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Premier Contact, un film de Denis Villeneuve : Critique

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Alors que la geekosphère internationale trépigne d’impatience autant que de défiance dans l’attente de sa suite de Blade Runner, Denis Villeneuve nous prouve avec Premier Contact qu’il maîtrise la science-fiction comme les autres genres auxquels il s’est déjà frotté. Pour le meilleur comme pour le pire.

Synopsis : Le Dr Louise Banks est engagée par l’armée américaine pour décrypter le langage d’extraterrestres dans l’un des douze vaisseaux qui viennent de se poser sur Terre. Elle y découvre d’immenses créatures céphalopodes avec lesquelles elle décide de communiquer à l’écrit plutôt qu’à l’oral. Ainsi commence une longue initiation linguistique, qui lui permettra de comprendre les intentions de ces mystérieux visiteurs.

Une étonnante impression de déjà-vu

Il est des films qu’il est difficile d’évoquer sans rien révéler de leurs twists. Premier contact en est un. Essayons alors d’y aller en douceur avec les spoils, en adoptant une approche linéaire. Mais comme viendra nous le rappeler le film, ce n’est finalement là que l’affirmation de notre humanité. Après tout, ceux qui liront cette critique dans son intégralité avant d’avoir vu le film ne pourront se plaindre de ne pas avoir été prévenus.

Depuis Prisonners, en 2012, Denis Villeneuve s’est imposé comme l’une des valeurs sûres du cinéma de genre américain, mais peut-être faut-il également analyser les films qu’il a réalisés précédemment au Canada pour définir une « patte Villeneuve ». Et pourtant, sa filmographie au cours de ces cinq dernières années est loin d’être impersonnelle. La preuve que l’on a affaire à un véritable auteur – tel que Truffaut a pu définir ce terme – est que, dans le choix des scénarios de ses films, une continuité se tisse entre eux. Et il a raison de les choisir avec soin, car Villeneuve est un bien meilleur créateur d’atmosphères pesantes qu’il n’est un raconteur d’histoires. Si l’on devait trouver une thématique commune à ses réalisations américaines, il s’agirait de la question de la dualité/complémentarité, qui trouve évidemment son paroxysme dans Enemy, mais également présente, par exemple, dans le schéma de buddy-movie que prend Sicario. La façon dont cette thématique est exploitée dans Premier Contact sera la marque de la singularité du dispositif qu’il y met en place.

L’arrivée des extraterrestres sur Terre est un point de départ que l’on aurait pu penser si suranné qu’il n’avait plus rien à nous offrir. C’était sans compter sur l’habilité avec laquelle Villeneuve a su construire toute la première partie de son film. En calquant sa mise en scène sur le point de vue du personnage incarné par Amy Adams, le film nous permet d’avoir un regard à hauteur d’homme et parfaitement réaliste de la situation. Et que les extraterrestres ne se montrent pas aussi virulents que dans La Guerre la Monde permet une montée crescendo de la panique. Depuis la découverte de l’information jusqu’aux réactions les plus excessives, que tout soit ainsi perçu depuis un point de vue unique nous pousse inévitablement à nous interroger sur notre propre comportement si nous étions à sa place.

De plus, que la plupart des informations lui parviennent par écrans interposés pose la première pierre de la vaste réflexion sur le sujet de la communication qui sera le cœur de l’intrigue. L’un des effets les plus marquants de cette première partie est très certainement le contre-champ qui nous place du coté de la télévision, lorsque le Dr Banks y découvre pour la première fois les fameux vaisseaux spatiaux. Ce seul plan provoque chez le spectateur un sentiment de frustration, qui restera le moteur de la tension pendant un petit bout de temps. S’il est une chose pour laquelle Villeneuve est doué, c’est incontestablement pour faire monter le suspense, et son parti-pris de nous dévoiler les éléments au compte-goutte est d’une redoutable efficacité. Jusqu’à la découverte des deux extraterrestres – avec leur design de poulpes géants que certains assimileront au Cthulhu de Lovecraft et d’autres à Kang et Kodos des Simpsons –,  puisque dès lors le spectateur pensera n’avoir plus grand-chose à découvrir, il ne pourra qu’être pris aux tripes par cette tension à couper le souffle. Une pure réussite donc… et pourtant.

A n’en point douter, Premier Contact est le meilleur film mettant en scène des extraterrestres que l’on ait vu depuis longtemps… mais, malheureusement pour lui, il s’efforce à ne pas être que ça.

Et pourtant, que le film ait commencé par une saynète cotonneuse et tire-larme filmée comme les passages les plus sirupeux de Tree of Life laisse la crainte malaisante que, malgré son ambiance brillamment mise en place, cet excellent film d’extraterrestres peut dériver à tout instant dans la niaiserie cucul-la-praline. Et ce n’est pas se tromper car plus le film avance, plus il se retrouve parasité par des scènes assimilables à des flashbacks mielleux qui n’ont pour seul effet que de faire retomber à plat toute la tension. Il faut tout de même admettre que tout le second tiers du tiers souffre d’un suspense qui ne tient pas la distance vis-à-vis de ce qui l’a précédé. Les atermoiements scientifiques et ethnologiques qui deviennent alors l’unique enjeu de chacun des dialogues assurent certes une approche réaliste trop rare dans le cinéma mainstream, mais n’ont pas de quoi constituer à eux seuls une intrigue passionnante. Que le pilier scénaristique central de cette partie du film soit composé d’une ellipse –d’une durée diégétique d’un peu plus de 3 semaines– elle-même compensée par une explication par une voix-off des avancées des recherches pendant cette période est d’une telle maladresse que l’adaptation de la nouvelle de Ted Chiang apparait dès lors comme loin d’être parfaitement aboutie.

Dans quelques passages, l’héroïne regarde encore la télévision pour prendre connaissance de l’affolement qui agite le monde. Encore une fois, l’importance des écrans est alors indéniable, mais aurait pu être exploitée bien plus en profondeur si la nature de cette « vitre » derrière laquelle apparaissent les aliens (le « miroir » est-elle appelée dans le roman, une piste passée la trappe de l’adaptation), avait permis une remise en question de leur véritable présence. Mais il n’en sera rien. En revanche, chacun des montages télévisuels nous mène à penser que l’hystérie collective aux relents post-apocalyptiques que l’on y perçoit serait plus palpitante à suivre que beaucoup de ce qui se passe dans cette base militaire. Ainsi, la frustration qui avait été le moteur de l’angoisse que générait le film, devient par la suite un frein à son pouvoir d’immersion.

Et pourtant, la tension finira bon gré mal gré par renaitre, sur fond de contraction des relations diplomatiques et de la peur des conséquences que cela pourra avoir. Sous l’influence de ces enjeux géopolitiques et pour la première fois, le rythme va s’accélérer, mais sans pour autant retrouver l’intensité de la première demie-heure. Beaucoup de réalisateurs contemporains devraient retenir cette leçon comme quoi le suspense est davantage une question d’ambiance que de montage. Notons d’ailleurs que la représentation de la Chine comme un antagoniste dirigé par son pouvoir militaire, est quelque chose de relativement nouveau dans le cinéma américain, révélateur de l’évolution des rapports internationaux. Mais Villeneuve va alors faire preuve de ce qui est certainement son plus gros défaut, à savoir une incapacité à faire exploser cette tension latente dans des passages marquants. Le problème s’était déjà fait ressentir dans Sicario, alors que la pression montait jusqu’à des scènes de fusillades qui ne faisaient l’effet que de pétards mouillés. Cette fois, l’intensité prend une forme purement émotionnelle, avec ces fameuses scènes de souvenirs mélodramatiques larmoyantes et une bluette naissante entre les personnages d’Amy Adams et de Jeremy Renner (qui semble en fin de compte n’être là que pour ça) qui est, elle aussi, mise en scène et dialoguée de la façon la plus convenue qui soit en termes de romantisme à l’eau de rose.

Accentuer le caractère « mind fuck » du scénario pour nous en faire oublier la prévisibilité et la consensualité : coup de génie, aveux d’échec ou cynisme putassier? Sans doute un peu des trois.

Puis arrive enfin ce fameux twist, relativement bien amené mais loin de nous retourner le cerveau comme il en avait le potentiel. Nous permettre de comprendre que les flashbacks, jusque là si inutiles à la narration, étaient en fait des flashforwards ne parvient pas pour autant les rendre plus utiles dans l’avancée de l’intrigue. En plus de faire pleurer dans les chaumières, ces scènes auront toutefois permis d’illustrer la déconstruction chronologique du scénario (et de donner son double sens au titre original dont nous a privé le distributeur français ! C’est dit.). C’est justement là que l’on peut évoquer la thématique de complémentarité/dualité qui, pour la première fois, ne concerne pas deux personnages – encore que, on ne fait pas les bébés tout seul… surtout pas dans l’image traditionaliste de la famille que veut donner le film – mais deux axes temporels : le présent et le futur. S’ouvre alors un second sujet de pure science-fiction au-delà de celui des extraterrestres, celui des allers-retours spatio-temporels, lui-même exploité de deux façons : à la fois comme un mélodrame et comme un thriller. Thriller dont le traitement n’a rien de plus offrir que celui de séries B tels que Next ou Prémonitions. Pire encore, ce retournement de situation réussit à transformer certains des éléments scénaristiques de l’intrigue principale en véritables incohérences. Comment justifier, dès lors que l’on sait que les extraterrestres peuvent lire l’avenir, qu’ils se fassent surprendre par une bombe et qu’ils attendent que l’un d’eux se fasse tuer pour délivrer leur message ?

Autre question fondamentale lorsque l’on atteint ce point de non-retour qualitatif : Le seul à blâmer est-il Eric Heisserer, le scénariste ? Que celui-ci soit déjà coupable de deux des pires remakes du cinéma horrifique de ces dernières années (Freddy, les griffes de la nuit et The Thing) aurait pourtant dû nous alerter. Mais Villeneuve n’est pas non plus exempt de tout reproche dans l’effondrement de cette dernière demi-heure. Dans sa mise en scène tout semble alors disparaitre, que ce soit les personnages secondaires tels que celui de Forest Whitaker, ou même la volonté d’en savoir plus sur les extraterrestres, pour uniquement se concentrer sur la révélation que les personnages d’Amy Adams et Jeremy Renner finiront en couple… ce que tout spectateur un tant soit peu averti aura deviné depuis déjà plus d’une heure. Et ce twist qui n’en est pas un devient alors le prétexte à une explosion passionnelle mielleuse sur fond de musiques d’ascenseur. Cette seule scène de déclaration d’amour pourrait devenir un cas d’école dans l’art de noyer le rationalisme d’un film intelligent dans la soupe la plus mièvre.

