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Silence : on connaît la durée finale du nouveau Martin Scorsese

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Dans la course aux Oscars, plusieurs films se démarquent par leurs sujets, leurs ambitions ou leurs auteurs : c’est le cas de Silence, dernière œuvre de Martin Scorsese après Le Loup de Wall Street, qui semble se prédestiner à une belle carrière en festival. Après de nombreuses rumeurs, la durée finale du long-métrage à été dévoilée et cette décision pourrait diviser les spectateurs.

C’est un projet qui en fait saliver plus d’un. Silence, le nouveau long métrage de Martin Scorsese, réalisateur légendaire qu’on ne présente plus, sortira en salles le 23 décembre prochain dans les salles américaines, avant une sortie française le 18 janvier 2017. Long-métrage aux ambitions christiques, philosophiques et oniriques, le film narre les persécutions religieuses subies par des missionnaires jésuites portugais dans le Japon féodal du XVIIe siècle. Pourvu d’un casting de rêve (Andrew Garfield, Liam Neeson, Adam Driver, Ciaran Hinds et Tadanobu Asano), il est adapté du best seller éponyme nippon, publié en 1966 et écrit par Shūsaku Endō. Alors que les rumeurs filaient bon train concernant le synopsis, le casting ou encore la durée du film ainsi que sa date de sortie, le producteur Irwin Winkler a tenu à mettre les choses au clair. En effet, il fut annoncé dans un premier temps, une durée totale et fleuve de 3h15. Cependant, cette version, très longue, aurait été écourté d’un peu plus d’une demi-heure pour atteindre 159 minutes, c’est à dire 2h39. Une annonce toujours non-officielle car tenue très au secret par la Paramount, le distributeur n’ayant toujours pas dévoilé de bande annonce du long métrage.

 

C’est le pure player américain spécialisé Deadline qui s’est entretenu avec le producteur du film et qui a donc obtenu de précieuses informations. Selon lui, il s’agit du meilleur film de la carrière de Martin Scorsese et il vise clairement les nominations aux Oscars. La star montante Andrew Garfield (révélé par les deux Amazing Spider-Man et 99 Homes), a pourtant donné une version différente des faits. Pendant la soirée SAG Foundation Q&A, durant laquelle s’est tenu une projection spéciale de Hacksaw Ridge, le prochain Mel Gibson (également dans la course aux oscars et avec pour tête d’affiche l’acteur californien), l’acteur a parlé d’une version de plus de 2h50, plus proche de la version de 3h15 annoncée précédemment. Se pourrait-il que la Paramount exige un final cut sur l’œuvre de Scorsese, quitte à l’étriquer pour la compétition officielle ? Rien n’est moins sûr. Dans tous les cas, l’attente générée par le long métrage ne cesse de s’accroître et janvier prochain n’a jamais semblé aussi loin qu’avec ce film. Reste à savoir si les supposées coupes lui seront préjudiciables dans une course aux Oscars à la concurrence des plus rudes avec des films comme Hacksaw Ridge ou La La Land, qui semble favori dans les suffrages.

Nicolas Winding Refn : « Avec Bleeder, je voulais savoir comment ne pas faire un film »

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Interview du cinéaste Nicolas Winding Refn – Après le choc cannois que fut The Neon Demon, le danois Nicolas Winding Refn (Drive, Pusher) n’en a décidément pas fini avec la France, puisqu’il a profité du Festival Lumière pour y présenter Bleeder, son deuxième film jusque ici inédit dans nos contrées. L’occasion pour lui de venir à Lyon et de se confier sur la genèse de ce projet voyant se télescoper dans un Copenhague interlope, deux histoires faites d’amour et de violence où perçait déjà le lumineux Mads Mikkelsen et celle qui deviendra sa femme, Liv Corfixen.

Tout d’abord, j’aimerais prendre le temps de vous remercier pour The Neon Demon. C’est sans conteste l’un des meilleurs films du dernier Festival de Cannes. Ça m’attriste qu’il n’ait rien gagné d’ailleurs.

Nicolas Winding Refn : Je vous en prie. Tout le plaisir est pour moi. Ce sont malheureusement des choses qui arrivent. C’est cela dit dommage car le film est très représentatif de ce qu’est voué à devenir le Festival. Enfin bon, tant pis…

En parlant de The Neon Demon, on constate qu’il est très lié à Bleeder par ses thématiques. Ce même amas de violence, de passion et de féminité. Est-ce que c’est volontaire ? Est-ce que vous pensez qu’il s’agit là du lien entre tous vos films ?

Nicolas Winding Refn : J’ai toujours pensé que je faisais des films féministes. En fait, j’aime la différence qui existe entre l’amour et l’agression. Les extrêmes, vous savez. J’aime beaucoup cet aspect là. J’ai d’ailleurs une théorie à ce sujet : si vous trouvez l’ADN d’un film qui ne bouge pas, mais que vous arrivez à bouger, ça vous accompagne, ça vous suit pour le reste de votre vie et de votre carrière. C’est ce qui m’intéresse le plus en fait, l’idée de faire des films qui n’en sont pas. Car quand ça n’est pas quelque chose, ça peut en devenir plein d’autres à la fois. Et c’est en ce que peut devenir un film, en cette multitude de potentiels, que l’on  trouve le plus de plaisir.

« J’aime la différence qui existe entre l’amour et l’agression »

Donc, le cinéma c’est pour vous, juste une affaire d’émotions ? De sentiments ?

Nicolas Winding Refn : Oh absolument ! Je pense que le cinéma, comme toutes les autres formes d’art, est une manière d’étendre les émotions. La différence est qu’aujourd’hui, le temps est devenu l’une des définitions d’un film. Si vous revenez à l’ère du muet, aux origines du cinéma, il y a toujours une définition très abstraite de la durée d’un film, de son thème/genre. Et ça cloisonne absolument tout. Depuis 100 ans, c’est devenu de plus en plus contrôlé. Mais à cause de la révolution digitale et de l’avènement du numérique, on voit que le cinéma est en train de renaître et cette évolution amène avec elle un champ de possibilités infinies.

En parlant de films, on sait que vous êtes un grand cinéphile de la trempe de Martin Scorsese ou Quentin Tarantino. Est-ce que par conséquent, le personnage de Mads Mikkelsen dans Bleeder peut être considéré comme votre alter ego ?

Nicolas Winding Refn : Je vous arrête tout de suite. Je ne peux pas revêtir cette couronne là, car je pense que Tarantino et surtout Martin Scorsese peuvent allègrement me balayer question connaissances. Mais je pense surtout que quand j’étais jeune, réaliser était pour moi une forme d’art tout bonnement fascinante, d’où le fait que j’y ai passé le plus clair de mon temps. Mais vous savez, chaque film que je fais possède une part autobiographique. Par exemple, mon premier film, Pusher, répond surtout à ma fascination pour les films de bandits/mafieux. Au début, c’était vrai, il y avait une dimension autobiographique mais ça a changé, je suis devenu suffisamment lucide pour dire que ce n’était plus ma vie, j’étais seulement devenu bon pour lui donner une forme documentaire. Mais vous savez, avec Bleeder, je voulais vraiment savoir comment ne pas faire un film. Après ça, quand je suis retourné derrière la caméra, je me suis rendu compte que ce n’était plus pareil. Plus aussi exaltant qu’avant. J’y prenais moins de plaisir et j’étais quelque peu désintéressé de tout ça. Pour en revenir à Pusher, je ne peux cela dit pas prendre ma vie pour modèle. Ironiquement, quand ma mère a vu Drive au Festival de Cannes, la première chose qu’elle a faite, ça a été de me dire que ça ressemblait à Bleeder

Alors que ça n’était pas du tout votre intention car Drive est très différent de Bleeder

Nicolas Winding Refn : Il y a la même obsession avec les extrêmes…

Et la violence ?

Nicolas Winding Refn : Si on veut oui. Mais pas avec la violence malsaine si je puis dire. Dans ce film là, la violence devient une catharsis presque surréaliste, et l’histoire d’amour entre Carey et Ryan tient surtout du rêve et du fantasme. Et c’est en quelque sorte cette idée de l’amour que je cherchais à atteindre dans Drive. Bleeder, c’est pareil, ça a la même synergie, la même logique interne.

« La diversité, c’est ma définition du succès »

On sait vos films comme étant personnels. Mais d’où est venu l’idée de Bleeder ?

Nicolas Winding Refn : Je crois que j’étais dans une situation étrange quand j’ai fait Pusher car on m’avait donné de l’argent, sans trop que je sache pourquoi. Je n’étais jamais allé dans une école de cinéma, je ne savais d’ailleurs pas comment faire un film de manière conventionnelle. J’ai pourtant décidé d’en faire un avec l’arrogance de ne pas savoir comment le faire et j’ai été très chanceux car le film a été un succès. Ce qui n’a d’ailleurs pas manqué de me perturber. Je me disais « C’est tout ? C’est ça, la fin de l’arc-en-ciel ? ». Ça devait être plus que ça, et après coup, je me suis rendu compte qu’il ne fallait plus jamais que je procède ainsi et que ça sois plus profond.

Donc, si on suit votre raisonnement, vous faites des films pour continuer à rêver ?

Nicolas Winding Refn : Et bien, c’est surtout que je suis devenu honnête avec moi-même depuis le temps. Maintenant, chaque fois que je fais un film, c’est parce que je veux le voir au cinéma. Pas en tant que spectateur mais en tant que cinéphile.

Dans vos derniers films, il y a beaucoup de musiques électroniques. En quoi sont-elles importantes pour vous ? En quoi la musique de base est importante ?

Nicolas Winding Refn : C’est vital vous savez. Ça me donne de l’inspiration et j’essaie depuis de trouver le moyen de l’incorporer à la manière que j’ai de raconter mes histoires. Par exemple, avec The Neon Demon, avant le monde de la mode, avant le film féministe, c’était la musique au cœur du projet. C’était l’ADN du film je dirais même.

Je demande car depuis que vous collaborez avec Cliff Martinez (ndlr : compositeur de Drive, Only God Forgives et The Neon Demon), la musique a une place plus importante, plus agressive.

Nicolas Winding Refn : Avec Cliff, c’est comment dire ? Différent. Parce que tous les films que j’ai fait avant Drive, je n’avais pas de compositeur attitré. J’usais de sound-designs. Quand il est arrivé, il a tout changé. Son expérience a changé la donne et a profondément changé ma vision et l’utilisation que je fais des musiques dans mes films.

