur un certain antisémitisme. Mais malgré beaucoup d’efforts de réalisations, Tout, tout de suite prend quand même le chemin du thriller et du film policier un tantinet classique, qui ne peux que rappeler L’Affaire SK1 sorti l’année dernière. L’enquête est haletante mais au fond, la mise en scène et la structure narrative s’avèrent bien trop classique, même s’il est difficile de faire dans l’originalité en traitant d’un tel sujet. On retrouve des scènes propres aux films policiers actuels : écoutes téléphoniques, rendez-vous pour donner des fausses rançons ou encore coups de fil incessants. Mais le montage, qui n’est qu’une alternance entre la progression du sort réservé à Ilan Halimi et l’enquête de la Crim’, ne peut que tenir le spectateur en haleine.

Mais si Tout, tout de suite est plus convaincant que le long-métrage d’Arcady, c’est parce que beaucoup d’acteurs, qui interprètent les membres du Gang, sont inconnus du grand public, ce qui implique une certaine crédibilité au récit. Quand on voyait Pascal Elbé ou Zabou Breitman dans 24 jours, il était plus difficile d’être immergé dans les faits exposés car il y avait cette distance avec les « acteurs connus ». Ici, tous signent pour leur premier vrai rôle, exception faite pour Richard Berry, Didier Halimi dans le film, et certains autres jeunes auparavant aperçus dans des longs-métrages français. Steve Achiepo, interprète de Youssouf Fofana, chef du Gang des Barbares, est impeccable et ne laisse que présager du bon pour de futurs rôles. Les autres acteurs, comme Édouard Giard (un des membres du gang) ou Marc Ruchmann (Ilan Halimi) sont également très crédibles et parviennent à s’emparer de rôles qui sont loin d’être faciles à incarner tant ils sont emplis de sadisme, mais également de craintes et de doutes. Étonnamment, c’est Richard Berry qui pourrait être qualifié de moins convaincant dans le casting, même si deux/trois autres comédiens sonnent parfois légèrement faux, tant ils dégagent cette impression d’avoir eu des difficultés à s’approprier leur rôle.

Tout, tout de suite est un film policier haletant et un thriller réussi. Basé sur des faits réels, l’adaptation de Richard Berry puise sa forme dans certains de ses acteurs, ainsi que dans des choix esthétiques, mais elle s’avère au final extrêmement classique, mais réussie tant elle est prenante.
Il faudra songer à laisser désormais de côté l’affaire Ilan Halimi et ne plus l’adapter au cinéma. Le film d’Arcady et celui de Berry se complètent, et il n’y a plus rien qui puisse être réellement ajouté au récit, Tout, tout de suite étant des plus fiables.

Tout, tout de suite : Bande-annonce

Tout, tout de suite : Fiche technique

Réalisation : Richard Berry
Scénario : Richard Berry, Morgan Sportès, d’après l’oeuvre de Morgan Sportès
Interprétation : Richard Berry, Steve Achiepo, Marc Ruchmann, Romane Rauss, Idit Cebula, Édouard Giard…
Photographie : Jean-Paul Augustini
Montage : Mickael Dumontier
Musique : Harry Escott
Producteurs : Alain Goldman, Sylvain Goldberg, Serge de Poucques, Thomas Langmann
Sociétés de production : Légende Films, Boucan Films, UMedia
Distribution (France) : Légende Distribution
Durée : 111 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 11 mai 2016

Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement.
France – 2016

Cannes 2016 : Neruda de Pablo Larrain (Quinzaine des Réalisateurs)

La Review de Cannes : Neruda de Pablo Larrain

Synopsis : 1948, la Guerre Froide s’est propagée jusqu’au Chili. Au Congrès, le sénateur Pablo Neruda critique ouvertement le gouvernement. Le président Videla demande alors sa destitution et confie au redoutable inspecteur Óscar Peluchonneau le soin de procéder à l’arrestation du poète. Neruda et son épouse, la peintre Delia del Carril, échouent à quitter le pays et sont alors dans l’obligation de se cacher. Il joue avec l’inspecteur, laisse volontairement des indices pour rendre cette traque encore plus dangereuse et plus intime. Dans ce jeu du chat et de la souris, Neruda voit l’occasion de se réinventer et de devenir à la fois un symbole pour la liberté et une légende littéraire.