Quelle finalité peut-on trouver à ce changement de ton ? Celui de porter en héros, dans une imagerie typiquement propre à l’imaginaire puritain américain, cette femme qui fait le choix courageux de faire un enfant quand bien même elle sait celui-ci condamné à mourir jeune. Faut-il y voir une morale qui va dans le sens des militants anti-avortement ? Ce sera à chacun de trancher avec sa propre conscience de savoir si Louise Banks est un modèle d’abnégation ou une cruelle égoïste. Mais au-delà de cette épineuse (et non moins troublante) question éthique, on peut affirmer que c’est dans sa volonté de mêler en un deux films, et à travers eux des enjeux à la fois intergalactiques et intimistes, que le scénario de Premier Contact n’aura réussi qu’à aboutir sur une double intrigue particulièrement bancale qui laissera derrière elle un sentiment d’inabouti. Espérons à présent pour Blade Runner 2, déjà qu’il inspirera davantage le compositeur, mais surtout que Villeneuve choisira de mettre en scène une histoire qui se contentera d’explorer la dualité entre humains et replicants et ne sera pas lui aussi un gloubi-boulga de pistes scénaristiques qui se sabordent l’une l’autre.

Premier Contact : Bande-annonce

Premier Contact : Fiche technique

Titre original : Arrival
Réalisation : Denis Villeneuve
Scénario : Eric Heisserer, d’après la nouvelle L’Histoire de ta vie de Ted Chiang
Interprétation : Amy Adams (Dr. Louise Banks), Jeremy Renner (Ian Donnelly), Forest Whitaker (Colonel Weber), Michael Stuhlbarg (Agent Halpern), Tzi Ma (General Shang)…
Photographie : Bradford Young
Montage : Joe Walker
Musique : Jóhann Jóhannsson
Direction artistique : Isabelle Guay
Producteurs : Daniel S. Levine, Shawn Levy, David Linde, Karen Lunder et Aaron Ryder
Sociétés de Production : FilmNation Entertainment, 21 Laps Entertainment, Lava Bear Films
Distributeur : Sony Pictures Releasing France
Budget : 47 000 000 $
Récompenses :  Oscars 2017 du Meilleur montage de son pour Sylvain Bellemare
Genre : Science-fiction
Durée : 116 min
Date de sortie : 7 décembre 2016
Etats-Unis – 2016

 

L’Homme le plus dangereux du monde, un film de de Jack Lee Thompson : critique

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Jouant avec les codes du films d’espionnage, L’Homme le plus dangereux du monde entraîne Gregory Peck en pleine Révolution Culturelle chinoise

Synopsis : John Hathaway, un docteur britannique, est contacté par les services secrets américains et soviétiques, unis pour une fois contre un ennemi commun. Sa mission : s’infiltrer en Chine, en pleine Révolution Culturelle, pour découvrir la composition d’une enzyme miracle qui permet à toute plante de pousser, quelles que soient les conditions climatiques.

Les années 60 ont constitué une sorte d’Âge d’or du film d’espionnage. Bien entendu, ce fut le début de la série des James Bond, mais d’autres films du genre ont également vu le jour lors de cette décennie : Le Rideau Déchiré, d’Alfred Hitchcock, L’Espion qui venait du froid, de Martin Ritt, IPCRESS, de Sidney J. Furie, etc. La plupart cherchaient à se démarquer du (trop) célèbre espion britannique en adoptant un parti pris réaliste ou cynique (voir le formidable film de John Huston, La Lettre du Kremlin).

C’est dans ce cadre que s’inscrit The Chairman (dont le titre français, L’Homme le plus dangereux du monde, est inutilement lourd et ne correspond pas vraiment à ce que l’on voit à l’écran). Et, d’emblée, on comprend que le scénario prend un chemin plutôt critique. En effet, on voit, dans ce film, que les services secrets américains et soviétiques forment une alliance contre-nature dans le but de combattre la Chine maoïste, et on comprend aisément qu’il s’agit de démonter le fondement même de la Guerre Froide, et par là même de se libérer des limites du film d’espionnage.

La critique va plus loin encore puisque le film montre comment les services d’espionnages n’hésitent pas à manipuler des civils et les envoient au casse-pipe sans le moindre remords. Hathaway (incarné par Gregory Peck, comme toujours charismatique, élégant et crédible dans toutes les situations) est un chercheur et non un homme d’action, et on n’a pas vraiment l’impression qu’on lui demande son avis avant de l’envoyer dans un des endroits les plus dangereux au monde en cette fin d’année 60. Et c’est avec un peu de naïveté qu’il pense agir au nom de l’intérêt supérieur de la science, croyant vraiment que l’enzyme miracle sera utilisée pour résoudre les problèmes de sous-nutrition dans les pays en voie de développement. Là aussi, le scénario en profite pour critiquer le cynisme des puissances dirigeantes…

La question de la place de la science au sein de cette Guerre Froide traverse le film, rappelant que, dans l’idéal, la recherche scientifique doit se faire pour le bien de tous, alors qu’en pratique elle est trop souvent asservie aux visions à court terme de la politique d’un État.

Le film est nettement divisé en trois parties. Le début nous montre, à l’aide d’une série de flashbacks, pourquoi Hathaway se rend en Chine et quelle est sa mission. Le rythme est alors très rapide, les dialogues sont nombreux et très bien écrits, et c’est là que se déploie le cynisme du film.

La deuxième partie se déroule en Chine maoïste, un pays plongé dans la parano et la folie de la Révolution Culturelle. Les intellectuels sont envoyés aux champs et soupçonnés de complots contre l’État, les Gardes Rouges sont omniprésents et ont tous les pouvoirs, tout le monde surveille et est surveillé, les enfants fanatisés dénoncent leurs parents, etc. Certaines scènes, très bien vues, dénoncent bien le climat du pays, comme celle où le scientifique chinois mourant est porté dans son fauteuil pour être la huée de tout le village. D’autres séquences, par contre, frisent le ridicule, comme cette improbable partie de ping-pong entre Hathaway et Mao…

Le rythme se ralentit alors notablement et le film cède à quelques facilités : les filles, les gadgets… Le spectateur peut alors craindre que, après un début si prometteur, le film ne rentre alors paisiblement dans le rang. Ce sera, hélas, à moitié vrai.

Mais vient la troisième partie, et c’est là qu’il convient de se souvenir que le film est réalisé par Jack Lee Thompson, c’est-à-dire le cinéaste qui avait signé, juste auparavant, un des plus gros succès du film de guerre, Les Canons de Naravone, où il dirigeait déjà Gregory Peck, aux côtés de l’immense David Niven et d’Anthony Quinn. Jack Lee Thompson est avant tout un spécialiste du film d’action, et la fin de cet Homme le plus dangereux du monde est là pour le prouver.

A cela, il faut ajouter la présence d’une musique signée Jerry Glodsmith, qui a tendance à devenir trop envahissante : finalement, on se rend compte que les scènes les plus tendues sont silencieuses…

En conclusion, L’Homme le plus dangereux du monde est un film inégal, mais qui constitue un bon spectacle, un film rythmé qui cherche à prendre du recul face à la vague des films d’espionnage, sans y parvenir totalement. Ce n’est certes pas le chef d’œuvre du genre, mais il reste un film à redécouvrir.

L’Homme le plus dangereux du monde : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=xWkl9xK_y1g

L’Homme le plus dangereux du monde : Fiche technique

Titre original : The Chairman
Réalisation : Jack Lee Thompson
Scénario : Ben Maddow d’après le roman de Jay Richard Kennedy
Interprètation : Gregory Peck (Docteur John Hathaway), Anne Heyward (Kay Hanna), Arthur Hill (Shelby), Alan Dobie (Benson)…
Photographie : John Wilcox
Montage : Richard Best
Musique : Jerry Goldsmith
Producteur : Mort Abrahams
Sociétés de production : APJAC Productions, 20th Century Fox Productions
Société de distribution : 20th Century Fox
Genre : espionnage
Date de sortie : 12 septembre 1969
Durée : 99 minutes

Etats-Unis-1969

Twin Peaks : Une vidéo sur les coulisses de la saison 3 met l’eau à la bouche des fans

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La chaîne Showtime, qui risque d’enregistrer des audiences record en 2017 avec le grand retour de Twin Peaks, a diffusé récemment un making-of, une vidéo assez courte sur les coulisses de la saison 3, tant attendue par des fans du monde entier. Plusieurs personnes impliquées sur le tournage de cette nouvelle saison de la série culte Twin Peaks évoquent avec émotion ce retour historique et inouï.

La série Twin Peaks sera de retour en 2017 sur la chaîne Showtime aux USA. Aucune chaîne en France n’a encore communiqué sur une éventuelle diffusion en exclusivité pour ce grand retour, qui risque d’être l’événement télévisuel de l’année 2017, et qui pourrait enfin détrôner les Game of Thrones, Breaking Bad et autres The Walking Dead.

Les acteurs présents dans cette courte vidéo évoquent leur expérience hors du commun sur le tournage de la saison 3. De quoi mener la vie dure aux fans hardcore qui n’en peuvent plus d’attendre et qui cochent chaque jour qui passe sur leur calendrier et qui les sépare de la diffusion des premiers épisodes de cette troisième saison qui risque de réserver de nombreux mystères et des surprises énigmatiques.