Pour beaucoup de gens, vous comptez parmi cette trempe de réalisateurs qui veulent révolutionner le cinéma et notamment par le soin qu’ils donnent aux images et à la musique. Qu’est-ce que vous pensez de tout cela ? Êtes-vous d’accord ?

Nicolas Winding Refn : Et bien, je pense que c’est nécessaire de toujours aller de l’avant et de ne pas se reposer sur ses acquis, puisque si on ne le fait pas, on se fait rattraper par son passé. Du coup, je pense que le plus important n’est pas tant de révolutionner ce média mais de définir vers où l’on peut l’emmener. En tout cas, c’est ce que je me force à faire car si je ne vais pas de l’avant, j’incarne une personne à laquelle je ne m’identifie pas/plus.

Donc votre cinéma n’est pas du tout vecteur d’immobilisme comme le laisse à supposer vos images parfois léchées et statiques ?

Nicolas Winding Refn : Absolument, je vais toujours de l’avant.

Les documentaires NWR et My Life Directed By NWR montrent que vous êtes quelqu’un qui semble vraiment concerné par les critiques. Qu’est-ce que vous en pensez de ces auteurs qui vous qualifient de réalisateur visuel et qui considèrent vos films comme vides ou vains ? Est-ce que vous les « écoutez » quand vous développez vos projets ?

Nicolas Winding Refn : Et bien, je dirais que c’est normal d’écouter ce qu’on dit à son sujet car on est un peu tous vaniteux par nature. Mais je suis davantage concerné par ce qui se dit et qui peut affecter le film de manière financière par exemple. Car la clé pour faire plus de films, c’est l’argent. Vous savez, en tant que réalisateur, on devient des valeurs, des personnes sur qui investir comme à la bourse et les producteurs nous soutiennent car ils veulent récupérer leur mise de départ. Si j’étais riche, je financerais mes propres films. Mais je ne le suis pas. Donc je suis dépendant de ce critère-là et je sais par expérience le pouvoir qu’ont les médias lorsqu’il s’agit d’influer sur le succès d’un film. Vous savez, la controverse, le box-office sont des aspects de ce qu’on peut appeler le succès. Mais je le répète, je ne me sens pas directement concerné, je le suis seulement vis à vis du futur, car je pense toujours à la suite et je ne dois pas me créer des problèmes que j’aurais pu éviter.

Pour continuer sur Bleeder, je me demandais quelle était la signification du titre ? En France, le mot peut se traduire par hémophile, en l’occurrence une personne qui ne peut pas s’arrêter de saigner. Et dans un sens, Bleeder ça montre un peu ça, des choses qu’on ne peut pas arrêter comme la violence, l’amour, la passion et même la fatalité.

Nicolas Winding Refn : Oui, c’était le but. Montrer que ces phases sont avant tout des choses naturelles, qu’on ne peut stopper et qui arrivent malgré tout.

A propos de Bleeder d’ailleurs, est-ce que vous pensiez à la vue de votre « ami » Mads Mikkelsen qu’il irait aussi loin ? Marvel, James Bond, Star Wars c’est quelque chose. Vous en êtes heureux ?

Nicolas Winding Refn : Mads ? Vous savez, c’est fantastique car il a réussi à quitter le Danemark, qui est un tout petit pays et qui donne peu d’opportunités pour les acteurs de s’exprimer. On a eu la chance lui et moi d’être très ambitieux dès le départ et d’étendre nos carrières à une échelle internationale, car on savait que c’était pour nous le seul moyen de survivre dans ce milieu. En plus de ça, je pense qu’avec l’age, il s’améliore de plus en plus. Il est déjà un grand acteur, mais pour moi, c’est l’un des plus grands de la profession, qui plus est venant d’Europe.

Vous lui avez rendu visite sur le plateau de tournage de Doctor Strange ? Rogue One ?

Nicolas Winding Refn : Non. On ne socialise pas vraiment en fait. On ne se voit pas comme le feraient des amis normaux. On est amis certes mais on a rien en commun. Quand on se voit, c’est comme si on s’était perdu de vue depuis 5 minutes, alors que ça peut parfois faire 3 ans. Mais c’est une question de lien surtout. On a commencé ensemble et depuis, les meilleurs films dans lesquels il a tourné sont les miens, donc il y a un lien très fort entre nous..

On a pu voir qu’en plus de lui, Ryan Gosling est devenu en quelque sorte votre « muse ». Vous avez des projets en cours avec l’un des deux ? Les deux ?

Nicolas Winding Refn : Absolument.

Comme The Avening Silence (ndlr : film d’espionnage à Tokyo qu’écrivent le tandem Robert Wade & Neal Purvis, les scénaristes des derniers James Bond) ?

Nicolas Winding Refn : Je n’ai pas encore décidé.

En parlant de vous, est-ce qu’avec le recul, vous considérez The Neon Demon comme un succès ?

Nicolas Winding Refn : Vous savez, il a été distribué partout à travers le monde donc je pense que oui. En plus, de l’argent a été fait sur le film donc on peut dire simplement que tout le monde a été gagnant dans l’histoire.

Le succès d’un film tient donc pour vous dans sa large distribution ou juste son bénéfice du coup ?

Nicolas Winding Refn : C’est une combinaison vous savez. Ce qui m’intéresse le plus, ce à quoi j’accorde le plus d’importante en fait, c’est le fait que les gens n’arrêtent pas d’en parler autour d’eux. La diversité. Ça, c’est ma définition du succès. Et c’est, croyez moi, beaucoup plus difficile à atteindre que ce statut basique de bon ou mauvais films.

« Faire un film de la même façon que vous l’envisagiez depuis le début, c’est une forme de fierté »

En parlant de bons films, et bien que c’est difficile, lequel est votre meilleur selon vous ?

Nicolas Winding Refn : C’est difficile en effet car je ne regarde pas mes films avec cet œil-là pour tout vous dire. Mes films sont très personnels. Ils représentent ce que ma vie et moi étions à un moment donné donc c’est difficile de vous répondre…

Mais, n’y a-il pas un film dont vous êtes plus fier qu’un autre ?

Nicolas Winding Refn : Vous savez, je crois que faire un film de la façon que vous envisagiez dès le début, c’est déjà une forme de fierté. De se dire qu’on a donné sa vision, qu’on est allé au devant des difficultés et que malgré tout, on a réussi ce qu’on voulait. Cela dit, il y a des films sur lesquels je ne peux pas m’empêcher d’être (ndlr: NWR commence à mimer un visage de surprise et dégoût) mais ce n’est pas au point de vouloir revenir en arrière et tout changer.

Alors, plus facile, le film que vous avez adoré cette année ?

Nicolas Winding Refn : Contrairement aux autres réalisateurs, j’ai une vie plutôt normale ; j’ai une famille donc je ne peux pas voir autant de films qu’avant ou aller au cinéma autant que je le souhaiterais. Je me rattrape donc chez moi. Récemment d’ailleurs, j’ai vu avec ma plus jeune fille, le troisième Harry Potter en Blu-Ray. Celui d’Alfonso Cuaron. C’était fantastique.

A vous entendre, vous semblez donc être très intéressés par cet aspect du grand Hollywood ?

Nicolas Winding Refn : Absolument, j’adore regarder ce genre de films. Après, il y a cependant une grosse différence entre les regarder et les faire.

Si vous pouviez réaliser ce qu’on appelle dans le jargon un « gros film », ça serait quoi ? Batgirl ?

Nicolas Winding Refn : Je ne sais pas. Je crois que… (réflexion) ça serait Batgirl (en riant) Faudrait que Elle (ndlr : Fanning qui a joué dans The Neon Demon) veuille le faire. Mais bon, c’est important de replacer le tout dans son contexte : concernant Batgirl, c’est surtout une réponse en l’air. Je me souviens avoir été dans un festival et un journaliste, tenace, avait passé sa soirée à me demander ce que pourrait être le film de super-héros que je voudrais faire. Alors que je ne suis pas spécialement attiré par ces films là. Donc j’ai répondu BatGirl mais sans conviction.

Gros film toujours ; est-il vrai que vous aviez été envisagé pour réaliser Spectre, le dernier James Bond ?

Nicolas Winding Refn : Non c’est faux. J’ai seulement eu une réunion avec les Brocolis (ndlr : les gardiens de la licence James Bond). Juste ça. Une réunion normale comme j’en fais des dizaines avant de me lancer dans un projet. Mais réaliser un James Bond, c’est quelque chose que j’adorerais faire. Cela dit, ça reste un film de studio et ça suppose que je devrais réfléchir à ce à quoi je dois renoncer.

Vous seriez prêt à envisager la question ?

Nicolas Winding Refn : Difficile à dire. J’adore James Bond. C’est une partie de mon enfance comme tout à chacun et en plus j’adore Daniel Craig.

En parlant de ça, quel est celui de la saga que vous préférez ?

Nicolas Winding Refn : Définitivement  Au Service Secret de Sa Majesté  Parce qu’il est je trouve celui, dans la saga, qui est le mieux réalisé et le mieux écrit. Un méchant incroyable, Diana Rigg en James Bond Girl, et cette scène de fin mémorable.

BLEEDER – Bande-annonce officielle – Au cinéma le 26 octobre

 

 

The Neon Demon de Nicolas Winding Refn en DVD/Blu-Ray le 26 Octobre !

Envie de rattraper le meilleur film du dernier Festival de Cannes ? Ca tombe bien, puisque le délire mannequin du danois Nicolas Winding Refn, The Neon Demon est de sortie. L’occasion de se délecter de cette relecture de la légende de la Comtesse de Bathory, mixée avec une critique acide du milieu de la mode.

Los Angeles. De nos jours. La jeune et frêle Jesse (Elle Fanning) débarque dans la Cité des Anges pour percer dans le monde du mannequinat, milieu carnassier par nature et soumis à la plus vile bassesse. Son physique atypique lui permet rapidement de côtoyer les sommets, quitte à se récolter une pluralités d’ennemies, campées par ces femmes pour qui l’arrivée d’une nouvelle beauté sonne le glas de leur carrière. Mais tapie dans l’ombre, une menace guette car sa beauté fait l’objet de nombreux désirs et certaines femmes sont prêtes à tout pour s’en emparer.

UN CONTE GRAPHIQUE SOMPTUEUX.

