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Une date officielle pour la sortie d’Indiana Jones 5 !

Après quatre aventures et de nombreux temples et grottes fouillés, le plus célèbre archéologue du cinéma débarquera le 19 juillet 2019 au cinéma pour Indiana Jones 5.

19 juillet 2019. C’est la date à laquelle on pourra retrouver la cinquième aventure d’Indiana Jones dans les salles obscures. En effet, après le médiocre Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal, Harisson Ford remettra le couvert pour Indiana Jones 5. Le film sera réalisé par Steven Spielberg, qui a porté la casquette de réalisateur sur l’ensemble de la saga. Si rien n’a encore filtré sur le scénario, on sait que Georges Lucas ne sera pas impliqué dans l’écriture du film. Le cinquième opus marque donc également la rupture du duo Spielberg/Lucas, au cœur des quatre premiers films. On peut se demander si Shia Leboeuf reprendra le rôle du fils d’Indiana Jones, qu’il tenait dans l’opus précédent. Si on suit la logique de la saga, Indiana Jones 5 devrait se dérouler dans les années 60, 9 ans après Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal. 

Alan Horn, le président des Walt Disney Studios, producteur du film, a déclaré « Indiana Jones est l’un des plus grands héros de l’histoire du cinéma. Nous sommes impatients de le faire revenir à l’écran en 2019… Il est rare d’avoir une combinaison aussi parfaite entre réalisateur, producteurs, acteurs et rôles, et nous ne pourrions pas être plus enthousiastes qu’à l’idée de cette nouvelle aventure avec Harrison et Steven. » Si les déclarations sont sincères, on peut attendre d’Indiana Jones 5 un véritable retour aux sources loin de la débâcle du quatrième opus. Steven Spielberg confiait il y a quelques mois  » La seule chose que je peux vous dire, c’est que je ne tuerai pas Harrison Ford à la fin« . Il avait alors ajouté « Ce film sera réellement pour les fans« .

Steven Spielberg est en ce moment en train de travailler sur le film Ready Player One, l’adaptation du roman de science-fiction Player One d’Ernest Cline. Le film est prévu pour mars 2018. On retrouvera Harisson Ford en octobre 2017 pour Blade Runner : 2049 aux côtés de Ryan Gosling.

L’autre côté de l’espoir, un film d’Aki Kaurismäki : Critique

Un peu plus de 5 ans après Le Havre, Aki Kaurismäki livre un film qui devrait être le second opus de sa « trilogie des immigrés ». Encore faudrait-il pour cela que L’Autre Côté de l’Espoir ne soit pas, comme il a pu l’annoncer, son dernier film. Difficile cependant de croire que l’optimisme dont il fait (enfin) preuve ne lui donne pas envie de continuer encore un petit peu.

Synopsis : Khaled est un réfugié syrien qui vient de débarquer à Helsinki. Par souci d’honnêteté, son premier réflexe est de se diriger vers le poste de police pour déposer une demande d’asile politique qui lui sera refusé. Au même moment, Wikhström quitte sa femme pour réaliser son rêve : ouvrir un restaurant. Lorsque Khaled n’a plus d’autre choix que fuir la Police, Wikhström accepte de l’embaucher et de l’aider à se trouver de faux papiers.

Dérision pour la bonne cause
l-autre-cote-de-l-espoir-Sherwan-HajiIl se fait de plus en plus rare, au point que chacun de ses films est désormais un petit événement. Aki Kaurismäki est l’un des rares auteurs dont le style est à ce point affirmé et inimitable qu’il ne suffit que de quelques secondes face à l’une de ses réalisations pour savoir que nous sommes en terrain connu. Que l’on apprécie ou non sa mise en scène austère et son humour pince-sans-rire, il faut au moins lui reconnaitre cette indéfectible constance. Cette touche personnelle, on la retrouve évidemment dans L’Autre Côté de l’Espoir, mais avec un équilibre entre un esprit burlesque et la gravité de son sujet que l’on n’avait plus trouvé depuis fort longtemps. Le traitement est donc sans réelle surprise, mais se révèle néanmoins particulièrement insolite et efficace, marque d’un engagement politique que l’on pourra regretter qu’il n’ait commencé à être aussi ouvertement assumé que si tard dans sa carrière.

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Le premier élément à sauter littéralement aux yeux est la froideur qui caractérise son univers visuel. Celle-ci s’avère en l’occurence offrir une représentation sévèrement dénonciatrice de la déshumanisation des pouvoirs administratifs qui rendent impossible l’immigration en Finlande. Inversement, la bonne humeur qui nait subrepticement entre les personnages est une incroyable source d’espoir. Ce qui apparait ici, c’est donc une opposition entre une bureaucratie qui enterre les sentiments humains (on en veut pour preuve ces scènes où Khaled raconte les horreurs de la guerre sans qu’aucun apitoiement ne naisse de ces témoignages douloureux) et un art de la magouille qui viendrait résoudre tous les problèmes. L’officieux contre l’officiel, la solidarité contre l’indifférence, c’est là le cœur de cette étrange tragicomédie. A sa façon décalée, la L_autre_cote_de_l_espoir-Sakari-Kuosmanen-Sherwan-Hajidirection artistique, qui mélange allègrement des éléments de décors modernes et plus anciens – à commencer par les téléphones vintage –, souligne l’intemporalité de ce drame humain.

Sur un sujet tristement dans l’air du temps, Aki Kaurismäki signe une fable poétique qui ne ressemble à rien d’autre… qu’à un autre film d’Aki Kaurismäki. Rien d’étonnant de sa part, hormis peut-être un discours politique délesté du cynisme qu’on lui connait, au risque d’ailleurs de pousser le curseur jusqu’à la limite de la naïveté. 

Comme à son habitude, la volonté première de Kaurismäki est de briser les archétypes puisque sa façon de mettre en parallèle les destins de deux personnages l’empêche de tomber dans le piège du misérabilisme qui s’ouvre fatalement sous les pieds de tout auteur désireux d’aborder la question de l’immigration. En s’attardant sur le parcours de  Wikhström, qui plaque tout pour investir dans un restaurant et découvre les difficultés de gestion d’un tel établissement, le scénario dépasse le sujet des exilés pour rendre un hommage à tous les hommes et femmes qui font le choix – volontairement ou par la force des choses – de changer de vie. C’est d’ailleurs dans l’arc narratif propre au personnage incarné par Sakari Kuosmanen (un acteur présent depuis 1985 dans le cinéma de Kaurismäki qui parle de lui comme son alter-ego) que le réalisateur glisse la grande majorité des éléments nonsensiques, preuve sans doute d’une certaine gêne de sa part à apporter de la légèreté de manière directe à une thématique plus grave.

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L_autre_cote_de_l_espoir-Sakari-Kuosmanen-cuistotMême s’il apparait comme un appel à la résistance, un film de Kaurismäki ne peut s’empêcher d’être caractérisé par une terrible mélancolie. En plus des décors grisonnants que la photographie de Timo Salminen transforme – comme il l’a fait dans tous les films du réalisateur – en ambiance superficielle similaire à celle d’une sitcom, le désenchantement de L’Autre Côté de l’Espoir nait essentiellement de sa bande originale. Une fois de plus, la musique est similaire à celle de ses précédents long-métrages, à savoir entièrement diégétique et rock’n roll. Les rockeurs qu’il convoque chantent leur vision désespérée de la Finlande. Cette morosité ambiante, à laquelle les gueules cassées qui composent le casting n’arrangent rien,  permet de dépeindre un pays qui n’a rien d’un Eldorado pour les expatriés. C’est donc l’empathie de certains de ses habitants, et uniquement elle, qui fait de la Finlande une potentielle terre d’accueil chaleureuse. Et même si cette bien-pensance apparait comme chargée d’une candeur contre-productive, l’intention est finalement moins de nous imposer des modèles éthiques que nous culpabiliser par rapport à l’état d’esprit égoïste qui pèse sur toute l’Europe.

