Traque à Boston, de Peter Berg : critique cinéma

Le plus patriote des réalisateurs américains, Peter Berg, entraine son acteur fétiche, Mark Wahlberg, dans la reconstitution d’un traumatisme récent de leur pays : les attentats du marathon de Boston en 2013. Sans surprise, son approche manque cruellement de subtilité.

Synopsis : Comme tous les ans, la ville de Boston se prépare à recevoir le plus grand marathon du pays. Les forces de l’ordre sont sur le qui-vive et tout semble se dérouler sans accroc, mais deux vils musulmans en ont décidé autrement. Les deux bombes qu’ils font exploser vont plonger la ville dans l’effroi. Les faquins paieront le prix du sang !

Make America Great Again !

traque-a-boston-mark-walhberb-kevin-bacon-john-goodmanSuite à son Deepwater, on a naïvement espéré que Peter Berg avait enfin choisi de mettre l’énergie de sa mise en scène au profit de films catastrophes assez bien ficelés plutôt que de films de guerre pompiers à la gloire de l’armée américaine comme il avait pu le faire avec Le Royaume, Du Sang et Des Larmes ou, dans une variation plus fantastique, Battleship. Mais le naturel revient au galop et, à défaut de braves soldats porteurs des grandes valeurs américaines, ce sont les policiers qui sont à l’honneur dans son nouveau brûlot patriotique. Cette fois-ci, on ne pourra pas prétendre en ignorer la teneur puisque son titre original est sans équivoque : Patriot’s Day. Le titre français est peut-être un peu moins déclamatoire mais a au moins le mérite d’annoncer clairement le contenu du film, à savoir une longue course-poursuite.

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Les attentats du 15 avril 2013 méritaient-ils d’être transposés à l’écran ? C’est là la question qui hante le spectateur tout au long de cette reconstitution à forte tendance américanisante. L’histoire est connue de tous, et ce n’est certainement pas le scénario de Peter Berg qui va nous offrir de nouvelles perspectives sur les événements, les causes et leurs conséquences. Il ne faut pas non plus compter sur lui pour poser un regard humaniste sur les protagonistes. Son dispositif formel, et en particulier l’usage de la caméra à l’épaule et la multiplication des points de vues, n’est pourtant pas sans rappeler ce que Paul Greengrass avait fait dans les excellents Vol 93 et Bloody Sunday. Mais alors qye le réalisateur britannique prenait soin d’installer une certaine distance afin de s’interdire tout jugement moral, et de respecter un traque-a-boston-kevin-baconminimum le temps de l’action pour en tirer une tension, Berg en est incapable. Le film qu’il livre n’est qu’une série d’images qui n’amènent strictement rien de plus que la lecture de la page Wikipedia consacrée à cet attentat. Sa construction est d’ailleurs si éclatée qu’aucun des acteurs venus participer à cette aventure pleine de bonnes intentions n’a le temps de faire vivre son personnage. Plutôt que du cinéma de Greengrass, Traque à Boston est à ce point putassier et idéologiquement marqué qu’il se rapproche du World Trade Center d’Oliver Stone.

Revenir sur un drame qui a secoué les Etats-Unis semble être la meilleure occasion de monter un polar grandiloquent à la gloire de ce grand pays qui n’a fait comme seule erreur qu’accueillir en son sein des tchétchènes belliqueux. Mais que diable attendent-ils pour fermer leurs frontières?!

La recette est simple : Imaginez un épisode de 24h Chrono qui durerait deux heures et condenserait plus de quatre jours de course-poursuite entre les policiers héroïques et les terroristes sans pitié. Gommez-en le moindre élément qui puisse remettre en cause la droiture des forces régaliennes et des politiques :du flic de base au gouverneur en passant par les spécialistes du FBI, tout le monde fait son travail avec bravoure et une parfaite honnêteté. Les seuls américains à poser problèmes sont ces deux fléaux que représentant les jeunes fainéants et fumeurs de joints, pour avoir naïvement caché des preuves, ainsi les médias qui diffusent des images sans autorisations. Ajoutez-y des dialogues sentencieux prônant les bonnes valeurs de la famille, et toute une foule qui sort spontanément de chez elle quand le méchant est arrêté pour acclamer les policiers. traque-a-boston-mark-walhberbSaupoudrez le tout de mélo sirupeux et de personnages aux caractérisations caricaturales.

Le résultat vous parait parfaitement crétin ? Eh bien, c’est ça Traque à Boston ! Une enquête dont on connait déjà l’issue et racontée de façon trop elliptique pour installer le moindre suspense. Les deux seules scènes où la mise en scène s’accélère un tant soit peu sont, sans surprise, l’attentat et une inévitable fusillade. Et encore, dans ces deux passages, c’est essentiellement aux compositions de Trent Reznor que l’on doit ce regain de tension. Tout le reste du film, l’urgence ne parvient pas à se concrétiser autrement que par le biais de dialogues explicatifs.

Il n’y a certainement pas là de quoi satisfaire les amateurs de thrillers musclés, mais comment oser dénigrer un film qui se termine par un long et vibrant hommage aux victimes et aux héros de Boston ? Non, une telle démagogie est difficilement contestable. Maintenant on attend le Stronger de David Gordon Green qui devrait traiter du même sujet avec un peu plus d’habilité.

Traque à Boston : Bande-annonce

Traque à Boston : Fiche Technique

Titre original : Patriot’s Day
Réalisation : Peter Berg
Scénario : Peter Berg, Matt Cook, Joshua Zetumer
Interprétation : Mark Wahlberg (sergent Tommy Saunders), Kevin Bacon, (agent spécial du FBI Richard DesLauriers), John Goodman (commissaire Ed Davis), J.K. Simmons (sergent Jeffrey Pugliese), Alex Wolff (Dzhokhar Tsarnaev, Themo Melikidze (Tamerlan Tsarnaev)…
Photographie : Tobias A. Schliessler
Montage : Gabriel Fleming, Colby Parker Jr.
Direction artistique : Steve Cooper
Musique : Trent Reznor, Atticus Ross
Producteurs : Scott Stuber, Dylan Clark, Stephen Levinson, Mark Wahlberg…
Sociétés de production : CBS Films, Closest to the Hole Productions
Budget : 45 000 000 $
Distribution (France) : Metropolitan FilmExport
Durée : 129 minutes
Genre : Thriller, policier, drame historique
Date de sortie : 8 mars 2017
Etats-Unis – 2016

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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