Il sera difficile de donner une analyse concise de The Neon Demon, morceau de cinéma que nous a donné ce cher Nicolas Winding Refn. Film malade par essence, le film condense tout ce qui fait le sel de son style. Fable cruelle sur le narcissisme devenu caractéristique de notre époque, le film est très actuel dans ses thématiques. Reprenant cette figure du conte, qu’il avait déjà employé sur Drive en s’appropriant le mythe chevaleresque, le danois récidive ici en dressant les prémices d’un cauchemar, où se retrouve ballotté la jeune et jolie Jesse, entre rouages d’un monde implacable et femmes avec peu de scrupules et encore moins de morale. Un accent porté sur la figure féminine, une précision de l’image tenant encore une fois à un travail d’orfèvre, et un score musical de Cliff Martinez particulièrement entraînant, bref on assiste encore une fois à un exercice de style du metteur en scène borderline danois.

DES BONUS PAS SI HAUTE COUTURE. 

Forcément, passé le choc esthétique qu’aura été le film, l’intérêt sur sa conception est grand. Manque de pot, on ne pourra dire que l’on est chanceux car en plus d’interviews du réalisateur et de son héroïne Elle Fanning, on ne pourra compter que sur une maigre featurette sur la musique composée par Cliff Martinez et celle sur la réalisation. Bref, pas de quoi faire taire notre curiosité. Mais, peut-être est-ce la volonté de Refn de laisser planer le secret sur son œuvre. ET en ça, l’œuvre en deviendrait encore plus folle et plus belle.

Récapitulatif DVD / Blu-Ray 

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD Format image : 2.40, 16/9ème compatible 4/3 Format son : Anglais DTS 5.1 & Dolby Digital 2.0, Français Dolby Digital 5.1 – Sous-titres : Français Durée : 1h57

Prix public indicatif : 19,99 € le DVD

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray Format image : 2.40 – Résolution film : 1080 25p – Format son : Anglais & Français DTS HD Master Audio 5.1 – Sous-titres : Français Durée : 1h57

Prix public indicatif : 24,99 € le Blu-ray

The Neon Demon : Bande-annonce

Mal de Pierres, un film de Nicole Garcia : Critique

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Mal de Pierres, troisième sélection en Compétition Officielle au Festival de Cannes pour Nicole Garcia, mais aussi Marion Cotillard. Pour l’une, c’est à la mise en scène qu’elle s’est fait remarquée avec L’Adversaire et Selon Charlie, pour l’autre, c’était dans les premiers rôles de De Rouille et d’os et Deux jours, une nuit.

Synopsis : Gabrielle a grandi dans la petite bourgeoisie agricole où son rêve d’une passion absolue fait scandale. A une époque où l’on destine d’abord les femmes au mariage, elle dérange, on la dit folle. Ses parents la donnent à José, un ouvrier saisonnier, chargé de faire d’elle une femme respectable. Gabrielle dit ne pas l’aimer, se voit enterrée vivante. Lorsqu’on l’envoie en cure thermale pour soigner ses calculs rénaux, son mal de pierres, un lieutenant blessé dans la guerre d’Indochine, André Sauvage, fait renaître en elle cette urgence d’aimer. Ils fuiront ensemble, elle se le jure, et il semble répondre à son désir. Cette fois on ne lui prendra pas ce qu’elle nomme « la chose principale ». Gabrielle veut aller au bout de son rêve.

Elles partagent donc les honneurs de la profession mais également un chiffre, synonyme de déception puisqu’elles sont toutes les deux reparties bredouilles de la Croisette (quand bien même Marion Cotillard faisait partie du casting de Juste la Fin du Monde de Xavier Dolan, Grand Prix du Jury 2016). Cette nouvelle collaboration ne change rien à la donne et est passé à côté de tous les prix de la Croisette. Et si son absence au palmarès pourrait laisser sous-entendre que Mal de Pierres n’a pas l’étoffe d’un grand film, il faut néanmoins dépasser ce préjugé et se laisser séduire par cette adaptation romanesque d’un classicisme parfois plombant mais au récit et à l’interprétation maîtrisée d’une main de maître. Tiré de l’esprit de Milena Agus, fer de lance de la Nouvelle Vague Littéraire Sarde, le roman Mal di pietre est un ouvrage unanimement salué dans nos contrées (entres autres le Prix Relay du Roman d’Evasion, le Prix Santa Marinella et le Prix Elsa Morant) qui a permis de révéler l’auteure italienne dans l’hexagone. D’un récit qui trouve son cadre dans la Sardaigne à la toute-fin de la Seconde Guerre Mondiale, Nicole Garcia bouleverse son cadre spatio-temporel et inscrit son histoire au lendemain du conflit d’Indochine dans la France provençale, là où s’agitent les cigales et s’étalent à perte de vue les champs de blés et de lavande.

L’amour n’a plus de raison

Mal de Pierres est autant le récit d’un amour impossible que le portrait d’une femme folle d’amour. Dans une société traditionaliste des années 1950, frustrée socialement et sexuellement, Gabrielle se résout à accepter un mariage orchestré par ses parents. Son mal-être devenant trop pesant et surgissant sous la forme d’un mal de pierres (une maladie rare qui touche les reins), son mari l’enverra en cure thermale où elle fera la rencontre d’un soldat blessé en Indochine. Là, elle se libère et trouve enfin la passion qu’elle a toujours cherché auprès de ce soldat empathique, qui la touche en plein cœur par son élégante allure, sa souffrance physique et sa profondeur mélancolique. Et c’est dans la passion charnelle que les deux personnages se soignent mutuellement et oublient un temps leurs maux. A ce petit jeu, Nicole Garcia s’adonne à de formidables élans de sensualité et une scène d’amour charnelle entre Marion Cotillard et Louis Garrel. Mais les soins en cure se terminent pour les deux amants et le retour à la réalité sera extrêmement difficile. Même l’arrivée d’un enfant ne pourra lui enlever son désir de retrouver cette passion enflammée. Marion Cotillard n’a jamais laissé insensible la critique, qui lui compte autant d’adorateurs que de détracteurs. Elle s’abandonne ici dans ce personnage fragile qui a perdu la raison en même temps qu’elle a perdu la passion. Le tout avec une grâce et une justesse qui font de la comédienne l’une des plus belles représentantes du cinéma français, quoiqu’en disent ses détracteurs. Louis Garrel est plus discret, moins présent dans ce récit alors qu’il est paradoxalement le centre de toutes les attentions. En revanche, on saluera la force tranquille de l’espagnol Alex Brendemühl, un mari dévoué et mélancolique qui doit faire avec la difficile condition de sa femme.

Nicole Garcia signe un mélodrame classique, beau et pudique. Ni plus, ni moins.

De ce triangle amoureux des années 1950, Nicole Garcia brouille les pistes entre la réalité et l’imaginaire jusqu’à un final bouleversant. Car c’est bien dans sa structure narrative que le film -bien que classique- joue les faux-semblants sur le chemin de croix d’une femme brisée par les traditions sociales et son désir insatisfait. Cependant, à trop vouloir être propre, Mal de Pierres manque de souffle, d’ampleur et de sauvagerie. Tout y est trop lisse, trop appliqué, comme un devoir rendu pour faire plaisir au professeur.  Paradoxalement, c’est aussi la force de ce film qui renoue avec les chefs d’œuvres du genre et des cinéastes comme Max Ophuls, Claude Sautet ou Jane Campion. Dans ce cadre de travail, outre la maîtrise du récit et la performance des comédiens, c’est aussi l’équipe technique qui magnifie le sujet et l’emporte dans un ultime élan cinématographique. La sublime photographie de Christophe Beaucarne rend hommage à la beauté des paysages du Sud tout comme il emploie à bon escient les environnements pour leur donner la perception de Gabrielle. Ainsi, la Provence au parfum de vacances laisse un goût amer tandis que la montagne y est  magnifiée, comme la passion retrouvée de Gabrielle. Il fallait un tout aussi bon compositeur pour donner l’ampleur idéale à ce mélodrame d’une finesse assumée, et Daniel Pemberton (Steve Jobs) sait apporter les souffles lyriques aux moments opportuns tout en se montrant suffisamment discret pour ne pas alourdir le film qui veut flirter avec les grandes romances dramatiques du cinéma.

Mal de Pierres regroupe ainsi toute l’essence du grand cinéma romanesque français, à savoir une passion amoureuse impossible, une conflit guerrier en arrière-plan, un décor en bord de mer aux senteurs de l’été et un trio d’acteurs convaincants. L’académisme fièrement représentée et hommage aux grands mélodrames pourra en rebuter certains et donner l’impression que Mal de Pierres n’est qu’un énième drame bourgeois à la narration maladroite mais ce serait omettre le traitement sans fard d’une passion refoulée et la finesse d’un scénario qui donne ses lettres de noblesse à Gabrielle, un touchant personnage féminin qui s’impose comme l’un des plus beaux rôles de Marion Cotillard.

Mal de Pierres : Bande-annonce

Mal de Pierres : Fiche Technique

Réalisation : Nicole Garcia
Scénario : Nicole Gardia, Jacques Fieschi. D’après l’oeuvre de Milena Agus
Interprétation : Marion Cotillard (Gabrielle), Louis Garrel (André Sauvage), Alex Brendemühl (José)
Photographie : Christophe Beaucarne
Costume : Catherine Leterrier
Décors : Arnaud de Moléron
Montage : Simon Jacquet
Musique : Daniel Pemberton
Producteurs : Alain Attal, Xavier Amblard, Tim Martens, Fernando Victoria de Lecea
Sociétés de Production : Les Productions du Trésor, C-Films AG
Distributeur : StudioCanal
Budget : 10 300 000 €
Festival et Récompenses : Compétition Officielle Festival de Cannes 2016
Genre : Drame
Durée : 120 minutes
Sortie en salles : 19 octobre 2016

France, Belgique – 2016

Quarry, une série de Graham Gordy et Michael D.Fuller : critique du pilote

En 1972, Mac Conway, un tireur d’élite, rentre chez lui après un deuxième tour au Vietnam. Loin de la guerre il ne s’en retrouve pas moins en terrain ennemi quand, en sortant de l’aéroport, une armée de protestants et de journalistes lui reprochent une opération militaire controversée. Il ne trouvera pas non plus de réconfort auprès de son père qui va le rejeter, ni même de sa femme qui s’est trouvée un amant.