Au milieu de ce dispositif cinématographique où tout parait absurde et outrancier, la haine raciste des uns et l’hypocrisie des autres sont deux des rares éléments qu’il est impossible de nier. Les rendre ainsi immanquables n’était sans doute pas la façon la plus délicate de faire, mais semble finalement plus à même de nous mettre face à nos propre responsabilités que n’importe quelle autre leçon de morale didactique.

L’Autre Côté de l’Espoir : Bande-annonce

L’autre Côté de l’Espoir : Fiche technique

Titre original : Toivon tuolla puolen
Titre international : The Other Side of Hope
Réalisation : Aki Kaurismäki
Scénario : Aki Kaurismäki
Interprétation : Sakari Kuosmanen (Wikström), Sherwan Haji (Khaled Ali), Ilkka Koivula (Calamnius), Janne Hyytiäinen (Nyrhinen), Nuppu Koivu (Mirja), Tommi Korpela (Melartin), Simon Al-Bazoon (Mazdak)…
Photographie : Timo Salminen
Montage : Samu Heikkilä
Direction artistique : Aki Kaurismäki
Production : Aki Kaurismäki
Société de Production : Sputnik Oy, Oy Bufo Ab, Pandora Film
Distributeur : Diaphana Distribution
Récompense : Ours d’argent du meilleur réalisateur à la Berlinale 2017
Durée : 98 minutes
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 15 mars 2017
Finlande, Allemagne – 2017

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Deadpool 2 : Fesses, satire et humour noir pour un premier teaser

Deadpool 2 s’annonce hilarant et dans la droite lignée du premier opus avec un premier teaser qui en dit long !

Avant la projection de Logan sur les écrans américains, une mise en bouche pour Deadpool 2, façon remake caricatural de Superman, a été offerte au public ravi. Ryan Reynolds reprend le rôle de l’anti-héros mal embouché le temps d’un (long) teaser de la loose où le beau gosse défiguré tente (désespérément) de rendre la justice en se débattant dans une cabine téléphonique.

Dans ce court métrage, Deadpool joue de son popotin dénudé et prend le temps de passer un appel avant d’intervenir, trop tard, sur les lieux de la bagarre histoire de tailler le bout de gras avec le macchabée ! Le tout est joyeusement accompagné par les thèmes musicaux de Superman et de True Romance (« Marimba » repris par Hans Zimmer) et surtout agrémenté de quelques clins d’oeil à Logan (titré sur le cinéma derrière la cabine téléphonique), à la série Firefly ( les posters collés aux murs) et à Nathan Summers aka Cable, héros de Marvel et compagnon Deadpool déjà annoncé à la fin du premier opus (« Nathan Summers comming soon » tagué sur la cabine). Et sans compter l’apparition de Stan Lee, créateur de personnages Marvel, qui lance un « Nice suit ! » (Joli costume !) à notre héros.

Un bon délire que vous pourrez apprécier ci-dessous en attendant la sortie de Deadpool 2 prévue pour 2018.

Deadpool 2 – premier teaser :

Six Feet Under saison 1 à 5 : Critique série

Critique d’une série singulière sur des personnages qui voient la mort tous les jours. Malgré son concept, Six Feet Under se veut aussi drôle que dramatique et aborde, à travers le sujet de la mort, une formidable réflexion sur la vie.

Synopsis : Les Fisher, père et fils, gèrent une société de pompe funèbre implantée dans la maison familiale. Ils sont ainsi régulièrement en contact avec la mort et le deuil. Un environnement particulier qui n’est pas sans conséquences. Quand le père décède subitement, la mort les frappe cette fois directement et chaque membre de la famille doit y faire face, chacun à sa manière, et continuer à vivre en l’absence du chef de famille.

La mort

La mort, cette finalité par laquelle toute vie s’achève. Notre société s’efforce de l’oublier, mais quand elle surgit, toujours trop tôt et imprévisible, cette réalité nous frappe durement, nous ramenant à notre solitude et notre condition de mortel…nous rappelant que la mort nous attend tous au bout du chemin, et qu’elle peut frapper nos proches, à tout instant.

C’est qu’un humain n’est pas juste un corps organique. Parent, enfant, compagnon, collègue ou ami, il rayonne au-delà des limites de la chair avec les connexions qu’il crée avec ses semblables et ce qu’il a construit. La mort réduit tout cela à néant, lorsqu’un être qui avait tellement d’importance dans nos cœurs qu’on en est venu à croire qu’il était éternel, disparaît soudainement, une perte tragique et inconcevable.

Puis viennent les douloureuses étapes du deuil. La colère et l’abattement, et enfin la longue voie de la guérison, jusqu’à pouvoir aborder en riant les souvenirs partagés avec le défunt, qui continue à vivre à travers ceux qui l’aiment.

Les Fisher

La mort, les Fisher y sont particulièrement familiers. La disparition soudaine du père va entraîner beaucoup de bouleversements en eux, les inciter à se poser des questions, sur qui ils sont et quelle direction donner à leur vie. D’autant que vivre dans cet environnement de tristesse et de recueillement ne facilite pas le processus, chaque membre étant plutôt renfermé et n’ayant pas l’habitude de se confier.

Ruth (Frances Conroy), la mère qui s’est toujours consacrée aux autres avant elle-même sans jamais se faire plaisir, doit maintenant envisager sa vie sans son mari. Elle se pose pour la première fois la question de ses désirs refoulés, et décide de combattre ses inhibitions pour enfin s’imposer. Une recherche qui passera par plusieurs compagnons, mais le bon partenaire ne sera pas facile à trouver.

Nate (Peter Krause), l’ainé, a quitté le domicile familial, voulant fuir cette famille pour vivre une vie sans attache. Mais la mort du père l’incite à reprendre contact. Il voit dans la reprise de l’entreprise familiale l’occasion de peut-être trouver un sens à sa vie. Il persistera toutefois à avoir du mal à se lier aux autres. Une quête du bonheur laborieuse que viendront entacher des événements tragiques.

David (Michael C. Hall), le plus jeune fils, a suivi très tôt son père dans la même voie. Sa mort l’amène à se demander si c’est ce qu’il veut vraiment faire. Renfermé et sensible, il assume mal son homosexualité et n’en a même jamais parlé à sa famille, bien qu’il soit dans une relation. Une étape qu’il devra franchir un jour ou l’autre.

Claire (Lauren Ambrose), la plus jeune, n’est encore qu’une ado qui n’a jamais été bien proche de son père. Sa disparition intervient dans une période de doute où elle ne sait pas encore qui elle est ni ce qu’elle veut devenir. Elle choisit de suivre une formation en art, mais est finalement déçue par ce milieu. Est-elle vraiment une artiste, est-elle assez douée ? Elle vivra ses premières expériences, jusqu’à ce qu’arrive le moment où elle devra se lancer seule dans le grand périple qu’est la vie.

Puis il y a ceux qui font pratiquement partie de la famille. Brenda, la compagne de Nate, qui doit combattre l’influence malsaine de la famille déviante dans laquelle elle a grandi ; Keith, le compagnon de David et Rico, partenaire des Fisher, tous deux devant également régler leurs problèmes de couple et leurs soucis professionnels.