Voici la vidéo qui devrait vous mettre l’eau à la bouche et vous permettre de patienter jusqu’en 2017  :

L’ensemble des épisodes a été réalisé par David Lynch lui-même, un gage de qualité pour les fans. Le compositeur Angelo Badalamenti sera lui aussi de retour pour cette troisième saison avec un travail exceptionnel à n’en pas douter. David Bowie devait également participer à cette troisième saison mais son combat contre une longue maladie en a décidé autrement…

Voici un rappel du casting complet de la saison 3, les astérisques indiquent les acteurs qui étaient déjà présents dans les saisons 1 et 2. Il sera passionnant de voir les arrivées et la plongée dans l’univers et l’atmosphère si spéciaux et uniques de Twin Peaks des acteurs Jim Belushi, Monica Belucci, Michael Cera, Naomi Watts, Tim Roth, Jennifer Jason Leigh ou bien encore Trent Reznor du groupe Nine Inch Nails et sa femme Mariqueen Maandig Reznor également musicienne et chanteuse (West Indian Girl, How to Destroy Angels) :

Jay Aaseng
Alon Aboutboul
Jane Adams
Joe Adler
Kate Alden
Stephanie Allynne
Mädchen Amick*
Eric Ray Anderson
Finn Andrews
Elizabeth Anwies
Dana Ashbrook*
Joe Auger
Phoebe Augustine*
Melissa Bailey
Tammie Baird
Matt Battaglia
Chrysta Bell
Monica Bellucci
Jim Belushi
Leslie Berger
Richard Beymer*
John Billingsley
Michael Bisping
Ronnie Gene Blevins
Kelsey Bohlen
Sean Bolger
Rachael Bower
Brent Briscoe
Robert Broski
Wes Brown
Richard Bucher
Page Burkum
Scott Cameron
Juan Carlos Cantu
Gia Carides
Vincent Castellanos
Michael Cera
Richard Chamberlain
Bailey Chase
Johnny Chavez
Candy Clark
Larry Clarke
Scott Coffey*
Frank Collison
Lisa Coronado
Catherine E. Coulson*
Grace Victoria Cox
Jonny Coyne
James Croak
Julee Cruise*
Heather D’Angelo
Jan D’Arcy*
David Dastmalchian
Jeremy Davies
Owain Rhys Davies
Ana de la Reguera
Rebekah Del Rio
Laura Dern
Neil Dickson
Hugh Dillon
Cullen Douglas
Edward “Ted” Dowlin
Judith Drake
David Duchovny*
Christopher Durbin
Francesca Eastwood
Eric Edelstein
John Ennis
Josh Fadem
Tikaeni Faircrest
Eamon Farren
Sherilyn Fenn*
Jay R. Ferguson
Sky Ferreira
Miguel Ferrer*
Rebecca Field
Robin Finck
Brian Finney
Patrick Fischler
Erika Forster
Robert Forster
Meg Foster
Travis Frost
Warren Frost*
Pierce Gagnon
Allen Galli
Hailey Gates
Brett Gelman
Ivy George
Balthazar Getty
James Giordano
Harry Goaz*
Grant Goodeve
George Griffith
Tad Griffith
James Grixoni
Cornelia Guest
Travis Hammer
Hank Harris
Annie Hart
Andrea Hays*
Stephen Heath
Heath Hensley
Gary Hershberger*
Michael Horse*
Ernie Hudson
Jay Jee
Jesse Johnson
Caleb Landry Jones
Ashley Judd
Luke Judy
Stephen Kearin
David Patrick Kelly*
Laura Kenny
Dep Kirkland
Robert Knepper
David Koechner
Virginia Kull
Nicole LaLiberte
Jay Larson
Sheryl Lee*
Jennifer Jason Leigh
Jane Levy
Matthew Lillard
Jeremy Lindholm
Peggy Lipton*
Bellina Martin Logan*
Sarah Jean Long
David Lynch*
Riley Lynch
Shane Lynch
Kyle MacLachlan*
Mark Mahoney
Karl Makinen
Malone
Xolo Maridueña
Berenice Marlohe
Rob Mars
James Marshall*
Elisabeth Maurus
Josh McDermitt
Everett McGill*
Zoe McLane
Derek Mears
Clark Middleton
Greg Mills
James Morrison
Christopher Murray
Don Murray
Joy Nash
Priya Diane Niehaus
Bill O’Dell
Casey O’Neill
Johnny Ochsner
Walter Olkewicz*
Charity Parenzini
Elias Nelson Parenzini
John Paulsen
Sara Paxton
Max Perlich
Linas Phillips
Tracy Phillips
John Pirruccello
Linda Porter
Jelani Quinn
Ruth Radelet
Mary Reber
Adele René
Mariqueen Reznor
Trent Reznor
Carolyn P. Riggs
Kimmy Robertson*
Wendy Robie*
Erik L. Rondell
Marv Rosand*
Ben Rosenfield
Tim Roth
Rod Rowland
Carlton Lee Russell*
Elena Satine
John Savage
Amanda Seyfried
Amy Shiels
Sawyer Shipman
Tom Sizemore
Sara Sohn
Malachy Sreenan
Harry Dean Stanton*
J.R. Starr
Bob Stephenson
Charlotte Stewart*
Emily Stofle
Al Strobel*
Carel Struycken*
Ethan Suplee
Sabrina S. Sutherland
Jessica Szohr
Russ Tamblyn*
Bill Tangradi
Cynthia Lauren Tewes
Jodee Thelen
Jack Torrey
Sharon Van Etten
Eddie Vedder
Greg Vrotsos
Jake Wardle
Naomi Watts
Nafessa Williams
Ray Wise*
Alicia Witt*
Karolina Wydra
Charlyne Yi
Nae Yuuki
Grace Zabriskie*
Christophe Zajac-Denek
Madeline Zima
Blake Zingale

 

 

Planetarium, un film de Rebecca Zlotowski : Critique

Avec son Planetarium, Rebecca Zlotowski aborde aussi bien la Mitteleuropa et l’antisémitisme des années 30, que l’imaginaire du cinéma et du spiritisme. La robustesse de son cinéma supporte-t-elle pour autant de si vastes sujets, si épars ?

Synopsis : Paris, fin des années 30. Kate et Laura Barlow, deux jeunes mediums américaines, finissent leur tournée mondiale. Fasciné par leur don, un célèbre producteur de cinéma, André Korben, les engage pour tourner dans un film follement ambitieux. Prise dans le tourbillon du cinéma, des expérimentations et des sentiments, cette nouvelle famille ne voit pas ce que l’Europe s’apprête à vivre. …

Les âmes vagabondes

Rebecca Zlotowski est souvent mise dans le même sac que bien des jeunes cinéastes françaises très intéressantes qui renouvellent le cinéma hexagonal. Pourtant, dès son premier long métrage, on a immédiatement l’intuition que son travail est différent, plus ambitieux, très solide, sans faire offense à ses camarades. Disons que son cinéma nous fait penser davantage à Claire Denis, sec, abrupt, et très réfléchi. Il était très frappant par exemple de constater combien ces deux femmes avaient une même radicalité, le même cinéma pourrait-on dire, lors des sorties presque concomitantes de Grand Central (Rebecca Zlotowski) et Les Salauds (Claire Denis) en Août 2013…Des films qui ne cherchent pas à séduire coûte que coûte, mais à faire réfléchir, à interpeller au sens le plus noble du terme.

Déjà, son premier long métrage donc, Belle Epine, son sujet de fin d’études à la Fémis, une histoire de deuil portée par une toute jeune Léa Seydoux tout à convaincante dans le film, montrait que la cinéaste ne laisse rien au hasard, et la force de ce film-là résidait dans ce que la maîtrise formelle s’accompagne d’une émotion très palpable, notamment dans une très belle scène où deux sœurs, après la mort très récente de leur mère, n’arrivent à communiquer que par la musique. Une sorte d’autofiction d’une maturité et d’une complexité impressionnantes.

Dans Planetarium, il est également question de sœurs. Deux jeunes femmes américaines, les sœurs Barlow, entament une tournée mondiale de spiritisme, plus exactement de spiritualisme, si l’on se réfère aux sœurs Fox, de vraies américaines qui ont fondé cette croyance et qui ont inspiré la réalisatrice. La très jeune Kate (Lily-Rose Depp) est le medium, et sa grande sœur Laura est une sorte de manager, qui tient les (fins) cordons de la bourse et le carnet des commandes de séances privées. C’est à la suite d’une de ces commandes que leur vie va basculer : André Korben (Emmanuel Salinger), un producteur de cinéma visionnaire et passionné, va essayer de filmer ses séances avec Kate, pour tenter de reproduire sur la pellicule le phénomène surnaturel, tandis qu’avec Laura, il va produire un film  dans lequel elle jouera un medium.

On voit l’idée de la cinéaste, on voit le parallèle entre ces deux mondes imaginaires, le surnaturel et le cinéma, et on voit le métafilm qui parle du cinéma comme unique moyen de saisir ce qui est invisible aux yeux. On voit encore l’utilisation d’Emmanuel Salinger, qu’on salue avec bonheur tant sa présence, bien que régulière, est trop discrète : sa ressemblance avec Peter Lorre (M le Maudit de Fritz Lang), invoquée par la cinéaste elle-même, ne fait en effet aucun doute, et par ailleurs les rôles qu’il a tenus chez Arnaud Desplechin, notamment dans La Sentinelle, semblent trouver un écho ici…

Sur ses trois longs métrages, Rebecca Zlotowski a toujours travaillé avec des acteurs professionnels, très aguerris, voire avec des stars. Ici, on traverse les océans, et ce n’est pas avec une, mais deux actrices américaines très en vue qu’elle a choisi de collaborer. Natalie Portman est de tous les plans, irradiant d’une beauté à couper le souffle, capable de véhiculer des émotions intenses et contradictoires. Lily-Rose Depp, dont c’est le premier rôle au cinéma, est parfaite en femme-enfant grandie trop vite, et montre ici beaucoup mieux son potentiel d’actrice qu’elle ne l’a fait dans La Danseuse de Stéphanie Di Giusto, un film tourné après Planetarium, où elle semblait hors sujet et improbable dans le rôle d’Isadora Duncan. Emmanuel Salinger est comme habité, comme galvanisé par ce personnage multiple, ambigu, ou dépeint comme tel par des bourgeois nostalgiques de l’avant-guerre, ou par la caméra elle-même.