Synopsis : Dans les années 70, un tireur de la Marine de retour de la guerre du Vietnam se retrouve rejeté par sa famille et ses amis et diabolisé par le public et les médias. Désenchanté, il est recruté dans un réseau de criminels chargés de nettoyer les rives du Mississippi…

C’est un drame psychologique adapté des romans de Max Allan Collins que Cinemax (du groupe HBO) nous a proposé à la rentrée.

D’une zone de guerre à une autre

Ce premier épisode d’une durée exceptionnelle de 75 minutes nous plonge dans Memphis, une ville encore très conservatrice et traumatisée par la guerre. La minutie des décors et des costumes ainsi que sa bande-son soul nous projettent à merveille dans les années 70 et la photographie est sublime. L’atmosphère est posée dès la premiere scène : poisseuse, sombre et violente. C’est l’histoire d’un drame inéluctable dans une Amérique fatiguée et brutale.

Mac tente tant bien que mal de se réapproprier sa vie, mais la mission est quasi impossible tant il est dur pour un ex-soldat de trouver du travail. Le monde entier semble être contre lui. C’est alors qu’intervient The Broker, joué par Peter Mullan (Trainspotting, Top of the Lake), qui lui propose de devenir tueur à gages. Il refuse tout d’abord l’offre mais va vite se retrouver forcé de l’accepter (même si on le soupçonne de trouver un certain réconfort dans cette tâche familière). The Broker lui donne alors le nom de Quarry, “vide à l’intérieur, dur comme le roc”, comme une carrière (“quarry” en anglais).

Un drame psychologique

On retiendra l’échange entre Mac et un client du garage qui ne cesse de parler du Vietnam malgré les supplications du soldat qui finira par craquer et, dans une confusion d’émotions, prendra l’homme dans ses bras avant de tenter de l’étrangler. Cette scène, d’une violence inouïe, dépeint à elle seule toute la détresse psychologique de ce personnage écorché à vif par la guerre et nous donne à voir le potentiel fou de son interprète, Logan Marshall-Green (Prometheus).

Quarry nous propose un casting des plus prometteurs, interprétant avec justesse des personnages pleins de contrastes. Chacun arrive à gagner notre intérêt que ce soit Joni, la femme brisée par l’absence de son mari, Buddy, le collègue gay et complètement barré de Mac ou encore The Broker, le patron aux méthodes douteuses. C’est cette panoplie de personnages profonds et fascinants et surtout la dynamique de leurs échanges qui fait la force de ce pilote.

On retrouve un récit d’après-guerre assez classique, inspiré du Nouvel Hollywood et de films tels que Voyage au Bout de l’Enfer ou encore Taxi Driver. Néanmoins ce premier épisode réalisé avec talent intrigue. Car malgré un scénario connu, le portrait de cette Amérique en perdition et le réalisme des personnages nous captivent. On a envie d’en savoir plus, de suivre l’évolution de Mac et de voir comment il va parvenir à gérer (ou pas) son stress post-traumatique. Un traumatisme représenté de manière visuel, presque sensoriel, notamment avec cette piscine qu’on ne cesse de voir et dans laquelle il semble se noyer et pourtant y trouver, par moment, une sorte d’apaisement.

C’est avec un ensemble de personnages profonds et une esthétique des plus réussies que Quarry arrive à faire de ce récit d’après-guerre plutôt classique un pilote intense qui annonce une série poignante.

Quarry, saison 1 : Bande-annonce

Quarry : Fiche Technique

Créateurs : Graham Gordy, Michael D.Fuller
Réalisation : Greg Yaitanes
Scénario : Graham Gordy, Michael D.Fuller, Jennifer Schuur (d’après l’oeuvre de Max Allan Collins)
Interprétation : Logan Marshall-Green (Mac Conway), Jodi Balfour (Joni Conway), Peter Mullan (The Broker), Niki Amuka-Bird (Ruth Salomon), Damon Herriman (Buddy), Josh Randall (Inspecteur Tommy Olsen)…
Effets spéciaux : Spectrum Effects
Production : Greg Yaitanes, Steve Golin, Graham Gordy, Michael D.Fuller, John Hillcoat, Matt DeRoss, David Kanter, Max Allan Collins
Sociétés de production : Anonymous Content, Cinemax, NightSky Productions
Genre : Drame, thriller
Format : 8 x 52 minutes
Chaine d’origine : Cinemax
Diffusion aux USA : Depuis le 09 septembre – en US+24 sur OCS Choc

Le jeu vidéo Life Is Strange bientôt adapté en série télévisée

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Life Is Strange, l’un des jeux vidéo les plus marquants de l’année 2015, du studio français Dontnod et édité par Square Enix, va être adapté en série télévisée par le studio Legendary.

Legendary Digital Studios et Square Enix vont développer une série télévisée basée sur le jeu vidéo Life Is Strange. Ce programme sera disponible en ligne sur les plateformes de vidéo à la demande ou de streaming.

Ce projet ambitieux va être développé et produit en partenariat avec Dmitri Johnson et Dan Jevons de dj2 Entertainment qui ont déjà travaillé sur la production du futur film Sonic The Hedgehog pour le compte de Sony Pictures.

Life Is Strange est un jeu vidéo révolutionnaire et très addictif qui permet aux joueurs de se plonger dans le quotidien d’un campus américain au cœur d’Arcadia Bay, une petite ville côtière des États-Unis qui va être le théâtre d’une catastrophe météorologique. Le joueur incarne Max Caulfield, une jeune lycéenne passionnée de photographie. Lors d’une altercation dans l’enceinte de son lycée, Max va découvrir qu’elle est dotée d’un pouvoir surnaturel et exceptionnel en sauvant sa meilleure amie Chloe Price : Max a la capacité de remonter dans le temps et de changer le cours du destin. Les deux amies vont tout mettre en œuvre pour retrouver leur camarade disparue sur le campus, Rachel Amber. Les deux amies d’enfance en menant leur propre enquête vont vite découvrir que la ville recèle de nombreux secrets.

Life Is Strange a remporté plus de 75 prix. Le jeu est une création du studio parisien DontNod Entertainment. Mais c’est l’éditeur japonais Square Enix qui détient les droits de la franchise et qui dispose du droit de regard et des choix artistiques sur ce projet d’adaptation.

L’objectif avec ce programme télévisé est de toucher un public plus large qu’avec le jeu vidéo. Les deux œuvres doivent amener le public de l’un à l’autre et exister de manière autonome.

Raoul Barbet, le coscénariste du jeu, est revenu sur ces deux formats différents :

Ce ne sera pas une série parallèle au jeu mais deux créations différentes qui peuvent vivre seules chacune de leur côté.

Greg Siegel, le vice-président principal en charge du développement et de la production pour Legendary Digital Studios est très enthousiaste pour ce projet:

Life is Strange est l’un de ces rares objets qui combine des personnages et des intrigues incroyablement développés avec une jouabilité très engageante. Ces éléments s’adaptent parfaitement pour des transpositions dans une œuvre de fiction avec des acteurs. Nous ne pouvions pas être plus excités d’être associés avec Square Enix, DontNod Entertainment et dj2 pour donner vie au monde d’Arcadia Bay dans une nouvelle version excitante.

Vendu à intervalles réguliers en cinq épisodes de janvier à octobre 2015, Life Is Strange a marqué une génération entière de joueurs avec ses personnages charismatiques, attachants et féminins, son intrigue exceptionnelle, une très bonne mise en scène, la variété des situations dans chaque épisode, sa bande-son pop-folk/rock-indé de Jonathan Morali et de Syd Matters qui colle parfaitement aux personnages et à l’ambiance mélancolique et nostalgique du jeu.

La narration du jeu s’apparente aux séries télévisées, au cinéma américain indépendant et aux films de lycées. Le jeu Life Is Strange est une formidable plongée dans l’univers de la jeunesse américaine et de la difficile période de l’adolescence. Max et Chloé doivent surmonter des choix cornéliens très douloureux au cours de leurs aventures.

Le premier épisode du jeu est accessible de manière gratuite sur PC et les consoles de nouvelle génération.

Le scénario et le casting de cette série télévisée n’ont pas encore été officialisés.

Il est possible que les personnages du jeu ne soient pas dans la série et qu’une intrigue totalement différente avec des personnages nouveaux serve de cadre à cette série télévisée.

Après Warcraft (déjà adapté par Legendary), Mirror’s Edge, Assassin’s Creed et Battlefield, le jeu vidéo à la côte à Hollywood.

Life Is Strange, la série est attendue par des millions de fans à travers la planète. Espérons que ce programme télévisé soit aussi réussi et aussi marquant que le bijou vidéo ludique du studio Dontnod et de Square Enix que nous vous conseillons vivement de découvrir sur PC ou consoles.

Life Is Strange : Trailer

 

 

 

Le Festival du Film Coréen à Paris est sur le point d’ouvrir ses portes

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Du 25 octobre au 1er novembre : 11ème édition du Festival du Film Coréen à Paris

Voilà dix ans que le cinéma coréen a pignon sur rue pendant une semaine à Paris. Et pas n’importe quelle rue, puisque depuis 3 ans, le FFCP prend place sur les Champs-Elysées, et plus précisément au Cinéma Publicis. Pour sa 11ème édition, les amateurs de cinéma coréens vont être gâtés, puisque, toutes sélections confondues, le festival proposera pas moins d’une trentaine de longs-métrages, dont beaucoup d’avant-premières et quelques classiques à redécouvrir… sans compter les nombreux courts-métrages !

Parmi les films les plus attendus de l’année, on notera deux séances évènements : The Age of Shadow, le premier film d’époque – puisqu’il se déroule dans la Corée occupée par les japonais des années 20 – de Kim Jee-woon, déjà réalisateur de l’excellent J’ai rencontré le diable ; Asura: The City of Madness, un polar urbain très sombre et violent.

Dans la sélection Paysage, plusieurs films sont déjà remarqués, parmi lesquels la comédie loufoque Collective Invention, réalisée par Kwon Oh-kwang ; Dongju : The Portrait of a Poet, un biopic d’un célèbre poète réalisé par Lee Joon-ik ; The Truth Beneath, un thriller signé par la réalisatrice Lee Kyoung-mi et coécrit par Park Chan-wook ; Steel Flower, un film déchirant de Park Suk-young, mais aussi Old Days, un documentaire sur le tournage d’Old Boy.

Dans la sélection Portrait, notons également la présence de Yoon Ga-eun qui viendra présenter son premier long-métrage, The World of us.