            Extrêmement déroutant ce nouveau long métrage de Pablo Larrain (No, El Club). En faisant le portrait de Pablo Neruda, célèbre poète communiste sud-américain, Pablo Larrain évite le classicisme et prend le parti-pris audacieux de représenter le célèbre poète communiste sous le prisme de l’imaginaire chilien. Raconté comme un immense poème onirique, Neruda surprend par ses intentions visuelles aux allures de grand film d’époque dopé à l’éclatement de la narration. Pas sûr que tous apprécieront l’étonnante singularité du film.

            Par son apport poétique, Pablo Neruda est une gloire reconnue mondialement puisqu’il a obtenu le Prix Nobel de Littérature en 1971. Le récit du sixième long métrage de Pablo Larain démarre donc en 1947 autour de cette figure symbolique qui fût sénateur communiste dans son pays natal. Opposé au gouvernement populiste en place et désormais considéré comme un traître, il n’a pas d’autre choix que de fuir. Ainsi, de ses cachettes à sa traversée de la Cordillère des Anges, Neruda passe d’aventures en mésaventures, poursuivi par un enquêteur imperturbable.

            Plus que la réalité des faits, c’est l’impact dans l’imaginaire populaire chilien qui intéresse le cinéaste. Il est un intellectuel, un combattant, un charmeur de ces dames, un poète, un diplomate que Larrain tente de faire réfléchir sur son introspection, le tout avec la volonté de le descendre de son piédestal (un homme comme un autre, avide de luxure et d’égocentricité) tout en le maintenant à la hauteur du symbole qu’il représente. Avec quelques films sombres à son actif (Tony Mareno revenant sur le putsch du Général Pinochet ou El Club sur les prêtres pédophiles), Pablo Larrain déborde de folie dans ce film lyrique original qui se démarque par la forme en miroir de son récit. Dès lors que Pablo Larrain s’enflamme sur la relation fantasmée entre Neruda et son poursuivant, le film devient un anti-biopic déconcertant qui sublimera les cinéphiles avertis et surprendra les spectateurs moins réguliers. A cet instant, Neruda devient une icône, un objet de fascination autant pour le peuple que pour son poursuivant qui devient le héros d’une histoire annexe. Ce dernier commente en voix-off cette étrange chasse à la souris dans lequel il serait le chat déterminé à attraper sa proie. Dans ce monde où la véracité des faits laisse place à l’imagination fantasque, le policier devient une sorte de personnage de fiction qui parcourt la vie de Neruda. Il est celui qui le rend plus iconique encore.

            Il y a quelque chose de fondamentalement hollywoodien dans ce film, que ce soit par la représentation fantasmée à l’excès de la vie de Neruda, l’utilisation régulière et étalée dans le film d’un thème musical principal et son parti-pris visuel qui dévoile volontairement les ficelles des effets spéciaux de l’époque, comme pour bien montrer que Neruda n’est pas à prendre au pied de la lettre. Pablo Larrain se laisse emporter par le souffle épique de cette existence rocambolesque. Si l’interprétation des acteurs est tout ce qu’il y a de plus convenable, on est malgré tout très loin de la magnificence de l’existence et le combat de Neruda. Par sa ressemblance troublante avec le poète, Luis Gnecco incarne ce rôle complexe avec simplicité et efficacité, mais loin de la grandeur d’un chilien reconnu internationalement. A ses côtés, Gael Garcia Bernal incarne son poursuivant avec un air froid et impassible et des yeux constamment plissés, sans qu’il ne quitte cette attitude de tout le film.