Tourné avec la fameuse caméra  Alexa 65, dont la cinéaste elle-même concède qu’« elle est quelque chose qui n’appartient qu’à [eux], les cinéastes », Planetarium est une merveille esthétique, avec des plans ultra-lumineux de jour comme de nuit, des subtilités de la profondeur de champ élastiques à souhait, et une définition hallucinante des personnages sous le regard de « son » chef opérateur Georges Lechaptois. Une fois de plus, la cinéaste montre ainsi son extrême implication dans son sujet, le cinéma. La première au monde à avoir tourné intégralement avec cette fabuleuse caméra (l’équivalent en numérique du 70mm que Tarantino a utilisé pour les 8 Salopards), elle embrasse tout avec un même intérêt, la technique et l’histoire (le scénario, a été co-écrit avec Robin Campillo, le merveilleux réalisateur de Eastern Boys), la direction d’acteurs et la mise en scène proprement dite.

Alors, même si le film se termine en nous laissant une impression d’inachevé, de quelque chose qui n’a pas vraiment été dit, de trop de directions prises par la cinéaste pour que le spectateur ne se sente pas un peu submergé (il est aussi question de Mussolini et d’antisémitisme dans le film), il faut le regarder et le garder comme un cadeau rare, vecteur de beauté, catalyseur de réflexions, et bonheur de cinéphile, toutes ces choses qu’on ne trouve pas tous les jours en sortant de sa séance préférée…

Planetarium : Bande annonce

Planetarium : Fiche technique

Réalisateur : Rebecca Zlotowski
Scénario : Rebecca Zlotowski, Robin Campillo
Interprétation : Natalie Portman (Laura Barlow), Lily-Rose Depp (Kate Barlow), Emmanuel Salinger (André Korben), Amira Casar (Eva Saïd), Pierre Salvadori (André Servier), Louis Garrel (Fernand Prouvé), David Bennent (Juncker), Damien Chapelle (Louis), Jerzy Rogulski (Professeur Ulé)
Musique : Robin Coudert
Photographie : Georges Lechaptois
Montage : Julien Lacheray
Producteurs : Jean-Pierre Dardenne, Luc Dardenne, Frédéric Jouve
Maisons de production : Les Films Velvet, Coproduction : Les Films du Fleuve, France 3 Cinéma, Kinology, Proximus, RTBF
Distribution (France) : Ad Vitam
Durée : 105 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 15 Novembre 2016
France, Belgique – 2016

Les Animaux Fantastiques, un film de David Yates : Critique

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Nouveau démarrage pour la franchise Harry Potter avec la sortie du film Les Animaux Fantastiques. JK Rowling et David Yates réussissent à donner un second  souffle à cette saga qui aura rendu de nombreux lecteurs heureux tout en remplissant grassement les comptes en banque des producteurs. Les aventures de Norbert Dragonneau ont-elles le potentiel pour remplacer Harry dans le cœur des fans ? Ho que oui!

Rowling, Rowling, Rowling… (air connu)

Adaptation, suite, prequel, remake, reboot… Les années se suivent et se ressemblent et les cinémas ne semblent plus proposer que d’interminables itérations de franchises à succès. Au bout d’un moment on se dit que ça commence à bien faire ; le côté mercantile pourrait bien susciter une certaine frilosité chez le spectateur… Alors pourquoi aller voir le dernier produit en date d’une marque qui a déjà rapporté plusieurs milliards de dollars à ses producteurs ? Deux raisons peut-être permettent aux Animaux Fantastiques de sortir un peu du lot. La première étant bien sur l’argument « auteur » un poil roublard mais qui fait sont petit effet, J.K Rowling elle-même signe le scénario du film, prenant de court les décisionnaires avides en proposant un développement autour d’une mythologie sur laquelle elle garde un contrôle artistique conséquent. La seconde est à juger au regard de la concurrence. Si le déluge de blockbusters super-héroïques qui prend en otage presque la totalité des écrans depuis quelques années (2016 étant un cru particulièrement dense avec deux X-men, deux Marvel plus les séries Netflix), revenir vers un univers un peu plus magique et enfantin sera peut être le remède qu’il vous faut. En plus si vous faites partie de cette génération « Harry Potter » qui, même sans être fan, a grandi avec les livres et les films, et bien faites-vous une raison, vous ne pourrez pas vous empêcher d’aller le voir.

Tout cela ne dispense pas d’avoir des craintes sur le produit final. La peur de voir une auteure que l’on aimait bien s’enfermer dans une caricature d’elle-même, car même les plus grands écrivains peuvent être de piètres scénaristes (Stephen King, Brett Easton Ellis et Cormac McCarthy s’y sont déjà pété les dents). Ou encore l’appréhension de tomber devant un long métrage creux se contentant de recycler des codes et des personnages déjà connus. Nous avons tous cru que le film se contenterait de lâcher sa ménagerie fantastique dans New York sans véritablement composer une intrigue, se contentant d’effets numériques tellement incroyables que l’on dirait de la magie. Bref, une fois encore la peur du vide nous prend aux tripes, pauvres moldus que nous sommes. Et pourtant, magie du cinéma ou mentalité de vieux con qui grandit en nous, dès l’apparition du logo Warner Bros accompagnée des notes mythiques composées par John Williams en son temps, le charme opère. On se sent replonger en enfance avec l’envie furieuse de pénétrer à nouveau dans cet univers.

Avec Les Animaux Fantastiques, Rowling décide donc de refaire son monde en déplaçant l’intrigue de son Royaume-Uni contemporain aux Etats-Unis de la prohibition. A nouveaux lieux, nouveaux personnages. Le trio magique complémentaire est donc remplacé par un quatuor un peu branque composé d’un zoologiste timide (Eddie Redmayne à la limite de l’autisme), un moldu bon vivant un peu paumé (Dan Fogler), une employée radiée du gouvernement magique local (Katherine Waterston) et sa sœur télépathe (Alison Sudol). Substituant aux enfants trop parfaits de la première heure des adultes bourrés de défauts, l’auteure prend des risques avec son propre univers et cela fait plaisir. L’intrigue se déploie ainsi autour de ces quatre personnages confrontés à diverses créatures magiques, un gouvernement bien moins sympathique que son homologue britannique et la menace d’un mage noir venu d’Europe. N’ayant rien perdu de son style foisonnant qui a fait son succès, elle développe ainsi toute une facette méconnue de son œuvre et partage son imagination avec un plaisir communicatif. Face à une concurrence qui élève la vacuité scénaristique au rang des beaux-arts, Les Animaux Fantastiques fait la proposition presque expérimentale d’un univers dense qui préfère développer sa mythologie tranquillement, plutôt que de l’adapter à des schémas narratifs pré-existants. Malgré son âge et sa longévité, l’univers Potterien apporte paradoxalement un vent de fraîcheur sur les écrans.

Le film n’est évidemment pas parfait. Le problème d’une narration touffue (celui-là même qui avait donné des sueurs froides à Steve Kloves chargé d’adapter les romans) provoque parfois des égarements. Embarquée dans sa folie créatrice, Rowling multiplie les intrigues secondaires qui, faute de temps, aboutissent à des conclusions parfois tièdes. Ainsi l’utilité de la dynastie moldue Shaw (dont le patriarche est incarné par John Voight) est tout à fait discutable, développée plus que raison pour finalement n’aboutir sur rien, le final laissant peu de doute quand au retour de ces personnages. Idem du côté de l’antagoniste principal, Percival Graves, qui aurait pu être le Eliot Ness du monde magique – un fonctionnaire incorruptible, peu impressionnable mais légèrement obtus face au flegme du magizoologiste – pour finalement être réduit à un méchant basique peu intéressant (qui n’est même pas la menace principale qui tombe sur la grosse pomme). Si la romancière en profite pour exprimer le fond de sa pensée sur la politique sécuritaire américaine (patriot act, peur du terrorisme etc.), l’intrusion de cette note plus « adulte » est faite sans véritable finesse. La facilité avec laquelle l’administration magique outre-atlantique condamne ses citoyens sans procès provoque ainsi le temps d’une séquence un léger malaise. Regrettable car le jeu calme et mesuré de Colin Farell détonne en comparaison des personnages fantasques que la saga s’était amusée à déployer. Une nouveauté qui aurait été bienvenue si elle avait été utilisée correctement.

Il est également dommage de constater que Rowling ne démord pas de ses tics d’écriture de roman policier pour ado, concluant une fois de plus sur un twist surfait tout en multipliant les fausses pistes trop évidentes (il y a toutefois quelque chose d’amusant dans le fait de compter le temps que le film passe à tenter de nous faire croire que Ezra Miller n’a qu’un rôle secondaire). Tout cela débouche sur un paradoxe étonnant : la fantaisie et la naïveté se retrouvent du coté des adultes tandis que l’horreur prend place dans l’esprit des enfants (au détour de séquences particulièrement glauques dans un orphelinat que n’aurait pas renié Dickens). Curieux choix qui semble démontrer que le public visé s’avère quand même être très spécifique (le même qu’en 1993 qui aurait grandi) et que la créatrice ne cherche pas vraiment à se mettre en phase avec une nouvelle génération. Certains appellent cela de la cohérence artistique, d’autres une zone de confort, mais qui sommes nous pour juger ?

Malgré tout cela, il est difficile de faire la fine bouche devant un film aussi bien exécuté. La partie artistique reste le point fort de la saga. Les décors dépaysent, les costumes mettent en joie et la magie fait toujours son effet. David Yates, de retour derrière la caméra, retrouve le rythme qu’il avait réussi à insuffler à l’Ordre du phénix tout en composant de très belles séquences bourrées d’humour et de candeur enfantine qui font chaud au cœur. La découverte de l’intérieur de la valise, où se déploie un bestiaire merveilleux entre des paysages qui se succèdent comme les toiles d’un panorama, réveille notre âme d’enfant. La poursuite avec un rhinocéros magique en chaleur dans Central Park est une pépite d’humour. Le cameo de Ron Perlman en gobelin mafieux dans un bar clandestin amusera les plus grands. Il sera également difficile de ne pas craquer pour les petites créatures qui accompagnent le héros (un bambou câlin et un ornithorynque cleptomane), avant que ceux-ci n’envahissent les rayons peluches des magasins de jouets. Les Animaux Fantastiques est un film dense, bancal, qui fuit parfois de tous côtés, mais dont la générosité fait plaisir à voir. Non seulement on ressort de la salle heureux, mais en plus on en redemande.