Vous voilà prévenus : Si vous voulez découvrir les futurs succès du plus hétérogène des cinémas asiatiques, rendez-vous au FFCP !

 

Snowden : rencontre avec Oliver Stone

Rencontre avec Oliver Stone, le réalisateur de Snowden (au cinéma le 2 novembre)

Lundi 10 octobre, 13h au Plaza Athénée. Pour l’occasion, l’hôtel avait transformé l’un de ses salons de réception en salle de presse, prête à accueillir un parterre de journalistes venus de France et de Navarre, tous au rendez-vous pour écouter Oliver Stone, le célèbre réalisateur américain réputé pour ses films engagés comme Wall Street, JFK, Nixon, ou encore W. : L’Improbable Président. A l’occasion de la sortie en salles de son dernier long métrage, Snowden, le cinéaste très politisé en a profité pour évoquer ses craintes face aux dérives de la cyber-surveillance et tirer la sonnette d’alarme. 

Récit de cette rencontre bilingue à laquelle a participé CineSeriesMag, débat passionnant quoiqu’un peu houleux entre un artiste qui affirme ses convictions sans détour et des journalistes parfois désarçonnés. Au programme : diplomatie, hackers et coups de gueule ! 

I/ Stone-Snowden : une relation régie par la confiance et le respect mutuel

Pourquoi avoir choisi de faire un film sur Snowden particulièrement ? A vos yeux, est-ce plutôt un « héros » ou un « méchant » ?

Oliver Stone : Je connais personnellement Edward Snowden, j’ai eu la chance de le rencontrer à plusieurs reprises, je lui ai rendu neuf fois visite à Moscou. Il m’a dit des choses qu’il n’a jamais racontées à personne, qu’il voulait partager avec le reste du monde car il s’agit d’un sujet important. Ce sont des informations cruciales, qui ont à voir avec des questions de sécurité intérieure. Il dénonce les machinations internes de notre système de sécurité, il est le seul à être allé aussi loin, personne d’autre n’avait osé auparavant. Quant à la seconde partie de votre question, j’estime que ce n’est pas pertinent, c’est uniquement pour faire les gros titres. Regardez le film et faites vous votre propre opinion.

Pourquoi êtes-vous allé lui rendre visite en premier lieu ?

Oliver Stone : A la base je lui ai rendu visite en juin 2013 car il faisait la Une de la presse mondiale, il était en première ligne et j’étais admiratif du courage de ce jeune homme, de ce qu’il avait accompli à seulement 29 ans. Mais je n’avais pas l’intention de faire un film sur lui, je trouvais le sujet beaucoup trop sensible, controversé. Je ne fais pas dans le sensationnalisme et le buzz. Qui savait si Snowden disait vrai à l’époque ? Parfois ce genre de scandales mettent des années à être tirés au clair. Il m’a fallu du temps pour me décider.

« Snowden dénonce les machinations internes de notre système de sécurité, il est le seul à être allé aussi loin, personne d’autre n’avait osé auparavant. »

Où avez-vous rencontré Snowden à Moscou ? Vous a-t-on laissés seuls à seuls pendant vos entretiens ? Pourquoi est-il toujours là-bas ? Combien de temps doit-il y rester ?

Oliver Stone : Son passeport a été révoqué alors qu’il était en plein vol, en direction de l’Amérique latine où il cherchait refuge. Il a été intercepté et est resté coincé 90 jours à l’aéroport. Il a ensuite reçu une autorisation de séjour d’un an pour s’installer en Russie, puis son asile a été reconduit à trois ans. C’est un homme sans pays, un apatride. Je l’ai rencontré neuf fois, dans des hôtels et des bureaux. Sans lui il n’y aurait pas d’histoire.

J’imagine que vous avez vu le documentaire Citizenfour. Dans quelle mesure vous en êtes vous servi ? Cela vous a-t-il aidé ? Comment avez-vous appréhendé cet outil ?

Oliver Stone : Lorsque le documentaire est sorti, nous avions déjà entamé notre travail depuis longtemps. J’avais rencontré Snowden plusieurs fois, il avait évoqué son passé, notamment ses années à l’armée, dans les forces spéciales. J’ai voulu mettre en lumière neuf ans de sa vie, contrairement à Citizenfour qui est une sorte de docu-vérité dont l’action se déroule de manière condensée, sur cinq jours, dans la chambre d’hôtel de Snowden à Hong-Kong. On ne sait rien de lui, de sa relation avec sa compagne, ni de son travail ! Les deux approches sont pertinentes, mais ce n’est pas comparable, ce n’est pas la même perspective du tout. Dans mon film, je parle des secrets que dissimule la NSA, et honnêtement, je doute que quiconque ait compris de quoi il en retourne réellement. Snowden m’a un jour fait une confidence, il a admis avoir peur que les gens ne comprennent pas les enjeux de sa démarche, la vérité que cela cache. Il craignait une réaction apathique de la part de l’opinion publique américaine. Je voulais mettre en lumière le message, tandis que Citizenfour se focalise davantage sur le messager.  Vous savez, après avoir rendu ses révélations publiques, Snowden a été rejeté, traité de traître : on a tiré sur le messager, en disant qu’il n’était pas digne de confiance. Par conséquent, lorsqu’on se focalise sur le messager, personne ne comprend le message, le propos se perd en cours de route. La traitement réservé à Snowden est devenu le problème crucial de mon film, ce glissement dangereux qui tend à nous faire ignorer les vraies menaces : cyber surveillance, usage intempestif de drones, guerres virtuelles, etc.

« Snowden craignait une réaction apathique de la part de l’opinion publique américaine. »

II/ Paranoïa, surveillance abusive, cyber-guerres et marasme politique

Quand on fait un film sur Snowden, est-ce que cela rend forcément paranoïaque ? 

Oliver Stone : Oui, et vous devriez l’être aussi ! (rires) Surtout en tant que journalistes, vous devriez savoir que c’est très dangereux de parler à des membres du gouvernement, par exemple. Je sais de quoi je parle : Salvador, un de mes premiers films, était déjà très critique à l’égard de la politique de Reagan en Amérique centrale, cela me tenait très à coeur et je suis devenu une sorte d’ennemi public, catalogué comme une grande gueule, quelqu’un qui dit ce qui pense. On ne peut pas revenir en arrière. C’est dangereux.

On abandonne tous une part ou la totalité de nos libertés lorsqu’on se sert de notre ordinateur. Est-ce que vous et Snowden avez espoir qu’un jour une législation soit mise en place pour encadrer ces dérives ? Une protection minimale ?

Oliver Stone : Il faut espérer que le cryptage des données fasse ses preuves, mais avant tout il devrait exister des lois. Et je pense qu’il y a une loi en vigueur contre le cyber espionnage massif auquel s’adonne l’état américain à l’égard de ses citoyens. Le problème, à l’heure actuelle, c’est que la frontière entre ce qui est légal et ce qui ne l’est pas est poreuse, on a perdu la notion de ce que les services de renseignements font réellement. Qu’a-t-on le droit de faire ou non ? Il n’y a pas non plus de traité international contre les potentielles guerres virtuelles, donc nous ne sommes pas à l’abri d’une prochaine grande guerre, qui pourrait partir de Chine, de Russie, voire même des Etats-Unis. N’importe qui pourrait déclencher une guerre, des hackers, des individus isolés, des cyber-criminels. C’est très difficile à tracer, personne ne saura d’où ça vient ni jusqu’où ça peut aller. Il faut encadrer ce genre de pratiques.

« La frontière entre ce qui est légal et ce qui ne l’est pas est poreuse. »

Etes-vous frustré que cette question cruciale n’ait pas été débattue lors de la campagne présidentielle entre Trump et Clinton ? Vous sentez-vous proche de Snowden d’une certaine façon ? 

Oliver Stone : Bien sûr que je me sens proche de Snowden, bien plus que de George Bush ou Nixon, par exemple ! Mais cela ne change pas mon approche artistique en tant que cinéaste. Quant au fait que le sujet ne soit pas traité lors des débats, je pense malheureusement que ceci est lié à un manque de volonté. Personne ne veut en parler, comme la guerre. Combien de guerres implicites et illégales les Etats-Unis mènent-ils ? Combien d’attaques de drones avons-nous menées ? Combien de pays musulmans avons-nous attaqués ? Combien d’innocents avons-nous tués ? Lorsque les USA et Israël ont lancé les hostilités envers l’Iran en 2007, personne n’en a parlé alors que c’est un acte fondamental qui marque un tournant géopolitique, le début d’une nouvelle guerre. On n’en parle jamais ! On peut blâmer les médias pour leur silence, ils refusent de poser des questions compromettantes, ils marchent avec le système, corporatistes, ils sont embrigadés par le pouvoir, c’est déplorable. C’est un déclin de la démocratie ! A l’époque des débats Lincoln-Douglas ou Roosevelt-McKinley, il y avait encore des affrontements politiques dignes de ce nom ; aujourd’hui c’est devenu superficiel, c’est du spectacle, on créé du drame, on accroche les gens puis on saucissonne le débat avec des pubs. C’est très limité par le temps, les spots publicitaires, etc. Les candidats peuvent esquiver les questions, il n’y a pas d’échanges, les problématiques ne sont pas explorées, approfondies. On ne va pas au cœur du sujet. [Lors de la seconde rencontre Clinton-Trump] je suppose que les questions climatiques n’ont pas non plus été évoquées, je ne sais pas… Je n’ai pas regardé, mais du moins j’imagine. En d’autres termes, on vote par rapport à une personnalité, on en revient toujours au même point : le messager, pas le message.

« Aujourd’hui, on vote pour des personnalités. On privilégie le messager au détriment du message. »

Obama a-t-il vu le film et si oui, qu’en a-t-il pensé ? Évidemment j’ai une question subsidiaire, Obama prend des airs de Président de gauche, cool, très détendu, démocratique, hip-hop, fashion en apparence. Est-ce que finalement son administration n’est pas aussi dure qu’une administration très classique, qui soutiendrait la NSA ? 

Oliver Stone : Je ne crois pas qu’Obama ait vu mon film, je ne pense pas qu’il le regardera. Mais oui, Obama est aussi dur que Bush sur la législation de l’espionnage et de la surveillance. Pour preuve, il est plus fort que jamais, il s’est défilé sur toutes les réformes qu’il avait engagées : Guantanamo, la torture… Rien n’a changé en dépit de ses promesses. Il laisse carte blanche à la CIA, etc. C’est un leader plus efficace que Bush mais il a déçu le peuple américain qui voulait des changements, or dès l’instant où il a pris ses fonctions, il a rétropédalé. L’histoire se répète inlassablement.