Sans oublier des personnages singuliers, comme Billy, le frère de Brenda, maladivement attaché à sa sœur, Olivier, le professeur excentrique de Claire, Arthur, le stagiaire coincé, et Sarah, la sœur hippie de Ruth.

La vie

La quête du bonheur est une route tortueuse faite d’imprévus, de doutes, de joies, de souffrances, d’espoirs, d’inquiétudes, d’accidents, de maladies, et de guérisons. Dans d’autres séries de soap opera, certains thèmes ont souvent tendance à agacer (Desperate housewives) mais, la série évite cet écueil parce que ses personnages et ses histoires sonnent vraie. Avec un rythme lent et posé, pas besoin d’histoires improbables ou d’intrigues de remplissage pour susciter l’adhésion et l’attachement aux personnages en est renforcé.

Six Feet Under nous touche ainsi plus en profondeur, dans ce qui constitue l’essence de la vie. Où l’on peut suivre un couple qui s’aime et qui n’arrive pas à s’entendre, l’un pouvant tromper l’autre tout en ayant des sentiments sincères ; où l’on croit être sûr de la personne que l’on aime et de ce que l’on veut pour l’avenir, pour s’apercevoir que l’on s’était trompé ; où des membres d’une même famille se disputent, parce qu’ils tiennent les uns aux autres, ou reportent leur souffrance vers leurs proches. Des erreurs qui font toujours souffrir ceux qui ont cru en nous.

Rires et larmes

Chaque épisode de Six feet under débute avec une mort, parfois absurde et insolite, souvent tragique. Il n’est hélas pas donné à tout le monde de mourir de vieillesse sans douleur. Il arrive que le défunt ou les conditions du décès fassent écho à un membre de la famille qui ne peut plus rester indifférent. Des conversations s’amorcent alors avec le défunt, traduisant ces troubles intérieurs, où mort et vivant échangent sur le sens de la vie. « La vie c’est comme un jeu de poker où tu mises tout ».

Un tel concept est propice à l’humour noir. A côté des instants tragiques, la série adopte un ton décalé, où les pensées des personnages peuvent se transformer en comédie musicale surprenante.

Quelques pierres sur la route

La série n’évite toutefois pas totalement les défauts du soap opéra. Certaines situations s’étalent un peu trop, ou paraissent un peu trop appuyées. Certains personnages sont un peu trop bizarres pour qu’on les comprenne et qu’on y adhère. Ils peuvent même être énervants à force de se disputer tout le temps, par leur égoïsme ou leur comportement injuste. C’est probablement une attitude plus réaliste mais qui ne passe pas toujours bien dans une fiction. Enfin, le rythme lent, certes judicieux, devient parfois pesant.

Mais ce sont des défauts mineurs qu’il faut savoir supporter pour admirer cette ode à la vie que raconte Six feet under, avec un final mémorable et des personnages parmi les plus attachants de l’histoire des séries.

A l’image d’une vie qui ne serait pas satisfaisante sans obstacle à franchir pour profiter pleinement du paysage une fois la destination atteinte.

Bande-annonce : Six Feet Under

https://www.youtube.com/watch?v=yPIpUody2CI

Six Feet Under : Fiche Technique

Création : Alan Ball
Réalisation : Alan Ball, Alan Poul, Kathy Bates, Daniel Attias
Scénario : Alan Ball
Production : Alan Ball, Lori Jo Nemhauser, Alan Poul
Acteurs : Peter Krause (Nathaniel Fisher Junior) ; Michael C. Hall ( David Fisher) ; Frances Conroy ( Ruth O’Connor-Fisher) ; Lauren Ambrose (Claire Fisher) ; Rachel Griffiths (Brenda Chenowith ) ; Jeremy Sisto (William « Billy » Chenowith) ; Freddy Rodríguez (Hector Federico Díaz) ; Mathew St. Patrick (Keith Dwayne Charles) ; Richard Jenkins (Nathaniel Fisher Senior)
Musique : Richard Marvin
Chaîne d’origine : HBO
Réseau de diffusion : Jimmy, Canal+, France 2, France 4.
Format et nombre d’épisodes : 5 saisons de 63 épisodes
Genre : comédie dramatique
Première diffusion : 3 juin 2001 – 21 août 2005

États-Unis – 2001

Le « dernier âge d’or » du cinéma muet : notre top 5

Dans les années 1920, le cinéma reste, malgré quelques chefs d’œuvre matriciels, un art balbutiant qui doit encore faire ses marques au delà d’une poignée de genres déjà bien installés. En une décennie, le cinéma muet traverse un véritable âge d’or à l’échelle mondiale.

Impossible de se prétendre cinéphile sans reconnaître l’apport inestimable des réalisations datant de ces lointaines années. La grammaire de la mise en scène telle qu’on la connait aujourd’hui semble avoir été écrite au cours de cette époque fleurie à laquelle l’invention du cinéma parlant a brutalement mis fin, sans pour autant -comme cela a pu être écrit- remettre les compteur à zéro. Chacun a évidemment ses préférés parmi les films qui émergèrent du regain de créativité qui animait alors les artistes à travers le monde. Voici les nôtres.

Notre top 5 des films muets des années 20:

top-5-muets-Metropolis1/ Metropolis (Fritz Lang, 1927) : Véritable chef d’œuvre de Fritz Lang, Metropolis est un incontournable. Le film, décrié à sa sortie est loin d’être parfait. L’œuvre est empreinte de l’idéologie nazie, Fritz Lang et sa femme scénariste Thea von Harbou ayant été très proche de la sphère nazie, pendant la production du film. Ainsi le message collaborationniste du film aura du mal à passer. Néanmoins, si Metropolis a marqué l’histoire, c’est grâce à la virtuosité et à l’imagination de son créateur. Metropolis est un monument visuel hors-norme, représentant la quintessence de l’expressionnisme allemand. Encore aujourd’hui le visionnage est bluffant et exprime à chaque instant l’ambition démesurée du réalisateur. L’œuvre de Fritz Lang hante par son excellente musique, composée par Gottfried Huppertz. Car il faut se le dire, Metropolis ne brille par son histoire naïve et politisée, ni par ses acteurs, la plupart étant amateurs. Metropolis est un témoignage historique qu’il faut voir autant pour ses défauts que ses qualités. Roberto

top-5-muets-le-cuirrassé-potemkine2/ Le cuirassé Potemkine (Sergueï Eisenstein, 1925) : On réduit souvent Le Cuirassé Potemkine à sa seule dimension de film de propagande bolchévique sur la première Révolution Russe, étant entendu qu’un film de propagande ne pourrait être un grand film de cinéma. S’il faut le réduire, alors réduisons ce film à une seule de ses scènes: celle de l’escalier d’Odessa, prouesse technique et artistique, reprise depuis dans une dizaine de grands films. Eisenstein y démontre d’immenses talents de metteur en scène, mais également de narrateur, cette séquence s’étirant pour faire monter la tension dramatique à mesure que le landau lâché par une mère abattue dévale lui, les marches d’escalier. En une scène, Eisenstein donne sa vision de la mutinerie des marins du cuirassé, de la brutale riposte des cosaques au service du Tzar Nicolas II. Tourné une petite trentaine d’années après la naissance du cinéma, Le Cuirassé Potemkine reste une référence et un sujet d’étude pour tous les cinéastes apprentis ou confirmés, chose rare pour un film de propagande.  Thierry

top-5-muets-le-mecano-de-la-general3/ Le mécano de la Général (Buster Keaton, 1926) : Johnnie Gray (Keaton) se voit refuser l’accès à l’engagement militaire durant la guerre civile. Avance rapide d’une année ; sa fiancée, Annabelle Lee (Marion Clark), est prise en otage par les espions de la Union, à bord de la « General ». Johnnie, seul contre tous, dans un enchaînement semi-burlesque à la Keaton, décide de lui venir en aide. Ce long-métrage, qui contient la scène d’action la plus chère de l’époque du muet (l’effondrement du pont en feu), est un bijou d’humour et de vérité comme seul Keaton savait le faire à l’époque. Si de nos jours, The General, fait partie des films cultes de l’époque du muet, il ne fut que très peu accueilli lors de sa sortie en 1926. Réévalué depuis, cette oeuvre polémique fait partie du fragile patrimoine cinématographique américain, précédent la grande dépression.   Pascal