            Dès lors que Pablo Larrain s’autorise tout ce qu’il veut par la liberté fantasmée de cette icône, le film a tendance à irriter dans certains de ses parti-pris notamment lorsque des personnages discutent d’un seul et même sujet mais découpé au montage dans divers endroits, comme pour montrer qu’il est question de Neruda, partout et tout le temps. Sauf que le procédé répété à force anéanti l’audace initiale. Reste donc ce road-movie irrévérencieux qui déstabilisera les esprits les plus cartésiens tandis que ceux qui accepteront l’idée de s’ouvrir à une nouvelle forme de narration seront charmés. Pour bien saisir toute la singularité du film, il faut se tourner vers Pablo Larrain qui ne pouvait pas trouver plus métaphorique que dire : « C’est plus un film à la Neruda qu’un film sur Neruda ».


Neruda
Un film de Pablo Larrain
Avec Gael Garcia Bernal, Alfredo Castro, Luis Gnecco…
Distributeur :Wild Bunch
Durée : 108 minutes
Genre : Drame, Biopic
Date de sortie : indéterminée

Chili, Espagne, Argentine, France – 2016

Neruda : Bande-annonce

Money Monster, un film de Jodie Foster : Critique

Il y a cinq ans, Le Complexe du Castor avait, malgré son pitch peu affriolant, été une agréable surprise, nous faisant ouvrir les yeux sur le talent de réalisatrice de Jodie Foster, qui en était déjà à son troisième film.

Synopsis : Lee Grant est la vedette d’une émission de conseils boursiers. Lorsque l’action d’une entreprise vient de chuter alors qu’il avait promis à ses spectateurs qu’elle était viable, l’un d’eux, qui a tout perdu dans l’opération, décide de prendre le présentateur en otage. Malgré l’événement, l’émission continue à être diffusé en direct, faisant ainsi exploser l’audimat en même temps que la peur de l’équipe technique.

Mon ennemi, c’est la finance !

A l’occasion de son quatrième passage derrière la caméra, celle qui fut autrefois révélée dans Taxi Driver et a depuis travaillé avec quelques-uns des plus grands (de Zemeckis à Jeunet en passant par Allen et Polanski), décide de s’en prendre à un sujet décidément très à la mode : la finance. Contrairement à Margin Call et The Big Short, qui nous immergeaient dans les coulisses du petit monde des traders pour mieux en comprendre les ficelles, le scénario de Money Monster va se focaliser sur les conséquences des dérives du système boursier à travers un schéma qui rappelle immanquablement celui de John Q. (Nick Cassavetes, 2001) ou, pour remonter plus loin, celui d’Un après-midi de Chien (Sydney Lumet, 1976) : celui d’une prise d’otage en guise d’acte de dernière chance de la part d’une victime de la société qui n’a plus rien à perdre. Plutôt que de s’attaquer directement à la bourse de Wall Street ou à la société sur laquelle il a misé son argent, le preneur d’otage va viser le présentateur vedette d’un show qui lui a conseillé de faire cet investissement dans lequel il a tout perdu. Une approche intéressante dans le sens où elle allait permettre de lever le voile sur la connivence malsaine entre les grands médias et les institutions boursières.