Synopsis: 1926, New York. Norbert Dragonneau rentre à peine d’un périple à travers le monde où il a répertorié un bestiaire extraordinaire de créatures fantastiques. Il pense faire une courte halte à New York mais une série d’événements et de rencontres inattendues risquent de prolonger son séjour et vont le mener face au terrible mage noir qui sème alors la terreur dans la communauté des sorciers, Gellert Grindelwald…

Les Animaux Fantastiques : Bande-annonce

Les Animaux Fantastiques : Fiche Technique

Titre original : Fantastic Beasts and where to find them
Réalisation : David Yates
Scénario :  J.K Rowling
Interprétation : Eddie Redmayne (Newt Scamander), Katherine Watertson (Tina), Dan Fogler (Jacob), Alison Sudol (Queenie), Colin Farell (Percival Graves), Ezra Miller (Creedance), Ron Perlman (Gnarlak), Jon Voight (Henry Shaw Sr.)…
Photographie : Phillipe Rousselot
Montage : Mark Day
Musique : James Newton Howard
Costume : Colleen Atwood
Décors : James Hambridge
Producteurs :  David Heyman, Steven Kloves, J.K Rowling et Lionel Wigram
Sociétés de Production :  Heyday Films, Warner Bros, Wigram Productions et The Blair Partnership
Distributeur :  Warner Bros
Budget : 180 000 000 $
Classification : Tout Public
Récompenses :  Oscar 2017 du Meilleurs costumes pour Colleen Atwood
Genre :  Fantastique, Aventure
Durée : 133 min
Date de sortie : 16 novembre 2016

 Etats-Unis – 2016

Arras Film Festival 2016 : le Palmarès

Ce dimanche 13 novembre, l’Arras Film Festival édition 2016 s’est terminé en dévoilant notamment son palmarès dominé par Roues Libres, un thriller humoristique hongrois.

Lors de la cérémonie de clôture de cette dix-septième édition de l’Arras Film Festival a été dévoilé le palmarès. Celui-ci s’avère dominé par Roues Libres (Kills on Wheels / Tiszta Szivvel), une comédie noire qui nous vient de Hongrie et dont la sortie publique est programmée le 25 janvier 2017. La synopsis : Ruspaszov, ancien pompier, est en fauteuil roulant depuis trois ans, suite à un accident de travail. Le cynisme et l’alcool l’aident de moins en moins à supporter son état. Zolika, tout juste 20 ans et passionné de bande dessinée, vit en fauteuil depuis toujours.  Leur rencontre improbable redonnera à chacun goût à la vie. Surtout quand Rupaszov, se mettant au service du chef de la mafia locale, décide d’utiliser leur handicap comme couverture…

Le film réalisé par Attila Till a été le coup de cœur du jury de la compétition européenne. Il a aussi reçu le prix de la Critique, ainsi que les prix du Public et Regards jeunes région Hauts-de-France.

Ci-dessous, la bande-annonce de Roues Libres.

Mais n’oublions pas pour autant les autres métrages primés. Glory (Slava), drame greco-bulgare de Kristina Grozeva et Peter Valchanov suivant un cheminot tourmenté, a reçu l’Atlas d’or, soit le Grand prix du jury. L’Atlas d’argent, prix de la mise en scène, a été décerné à Anna’s Life (Anas Ckhovreba) de Nino Basilia. Le film géorgien suit le combat d’une mère et de son fils pour survivre en Géorgie puis quitter le pays pour atteindre les Etats-Unis.

https://www.youtube.com/watch?v=9TNRg37vMbo

Ci-dessus, la bande-annonce d’Anna’s Life.

Enfin du côté des bourses ArrasDays octroyées aux projets (notamment aux scénarios) prometteurs, The Father des bulgares Kristina Grozeva et Petar Valchanov a reçu 8000 euros de la part du CNC, et 5000 euros ont été décernés au projet D.M. (Dusan Makavjev) : Mysteries of Freedom du serbe Goran Radovanovic par la ville d’Arras.

Il n’y a plus alors qu’à attendre novembre 2017, mois qui devrait être occupé, nous l’espérons, par la dix-huitième édition de l’Arras Film Festival. Un rendez-vous de cinéma de plus en plus passionnant à vivre et à partager.

Ci-dessous la bande-annonce de Glory.

Alliés: Musique, bande originale d’Alan Silvestri

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La bande originale d’Alliés est en demie-teinte, de l’électronique bas de gamme et de l’orchestral réussi.

B.O/Trame sonore/Soundtrack

Si la bande originale d’Alliés, composée par le vétéran Alan Silvestri, est par moments un peu balourde, si elle remplace par moments la mélodie par la litanie (une tare dont souffrent de nombreux compositeurs de musique de films de nos jours), elle parvient souvent à décoller dans de grands élans romantiques, propres aux classiques hollywoodiens de l’Âge d’Or. Elle décolle surtout lorsque Silvestri oublie la musique électronique (il n’y en a pas tant que ça, mais elle peu supportable), pour privilégier la musique orchestrale qui n’hésite pas à sortir les violons.

On n’attendait pas forcément Silvestri dans ce registre romantique, lui le compositeur attitré de Robert Zemeckis (Retour Vers Le Futur, Forrest Gump) et pourtant, c’est ce qu’il maîtrise le mieux ici. Alliés semble donc, par sa trame et sa bande originale, se placer dans la continuité des plus belles et grandes histoires d’amour cinématographiques, mais on ne saura que le 23 novembre si ce film en a également les qualités. Pour ce qui est du travail d’Alan Silvestri, l’avis est donc mitigé puisque, si tout n’est pas à jeter, tout n’est pas à garder non plus.

 

Sortie: 18 novembre 2016

Distributeur: Sony Classical

Tracklist:

1. Essaouira Desert/Main Title
2. “What Are Our Odds?”
3. German Embassy
4. “It’s A Girl”
5. Trust
6. “Best Day Ever”
7. Confession/Escape
8. The Letter/End Credit
9. The Sheik of Araby (Jazz Standard)
10. You Are My Lucky Star (Louis Armstrong)
11. J’Attendrai (French War Song)
12. Sing Sing Sing (Louis Prima)
13. Flying Home (Benny Goodman)

Eva, un film de Joseph Losey : Critique

Suite de la rétrospective Joseph Losey avec Eva, un drame bourgeois hermétique porté par une Jeanne Moreau poseuse et maniérée.

Synopsis : Tyvian Jones, un auteur à succès, se rend à la Biennale de Venise pour y présenter un film adapté de l’une de ses oeuvres. Entre mondanités et festivités, il évolue dans un univers luxueux et feutré où l’hypocrisie et les faux-semblants sont de mise, et s’en accommode parfaitement. Fiancé à la jeune et jolie Francesca, il s’apprête à convoler en justes noces avec sa promise, au grand dam de son rival amoureux Branco, qui convoite les faveurs de la jeune femme. Mais le sort va en décider autrement : Tyvian va croiser le chemin de la vénéneuse Eva, une escort de luxe froide et fatale qui va le mener à sa perte à travers une relation chaotique et destructrice.

Un climat froid et un maniérisme exacerbé

Réputé pour sa grande maîtrise de la mise en scène et reconnu comme un cinéaste de talent, Joseph Losey semble s’inspirer de la Nouvelle Vague et du cinéma d’auteur italien pour son Eva, un drame chic à la réalisation léchée et au rythme saccadé qui décrit les tourments amoureux d’un écrivain et d’une femme fatale dans l’Italie des années 1960, entre Venise et Rome. L’image, très étudiée, bénéficie d’une photo en noir et blanc où aucune nuance n’est laissée au hasard, au même titre que la composition des plans, travaillée au millimètre près, ou encore des cadrages baroques et excentriques qui empruntent tantôt à Welles tantôt à Godard pour un résultat final hermétique dont rien ne s’échappe. Dans ce film de papier glacé, les protagonistes sont figés dans une posture surfaite et sans aucun naturel, tandis que les acteurs eux-mêmes ne parviennent pas à conférer une quelconque humanité à leurs personnages, qu’il s’agisse de Jeanne Moreau et sa fâcheuse tendance à minauder ou encore de Stanley Baker, affublé d’une expression totalement dénuée d’émotion et de profondeur.

L’héroïne, Eva, antipathique à souhait, est une garce sans cœur qui occupe ses journées comme elle le peut, avec une oisiveté insolente (elle prend son bain en chantonnant, se pare de fourrures, s’admire, s’orne de bijoux, s’allume cigarette sur cigarette, s’exhibe à la terrasse des cafés…). On l’aura compris, cette escort de luxe, vénale, mythomane compulsive et croqueuse d’hommes, est présentée comme l’archétype de la femme fatale, dangereusement irrésistible. Pourtant, rien ne passe : on y voit simplement une capricieuse cruelle et superficielle qui s’amuse à dépouiller les mâles de leur virilité, sans but réel. Pareil pour Tyvian, un écrivain gallois en vogue qui cache un lourd secret : c’est un imposteur qui a volé les écrits de son défunt frère en y apposant simplement son nom. Menteur, usurpateur, il déclare à Eva : « J’ai volé l’âme de mon frère mort. Cet acte impardonnable, qui le ronge et le consume, Tyvian ne parvient pas à se le pardonner et gâche donc son bonheur et son équilibre en s’engageant volontairement dans une spirale destructrice, plongeant à corps perdu dans une histoire passionnelle houleuse et dévastatrice qui va le conduire à sa propre déchéance. Malheureusement, les faiblesses et les errances de ce héros alcoolique tourmenté et sombre  ne sont pas non plus exploitées. A la place, Stanley Baker fait office de coquille vide dont on peine à comprendre le masochisme. En dépit des textes bibliques qui sont mis en exergue par le narrateur au début et à la fin du film et de sa matière psychologique dense, l’histoire ne décolle donc jamais et l’intrigue creuse nous laisse sur le bord de la route.