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4/ Un chien andalou (S. Dali, L. Bunuel 1928) : Lorsqu’on parle de surréalisme, un nom (et une moustache) sont très rapidement évoqués, il s’agit de Salvador Dali. Principalement connu pour ses peintures, l’artiste a en 1928, une conversation avec Luis Buñuel, et discutent de leurs rêves respectifs. Alors que le peintre raconte avoir vu des fourmis lui courir sur les mains, le réalisateur lui rétorque avoir vu l’œil de quelqu’un se faire trancher. Le scenario d’Un Chien Andalou était né. Il serait idiot de vouloir l’expliquer, comme il serait inutile d’essayer d’en comprendre la signification profonde. Un Chien Andalou est avant tout une expérience unique. Un quart d’heure dans les rêves d’un autre que soi avec une logique propre, certaines scènes restent toujours aussi marquantes quelque que soit le nombre de visionnages et en ont fait un classique du cinéma, on pourra d’ailleurs y voir des références dans de nombreux autres films, notamment Old Boy de Park Chan-Wok. Un véritable monument du cinéma donc.  Yvan

top-5-muets-l'aurore5/ L’aurore (Friedrich-Wilhelm Murnau, 1927) : Premier film américain du cinéaste expressionniste allemand Friedrich Murnau, déjà connu en Europe pour ses nombreux succès tels que son Nosferatu, l’œuvre n’adopte toutefois pas l’esprit hollywoodien dans son traitement. Murnau a voulu dépeindre une situation commune avec des personnages universels. Ainsi, L’histoire nous montre la puissance et la fragilité des relations amoureuses avec une crédibilité hallucinante, et la symbiose de ces deux êtres vient offrir au spectateur un florilège d’émotions auxquelles il peut s’identifier. Par ailleurs, Murnau a travaillé particulièrement sa photographie dans les scènes nocturnes qui constituent l’essentiel du film. Il réussit à créer une atmosphère fantasmagorique qui touche au gothique avec ses détours de brumes qui stagnent sur les lacs, et ses branches d’arbres qui surgissent dans le cadre. L’Aurore est sans conteste l’un des films les plus intemporels de la période du cinéma muet, véhiculant une force singulière. François Truffaut ira même jusqu’à le considérer comme « le plus beau film du monde ».  Clément

 

 

Ils auraient pu y être : Nosferatu (Friedrich-Wilhelm Murnau, 1922), Le kid (Charles Chaplin, 1921), La ruée vers l’or (Charles Chaplin, 1925)…

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Philippe Djian concocterait déjà un scénario pour une nouvelle collaboration avec Paul Verhoeven

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Après le triomphe du long-métrage Elle et les récompenses d’Isabelle Huppert et de Verhoeven aux César, l’écrivain Philippe Djian serait en pleine phase d’inspiration. L’auteur de  Oh… et 37,2 ° Le matin travaillerait actuellement sur un nouveau scénario en vue d’une adaptation. Ce projet d’écriture pourrait être confié encore une fois au cinéaste néerlandais.

Le romancier Philippe Djian pourrait bien voir ses écrits une nouvelle fois adaptés pour les besoins du septième art. L’écrivain devrait d’ailleurs retrouver Paul Verhoeven pour ce futur projet pour le grand bonheur des cinéphiles amateurs de cinéma de genre. L’auteur, qui vit une grande majorité de l’année dans la sublime ville de Biarritz, s’est récemment confié à l’AFP sur ses écrits et ses projets en cours.

Philippe Djian serait donc en train d’écrire :

une grosse nouvelle qui se déroulerait comme un scénario. Il fait déjà une cinquantaine de pages. Je suis en plein milieu. Ça m’amuse.

Philippe Djian a expliqué être « devenu ami » avec le réalisateur de Robocop, Basic Instinct, Showgirls et Black Book. Ce nouveau film en cours d’écriture pourrait donc sceller une nouvelle collaboration entre Paul Verhoeven et Philippe Djian.

Le réalisateur néerlandais avait lui-même récemment déclaré dans les médias :

Si je devais refaire un film en France, je le referais sans hésiter.

Le sujet et le contenu de ce scénario en cours d’écriture restent encore mystérieux. Le seul élément ayant filtré concerne le rôle principal. Il serait confié à une comédienne âgée de 35 à 40 ans.

Après le triomphe et le succès critique de l’adaptation de Oh… avec le film Elle, Philippe Djian a tenu à rendre hommage au talent d’Isabelle Huppert. L’écrivain rêve de pouvoir travailler à nouveau avec elle. Il souhaiterait lui offrir un nouveau rôle à sa mesure à travers l’un de ses récits.

Je lui ai dit que j’aimerais beaucoup lui écrire un rôle, histoire de continuer à alimenter le lien.

Cette information sur un futur film basé sur les nouveaux écrits de Philippe Djian est donc pour l’instant officieuse. Ce projet est actuellement en cours d’écriture et en phase de développement. Un seul souci majeur pourrait venir freiner les retrouvailles entre Philippe Djian et Paul Verhoeven : les calendriers de tournages du réalisateur de Total Recall sont très chargés et actuellement dignes d’un emploi du temps de ministre.

Le producteur franco-tunisien Said Ben Said, qui avait accéléré la rencontre et l’alchimie inouïe entre Philippe Djian et Paul Verhoeven, devrait en effet bientôt travailler avec le cinéaste néerlandais sur Lyon 1943, un film sur la Résistance pendant la Seconde Guerre Mondiale. Paul Verhoeven a également bien l’intention de ringardiser Mel Gibson avec sa propre version d’un biopic religieux sur Jésus de Nazareth dans un long-métrage tourné en français. Le réalisateur de Starship Troopers souhaite en outre s’atteler à un troisième film sur un fait divers sanglant dans un couvent en Italie en plein Moyen-Age. Ce projet sera en prime estampillé Made in France ! Cocorico !

The Sisters Brothers : Jake Gyllenhaal rejoint le casting du prochain film de Jacques Audiard

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Le comédien américain Jake Gyllenhaal va rejoindre l’équipe du prochain long-métrage de Jacques Audiard. Le réalisateur d’Un prophète et de Dheepan travaille sur son prochain long-métrage, The Sisters Brothers. Ce film ambitieux risque de surprendre beaucoup de cinéphiles fidèles à la filmographie d’Audiard.

Tarantino n’a qu’à bien se tenir ! Sortez les cache-poussières et aiguisez vos éperons ! Jacques Audiard travaillerait sur son prochain film : un western !  Quoi de mieux qu’un film de cowboys pour le célèbre cinéaste français de génie, toujours affublé d’un chapeau. D’après des informations relayées par Allocine, le tournage de The Sisters Brothers va donc débuter l’été prochain.