III/ Les réactions de l’opinion publique

Snowden semblait très attaché à ce que son message soit entendu, alors qu’en fait rien n’a changé depuis ses révélations. Que cherche le peuple ? La sécurité ou la liberté ? 

Oliver Stone : Les gens sont stupides. Ils en font visiblement peu cas, ils sont abrutis et préfèrent ignorer la question. Ils ne comprennent pas, généralement, ils ne se sentent pas concernés et pensent « je ne suis pas menacé par la surveillance massive car je ne suis pas terroriste ». Or cela n’a aucun rapport justement. A dire vrai les terroristes représentent une part infime de la population et sont bien organisés, ils ne sont pas idiots, ils savent comment ne pas se faire repérer et éviter la surveillance ! Par conséquent, ce sont surtout les citoyens innocents qui sont espionnés ! Il faut faire la différence entre la surveillance massive et la surveillance ciblée. Ce qui est très important, c’est la surveillance ciblée, c’est efficace, cela a fait ses preuves, notamment en Europe y compris avant le 11 septembre, en France dans les années 70/80, en Italie, au Royaume-Uni, en Allemagne. A l’époque, les renseignements généraux européens faisaient leur travail, ils avaient de bonnes techniques, perçaient des réseaux à jour, etc. On ne peut pas généraliser la surveillance, c’est contradictoire, on espère intercepter par chance un appel compromettant ? Il n’y pas de logique, plus la meule de foin est grosse, plus il est difficile de trouver l’aiguille ! Ce n’est pas la bonne méthode, au contraire, ça noie le poisson. Il faut resserrer l’étau en ciblant. Plus on cherche, moins on voit. Sur un plan plus large, les gens ne réalisent pas qu’un jour ces méthodes pourraient changer le monde. Le terrorisme est un prétexte, en fait la surveillance de masse va entraîner un contrôle socio-économique total du gouvernement sur le peuple ! Admettons, on est un Président étranger (Brésil, Ukraine, Argentine, Turquie, etc), on n’est pas d’accord avec la politique appliquée par les Etats-Unis, on veut réformer : eh bien, souvent, ce qui arrive, c’est quelque chose d’indirect. Une crise, une manifestation, un changement de régime. La surveillance sous toutes ses formes est très dangereuse, l’espionnage de masse mène à de graves dérives. Il en résulte des modifications de grande ampleur qui conduisent à une soif de contrôle, une volonté de domination du monde. Or l’histoire n’a jamais prouvé qu’un Empire soit parvenu à gouverner efficacement et sereinement dans cette conjoncture presque dictatoriale ! Les Mongols peut-être, le Royaume-Uni a essayé aussi, mais a échoué et s’est engouffré dans deux guerres sanglantes. Cela ne fonctionne pas, mais mène à des désastres.

« Il faut impérativement faire la différence entre surveillance massive et surveillance ciblée. »

Qu’est ce qui vous choque le plus ? Le message ou le traitement réservé au messager ? Et est-ce que vous comprenez les gens qui déclarent : « Je n’ai rien à cacher, donc ça m’est égal »?

Oliver Stone : Effectivement dans mon film, il y a un personnage qui prononce cette réplique. Aujourd’hui, surtout parmi les jeunes, on observe une certaine insouciance, une désinvolture. Tout est divulgué au grand jour, leur vie est publique. Mais en vieillissant on se préserve, on a des secrets, des données personnelles qui peuvent être utilisées contre nous (numéro de compte bancaire, de sécurité sociale, etc). Ironiquement, Donald Trump, qui réclamait plus de surveillance, a été pris à son propre piège en étant lui-même exposé ! C’est l’arroseur arrosé, ça touche tout le monde. On s’est battus pour nos libertés individuelles et le respect de notre vie privée, notamment avec la Révolution française, pour limiter l’influence du gouvernement. Désormais, on régresse, la tendance s’inverse, le gouvernement fait de l’ingérence, on veut nous faire accepter des législations qui donnent l’autorisation au pouvoir en place de nous surveiller, nous espionner. C’est une démarche fasciste. Or on ne devrait pas faire confiance à un tel gouvernement, un gouvernement qui envoie ses jeunes au Viêt-Nam, mener des guerres injustifiées et stupides basées sur des mensonges. Aucun gouvernement n’est fiable. Il ne faut pas prendre les paroles du pouvoir pour argent comptant, mieux vaut remettre en question la politique, entretenir un rapport sain avec nos exécutants.

Au fond, votre film ne pose-t-il pas la question des lanceurs d’alerte et du sort qu’on leur réserve ? 

Oliver Stone : Si, bien évidemment. Vous savez, Snowden n’a divulgué ses informations qu’à trois journalistes à qui il faisait confiance. Il l’a fait pour le bien commun, pour servir l’intérêt public. Il ne l’a pas fait pour l’argent, il n’a pas vendu les infos, il voulait juste créer le débat, à condition que cela ne fasse de mal à personne. Les lanceurs d’alerte sont très importants dans notre société, ils percent à jours les mauvaises actions des grandes corporations, éveillent les consciences même s’ils luttent pour pouvoir s’exprimer. Ce n’est pas facile, ça ne devrait pas être si dur pour eux, il devrait y avoir des lois pour les défendre et les protéger. Ils sont laissés pour compte, mis au pinacle. Je pense notamment à l’homme qui a révélé le scandale de l’industrie du tabac (dont le combat a été porté à l’écran par Michael Mann dans Révélations) ; ou à Chelsea Manning qui est en prison depuis 25 ans et n’a pas le droit de donner d’interview… Snowden n’a pas le droit à une défense car son affaire relève de l’espionnage. Il y a aussi Daniel Ellsberg, qui a vu le film, et qui, en 1972, a tiré la sonnette d’alarme sur les pratiques du gouvernement au regard de la guerre au Viêt-Nam. Il a mis 20, 30 ans avant d’être réhabilité par le peuple américain ! En 2002 pourtant, le Time, qui est un magazine conservateur, avait consacré une couverture entière à des lanceurs d’alerte comme Erin Brokovich et bien d’autres. A l’époque, ils étaient considérés comme des héros dans la société ; aujourd’hui on ne pourrait plus faire ça, c’est un nouveau pays désormais. J’admire les lanceurs d’alerte, il faut les protéger. Sans eux, on ne saurait quasiment rien sur le 11 septembre, c’est eux qui ont révélé les secrets de Washington, de la NSA, du Pentagone, de la CIA, du FBI, en rendant publiques des informations que le gouvernement nous dissimulait. Ils se mettent en danger et sont toujours mal traités.

« Snowden a divulgué ses informations pour le bien commun, il voulait servir l’intérêt public. »

IV/ Stone, cinéaste engagé ?

Pensez-vous que le cinéma puisse être un moyen de redonner une conscience politique aux USA ? Ou constate-t-on un nivellement par le bas inéluctable à cause d’Internet, de la télévision? 

Oliver Stone : J’ai de l’espoir, je pense qu’il faut se battre, faire des efforts chacun à notre échelle. Vous en tant que journalistes, moi en tant que cinéaste… Bien sûr, tous les standards sont nivelés par le bas, mais il faut y croire, essayer. C’est comme le héros de 1984 : c’est un libre-penseur, qui s’exprime. Il a tenté de faire porter sa voix, même s’il l’a payé au prix fort par un lavage de cerveau.

Vous êtes considéré comme un cinéaste grande-gueule, qui dit ce qu’il pense. Est-ce que cette image, cette réputation vous aide, ou au contraire cela joue-t-il en votre défaveur ?

Oliver Stone : Effectivement, je suis catalogué, ce qui rend mon travail plus compliqué. Les gens ne voient pas le film tel que je l’ai fait, mais tel qu’ils s’attendent à le voir. La réception est déformée.

« Je ne pense pas au succès, je fais ce que j’ai à faire. »

Vous qui faites souvent des films politiques et engagés (Nixon, JKF, W…), qui ferait selon vous un meilleur personnage de biopic, Trump ou Clinton ?

Oliver Stone (agacé) : Pourquoi vous m’estampillez toujours comme un réalisateur politique ? C’est une vision très réductrice de ma filmographie, j’ai également réalisé un biopic musical (Les Doors, ndlr), un film sur le football américain (L’enfer du dimanche), un péplum (Alexandre). Donc c’est agaçant. Quant à Trump ou Clinton, franchement, je m’en fiche ! Ce n’est pas une question intéressante !

Comment vivez-vous la réception critique de vos films au fil des ans ? Vous en faites la promotion, vous assistez aux réactions des gens, vous remarquez l’évolution dans le traitement qui est réservé à vos oeuvres. Avant, il s’agissait de blockbusters qui réalisaient un énorme score dès leur première semaine d’exploitation, ils étaient diffusés dans les grands complexes cinématographiques, et maintenant, vos films sont presque programmés dans des cinémas d’art et d’essai, cela devient très confidentiel. Qu’en pensez-vous ?

Oliver Stone (se lève déjà à moitié de son siège) : L’art, le drame se construisent sur des fondations. Je ne fais pas des films en pensant à leur réception publique ou critique, je réalise pour m’exprimer, dire ce que j’ai envie. Je ne pense pas au succès, je fais ce que j’ai à faire.

Snowden sort en salles le 2 novembre. 

*Toutes les questions ont été posées par les journalistes présents lors de la conférence de presse

 

Timeless, une série de Eric Kripke et Shawn Ryan : Critique du pilote

En cette saison 2016-2017, le network NBC réunit le binôme Eric Kripke et Shawn Ryan (créateurs de Supernatural et The Shield) qui décident de se lancer dans le thème du voyage dans le temps à travers leur nouvelle série Timeless.

Synopsis : Le criminel Garcia Flynn décide de remonter le temps pour changer le court de l’histoire. Le gouvernement va faire appel à trois personnes, chacune spécialisée dans un domaine – scientifique, historique, et militaire – pour retrouver Flynn et l’empêcher d’atteindre son objectif…

Un voyage perdu dans le temps

Histoire vue et revue au cinéma, comme à la télévision, on pourrait se demander comment ils vont pouvoir réinventer le genre et apporter quelque chose de neuf dans ce récit plutôt classique.
Ils ont un vrai challenge à relever, surtout que nous avons d’autres séries qui traitent du voyage temporel comme The Flash, prochainement Time After Time sur ABC, ou encore LOST qui a su se démarquer par le passé.