De l’usage intempestif de la musique

Losey accorde une place très importante à la musique dans son film, ponctué de morceaux jazzy qui jalonnent quasiment tout le récit, qui évolue au son des compositions de Michel Legrand, Billie Holiday et autres. Avec son utilisation outrancière de la musique, intradiégétique et extradiégétique, Eva finit par irriter : les notes rebondissent, s’écrasent, s’essoufflent et se précipitent sur les images qui ne sont jamais « nues ». Ce rythme incessant nous détourne des enjeux dramatiques et nous distrait presque, tant le film manque cruellement de respiration. Le silence ne se fait jamais entendre ou très rarement, tout est surligné et appuyé avec lourdeur à travers l’emploi d’une bande son omniprésente, procédé de mise en scène difficilement supportable et malheureusement très daté. Car il faut bien le dire, le long-métrage souffre aussi d’une patte cinématographique compassée qui donne à Eva un certain coup de vieux. Là où certains chefs-d’oeuvre traversent les siècles sans prendre une ride, ici, la magie n’opère pas et on a du mal à adhérer à la structure narrative éclatée où les transitions, les ellipses et les flashbacks sont nébuleux et malhabiles. Il en résulte un vague sentiment d’incohérence : le produit fini manque de liant, de ciment, de colonne vertébrale. Il n’y a pas de fil rouge, pas de moteur réel, et la manière dont le cinéaste gère sa trame scénaristique laisse dubitatif. On a le sentiment d’assister à une succession de séquences certes jolies et esthétiques, mais sans véritable intérêt. Une fois de plus, on ne rentre jamais dans l’histoire, on se sent totalement étranger aux malheurs des personnages, on est désinvesti. 

Un symbolisme imperméable et difficilement accessible

Enfin, le cinéaste joue beaucoup sur les symboles, notamment à travers la manière dont il met en avant les miroirs et les masques, objets qui cristallisent un sous-texte aussi fondamental qu’important. C’est le mensonge, les faux-semblants, les jeux de dupes, les apparences trompeuses, la double identité, la dualité. Là aussi, le potentiel est palpable, solide, mais le résultat n’est pas à la hauteur des attentes. Les glaces et les vitres s’imposent simplement comme le reflet de la vanité de l’héroïne qui est obsédée par son apparence et son physique (elle n’aime pas les vieilles femmes et a peur des rides) tandis que les masques arborés à moult occasions par les personnages viennent comme un cheveu sur la soupe, à tel point qu’il faut extrapoler et aller au-delà du film pour en comprendre le sens, qui ne s’offre jamais à nous. En réfléchissant, en théorisant de manière intellectuelle, on parvient certes à saisir l’ambition artistique de Losey, qui a choisi Venise et Rome comme décor à cette intrigue qui tient parfois de la mascarade et du carnaval, où Eva est en représentation permanente comme à la comedia del arte et où Tyvian est l’acteur de sa propre chute, poursuivi par une fatalité qui évoque la grande tradition des tragédies grecques. Seulement, on peut trouver dommage de devoir analyser un objet cinématographique pour le comprendre, démarche froide et désincarnée qui nous éloigne de toute spontanéité et exclut d’emblée tout facteur émotionnel. C’est là tout le problème d’Eva, qui, à l’image de son héroïne aussi détestable qu’inaccessible, est un film ampoulé qui tient constamment le spectateur à distance, à tel point que l’on se détourne rapidement de ce que Losey essaie de nous raconter.

En conclusion, Eva a sans nul doute des qualités auteuristes qui raviront les cinéphiles férus de grands classiques, mais on peut déplorer l’étrangeté froide et désincarnée du film qui manque cruellement de liant et qui laisse le spectateur à la porte d’une intrigue artificielle basée sur un rapport de dominant/dominé poussif, schématisé à l’extrême mais jamais expliqué ni approfondi. Au final, Eva est un bel objet qui ennuie et qui sonne terriblement creux, plombé par un maniérisme poseur éclipsant tout le reste.

Eva : Bande-Annonce

Eva : Fiche Technique

Réalisation : Joseph Losey
Scénario : Hugo Butler et Evan Jones, d’après le roman éponyme de James Hadley Chase
Interprétation : Jeanne Moreau (Eva Olivier) ; Stanley Baker (Tyvian Jones) ; Virna Lisi (Francesca Ferrara) ; James Villiers (Alan McCormick) ; Riccardo Garrone (Michele) ; Lisa Gastoni (La rousse russe) ; Checco Rissone (Pieri) ; Enzo Fieront (Enzo) ; Nona Medici (Anna Maria)
Photographie : Gianni Di Venanzo
Décors : Richard Macdonald, Luigi Scaccianoce
Montage : Reginald Beck, Franca Silvi
Musique : Michel Legrand
Producteurs :  Raymond Hakim, Robert Hakim
Production : Paris Films Production, Interopa Film
Durée : 104 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 3 octobre 1962

France-Italie – 1962

La Femme des sables, un film de Hiroshi Teshigahara : critique

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Par son originalité, sa maîtrise du langage cinématographique et la profondeur de son scénario, La Femme des sables s’est imposé comme un chef d’œuvre et un classique du cinéma japonais moderne.

Synopsis : Alors qu’il parcourt une région quasi-désertique à la recherche d’insectes, un instituteur passe la nuit chez une jeune veuve. Le lendemain matin, il se rend compte qu’il ne peut pas repartir : il est prisonnier dans une maison envahie par les sables.

Considéré de nos jours comme un classique, Prix Spécial du Jury à Cannes en 1964, nommé pour l’Oscar du meilleur film étranger, La Femme des Sables, réalisation la plus célèbre de Hiroshi Teshigahara, est d’abord une œuvre moderne, s’inscrivant pleinement dans le mouvement de la Nouvelle Vague Japonaise, dont il est un des films les plus représentatifs, au même titre que Nuit et brouillard au Japon, de Nagisa Oshima, ou L’Île nue de Kaneto Shindo.

Adapté du roman de Kôbô Abe, le film marque la deuxième collaboration de l’écrivain et du cinéaste, ainsi que du compositeur Tôru Takemitsu. D’ailleurs, dès les premières images, la musique prend une place essentielle dans l’œuvre, une musique étrange, non-mélodique, qui rappelle fortement la musique traditionnelle du théâtre classique nippon et qui, surtout, colle parfaitement aux images de Teshigahara. Ensemble, elles parviennent, dès les premiers plans, à instaurer une ambiance étrange, quasiment surnaturelle et franchement angoissante.

Du sable et des hommes

Pourtant, le début de La Femme des sables se contente de montrer un homme qui arpente les dunes à la recherche de scarabées des sables. Mais il y a immédiatement quelque chose d’inquiétant à voir ces insectes s’enfouir dans le sable ou en resurgir inopinément, et la suite du film confirmera ces impressions : nous assistons là à une préfiguration de ce qui va arriver à cet instituteur, et à une première affirmation du caractère animal de l’être humain, qui sera revendiqué tout au long du film.

Notre personnage va donc se retrouver prisonnier dans une maison au fond d’une cuvette de sable. Un sable qui s’insinue partout, il ronge tout, pourrit le bois, se glisse dans les moindres interstices. Il tue aussi les villageois : le mari et l’enfant de la femme chez qui l’instituteur réside sont morts ensablés. Omniprésent à l’écran, le sable envahit les décors et les corps. Par tout un jeu de gros plans, de montage et de superposition d’images, les personnages se transforment en êtres de sable. Les formes féminines se confondent avec les dunes mouvantes.

Par son invasion pernicieuse, le sable est plus qu’un élément narratif : il constitue le personnage principal du film. Les plans nous le montrent comme un être vivant, un parasite sur la peau, mais aussi un raz de marée ou même une coulée de lave. Toutes ces comparaisons visuelles n’ont qu’un but : montrer le danger qu’il représente, et confirmer que les personnages sont dans une situation mortelle.

Une situation mortelle et absurde. Voir nos deux humains, toutes les nuits, invariablement, pelleter le sable pour l’empêcher d’envahir la maison, rappelle inévitablement la malédiction de Sisyphe. Et le récit qui frôlait le fantastique prend alors une autre dimension, celle d’une fable philosophique, une allégorie de la condition humaine. Une absurdité de la vie contre laquelle il serait vain de se révolter, et qu’il faut se résigner à accepter.

Enfin, ce sable, c’est aussi celui du sablier, le temps qui s’écoule, la vie qui s’enfuit. De même qu’on ne peut retenir le sable, rien ne permet d’empêcher le temps de passer. Les subterfuges sans cesse recommencés ne font que ralentir l’inévitable processus, et tout cela rend encore plus absurde les gesticulations des personnages principaux.

Du coup, on comprend que toute tentative d’évasion est vouée à l’échec. On appartient au sable, on ne peut pas s’en extraire.

Bestialité

De nombreuses scènes établissent un parallèle entre les personnages et les insectes des sables. Et Teshigahara en profite pour présenter l’être humain comme un animal. Sa réalisation insiste sur les corps, dans des gros plans absolument magnifiques et d’un érotisme rare. Progressivement, les personnages sont réduits à leurs seules fonctions corporelles : manger, boire, uriner, faire l’amour. L’instituteur tente bien, de temps en temps, de se rattacher à son intellect, sa culture, son savoir, dont il est si fier. Mais tous ses raisonnements sont vains face au sable. Il dit se refuser à accomplir un travail qui relève du singe, mais il ne se rend pas compte qu’il est lui-même un animal.

Une scène est significative de cette bestialité qu’il va enfin assumer. Lorsqu’on lui demande de faire l’amour devant tout le monde en échange de dix minutes de sortie sous surveillance, il va accepter de le faire alors que la femme refuse, disant : « nous ne sommes pas des bêtes ». Et lorsque la veuve tombera malade, c’est un vétérinaire qui viendra la soigner…

En 2h27, Hiroshi Teshigahara livre une véritable leçon de cinéma. Il emploie tous les procédés du langage cinématographique (dialogues, composition des cadres, musique, photographie, montage) pour construire un film non seulement superbe, mais profond et unique, une œuvre bouleversante et dérangeante sans pareille dans l’histoire du 7ème art.