Malheureusement, cette potentialité dénonciatrice va être complétement tronquée par la façon dont les scénaristes ont défini leurs protagonistes. Alors que la relation entre le kidnappeur et son otage aurait logiquement pu faire écho à celle présente dans 99 Homes, soit le profiteur et sa victime, l’absence de parti-pris dans l’antagonisme des deux personnages est symptomatique d’une consensualité regrettable. L’introduction bâclée du personnage de George Clooney, en véritable gourou à la fois de l’entertainment télévisuel et du boursicotage, nous empêche de voir en lui l’être cynique que l’on aurait aimé y trouver pour mieux le détester. C’est à croire que, comme Tom Hanks, l’égérie Nespresso est atteinte du « syndrôme Cary Grant », empêchant de faire de lui, même dans ses rôles les moins reluisants (chez les Coen ou dans In the Air), un individu fondamentalement méchant. De son côté, le personnage du preneur d’otage, alors que l’on aurait aimé y voir un symbole à la fois humaniste et anti-système digne d’un film de Franck Capra, et que le nom de Jack O’Connel (découvert dans 71’ et Les Poings dans les murs) est associé à une agressivité bouillonnante, il apparait comme un loser pathétique envers lequel toute empathie est difficile à installer. Conséquence directe de ces caractérisations bien trop lisses, le rapport de force de leur face-à-face se retrouve privé de tension dramatique.

Alors que George Clooney semble n’être là que pour apporter une certaine exubérance assez amusante, ce sont finalement de deux autres personnages que le suspense va naitre: d’une part celui de Julia Roberts, en réalisatrice dépassée par les évènements, dont on va partager le stress, en l’occurrence pour savoir si elle va réussir à tenir l’émission jusqu’au bout. C’est donc grâce à son point de vue, depuis la régie, que le dispositif de la prise d’otage en direct va devenir tendu, à la manière de Mad City (Costa Gavras, 1998) ou Breaking News (Jonnie To, 2004). D’autre part, celui du commissaire de police en charge de la libération, incarné par Giancarlo Esposito, participe à ce semblant de suspense. C’est en effet dans l’effervescence des forces de l’ordre que la tension va le plus devenir palpable. Le contre-champ de l’action sur le public va fâcheusement être sous-exploité alors que l’importance du buzz provoqué, un sujet qui n’apparaitra que dans les dernières minutes, aurait mérité d’être le cœur même d’un tel scénario. On pourra d’aileurs regretter la présence de la dernière scène, très didactique, alors que le plan qui l’a précédé (une partie de baby-foot qui reprend, comme si tout était déjà oublié) était d’un fatalisme étonnant.

Ce ne sera que dans le dernier tiers, après plus d’une heure d’un huis-clos aux enjeux et à l’intensité limités (et que la mise en scène n’a su le rendre oppressant), que le véritable thriller financier que l’on attendait tant va commencer à se mettre en place. Une intrigue qui, de facto, manquera de temps pour se développer et, encore une fois, faire émerger un véritable suspense. Dès les premières minutes du film, on aura compris que le grand méchant de cette petite affaire est incarné par Dominic West (toujours aussi magistral et nuancé), autant dire que cette intrigue rapidement expédiée est privée de rebondissement. D’autant qu’elle se développe grâce au recours de personnages trop stéréotypés pour rendre l’ensemble crédible : l’informaticien coréen, le révolutionnaire incorruptible sud-africain et le hacker geek islandais, mais surtout cette invraisemblable dircom/maitresse dont l’extrême candeur va être brisée en découvrant que son patron est un gros enfoiré. Et tout ça pour quoi ? Pour nous dire que le modèle financier moderne n’est peut-être si mauvais, mais que ce sont certains de ses vils dirigeants qui en font un système économique amoral. Un discours politique certes dans l’air du temps, mais dont le manichéisme vient confirmer la consensualité dont souffre ce long-métrage.

Jodie Foster fait finalement plutôt bien son travail puisque, malgré un scénario convenu qui passe complètement à côté de son sujet, elle réussit, grâce à un montage rythmé et à un George Clooney qui ne se prend pas au sérieux, à mettre au point un sympathique petit thriller. Loin du film à charge que l’on en attendait, c’est donc à un petit divertissement du dimanche soir que nous avons droit et, bien sûr, à la présence d’un casting quatre étoiles qui, à lui seul, a valu au film d’être diffusé à Cannes.