La trame principale n’est pas des plus créative : un terroriste veut détruire le monde, le remodeler en changeant certains points cruciaux de l’histoire, et nos héros doivent le poursuivre dans le passé pour prévenir la catastrophe.
De ce fait, le pilote commence assez mal avec un pitch de départ qui ne nous accroche pas particulièrement, de peur d’avoir une poursuite sans fin où chaque épisode entraînera un nouveau voyage vers une date précise avec le méchant de la saison toujours en fuite (ce qui ressemble d’ailleurs énormément à la première saison – très moyenne – de Legends of Tomorrow, nous risquons l’overdose). Timeless risque d’être la série procédurale divertissante mais sans réel approfondissement.

Malheureusement, le show n’est pas non plus aidé par son casting porté par Abigail Spencer, Matt Lanter, Malcolm Barrett et le manque d’approfondissement de leurs personnages creux, uniquement développés en surface. On se surprend presque à retrouver Goran Visnjic dans cette nouveauté, qu’on ne présente plus depuis l’époque Urgences. Le problème n’est pas tant le choix des interprètes, mais plutôt la direction d’acteur et l’écriture du scénario qui cassent la crédibilité des protagonistes. Nous aurions pu croire en la sincérité des personnages si les scénaristes apportaient plus de matière dans l’esprit de nos trois héros, et n’essayaient pas d’intégrer de l’humour dans la narration. Ainsi, nous avons du mal à nous impliquer émotionnellement et à adhérer aux enjeux et aux choix de Lucy et ses deux partenaires.

De plus, l’histoire se montre assez cruciale et dramatique, mais on se désole de voir que ce pilote n’arrive pas à trouver le bon équilibre dans son écriture, à cause justement de ce côté quasi burlesque dans certaines situations (notamment auprès du militaire Wyatt), entraînant une rupture dans l’aspect sérieux qui devrait définir ce genre de série. Nous pourrions faire un parallèle avec Sliders, série des années 90 qui amenait un groupe de héros, non pas à voyager à travers le temps, mais à travers des mondes parallèles, qui pour l’époque était une série très divertissante, légère et bien amenée, mais reproduire ce schéma aujourd’hui ne fonctionne plus car notre manière de regarder et d’apprécier une série a beaucoup changé depuis 15 ans.
On pourrait l’apprécier à sa juste valeur si elle s’assumait pleinement en tant que série dramatique ou comique, mais les créateurs essayent maladroitement d’associer les deux, freinant notre envie d’aller au-delà du premier épisode.

Néanmoins, tout n’est pas à critiquer, le pilote montre, certes, un scénario assez plat et prévisible au départ, mais la fin de l’épisode peut amorcer des pistes plus intéressantes pour la suite.
En effet, nos héros feront tout pour stopper Flynn, mais entraîneront des conséquences irrémédiables sur notre présent, notamment pour Lucy qui revient dans un monde où sa mère n’a plus de cancer, mais en contrepartie, sa sœur n’a jamais existé. De plus, malgré la simplicité des personnages, il paraît assez logique que Flynn a un but caché, plus important que de changer le passé, il a un lien avec notre héroïne, et ne semble pas être totalement l’antagoniste premier. Pour ces raisons, le spectateur peut se montrer curieux et regarder les prochains épisodes.

Un second épisode meilleur

L’épisode consacré à la mort d’Abraham Lincoln est vraiment plus intéressant. Les conséquences du pilote créent des fragilités envers nos personnages, les rendant plus attachants et surtout plus crédibles. Nous aurons définitivement un cas procédural à chaque épisode, mais les choix qu’ils feront devraient renforcer leur caractère et développer une vraie morale et de réelles questions qui se posent dès le deuxième épisode. Jusqu’où iront-ils pour préserver le cours de l’histoire, et pourquoi ne pourraient-ils pas le changer pour créer un monde meilleur, comme le cas de la semaine : préserver notre présent en laissant Lincoln mourir, de plus, Lucy cherchera sûrement un moyen de ramener sa sœur, entraînant certains conflits avec Wyatt, à qui on a refusé de sauver sa femme. Plusieurs problèmes sont posés, et il sera intéressant de voir jusqu’à quel point ils vont changer l’histoire et quelle sera la barrière pour ne pas se prendre pour Dieu.

Malgré un pilote assez décevant par son intrigue et le sous-développement des différents protagonistes, il y a un potentiel qui sera exploité à partir du second épisode, nous donnant l’envie de venir voir la suite. Reste à savoir combien de temps cette storyline va durer, car il est clair que la série ne pourra pas durer des saisons avec pour simple quête : empêcher Garcia Flynn de changer le passé, au risque de provoquer rapidement une lassitude de la part du spectateur…

Ce premier épisode a rassemblé 7,60 millions de téléspectateurs pour un taux de 1,8% sur la cible 18-49 ans.

Timeless Saison 1 : Bande-annonce

Timeless : Fiche Technique

Créateurs : Eric Kripke, Shawn Ryan
Acteurs principaux : Abigail Spencer (Lucy Preston), Matt Lanter (Wyatt Logan), Goran Visnjic (Garcia Flynn), Sakina Jaffrey (Denise Christopher), Paterson Joseph (Mason Lark), Malcolm Barrett (Rufus)
Producteurs : John Davis, John Fox, Marney Hochant, Eric Kripke, Neil Marshall, Shwan Ryan
Société de production : Sony Pictures Télévision, Davis Entertainment, MiddKid Productions, Kripke Enterprises
Format : 42 minutes
Genre : Drame / Science-fiction

ETATS-UNIS – 2016

Hollywood Dementia : fictions hollywoodiennes en ligne & sur HBO

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Hollywood Dementia : une plateforme de récits-fictions sur les déviances d’Hollywood adaptés par HBO !

Hollywood Dementia, c’est quoi ça ?

Le site est opérationnel depuis Juin 2016 sur hollywooddementia.comLancé en Août 2015 par Nikki Finke, la fondatrice de Deadline Hollywood, Hollywood Dementia permet la publication en ligne de récits fictionnels sur la vie des professionnels du cinéma obsédés et tourmentés par ces métiers de création et d’imaginaire. Résultats : des textes originaux, audacieux, tantôt humoristiques, tantôt délirants et agrémentés d’illustrations Pop Art rétros et colorées dans la veine de Roy Lichtenstein.

« Depuis F. Scott Fitzgerald, John O’Hara et plus récemment Michael Tolkin ou Bruce Wagner, peu d’écrivains bien informés avaient réussi à aborder le Showbiz dans la fiction courte ou à se faire payer pour ça. Désormais, on peut ajouter mon nom à la liste de ceux qui tentent le challenge – et j’invite tous les scénaristes du cinéma d’Hollywood et de la télévision, les producteurs, journalistes, critiques et auteurs à se joindre à moi ! » a expliqué Nikki Finke pour vendre son projet.

N’est pas Dément qui veut !

Ce projet collaboratif (sorte de crowdfunding), la journaliste tient d’abord à y participer en tant qu’écrivaine. Le site gratuit sera dédié à la création en ligne d’histoires fictives sur la vie et le travail à Hollywood. Nikki Finke va non seulement écrire certains des textes, mais elle va surtout organiser les contributions pour les scénaristes et permettre de révéler au grand jour bien d’autres artistes. Mais les récits se doivent d’être croustillants et un tantinet borderline pour aguicher lecteurs et investisseurs !

Dès la page d’accueil, Nikki annonce la couleur avec cette citation : « Hollywood Dementia : nom définissant la détérioration des facultés intellectuelles, telles que la mémoire, la concentration et le jugement, provoquée par le travail dans l’industrie du divertissement et empêchant l’individu d’être capable de penser clairement ou de distinguer ce qui est réel de ce qui ne l’est pas. »

En clair, les récits devront raconter les déviances des stars, producteurs, scénaristes et autres réalisateurs hollywoodiens…leurs fantasmes, leurs délires, leurs malaises… Le tout en restant dans la fiction : les faits tirés de la réalité sont absolument prohibés !

How to Submit  ?

Intéressé ? L’auteur doit avant tout se montrer convainquant et être un fin connaisseur de la « mafia hollywoodienne ». Un premier tri passe par Nikki Finke elle-même car elle tient à s’assurer des connaissances de ses rédacteurs sur le milieu d’Hollywood. La journaliste exige alors qu’un e-mail lui soit adressé directement. Les volontaires devront se vendre par écrit et patienter jusqu’à ce qu’ils reçoivent enfin une invitation personnelle. Les textes ou les extraits proposés compteront entre 2500 et 8000 mots et seront sardoniques et provocateurs ou comme Nikki le dit si bien :

« Venez pour le Cynisme, restez pour la Subversion. »

Un contrat avec HBO  !

Nikki a récemment conclu un premier accord avec HBO pour utiliser les oeuvres en ligne sur Hollywood Dementia. La chaîne câblée sera donc prioritaire sur les adaptations des récits-fictions qui seront ainsi produites par Nikki Finke et Christine Vachon de Killer Films.

A ce jour, Hollywood Dementia compte déjà plus de 300 histoires loufoques et uniques pour une centaine d’écrivains triés sur le volet ! Parmi les plus lus : Jeffrey Peter Bates (The Billion Dollar Bikini que CineSerieMag vous conseille en priorité) , Ian Randall Wilson (The Business), Steven Axelrod (Necessary Monsters)… Bien évidemment, les textes sont tous en anglais. Bonne lecture & have Fun !

 

Manchester by the sea, un film de Kenneth Lonergan : Critique

Casey Affleck porte le mélodrame sur ses frêles épaules mais ne parvient pas à générer l’émotion altérée par ce scénario convenu et mal construit qui semble avoir été conçu pour satisfaire les conventions propres au Festival de Sundance.

Synopsis : Après plusieurs années passées à Boston, Lee Chandler retourne à Manchester, Massachusetts, après la mort de son frère. Il y prend en charge son neveu Patrick, mais son deuil et son retour dans la ville font renaitre en lui des souvenirs douloureux qu’il aurait voulu garder enfouit.