La Femme des sables : Bande-annonce

La Femme des sables : Fiche Technique

Titre original : Suna no onna
Réalisateur : Hiroshi Teshigahara
Scénario : Kôbô Abe, d’après son propre roman
Interprètes : Eiji Okada (Niki Jumpei, l’instituteur), Kyôko Kishida (la veuve).
Directeur de la photographie : Hiroshi Segawa
Montage : Fusako Shuzui
Musique : Tôru Takemitsu
Producteurs : Kiichi Ichikawa, Tadashi Ôno
Société de production : Teshigahara productions, Toho Films Company
Société de distribution : Toho Company
Récompenses : Prix Spécial du Jury, Cannes 1964
Genre : drame, fantastique, fable
Durée : 123 minutes (version courte à la sortie internationale du film), 147 minutes (director’s cut).
Date de sortie en France : 30 avril 1964

Japon- 1964

Rencontre avec Shahrbanoo Sadat à propos de son film Wolf And Sheep

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Wolf and Sheep a été cette année l’un des premiers films afghans présentés dans la sélection cannoise de la Quinzaine des Réalisateurs. Qu’il soit de plus signé par une jeune femme de 25 ans en fait définitivement une œuvre unique. Il ne nous en fallait pas tant pour avoir envie de la rencontrer.

« Montrer un Afghanistan réel, c’était très important pour moi »

shahrbanoo-sabat-interview-wolf-and-sheepLa première question que l’on se pose en regardant ton film, c’est ton intention première. Est-ce que tu voulais raconter ton enfance dans le village, ou te servir de ce point pour raconter une histoire qui se voudrait universelle ?

Shahrbanoo Sadat : Un peu les deux en fait. Evidemment, je voulais parler de mon enfance et montrer l’Afghanistan au public étranger. En réalité, au début moi non plus je ne connaissais pas mon pays puisque je suis née à Téhéran où mes parents étaient réfugiés depuis de nombreuses années. J’étais donc une iranienne sans les papiers officiels, et la seule chose que je savais de l’Afghanistan c’était qu’il y avait la guerre sans que je puisse dire qui se battait contre qui. J’essayais de cacher mon identité, c’était embarrassant. Et puis, alors qu’on n’y croyait plus, on a appris que la guerre s’était arrêtée en Afghanistan. C’était en 2001, j’avais 11 ans, et le gouvernement iranien nous a vite fait comprendre qu’il était temps que nous rentrions chez nous, en empêchant à mon père de travailler dans son usine de plastique et en me refusant l’accès à l’école. En moins de 10 jours, j’ai complètement changé de vie : on a quitté Téhéran pour s’installer dans ce petit village où j’ai expérimenté la vie afghane. Je ne comprenais rien au début mais petit à petit j’ai appris comment marchait cette culture. Dans ce film, je veux montrer la quintessence des 7 années que j’ai passées dans ce village et casser les clichés autour de ce pays.

Quelle part de toi est-ce que tu as mise dans l’écriture des personnages ?

Shahrbanoo Sadat : J’ai voulu faire partager mon point de vue d’observatrice sur ce village, parce que pendant toutes les années que j’y ai passées, je passais mon temps à observer les autres. En cela, j’étais un peu comme Sediqa, qui est une « outsider », qui se sent rejetée, comme moi qui, en arrivant, ne parlais pas du tout la langue. On aurait dit que mes parents m’avaient emmenée sur une autre planète ! J’ai mis des années pour m’y faire mais j’avais du mal à me faire des amis donc j’étais assez solitaire. En 2010, j’ai connu à Kaboul un garçon qui est devenu mon meilleur ami, même s’il avait 18 ans de plus que moi, et qui avait grandi dans le même village que moi, dans les années 70.  C’était amusant parce qu’on partageait les mêmes souvenirs, comme si le temps s’était arrêté dans le village. C’est pour ça que dans le film, j’ai essayé de créer un temps fictionnel où nous deux partagions notre enfance dans le village et où nous vivions une belle amitié, même si elle est de courte durée. Donc, oui, on peut dire que je suis Sediqa et mon ami est Qobrat.

« Tout ce que je sais aujourd’hui du métier de réalisatrice, je l’ai appris à l’Atelier Varan »

J’imagine qu’au village, les habitants ne connaissent pas le cinéma, mais est-ce que, en arrivant de Téhéran, tu avais déjà une certaine passion pour le 7ème art, ou est-ce que c’est à ton arrivée à Kaboul quand tu avais 18 ans, que tu t’es découvert une carrière dans ce domaine ?

Shahrbanoo Sadat : L’Iran, c’était le pire endroit pour être un réfugié. Il y avait de la discrimination et même de l’humiliation envers la population afghane, donc là-bas j’en étais venue à penser que je ne pouvais pas avoir de rêves. Quant au cinéma, c’était un monde très loin de nous, que l’on imaginait comme réservé aux riches ou aux intellectuels. Je crois que, à Téhéran, je n’étais allée qu’une seule fois au cinéma avec l’école, pour voir un dessin-animé. Même la télévision à la maison n’avait que deux chaînes, consacrées à la propagande. Ensuite, en Afghanistan, dans le village, il n’y avait pas l’électricité et mon grand défi était alors d’aller à l’école pour continuer mes études. Je n’ai pas pu convaincre mon père de partir en ville, parce qu’il se plaisait dans le village, donc j’ai oublié le cinéma. Quand je suis arrivée à Kaboul en 2008, mon rêve c’était d’étudier la physique, mais à l’université je me suis trompée, j’ai passé un examen pour faire des études de Cinéma et de Théâtre. Je n’ai compris où j’étais que quand j’ai été admise, et je ne pouvais plus faire demi-tour sans risquer de perdre encore un an. Je n’ai commencé à étudier le cinéma que pour avoir une raison de rester en ville.

De ce que tu sembles dire, le cinéma a l’air bien plus accessible à Kaboul qu’à Téhéran…

Shahrbanoo Sadat : Il n’y a pas de cinéma à Kaboul ! Il y a bien eu 7 ou 8 bâtiments de projection qui avaient été construits par les soviétiques, mais ils ont été détruits, ou transformés en parking. Il reste quelques endroits clandestins où sont projetés des films bas de gamme indiens ou américains, mais ils sont interdits aux femmes. Ça fait peur ! En plus, il n’y a pas de production de fictions locales. Là-bas, le cinéma ça reste un lointain souvenir des années 80, celui de gens qui font la queue pour voir un film afghan.

Et pourtant, c’est à l’Université de Kaboul que tu t’es dit que tu avais une belle histoire à aller filmer dans la montagne ?

Shahrbanoo Sadat : Non, parce qu’après seulement un mois à l’université, j’ai compris que ceux qui étudiaient le cinéma, c’étaient les mauvais élèves qui n’avaient pas pu rentrer dans une meilleure faculté. Du coup, je suis partie au bout de quelques semaines. Après, je suis allée un peu par hasard dans un centre de formation français et j’y ai suivi ce qu’on appelle l’Atelier Varan. Ça a duré trois mois, j’étais avec neuf autres jeunes gens, et c’est lors de cet atelier que, pour la première fois, j’ai pu regarder des films et réfléchir sur leur fabrication. Je peux dire avec beaucoup de fierté que tout ce que je sais aujourd’hui du métier de réalisatrice, je l’ai appris à l’Atelier Varan pendant ces trois mois !

Et les jeunes avec qui tu étais, ils étudiaient le cinéma mais sans vraiment savoir ce que c’était ?

Shahrbanoo Sadat : Pas tout à fait, la plupart d’entre eux était comme moi, ils avaient vécu ailleurs, en Iran ou au Pakistan. Ils connaissaient beaucoup plus que moi, certains avaient fait de la photographie ou travaillé sur des courts-métrages. J’étais celle qui en connaissais le moins, il a fallu que je fasse beaucoup d’efforts.

« Ce que je veux, c’est faire des films ! »

Et comment est-ce que tu as eu l’idée d’emmener le matériel de l’atelier dans le village et d’y filmer une histoire ?

Shahrbanoo Sadat : Le crédo de l’Atelier Varan, c’est le cinéma-vérité, donc on nous a beaucoup parlé de l’observation et du réalisme. Et je trouvais que tous les films sur l’Afghanistan manquaient de cette honnêteté, aussi bien chez les réalisateurs afghans qu’étrangers. J’ai voulu faire un film dans ce style de cinéma-vérité mais dans une fiction, et donc rester connectée au réel comme pour un documentaire. Cela impliquait une vérité de lieu et de personnages, donc faire tourner des gens qui soient vraiment de là-bas, sans costumes ni décors truqués. Montrer un Afghanistan réel, c’était très important pour moi… Et bien, je n’ai pas pu ! En 2014, c’était une année électorale et tout le système était ralenti, on était dans la crainte permanente qu’une guerre civile éclate à nouveau. En plus, à la même période, les troupes américaines puis françaises se sont retirées du territoire. Certains de mes amis ont même quitté Kaboul, parce que c’était trop dangereux et qu’ils avaient perdu l’espoir. Il y avait des attaques tous les jours, et je restais dans mon appartement, sans pouvoir sortir, à travailler mon script sur cet Afghanistan réel mais tout en occultant tout ce qui se passait dans la rue.

Tu n’as jamais perdu l’espoir d’aller filmer ton histoire?


Shahrbanoo Sadat : 
Deux fois, j’ai retardé le tournage, parce que c’était encore trop risqué et je ne voulais pas faire prendre de risques à cette équipe. J’en suis venue à me dire qu’il allait falloir recréer le village dans un autre pays. C’était mon premier grand projet, donc j’y tenais même si ça a été très dur de trahir mon envie de réalité, c’était comme un suicide pour moi ! Il fallait que je me rende à l’évidence que je n’avais pas le choix et j’ai commencé à chercher des nouveaux endroits où filmer. Le Maroc, l’Iran, la Chine et même plusieurs anciennes républiques soviétiques… et finalement, j’ai choisi le Tadjikistan parce que les paysages ressemblaient à ceux autour de mon village. Je suis devenue directrice artistique, à dessiner les plans des maisons avec des constructeurs, et on a refait un village à l’identique au Tadjikistan. Ensuite, il fallait emmener les 38 afghans qui allaient jouer. C’était des gens de la famille de mon père ou de mon village à qui j’ai dû faire des cartes d’identité, parce qu’ils n’étaient pas enregistrés, des passeports et ensuite seulement des visas. Sauf que, à l’ambassade du Tadjikistan, à ce moment-là les afghans étaient sur la liste noire par peur des talibans. Le seul vol Kaboul-Douchanbé avait été annulé… et sur le marché noir, c’était 2000$ le visa ! J’ai voulu expliquer au consul, mais il me prenait pour une folle. J’ai bataillé, j’ai fait des démarches auprès de toute la bureaucratie pour apporter toutes les garanties que les gens que je voulais emmener au Tadjikistan n’avaient rien à voir avec les talibans !