Jacques Audiard a réuni un casting impressionnant pour ce film qui sera tourné en langue anglaise, une première pour le réalisateur de Sur mes lèvres. Les comédiens Joaquin PhoenixJohn C. Reilly et Jake Gyllenhaal seront à l’affiche de cette fresque qui plongera les spectateurs dans l’Ouest américain. L’arrivée de Jake Gyllenhaal sur ce projet a été dévoilée par la rédaction de Variety.

Ce western de Jacques Audiard est adapté d’un roman de Patrick DeWitt, Les Frères Sisters. L’intrigue repose sur deux personnages centraux. Eli et Charlie Sisters, deux assassins, vont traquer un chercheur d’or, Hermann Kermit Warm, du désert de l’Oregon jusqu’à San Francisco. Hermann va tenter de vendre chèrement sa peau afin de ne pas finir au cimetière. Il pourrait tenter de soudoyer l’un des deux frères. D’autant plus qu’Eli Sisters traverse une véritable crise existentielle.

Reste à savoir quels seront les choix, l’esthétique, la mise en scène et l’approche de Jacques Audiard pour The Sisters Brothers. Ce film sera-t-il un hommage aux westerns européens, aux westerns spaghettis des années 1960 ? Réponse donc cet été à l’occasion du tournage.

Aucune information n’a d’ailleurs pour l’instant filtré sur les personnages féminins et la date précise de sortie du film. Espérons que The Sisters Brothers ne refera pas le coup du huis-clos bavard de Tarantino avec Les 8 Salopards. Le film de Jacques Audiard pourrait donc s’apparenter à True Grit des frères Coen, basé sur le roman de Charles Portis.

Bécassine va être adapté au cinéma !

Bécassine, la bretonne la plus sotte et naïve de la bande-dessinée va faire son apparition au cinéma ! Un projet est en route porté par le réalisateur Bruno Podalydès.

L’un des plus vieux personnages féminins de la bande-dessinée française va avoir le droit à son film. Oui, Bécassine arrive au cinéma ! Le personnage créé en 1905 dans La semaine de Suzette va connaître une adaptation sur grand écran par le réalisateur Bruno Podalydès (Adieu Berthe, Liberté Oléron). Le réalisateur s’est confié sur le personnage lors d’une interview pour le Figaro : « J’ai relu tous les albums et complètement redécouvert le personnage. Car Bécassine n’est pas la fille un peu niaise et stupide qu’on croit. Elle est naïve, certes, et candide, mais aussi curieuse et inventive. Elle a une âme d’enfant dans un corps d’adulte. Dans ce film, je voudrais montrer Bécassine telle qu’elle est : fidèle, sincère, spontanée, innocente, tendre, rêveuse, enthousiaste ». Si on ne sait pas encore qui incarnera la fameuse bretonne, le film sera produit par Chabraque Productions et Why Not Productions. Le tournage devrait commencer cet été.

La BECASSINE-adaptationbdbande-dessinée, vieille de 112 ans, a déjà failli connaître une adaptation sur grand écran. Un projet a été porté pendant plusieurs années par l’actrice Isabelle Nanty et le scénariste et dramaturge Fabrice Roger-Lacan. Malheureusement, le projet est passé sous une autre équipe. Isabelle Nanty s’est confiée sur la perte du projet à Allociné : « J’avais écrit une adaptation de Bécassine qui ne s’est pas montée (…) C’est passé à quelqu’un d’autre. Il n’est plus question que ce soit moi qui le joue. » Sans dramatiser, elle ajoute : « Mais, il faut être détendu. Ça va, ça vient, ce n’est pas très grave ! ». En 2011, le personnage avait déjà connu une adaptation à travers le film d’animation Bécassine, le trésor viking réalisé par Philippe Vidal, avec les voix de Muriel Robin et Zabou Breitman.

Bécassine est un personnage majeur de la culture française. Peu appréciée des Bretons, pour son caractère niais et stupide, elle est l’incarnation de la « bonne provinciale » tel que la percevait l’élite bourgeoise parisienne à l’époque. L’adaptation de Bécassine arrive dans un paysage cinématographique français où les films adaptés de la bande-dessinée sont de plus en plus fréquents ( Spirou et Fantasio). Autant dire qu’on a pas fini de voir nos personnages de BD favoris  sur grand écran pour les prochaines années.

 

20th Century Women, un film de Mike Mills : Critique

20th Century Women est un de ces films qui vous hantent longtemps, tout comme, plus de 5 ans après, Beginners, le précédent opus du réalisateur Mike Mills qui reste vivace dans nos souvenirs…

Synopsis : Santa Barbara, été 1979. L’époque est marquée par la contestation et d’importants changements culturels. Dorothea Fields, la cinquantaine, élève seule son fils Jamie. Elle décide de faire appel à deux jeunes femmes pour que le garçon, aujourd’hui adolescent, s’ouvre à d’autres regards sur le monde : Abbie, artiste punk à l’esprit frondeur qui habite chez Dorothea, et sa voisine Julie, 17 ans, aussi futée qu’insoumise…

Tout sur ma mère

Il y a tellement à dire sur 20th Century Women, le nouveau film de l’américain Mike Mills. On pourrait parler de l’importante partie musicale, punk notamment, 1979 spécifiquement, et ça suffirait déjà à alimenter les débats. On pourrait évoquer le féminisme, la solitude, l’éducation, l’amour, tout est possible. Ou alors, on peut aussi tout simplement parler de tout ça, de combien le métrage est riche, précieux, infiniment aimable.

Le titre du film peut apparaître trompeur. Le centre du dispositif est effectivement Jamie (Lucas Jade Zumann), un tout jeune homme à peine sorti de l’enfance, tout juste 15 ans, élevé seul par sa mère Dorothea (Magnifique Annette Bening), une femme de 55 ans, lumineuse à travers l’épaisse fumée des cigarettes qu’elle enchaîne les unes derrière les autres, un peu fantasque, le genre de femme si complexe, forte et fragile à la fois. Aspirant pilote, Dorothea travaille dans un cabinet d’études, boursicote et relève tous les matins la valeur de ses actions au petit déjeuner : Jamie les pioche dans le journal, Dorothea les consigne dans un carnet. Quoi de plus consumériste, de plus mercantile que des actions du Dow Jones, et pourtant, Mike Mills rend ce rituel matinal éminemment romantique, baigné dans la douce lumière de Sean Porter, et mettant en scène un couple filial en symbiose. De précieux moments d’abandon pour cette femme qui se protège des sentiments jusqu’à dire au chat, un soir qu’elle attendait avec une angoisse rentrée que son fils revienne d’une virée à Los Angeles la dangereuse  : « tu peux te détendre maintenant, il est rentré »…

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Dorothea vit dans une grande et belle maison de la Californie du Sud, qu’elle rentabilise avec deux locataires tout aussi azimutés qu’elle. D’abord Abbie (Greta Gerwig), une jeune artiste punk qui récupère d’une longue maladie, qui aime écouter ses albums punks à plein volume en dansant comme Siouxsie Sioux, et comme si sa vie en dépendait. Tout aussi complexe, le personnage d’Abbie est richement caractérisé, et en aucun cas cantonné dans le cliché de la punk no future qui ne saurait que détruire. Sollicitée par Dorothea pour l’aider à élever Jamie, Abbie prendra sa mission à cœur et s’occupera du jeune Jamie à sa manière toute personnelle. Il est très agréable de voir Greta Gerwig s’extirper enfin de ce rôle de neurasthénique rigolote dans lequel elle s’est (joliment certes) laissée enfermer, avec les films de son époux Noah Baumbach (Frances Ha, Mistress America), dont elle est la scénariste.  Ce virage vers des rôles différents, on a déjà pu le constater avec plaisir dans Jackie de Pablo Larrain.