Money Monster : Bande annonce

Money Monster : Fiche technique

Réalisation : Jodie Foster
Scénario : Jim Kouf, Alan DiFiore, Jamie Linden
Interprétation : George Clooney (Lee Gates), Julia Roberts (Patty Fenn), Jack O’Connell (Kyle Budwell), Caitriona Balfe (Diane Lester), Dominic West (Walt Camby), Lenny Venito (Lenny), Giancarlo Esposito (Marcus Powell)…
Photographie : Matthew Libatique
Montage : Matt Chesse
Musique : Dominic Lewis
Direction artistique : Deborah Jensen
Producteurs : George Clooney, Daniel Dubiecki, Grant Heslov, Lara Alameddine
Sociétés de production : Smoke House Productions, Allegiance Theater, LStar Capital, TriStar Pictures, Village Roadshow Productions
Distribution (France) : Sony Pictures
Présence en festival : Diffusion hors-compétition à Cannes 2016
Durée : 95 minutes
Genre : Thriller
Date de sortie : 12 mai 2016

Etats-Unis – 2015

Cannes 2016 : Cafe Society, de Woody Allen (Hors Compétition)

Cafe Society, la review cannoise

Woody Allen ouvre la 69ème édition du festival cannois avec Cafe Society, un film jazzy, passionné, émouvant, beau, très drôle et très piquant envers le cinéma, notamment le festival.

Synopsis : L’histoire d’un jeune homme, juif new-yorkais, Bob, qui étouffe auprès de ses parents, petits bijoutiers, et qui se rend à Hollywood dans les années 1930 avec l’espoir de travailler dans l’industrie du cinéma. Il compte sur l’appui de son oncle, prestigieux agent de stars et tombe amoureux de la secrétaire de celui-ci, Vonnie, sans savoir qu’elle et son oncle sont amants. Il se trouve plongé dans la vie effervescente et superficielle d’Hollywood qui le lasse assez vite. Arrivera-t-il à conquérir la fille ? Restera-t-il en Californie ? Qu’adviendra-t-il de son frère gangster ?

            Une voix-off nous parle d’individus, suivis par la caméra. Tous font partie d’une même famille juive de New-York, les Dorfman. Le plus jeune, Bobby (incarné par Jesse Eisenberg) veut avancer dans la vie. Pour ce faire, le protagoniste décide de se rendre en Californie, notamment à Hollywood, chez son oncle Phil (interprété par un Steve Carell brillant), un agent de stars qui enchaîne les succès, grâce à qui il pense trouver du boulot. Alors qu’il voit enfin son oncle pour un entretien d’embauche, il a le coup de foudre pour sa secrétaire Vonnie. Cependant, celle-ci est en couple avec un homme que Bobby connaît bien : son oncle. S’en suit un trio amoureux doux-amer, drôle et précis grâce à ses dialogues écrits avec une minutie et un sens de l’écriture dont seuls Woody Allen est capable. Si Cafe Society a des airs de « beaujolais nouveau » (il utilise les métaphores des vins pour parler de ses films dans son entretien avec Jean-Michel Frodon, Conversation avec Woody Allen, Plon, 21 décembre 1999), c’est-à-dire un jeune cru agréable et fruité, classique, mais pouvant être plus ou moins bon selon l’année, son nouveau film n’est pas juste un très bon beaujolais. Non, c’est un grand cru Allen-ien.

            Oui, nous pouvons penser le film comme un best-of de Woody Allen : une famille juive, la passion de New-York, la présence du cinéma dans la diégèse, les répliques géniales des personnages, leur écriture, la présence importante de la musique Jazz, des relations amoureuses complexes, des amitiés (et alliances) se formant malgré divers événements, une intrigue policière ou des voyous / gangsters, la critique des médias (ou d’un médium), de l’humain, de la vanité, de la bêtise, entre autres. Qu’apporte alors Cafe Society ? Woody Allen travaille depuis plusieurs décennies hors du système des studios, et ici le critique, avec subtilité et humour. Quoi de plus amusant que d’entendre au début du festival de Cannes, dans une de ses salles obscures, des personnages dire ceci : « Oh tu es avec une de ces grandes stars hollywoodiennes ? » – « Non, pour qui me prends-tu, je ne suis pas superficiel ! ». Allen ne cessera d’exposer et de dénoncer la superficialité, la vacuité, l’artificialité de ce mensonge d’or nommé Hollywood.