Le poids du passé

Même si son meilleur rôle à ce jour reste celui de Gone Baby Gone, réalisé par son frère, on peut affirmer depuis longtemps – depuis la trilogie Ocean’s diront certains, depuis Gerry diront d’autres – que Casey Affleck s’est fait un prénom, essentiellement grâce à son physique fragile et surtout à son regard capable d’en dire beaucoup, que ce soit une profonde délicatesse ou la pire des fourberies. A l’occasion de son troisième long-métrage, Kenneth Lonergan lui offre le rôle principal, celui d’un homme brisé qui va avoir à se reconstruire. Le schéma classique de « retour aux sources et confrontation au poids du passé », Casey l’avait déjà pratiqué dans l’excellent (mais méconnu) Lonesome Jim. Ici, le personnage est ancré dans sa mélancolie, toujours au bord de l’explosion intérieure, et surtout mutique. C’est cette contrainte qui rend sa prestation remarquable, car réussir à exprimer tant d’émotions en en disant si peu est le fruit d’un jeu d’acteur qui mérite d’être salué. Présent dans chaque plan, ce cher Casey est le cœur de cette quête de soi rédemptrice. Pourquoi rédemptrice ? Parce que son personnage, Lee Chandler, traine derrière lui un traumatisme qui le rend irritable et dont il cherchera inconsciemment à se débarrasser.

Ce schéma scénaristique pour le moins classique va de plus se développer via une structure narrative anodine… et terriblement maladroite. Toute la première moitié du long-métrage va ainsi se scinder entre deux axes temporels, l’une suivant ce que vit Lee, la seconde explorant ses souvenirs à grands coups de flash-backs. Mais aucune distinction visuelle n’étant perceptible entre ces éléments (et surtout pas Casey Affleck qui ne vieillit pas d’une époque à l’autre), la reconstitution de ce puzzle chronologique va peu à peu prendre le pas sur le ressenti des émotions de ces trop nombreuses scènes chargées en mélancolie. Ce dispositif poussif ne fait naitre qu’un seul et unique enjeu: celui de deviner quel est ce drame qui hante Lee. Lorsque la réponse nous est dévoilée, à mi-parcours, la scène fait l’effet d’une révélation si attendue que là encore son potentiel lacrymal tombe à plat.

Une fois passé ce nœud dramaturgique, la seconde moitié adopte, à quelques passages près, une narration linéaire, entièrement concentrée sur la relation délicate entre Lee et son neveu Patrick. Interprété par le très prometteur Lucas Hedges (Moonrise Kingdom, Zero Theorem…), le jeune homme devient, dans sa volonté d’aller de l’avant alors que son oncle reste muré dans sa peine, son pendant optimiste, et inéluctablement le vecteur de cette inévitable rédemption. Là encore, la trame de cette reconstruction familiale est un parcours attendu, que le réalisateur parvient à ne pas rendre trop grossier grâce au choix de privilégier un semblant de légèreté à du pathos lourdement appuyé. L’exemple le plus parlant restant cette scène des retrouvailles entre Patrick et sa mére sous l’égide d’un beau-père incarné par l’acteur fétiche de Lonergan, Matthew Broderick (WarGames, La Folle Journée de Ferris Bueller…) grimé pour l’occasion en bondieusard ultra-puritain.

L’unique nom féminin sur l’affiche est celui de Michelle Williams (Brokeback Mountain, Blue Valentine…) qui est essentiellement présente dans les flashbacks de Lee, ce qui ne lui laisse que peu de place pour faire preuve d’une prestation aussi remarquable que celles de ses partenaires masculins… une remarque qui pourrait en fin de compte s’appliquer à chacun des personnages secondaires, trop peu développés. Parce que Manchester by the sea ne repose finalement que sur ses acteurs principaux, on ne retiendra de ce mélodrame familial que la performance de Casey Affleck, sans que l’on puisse pour autant la qualifier de « meilleur rôle de sa carrière ». Il se pourrait même que son jeu tout en retenue soit en somme contre-productif, tant le filtre qu’il impose au regard de son personnage taciturne sur le drame qu’il traverse participe au manque d’emphase que le spectateur va avoir avec l’universalité de la situation. En plus d’être trop classique, sur le fond comme sur la forme, pour être véritablement bouleversant, ce scénario n’a à nous offrir que peu de scènes réellement poignantes, et les amène d’une manière qui nuit à leur effet.  Il ne faudra pas compter sur la fin ouverte mais tragiquement prévisible pour redonner à ce qui l’a précédé la force émotionnelle qui lui fait défaut.

Manchester by the sea : Bande annonce

Manchester by the sea : Fiche technique

Réalisation : Kenneth Lonergan
Scénario : Kenneth Lonergan
Interprétation : Casey Affleck (Lee Chandler), Lucas Hedges (Patrick Chandler), Kyle Chandler (Joe Chandler), Michelle Williams (Randi)…
Photographie : Jody Lee Lipes
Montage : Jennifer Lame
Musique : Lesley Barber
Directeur artistique : Jourdan Henderson
Production : Kimberly Steward, Lauren Beck, Matt Damon, Chris Moore, Kevin J. Wals
Société de Production : K Period Media, B Story, CMP, Pearl Street Films
Distribution : Universal
Présence en festival : Sundance, Toronto
Récompenses : Oscars 2017 du Meilleur scénario original pour Kenneth Lonergan, Oscars 2017 du Meilleur acteur pour Casey Affleck
Genre : Drame
Durée : 135 minutes
Date de sortie : 14 décembre 2016
Etats-Unis – 2016

 

Musique Captain Fantastic : l’indie folk aérien de Kirk Ross et Sigur Rós

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Captain Fantastic – La B.O./Trame sonore/Soundtrack

Le réalisateur Matt Ross, acteur remarqué dans la série Silicon Valley, dit au sujet du personnage de Viggo Mortensen, su-père héros moderne écolo : « Il a fallu qu’il s’approprie ce personnage qui finit par être rigide à force de vouloir combattre la rigidité qui l’entoure ».

L’éloquence d’un rayon de soleil dans une brume de souvenirs

Entre Peter Pan et Little Miss Sunshine, cette pépite indie qui a remporté le Prix de la mise en scène à Un Certain Regard à Cannes et le Prix du public & Prix du jury à Deauville 2016 est traversée par une musique entre acoustique et instrumental aérien. Le frère du réalisateur, Kirk Ross est crédité comme le producteur des musiques additionnelles, mais l’honneur du « score produced, engineered and mixed by » (collaborateur à la bande son originale) revient à Alex Somers, membre fondateur des Parachutes et Jónsi, à la tête du groupe islandais, Sigur Rós, connu à l’international après avoir fait les premières parties de Radiohead en 2000. L’utilisation de leurs ballades astrales sont multiples. « Svefn-g-englar« , pour commencer, dans Vanilla Sky de Cameron Crowe en 2001, jusqu’à Upside down de Juan Solanas douze ans après. Entre temps, « Untilted#3 (Samskeyti) » a été utilisée pour la scène finale du film Mysterious Skin de Gregg Araki en 2004, Staralfur dans le film La Vie aquatique de Wes Anderson en 2004, Untitled#1 (Vaka) dans la première et l’avant dernière scène du film After the Wedding de Susanne Bier en 2006 et Gobbledigook a été utilisée dans le film Un prophète de Jacques Audiard en 2008… La liste est loin d’être exhaustive, n’oublions pas les séries tv (Game of Thrones, Les Simpsons*…), clips publicitaires, jeux vidéos et autres bandes annonces ! Avec 7 albums en studio, le groupe ne se présente plus.

Alex Somers, avec l’aide de son ami Jónsi (avec qui il forme un duo musical), et du quatuor à cordes féminin Amiina, installe un climat à l’oxymore qui caractérise tant leur musique, entre poésie, communion avec la nature, chaleurs nocturnes, rigueurs enneigées et expérimentations sensorielles. Nos confrères aux Inrocks avaient titré « le feu sous la glace » lors de la sortie de leur dernier album Kveikur en 2013.  Si le quatrième morceau « Funeral Pyre » retransmet la saturation d’un son enfermé dans un bocal tout en tirant toujours plus haut sur les apesanteurs à cordes électroniques, « Memories » fait écho aux pianos discrets et au vocal choral de sopraniste propres aux morceaux de leur avant dernier album, Valtari, explosif, maritime et à couper le souffle.

Musique Captain Fantastic Soundtrack Tracklist

Mais suffisamment parlé de ce transport céleste, Captain Fantastic a conscience de manière diégétique du potentiel musical entre folklore et classique. Bodevan, l’aîné écoute du Bach et ce par l’intermédiaire des Variations Goldberg de Glenn Gould (concertiste et homme de radio canadien) que sa mère affectionnait tant, ou Yo-Yo Ma, le violoncelliste chinois. La reprise de Bob Dylan, « I Shall Be Released », par Kirk Ross ne se démarque que peu de Nina Simone, Joe Cocker et encore Jeff Buckley et Maroon 5 (et oui autant de reprises de la chanson), tandis que le titre de Guns N’Roses « Sweet Child O Mine » repris avec une guitare, une percussion en bois et un harmonica, est une ode folk à la vie, délicatement interprétée par Samantha Isler, qui incarne Kielyr, l’une des filles du père joué par Viggo Mortensen. La mère décédée nous est présentée au travers de ses goûts musicaux. La chanson se prête d’ailleurs très bien à une adaptation orchestrale, pour un feel-good movie réconfortant.

Guns N’ Roses – Sweet Child O’ Mine

Captain Fantastic Original Motion Picture Soundtrack Tracklist – Various artists.

1. Boy 1904 – Jónsi & Alex
2. Sweet Child O Mine – Viggo Mortensen, George MacKay, Samantha Isler, Annalise Basso, Nicholas Hamilton, Kirk Ross and Philip Klein
3. Scotland The Braver – Murray Huggins, Kirk Ross, Brian Tichy and David Delhomme
4. I Shall Be Released – Kirk Ross with Tyra Juliette, Steven Wolf, David Delhomme and Jeff Thall
5. Rain Plans – Israel Na
6. Goldberg Variations; BWV 988, Variation 30 a 1 Clav. Quodlibet – Glenn Gould
7. Unaccompanied Cello Suite No. 4 in E-Flat Major, BWV 1010 Prélude – Yo-Yo Ma
8. Varðeldur – Sigur Rós
9. My Heart Will Go On (Love Theme from ‘Titanic’) – The O’Neill Brothers Group
10. Goldberg Variations – Kirk Ross

* les trois membres du groupes apparaissent à 1’15. On reconnait Jonsi tout à gauche.

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Visiter le site de Jonsi et Alex