L’autre locataire est William (Bill Cudrup), un homme lui aussi assez marginal, « le seul de la maison » comme dirait Dorothea, magnifiquement dessiné, dans un contour quasi-ectoplasmique au début du film, puis prenant de plus en plus de place dans l’histoire, à mesure que les trois femmes en face de lui semblent par moment désemparées en face de Jamie, cet autre homme en devenir, tellement en demande sans trop savoir ni de quoi ni comment. Cudrup développe un jeu solide et sans chichi, et pourtant magnétique.

Si on parle de trois femmes, c’est parce que Elle Fanning vient compléter ce trio de femmes du 20ème siècle avec le personnage de Julie. A peine plus âgée que Jamie, elle est sa meilleure amie, passe ses jours (et ses nuits) plus souvent chez les Fields que dans sa propre maison, où sa psychothérapeute de mère l’oblige à participer à des thérapies de groupes d’adolescents. Une mère déstabilisante qui amène Julie à coucher avec tout le monde sauf avec Jamie, la personne qui lui est la plus chère et qui la chérit de tout son cœur et souhaite la chérir de tout son corps, celui avec qui « trop de proximité empêche le sexe ».

Même si ce récit passablement autobiographique est l’histoire de Jamie, ces trois femmes, les personnages et les actrices, crèvent l’écran. Les dialogues fusent, sensibles, drôles, intelligents. Ces femmes de 1979, sont réellement du 20ème siècle, avec des problématiques qui ne seront jamais vraiment résolues, bien au contraire, les familles monoparentales et l’absence du père, la découverte du désir sexuel, l’ultra-moderne solitude… Annette  Bening est époustouflante, hypnotisante, et tient certainement là un de ses plus beaux rôles.

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En tant que réalisateur de nombreux clips, Mike Mills a su installer une ambiance musicale aux petits oignons, avec des morceaux aussi variés que In a Sentimental Mood de Benny Goodman, le magnifique The Big Country des Talking Heads ou encore et surtout différents morceaux punk allant de Buzzcocks à Souxsie & the Banshees en passant par le groupe punk féministe des Raincoats ou encore les célébrités locales des Black Flag. Un score éclectique et pourtant très cohérent, un vrai régal pour les oreilles si on peut dire.

Après le très beau récit de Beginners, déjà une autofiction, déjà un bijou, 20th Century Women est un autre merveilleux film de Mike Mills qu’on aurait tort d’ignorer en cette période où il y a une pléthore de bons films. C’est un cadeau de sensibilité mais aussi de bonne et belle humeur, il serait dommage qu’il ne soit reçu que par trop peu de cinéphiles, 6 dans la salle en ce qui concerne l’auteur de ces lignes. Un vrai gâchis.

20th Century Women :  Bande annonce

20th Century Women : Fiche technique

Titre original : 20th Century Women
Réalisateur : Mike Mills
Scénario : Mike Mills
Interprétation : Annette Bening (Dorothea), Elle Fanning (Julie), Greta Gerwig (Abbie), Billy Crudup (William), Lucas Jade Zumann (Jamie)
Musique : Roger Neill
Photographie : Sean Porter
Montage : Leslie Jones
Producteurs : Anne Carey, Megan Ellison, Youree Henley, Co-producteurs : Geoff Linville, Jillian Longnecker
Maisons de production : Annapurna Pictures, Archer Gray Productions, Modern People
Distribution (France) : Mars Distribution
Récompenses : Diverses récompenses pour Annette Bening comme actrice principale, et /ou Elle Fanning et Greta Gerwig comme meilleures actrices dans un second rôle
Budget : 7 000 000$
Durée : 119 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 1er Mars 2017
Etats-Unis – 2016

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Baby phone, un film d’Olivier Casas : Critique cinéma

Même s’il s’en défend, Olivier Casas a pensé son premier film dans la pure tradition des adaptations de pièces de théâtre. La bonne humeur qui se dégage de son Baby phone nous rappelle toutefois que cette construction classique reste ce que l’on fait de meilleur en termes de comédies françaises.

Synopsis : Ben et Charlotte organisent un diner où ils réunissent amis et parents autour de leurs recettes bios. Au fil de la soirée, les maladresses et autres révélations se succèdent et remettent en cause leurs relations l’une après l’autre.

L’hypocrisie, quel beau ressort comique!

Bien déterminé à réaliser ce premier long-métrage qui semblait lui tenir à cœur, Olivier Casas réalisa en 2013 un court mettant en scène ce qui allait être la plus mémorable des situations comiques mais, surtout, le nœud scénaristique majeur de son script (que le teaser nous spoile sans scrupules). Cette opiniâtreté suffirait baby-phone-Medi-Sadounpresque à elle seule à qualifier de Baby Phone de film d’auteur. Pourtant, son inspiration très appuyée pour certains néo-classiques de la comédie française, tel qu’Un Air de Famille (Cédric Klapisch, 1996), eux-mêmes directement hérités de la tradition théâtrale, en fait un vaudeville extrêmement calibré.

Le casting semble également vouloir tirer au maximum profit de visages connus pour avoir multiplier les rôles secondaires, en particulier dans le domaine de la comédie franchouillarde : Medi Sadoun, Anne Marivin, Lannick Gautry, Pascal Demolon, Marie-Christine Adam (tous deux déjà dans le court-métrage) mais aussi Michel Jonasz.

Donnez à chacun d’eux des rôles aux traits épais, réunissez-les dans un même appartement quelques heures, mélangez le tout et vous obtenez un huis-clos tragicomique comme on en a déjà vu des mille et des cents. Olivier Casas avait dès lors le défi d’assurer une écriture particulièrement ingénieuse et pertinente pour sauver son film de la monotonie et du déjà-vu.

A partir de ce canevas on-ne-peut-plus convenu et de ces personnages qui frisent souvent la caricature, le jeune cinéaste parvient à enchainer à un rythme ininterrompu les dialogues, non-dits et quiproquos qui –c’est assez rare pour être souligné – font baby-phone-pascal-demolonplus souvent mouche qu’ils ne tombent à l’eau. Au cœur de son viseur, la sincérité des relations entre les personnages est mise à mal au gré de ces répliques et autres gags joyeusement efficaces. Cette thématique est d’une telle universalité qu’il est impossible de ne pas se reconnaitre dans l’un des conflits sous-jacents qui émergent de ce repas mouvementé. La bonne humeur est donc au rendez-vous, sans que la bien-pensance ne vienne plomber ce récit qui a le bon gout d’éviter le happy-end doucereux et consensuel.

Hormis Demolon dont le surjeu plein de mimiques reste difficilement supportable, les interprètes prouvent leur talent comique, mais aussi assurent quelques partitions plus graves, telle que lors de cette scène finale au cours de laquelle une composition au piano parvient à calmer les esprits. Une scène certes lourdement émouvante mais tout de même une belle façon de rappeler qu’il n’y a rien de tel que la musique pour adoucir les mœurs.

Baby Phone, sans jamais avoir l’ambition de révolutionner ce genre franco-français qu’est le vaudeville en appartement, évite les pièges de la lourdeur et de la niaiserie que l’on pouvait craindre. Cette agréable petite comédie faite de spontanéité et de bons mots est la preuve que, malgré le risque de la redite, c’est dans les vieux pots que l’on fait les meilleures soupes.