           Plus tôt en cette année 2016, précisément en février, Ave César ! des frères Coen sortait sur nos écrans français. Le film visait à nous redonner foi en le cinéma, en réaffirmant sa puissance magique, la force de ses images évocatrices avec ses couleurs, ses genres, ses corps, ses formes, ses discours. Le héros tentait de maintenir ses fantasmes, gloires et glamours, s’arrangeant malgré des vérités justement peu glorieuses. Tel un moine-guerrier d’une religion instable, le protagoniste incarné par Josh Brolin servait l’équilibre et l’unité de la grande institution Hollywood, qui n’a pas perdu toute sa foi. Cafe Society ne mâche aucun mot. Si Allen est probablement fasciné par les figures du cinéma hollywoodien, avec notamment cet agent de stars au rythme de vie délirant : il peut présenter une personne, lui dire un mot puis passer à un autre sujet pour ensuite présenter quelqu’un d’autre. Aussi il est très peu présent, souvent en mouvement, remportant ainsi de gros contrats. Fasciné n’est peut-être pas le mot juste, « amusé » l’est bien plus. Cet amusement virera souvent à la critique ironique et cynique d’Hollywood et ses sbires.

Si le bruit, les brillants et les conversations veinales de richards / stars ne font pas partie des hobbies de Woody Allen, on peut se demander pourquoi il est venu à Cannes. Pour vendre son film bien sûr. Se réaffirmant comme un juif bourgeois et cultivé – notamment au jazz – de Greenwich Village, Allen confirme et même réaffirme son identité, et pousse ainsi un petit cri d’aigreur et d’exaspération en pleine ouverture de Cannes : « Je veux retourner à New-York, chez moi, loin d’ici, loin de ces conneries. »

Café Society
Un film de Woody Allen
Avec Jesse Eisenberg, Kristen Stewart, Steve Carell…
Distributeur: Mars Films
Durée : 96 minutes
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie: 11 mai 2016
Etats-Unis – 2016

Café Society : Bande annonce

Cannes 2016 : L’Economie du Couple de Joachim Lafosse (Quinzaine des Réalisateurs)

La Review de Cannes : L’Economie du Couple de Joachim Lafosse

Synopsis : Après 15 ans de vie commune, Marie et Boris se séparent. Or, c’est elle qui a acheté la maison dans laquelle ils vivent avec leurs deux enfants, mais c’est lui qui l’a entièrement rénovée. A présent, ils sont obligés d’y cohabiter, Boris n’ayant pas les moyens de se reloger. A l’heure des comptes, aucun des deux ne veut lâcher sur ce qu’il juge avoir apporté.

            Après les vastes plaines désertiques d’Afrique des Chevaliers Blancs où Vincent Lindon se persuadait d’avoir une conscience humanitaire en même temps qu’il essayait de redonner une chance à son couple avec Louise Bourgoin, Joachim Lafosse privilégie le retour à l’espace clos et intimiste d’une maison où un couple séparé n’a aucune autre alternative que celle de continuer à vivre ensemble.