Maintenant que ton film a été présenté en Europe, est-ce que tu comptes repartir te battre contre ce système archaïque pour moderniser le cinéma afghan ?

Shahrbanoo Sadat : Je ne pense pas avoir le pouvoir de faire ça. Bien sûr, je vais retourner à Kaboul, j’ai toute ma vie là-bas, et mes rêves aussi sont à Kaboul. Mais je ne sais pas si je peux rêver de changer le cinéma afghan. C’est un milieu tellement corrompu ! Les réseaux de production et de distribution sont une vraie mafia et je n’ai pas l’énergie de m’attaquer à tous ces cercles. Ce que je veux, c’est faire des films ! Je veux continuer à raconter des histoires de mon point de vue, et aussi de celui de l’ami dont j’ai parlé plus tôt. Wolf and Sheep n’est que le premier d’une série de films qui conserveraient le même personnage, mais joué par des acteurs différents.

Vous découvrirez le fruit de ce travail acharné et passionné le 30 novembre au cinéma.

Wolf ans Sheep : Bande-annonce

Les Criminels, un film de Joseph Losey : Critique

Dans le cadre de la rétrospective consacrée à Joseph Losey sur OCS, revenons sur Les Criminels, un film noir somme toute classique, mais qui bénéficie de la patte de son réalisateur pour porter le statut de film d’auteur.

Synopsis : Venant tout juste de sortir de prison après 3 ans d’incarcération, Johnny Bannion se lance avec ses complices dans un nouveau casse : le hold-up d’un champ de course. Ayant réussi leur coup, Bannion planque le magot comme convenu, afin de le récupérer après que la police soit devenue moins suspicieuse. Mais à cause d’une ancienne maîtresse l’ayant dénoncé par jalousie, il retourne en prison. Alors qu’il tente de retrouver sa place dans un univers où il semblait pourtant le roi, Johnny va également être confronté à ses complices, qui désirent récupérer l’argent coûte que coûte…

D’un film de commande, Joseph Losey en tire une oeuvre personnelle

Durant son exil au Royaume-Uni, Joseph Losey a poursuivi son bonhomme de chemin, enchaînant des projets de commande jusqu’à obtenir la consécration. Sur le sol anglais, il l’obtiendra grâce à L’enquête de l’inspecteur Morgan (Blind Date en VO). En France, cela se fera grâce à son œuvre intitulée Les Criminels. Un film noir somme toute classique sur le papier mais avec lequel il réussit à imposer sa patte, son cinéma, afin de se faire remarquer. Et même si le succès international est encore loin (The Servant sortira trois ans plus tard), le réalisateur a su montrer tout son talent et son savoir-faire pour livrer des œuvres qui lui sont propres.

Pourtant, Les Criminels n’a franchement rien d’exceptionnel au premier abord. Si ce n’est le fait qu’il s’agisse d’un film noir tout ce qu’il y a de plus banal, reprenant les codes du genre. À savoir, suivre les mésaventures d’un homme (ici, un petit gangster) qui va se retrouver emprisonné dans une situation qui n’est pas de son ressort (par jalousie d’une ancienne maîtresse). Le tout raconté avec un certain pessimisme et abordant des thématiques privilégiées de ce genre : la trahison, le crime, le meurtre et le fatalisme. Jusque-là, Les Criminels ne sort pas spécialement du lot. Mais Joseph Losey s’en sort en traitant son film avec beaucoup de classe, lui donnant une certaine envergure : les costumes des personnages, le charisme de son comédien principal qu’est Stanley Baker (qu’il redirigera dans Eva et Accident), les compositions « jazzy » de John Dankworth, un visuel sublimé par la photographie en noir et blanc de Robert Krasker… tout y est pour que le visionnage des Criminels soit un réel plaisir.

Qui plus est, Joseph Losey fait de son simple décor, la prison, un réel personnage à part entière. Si le film parle d’un casse, de mafia et de trahison en passant par les cases bagarres et course-poursuite, une bonne partie du long-métrage se passe entre les murs d’un bâtiment carcéral. Dans lequel le réalisateur va dévoiler à la lumière du jour la corruption des gardiens, le fait que les prisonniers fassent leur propre loi…etc Bref, la recette pour construire un microcosme prouvant qu’une société basée sur l’argent, le pouvoir et la concurrence peut se reproduire dans n’importe quel contexte. Ainsi, en plus de donner de l’intérêt à l’ensemble, dresser ce tableau permet également à Joseph Losey de marcher en terrain connu.

https://www.youtube.com/watch?v=dggj09TY_pY

Outre l’ajout de certaines exubérances comme le cinéaste sait si bien les faire (comme l’apparition d’une femme à travers un kaléidoscope), donnant au film une légèreté bienvenue dans le ton, Losey va se servir de ce fameux décor pour faire de son protagoniste un personnage à sa mesure. Un faux-faible, condamné d’entrée de jeu par son orgueil et sa prétention, le poussant à s’en sortir par tous les moyens nécessaires. Un homme qui se croyait être une sorte de leader en prison, mais qui n’est finalement, une fois sorti, qu’un pauvre maladroit se faisant avoir par les femmes et ses complices. Et qui, une fois de retour derrière les barreaux, va perdre irrémédiablement son statut de gangster modèle, car il n’arrive pas à faire face au microcosme si spécifique cité plus haut. Une sorte de quête d’identité propre au cinéma de Losey, qui offre pour le coup au Criminels une noirceur qui augmente crescendo. Le ton léger s’évanouit derrière des scènes à tendance infernale, comme la révolte des prisonniers… Sans toutefois passer par l’action, fidèle au charme loseyen, Les Criminels dévoile une violence assez brute dans ses propos, le devenir en pleine dégradation de son antihéros.

Reprenant le pas sur une première période anglaise plutôt douloureuse (le cinéaste essuyant des refus à cause de son étiquette de communiste), Joseph Losey a su reprendre les codes du film noir américain et jouir de la liberté offerte par le cinéma britannique en sa faveur, pour faire d’un produit de commande une œuvre qui lui est propre. Peut-être pas un long-métrage inoubliable, mais mis en boîte avec suffisamment de talent et de personnalité pour attirer les regards sur son travail, et d’enchaîner par la suite avec ce qui sera considéré comme les plus grands titres de sa carrière (Eva, The Servant, Accident…). Une bien belle revanche sur Hollywood et le maccarthysme dont il fut victime !

Les Criminels: Fiche technique

Titre original : The Criminal
Réalisation : Joseph Losey
Scénario : Alun Owen, d’après un sujet de Jimmy Sangster
Interprétation : Stanley Baker (Johnny Bannion), Sam Wanamaker (Mike Carter), Grégoire Aslan (Frank Saffron), Margit Saad (Suzanne), Jill Bennett (Maggie), Rupert Davies (Edwards), Laurence Naismith (M. Town), John Van Eyssen (Formby)…
Photographie : Robert Krasker
Décors : Richard Macdonald
Costumes : Ron Beck et Laura Nightingale
Montage : Reginald Mills et Geoffrey Muller
Musique : John Dankworth
Producteur : Jack Greenwood
Production : Merton Park Studios
Distribution : Studio Canal (2008)
Budget : 200 000 $
Durée : 97 minutes
Genres : Policier, drame
Date de sortie : 22 mars 1961

Royaume-Uni – 1960

Ash vs Evil Dead : les Deadites et le Necronomicon ne sont pas prêts de mettre Ash à la retraite !

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Alors que la série Ash vs Evil Dead est en cours de diffusion dans une  excitante deuxième saison sur la chaîne Starz aux USA et sur OCS en France, de nouvelles informations communiquées ces derniers jours vont rassurer les fans de la saga Evil Dead et de la série. Le nom du scénariste de la saison  3 vient d’être révélé et la série pourrait bien s’étendre sur cinq saisons. Ash Williams (l’inénarrable Bruce Campbell) n’est donc pas prêt de raccrocher définitivement et de remiser sa tronçonneuse dans l’annexe de la cabane dans les bois !

D’après des informations de Mad Movies, un nouveau scénariste prendra les commandes de la série Ash Vs Evil Dead pour la troisième saison. L’heureux élu est Mark Verheiden qui a déjà travaillé à l’écriture sur My Name is Bruce, The Mask, Timecop, Battlestar Galactica ou bien encore Smallville. Il remplacera Craig DiGregorio.

Bruce Campbell qui est acteur et producteur sur la série s’est confié sur cette nouvelle concernant l’arrivée de Mark Verheiden :

Je suis très excité par la participation de Mark. C’est lui le boss, maintenant. J’ai eu plusieurs rendez-vous avec lui et, pour nous, ce qui fera durer le programme c’est de soigner les personnages secondaires. Il faut que nos comédiens se réveillent en disant : « c’est cool ! » plutôt que d’être réduit à prononcer une phrase toutes les quatre lignes.

Le tournage de la troisième saison de Ash vs Evil Dead devrait commencer au premier trimestre 2017 pour une diffusion de la série sur les antennes de la chaîne Starz à l’automne prochain.

Cette bonne nouvelle sur la reconduction du programme pour une saison 3 était tombée début octobre juste après le début de la diffusion des premiers épisodes de la seconde saison.

Mais comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule et malgré la malchance légendaire de Ash, le comédien Bruce Campbell s’est confié à la rédaction de Daily Dead sur l’avenir de la série. Questionné sur le nombre idéal de saisons qu’il aimerait pour le programme, Bruce Campbell a délivré un message qui va ravir les fans :

Cinq serait cool. Personne ne va se lasser avec cinq. […] Toutes les séries ont un moment à partir duquel on se lasse. Les acteurs se lassent, la série devient trop chère, les scénaristes n’ont plus d’idées, le public n’est plus fidèle. Toutes les séries ont leur temps. On veut finir en beauté et je veux mettre en place des plans sur plusieurs années pour que les scénaristes sachent où on va, ainsi que les acteurs et le studio. Tout le monde devrait savoir où on va à tout moment, selon moi.

Ash n’est donc pas prêt de prendre sa retraite pour le plus grand bonheur des fans de Evil Dead. Tout ceci a été rendu possible par le génie de deux hommes : Sam Raimi et Bruce Campbell.