Baby Phone : Bande-annonce

Baby Phone : Fiche technique

Réalisation : Olivier Casas
Scénario : Audrey Lanj, Olivier Casas, Serge Lamadie
Interprètes : Medi Sadoun (Ben), Anne Marivin (Charlotte), Lannick Gautry (Nathan), Pascal Demolon (Simon), Marie-Christine Adam (Monique), Michel Jonasz (Hubert), Barbara Schulz (Juliette)…
Photographie : Sylvain Rodriguez
Musique : Laurent Aknin
Montage : Olivia Chiche
Décors : Marc-Philippe Guerig
Production : Sylvain Golberg, Olivier Casas, Serge de Poucques, Najib Kerbouche, Michaël Serero…
Sociétés de production : Baby Phone Cinéma, Nexus Factory
Distribution : La Belle Company
Genre : comédie
Durée : 87 minutes
Date de sortie : 8 mars 2016
France – 2016

Traque à Boston, de Peter Berg : critique cinéma

Le plus patriote des réalisateurs américains, Peter Berg, entraine son acteur fétiche, Mark Wahlberg, dans la reconstitution d’un traumatisme récent de leur pays : les attentats du marathon de Boston en 2013. Sans surprise, son approche manque cruellement de subtilité.

Synopsis : Comme tous les ans, la ville de Boston se prépare à recevoir le plus grand marathon du pays. Les forces de l’ordre sont sur le qui-vive et tout semble se dérouler sans accroc, mais deux vils musulmans en ont décidé autrement. Les deux bombes qu’ils font exploser vont plonger la ville dans l’effroi. Les faquins paieront le prix du sang !

Make America Great Again !

traque-a-boston-mark-walhberb-kevin-bacon-john-goodmanSuite à son Deepwater, on a naïvement espéré que Peter Berg avait enfin choisi de mettre l’énergie de sa mise en scène au profit de films catastrophes assez bien ficelés plutôt que de films de guerre pompiers à la gloire de l’armée américaine comme il avait pu le faire avec Le Royaume, Du Sang et Des Larmes ou, dans une variation plus fantastique, Battleship. Mais le naturel revient au galop et, à défaut de braves soldats porteurs des grandes valeurs américaines, ce sont les policiers qui sont à l’honneur dans son nouveau brûlot patriotique. Cette fois-ci, on ne pourra pas prétendre en ignorer la teneur puisque son titre original est sans équivoque : Patriot’s Day. Le titre français est peut-être un peu moins déclamatoire mais a au moins le mérite d’annoncer clairement le contenu du film, à savoir une longue course-poursuite.

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Les attentats du 15 avril 2013 méritaient-ils d’être transposés à l’écran ? C’est là la question qui hante le spectateur tout au long de cette reconstitution à forte tendance américanisante. L’histoire est connue de tous, et ce n’est certainement pas le scénario de Peter Berg qui va nous offrir de nouvelles perspectives sur les événements, les causes et leurs conséquences. Il ne faut pas non plus compter sur lui pour poser un regard humaniste sur les protagonistes. Son dispositif formel, et en particulier l’usage de la caméra à l’épaule et la multiplication des points de vues, n’est pourtant pas sans rappeler ce que Paul Greengrass avait fait dans les excellents Vol 93 et Bloody Sunday. Mais alors qye le réalisateur britannique prenait soin d’installer une certaine distance afin de s’interdire tout jugement moral, et de respecter un traque-a-boston-kevin-baconminimum le temps de l’action pour en tirer une tension, Berg en est incapable. Le film qu’il livre n’est qu’une série d’images qui n’amènent strictement rien de plus que la lecture de la page Wikipedia consacrée à cet attentat. Sa construction est d’ailleurs si éclatée qu’aucun des acteurs venus participer à cette aventure pleine de bonnes intentions n’a le temps de faire vivre son personnage. Plutôt que du cinéma de Greengrass, Traque à Boston est à ce point putassier et idéologiquement marqué qu’il se rapproche du World Trade Center d’Oliver Stone.

Revenir sur un drame qui a secoué les Etats-Unis semble être la meilleure occasion de monter un polar grandiloquent à la gloire de ce grand pays qui n’a fait comme seule erreur qu’accueillir en son sein des tchétchènes belliqueux. Mais que diable attendent-ils pour fermer leurs frontières?!

La recette est simple : Imaginez un épisode de 24h Chrono qui durerait deux heures et condenserait plus de quatre jours de course-poursuite entre les policiers héroïques et les terroristes sans pitié. Gommez-en le moindre élément qui puisse remettre en cause la droiture des forces régaliennes et des politiques :du flic de base au gouverneur en passant par les spécialistes du FBI, tout le monde fait son travail avec bravoure et une parfaite honnêteté. Les seuls américains à poser problèmes sont ces deux fléaux que représentant les jeunes fainéants et fumeurs de joints, pour avoir naïvement caché des preuves, ainsi les médias qui diffusent des images sans autorisations. Ajoutez-y des dialogues sentencieux prônant les bonnes valeurs de la famille, et toute une foule qui sort spontanément de chez elle quand le méchant est arrêté pour acclamer les policiers. traque-a-boston-mark-walhberbSaupoudrez le tout de mélo sirupeux et de personnages aux caractérisations caricaturales.

Le résultat vous parait parfaitement crétin ? Eh bien, c’est ça Traque à Boston ! Une enquête dont on connait déjà l’issue et racontée de façon trop elliptique pour installer le moindre suspense. Les deux seules scènes où la mise en scène s’accélère un tant soit peu sont, sans surprise, l’attentat et une inévitable fusillade. Et encore, dans ces deux passages, c’est essentiellement aux compositions de Trent Reznor que l’on doit ce regain de tension. Tout le reste du film, l’urgence ne parvient pas à se concrétiser autrement que par le biais de dialogues explicatifs.

Il n’y a certainement pas là de quoi satisfaire les amateurs de thrillers musclés, mais comment oser dénigrer un film qui se termine par un long et vibrant hommage aux victimes et aux héros de Boston ? Non, une telle démagogie est difficilement contestable. Maintenant on attend le Stronger de David Gordon Green qui devrait traiter du même sujet avec un peu plus d’habilité.

Traque à Boston : Bande-annonce

Traque à Boston : Fiche Technique

Titre original : Patriot’s Day
Réalisation : Peter Berg
Scénario : Peter Berg, Matt Cook, Joshua Zetumer
Interprétation : Mark Wahlberg (sergent Tommy Saunders), Kevin Bacon, (agent spécial du FBI Richard DesLauriers), John Goodman (commissaire Ed Davis), J.K. Simmons (sergent Jeffrey Pugliese), Alex Wolff (Dzhokhar Tsarnaev, Themo Melikidze (Tamerlan Tsarnaev)…
Photographie : Tobias A. Schliessler
Montage : Gabriel Fleming, Colby Parker Jr.
Direction artistique : Steve Cooper
Musique : Trent Reznor, Atticus Ross
Producteurs : Scott Stuber, Dylan Clark, Stephen Levinson, Mark Wahlberg…
Sociétés de production : CBS Films, Closest to the Hole Productions
Budget : 45 000 000 $
Distribution (France) : Metropolitan FilmExport
Durée : 129 minutes
Genre : Thriller, policier, drame historique
Date de sortie : 8 mars 2017
Etats-Unis – 2016

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À ceux qui nous ont offensés, un film d’Adam Smith : Critique

Alors qu’Hollywood lui tend les bras, le très convoité Michael Fassbender n’en oublie pas pour autant la Grande-Bretagne, où il prend le temps de tourner de petits films indés entre deux blockbusters. À la croisée des chemins entre Fish Tank et Snatch, À ceux qui nous ont offensés s’inscrit dans la catégorie des films sociaux « coup de poing », mais ne convainc pas totalement.