            Cette économie du couple, on la retrouve donc partout dans le film. Que ce soit dans le partage des jours de garde, des tâches, de l’espace domicilial, des amis, des disputes, des emmerdes et des bons moments. Ainsi, chacun réfléchit à la part qu’il a dans le couple et par extension définit ce qu’il représente, ou du moins représentait au sein de ce système. C’est cela l’économie dont parle Joachim Lafosse, celle qui figure aujourd’hui le lot de milliers de couples dans une société où l’on peut désormais se séparer aussi rapidement que se (re)mettre ensemble. Le personnage de la mère de Bérénice Béjo interprétée par Marthe Keller explique clairement qu’avant « on réparait les choses, on ne les jetait pas« . On se battait pour sauver son couple au lieu d’abandonner aussi facilement. Joachim Lafosse montre alors que derrière le divorce rapide se cache des couples qui n’ont pas d’autres choix (généralement par manque de moyens financiers) que de continuer à rester ensemble quand bien même ils ne se supportent plus. C’est donc le lot exécrable de deux êtres qui ne se supportent plus mais que doivent supporter la famille, les amis et les enfants.

            Comme dans Les Chevaliers Blancs, Joachim Lafosse confirme qu’il sait diriger habilement ses comédiens. On n’avait pas vu Bérénice Bejo depuis l’échec Le Dernier Diamant en 2014 et pour son retour, elle retrouve comme une coïncidence un personnage assez similaire à ce qu’elle avait été dans Le Passé d’Asghar Farhadi, soit une dénommée Marie en instance de divorce. Soit une femme froide et figée. Déterminée dans ses intentions de faire partir son ex-compagnon, elle démontre une facette nuancée d’un personnage attachant qui se voit rongé malgré tout par la mélancolie d’un amour perdu et d’une situation invivable à la maison. A ses côtés, un personnage complexe incarné par Cédric Kahn que l’on connaît davantage pour ses réalisations (Une vie meilleure, Vie Sauvage) que pour ses prestations d’acteur. Un élément qui n’a aucune valeur ici tant il est épatant dans un rôle musclé et franc qui le pousse dans des excès de colère déments.

            Tout comme Sieranevada et avant Juste la fin du monde, on se retrouve à table pour laver son linge sale avec son entourage. Il y a ce malaise poignant où lors d’un dîner avec ses amis, Bérénice Bejo refuse que son ex-compagnon vienne à table. C’est le moment pour lui de venir se donner en spectacle, hurler, faire monter la tension et montrer sa rancoeur envers ceux en qui il éprouvait autrefois une certaine sympathie et qui ont « choisi leur camp« . Ce qui est remarquable, c’est que la violence se fait avant tout par les mots et l’humilation psychologique et que jamais Joachim Lafosse ne tombe dans la facilité de faire exploser physiquement ses personnages. Toute la finesse de l’écriture du scénario provient également de la multiplicité des états amoureux dans lesquels se retrouvent les deux personnages, allant de la haine à l’amour en passant par le mépris et l’hystérie. Le fait qu’il est possible de retomber dans les bras de l’autre laisse à penser que Joachim Lafosse croit que l’amour entre deux personnes ne disparaît jamais vraiment. Et pourtant, c’est toujours l’économie qui rattrape ces personnages fixés sur leur part commune et leur intérêt matériel.

            Par la simplicité de sa mise en scène (successions de plans longs figés en huis-clos) et malgré quelques étirements, le cinéaste belge réussit à tenir le rythme d’un procédé casse-gueule et à nous toucher en plein coeur. S’il arrive que le film se fasse long, c’est sans doute pour nous faire ressentir à quel point le temps semble pesant lorsque l’on vit avec une personne qu’on ne supporte plus dans un espace aussi clos. C’est dans ses dernières minutes que la caméra se décide enfin à sortir de cet oppressant appartement, comme une manière de résoudre définitivement la situation  de ce couple.

            L’Economie du Couple est une autopsie remarquable de la complexité des sentiments amoureux dans une séparation. De belles nuances ponctuent cette sincère et émouvante descente aux enfers de deux anciens amants. Simple et bouleversant.

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L’Economie du Couple
Un film de Joachim Lafosse
Avec Bérénice Bejo, Cédric Kahn, Marthe Keller…
Distributeur : Le Pacte
Durée : 98 minutes
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : indéterminée

France, Belgique – 2016

L’Economie du Couple : Bande-annonce