Synopsis : Chad Cutler, voyou des rues, vit dans un campement de caravanes avec sa femme, ses deux enfants et d’autres membres de sa communauté, dirigée d’une main de fer par son illettré de père, Colby, qui exerce une emprise destructrice sur les siens. En pleine crise existentielle, Chad cherche à s’affranchir du joug paternel pour offrir un avenir meilleur à ses enfants, mais y parviendra-t-il ?

À ceux qui nous ont offensés est un film ambitieux qui aborde des thèmes forts, notamment à travers la relation de dominant/dominé très ambiguë qu’entretiennent Chad Cutler (Michael Fassbender) et son père Colby (Brendan Gleeson). Le patriarche, sorte de Parrain au pays des manouches, est un monstre illettré et grossier, qui pousse ses proches au crime : il a déjà envoyé l’un de ses fils derrière les barreaux et fourvoie les autres, y compris les plus jeunes qu’il dissuade d’aller à l’école en leur bourrant le crâne d’inepties. Il s’impose donc comme une figure autoritaire et effrayante, tant sur le plan familial (il incarne l’autorité paternelle) que hiérarchique (c’est le chef du gang, les autres lui doivent le respect). C’est justement sur cette dualité que repose l’arc dramatique majeur du long-métrage : Chad est un membre du clan avant d’être un fils, il doit donc obéissance à Colby, malgré leurs liens du sang. Une offense à son autorité serait perçue comme un acte de guerre qui pourrait avoir de lourdes conséquences… Ce conflit latent, qui aurait pu être un axe intéressant et une source de tension efficace, est mal exploité, ce qui fait perdre de sa valeur au propos. On comprend bien évidemment que le héros se trouve sans cesse tiraillé entre sa communauté, l’allégeance qu’il doit à son style de vie ; et son désir d’un futur meilleur, sa volonté de mettre sa famille à l’abri. Ni totalement fils, ni totalement père, le personnage est en plein doute, prisonnier d’une situation dont il ne parvient pas à s’extraire. Malgré tout, le résultat est paresseux : c’est au spectateur d’en verbaliser les enjeux, mais le réalisateur peine à les faire transparaître à l’écran. Le face-à-face Gleeson/Fassbender fait toujours plaisir à voir mais n’est pas aussi explosif qu’il aurait dû l’être ; la relation de couple de Chad et son rapport à ses enfants n’est pas non plus très bien exposée : rien n’est approfondi, on reste trop en surface, dans une description de faits, mais on ne gratte pas suffisamment.

Dommage également d’observer qu’À ceux qui nous ont offensés, qui s’inscrit dans la veine de Mange tes Morts, Les Ardennes, Snatch ou encore Fish Tank, est un film social coup de poing et brut de décoffrage qui emprunte à la fois à du Loach et à du Ritchie pour finalement ressembler à un documentaire sociologique un poil cliché sur les communautés des gens du voyage au Royaume-Uni. Entre un attardé qui joue avec des poulets en plein milieu des ordures (Sean Harris, amusant mais inutile), les enfants élevés comme des animaux, les chiens qui se font tuer sauvagement pour un rien, le décor qui s’apparente à un bidonville à ciel-ouvert, les accents incompréhensibles, les combats de boxe clandestins et les braquages à la petite semaine auxquels se livrent les hommes du clan, on est face à une galerie de protagonistes pittoresques mais caricaturaux : tous manquent cruellement de subtilité. Par ailleurs, par pur souci de crédibilité et de vraisemblance, on peut trouver étrange que Fassbender incarne un illettré n’ayant jamais mis les pieds à l’école : sa diction est trop nette, son allure est trop « distinguée » pour convaincre. Son statut de superstar n’y est sans doute pas pour rien dans le décalage dissonant qui s’opère entre la persona et le personnage. Peut-être aurait-il fallu prendre un autre comédien, d’autant que la majorité de la promotion table sur sa présence au casting, ce qui est problématique. Mais, s’il est difficile d’oublier Fassbender derrière Chad, notons tout de même que la vedette a su s’effacer malgré tout pour servir l’intrigue avec humilité : reste donc une impression personnelle.

En dépit de sa faiblesse scénaristique (beaucoup de pistes sont amorcées sans qu’on revienne dessus ensuite et l’intrigue comporte pas mal de « plot holes »), À ceux qui nous ont offensés reste une jolie tentative cinématographique qui ne perd jamais son objectif de vue : placer l’humain au cœur de son récit, même si c’est maladroit et mal dosé. On verse parfois dans l’excès et l’accumulation de lieux communs, certes, mais ce n’est sans doute pas volontaire de la part d’Adam Smith. La famille, le clan, les rivalités, les doutes et les errances de chacun occupent une place fondamentale dans l’histoire, ce qui génère de l’empathie malgré tout. On sent que la démarche du réalisateur est honnête, bienveillante. De plus, le film reste un bon divertissement qui reprend les codes du « crime movie » en nous offrant des scènes de courses-poursuites assez bien filmées : on est loin de Fast and Furious, mais l’adrénaline est palpable grâce au gage d’authenticité qui se dégage de ces séquences. Cagoulés, Chad et ses complices s’introduisent par effraction dans des demeures huppées, fument comme des gangsters, s’enfuient dans les champs, toisent les policiers, vandalisent et brûlent des voitures, vivent à cent à l’heure, se cachent, se planquent et déjouent la justice comme des voyous : débrouillards et roublards, ils sont sympathiques malgré eux, notamment à cause de leur ignorance qui les rend à la fois coupables et victimes.

Au final, À ceux qui nous ont offensés est un objet cinématographique imparfait qui navigue entre deux eaux, lorgnant maladroitement vers les films de gangsters d’un côté et les drames sociaux âpres et immersifs de l’autre, sans jamais parvenir à trouver le juste milieu. Excessif, caricatural sans le vouloir, scénaristiquement inabouti, le résultat laisse à désirer, d’autant que le réalisateur opte pour une fin niaise et bon enfant qui rompt étrangement avec la violence et la rudesse ambiantes. Pourtant, si on se laisse porter par l’ambiance et si on se montre réceptif au combat du héros, on pardonne les défauts du film pour mieux en apprécier les qualités globales : authenticité, sincérité et naturel.

À ceux qui nous ont offensés : Bande-annonce (VO)

A ceux qui nous ont offensés : Fiche technique

Titre original : Trespass Against Us
Réalisation : Adam Smith
Scénario : Alastair Siddons
Interprétation : Michael Fassbender (Chad Cutler) ; Brendan Gleeson (Colby Cutler) ; Lyndsey Marshal (Kelly Cutler) ; Sean Harris (Gordon Bennett) ; Killian Scott (Kenny) ; Rory Kinnear (Inspecteur Lovage)
Direction artistique : Andrea Matheson
Photographie : Eduard Grau
Montage : Kristina Hetherington et Jake Roberts
Musique : The Chemical Brothers
Décors : Nick Palmer
Costumes : Suzanne Cave
Producteurs : Alastair Siddons, Gail Egan et Andrea Calderwood
Société de production : Potboiler Productions et Film4
Distributeur : Lionsgate
Durée : 99 minutes
Genre : Drame, policier
Date de sortie : 1er mars 2017

Royaume-Uni – 2016